{"id":98302,"date":"2022-11-10T22:11:14","date_gmt":"2022-11-10T21:11:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=98302"},"modified":"2022-12-09T16:20:56","modified_gmt":"2022-12-09T15:20:56","slug":"carnet-individuel-yan-st-onge","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-yan-st-onge\/","title":{"rendered":"#Carnet individuel | Yan St-Onge"},"content":{"rendered":"\n<p>30<\/p>\n\n\n\n<p>la saucette<\/p>\n\n\n\n<p>dans le froid de d\u00e9cembre en Gasp\u00e9sie \/ des courageuses et courageux en maillot portent un bonnet du p\u00e8re No\u00ebl \/ un tutu ou un chapeau de cowboy et se baignent \/ dans l&rsquo;eau de mer \u00e0 1,5 degr\u00e9 Celsius \/ afin de ramasser des fonds pour aider les enfants malades \/ sur la gr\u00e8ve les pieds dans la neige la foule se montre tr\u00e8s encourageante \/ des adultes profitent du vin chaud et du caf\u00e9 alcoolis\u00e9 de la buvette tandis que le vrai p\u00e8re No\u00ebl discute avec les plus jeunes pr\u00e8s du feu<\/p>\n\n\n\n<p>29<\/p>\n\n\n\n<p>on ne sait pas on ne sait pas pourquoi on ne sait pas on ne sait pas trop \u00e0 quoi tout \u00e7a a bien pu servir on ne sait fichtrement pas pourquoi la grossesse s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9e pourquoi c&rsquo;est si difficile de parler de fausse couche dans notre monde actuel on ne sait jamais vraiment ce qui fait que la vie se poursuit ou qu&rsquo;elle s&rsquo;arr\u00eate on n&rsquo;aurait pas d\u00fb y croire trop vite en fait non au contraire on ne devrait pas \u00e9viter de parler de cette r\u00e9alit\u00e9 de cette loterie de la vie humaine<\/p>\n\n\n\n<p>28<\/p>\n\n\n\n<p>j&rsquo;aurais voulu \u00e9crire t&rsquo;\u00e9crire j&rsquo;aurais voulu mais<\/p>\n\n\n\n<p>les journ\u00e9es se posent sur le silence du brouillard<\/p>\n\n\n\n<p>il faudra bien se construire un abri pour survivre<br>s&rsquo;arr\u00eater de courir et profiter ensemble<br>de nos r\u00eaves de simplicit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>(je triche, un peu)<\/p>\n\n\n\n<p>27<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la cuisine, il est assis devant la table en bois avec son ordinateur. Il boit son th\u00e9 \u00e0 la menthe dans une grande tasse blanche. Un carnet entrouvert laisse voir ses notes griffonn\u00e9es \u00e0 l&rsquo;encre noire. La musique des voisins s&rsquo;entend l\u00e9g\u00e8rement. De la vaisselle sale occupent les comptoirs. Le sapin de No\u00ebl, qui illumine la pi\u00e8ce, se refl\u00e8te dans l&rsquo;\u00e9cran. L&rsquo;homme ferme les yeux et se frotte les tempes. Il n&rsquo;est m\u00eame pas encore midi.<\/p>\n\n\n\n<p>19 \u00e0 26<\/p>\n\n\n\n<p>pas d&rsquo;\u00e9criture<\/p>\n\n\n\n<p>rien<\/p>\n\n\n\n<p>prendre le temps de s&rsquo;occuper d&rsquo;une autre personne<\/p>\n\n\n\n<p>perdre le souffle de l&rsquo;\u00e9criture<\/p>\n\n\n\n<p>18<\/p>\n\n\n\n<p>Les hommes sortent du bar. Ils prennent leur voiture pour rentrer chez eux. Ils n\u2019ont pas peur des policiers. \u00c7a leur est \u00e9gal, les policiers. Ils partent en fou. Ils roulent vite. Ils soul\u00e8vent la poussi\u00e8re. Ils n\u2019attendent rien. Ils sont l\u00e0. Ils viennent vider des verres. Ils ne parlent pas beaucoup. Ils boivent. Ils se saoulent. Ils partent tard. Ils rentrent dormir aupr\u00e8s de leur femme. Que font les femmes? Elles font autre chose.<\/p>\n\n\n\n<p>c&rsquo;est le soir au Manoir D&rsquo;Youville je suis install\u00e9 \u00e0 un bout de la longue table cherche une autrice sur Wikip\u00e9dia finalement je pense \u00e0 ce roman web que je connais clique clique clique au hasard sur diff\u00e9rentes pages j&rsquo;en choisis une o\u00f9 il y a des GIF anim\u00e9s qui ressemblent \u00e0 des \u00e9toiles dans l&rsquo;espace le texte dans une police sans empattements se trouve dans un encadr\u00e9 blanc je copie-colle dans une autre fen\u00eatre en m&rsquo;inqui\u00e9tant que le caf\u00e9 bu \u00e0 19h me cause de l&rsquo;insomnie<\/p>\n\n\n\n<p>je viens d&rsquo;envoyer le courriel avec ma proposition me sens fatigu\u00e9 \u00e7a doit \u00eatre la chute d&rsquo;\u00e9nergie li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;att\u00e9nuation de l&rsquo;effet de la caf\u00e9ine je devais travailler sur une vid\u00e9o mais finalement je n&rsquo;en ai pas la force mentale ce soir alors j&rsquo;\u00e9cris comme on cherche \u00e0 t\u00e2tons l&rsquo;interrupteur dans le noir c&rsquo;est bient\u00f4t d\u00e9cembre je ne sais pas si je suis pr\u00eat pour l&rsquo;hiver je ne sais pas si je suis pr\u00eat pour une nouvelle ann\u00e9e je ne sais pas si je suis pr\u00eat<\/p>\n\n\n\n<p>(Le premier paragraphe est un extrait tir\u00e9 de: Maude Veilleux, <em>frankie et alex \u2013 black lake \u2013 super now<\/em>, 2018)<\/p>\n\n\n\n<p>17<\/p>\n\n\n\n<p>on creuse des tranch\u00e9es dans les rues pour ralentir le cours des choses on arrache tous les panneaux prohibant l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 un parc la nuit on installe des interdictions de se stationner partout pour rendre la ville aux pi\u00e9tons et aux cyclistes on met des tables au milieu de toutes les rues pour piqueniquer n&rsquo;importe o\u00f9 selon notre humeur on transforme les postes de police en serres publiques o\u00f9 tout le monde peut venir jardiner on transforme la mairie en boulangerie populaire<\/p>\n\n\n\n<p>16<\/p>\n\n\n\n<p>H\u00e9, me fait le barista, on a le m\u00eame hoodie! Plus jeune, on appelait \u00e7a un kangourou; ailleurs, d&rsquo;autres gens disent plut\u00f4t un pull \u00e0 capuche. Bref, un v\u00eatement rose cr\u00e9e un lien inattendu entre l&#8217;employ\u00e9 et moi. J&rsquo;esp\u00e8re que le th\u00e9 sera bon.<\/p>\n\n\n\n<p>15<\/p>\n\n\n\n<p>toutes nos ligne sont pr\u00e9sentement occup\u00e9es<br>veuillez garder la ligne pour conserver votre priorit\u00e9 d&rsquo;appel<\/p>\n\n\n\n<p>14<\/p>\n\n\n\n<p>il pose le pied au sol \/ met du poids \/ pousse pour se donner un \u00e9lan \/ la chaise se met \u00e0 pivoter \/ le d\u00e9cor d\u00e9file \/ il redevient un enfant \/ se moque de tout \/ affiche un sourire \/ la pi\u00e8ce devient fluide \/ tout se confond \/ il n&rsquo;y a plus de raison de s&rsquo;en faire se dit-il \/ profitons du moment qui passe \/ avant que tout s&rsquo;arr\u00eate<\/p>\n\n\n\n<p>13<\/p>\n\n\n\n<p>On laisse s&rsquo;accumuler des papiers sur la table dans l&rsquo;espoir peut-\u00eatre que les choses se transforment d&rsquo;elles-m\u00eames et qu&rsquo;elles nous change du m\u00eame coup. Le froid m&rsquo;habite. Serait-ce lui qui me donne le sentiment de tomber perp\u00e9tuellement? L&rsquo;espace int\u00e9rieur me tient en garde \u00e0 vue. On collectionne les souvenirs.<\/p>\n\n\n\n<p>12<\/p>\n\n\n\n<p>\/ dans l&rsquo;atelier il met une couche d&rsquo;enduit sur la toile vierge sans penser \u00e0 ce qui appara\u00eetra \u00e9ventuellement sur ce support il s&rsquo;inqui\u00e8te du sort du monde en passant doucement sur la surface avec son pinceau il fait des mouvements d&rsquo;aller-retour r\u00e9guliers puis la toile dispara\u00eet sous la blancheur de tous les possibles \/\/\/ dans le caf\u00e9 il met des mots sur des choses trace des lettres sur une page de son carnet en essayant de saisir la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 partir de la fiction \/\/\/ en pleine nuit il se r\u00e9veille prend une feuille sur la table de chevet et il y note ses id\u00e9es avec un vieux crayon HB pour ne pas les perdre \/\/\/ dans le bruit de la vie il capte des bouts de phrases pour les transformer en fragments autour desquels s&rsquo;articulent des po\u00e8mes \/\/\/ dans Pointe Saint-Charles il erre \u00e0 la recherche de nouvelles id\u00e9es ou d&rsquo;un caf\u00e9 ouvert o\u00f9 il y aurait de la place pour s&rsquo;asseoir \/\/\/ dans le ciel il pige des formes pour dessiner sur la fen\u00eatre \/<\/p>\n\n\n\n<p>09_10_11<\/p>\n\n\n\n<p>ne pas \u00e9crire<br>ne pas suivre les consignes<br>ne pas savoir quoi faire<br>ne pas trouver de point de d\u00e9part<br>ne pas se rappeler<br>ne pas feindre<\/p>\n\n\n\n<p>ne pas perdre la route des yeux<br>ne pas s&rsquo;endormir<br>ne pas oublier d&rsquo;aimer<br>ne pas emprunter le chemin habituel<br>ne pas s&rsquo;inqui\u00e9ter<\/p>\n\n\n\n<p>08<\/p>\n\n\n\n<p>Agn\u00e8s Saint Antoine Emile Berliner Claude Claudette Ludger Duvernay Lionel Groulx Saint Henri Alice Th\u00e9o Janine Robin Millmans Sandra Ashbal Gabriel Ren\u00e9-Robert Cavelier de La Salle Arthur Wellesley de Wellington <\/p>\n\n\n\n<p>Effectuer une d\u00e9rive \u00e0 travers les noms des lieux o\u00f9 l&rsquo;on passe et les noms des gens que l&rsquo;on croise, c&rsquo;est comme faire une sorte de m\u00e9ta-\u00e9criture. On \u00e9crit des noms, ce qui convoque, in\u00e9vitablement j&rsquo;imagine, de nombreuses formes intertextuelles. Un mot est un mot est un mot. Nous \u00e9crivons sur les fils d&rsquo;une toile d&rsquo;araign\u00e9e plus grande que nous.<\/p>\n\n\n\n<p>07 <\/p>\n\n\n\n<p>(rien)<\/p>\n\n\n\n<p>06<\/p>\n\n\n\n<p>rien<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 force de trop, d&rsquo;exc\u00e8s, de surench\u00e8re, il faut apprendre \u00e0 s&rsquo;arr\u00eater. Dire non. Je suis pris en tension entre l&rsquo;abondance d&rsquo;id\u00e9es de projets et le choix cat\u00e9gorique du refus, je tourne comme une petite toupie color\u00e9e sur le plancher de bois. J&rsquo;ai beau le savoir, \u00e0 chaque jour je l&rsquo;oublie: le rien est salutaire.<\/p>\n\n\n\n<p>05<\/p>\n\n\n\n<p>peinture<\/p>\n\n\n\n<p>Un tableau gris s&rsquo;\u00e9tire au-dessus des immeubles, il n&rsquo;y a pas de bruit mais un sentiment de danger m&rsquo;habite. \u00c0 chaque fen\u00eatre, un monde unique se d\u00e9veloppe. La ville fatigu\u00e9e caresse nos r\u00eaves impossibles.<\/p>\n\n\n\n<p>03<\/p>\n\n\n\n<p>latte art<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9cris au Caf\u00e9 Saint-Henri. Impossible de savoir \u00e0 quel moment le matcha est devenu une r\u00e9alit\u00e9 pour moi. Quand y ai-je go\u00fbt\u00e9 pour la premi\u00e8re fois? C&rsquo;est arriv\u00e9 comme \u00e7a, comme un coup de vent qui passe et qu&rsquo;on oublie. D&rsquo;o\u00f9 vient le \u00ab&nbsp;latte art&nbsp;\u00bb, d&rsquo;o\u00f9 vient l&rsquo;id\u00e9e de dessiner avec le lait chaud dans le caf\u00e9 ou le th\u00e9? Je bois mon caf\u00e9 noir, mais je ne sais pas pourquoi, le lait d\u2019avoine mousseux dans le matcha, \u00e7a me r\u00e9conforte en fin d\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<p>02<\/p>\n\n\n\n<p>primaire<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9cole, dans les toilettes, le lavabo pour se laver les mains \u00e9tait une cuve g\u00e9ante. On pouvait \u00eatre plusieurs en m\u00eame temps \u00e0 se laver les mains. Il fallait appuyer avec notre pied sur un anneau au sol pour que l&rsquo;eau coule d&rsquo;un robinet circulaire plac\u00e9 au centre, comme une fontaine. C&rsquo;\u00e9tait toujours la course pour poser son pied en premier et contr\u00f4ler l&rsquo;eau. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;individualisme a tu\u00e9 ce genre d&rsquo;am\u00e9nagement collectif et les robinets sont automatis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>01<\/p>\n\n\n\n<p>climat<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s tant de chaleur inattendue, nous ne savons plus si le retour du froid est normal, s\u2019il est temporaire, s\u2019il est rassurant. Nous ne savons plus garder notre chaleur corporelle, ni garder la t\u00eate froide face \u00e0 la crise climatique. L&rsquo;avenir est flou. Le climat devient pr\u00e9occupant. Je m\u2019inqui\u00e8te et je suis frigorifi\u00e9. Le vent porte des id\u00e9es lugubres. La lumi\u00e8re du jour s\u2019estompe. Nous n\u2019irons pas danser sous les lampadaires.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>30 la saucette dans le froid de d\u00e9cembre en Gasp\u00e9sie \/ des courageuses et courageux en maillot portent un bonnet du p\u00e8re No\u00ebl \/ un tutu ou un chapeau de cowboy et se baignent \/ dans l&rsquo;eau de mer \u00e0 1,5 degr\u00e9 Celsius \/ afin de ramasser des fonds pour aider les enfants malades \/ sur la gr\u00e8ve les pieds <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-yan-st-onge\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#Carnet individuel | Yan St-Onge<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":520,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,3897],"tags":[],"class_list":["post-98302","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-carnets_individuels","category-le_grand_carnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98302","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/520"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=98302"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98302\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=98302"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=98302"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=98302"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}