{"id":9842,"date":"2019-08-13T23:02:20","date_gmt":"2019-08-13T21:02:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=9842"},"modified":"2019-08-13T23:02:21","modified_gmt":"2019-08-13T21:02:21","slug":"le-toit-en-tuiles-rouges","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-toit-en-tuiles-rouges\/","title":{"rendered":"LE TOIT EN TUILES ROUGES"},"content":{"rendered":"\n<p>D\u2019abord on n\u2019en distingue que la po\u00e9sie. On se dit il est fait tout expr\u00e8s pour nos yeux puisque seul le point de vue culminant des fen\u00eatres du deuxi\u00e8me \u00e9tage permet de contempler ce toit de tuiles rouges. On se dit que c\u2019est comme un cadeau que la ville nous fait, ce petit bout de toit, en face, en contrebas de la fen\u00eatre, que personne d\u2019autre ne voit. Un territoire vierge, inconnu, des promesses d\u2019explorations d\u00e9licieuses, furtives et confidentielles dans ce monde en vis-\u00e0-vis. On en ricane sous cape. Il saute un peu au visage avec ses tuiles rouges qui contrastent avec la grisaille banale des lauzes alourdissant les toits d\u2019ici. Quelques merles, en prime, y fur\u00e8tent, l\u2019air de rien. C\u2019est leur terrain de jeu, l\u2019\u00e9chappatoire apr\u00e8s les piaillements des nids voisins, un petit bond, un sautillement pour se d\u00e9gourdir les pattes hors des nich\u00e9es qui crient, des femelles qui trillent. Quelques zigzags dans la vieille mousse entre copains, quelques frayeurs quand le voisin s\u2019\u00e9lance et chasse un importun, peut-\u00eatre ancien rival de couv\u00e9e. On assiste \u00e0 des spectacles permanents, des tracas d\u2019oiseaux en continu, on imagine la vie du quartier dans le tilleul au fond. C\u2019est le Marcovaldo du volatile. En y regardant d\u2019un peu plus pr\u00e8s, souvent quand le soir tombe et que les merles ont regagn\u00e9 sagement leurs p\u00e9nates, la po\u00e9sie s\u2019\u00e9loigne un peu. Les ombres r\u00eaches des ilots de mousse sombre qui ont colonis\u00e9 les tuiles ont l\u2019air un peu moins accueillantes. De longs poils termin\u00e9s par des spores qui ressemblent \u00e0 des yeux leur sortent des narines. On se demande alors qui observe l\u2019autre. Bien malin qui pourrait r\u00e9pondre. On se sent un petit peu moins privil\u00e9gi\u00e9 \u00e0 jouer les guetteurs. Partout, de petits morceaux d\u2019argile rouge\u00e2tres t\u00e9moignent de la d\u00e9gradation du toit, les tuiles s\u2019encastrent parfois si mal qu\u2019on pourrait penser qu\u2019une \u00e2me malveillante les a simplement jet\u00e9es \u00e0 la vol\u00e9e sans se pr\u00e9occuper de l\u2019\u00e9tanch\u00e9it\u00e9. Il y a m\u00eame un creux qui se dessine dans le soleil couchant, menace certaine d\u2019un \u00e9croulement prochain vers l\u2019int\u00e9rieur du b\u00e2timent, sur la t\u00eate des gens qui y travaillent. Mais s\u00fbrement, la charpente s\u2019effondrera la nuit, durant un gros orage, \u00e9pargnant des vies humaines, il ne faut pas voir tout en noir. Quand le regard se fixe enfin sur la goutti\u00e8re rouill\u00e9e qui souligne la fin du toit, c\u2019en est d\u00e9finitivement fini de la po\u00e9sie. Ce pauvre manche blanch\u00e2tre piquet\u00e9 d\u2019ocre qui le ronge pend lamentablement sur ses derniers centim\u00e8tres comme un bras cass\u00e9 qu\u2019on aurait trop tard\u00e9 \u00e0 repl\u00e2trer et n\u2019aurait d\u2019autre solution que de se soutenir lui-m\u00eame. Une vaste d\u00e9solation juste sous nos fen\u00eatres. Ne manquent que les chauves-souris qui soudain se lancent dans une sarabande macabre, rase-mottes et piqu\u00e9s, pour tenter de happer le peu de moucherons \u00e9pargn\u00e9s par les merles voraces. On finit par ne plus vouloir\u00a0 regarder ce paysage en miniature. Du moins, pendant les heures difficiles.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u2019abord on n\u2019en distingue que la po\u00e9sie. On se dit il est fait tout expr\u00e8s pour nos yeux puisque seul le point de vue culminant des fen\u00eatres du deuxi\u00e8me \u00e9tage permet de contempler ce toit de tuiles rouges. On se dit que c\u2019est comme un cadeau que la ville nous fait, ce petit bout de toit, en face, en contrebas <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-toit-en-tuiles-rouges\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">LE TOIT EN TUILES ROUGES<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[556],"tags":[],"class_list":["post-9842","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2019-04-affinite-pour-la-description"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9842","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9842"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9842\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9842"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9842"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9842"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}