{"id":98555,"date":"2022-11-11T14:05:30","date_gmt":"2022-11-11T13:05:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=98555"},"modified":"2022-12-22T11:54:40","modified_gmt":"2022-12-22T10:54:40","slug":"carnets-individuels-irene-garmendia","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-irene-garmendia\/","title":{"rendered":"# Carnets individuels | Ir\u00e8ne Garmendia"},"content":{"rendered":"\n<p>40\/40- Instructions pour \u00e9crire:<\/p>\n\n\n\n<p>1-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Position du corps&nbsp;: assis, \u00e9tirer la nuque, dos droit, jambes perpendiculaires, \u00e9viter de les croiser, on voudra favoriser la circulation du sang m\u00eame dans les extr\u00e9mit\u00e9s. Les bras en angle droit avec la table, les mains propres, sans ornements, les ongles courts, sur un clavier quelconque.<\/p>\n\n\n\n<p>2-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Manger peu, boire beaucoup&nbsp;: caf\u00e9, th\u00e9 ou infusions (\u00e9viter les euphorisants).<\/p>\n\n\n\n<p>3-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Regarder dehors, laisser trainer son regard, s\u2019envoler ses pens\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>4-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Noter toutes les id\u00e9es tout le temps, sur un carnet, des feuilles volantes, une app.<\/p>\n\n\n\n<p>5-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00c9viter les distractions&nbsp;: quitter les groupes whatsapp, ignorer les enfants affam\u00e9s, les sollicitations amicales ou autres activit\u00e9s professionnelles.<\/p>\n\n\n\n<p>6-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Commencer et terminer ses journ\u00e9es par lire.<\/p>\n\n\n\n<p>7-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00c9crire le reste du temps.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>37\/40-<em>Les sanglots longs\/ Des violons \/ De l\u2019automne \/ Blessent mon c\u0153ur\/ D\u2019une langueur Monotone. &#8211; Tout suffocant\/ Et bl\u00eame, quand \/Sonne l\u2019heure, \/Je me souviens \/Des jours anciens \/ Et je pleure-Et je m\u2019en vais\/ Au vent mauvais\/ Qui m\u2019emporte \/De\u00e7\u00e0, del\u00e0, \/Pareil \u00e0 la Feuille morte.<\/em> Paul Verlaine, Chanson d\u2019automne, <em>Po\u00e8mes saturniens.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dix ou douze ans, j\u2019ignore qui est Verlaine. Je dois apprendre par c\u0153ur un po\u00e8me pour l\u2019\u00e9cole. Des lettres \u00e0 l\u2019encre bleue sur les rayures Seyes. Peur de me tromper, peur du ridicule, peur d\u2019exister au milieu des autres qui m\u2019impressionnent. Et cette chanson qui resonne dans ma t\u00eate, ces <em>sanglots longs <\/em>qui parlent d\u2019une autre vie. J\u2019entrevois qu\u2019un autre monde existe, celui des mots et des \u00e9motions. Les mots me parviennent, ils me parlent <em>d\u2019une langueur monotone<\/em>, ils me parlent du <em>vent mauvais<\/em> qui d\u00e9j\u00e0, me ballotte. Je sais que c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 j\u2019habite depuis toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>36\/40- Amsterdam, Noord-Holland, Nederland &#8211; \u00e9couter une meditation sur mon t\u00e9l\u00e9phone, sortir du lit, enfiler ma veste de laine, mettre un pied devant l\u2019autre, descendre dans la cuisine sans faire de bruit, les portes des chambres sont ferm\u00e9es, donner \u00e0 manger aux chats, pr\u00e9parer le caf\u00e9, installer l\u2019ordinateur sur la table de la cuisine, regarder l\u2019obscurit\u00e9 par la fen\u00eatre en \u00e9coutant le borborymes de la cafeti\u00e8re, allumer l\u2019ordinateur, ouvrir mon carnet \u00e0 c\u00f4t\u00e9, ouvrir une page Internet, l\u2019un des chats se frotte \u00e0 ma jambe, l\u2019autre sort sur le balcon, \u00e9viter les sites habituels, les e-mails et facebook, seulement celui du CRNTL, parfois celui du dicctionaire, ouvrir un fichier word, me lever remplir la tasse de caf\u00e9, enclencher le timer sur 25 minutes et quand je me rassois, \u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p>35\/40-ouvrir la fen\u00eatre, faire marche arri\u00e8re, boire un verre d\u2019eau \u00e0 l\u2019envers, se boucher le nez, faire trois fois le tour du p\u00e2t\u00e9 de maison, sortir les livres de l\u2019\u00e9tag\u00e8re un par un, les empiler et les y reposer, rembobiner la cassette, chantonner, marcher \u00e0 reculons, se gratter la t\u00eate, interroger le plafond, incliner la t\u00eate vers l\u2019\u00e9paule droite, poser un doigt sur la bouche arrondie, souffler, r\u00e2ler et balbutier, marmonner, cracher le mot de la bouche, avec les postillons<\/p>\n\n\n\n<p>34\/40-\u00c7a serait une histoire qui commencerait avec un cadavre, la tension de la mort en ouverture. \u00c7a serait un personage qui fume, une femme fumant des clopes au bord d\u2019une route gel\u00e9e ce matin avec la fum\u00e9e qui br\u00fble l\u2019air cotonneux; une femme qui fume des clopes sur un balcon une nuit d\u2019\u00e9t\u00e9, une femme qui fume des clopes dans les histoires de la nuit de Mauvignier. \u00c7a serait une histoire o\u00f9 des lettres disparaissent.<\/p>\n\n\n\n<p>32\/40-Ton nom\u00a0? sans doute l\u2019ai-je su- mais comme toutes les choses importantes, je l\u2019ai oubli\u00e9. Je ne connais pas ton visage, je ne sais rien de ce que tu aimais, tes origines, ton sang. Je n\u2019ai de toi que quelques mots grapill\u00e9s chez les autres. Des mots chuchot\u00e9s, de ceux qu\u2019on ne sortait qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion, des mots cach\u00e9s, brouill\u00e9s par la grisaille. \u00c9crire pour essayer de dire ton nom.<\/p>\n\n\n\n<p>31\/40- Alone | avec toi | et le monde y est pour si peu | un monde de tourments et d\u2019orages | un monde vrai | parfois envie que tout s\u2019arr\u00eate | surtout la terre de tourner | et imaginer la stupeur d\u2019un monde sans toi | pleurer, crier, hurler ton absence | le vide de toi comme une tumeur en moi | rien d\u2019autre \u00e0 faire que se glisser dans la fiction | d\u2019autres horizons, d\u2019autres quais, d\u2019autres paysages | sans bagages | et moi seule, \u00e0 la porte d\u2019embarquement |<\/p>\n\n\n\n<p>30\/40- rapper n\u00e9erlandais |usage d&rsquo;arme \u00e0 feu | cavale | arr\u00eat\u00e9 errant sur une autoroute de M\u00e1laga |&nbsp;lien avec des trafiquants | appel enl\u00e8vement d\u2019une femme | r\u00e9sistance | il ne cesse de r\u00e9p\u00e9ter: je vais tuer quelqu&rsquo;un&nbsp; | camisole chimique |en attente d\u2019une \u00e9valuation psychiatrique | sous substance |alert\u00e9e par la police du comportement violent, Grace 61 ans se rend sur place | sa m\u00e8re| elle est retrouv\u00e9e morte par les voisins | le lendemain| \u00e9trangl\u00e9e | la porte ouverte |<\/p>\n\n\n\n<p>26\/40-L\u2019homme est debout devant son bakfiet charg\u00e9 des lettres et paquets, pr\u00eat \u00e0 partir pour la distribution. La temp\u00e9rature est nulle. Il porte un gros manteau, un chapeau de trappeur sur la t\u00eate. Ses mains sont nues, il les l\u00e8ve jusqu\u2019\u00e0 son visage qu\u2019il palpe du bout des doigts. Il les pose sur les cavit\u00e9s orbitales, sur les pommettes. Je me demande s\u2019il cherche \u00e0 verifier qu\u2019il a toujours des yeux ou que ses doigts n\u2019ont pas perdu leur sensibilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>24\/40-Le corps mou, pos\u00e9 sur la chaise. Les jambes en \u00e9querre, perpendiculaires au sol. La t\u00eate l\u00e9g\u00e8rement inclin\u00e9e sur le c\u00f4t\u00e9, les yeux fixes sur le mur cr\u00e9pi qu\u2019il ne regarde m\u00eame plus. La bouche dessine une moue, un sourire \u00e0 l\u2019envers qui fait serrer les dents et renifler. Les \u00e9paules basses, les mains pos\u00e9es sur les cuisses, l\u2019index qui gratte le menton, qui arrange une m\u00e8che de cheveux, qui joue avec la m\u00e9daille accroch\u00e9e au cou.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>23\/40-Autour de la table ronde, een, twee, drie, vier, vijf, zes, zeven, acht, negen tien. Une par une, dire son numero&nbsp;et tourner la t\u00eate \u00e0 sa droite : elf, twaalf, dertien, veertien, vijftien, zestien, zeventien, achttien, negentien, twintig. Syriennes, ukrainiennes, n\u00e9erlandaises, seulement des femmes. Plus vite&nbsp;! Eenentwintig, twee\u00ebntwinter, drie\u00ebntwinter, vierentwinter, zesentwinter, achtentwinter, negenentwinter, on acc\u00e9l\u00e8re! On va jusqu&rsquo;\u00e0 cent! Eenendertig, tweeendertig, drieendertig, vierendertig, vijfendertig, zesendertig, zevenendertig, achtendertig, negenendertig, veertig. C&rsquo;est \u00e0 toi. Eenenveertig, tweeenveertig, drieenveertig, vierenveertig, vijfenveertig, zesenveertig, ah je sais plus, je me suis perdue. Elles r\u00e9pondent toutes ensemble en ukranien Zevenenveertig et elles rient. Achtenveertig, negenenveertig, vijftig. <\/p>\n\n\n\n<p>22\/40- Assis sur un petit tabouret dans une arri\u00e8re-boutique \u00e9clair\u00e9e au n\u00e9on, l\u2019homme est entour\u00e9 de plusieurs piles de livres. Dehors, la nuit est tomb\u00e9e juste apr\u00e8s les grilles de la librairie. Seule l\u2019ombre des passants animent les murs de la boutique vide. Il prend un livre, l\u2019attrape \u00e0 pleines mains, le retourne, ouvre sa couverture d\u00e9pli\u00e9e. Maintenant l\u2019objet de la main gauche, il saisit les deux plats, les fait se rejoindre entre le pouce et l\u2019index. D\u2019un mouvement sec du coude, il arrache la couverture du corps du livre. C\u2019est le m\u00eame bruit que quand on d\u00e9chire une page, un chuintement feutr\u00e9 et sec. Au caract\u00e8re d\u00e9finitif, la m\u00eame sensation que lorsqu\u2019on renverse un verre d\u2019eau. Il jette d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les couvertures, de l\u2019autre les corps d\u00e9membr\u00e9s s\u2019entassent sur une nouvelle pile. Il sourit, comme quand il est g\u00ean\u00e9. Lui, l\u2019homme aux livres, surpris en pleine destruction massive d\u2019ouvrages litt\u00e9raires. Il s\u2019empare d\u2019un autre exemplaire, en arrache la couverture qui vole rejoindre les autres peaux. Des livres non vendus, qui n\u2019ont pas assez de valeur pour \u00eatre retourn\u00e9s aux \u00e9diteurs. On demande aux libraires d&rsquo;envoyer une preuve de leur destruction. L\u2019homme baisse le regard et choisit ceux qu\u2019il va sauver de la benne \u00e0 ordure. Parce qu\u2019il ne peut pas s\u2019en emp\u00eacher. Il les d\u00e9place et les entasse \u00e0 nouveau. De ces cadavres, il b\u00e2tit un fort sur son bureau. Les pages denud\u00e9es sont expos\u00e9es \u00e0 tous les vents, elles se froissent et jaunissent en m\u00eame temps que la poussi\u00e8re s\u2019y depose. <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/ssl.gstatic.com\/ui\/v1\/icons\/mail\/images\/cleardot.gif\" alt=\"\" width=\"1\" height=\"1\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>18\/40-<em>Quand je suis au dehors, ma personne est n\u00e9antis\u00e9e. Je n&rsquo;existe pas. Je suis travers\u00e9e par les gens et leur existence, j&rsquo;ai vraiment cette impression d&rsquo;\u00eatre moi-m\u00eame un lieu de passage. Et ce journal est une tentative de dire l&rsquo;ext\u00e9riorit\u00e9 pour exprimer l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9. C&rsquo;est un journal intime ext\u00e9rieur. Je crois tr\u00e8s fortement que c&rsquo;est dans les autres que l&rsquo;on d\u00e9couvre des v\u00e9rit\u00e9s sur soi.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Flou d&rsquo;un soi sans cesse tu. Pr\u00e9sence, absence, solitude \u00e0 plusieurs. Incommunicabilit\u00e9. Tu te dois d&rsquo;\u00eatre un soi. Articuler des syllabes, en face on n&rsquo;entend pas. Aspirer ses \u00e9motions, les avaler \u00e0 la paille et puis p\u00e9rir, mourir d&rsquo;en trop boire. \u00c9crire, c&rsquo;est rentrer chez soi. <\/p>\n\n\n\n<p>15\/40- Cuando vas a Chile? Es verdad? Menos mal. Oh my god! You know? Oui, c\u2019est l\u2019adresse. On peut cr\u00e9er mais on ne peut pas faire. Soit, soit, exactement. Voil\u00e0. Et \u00e7a, c\u2019est dans Berekeneing. Impossible de trouver. J\u2019ai cherch\u00e9. Voil\u00e0. Il va la recevoir son antwoord. Ja en nu, lezen. Ja, zekker. C\u2019est clair, maintenant. &nbsp;Sorry? On ne devrait pas savoir. Fijne. C\u2019est pas vrai? Ben dis donc! No hace falta tanto jaleo, no? Don\u2019t you think?<\/p>\n\n\n\n<p>14\/40-Braaaam! Un branle-bas de combat ! Un bruit \u00e9norme qui tombe du ciel ! Tu braques le braquemard sur le brancart ou quoi? Faut faire un effort l\u00e0: un bras brinquebalant tra\u00eene en pleine brasserie. Allez liquidez moi tout \u00e7a! Du propre !<\/p>\n\n\n\n<p>Braaaam! Un branle-bas de combat ! Pas un borborisme, non&nbsp;! Un bruit \u00e9norme qui tombe du ciel ! Le branleur, les breloques au vent, de nulle part, il est sorti. Il est tout brouillon au milieu des clowns \u00e0 cravate, \u00e0 ressasser les promesses du prime time. Il traine de son pas brinquebalant. Et tout ce noir qui y est tomb\u00e9, ya plus que l\u2019\u00e9glise et le bar qui sont allum\u00e9s. Elle est toute seule \u00e0 l\u2019abris-bus. Des brass\u00e9es de vent et des brim\u00e9es, voil\u00e0 ce qu\u2019il pense, l\u2019abruti. Pas besoin d\u2019avoir son brevet pour comprendre. Qu\u2019elle en attend une bien pointue. Regarde poup\u00e9e&nbsp;: be on time et il brandit son braquemard. Prends \u00e7a ou rentre au bercail. Br\u00e8les pas comme une brebis, \u00e7a m\u2019attendrit. L\u2019uppercut en pleine gueule&nbsp;? Il s\u2019y attendait pas, le blaireau. \u00c7a braille dans tous les sens et toi, tu br\u00e8les, tu ris \u00e0 gorge d\u00e9ploy\u00e9e. Il l\u2019aura pas vol\u00e9e celle-l\u00e0&nbsp;! Bravo, lui faudra un brancard&nbsp;? Allez liquidez moi tout \u00e7a! Du propre !<\/p>\n\n\n\n<p>13\/40- S&rsquo;incruster dans l&rsquo;interstice- Glisser sur la flaque- Manquer de saisir\/ de d\u00e9sir &#8211; Il \u00e9tait l\u00e0, j&rsquo;ai l&rsquo;ai senti sur le bout de mes doigts- Il s&rsquo;est \u00e9chapp\u00e9 envol\u00e9. Je sens encore sa pr\u00e9sence vide. A peine. <\/p>\n\n\n\n<p>11\/40- Raconter un souvenir d\u2019enfance: la consigne est facile \u00e0 comprendre, pourtant, je d\u00e9cide de mentir ou plut\u00f4t d\u2019inventer le souvenir. \u00c0 cette \u00e9poque je d\u00e9vore Bazin et Mauriac et je m\u2019inspire des grandes \u00e9motions que je vis dans ces pages. Je raconte la fausse mort d\u2019un grand-p\u00e8re que je n\u2019ai pas connu. La prof est \u00e9mue, j\u2019ai la meilleure note de la classe. Mon premier pas dans la fiction me laisse le gout amer de la trahison, je ne suis pas celle que vous croyez. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>10\/40- pendant pendu pend\u00e9 pendeau pendaison p\u00e9dant purulent paravant passant p\u00e9du repu pedalant prodant produit pr\u00e9scient prudence prodoncule pr\u00e9cieux p\u00e9tale pragmatique pr\u00e9fabriqu\u00e9 pr\u00e9figur\u00e9 pr\u00e9ambule provenant pravart pravant pr\u00e9scient prevert pr\u00e9vent pr\u00e9venu pr\u00e9monitoire pr\u00e9nue pr\u00e9tentieux prioritaire printannier pr\u00e9venant pro\u00e9minent prairie pand\u00e9mie palimpseste palindrome pari pas vu parent perp\u00e9tuit\u00e9 pas vrai pas tendre parisien parent\u00e8le p\u00e9rou p\u00e9ruvien prendre partant pol\u00e9mique pr\u00e9dominant parenth\u00e8se primaire probiotique bureautique biom\u00e9canique mortique \u00e9pilectique orphique apocalyptique g\u00e9n\u00e9rique sovi\u00e9tique ahbontique pr\u00e9cieutique maieutique <\/p>\n\n\n\n<p>09\/40- Cette mati\u00e8re gluante qui colle aux doigts. Qui s\u2019immisce entre les corps. Qu\u2019on retrouve dans les interstices. Sur les parois. Il serait temps d\u2019aller s\u2019y frotter. Tiempo de involucrarse&nbsp;! J\u2019aimerais t\u2019attraper \u00e0 bout de bras, te secouer, comme quand on fait voler les draps dans l\u2019air frais. J\u2019aimerais aspirer le venin avec ma bouche et le recracher d\u2019un geste viril. J\u2019aimerais te d\u00e9lester du poids qui t\u2019emp\u00eache de respirer. J\u2019aimerais tant et tant de choses, mais je ne ferais rien. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>08\/40- C\u00e9line Garay Luis Ortiz Penades Felix New Gabriel Ortiz Garay Minuit Simari Garay Joel Dicker Jack Wolfskin Joleen McFarlane Sylvie Carteaud Sigrid H\u00f6ttges Apraku Diederik Rinia Kasandimedjo-Doelsaman Linda van Kerkhof Griffioen Guevork Aivazian Nadine Leloup Justin Cairo Beate A. Jahnel Bart Lem Jo\u00eblle Horn Imelda Purnomo Julia van Rosmalen Philippe Noel Charlotte Browaeys Ludovic Lautussier Bruno Boissavit Pilar Toledo Damien Petiot Marieken Koopmans Alessandro Denti Irene Kosten Olav van Dijk Ronald Olij Alicia Framis Jose Martin Mark Aerial Waller Miguel \u00c1ngel Ramos Maria Luisa Estela Alejandro Gadea Jelle Bloem Ana Isabel Carmona L\u00f3pez Michel Giorgis Comte Ana&nbsp; Mira Vidal Thomas Vautrin Vincent Hugonnot Mohannad Akroum Dirk Raes Maarten Hepp Tim Crispijn Ana Mar\u00eda Rodr\u00edguez Otero Rebeca S\u00e1nchez Hern\u00e1ndez Paloma del Olmo Rosa Luj\u00e1n Gonz\u00e1lez Miguel \u00c1ngel Asturias Luis Zendrera Florine P\u00e9pin Ari Marcopoulos Carlos Ortiz Amy Pratt Ouachel Meskine Rania Elkouaa Nera de Haas Alan MacNiven Catalina Garcia Marti\u00adn Andrade Perez Luis Roman Latoya Manouska Graute Christiaan Moonen Morwenna Lebillon Anne- Isabelle Cador H\u00e9l\u00e8ne Diao Amel Brahma Hicham Sabir Oc\u00e9ane Dorange Iris Kingma Sabrine Clara Bosco Ingrid Cayet Nathalie Douchez Labinski M\u00e1t\u00e9 Lachegyi John Matthew Fox Yotam Ottolenghi Ente Buurma Donna Piet R\u00e9gine Detambel Sonia Gonz\u00e1lez Mart\u00edn Abdul Imamdi Shameeda Mahmood Sarah Bures Laura Van Gastel Nick Pope Juan P. Rubio Antonio Machado Lorenzo Oliv\u00e1n Raya Morag Rosana Toledo Julia Bruna Illana Fernando Mir Paloma Calv\u00e9 Garcia Cees Nooteboom Azucena Mar\u00eda Stolle Arranz Jaione Cort\u00e1zar Arruiz Carmen Vaquero Saez Elena Marcos Rosal\u00eda de Castro Fran\u00e7ois Bon Anna Fors Iborra Philippe Jaenada Alain Laprie Elizabeth Wicha-Wauben Reinier van der Plas George Mulder Marta Blas Ag\u00fceros Ana Gonz\u00e1lez da Costa Philippe Da Costa Laure Garay Adam Da Costa Garay Lucie Minvielle Patrick Garay Laura Nogales Sandy Smith Fabienne van Dillen Elena Vilanova Pepe Alamar Alice Cordier Isabelle L\u00e9pine Tido Visser Judith van der Lans-Sikilo Fiona Laycock Wai Lau Barbara Casalini Giovanni Boselli Patricia O\u2019Loughlin Hans McIlveen Annemarie Fennema Els Planje Xose Manuel Figueiras Gerdine van den Heuvel Concha Santa Mar\u00eda St\u00e9phanie Briand Estrella Ortiz Amparo Penades Franco Simari Silvia Bustos Yvette Le Loch Virginie Lepesteur Rosa Sixto Idurre Antxia Marie Louise Bore Loreto Meza Facuse Ver\u00f3nica Rodr\u00edguez Jocelyn Echeverria Cesar Yepez Jose Antonio Gomez Claudia Catalan Angela A\u00edda Peragallo Fabrizio Paolo Bua Aurora Romero Inge Reist Malcolm Baker Norman Dowling Mercedes Garc\u00eda Brigitte Benkemoun Dora Maar<\/p>\n\n\n\n<p><em>J&rsquo;ai not\u00e9 tous les noms qui ont d\u00e9fil\u00e9 dans ma journ\u00e9e dans l&rsquo;ordre chronologique de leur apparition: mes proches, mes coll\u00e8gues, mes amis, mes clients, m\u00eal\u00e9s \u00e0 ceux qui apparaissaient par hasard, \u00e9crits sur un livre ou une enseigne. Puis, je me suis promen\u00e9 entre vous prenant conscience que j&rsquo;avais \u00e9crit votre nom dans mon carnet d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. J&rsquo;ai senti que je faisais quelque chose que vous ignoriez. Etait-ce une trahison? Je vous ai nomm\u00e9, je vous ai introduit malgr\u00e9 vous dans mon univers fictionnel. Je vous ai livr\u00e9 en p\u00e2ture au regard des autres. Vous? Non, votre nom. J&rsquo;ai essay\u00e9 de faire marche arri\u00e8re, mais il \u00e9tait trop tard. Vous faites partie de ma liste, au m\u00e9pris des r\u00e8gles de confidentialit\u00e9, vous avez fait irruption dans ma vie ce jour-l\u00e0 et j&rsquo;ai d\u00e9pos\u00e9 votre nom aux c\u00f4t\u00e9s de miens. <\/em><\/p>\n\n\n\n<p>07\/40-Les sourcils fronc\u00e9s, la moustache qui lui barre le visage&nbsp;&nbsp;|&nbsp; les cheveux en arri\u00e8re, patin\u00e9s de gel&nbsp;&nbsp;|&nbsp;des bagues \u00e0 tous les doigts, des bracelets qui tintent \u00e0 chaque geste, le portable \u00e0 la main&nbsp;&nbsp;|<\/p>\n\n\n\n<p>06\/40-Madame, la vie est belle de Lanc\u00f4me&nbsp;? interroge-t-elle en me tendant une rose en papier parfum\u00e9. Ce sont les premiers mots que j\u2019entends en arrivant \u00e0 Charles de Gaulle. Le visage fatigu\u00e9, les jambes lourdes, elle essuie mon refus en fermant les yeux et passant \u00e0 la personne suivante. Sa phrase continue de r\u00e9sonner \u00e0 mesure que mes pas s&rsquo;\u00e9loignent le long du couloir. Le bonheur&nbsp;? A c\u00f4t\u00e9, un gamin au regard absent, aussi mince qu\u2019un trombone d\u00e9pli\u00e9, une pince de m\u00e9tal \u00e0 la main, attrape des p\u00e2tisseries color\u00e9es pour les mettre dans des bo\u00eetes \u00e0 bijoux. Encore du bonheur, celui qu\u2019on ach\u00e8te pour le mettre dans une bo\u00eete pastelle qui va traverser l\u2019oc\u00e9an. Je reste avec la question: est-ce que la vie est belle&nbsp;\u00e0 Charles de Gaulle?<\/p>\n\n\n\n<p>05\/40-ciel limpide- stop- couleur claire- stop- nuages bas- stop- sans risque d&rsquo;averse- stop.<\/p>\n\n\n\n<p>04\/40-C&rsquo;est le visage de ma m\u00e8re de profil, je le regarde de tr\u00e8s pr\u00e8s. Elle est en train de dire le mot <em>\u00a0\u00bbn&rsquo;importe quoi\u00a0\u00bb<\/em>. Je regarde sa bouche articule, je m&rsquo;approche encore plus de son visage et je pense qu&rsquo;elle ressemble \u00e0 sa soeur. C&rsquo;est le refrain d&rsquo;une chanson de <em>Yo la Tengo<\/em> que j&rsquo;entends aussi et qui se r\u00e9p\u00e8te: <em>You can have it, have it all.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>03\/40- On aurait d\u00fb parler (oui, on aurait d\u00fb l\u2019ouvrir) on aurait d\u00fb se lever (se dresser sur ses ergots, oui) on aurait d\u00fb taper du poing sur la table et dire ce qu\u2019on pensait. On a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le silence (on l\u2019a ferm\u00e9) on s\u2019est arr\u00eat\u00e9 net (on s\u2019est planqu\u00e9, oui) on a menti par omission, on a eu le courage de faire semblant (de vrais h\u00e9ros) d\u2019aimer cette posture. On a eu peur de d\u00e9plaire et on s&rsquo;est perdu. On vit avec cette d\u00e9ception sur le dos maintenant, cela nous fait courber l&rsquo;\u00e9chine. <\/p>\n\n\n\n<p>02\/40-Le sol carrel\u00e9 noir et blanc, d\u2019une mati\u00e8re mate, presque moelleuse quand on posait le pied dessus. Un parfum anis\u00e9, du velours sombre quelque part dans la pi\u00e8ce. Des murs nus dans un d\u00e9cor baroque, un texte manuscrit de Cocteau sur l\u2019opium. Le visage de l\u2019\u00e9crivain dessin\u00e9 d\u2019une ligne, punais\u00e9 \u00e0 m\u00eame le mur. Les volets entre-ouverts en \u00e9t\u00e9, le tintement des rideaux de perles d\u00e9rang\u00e9s par la brise et les images de la t\u00e9l\u00e9vision muette pendant la sieste.<\/p>\n\n\n\n<p>01\/40- On n&rsquo;avait pas pens\u00e9 que \u00e7a se passerait comme \u00e7a. Ce n&rsquo;est pas ce qu&rsquo;on voulait. Parce que tu crois que cela te servirait, un p\u00e8re? Parce que tu ne veux pas de p\u00e8re. Parce que les p\u00e8res sont inconsistants. Un jour ils sont l\u00e0 et puis le jour d&rsquo;apr\u00e8s, ils ont disparu. \u00catre p\u00e8re, ce serait comme un manteau qu&rsquo;on enfile et qu&rsquo;on retire quand on n&rsquo;en veut plus. Est-ce qu&rsquo;on peut s&rsquo;en d\u00e9barrasser quand on a trop chaud? \u00catre p\u00e8re et suspendu \u00e0 la pat\u00e8re. \u00catre p\u00e8re et retourner sa veste. Cent hommes: et pourquoi pas un p\u00e8re dans tout \u00e7a ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>40\/40- Instructions pour \u00e9crire: 1-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Position du corps&nbsp;: assis, \u00e9tirer la nuque, dos droit, jambes perpendiculaires, \u00e9viter de les croiser, on voudra favoriser la circulation du sang m\u00eame dans les extr\u00e9mit\u00e9s. Les bras en angle droit avec la table, les mains propres, sans ornements, les ongles courts, sur un clavier quelconque. 2-&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Manger peu, boire beaucoup&nbsp;: caf\u00e9, th\u00e9 ou infusions <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-irene-garmendia\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># Carnets individuels | Ir\u00e8ne Garmendia<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":374,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,3897],"tags":[],"class_list":["post-98555","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-carnets_individuels","category-le_grand_carnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98555","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/374"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=98555"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98555\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=98555"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=98555"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=98555"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}