{"id":98491,"date":"2022-11-11T12:08:48","date_gmt":"2022-11-11T11:08:48","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=98491"},"modified":"2022-11-12T09:11:31","modified_gmt":"2022-11-12T08:11:31","slug":"carnets-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-3\/","title":{"rendered":"#CARNETS"},"content":{"rendered":"\n<p>Je les regarde de loin, je ne vais pas les toucher, les sortir de l\u2019\u00e9tag\u00e8re, \u00e7a prendrait trop de temps, je suis fatigu\u00e9e, j\u2019ai du mal en ce moment \u00e0 mobiliser l\u2019\u00e9nergie d\u2019\u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a sous mon bureau un carton blanc ferm\u00e9 par une grosse bande de scotch marron. Je ne l\u2019ouvre pas. Je peux me souvenir, de ce qu\u2019il y a dedans. Mes carnets de jeunesse, de 13 \u00e0 25 ans, en gros. Je les ai gard\u00e9s chez moi puis, \u00e0 la fin de la vingtaine, sans doute, les ai d\u00e9pla\u00e9s, chez une amie. Leur pr\u00e9sence m\u2019angoissait. J\u2019\u00e9s poursuivie par l\u2019id\u00e9e de ma mort, et me demandais ce qu\u2019il en adviendrait si j\u2019\u00e9tais brutalement ray\u00e9e de la carte des vivants. Je ne sais exactement \u00e0 quel moment j\u2019ai pu les \u00e9loigner de moi. Je sais \u00e0 peu pr\u00e8s quand je les ai repris. La s\u00e9paration a du durer une dizaine d\u2019ann\u00e9es. Depuis, ils sont rest\u00e9s enferm\u00e9s, et je me suis d\u00e9brouill\u00e9e un peu des angoisses.<\/p>\n\n\n\n<p>Parall\u00e8lement, les autres cahiers se sont remplis. Dans le m\u00eame d\u00e9sordre absolu que celui de mon adolescence. Parmi les rares traces d\u2019organisation, il y a celle qui me fait \u00e9crire, toujours dans le m\u00eame grand cahier rouge \u00e0 couverture gaufr\u00e9e, les disputes avec les proches, les grandes peines, les inqui\u00e9tudes pour la famille, les d\u00e9cisions difficiles. Il y un ruban lustr\u00e9 qui sert de marque page, de sorte qu\u2019\u00e0 chaque moment o\u00f9 le malaise demande \u00e0 \u00eatre \u00e9labor\u00e9 dans l\u2019\u00e9criture, retomber \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 les pages sont blanches. Je ne relis pas. Sauf dans des moments pr\u00e9cis, o\u00f9 le temps est disponible, peut-\u00eatre, pour aller toucher du doigt une continuit\u00e9 d\u2019\u00eatre. L\u2019autre jour j\u2019ai relu. Et constat\u00e9 le passage du temps sur la vie, rien de plus.<\/p>\n\n\n\n<p>La plupart des carnets sont consacr\u00e9s aux ateliers d\u2019\u00e9criture, ceux en ligne et ceux en pr\u00e9sence, ici et l\u00e0, aux Voix vives chaque \u00e9t\u00e9. L\u00e0 aussi, grand d\u00e9sordre. Deux cahiers principaux, \u00e9pais, \u00e0 couverture cartonn\u00e9e. Celui de l\u2019\u00e9t\u00e9 2019, achet\u00e9 pour le Workshop de Poitiers, dont la couverture porte une tr\u00e8s belle planche de Nicolas de Cr\u00e9cy tir\u00e9e d\u2019<em>Un monde flottant<\/em>, est termin\u00e9, plein, complet. L\u2019autre, couverture vert turquoise, marque <em>Leuchturm1917<\/em>, est entam\u00e9 \u00e0 bonne moiti\u00e9. Tout deux portent un \u00e9lastique qui referme le carnet et le m\u00eame ruban lustr\u00e9 que le cahier rouge. J\u2019en ach\u00e8terai d\u2019autres, je les aime bien. La couverture rigide et l\u2019\u00e9lastique donnent un air s\u00e9rieux au travail que l\u2019on m\u00e8ne, mais ils sont lourds dans le sac.<\/p>\n\n\n\n<p>En fait, je n\u2019ai pas besoin d\u2019en acheter. Ma m\u00e8re en fabrique, m\u2019en offre sans cesse. Soit elle relie elle-m\u00eame, des pages carr\u00e9es d\u2019un beau Canson \u00e9pais dans une couverture sombre, \u00e0 grain, et contrecolle \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur un papier reliure marbr\u00e9. Dans ceux l\u00e0 j\u2019\u00e9cris vite, et vite je les termine. Ils ont quelque chose d\u2019inspirant, peut-\u00eatre leur faible nombre de pages, comme les livres minces qu\u2019on peut finir vite. Soit elle ach\u00e8te des lots de carnets de diff\u00e9rentes tailles sur lesquels elle imprime ses propres illustrations, en linogravure. J\u2019en ai beaucoup, de toutes dimensions. Je n\u2019\u00e9cris jamais dans les petits.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le d\u00e9sordre, il y a quand m\u00eame quelques carnets qui contiennent des notes et bribes de textes pour un seul et m\u00eame projet, en g\u00e9n\u00e9ral inabouti.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux carnets achet\u00e9s \u00e0 Copenhague en 2018. L\u2019un, tr\u00e8s beau, reliure apparente, a servi \u00e0 \u00e9crire les premiers textes d\u2019une s\u00e9rie inachev\u00e9e issue de l\u2019atelier sur la nouvelle, en 2019, prolong\u00e9 dans une tentative d\u2019accumuler des <em>histoires terribles,<\/em> fictions tir\u00e9es de l\u2019actualit\u00e9 et r\u00e9flexion sur les fake news. En fait, il a des pages blanches, dont seul le premier quart est utilis\u00e9, et au milieu des pages en kraft, sur lesquelles quatre pages griffonn\u00e9es \u00e9bauchent un \u00ab&nbsp;point sur les projets en cours&nbsp;\u00bb, trace d\u2019une vell\u00e9it\u00e9 d\u2019organisation. L\u2019autre carnet de Copenhague, reliure de d\u00e9coupes de cartes du Danemark, \u00e0 spirale \u2013 on \u00e9crit au dos des cartes&nbsp;: bref journal de voyage r\u00e9trospectif, la liste de mes regrets \u00e0 l\u2019issue de ce voyage en famille.<\/p>\n\n\n\n<p>Carnet de Tanger, couverture verte et \u00e9tiquette d\u2019\u00e9cole \u2013 <em>Tanger, mars 2018 \u2013<\/em> j\u2019y \u00e9tais seule et l\u2019ai rempli de tentatives d\u2019\u00e9puisement des lieux. Entre autres, depuis la terrasse de la librairie des Insolites, o\u00f9 j\u2019ai achet\u00e9 mon carnet justement le plus insolite&nbsp;: petit format, couverture rigide et reliure \u00e0 la main de papiers de diff\u00e9rentes qualit\u00e9s, diff\u00e9rentes couleurs ou s\u2019intercalent coupures de journaux, d\u00e9coupes de pages de livres, cases de bandes-dessin\u00e9es. Il contient surtout des notes sur les ateliers d\u2019\u00e9criture, un colloque, o\u00f9, tiens, rencontr\u00e9 Virginie Gautier et Anne Savelli, tiens, \u00e9cout\u00e9 Guena\u00ebl Boutouillet et Gilles Bonnet, tiens tiens, \u00e0 propos de la litt\u00e9rature num\u00e9rique, j\u2019avais oubli\u00e9, \u00e7a\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Cahiers plus anciens, <em>ZapBook<\/em> \u2013 un orange \u00e0 spirale, un vert pomme reli\u00e9 \u2013 t\u00e9moignent de r\u00e9flexions pendant telle ou telle p\u00e9riode de formation&nbsp;; un beau carnet rouge \u00e0 spirales, <em>Clairefontaine<\/em>, trois pochettes cartonn\u00e9es, rigides, s\u00e9parent les cahier en trois parties \u00e9gales&nbsp;: les notes d\u2019un s\u00e9minaire de sociologie clinique, <em>Histoire de vie et \u00e9motions&nbsp;;<\/em> les d\u00e9but de l\u2019atelier d\u2019\u00e9t\u00e9 avec les premiers textes de ce qui deviendra <em>Signes<\/em>, des r\u00eaves, des tristesses, des textes imprim\u00e9s gliss\u00e9s dans la pochette centrale&nbsp;; la troisi\u00e8me partie reste \u00e0 \u00e9crire, preuve s\u2019il en faut que la vie n\u2019est pas finie.<\/p>\n\n\n\n<p>Carn\u00e9s po\u00e9tiques, \u00e9dit\u00e9s par La Boucherie Litt\u00e9raire&nbsp;: petits livres \u00e0 couvertures rouges qui contiennent des pages centrales rouges \u2013 le texte d\u2019une auteur, d\u2019une autrice \u2013 et des pages blanches qui prennent le texte en sandwich et donnent au lecteur, \u00e0 la lectrice, l\u2019espace d\u2019\u00e9crire ses propres textes. Ce principe a parfois d\u00e9clench\u00e9 de l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis il y a tous les autres, les petits cahiers (15&#215;21) achet\u00e9s ici ou l\u00e0, offerts. Tout y est emm\u00eal\u00e9 vraiment&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Carnet offert par quelqu&rsquo;un, avec une couverture sans int\u00e9r\u00eat (dessin d\u2019un chat noir qui joue du piano)&nbsp;: notes d\u2019un ateliers d\u2019\u00e9criture avec les \u00c9crivains Turbulents au March\u00e9 de la Po\u00e9sie&nbsp;; recopiage int\u00e9gral de l\u2019hommage de Lacan \u00e0 Duras, \u00e0 propos de Lol V Stein, se terminant par <em>\u00ab&nbsp;vous c\u00e9l\u00e9brez les noces de la vie vide avec l\u2019objet indescriptible&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;; notes de lecture \u00ab<em>&nbsp;Ponge \u2013 le verre d\u2019eau&nbsp;<\/em>\u00bb en vue d\u2019un atelier&nbsp;; foisonnement de notes d\u2019un projet d\u2019\u00e9criture sur la montagne qui n\u2019a donn\u00e9 qu\u2019un assez mauvais texte.<\/p>\n\n\n\n<p>Carnet avec une couverture Joan Miro, contient ces notes emm\u00eal\u00e9es&nbsp;: Notes de l\u2019atelier \u00ab&nbsp;Pousser la langue&nbsp;\u00bb, r\u00e9flexions au d\u00e9but de l\u2019\u00e9criture de <em>Lent s\u00e9isme<\/em>, notes de l\u2019atelier lecture au th\u00e9\u00e2tre des 13 vents (Kathy Hacker, Beckett), projet inabouti de vid\u00e9olectures de <em>Textes pour rien<\/em> de Beckett, notes d\u2019une journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude sur les ateliers d\u2019\u00e9criture en prison\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Carnet Giacometti : vrac de papiers, diff\u00e9rentes couleurs d\u2019encre, deux ou trois photos de famille en noir et blanc et couleur, premiers fragments de ce qui deviendra <em>Presque tout le monde<\/em>, suivies de notes tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9es sur <em>La condition post-moderne<\/em>, de Jean-Fran\u00e7ois Lyotard, jusqu\u2019au chapitre 11.<\/p>\n\n\n\n<p>Carnet bleu, bribes de po\u00e8mes, dessins d&rsquo;enfant, de F. probablement, pages blanches. Bient\u00f4t le #GRAND CARNET&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le dernier achet\u00e9 \u2013 mus\u00e9e Magritte de Bruxelles en juin dernier, sur la couverture la fameuse suite de dessins <em>\u00ab&nbsp;Les mots et les images&nbsp;\u00bb \u2013 est<\/em> d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la r\u00e9flexion sur les ateliers d\u2019\u00e9criture, aux notes prises sur les vid\u00e9os de Fran\u00e7ois \u00e0 propos des ateliers d\u2019\u00e9criture. J\u2019avais pr\u00e9vu d\u2019y consacrer du temps cet automne, mais le temps peu \u00e0 peu se fait peau de chagrin et le cahier a disparu, il doit \u00eatre quelque part, sous mon lit ou au fond d\u2019un sac, il faudrait le retrouver\u2026<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je les regarde de loin, je ne vais pas les toucher, les sortir de l\u2019\u00e9tag\u00e8re, \u00e7a prendrait trop de temps, je suis fatigu\u00e9e, j\u2019ai du mal en ce moment \u00e0 mobiliser l\u2019\u00e9nergie d\u2019\u00e9crire. Il y a sous mon bureau un carton blanc ferm\u00e9 par une grosse bande de scotch marron. Je ne l\u2019ouvre pas. Je peux me souvenir, de ce <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-3\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#CARNETS<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":94,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3937,3897],"tags":[],"class_list":["post-98491","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-carnets_prologue","category-le_grand_carnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98491","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/94"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=98491"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98491\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=98491"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=98491"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=98491"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}