{"id":98480,"date":"2022-12-17T17:13:58","date_gmt":"2022-12-17T16:13:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=98480"},"modified":"2022-12-17T17:14:00","modified_gmt":"2022-12-17T16:14:00","slug":"carnet-bleu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-bleu\/","title":{"rendered":"#Carnet bleu | Juliette Cortese"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/PXL_20221112_181012825-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-99300\" width=\"466\" height=\"349\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/PXL_20221112_181012825-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/PXL_20221112_181012825-420x315.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/PXL_20221112_181012825-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/PXL_20221112_181012825-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/PXL_20221112_181012825-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 466px) 100vw, 466px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>J&rsquo;\u00e9cris juste avant de m&rsquo;endormir, que mon r\u00eave le plus r\u00e9current comporte des obstacles nombreux qui m&#8217;emp\u00eachent de commencer ce que je dois faire, en g\u00e9n\u00e9ral D\u00c9MARRER une formation ou un accompagnement collectif\u2026 je fais souvent ce r\u00eave \u00e9trange et p\u00e9n\u00e9trant d&rsquo;une succession d&#8217;emp\u00eachements tous plus envahissants les uns que les autres, et en r\u00e9alit\u00e9 assez minimes (pas de papier, pas de salle, trop de retardataires, pas de liste\u2026), mais qui m&#8217;emp\u00eachent de faire ce que je veux faire, de COMMENCER \u00e0 faire ce que j&rsquo;ai pr\u00e9vu. J&rsquo;ai fait ce r\u00eave de nombreuses fois, sur le matin, avant d&rsquo;aller travailler. Et, chose \u00e9tonnante, quand quelque emp\u00eachement se produit dans la r\u00e9alit\u00e9 (ex : je dois travailler avec un groupe et nous n&rsquo;avons pas de salle &#8211; \u00e7a m&rsquo;est arriv\u00e9 il n&rsquo;y a pas longtemps) je suis parfaitement d\u00e9tendue et je prends \u00e7a de tr\u00e8s loin\u2026 tout l&rsquo;inverse dans le r\u00eave, o\u00f9 je m&rsquo;agite pour rien devant les emp\u00eachements qui s&rsquo;accumulent\u2026 un effet paradoxal du r\u00eave ?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la nuit qui a suivi ce paragraphe j&rsquo;ai fait un r\u00eave o\u00f9 je n&rsquo;avais pas le temps de chercher \u00e0 regarder mes mains, je cherchais mon chemin, je ne trouvais pas et il ne fallait pas tra\u00eener. Finalement, je fais toujours des r\u00eaves AFFAIR\u00c9S, des r\u00eaves avec OBSTACLES.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Elle est retrouv\u00e9e &#8211; quoi ? &#8211; L&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. &#8211; C&rsquo;est la mer all\u00e9e avec le soleil et avec eux la possibilit\u00e9 de d\u00e9faire le langage, de se d\u00e9faire un peu du sens, de jouer, d&rsquo;\u00eatre libre, d&rsquo;\u00e9crire des choses qui ne co\u00efncident pas avec la syntaxe ordinaire, des choses qui sont belles qui ne sont pas le langage courant, habituel, op\u00e9ratoire, des choses qui ont leur balancement propre, des choses qui ont autre chose. C&rsquo;est une grande b\u00e9ance qui s&rsquo;ouvre avec Rimbaud quand j&rsquo;ai quatorze ans, que je ne cesse d&rsquo;\u00e9largir depuis.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>La courbe de tes yeux fait le tour de mon c\u0153ur, aur\u00e9ole du temps, berceau nocturne et s\u00fbr, et si je ne sais plus tout ce que j&rsquo;ai v\u00e9cu, c&rsquo;est que tes yeux ne m&rsquo;ont pas toujours vu\u2026 en troisi\u00e8me, d\u00e9couverte concomitante de la po\u00e9sie et de l&rsquo;amour concret, et l&rsquo;instantan\u00e9e mise \u00e0 distance de l&rsquo;un par l&rsquo;autre &#8211; il me semble avoir \u00e9t\u00e9 saisie au m\u00eame moment par la conscience double,&nbsp; paradoxale, de la magnificence parfaite du po\u00e8me et du fait que le po\u00e8te en faisait quand m\u00eame un peu trop, rapport \u00e0 ce que je vivais moi, amoureusement, de bien plus trivial ; avec le recul d&rsquo;aujourd&rsquo;hui je dirais que c&rsquo;\u00e9tait un signe du temps, d\u00e9j\u00e0, que l&rsquo;id\u00e9al de puret\u00e9 qu&rsquo;on trouve dans les textes d&rsquo;Eluard est \u00e0 l&rsquo;image de ce qu&rsquo;on regarde aujourd&rsquo;hui de la seconde guerre mondiale, son lointain horizon de clart\u00e9, l&rsquo;engagement plein et entier qui se d\u00e9tache avec une sorte de nettet\u00e9, d&rsquo;\u00e9vidence vibrionnante depuis notre pr\u00e9sent noir et brouill\u00e9, o\u00f9 les id\u00e9aux syst\u00e9matiquement paraissent d\u00e9faits par le r\u00e9el. Alors qu&rsquo;en fait, rien n&rsquo;\u00e9tait simple probablement, ni en amour ni en guerre, mais on savait\/voulait encore faire comme si ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Pas vraiment de routine, \u00e7a change tous les jours ou presque. C&rsquo;est s\u00fbr que le t\u00e9l\u00e9phone au r\u00e9veil c&rsquo;est presque tous les matins : Facebook, la Une du Monde, les mails Juliette Cortese (les seuls qui ont droit de notification directe sur mon t\u00e9l\u00e9phone), les mails pro, les mails perso, les messages des copines sur Messenger et sur Signal. Lire quoi ? Le journal, les po\u00e8mes sur Facebook, parfois des citations d&rsquo;auteurs, des extraits plus ou moins longs, des photos de pages de livres, les lettres \u00e0 Kafka de Marie-Philippe Joncheray, les longs textes en prose de Mil\u00e8ne Tournier, les r\u00e9cits absurdes de Pierre Barrault, les histoires souvent dr\u00f4les de Fabien Drouet. Tout \u00e7a, \u00e7a remplit tous les creux, se niche dans les pauses, les moments d&rsquo;attente, les entre-deux, les feux rouges trop longs, les rendez-vous qui n&rsquo;arrivent pas, les d\u00e9jeuners en solo. Et le soir, c&rsquo;est les messages, les longs \u00e9changes, entre la tisane et le brossage des dents, juste avant le sommeil, le plus souvent avec Caroline Diaz, avec Nathana\u00eblle Quoirez, parfois Gracia Bejjani, Daniel Bourrion, Gwen Denieul, ou Mil\u00e8ne, encore. C&rsquo;est de l&rsquo;\u00e9criture oui, et c&rsquo;est du lien, mais un lien lointain, un peu douloureux, parce qu&rsquo;on n&rsquo;est pas en pr\u00e9sence, qu&rsquo;on le sera pas avant un moment, et jamais assez pour ce qu&rsquo;on a \u00e0 se dire. Les livres ? Ils prennent la place qui reste, c&rsquo;est-\u00e0-dire un peu le soir, surtout dans les p\u00e9riodes o\u00f9 je d\u00e9cide de laisser le t\u00e9l\u00e9phone dans mon bureau, pour d\u00e9barrasser mon coucher de la foule num\u00e9rique. Avant, c&rsquo;\u00e9tait pas comme \u00e7a, je pouvais lire des heures d&rsquo;affil\u00e9e. Maintenant, le plus souvent, la lecture est entrecoup\u00e9e, je reprends le t\u00e9l\u00e9phone, cette attraction pour les messages, les notifications\u2026 Comment c&rsquo;est venu au juste ?<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a eu le premier mail, vers 1998. Le premier site internet, dans les cours d&rsquo;IUFM de 1999-2000. Le premier t\u00e9l\u00e9phone mobile, 2001, mon installation \u00e0 Paris, les SMS dans nos vies. Le sursaut la premi\u00e8re fois qu&rsquo;une bulle de chat s&rsquo;\u00e9tait ouverte sur mon ordi, vers 2002. Le premier smartphone a d\u00fb co\u00efncider presque avec l&rsquo;ouverture du blog, ou alors c&rsquo;\u00e9tait juste avant, 2008, le premier Samsung ? 2010, le blog. La premi\u00e8re liseuse, en f\u00e9vrier 2012, a fait l&rsquo;objet d&rsquo;un billet un peu ridicule, j&rsquo;\u00e9tais fan de Murakami. Entre temps, j&rsquo;ai partag\u00e9 des textes, beaucoup de textes, sur un site belge, Oniris.be, o\u00f9 tout le monde pouvait lire et commenter, une chouette exp\u00e9rience, plein de rencontres, j&rsquo;y ai pass\u00e9 un temps fou, \u00e0 lire et \u00e0 commenter des textes. Ensuite il y a eu l&rsquo;engagement dans le premier roman, enti\u00e8rement planifi\u00e9 dans YWriter, un logiciel d&rsquo;\u00e9criture : d\u00e9coupage en chapitres, sc\u00e8nes, fiches lieux, fiches personnages\u2026 J&rsquo;\u00e9crivais sur ordi portable, dans le salon de notre appartement, un casque ferm\u00e9 sur les oreilles pour m&rsquo;isoler du bruit des enfants, petits. Pas vraiment lu Virginia Woolf, pas encore la place pour un lieu \u00e0 soi, mais d\u00e9j\u00e0 du temps consacr\u00e9. Arr\u00eat \u00e0 la premi\u00e8re moiti\u00e9 du roman pour reprendre des \u00e9tudes et changer de m\u00e9tier, une pause de six ans sans \u00e9criture (sans \u00e9criture cr\u00e9ative mais beaucoup d&rsquo;acad\u00e9mique) jusqu&rsquo;\u00e0 la formation ateliers d&rsquo;\u00e9criture et la rencontre virtuelle avec les ateliers de Fran\u00e7ois, en 2018. Jamais repris ce roman \u00e0 moiti\u00e9 \u00e9crit, il a pris ses distances, et moi je l&rsquo;ai laiss\u00e9 dans une vieille version d&rsquo;YWriter. Les enfants ont grandi, moi aussi, je ne suis plus si fan de Murakami.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui j&rsquo;\u00e9cris sur un carnet bleu, gliss\u00e9 dans mon sac depuis 35 jours, et en parall\u00e8le dans un Doc intitul\u00e9 CARNET BLEU sous Drive, j&rsquo;\u00e9cris quotidiennement sur Google Keep dans mon t\u00e9l\u00e9phone, j&rsquo;\u00e9cris parfois \u00e0 la voix, en conduisant sur l&rsquo;autoroute, parfois \u00e0 l&rsquo;enregistreur, en marchant dans la rue. Je filme, \u00e0 la main ou au stabilisateur, en pensant qu&rsquo;un jour ces images rencontreront un texte, je filme et je monte pour d&rsquo;autres, des images pour les vases communicants, j&rsquo;\u00e9cris sur les images des autres. Je fais des photos quotidiennes en me demandant quelle est ma sensation du monde aujourd&rsquo;hui, la phrase au plus pr\u00e8s de ma sensation du monde, et j&rsquo;ai une id\u00e9e de plus en plus pr\u00e9cise de ce que \u00e7a va devenir. La #31 m&rsquo;a donn\u00e9 grosse envie de podcast, \u00e0 voir si \u00e7a rentre dans l&#8217;emploi de mon temps. Il me reste \u00e0 cr\u00e9er un site internet pour remplacer le blog, ramasser tout \u00e7a au m\u00eame endroit, les publications les textes les vid\u00e9os les sons\u2026 C&rsquo;est pas \u00e7a qui va r\u00e9duire le nombre de notifications, mais c&rsquo;est une fa\u00e7on de se plier au monde en d\u00e9pliant l&rsquo;int\u00e9rieur de soi, forger son expansion dans l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration forc\u00e9e, un mode de survie.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>\u00c7a m&rsquo;arrive tout le temps. Perdre les noms, m\u00e9langer les gens, les artistes, les auteurs, les films, les morceaux de musique, m\u00eame et surtout ceux qui comptent le plus. Je pourrai jamais dire que c&rsquo;est en vieillissant, parce qu&rsquo;\u00e0 dix-neuf ans d\u00e9j\u00e0, en hypokh\u00e2gne, un jour de colle, j&rsquo;avais r\u00e9ussi \u00e0 faire croire, tout involontairement, au prof, en t\u00eate \u00e0 t\u00eate, qu&rsquo;il y avait ce livre d&rsquo;Umberto Eco, mais si, vous voyez bien, ah, bon sang, je me souviens plus du titre, et de lui raconter par le menu une pi\u00e8ce de Luigi Pirandello\u2026 Me suis rendue compte de ma m\u00e9prise le lendemain, faisant la vaisselle ou me brossant les dents, la honte bleue l\u00e9g\u00e8re et l&rsquo;amusement quand m\u00eame, le pauvre s&rsquo;\u00e9tait vraiment interrog\u00e9 sur sa propre culture &#8211; un livre non su du grand auteur &#8211; et moi j&rsquo;avais la petite fiert\u00e9 de mon aplomb avec un savoir fragmentaire, embrouill\u00e9, erron\u00e9, un savoir invent\u00e9 sans conscience ni ruine de l&rsquo;\u00e2me, une fiction de savoir nullement d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, et pour \u00e7a efficace. Et puis j&rsquo;ai quitt\u00e9 pr\u00e9cipitamment \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e, c&rsquo;\u00e9tait pas trop un endroit pour les gens comme moi qui ont sans le savoir de l&rsquo;invention \u00e0 la place de la connaissance, mais \u00e7a je l&rsquo;ai compris bien plus tard.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>\u00c7a m&rsquo;a tellement fait rire. Le couple, on les avait crois\u00e9s \u00e0 6h54 sur le parking de la clinique, eux en voiture, nous \u00e0 pied. La femme m&rsquo;avait sourit \u00e0 travers le pare-brise parce qu&rsquo;elle voulait passer l\u00e0 o\u00f9 justement on marchait, mais ne voulait pas nous \u00e9craser. Puis, dans la salle d&rsquo;attente, les voil\u00e0 qui arrivent, prennent le ticket, c&rsquo;est le num\u00e9ro six, s&rsquo;asseyent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Et l\u00e0, ils \u00e9changent des mots, badins, rien de tendu ni rien, parlent comme on parle un peu pour rien dans l&rsquo;innocence vide des salles d&rsquo;attente &#8211; pourquoi j&rsquo;y pr\u00e9f\u00e8re \u00eatre seule &#8211; quand soudain, je la vois, pince \u00e0 \u00e9piler en action, tirer sur les poils de sourcils de son homme, et lui qui se f\u00e2che un peu, mais encore bien gentiment pour le bruit que \u00e7a ferait si c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 moi qu&rsquo;on faisait \u00e7a. Il dit des trucs comme non mais l\u00e0 c&rsquo;est bon \u00e7a va arr\u00eate, tu vois \u00e7a, tu me\u2026 et si \u00e7a ne tenait qu&rsquo;\u00e0 moi je mettrais des tas de trucs vulgaires l\u00e0-derri\u00e8re, mais ils les a pas dits, \u00e7a ne tient pas qu&rsquo;\u00e0 moi, ou si, faudrait les retrouver, les vrais mots, les avoir not\u00e9s sur l&rsquo;instant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a ferait un beau texte pour une Mil\u00e8ne Tournier, avec sa classe incroyable elle tisserait l\u00e0-dessus Une rencontre par jour, elle nous dirait la tendresse en fait dans les yeux de la femme, son \u00e9pileuse sollicitude et comment l&rsquo;homme interrogerait Mil\u00e8ne, \u00ab\u00a0elle fait tout le temps \u00e7a, vous aussi, vous faites \u00e7a \u00e0 votre homme ?\u00a0\u00bb Et que Mil\u00e8ne serait emb\u00eat\u00e9e, \u00e0 ne pas forc\u00e9ment r\u00e9pondre mais penser que elle non mais par contre les melons, elle les \u00e9vidait pas pareil que lui. Est-ce que \u00e7a aurait quelque chose \u00e0 voir, avec essayer de rendre son homme plus beau, avec les poils retir\u00e9s aux bons endroits, avec aussi l&rsquo;intrusion que moi j&rsquo;y trouve sur le corps de l&rsquo;autre, si je me mets \u00e0 la place de l&rsquo;homme ? Moi je rigolerais en baleine, j&rsquo;en dirais quelques gros mots en la racontant, l&rsquo;histoire ; Mil\u00e8ne elle en ferait sa cuisine de tendre avec des ponts en poils de sourcils jet\u00e9s entre les gens, entre les histoires. Et elle y comprendrait quelque chose que personne n&rsquo;y comprend, et qui est pourtant clair, une fois dit. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Un rel\u00e2chement de toute la t\u00eate. Amollir les os du cr\u00e2ne. Sur l&rsquo;expiration, aplatir \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur son cerveau. Sentir l&rsquo;intelligence qui se contracte, se r\u00e9fugie dans un coin, laisse place. Ou qui tombe, en noix vide, le bruit du caillou au fond du grand puits. Ouvrir le grand puits bleu de la m\u00e9moire, espacer les espaces de cr\u00e2ne, aplanir le temps. Voil\u00e0, mettre toute la chronologie en un seul point. Dans la noix vide de l&rsquo;intelligence. Tout le temps en m\u00eame temps, c&rsquo;est \u00e0 ce prix, le grand rien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, avancer par glissement vers ce qui vient. Pas un point lumineux \u00e0 l&rsquo;horizon, des bouff\u00e9es plut\u00f4t, rafales, trous d&rsquo;air non, les simples vents r\u00e9guliers. Un souffle au visage qui traverse la t\u00eate, fait rouler la noix vide, pousse les mots les phrases, envoie le rythme surtout. Prendre \u00e7a dans la t\u00eate et l&rsquo;\u00e9crire sans une pens\u00e9e, comme une activit\u00e9 manuelle, un macram\u00e9 de langage.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Est-ce qu&rsquo;elle le saura, qu&rsquo;elle est morte ? Est-ce qu&rsquo;on sait quand on est mort ? Tu t&rsquo;endors tranquille au bloc, le plongeon tr\u00e8s doux de l&rsquo;anesth\u00e9sie, et apr\u00e8s tu te r\u00e9veilles m\u00eame pas quand on te met dans une bo\u00eete en bois garnie de tissu satin bleu p\u00e2le, tu te r\u00e9veilles m\u00eame pas sous la dalle de marbre, tu te r\u00e9veilles plus, tu sais plus rien. Ne sachant pas qu&rsquo;elle est morte, la morte repose bien tranquille et sans plus de pr\u00e9occupation, rien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/Ministre2.wav\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Permettez-moi de trouver bizarre qu\u2019un homme meure en chutant de son v\u00e9lo bleu le long de la station de tram \u2013 la roue dans le rail \u00e7a pardonne pas, \u00e7a tout le monde le sait \u2013 et pourtant il meurt \u2013 sa t\u00eate vient heurter le bord du quai du tram \u2013 et il meurt \u2013 permettez moi de trouver bien \u00e9trange qu\u2019on puisse mourir comme \u00e7a dans la ville sans que personne le sache sauf peut-\u00eatre quoi, les cinq personnes qui \u00e9taient l\u00e0 ce jour-l\u00e0 et qui se sont occup\u00e9es du Monsieur \u2013 appeler les secours, se mettre en retard, en parler, etc \u2013 et encore, ont-ils ont-elles su la suite, la mort, ont-il ont-elles appris dans le journal que non, les secours le retard les paroles n\u2019avaient pas suffit \u00e0 le garder en vie ? On devrait avoir un syst\u00e8me d\u2019alerte, la mort aussi inaper\u00e7ue \u00e7a n\u2019est pas possible, \u00e7a ne se peut pas, imaginez le Monsieur c\u2019est un ami \u00e0 vous ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Oui je l\u2019ai dit c\u2019est vrai mais j\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne pas. Oui je l\u2019ai dit c\u2019est vrai et en le disant je savais que \u00e7a n\u2019allait pas. Que ce n\u2019\u00e9tait pas <em>\u00e7a<\/em> qu\u2019il fallait dire. Pas <em>comme \u00e7a<\/em>. Pas ce mot, un autre. Pas ce ton-l\u00e0. Je l\u2019ai entendu tomber dans ton oreille, le mot, avec le ton pourtant gentil, en arrivant dans ton oreille j\u2019ai entendu \u00e7a a fait un <em>bling<\/em> un peu aigu, dissonant, un <em>bling<\/em> bleu fonc\u00e9 moche, le genre de <em>bling<\/em> qui agace, qui \u00e9nerve, le <em>bling<\/em> du mot mal tomb\u00e9 dans l\u2019oreille, du mot mal re\u00e7u, mal pris, mal mis, chiffonn\u00e9. Mes mots mal accueillis j\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne pas, c\u2019est toujours comme \u00e7a, sp\u00e9cialiste des regrets de dire.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Il faut se mettre la t\u00eate comme \u00e7a dans la position de t\u00eate horizontale c&rsquo;est-\u00e0-dire avec maximum d&rsquo;\u00e9cartement de cr\u00e2ne en largeur mais sans que \u00e7a se voie \u2013 l&rsquo;\u00e9cartement discret pour a\u00e9rer juste assez et l&rsquo;\u00e9cartement suffisamment bon \u2013 ni trop ni trop peu \u2013 seulement ce qu&rsquo;il faut pour espacer les pens\u00e9es les agiter d&rsquo;un petit mouvement de presque sans savoir un l\u00e9ger hochement lat\u00e9ral presque pas d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 juste \u00e0 la fronti\u00e8re de la d\u00e9cision et dans l&rsquo;ignorance quasi compl\u00e8te de cette presque d\u00e9cision hop passer la main \u00e0 travers le cerveau \u2013 ses espaces \u2013 et tirer le premier fil venu la pens\u00e9e qui entre en r\u00e9sonance avec l&rsquo;image qu&rsquo;on va faire dans l\u2019accroupissement hop l\u2019image avec la pens\u00e9e ensemble disent&nbsp; la tonalit\u00e9 globale de l&rsquo;int\u00e9rieur la couleur bleue du dedans comme une chaise m\u00e9tallique.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Je me regarde m&rsquo;accroupir plusieurs fois par jour, plusieurs fois par jour je me regarde ressentir la tension dans les cuisses, cet inconfort des genoux pli\u00e9s trop longtemps, je me regarde regarder depuis autre part ce que pensent ce que voient les autres, je me regarde tous les jours chercher le bon cadrage pencher le t\u00e9l\u00e9phone choper le plan, jouer des obliquit\u00e9s et des diagonales \u00e0 ras du sol sans tra\u00eener et pourtant essayer encore, une autre prise, l&rsquo;autre jour encore accroupie derri\u00e8re la chaise bleue m\u00e9tallique, je me regardais prendre en photo les gouttes nettes les gouttes floues les gouttes rondes habill\u00e9es costume brillant, d\u00e9limit\u00e9es par une petite magie, une pluie plastique, une verrerie d&rsquo;eau se regardant elle-m\u00eame, et mon reflet.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>La chaise en m\u00e9tal bleu, en lames de m\u00e9tal bleu, si on s&rsquo;accroupit devant apr\u00e8s la pluie, on voit, on peut voir, au premier plan la granulosit\u00e9 de la peinture bleue sur le m\u00e9tal, les gouttes tr\u00e8s nettes et pleines avec leurs bourrelets, et au deuxi\u00e8me plan les gouttes arrondies toujours mais floues, les reflets du soleil sur les lames qui point de fuite, et au troisi\u00e8me plan au fond si on concentre ses yeux sur le premier plan on voit, on ne voit pas mais on voit, flou, la terrasse le jardin le rosier les lauriers sans roses, la s\u00e9paration verte du voisin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>\u2013 enfin j\u2019irai partir au dehors du corps \u2013 enfin je n\u2019emb\u00eaterai plus personne \u2013 ne ferai plus inflammation \u2013 ne causerai plus douleur aigu\u00eb \u2013 diffuse \u2013 irradiante autour \u2013 loin jusqu\u2019aux genoux \u2013 ne donnerai plus d\u2019envies de m\u2019arracher \u2013 ne contracterai plus cruellement \u2013 ne vomirai plus caillots de sang par le bas \u2013 ne me gonflerai plus \u00e0 intervalles de mois \u2013 puis de semaines \u2013 finissons les bleus \u2013 enfin le repos \u2013 du guerrier et de la guerri\u00e8re \u2013 enfin nous serons sans regret \u2013 de nous s\u00e9parer \u2013 elle et moi \u2013<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>| ma valise mon corps ma t\u00eate dans leur marche mesur\u00e9e ruissellent | sur le sol bleu lisse o\u00f9 l&rsquo;heure est \u00e0 la cohue | l&rsquo;invraisemblable cohue du soir de semaine | devant tant de foule bruissante nous tournons autour sans d\u00e9sarticuler | pour ne pas d\u00e9sarticuler devant tant de foule tournons roulons vibrons les roulettes sur le sol lisse de la petite valise | \u00e0 pas mesur\u00e9s le corps la t\u00eate et tout ce que je | dilu\u00e9 dans le vaste de l&rsquo;espace | le lisse et le bruissant granuleux de la foule entass\u00e9e dans le vaste de l&rsquo;espace | je | pas perdue | je oubli\u00e9e | dilu\u00e9 conscience de moi dans grand lit du monde |<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Combien de pas pour me rendre \u00e0 la salle de bain, combien de gouttes accumul\u00e9es en ruisseau coulant sur ma peau sous la douche, combien d\u2019aller-retours dans l\u2019escalier, combien de degr\u00e9s l\u2019eau pour le th\u00e9, combien de minutes \u00e0 gratter le pare-brise pour faire le trou dans le givre bleu et voir la route, combien de journalistes entendus \u00e0 la radio sur le chemin, combien de voitures crois\u00e9es et leurs phares, combien la salade achet\u00e9e vite fait avant&nbsp; d\u2019arriver, combien de minutes d\u2019avance, combien de fois on nous dit de remettre nos masques dans la journ\u00e9e ?<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Dans la rue droite qui m\u00e8ne au m\u00e9tro Mermoz-Pinel, dans le froid humide de novembre, sous le ciel qui n&rsquo;est plus jamais bleu, dans l&rsquo;air immobile de ce jour, dans la ville qu&rsquo;on partage avec les oiseaux, dans le ronronnement r\u00e9gulier de ma valise \u00e0 roulettes, dans l&rsquo;espace du dehors et dans mon corps chaud qui marche, j&rsquo;ai cueilli, avec ma main propre, un morceau d&rsquo;une feuille sur une plante qu&rsquo;on avait plant\u00e9e l\u00e0, au bord du trottoir, pour d\u00e9corer et respirer mieux. La feuille froiss\u00e9e dans ma poche d\u00e9gage une odeur citronn\u00e9e, d&rsquo;herbe coup\u00e9e et de sel.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Dans le m\u00e9tro aux si\u00e8ges rouges stri\u00e9s verticalement bleu fonc\u00e9, il est assis au milieu d&rsquo;eux, le tronc forme un angle aigu avec les membres inf\u00e9rieurs, le visage d\u00e9j\u00e0 rid\u00e9, et se penche dans une impr\u00e9cation vers tour \u00e0 tour chaque voisin, les visages r\u00e9pondent ferm\u00e9s ou afflig\u00e9s ou condescendent un sourire, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que quelqu&rsquo;un, debout au milieu, sorte enfin le portefeuille, et la pi\u00e8ce accrochant la lumi\u00e8re va dans sa main ferm\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Un moelleux \u00e0 la ch\u00e2taigne et un th\u00e9, s&rsquo;il vous pla\u00eet. Vous avez quoi, comme th\u00e9 ? Venez l\u00e0, au bout. Ils sont ici, voyez ? Ok\u2026 je peux voir celui-l\u00e0, l\u00e0, le bleu, Prince Wladimir, c&rsquo;est du th\u00e9 noir ou vert ? Pfff, aucune id\u00e9e, tenez, le voil\u00e0. Ah, oui, ok, celui-l\u00e0, tr\u00e8s bien. Je vous r\u00e8gle maintenant ? Oh oui, ce sera fait.<\/p>\n\n\n\n<p>Posez vos fesses l\u00e0, sur le bleu, allongez-vous, la t\u00eate ici. Vous savez qu&rsquo;on vous remplit le vagin avec un gel d&rsquo;\u00e9chographie ? Voil\u00e0. Vous l&rsquo;ins\u00e9rez comme un tampon et moi j&rsquo;appuie, sur la seringue. Super, on vous attache maintenant, le casque antibruit, la pompe d&rsquo;appel dans votre main, \u00e7a va durer quinze minutes \u00e0 peu pr\u00e8s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est lorsque le sujet ne peut plus rien cr\u00e9er \u00e0 partir de sa propre souffrance, ni parvenir \u00e0 l&rsquo;oublier ou \u00e0 s&rsquo;en distraire gr\u00e2ce \u00e0 ses d\u00e9fenses, que celle-ci devient pathog\u00e8ne. La souffrance d\u00e9signe ainsi des \u00e9tats infrapathologiques qui font partie de la normalit\u00e9, au point que l&rsquo;on puisse parler de \u00ab\u00a0normalit\u00e9 souffrante\u00a0\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai \u00e9crit dans le train, au carnet bleu, \u00e0 l&rsquo;encre bleue, sur les pages blanches oubli\u00e9es entre deux dessins rat\u00e9s. J&rsquo;ai \u00e9crit alors que le travail laissait si peu de place \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture, pestant avec moi-m\u00eame contre ma propre incapacit\u00e9 \u00e0 organiser le temps de fa\u00e7on \u00e0 pouvoir tout faire. J&rsquo;ai \u00e9crit dans le TGV qui remuait, placide et calme ; j&rsquo;avais pris en premi\u00e8re classe, comme une vieille bourgeoise s&rsquo;autorise \u00e0 craindre la fatigue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Ce samedi 26 novembre 2022, j&rsquo;observe et mets \u00e0 la discussion :<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;abord, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de laisser ouverts les regards d&rsquo;assainissement des eaux us\u00e9es et de favoriser leur \u00e9coulement progressif sur la rue : cela favorise effectivement le lien social, la parole entre voisins, la fraternit\u00e9.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;instaurer un Jour du D\u00e9m\u00e9nagement, \u00e0 l&rsquo;occasion duquel, sans pr\u00e9paration, la population du village laisserait vacants ses domiciles pour aller vivre dans les appartements du Quartier de la Mosson, rues d&rsquo;Uppsala, de Bologne et d&rsquo;Oxford, dont la population viendrait, elle, habiter les maisons de village, pavillons et villas ; cela pour une dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, l&rsquo;urgence d&rsquo;une am\u00e9lioration logicielle de la plateforme Uber selon deux grands axes : 1. r\u00e9orienter les livreurs de plats pr\u00e9par\u00e9s de leur destination d&rsquo;origine vers toute personne souffrant de la faim dans la ville 2. r\u00e9organiser la circulation des VTC pour donner aux personnes \u00e2g\u00e9es et \u00e0 toutes celles dont la mobilit\u00e9 est restreinte un mode de d\u00e9placement correspondant \u00e0 leur situation et \u00e0 leurs besoins ; les utilisateurs habituels prendront les transports en commun.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>La veste noire en synth\u00e9tique motif panth\u00e8re dor\u00e9e, le polo noir du serveur griff\u00e9 au nom de la brasserie port\u00e9 pr\u00e8s du corps ou non selon la corpulence, le pull \u00e0 grosses mailles beige gris de la dame, le jean bleu clair et large avec les baskets blanches de jeune, le chemisier tr\u00e8s fleuri \u00e0 manches bouffantes port\u00e9 avec des cheveux boucl\u00e9s attach\u00e9s, les bottines \u00e0 talons en cuir caramel, les larges manches de mon propre gilet noir vaste doux et chaud sans bouton, la doudoune noire sans manche \u00e0 stries matelass\u00e9es horizontales quoique verticales plus serr\u00e9es sur les flancs, le haut noir pr\u00e8s du corps qui laisse voir l&#8217;empreinte de soutien-gorge dans la chair, l&rsquo;imperm\u00e9able mastic suspendu inhabit\u00e9 sur le dossier d&rsquo;une haute chaise, le jean bleu jean les plis au niveau des hanches quand la personne est assise, les sneakers en cuir camel avec semelle caoutchouc ou PVC blanc, le pull angora rose tr\u00e8s p\u00e2le \u00e0 rayures blanches sauf une dor\u00e9e \u00e0 paillettes, la grosse surchemise bucheronne en polaire moutonnante blanche \u00e0 fines rayures horizontales anthracite et verticales bleu-gris clair, la robe pull mauve \u00e0 c\u00f4tes verticales dessinant la silhouette, le gilet \u00e0 capuche bleu tr\u00e8s sombre avec un lacet fantaisie bleu et blanc, la veste de sport gris souris avec au col une poche pour la capuche ferm\u00e9e par une fermeture Eclair couleur saumon, le gilet noir en polaire sans manche avec l&rsquo;\u00e9cusson rouge AUTO PI\u00c8CES RF, le vaste pull marin blanc \u00e0 rayures bleues fonc\u00e9es accessoiris\u00e9 d&rsquo;un foulard gris clair ou cr\u00e8me, le pull en laine blanche avec un foulard bleu \u00e0 rayures bleues fonc\u00e9es, les baskets noires et blanches type Converse \u00e0 semelles compens\u00e9es, les \u00e9paules lointaines d&rsquo;une chemise noire et blanche motif l\u00e9opard.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>c&rsquo;est co\u00fbteux d&rsquo;\u00eatre en col\u00e8re | moi, mon r\u00e9flexe, c&rsquo;est d&rsquo;aller dans mon bureau | quand quelque chose me morfond c&rsquo;est essentiel dans ma t\u00eate, j&rsquo;arrive pas \u00e0 en sortir | Christelle a dit qu&rsquo;elle se sentait mal, la boule au ventre en venant | moi je pensais qu&rsquo;elles allaient bien, mais en fait non | comment je fais pour savoir qui vient ? | il y a rien qui s&rsquo;est pass\u00e9 | faudrait voir si quelque chose pourrait faire un d\u00e9clic, pour enlever le blocage | oh, moi j&rsquo;en ai plein, des comme \u00e7a | j&rsquo;ai ma rectocolite qui s&rsquo;est r\u00e9veill\u00e9e | entre elles c&rsquo;est compliqu\u00e9 | je me sens tr\u00e8s m\u00e9lang\u00e9e | on a besoin d&rsquo;un parent qui nous dit quoi faire | je pr\u00e9f\u00e9rerais parler d&rsquo;autre chose que de ce qui f\u00e2che | faut toujours aller les chercher | point de vue estomac, je gal\u00e8re un peu | elles savent pas r\u00e9ellement ce qu&rsquo;on fait nous | la situation n&rsquo;est pas tenable | elle, elle est plus proche du secr\u00e9tariat | j&rsquo;ose pas lui dire que, c&rsquo;est pas que j&rsquo;y arrive pas mais j&rsquo;ai pas le temps | personne ne se rend compte de l&rsquo;impact | je l&rsquo;aime bien, elle est sympa et hyper r\u00e9active | les choses vont devoir bouger | nous nos suivis sont plus difficiles | quelque chose me tombe dessus | personne n&rsquo;a r\u00e9pondu \u00e0 notre demande | on a dit \u00e7a et personne n&rsquo;a dit un seul mot | elles n&rsquo;ont m\u00eame pas accus\u00e9 r\u00e9ception | elles se coordonnent pas | je suis encore moins sereine que la derni\u00e8re fois | \u00e7a pourrait tr\u00e8s bien fonctionner ! | \u00c9milie elle savait que quand Pascale \u00e9tait l\u00e0, elle me sollicitait pas autant | je ne comprends pas pourquoi on fait attendre dix-sept personnes ! | si \u00e7a fonctionne pas, \u00e7a contrarie tout le monde ! | comment \u00e7a va se passer ensuite ? | plein de petites choses qui se sont rajout\u00e9es | tout le monde est sous pression | moi je suis d\u00e9courag\u00e9e aussi | on est tous un peu perdues | je devrais essayer de trouver quelque chose qui me convienne, trouver une organisation \u00e0 laquelle me rattacher pour pouvoir tout faire, y compris ce qui n&rsquo;est pas r\u00e9gulier | pourquoi on bosse ? | pas plus | que le lien se poursuive | serrer les liens entre nous | j&rsquo;\u00e9tais vis\u00e9e et c&rsquo;\u00e9tait tr\u00e8s tr\u00e8s injuste | il y a que Carole qui a pris la parole | parfois c&rsquo;est rideau baiss\u00e9, point | qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;on fait l\u00e0, tous ? | j&rsquo;avais dit que si on nous s\u00e9parait physiquement, \u00e7a allait cr\u00e9er du mal-\u00eatre | \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque on se posait une question, on cherchait partout, maintenant on a plus aucune r\u00e9flexion personnelle, on est ex\u00e9cutants presque | moi je ferme la porte des fois | on a pas le droit de positionner les gens nous-m\u00eames, alors j&rsquo;ai donn\u00e9 mes dispo | les gens ont plus de besoins et les orientations sont plus difficiles | Laetitia m&rsquo;a dit c&rsquo;est bien de monter, comme \u00e7a tu vois ce qu&rsquo;elles font | je pr\u00e9f\u00e9rerais parler d&rsquo;autre chose que ce qui f\u00e2che | j&rsquo;ai dit je sais pas ce qu&rsquo;elles font, Laurence l&rsquo;a mal pris | maintenant plus personne ne parle |&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Au moment o\u00f9 la femme m&rsquo;appelle par mon nom, je ne sais au juste o\u00f9 elle se situe, je ne suis pas s\u00fbre, me l\u00e8ve sans savoir et ramasse dans l&rsquo;incertitude mon sac et ma veste, pour partir \u00e0 sa recherche dans un couloir bleu flou ; ma qu\u00eate, je sais qu&rsquo;elle aboutira puisqu&rsquo;on m&rsquo;appelle, m&rsquo;a fait perdre ce que je pensais l&rsquo;instant d&rsquo;avant.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Les feuilles, aux arbres, \u00e9taient soudain p\u00e9trifi\u00e9es par la lueur lav\u00e9e qui jaillissait d&rsquo;un grand nuage bleu anthracite, les rayons retombaient en flot transparent comme si toute la lumi\u00e8re s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9charg\u00e9e, au travers du nuage, de ce qui jusque-l\u00e0 l&rsquo;obscurcissait, l&rsquo;alourdissait ; elle bondissait l\u00e9g\u00e8re, sa derni\u00e8re vie avant l&rsquo;orage, et coulait son or sur les feuilles.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Avant l&rsquo;aplat de l&rsquo;encre, avant le bleu du contraste qui dessine sur la page, avant les mots dits en mots, les entrechoquements de la phrase, avant que naisse une forme, avant que ne poigne ombre ou trace d&rsquo;une parole, avant que le langage fasse sa cuisine et coule au dehors, il y a un fr\u00e9missement de t\u00eate, quelques ruminations, un l\u00e2cher de la rampe \u00e0 laquelle on se tient le reste du temps, quitter le discernement du raisonnable pour en accepter le d\u00e9placement, d\u00e9cadrer, viser, enfin \u00e9crire : un laisser venir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais pas si l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9crire est venue avant la quatri\u00e8me. \u00c9tait-ce d&rsquo;ailleurs une id\u00e9e sp\u00e9ciale ? Mon p\u00e8re \u00e9crivait des chansons, ma m\u00e8re des po\u00e8mes, des articles, moi des r\u00e9dactions dans les petits cahiers de l\u2019\u00e9cole. Non, c\u2019est le geste, qui est venu. Au coll\u00e8ge, un jeudi midi, \u00e0 treize ans, on va \u00e0 l\u2019atelier d\u2019\u00e9criture avec C\u00e9line et Christelle. C&rsquo;est l\u00e0 qu\u2019est venu le geste gratuit de l\u2019\u00e9criture : une ouverture, une b\u00e9ance, un bleu pour toujours.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Pendant que je lis Tandis que j&rsquo;agonise, de Faulkner, je me demande si Je serai jamais morte, de Fabien Drouet.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que je lis Tandis que j&rsquo;agonise, de William Faulkner, je me demande si je vais survivre \u00e0 mon Covid de moi-m\u00eame.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que j&rsquo;agonise, un cercueil, et dedans une m\u00e8re qui attire les busards.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que j&rsquo;agonise, William, tu \u00e9cris des phrases folles avec tes yeux de bois.<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que j&rsquo;agonise, mes pieds refroidissent et il fait soleil.<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que j&rsquo;agonise, je lis, j&rsquo;agonise, je ressens tout de tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que j&rsquo;agonise tout le monde parle parle et parle et tout devient bleu.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Il aurait mieux valu ne pas s&rsquo;attarder sur nos petites d\u00e9faites, les renoncements discrets dans le silence de coton bleu, les aubes o\u00f9 l&rsquo;on abandonne avant que le jour soit m\u00eame n\u00e9, ne pas regarder en face les d\u00e9nis, les manques, les refus, ne pas voir les t\u00eates d\u00e9tourn\u00e9es, les visages referm\u00e9s, les poings remis dans les poches et les mascarades pour se raconter qu&rsquo;on avait choisi, alors qu&rsquo;on s&rsquo;\u00e9tait seulement laiss\u00e9 faire.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7ois Heude Anna Geyser Lola Lanouar Xavier Vertr\u00e9bal Arnaud Kuzpiek Olivia Th\u00e9 Jacques Carnot Paula Carpe Marguerite Visage Vardaman Joseph Paul Piquet-Clicquot Nestor Crabe Roger Pol-Lauren\u00e7in Trevor Champignon Gustave Malivernes Javier Vie Lyv-Victoria Seighor Anna Bloute Jean Pauldeau Hugues C\u00e9tamol Jean-Fran\u00e7ois Copp\u00e9 Michel Durand M\u00e9lanie Bernardin Fran\u00e7oise Alberti Guillaume Semprun Jean-Christophe Diem Bertrand Iba\u00f1ez-Kouakou David Palavas Jeanne Duval Lise Dujardin Gaspard Jardinier Franck Ovalon-Bleuve<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>| Un nez qui s\u2019\u00e9lance vers les autres, \u00e0 la rencontre, et dessus deux yeux marron chatoyants, un sourire \u00e0 fossettes, des boucles brunes, impression de vivacit\u00e9 | Cheveux emm\u00eal\u00e9s, propres, blond virant au sel avec le temps, les joues barbues, et des yeux qu\u2019on dirait bleus et espi\u00e8gles, la bouche aimable appelant au moins la conversation | Le nez porcin, les yeux myopes fa\u00e7on taupe, la peau rose et grasse, la bouche pulpeuse ou d\u00e9daigneuse selon le regard qu\u2019on porte |<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Personne n&rsquo;a vu dans la fen\u00eatre remonter les p\u00e9tales du grand cerisier, et le vent passer vertical.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Personne n&rsquo;a vu dans la fen\u00eatre le ventre d&rsquo;un nuage traverser le ciel en oiseau \u00e9norme.<\/p>\n\n\n\n<p>Personne n&rsquo;a vu qu&rsquo;au bas de la fen\u00eatre et dans le flou des nuages, l&rsquo;appareil photo ne savait plus faire, et que j&rsquo;aimais \u00e7a.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Personne n&rsquo;a vu la musique sortir de l&rsquo;enceinte, et pourtant c&rsquo;\u00e9tait doux, un bleu tendre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Personne n&rsquo;a vu que tu \u00e9tais parti, que tu \u00e9tais revenu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Personne n&rsquo;a vu les mains de la m\u00e8re dans les cheveux d&rsquo;un autre homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Personne n&rsquo;a vu derri\u00e8re les rideaux, personne n&rsquo;a su.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Personne n&rsquo;a vu ce qu&rsquo;il y avait dans la voiture.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Personne n&rsquo;a vu que le salon s&rsquo;\u00e9tait vid\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Personne n&rsquo;a vu la valse, la note perdue sur le tapis.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Jour triste de pluie, on donne aux ciels des pr\u00e9noms. <\/p>\n\n\n\n<p>Huit heures : Jean-Paul, un ciel gris clair, nu, \u00e0 vaguelettes plus sombres, attend la pluie. <\/p>\n\n\n\n<p>Neuf heures quarante-cinq : Jean-Dominique, ciel gris sel, mou, \u00e0 grosses moustaches poivre, crache une pluie bien liquide. <\/p>\n\n\n\n<p>Dix heures quarante : Jean-Fran\u00e7ois, ciel qui tonne au c\u0153ur, l&rsquo;\u00e9clair me sursaute. <\/p>\n\n\n\n<p>Onze heures trente : Jean-Jacques, ciel ardoise assis sur un ciel laiteux, air calme, pacifique.  <\/p>\n\n\n\n<p>Treize heures : Jean-Pascal, ciel gris opaque, ses yeux bleus ferm\u00e9s qu&rsquo;on dirait pour toujours, et \u00e0 peine trois reflets des lumi\u00e8res du salon dans la vitre lui donnent meilleure mine. <\/p>\n\n\n\n<p>Quatorze heures quarante-quatre : Jean-Baptiste, les lueurs en transparence derri\u00e8re tes nuages blancs, \u00e7a pique les yeux.  <\/p>\n\n\n\n<p>Quinze heures vingt-cinq : Jean-Pierre, un ciel qui court plus vite que ses nuages est-il un bon ciel ? <\/p>\n\n\n\n<p>Seize heures trente-deux : Jean-Michel, ciel bouch\u00e9 comme un homme qui ne veut rien entendre.  <\/p>\n\n\n\n<p>ll va bient\u00f4t faire nuit, je pars travailler. Quelqu&rsquo;un pour d\u00e9boucher les oreilles du monde ?<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas un mot, ce n\u2019est pas une phrase, c\u2019est un brouhaha. On ne nous a pas tellement propos\u00e9 de bonbons. Pesanteur du dormir, si tu passes la nuit \u00e0 \u00e9couter le langage inarticul\u00e9 du sommeil, est-ce que tu dors, ou est-ce que tu performes ? Le bruissement d\u2019un fils qui se couche, s&rsquo;entrouvrir aux sons qui voudraient se cacher, et les questions viennent se nicher dans les paupi\u00e8res. Demeure une bribe de r\u00eave. Un lieu o\u00f9 faire des vid\u00e9os, des machines, un film \u00e0 reprendre, et puis : \u00ab on ne nous a pas tellement propos\u00e9 de bonbons \u00bb. Ce n\u2019est pas un mot, ce n\u2019est pas une phrase, c\u2019est un brouhaha o\u00f9 surnagent, morceaux de r\u00eave me tombent des yeux, phrases fracass\u00e9es aux r\u00e8gles de la pierre. Ma torpeur est un vaste garage.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>On aurait pu voir, dans la nuit tombante, dans la lumi\u00e8re descendante, alors que les grands platanes sages fermaient leurs yeux d\u2019arbres, tandis que le bleu du ciel tournait \u00e0 l\u2019orange d\u00e9finitif de la nuit, on aurait pu voir, parce qu\u2019on \u00e9tait un samedi, qu\u2019il y avait deux mari\u00e9es au parc : d\u2019abord la voiture noire luisante, d\u00e9cor\u00e9e de rubans, gar\u00e9e sur les pav\u00e9s devant l&rsquo;entr\u00e9e du parc, et derri\u00e8re elle une mari\u00e9e jeune, beige et un peu large, \u00e0 la grille, dans sa robe pleine de lustre t\u00e9l\u00e9phonait, derri\u00e8re elle l\u2019attendait sa tra\u00eene patiente ; ensuite, tandis que des invit\u00e9s marchaient en fant\u00f4mes dans les feuilles noires du parc, tandis qu\u2019un haut et mince photographe v\u00eatu d\u2019un \u00e9l\u00e9gant costume et de chaussures de marche rangeait dans l\u2019ombre son mat\u00e9riel, tandis qu\u2019on portait sa tra\u00eene \u00e9carlate et longue de tissus frip\u00e9 \u2013 <em>papillote chiffon fris\u00e9<\/em> \u2013 une mari\u00e9e plus \u00e2g\u00e9e tournait vers moi un visage un peu peint, me souriait d\u2019un air de fillette heureuse tandis que son mari, bedonnant dans son gilet de c\u00e9r\u00e9monie, la h\u00e9lait d\u2019une voix grave, <em>oh, ch\u00e9rie<\/em> ! <\/p>\n\n\n\n<p>Les deux femmes \u00e9taient les mari\u00e9es d\u2019un jour ou de deux, reprendraient lundi leur vie d\u2019ordinaire. Il n\u2019y avait plus de sauvagerie ; novembre, le village et la nuit avaient tout calm\u00e9, tout adouci.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Il aurait fallu traverser la vitre, devenir une goutte, une lumi\u00e8re diffract\u00e9e, un \u00e9clat fugace, chatoiement d\u2019arc-en-ciel, la petite brillance, il aurait fallu deviner, traverser plus vite, \u00eatre la vitesse, et disponible, l\u2019ubiquit\u00e9 d\u00e9solante et tellement moderne, \u00eatre \u00e0 la fois vacant et preste, libre et fulgurant, il fallait \u00eatre tout, bleu et vieux, l\u2019aube et le soir, le bl\u00e9 et l\u2019herbe, exempt et se d\u00e9vouer, maugr\u00e9er et jouir, s\u2019\u00e9manciper de ce qui nous faisait genre commun et y \u00eatre en plein sous peine d\u2019\u00e9limination. On en mourait, certains.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Santorin, printemps deux mille trois, l\u2019excursion au crat\u00e8re, deux jeunes femmes japnaises en tongs sur le volcan. Puis on nage, dans le beu, du bateau jusqu\u2019aux eaux chaudes. Au retour, l\u2019eau refroidissant et la fatigue, l&rsquo;une des deux touristes japonaises commence \u00e0 couler remonter couler remonter. Du bateau, tandis qu\u2019on se h\u00e8le et qu\u2019on envoie la bou\u00e9e rouge \u00e0 celle qui se noie, l\u2019autre la prend en photo. La l\u00e9gende ? Souvenir des vacances en M\u00e9diterran\u00e9e. <\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Les gens n&rsquo;arrivaient pas. On \u00e9voquait la gr\u00e8ve, on se comptait, on attendait. On respirait le silence, l&rsquo;odeur des croissants chauds. On en profitait, de l&rsquo;oisivet\u00e9, pour regarder les petits \u00e9crans et go\u00fbter les rayons d&rsquo;un froid soleil d&rsquo;octobre. J&rsquo;avais envie de commencer, un peu mal au ventre. L&rsquo;occasion d&rsquo;\u00e9crire au carnet bleu.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;\u00e9cris juste avant de m&rsquo;endormir, que mon r\u00eave le plus r\u00e9current comporte des obstacles nombreux qui m&#8217;emp\u00eachent de commencer ce que je dois faire, en g\u00e9n\u00e9ral D\u00c9MARRER une formation ou un accompagnement collectif\u2026 je fais souvent ce r\u00eave \u00e9trange et p\u00e9n\u00e9trant d&rsquo;une succession d&#8217;emp\u00eachements tous plus envahissants les uns que les autres, et en r\u00e9alit\u00e9 assez minimes (pas de papier, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-bleu\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#Carnet bleu | Juliette Cortese<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":94,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,3897],"tags":[],"class_list":["post-98480","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-carnets_individuels","category-le_grand_carnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98480","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/94"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=98480"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98480\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=98480"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=98480"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=98480"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}