{"id":98445,"date":"2022-12-12T10:16:46","date_gmt":"2022-12-12T09:16:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=98445"},"modified":"2022-12-12T10:16:47","modified_gmt":"2022-12-12T09:16:47","slug":"carnets-individuels-fil-berger","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-fil-berger\/","title":{"rendered":"# Carnets individuels | Fil Berger"},"content":{"rendered":"\n<h1 class=\"has-small-font-size wp-block-heading\"><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;font-size: small;font-style: normal;font-weight: 400\"># 01<\/span><br><span style=\"font-family: Arial, Helvetica, sans-serif;font-size: small;font-style: normal;font-weight: 400\">Impr\u00e9vu : tous les musiciens de l&rsquo;album \u00ab\u00a0Manafon\u00a0\u00bb par David Sylvian sont issus du milieu de l&rsquo;improvisation libre. (Je connais la plupart d&rsquo;entre eux.) (Appris par Wikip\u00e9dia tout en \u00e9coutant.) Personne ne me l&rsquo;avait jamais dit.<\/span><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background has-small-font-size\">#02<br>La forme de son corps ? Couleur de ses cheveux ? Noir sans doute. Le son de sa voix ? Peut-\u00eatre titi parisienne. Une Bellevilloise pure. Se rappeler si peu. Le pr\u00e9nom de son copain ? Num\u00e9ro de la rue Reb\u00e9val ? \u00c0 peu pr\u00e8s seulement un nom : Paquita. Et une des plus belles balades dans le quartier. Jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#03<br>\u00c0 peine belle. Alanguie au milieu du soir qui s&rsquo;\u00e9tire.Tr\u00e8s belle un instant. Montrant ses lisi\u00e8res au hasard. Une passante presque immobile. \u00c0 port\u00e9e imm\u00e9diate. Se refermer. D\u00e9finitive perdue. Avant m\u00eame de concevoir le premier geste d&rsquo;approche. Intense proximit\u00e9 \u00e9vanouie. Pas le moins du monde esquiss\u00e9e. Occasion non d\u00e9clar\u00e9e. Quasiment tout irr\u00e9solu dans le rien infini. Restera belle \u00e0 jamais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#04<br>2 h 08. De nombreux immigrants hispanophones habitent la rue du Four on ne peut pas s&rsquo;expliquer pourquoi et comment ils sont arriv\u00e9s si nombreux si soudainement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#05<br>La vo\u00fbte jaun\u00e2tre inspir\u00e9e du cr\u00e9pi des maisons puis perce un grand rayon qui ne dure pas cieux d&rsquo;ocres clairs att\u00e9nu\u00e9s. Soleil intermittent juste derri\u00e8re la bouloche des nuages. Temps jaune ciel compact colle des \u00e9charpes aux monts environnants. Plus rien ne se troue pour le moment le vent n&rsquo;est pas d&rsquo;altitude. \u00c7a va aller vers le gris au fil des heures. Un jeu de masses en lutte lente m\u00e8ne aux pr\u00e9cipitations quand le soleil sera \u00e9clips\u00e9 pour de bon. Ailleurs pas loin il peut faire beau dans ce clo\u00eetre de montagnes. Toujours une trou\u00e9e dans le cirque qui d\u00e9place un fragment de bleu. \u00c9trange pays.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#06<br>Personne d&rsquo;autre que moi n&rsquo;aurait remarqu\u00e9 que la tr\u00e8s grande araign\u00e9e noire se tenait tapie dans l&rsquo;interstice de la goulotte \u00e9lectrique vide \u00e0 l&rsquo;angle du plafond et de l&rsquo;imposte de la porte. On distinguait \u00e0 peine ses pattes repli\u00e9es. Une excroissance fonc\u00e9e pr\u00eate \u00e0 se d\u00e9placer une fois la lumi\u00e8re \u00e9teinte. Personne d&rsquo;autre que moi n&rsquo;aurait vu la b\u00eate si bien dissimul\u00e9e. Je dois avoir un sens sp\u00e9cial pour les rep\u00e9rer \u00e0 tout coup. Mes poils sont h\u00e9riss\u00e9s et j&rsquo;ai une su\u00e9e froide. Personne d&rsquo;autre que moi n&rsquo;a voulu explorer les plus secrets recoins de la chambre et voil\u00e0 le r\u00e9sultat. L&rsquo;araign\u00e9e est l\u00e0 qui n&rsquo;attend plus que mon plongeon dans l&rsquo;effroyable trou du sommeil sans repos pour se d\u00e9placer sur moi et pour mordre ma peau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#07<br>| avec un chignon \u00e0 la va-vite ses boucles s&rsquo;entrelacent en fouillis sous la casquette un visage long de par ici hippie un peu | face de lune noire grandes mains autour de ses yeux agit\u00e9es parle trop vite sourire souvent petits cris | juste un signe avec les yeux avec l&rsquo;inclinaison de la t\u00eate salutations microscopiques \u00e9loquentes de voisinage mal assur\u00e9 |&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#08<br>Jean Jaur\u00e8s Olivier Bernerie Georges Cl\u00e9menceau Mark E Smith Johnny Hallyday H\u00e9lo\u00efse Guedj-Cohen Herv\u00e9 Rateau Jimmy Page Robert Plant Alain Chareyre-M\u00e9jan Alain Damasio Dersou&nbsp;Ouzala Mauritius Jean-Marc Palleix Mohammed Kouyat\u00e9 Cecilia Buffereau&nbsp; Ana-Louka Voarick Charles de Gaulle B\u00e9rang\u00e8re Dimanche Rodolphe Burger Val\u00e8re Novarina&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#09<br>Ne pas s&rsquo;attarder sur le flux d&rsquo;argent qui sort. Retard syst\u00e9matique de la pens\u00e9e. Repousser et garder de c\u00f4t\u00e9. Monter sur ses grands chevaux \u00e0 la prof\u00e9ration de la premi\u00e8re plainte. Faire comme si c&rsquo;\u00e9tait n\u00e9gligeable comme si on s&rsquo;en foutait. Pr\u00e9f\u00e9rer passer outre. Ne pas plus s&rsquo;attarder sur le flux d&rsquo;argent qui entre. Jamais assez pour combler. \u00c7a suffit. Parler d&rsquo;autres choses. Aujourd&rsquo;hui il fait passablement beau.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#10<br>Pendant que je visionne une s\u00e9rie, la plupart du temps je mange et \u00e7a n&rsquo;est pas vrai pour un film. Pendant que j&rsquo;\u00e9coute de la musique au casque, je ne consulte pas les r\u00e9seaux sociaux. Pendant que je somnole comme un chat dans un fauteuil, je ne suis pas en train de marcher dans la nature. Pendant que les heures s&rsquo;\u00e9coulent, je me souviens \u00e0 chaque instant que je dilapide mon temps de vie. Pendant que j&rsquo;attache mes cheveux, op\u00e9ration trop longue, j&rsquo;ai l&rsquo;impression de mourir un peu. Pendant que je regarde les camions de foin ou de bois passer, j&rsquo;attends la neige. Pendant que je reste muet, la peur s&rsquo;installe chez mon interlocuteur. Pendant que les gens arpentent les villes en tous sens, je vrille \u00e0 toute vitesse immobile dans un trou noir de campagne absolue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#11<br>Le fr\u00e8re d&rsquo;un ami, jeune homme po\u00e8te. Beau et timide et doux. M&rsquo;indique la direction Ren\u00e9 Char. Je lis. Follement. D\u00e9couverte parall\u00e8le de Philippe Jaccottet. Fin des ann\u00e9es 1970. Sous ces auspices naissent mes tout premiers textes. Rares. Depuis longtemps enfouis dans la fin de l&rsquo;enfance. Quelque temps apr\u00e8s appara\u00eetront les d\u00e9cid\u00e9ment plus radicaux po\u00e8tes de la revue Doc(k)s. Et aussi, au passage, L&rsquo;Internationale Hallucinex. C&rsquo;est d\u00e9cid\u00e9 : je lis et j&rsquo;\u00e9cris.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#12<br>Il y a une trame de discours et d&rsquo;images qui s&rsquo;\u00e9tale en pr\u00e9existant au texte. Grisaille po\u00e9tique en variation continue. Substrat d&rsquo;associations toujours m\u00eame diff\u00e9rant. Il y a un dessous presque uni qui vibre et anime les mots le recouvrant. Fabriqu\u00e9 \u00e0 partir de fragments de phrases lues mais plus souvent happ\u00e9es, entendues. Construit-d\u00e9construit m\u00ealant figures d&rsquo;objets et de personnes d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9es. Il y a les dessous, collage serr\u00e9 de sous-textes baroques qui incite \u00e0 l&rsquo;acte d&rsquo;\u00e9criture. \u00c0 placer chaque mot en fonction du suivant et du pr\u00e9c\u00e9dent par dessus les r\u00e9miniscences p\u00e2les mais tendues. \u00c0 recouvrir ce collage patiemment de touches prenant leurs formes en facettes et leur tonalit\u00e9 sobre d\u00e9finitives.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#13<br>Figure de la peur. Le vertical inhabitable. Phobie incarn\u00e9e incorpor\u00e9e. Les danseurs tombent un par un. Lentement lentement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#14<br>Cannabis sativa indica. Et, filant ce bref laps de temps qui me d\u00e9vore et me creuse, je grandis sans un mouvement dans une mani\u00e8re d&rsquo;immobilit\u00e9 rapide, fulgurante.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#15<br>Tu as vu pour organiser le lave-pont on verra bien j&rsquo;ai pas encore pass\u00e9 t&rsquo;avais rendez-vous avec \u00c9meline je m&rsquo;en suis dout\u00e9e elle a appel\u00e9 comment on va faire pour manger tu prends tes m\u00e9dicaments avant ou apr\u00e8s faudra enlever tous ces tissus je vais d\u00e9congeler du pain l&rsquo;armoire est toujours pleine t&rsquo;as ferm\u00e9 la voiture tout \u00e0 l&rsquo;heure je reprends un grand caf\u00e9 avant de m&rsquo;y remettre c&rsquo;est tout le temps comme \u00e7a avec tes simagr\u00e9es \u00e7a va \u00eatre l&rsquo;occasion et tu as remarqu\u00e9 que les aiguilles tournent c&rsquo;est sec comme un coup de trique pas trop si vite ce soir sans feu on en mettra partout allez j&rsquo;essaie l\u00e0-haut tu es d&rsquo;accord \u00e9coute ta musique il est midi moins cher que la derni\u00e8re fois \u00e0 qui il \u00e9crit pour quelle raison je parle pas t&rsquo;as eu mal aux cervicales il y avait une semaine pour \u00e7a aussi les chaussures aux pieds demain matin&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#16<br>Enveloppe d\u00e9chir\u00e9e \u00e0 l&#8217;emmanchure. Plusieurs couches tissu et molleton. Mod\u00e8le la cage thoracique. Se couvrir pas s&rsquo;habiller. Image consistante dure. Forme rock n&rsquo; roll. Cicatrices. Houppelande bariol\u00e9e flotte dans l&rsquo;air capuche sens du vent. Cordons pendentifs \u00e0 la tra\u00eene. Pas s&rsquo;habiller se couvrir. Image consistante fluide. \u00c9tui trop large en haut trop \u00e9troit en bas. Coupe foir\u00e9e pour corps foir\u00e9. Flotte et serre. S&rsquo;habiller comme on peut. Ou se couvrir. Image consistante ambivalente. Forme paysanne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#17<br>Recenser toutes les friches artistiques des quartiers pauvres et des lieux encore \u00e0 peu pr\u00e8s vagues. Organiser en groupe une action commando une nuit. Peindre \u00e0 la grosse brosse d\u00e9goulinante sur leurs murs d\u00e9cr\u00e9pits des slogans comme \u00ab\u00a0L&rsquo;art est mort\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Vive l&rsquo;autonomie\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0L&rsquo;artiste pr\u00e9c\u00e8de le flic\u00a0\u00bb. On ne se privera pas de casser quelques vitres afin de pr\u00e9parer la mise \u00e0 bas d\u00e9finitive de ces foyers de r\u00e9pugnante r\u00e9cup\u00e9ration culturelle d&rsquo;\u00c9tat.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#18<br>\u00ab\u00a0\u00c9crit sur ma porte : J&rsquo;habite ma propre maison, n&rsquo;ai jamais imit\u00e9 personne et me suis moqu\u00e9 de tout ma\u00eetre qui ne s&rsquo;est pas moqu\u00e9 de lui-m\u00eame.\u00a0\u00bb<br>Cherch\u00e9 dans les toilettes. Sur l&rsquo;\u00e9tag\u00e8re derri\u00e8re la cuvette. Facile \u00e0 trouver dans le d\u00e9sordre des \u0153uvres compl\u00e8tes en format de poche. Marques-pages avec PQ. Exergue du recueil d&rsquo;aphorismes. Typo un peu baveuse tirant sur le gras. Exemplaire datant des ann\u00e9es 1970. Us\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#19<br>Midi trente-cinq. La voiture de la Poste. Elle se pr\u00e9cipite. C&rsquo;est le facteur. Saisit l&rsquo;enveloppe affranchie sur le coin du buffet. Sort. Attrape la camionnette. Salue rapide. Demande de lui prendre sa lettre. Remercie. Deux mots sur le temps. Salue plus calme. Rentre satisfaite. Midi trente-sept.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#20<br>Pas de lettre. Juste un petit colis. La fourgonnette stoppe. Le facteur descend. Place le paquet. Ferme la bo\u00eete. Remonte vite en voiture. Une femme sort. A le temps de l&rsquo;accoster. Veut lui faire affranchir son enveloppe. Refus poli. Pas d&rsquo;argent dans la camionnette. Pas de transaction possible. Il red\u00e9marre. Sec. Elle rentre. D\u00e9pit\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#21<br>Froid. Ne pas arriver \u00e0 r\u00e9chauffer. Glacial dans la cuisine. Automne noir. Perdre patience. Pr\u00e9chauffer le four. Pr\u00e9chauffer le r\u00e9el. Vingt-cinq minutes. Cuisson. Entrouvrir. Bouff\u00e9es de chaleur. Coller \u00e0 la vitre. Faire les cent pas. Se frotter les bras. Couper. Sortir le plat. Laisser la porte du four ouverte. Un bon moment. Finir par gagner un degr\u00e9. Au thermom\u00e8tre du r\u00e9el. Provisoirement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#22<br><em>Rauque la ville.<\/em> Livre lu relu aim\u00e9 et offert plusieurs fois. \u00c0 l&rsquo;\u00e9poque. Mille neuf cent quatre-vingt. Fen\u00eatre avec carton de livres. Aujourd&rsquo;hui. Dans la rue. Quarante ans apr\u00e8s. Fouiller. Chance : <em>Suicide mode d&#8217;emploi.<\/em> Introuvable trouv\u00e9. Revenir d\u00e9poser mes deux derniers exemplaires de <em>Rauque la ville<\/em> dans ce carton providentiel. Une partie de moi. Remerciement. \u00c9change anonyme et public. Dernier geste de transmission. S\u00e9paration d\u00e9finitive mais reconnaissante. <em>Suicide mode d&#8217;emploi<\/em> vaut bien le sacrifice de mes deux <em>Rauque la ville.<\/em> Qui seront pris. Qui de nouveau seront lus. Maintenant, d\u00e9poss\u00e9d\u00e9, je poss\u00e8de les modes d&#8217;emploi du suicide.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#23<br>Pour ne pas tomber. Savoir quinze. S&rsquo;\u00e9lancer vers le bas. Savoir rituel. Dans le noir. Un deux trois quatre. Les quatre suivantes dans le flou. \u00c7a tourne \u00e0 huit. Ne pas tomber. Plus que cinq avant treize. Savoir treize. Neuf dix onze douze. Horrible craquement. Quelque chose se casse un peu plus chaque fois. Encore deux avant quinze. Avant le sol. Jamais s\u00fbr. Quatorze. Quinze. Pas chass\u00e9. Plus de marches. Rester debout. Lumi\u00e8re p\u00e2le. Pour un nouveau jour.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#24<br>Il n&rsquo;y a pas de temps perdu. Il n&rsquo;y a que des clochards. Tissus du soi alourdis par la crasse. Non-\u00eatre long. Grattage suspendu au-del\u00e0 de l&rsquo;agacement. Tant\u00f4t cinq heures tant\u00f4t six et sept. La musique insipide se d\u00e9verse trop lente. Pesanteur des entrailles. Tension prolong\u00e9e de basse intensit\u00e9. Cr\u00e2ne farci de stridences faibles. Se maintenir l\u00e0. Dans la succession calmement r\u00e9sign\u00e9e des minutes sans go\u00fbt. Patience rivet\u00e9e aux os. Il n&rsquo;y a que des clochards. H\u00e9b\u00e9tude pleine du mauvais brouet de l&rsquo;ennui. Il n&rsquo;y a pas de temps perdu.&nbsp;<br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#25<br>\u2014 devenir \u2014 emp\u00eatr\u00e9 dans la chair \u2014 monter un volume \u2014 ne plus s&rsquo;entendre se d\u00e9velopper \u2014 pousser \u2014 sans un mouvement \u2014 dans la circulation sanguine \u2014 le c\u0153ur pour un emp\u00eachement \u2014 bloqu\u00e9 omnipr\u00e9sent \u2014 passer outre \u2014 sans pes\u00e9e \u2014 ventre et jambes inertes \u2014 continuer \u00e0 manger lourdement \u2014 ne pas saisir les rapprochements de la fin \u2014 de la maigreur de la finesse de la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 \u2014 organes enfouis jusqu&rsquo;\u00e0 dissolution \u2014 un \u0153uf d&rsquo;intensit\u00e9s \u2014 chaleur et vitesses parcourant la peau \u2014 devenir sans cesse \u2014 prolif\u00e9ration mort retour des cellules \u2014 demeurer \u2014 viande abondante laiss\u00e9e l\u00e0 \u2014 \u00e0 fr\u00e9mir \u00e0 trembloter \u2014 lucidit\u00e9 \u00e9touff\u00e9e \u2014 perp\u00e9trer le souffle court de l&rsquo;existence grasse \u2014 s&rsquo;endormir enfin \u2014 variation continue du devenir \u2014<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#26<br>D\u00e9givrer les vitres. Opacit\u00e9. Soleil nimb\u00e9. Pellicule. Mettre le masque. La rue dans un voile. Bu\u00e9e. Froid. Matin. Vapeur. Corps figures choses et paysages sans nettet\u00e9. Perdre de la vision. Respirer par la bouche. Tenter de faire circuler l&rsquo;air. D\u00e9sembuage. Retrouver le grand clair. Reperdre presque tout l&rsquo;instant d&rsquo;apr\u00e8s. Exhaler. Verres. Nu\u00e9es. Gouttelettes diffraction. Passer un mouchoir. Le flou \u00e0 ne pas garder. Choses distinctes de nouveau dans la chaleur d&rsquo;une pi\u00e8ce. Peu \u00e0 peu effilocher le trouble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#27<br>L&rsquo;homme qui fait bonne figure. Tout juste. Tout aimable devant. Juste un petit instant en avance. De moi. Renfrogn\u00e9. Rest\u00e9 l\u00e0. \u00c9piant ses duplicit\u00e9s. Lui tant sourire. Mine d\u00e9contract\u00e9e. Avenant au possible. Et mon aigreur. Derri\u00e8re lui. Qui se cabre violemment. Me renverse sur moi-m\u00eame. Le laisser d\u00e9velopper toute sa biens\u00e9ance. Sous mes yeux rouges. Honte et col\u00e8re. L&rsquo;homme qui ne me pr\u00eate aucune attention. Moi devinant son petit jeu malhonn\u00eate. Lui tellement \u00e0 l&rsquo;aise. Tellement comme j&rsquo;aurais pu me comporter. Moi dans une autre vie. Parall\u00e8lement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#28<br>juste \u00e7a \u00eatre en terrain hostile ne pas aimer pas de chez moi lui irr\u00e9m\u00e9diable \u00e9tranger le dire depuis le d\u00e9but comment aimer ce qui d\u00e9coule de lui il l&rsquo;a cram\u00e9e avec ses vues sur la vie non pas d&rsquo;effort surtout pas d&rsquo;effort jamais c&rsquo;est bien fait si \u00e7a marche pas lui m&rsquo;insupporte ne rien pouvoir contre pas en s\u00e9curit\u00e9 lui pas sur mes bris\u00e9es \u00e0 domicile trois-z\u00e9ro ne plus jouer au plus malin ne pas abandonner lui m&rsquo;\u00e9puise ne pas aimer depuis le d\u00e9but jamais pu ne pas pouvoir m\u00eame essayer rien de lui tout est \u00e9tranger en sortir jamais ne pas pouvoir l&rsquo;aimer lui ni tout ce qui d\u00e9coule de lui ne pas y arriver non pas d&rsquo;effort jamais&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#29<br>Il aurait \u00e9t\u00e9 plus judicieux de s&rsquo;abstenir. Il aurait fallu te taire. Ou accepter simplement. Pourquoi risquer que \u00e7a leur revienne aux oreilles par la bande. Il a fallu que \u00e7a soit dit quand m\u00eame. Et comment. Avec tant de haine. De ranc\u0153ur. Tous ces cris. Cette diatribe. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9. D\u00e8s le lendemain. Bouche prompte. Oreilles complaisantes. Maintenant ils font encore plus la gueule que d&rsquo;habitude. Et toi qui fais semblant de te demander pourquoi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#30<br>L&rsquo;appartement de la maison d&rsquo;en face n&rsquo;est pas \u00e9clair\u00e9 ce matin. Comme si personne n&rsquo;\u00e9tait encore r\u00e9veill\u00e9. Comme s&rsquo;il \u00e9tait vide. Un nouveau jour va se lever et suivre son cours. Rien d&rsquo;\u00e9tonnant ni d&rsquo;anormal. Il ne reste plus de trace de la violence que Mohammed a fait subir \u00e0 H\u00e9lo\u00efse. Hier. Coups et blessures. Porte d&rsquo;entr\u00e9e claqu\u00e9e b\u00e9ante. Appels au secours. Gendarmerie. Plus rien. Juste un calme lourd.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#31<br>Et tous ces inconnus qui ne baissent pas encore les bras. Tordus par la peur de plonger. La r\u00e9volte des chairs. Et tous ces cris rentr\u00e9s dans un pauvre discours \u00e9tique. Le minimum. Voyage hach\u00e9. Tumulte muet. M\u00eame pas d&rsquo;autre rive \u00e0 gagner. Changer de d\u00e9sert. Et tous ces refus refus\u00e9s. Permanence de l&rsquo;accord soumis. Brutalit\u00e9 qui s&rsquo;\u00e9tire sans horizon. Hordes de corps malades. Diminu\u00e9s. Et tous ces inconnus \u00e0 la limite de vivre. Et tous ces chemins o\u00f9 errer. Et tous ces camps o\u00f9 \u00e9chouer.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#32<br>La chapelle de Saint-Paul. Enfance. Au-dessus du large lit. Durance. Le pont de Mirabeau. Descendre accompagn\u00e9 la vol\u00e9e de marches ab\u00eem\u00e9es. Jusqu&rsquo;\u00e0 la rivi\u00e8re. Ramasser des galets. Les faire reluire dans un filet d&rsquo;eau froide. Ses mains autour de la pierre. Se retourner \u00e0 peine surpris. L&rsquo;\u00e9clat-murmure de sa voix ancienne. Encore un galet. Souffler un reste de cendres. \u00c9couter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background\">#33<br>Le d\u00e9cider. Mettre le casque. Le d\u00e9cider. Mais par l&rsquo;habitude. Arrangements du c\u00e2ble. Le d\u00e9cider. Sans d\u00e9cision autoritaire. S&rsquo;asseoir et jambes sur\u00e9lev\u00e9es. Le d\u00e9cider. Automatisme r\u00e9gulier. \u00c9taler la couverture. Le d\u00e9cider. Tous les jours. Laisser la t\u00eate dehors. Le d\u00e9cider. Sans y penser vraiment. Lancer la musique. Le d\u00e9cider. Par exercice coutumier. Laisser les sons prendre toute la place. Le d\u00e9cider. Pendant un long moment. Plus de traces des pens\u00e9es parasites. Le d\u00e9cider. Souplement. Permettre au vide de s&rsquo;installer. Habit\u00e9.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>#34<br><\/p>\n\n\n\n<p>\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p># 01Impr\u00e9vu : tous les musiciens de l&rsquo;album \u00ab\u00a0Manafon\u00a0\u00bb par David Sylvian sont issus du milieu de l&rsquo;improvisation libre. (Je connais la plupart d&rsquo;entre eux.) (Appris par Wikip\u00e9dia tout en \u00e9coutant.) Personne ne me l&rsquo;avait jamais dit. #02La forme de son corps ? Couleur de ses cheveux ? Noir sans doute. Le son de sa voix ? Peut-\u00eatre titi parisienne. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-fil-berger\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># Carnets individuels | Fil Berger<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":225,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,3897],"tags":[],"class_list":["post-98445","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-carnets_individuels","category-le_grand_carnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98445","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/225"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=98445"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98445\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=98445"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=98445"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=98445"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}