{"id":98579,"date":"2022-11-11T14:23:36","date_gmt":"2022-11-11T13:23:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=98579"},"modified":"2022-11-12T19:26:02","modified_gmt":"2022-11-12T18:26:02","slug":"compiles-02-40-si-loin-si-loin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/compiles-02-40-si-loin-si-loin\/","title":{"rendered":"#compiles #02\/40 | si loin, si loin"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/sta-3-1-sur-1-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-98590\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/sta-3-1-sur-1-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/sta-3-1-sur-1-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/sta-3-1-sur-1-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/sta-3-1-sur-1-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/sta-3-1-sur-1.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Ni avant-hier, ni il y a quinze, non trente ans, lorsqu\u2019on venait de la rue derri\u00e8re, puis de l\u2019all\u00e9e bord\u00e9e de platanes, au num\u00e9ro 15, o\u00f9 se trouvait la maison, notre premi\u00e8re maison, derri\u00e8re la porte \u00e0 carreaux vitr\u00e9s, en haut de trois marches, derri\u00e8re une porte en bois, au fond d\u2019un couloir, derri\u00e8re une autre porte se trouvent les toilettes devenues au fil du temps biblioth\u00e8que&nbsp;: trois m\u00e8tres sous plafond, bourr\u00e9s d\u2019\u00e9tag\u00e8res, bourr\u00e9es de livres. Mon refuge. Un endroit calme o\u00f9 chante une rivi\u00e8re, en somme. ChG.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma m\u00e8re \u00e9tait \u00e9pileptique et lorsque j&rsquo;\u00e9tais petite fille, je la voyais souvent tomber, \u00e0 la maison, dans la rue ou dans la queue d&rsquo;un cin\u00e9ma. Un jour, je devais \u00eatre avec elle et mes petites soeurs, lorsque brusquement, elle est tomb\u00e9e dehors mais je ne sais plus o\u00f9 et je ne sais plus ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 entre le moment de sa chute et le moment o\u00f9 je me suis retrouv\u00e9e assise dans une voiture de police entre deux policiers mais je me souviens que je venais de faire tomber ma glace au chocolat sur le pantalon de l&rsquo;un d&rsquo;entre eux. CM.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui nous avons chant\u00e9 pendant 3 heures, finalement l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;op\u00e9ra avec les \u00e9l\u00e8ves c&rsquo;\u00e9tait pas si mal, ils ont fini par improviser un chant sur l&rsquo;air de <em>Happy Day<\/em> \u00ab&nbsp;une com\u00e9die&#8230;&nbsp;\u00bb mais jamais seuls : chanter a capella, m\u00eame quatre notes, c&rsquo;\u00e9tait impossible, exactement comme vivre a capella devant les autres qui te regardent. Dans le 93, les \u00e9l\u00e8ves chantaient dans les couloirs, c&rsquo;\u00e9tait normal de chanter, je les enregistrais, on chantait ensemble. M\u00eame des trucs jazzy. Maintenant, \u00e7a leur est douloureux, comme s&rsquo;ils vivaient seuls dans une chambre sans \u00e9cho. FB.<\/p>\n\n\n\n<p>La l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 des sept ans, les chevilles en bas des pulls grands. Le froid ou le chaud qui faisait le tour du corps. Les os de sept ans.&nbsp;MiT.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle date \u00e9tait-ce ? Je me souviens parfaitement de notre rencontre. \u00c0 moins que j\u2019en aie oubli\u00e9 quelques d\u00e9tails. J\u2019\u00e9tais assis au bar. Tu es tomb\u00e9 dans mes bras. C\u2019est ce que nous nous sommes toujours dit. Depuis le d\u00e9but. Pour \u00eatre dit depuis le d\u00e9but, c\u2019est que c\u2019\u00e9tait vrai. Sinon, nous l\u2019aurions racont\u00e9 plus tard. La date ? Nous n\u2019en connaissons tous les deux que le mois. C\u2019est en ce moment. \u00c0 quelques jours pr\u00e8s. RBV.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9cole, dans les toilettes, le lavabo pour se laver les mains \u00e9tait une cuve g\u00e9ante. On pouvait \u00eatre plusieurs en m\u00eame temps \u00e0 se laver les mains. Il fallait appuyer avec notre pied sur un anneau au sol pour que l&rsquo;eau coule d&rsquo;un robinet circulaire plac\u00e9 au centre, comme une fontaine. C&rsquo;\u00e9tait toujours la course pour poser son pied en premier et contr\u00f4ler l&rsquo;eau. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;individualisme a tu\u00e9 ce genre d&rsquo;am\u00e9nagement collectif et les robinets sont automatis\u00e9s. YSO.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon aur\u00e9ole est mon contour. Vous voyez une \u00e9clipse. Mon aur\u00e9ole est le halo. Elle est la mani\u00e8re dont mes contours s\u2019indistinguent, s\u2019effrangent. Non pas s\u2019effacent&nbsp;: se m\u00ealent. L\u2019aur\u00e9ole est la mani\u00e8re propre \u00e0 chacun d\u2019\u00eatre tout le monde&nbsp;: bien commun&nbsp;: comme personne. Vous avez d\u00fb me confondre avec moi-m\u00eame. C\u2019est une zone, de flou, une marge, il y a un jeu. Elle est mon boug\u00e9. (La photog\u00e9nie en participe.) Mon aur\u00e9ole est ce qui se partage. Lumineuse \u2014 pr\u00e9cieuse \u2014 en cela. CT.<\/p>\n\n\n\n<p>Le groupe longe la rivi\u00e8re. Autour c&rsquo;est un pays plein de lacs et de villes thermales. La nuit est claire. C&rsquo;est l&rsquo;\u00e9t\u00e9. Je n&rsquo;ai plus l&rsquo;odeur. Je n&rsquo;ai plus le bruit, ni la temp\u00e9rature de l&rsquo;air. Le groupe silencieux, fantomatique, longe la rivi\u00e8re. Dans l&rsquo;air, voltigent des nu\u00e9es de lucioles. MaT.<\/p>\n\n\n\n<p>Elles et eux ce qu&rsquo;ils cherchent c&rsquo;est un voyage une fuite un espoir partis d&rsquo;o\u00f9 arriv\u00e9s comment Quel rapport entre cette migration et ce que je fais sur P. comprendre quoi Un couloir dans la maison nous avons mont\u00e9 un escalier pour y arriver du bois de chaque c\u00f4t\u00e9 des vitrines charg\u00e9es d&rsquo;objets \u00e9clair\u00e9 par une clart\u00e9 haute je devine un grenier c&rsquo;est vieux mon p\u00e8re guide Sais-tu ce qu&rsquo;il cherchait sais tu ce que tu cherches sais-tu ce qui t&rsquo;\u00e9meut devant ces \u0153uvres \u00e0 Baltimore. BD.<\/p>\n\n\n\n<p>Les morts devraient \u00eatre libre mouvement en terre les camisoles de bois pourrissent l\u2019\u00e2me a des ailes un drap rouge en velours appelle ma main d\u2019enfant je refuse je n\u2019accueille pas la mort les \u00e9glises sont sinistres malgr\u00e9 le grandiose seuls les vitraux noirs Conques trouve gr\u00e2ce pour le retournement de la lumi\u00e8re d\u2019un requiem pleines voix. Je voudrais composter mes os qu\u2019un arbre palpite par d\u00e9composition. &nbsp;JenH.<\/p>\n\n\n\n<p>11 novembre 2022 \u2013 01.01<br>Une image revient souvent<br>Quand certains mots sont entendus&nbsp;<br>Charleville-M\u00e9zi\u00e8res<br>Ardennes<br>Meuse&nbsp;<br>M\u00eame Rimbaud s\u2019en m\u00eale<br>Et quelques autres aux abonn\u00e9s absents \u00e0 l\u2019instant pr\u00e9cis<br>Une image<br>Une \u00e9cluse verticale<br>Cela est-il vrai&nbsp;?<br>Est-ce possible&nbsp;?<br>Une \u00e9cluse verticale<br>Cette image revient souvent<br>DM<\/p>\n\n\n\n<p>#2\/40 \u00ab Si loin, si loin \u00bb<br>Pas de \u00ab A \u00bb ?<br>Ah\u2026si. Des arbres. Un mur de pierres. L\u2019odeur de Robert Redford&nbsp;<br>(Amsterdamer). Cheveux blonds or. Souvenir ? Sous-venir ? Image comme&nbsp;<br>Ka\u00efros. Il passe, l\u2019image passe et il n\u2019y a pas de prises, comme un coup&nbsp;<br>de vent.<br>O\u00f9 ? Quand ? Qui ? Comment ?<br>\u2014je vois mais je ne \u00ab sais \u00bb rien\u2014<br>AH<\/p>\n\n\n\n<p>Aucun souvenir de la premi\u00e8re pleine lune observ\u00e9, mais je me souviens d&rsquo;avoir visionn\u00e9 le film <em>Dersou Ouzala<\/em> \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, ou \u00e9tait-ce en salle ? \u00c0 sa sortie ? Je ne sais plus. Avec mon grand fr\u00e8re (mon parrain) qui m&rsquo;initiait alors au cin\u00e9ma. J&rsquo;avais cinq ou six ans. Et du retour en autobus \/ le passage sur le pont \/ la marche<\/p>\n\n\n\n<p>sous les drapeaux, cette fa\u00e7on de refuser la nourriture (les magnifiques colis que TNPPI m\u2019envoyait \u2013 makrouds manicottis p\u00e2tes d\u2019amande \u2013 et que je distribuais aux voisins de chambr\u00e9e) ou cette fa\u00e7on de manger dans les resto U ou les sandwichs qui les g\u00e2tent, voil\u00e0 o\u00f9 nous en sommes ces jours-ci, il est certain qu\u2019il y en eut trente deux, mais sans doute (je ne compte pas, non parce que c\u2019est comme quand on aime, non je d\u00e9teste souffrir comme c\u2019est le cas \u00e0 pr\u00e9sent, mais parce que \u00e7a a tendance \u00e0 m\u2019effrayer) un quart \u2013 je passe je m\u2019en vais PCH<\/p>\n\n\n\n<p>jusqu\u2019\u00e0 la maison. [Emmanuelle Loyer, \u00bb L\u2019impitoyable aujourd\u2019hui \u00bb + Daniel Fabre &amp; Jean Jamin]. EL.<\/p>\n\n\n\n<p>Un moulin \u00e0 roue pendante, d\u00e9volu d\u00e9sormais \u00e0 l&rsquo;accueil de s\u00e9minaires et de manifestations culturelles,&nbsp;construit au XVe, dans&nbsp;une boucle du fleuve. On ne saurait en approcher sans \u00e9prouver un choc esth\u00e9tique et \u00e9motionnel. S&rsquo;il a exist\u00e9 un Paradis avant la cr\u00e9ation du monde, il \u00e9tait l\u00e0. L&rsquo;\u00e9cho du fleuve, l&rsquo;harmonie des masses v\u00e9g\u00e9tales, les teintes mordor\u00e9es des pierres du b\u00e2timent, tout concourt \u00e0 susciter la sensation qu&rsquo;on devrait, sans d\u00e9lai, s&rsquo;y installer et n&rsquo;en plus bouger. On y entre et le c\u0153ur et l&rsquo;esprit s&rsquo;apaisent. On ne voudrait pas \u00e9lever la voix, \u00e9mettre un son discordant. Il y aura, \u00e0 suivre, des discussions paisibles, des d\u00e9jeuners et diners comme assortis au lieu, une d\u00e9gustation de vins issus de la biodynamie, une exposition d&rsquo;oeuvres d&rsquo;art et une petite sculpture qui manque aujourd&rsquo;hui encore. AB.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai oubli\u00e9 le nom de la professeure de fran\u00e7ais de 4e. Elle m\u2019a procur\u00e9 mes premiers volumes de La Pl\u00e9iade. Oui, la po\u00e9sie de Victor Hugo, \u00e0 14 ans. Elle nous a emmen\u00e9s au th\u00e9\u00e2tre. Peut-\u00eatre Michel Bouquet dans <em>Le Malade imaginaire<\/em>. C\u2019est une possibilit\u00e9 floue. Les dates ne collent pas. Pas Beckett, je ne pense pas, pas d\u00e9j\u00e0 Beckett. Elle prenait le train avec moi pour Paris o\u00f9 j\u2019allais seul pour raisons familiales. Elle a fait \u00e9tudier des po\u00e8mes en ne d\u00e9voilant qu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019heure qu\u2019un \u00e9tait de Rimbaud et l\u2019autre de moi. SeB.<\/p>\n\n\n\n<p>Une liste alors ce serait&nbsp;: la commode \u00e0 trois tiroirs et le titre serait <em>Ce qu\u2019on garde<\/em>&nbsp;et pourquoi celle-l\u00e0 qui venait d\u2019une brocante o\u00f9 elle aimait chiner, elle avait achet\u00e9 cette commode, quand dans l\u2019atelier immense tout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa maison, son p\u00e8re en avait tant fa\u00e7onn\u00e9, des meubles, construits de ses mains, <em>de ses mains<\/em>, il y aurait beaucoup \u00e0 en dire <em>de ses mains<\/em>&nbsp;de ce qui ne se disait pas, ou rarement comme \u00e9chapp\u00e9 d\u2019une bouche ou d\u2019une autre. A.D.<\/p>\n\n\n\n<p>Mexico \u2013 <em>Mexiiiic\u00f4\u00f4<\/em>\u2026 Une pulsation monte, petit appui donn\u00e9 sur un pied remont\u00e9 au bassin balanc\u00e9 de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Petit pas, tu appuies, petit pas, d\u00e9hanch\u00e9, coudes serr\u00e9s \u00e0 la taille. Avant-bras \u00e9cart\u00e9s, tes pieds dans un dimanche matin&nbsp;rel\u00e2che, avec du temps pour rien, <em>sous le soleil de Mexico<\/em>, en vacances dans la salle \u00e0 manger. L\u2019\u00e9tiquette 0,9F tient coll\u00e9e sur la cassette audio. NE.<\/p>\n\n\n\n<p>le jardin de tes trois premi\u00e8res ann\u00e9es, tu n\u2019en sais que les murs qui l\u2019entourent, schistes, pas m\u00eame le dessin, terrasse ciment, un cam\u00e9lia immense (mais image du temps o\u00f9 tes grands-parents habitaient l\u00e0, et toi tout gosse encore), la maison lou\u00e9e puis vendue, lieu inaccessible, avoir emmen\u00e9 Isabelle et depuis une impasse grimp\u00e9 pour voir par-dessus le mur, mais rien de clair, sinon une pelouse, autre forme d\u2019effacement quand l\u00e0 un potager, un poulailler, la campagne dans la ville mb<\/p>\n\n\n\n<p>La forme de son corps ? Couleur de ses cheveux ? Noir sans doute. Le son de sa voix ? Peut-\u00eatre titi parisienne. Une Bellevilloise pure. Se rappeler si peu. Le pr\u00e9nom de son copain ? Num\u00e9ro de la rue Reb\u00e9val ? \u00c0 peu pr\u00e8s seulement un nom : Paquita. Et une des plus belles balades dans le quartier. Jeunesse. PhB.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Ce que je ne ram\u00e8nerai pas du voyage, r\u00e9el ou onirique : ces pens\u00e9es \u00e2nonn\u00e9es au creux de la nuit, ces phrases \u00e9vapor\u00e9es au d\u00e9tour du chemin, ces mots \u00e9chapp\u00e9s de leur sens, ces souvenirs entr\u2019aper\u00e7us sur le bord du chemin. GAS.<\/p>\n\n\n\n<p>La voix m\u2019\u00e9chappe. Je me rappelle les mots, la bouche qui les dit. Mais c\u2019est comme s\u2019il y avait un d\u00e9calage entre le son et l\u2019image. Je reconnais les modulations pourtant et la fr\u00e9quence&nbsp;: du c\u0153ur. L\u2019inflexion est juste mais la tonalit\u00e9 inexacte. La tessiture vibre dans une autre octave, inconnue et famili\u00e8re \u00e0 la fois puisque retranscrite par mon cerveau. Je visualise les l\u00e8vres, le sourire mais la voix, elle, me fuit. PV.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;\u00e9tait la nuit. \u00c7a j&rsquo;en suis certain car je me souviens que les flammes \u00e9taient l&rsquo;unique source de lumi\u00e8re. Je n&rsquo;avais pas os\u00e9 la br\u00fbler sur le balcon, \u00e0 cause de la fum\u00e9e. J&rsquo;avais fait \u00e7a au pied d&rsquo;un arbre, un de ceux qui longent le canal, juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Je connaissais la lettre par coeur. C&rsquo;est probablement la raison pour laquelle j&rsquo;avais os\u00e9 y mettre le feu. Je pensais que je pourrais toujours la reproduire, si n\u00e9cessaire. Mais j&rsquo;avais m\u00e9sestim\u00e9 mon d\u00e9sir d&rsquo;oublier. J&rsquo;ai vaguement en t\u00eate son \u00e9criture manuscrite, il me semble que l&rsquo;encre \u00e9tait bleue. Je n&rsquo;ai aucune certitude aujourd&rsquo;hui des mots re\u00e7us, re\u00e7us comme des coups. Je me souviens seulement \u00e0 quel point leur justesse m&rsquo;avait heurt\u00e9. AnM.<\/p>\n\n\n\n<p>Brune cheveux raides sur les \u00e9paules, yeux noirs, peau hal\u00e9e, 7 ans, air timide, presque triste, voix pos\u00e9e, faible intensit\u00e9. De temps en temps un sourire te d\u00e9figurait, te transformait, tu rayonnais. Emerveill\u00e9e par ce brusque changement. Odeur enveloppante, savon, lait corporel, mains douces, larges joues. Etre pr\u00e8s de toi, m\u00eame dans le silence, me calmait, me rassurait, moi agit\u00e9e, angoiss\u00e9e, bruyante. 7 ans et stup\u00e9faite par ta puissance invisible. Merci Florence Absire. CB.<\/p>\n\n\n\n<p>Braver la d\u00e9fense d&rsquo;entrer dans la chambre des parents \u2013 cette ouate de silence \u2013 j&#8217;empoigne une super 8 par le manche. Mon doigt sur la g\u00e2chette une m\u00e9canique s&rsquo;enclenche. L&rsquo;\u0153il communiant avec le viseur (ou le judas?) savoure le plaisir d&rsquo;ench\u00e2sser l&rsquo;infini dans un cadre. FL.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la lunette arri\u00e8re, ils courent \u00e0 l\u2019arr\u00eat, \u00e9ternellement. La lumi\u00e8re est totale et fait danser la poussi\u00e8re de la route sur leurs petits corps sombres. Je peux encore toucher les cheveux de leurs t\u00eates sans visages. Derri\u00e8re mes paupi\u00e8res la petite main blanche de mes cinq ans. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du pare-brise, ils sont enferm\u00e9s. CaB.<\/p>\n\n\n\n<p>vision froiss\u00e9e et d\u00e9froiss\u00e9e \u2014 authentique lichen de m\u00e9moire \u2014 nuit d\u2019enfance \u2014 sept huit ans peut-\u00eatre \u2014 allong\u00e9e dans le lit pr\u00e8s du mur \u2014 contre le chambranle de la porte un homme grand portant une moustache et souriant \u2014 une femme au visage s\u00e9v\u00e8re assise au bout du lit \u2014 ils me fixent d\u2019intensit\u00e9 \u2014 croisement de regards \u2014 je ne les ai jamais vus \u2014 savoir sans savoir que ce sont mes grands-parents \u2014 mais ils sont morts depuis si longtemps \u2014 se cacher sous les couvertures vite \u2014 SV.<\/p>\n\n\n\n<p>lLa Mini Austin bleu ciel. Son levier de vitesse, sans soufflet&nbsp;; le volant, noir, fin, luisant et cr\u00e9nel\u00e9. Peut-\u00eatre un regard dans le r\u00e9troviseur ? La route descend. FT.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019odeur. Reconnue, l\u00e0, imm\u00e9diate, pr\u00e9cise. \u00c7a fait tilt. Mes pas arr\u00eat\u00e9s net. Concentr\u00e9e. Un appel. Un \u00e9cho qui se r\u00e9verb\u00e8re sur un coin de m\u00e9moire. Cette odeur particuli\u00e8re. Dans le fouillis du jardin. Je ne sais pas d\u2019o\u00f9 elle \u00e9mane. Quelque part, l\u00e0, sous mes pieds. Tu sens? Deux \u00e9nigmes qui coagulent. Quelle plante ici-m\u00eame, quel appel du pass\u00e9 ? \u00c7a fait trop pour mon cerveau. Je suis l\u00e0 et je suis ailleurs. Un ailleurs dont il faut retrouver la porte d\u2019acc\u00e8s. Un petit tr\u00e9sor inconnu, une \u00e9manation. \u00c7a ne se d\u00e9crit pas, une odeur. \u00c7a n\u2019a pas de nom. \u00c7a ne commence ni par a, ni par b, ni par c. Rester plant\u00e9e l\u00e0 et plonger dedans, l\u2019absorber toute enti\u00e8re. \u00c7a finira bien par r\u00e9veiller quoi? un lieu, un moment? Logiquement, voyons voir, un jardin, l\u2019automne. Tous les jardins\u2026 ou une for\u00eat? L\u2019odeur me d\u00e9vore, me retient, m\u2019emprisonne. Tu ne bougeras pas avant d\u2019avoir r\u00e9solu cette \u00e9nigme. Mais pourquoi? C\u2019est donc vital? Son message urgent et personne pour m\u2019aider. Quoi dire d\u2019autre que \u00ab tu sens? \u00bbSentir quoi? \u00c9videmment les odeurs sont m\u00eal\u00e9es mais au milieu il y a cette note, cette note qui vibre juste pour moi, qui doit me relier \u00e0 un \u00e9clat d\u2019\u00eatre, un reflet de mica dans les strates du temps. Une illumination\u2026 mais oui, bien s\u00fbr!&nbsp; LL.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait au-dessus d\u2019une plage en pleine chaleur, avec de grandes mouettes et leur cri, cette odeur sal\u00e9e et une lumi\u00e8re toute bleue. On marchait sur cette longue esplanade. Et l\u00e0, dans les encoches de la muraille, un choc, j\u2019\u00e9tais dans le f\u00fbt d\u2019un canon, un tir et propuls\u00e9e dans le fond de l\u2019oc\u00e9an. Je me r\u00e9veille un peu glauque ils tirent encore, et les gens o\u00f9 sont-ils hagards ils se dispersent, courent aux abris, meurent l\u00e0 par terre, encore et encore et tout le temps. Mais c\u2019est o\u00f9, , c\u2019est o\u00f9 tout \u00e7a ? SW.<\/p>\n\n\n\n<p>La perte des odeurs a rompu le monde. \u00c7a ne fait plus m\u00e9moire. Comme si les choses \u00e9taient l\u00e0, \u00e0 la surface, sans retrouver le chemin de leur histoire. Sans vraiment avoir lieu. \u00c9trange sentiment d\u2019\u00eatre du c\u00f4t\u00e9 du r\u00e9siduel. Apr\u00e8s ce qui a \u00e9t\u00e9. MR.<\/p>\n\n\n\n<p>Deuxi\u00e8me ann\u00e9e de maternelle, spectacle de fin d\u2019ann\u00e9e. Tous les enfants de la classe \u00e9taient costum\u00e9s en petits mousses avec une petite marini\u00e8re et un pompon rouge sur la t\u00eate. Je me rappelle uniquement que nous devions tous ramer. Nous rejouions Vendredi ou les limbes du Pacifique que nous avions lu pendant l\u2019ann\u00e9e scolaire. Rires et g\u00eane m\u00e9lang\u00e9s. EV.<\/p>\n\n\n\n<p>cases de la m\u00e9moire reli\u00e9es entre elles<br>les corps y sont vivants<br>soir d&rsquo;\u00e9t\u00e9, festival sur une place avec platanes et panneaux color\u00e9s avec des \u00e9toiles, jazz pendant l&rsquo;ap\u00e9ro, un grand \u00e9cran de cin\u00e9ma, ils avaient d\u00e9barqu\u00e9 tard, deuxi\u00e8me fois que je le rencontrais lui avec elle, joyeux<br>visage ferm\u00e9 burin\u00e9, les mains le corps ferm\u00e9s comme le visage, quelques temps avant la fin<br>une cuisine avec table couverte d\u2019une toile cir\u00e9e crasseuse, les poules grattant dehors<br>lui si petit aux cheveux roux dans le berceau<br>la chambre toujours la m\u00eame avec le sol en b\u00e9ton empreint de signes pareils \u00e0 des marques de pattes d\u2019oiseau sur le sable mouill\u00e9<br>carnet de long voyage rempli au stylo noir avec dessins int\u00e9gr\u00e9s, tickets de bus, cartes postales, tout autour le bruit d\u2019une gare routi\u00e8re<br>FR.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment sommes-nous rentr\u00e9s pieds nus de la plage et de quelle plage&nbsp;? Dans ce coin l\u00e0 sur la carte il n\u2019y a pas de plage, il y a des marais, \u00ab&nbsp;la Venise Verte&nbsp;\u00bb, un fleuve qui arrivera bien \u00e0 la mer mais plus loin. Pourtant c\u2019est sur le bord d\u2019une plage que nous avons oubli\u00e9 nos sandales et nous devons y retourner, les retrouver, \u00e0 pied et pieds nus. Ce qui reste tr\u00e8s clair c\u2019est l\u2019humiliation pour une histoire aussi d\u00e9risoire, mais \u00e0 10 ans\u2026Je suis certaine que nous avons march\u00e9 sur un pont et peut-\u00eatre ensuite \u00e0 gauche, s\u00fbrement la plage sur la berge et le fleuve qui paraissait une mer. Le retour encore plus terrible, traverser le restaurant de l\u2019h\u00f4tel \u00e0 l\u2019heure du repas et les rires en voyant passer ces deux m\u00f4mes avec leurs sandales plastique. IsC.<\/p>\n\n\n\n<p>[<s>Un sentiment Une sensation<\/s>]&nbsp;Une odeur. [<s>De chien d\u2019animal<\/s>] Sauvage, forte, musqu\u00e9e. Une odeur envelopp\u00e9e d\u2019une autre odeur. Une odeur [<s>de feu, de fum\u00e9e<\/s>]&nbsp;de bois humide en train de br\u00fbler dans une chemin\u00e9e. Et aussi, une odeur [sucr\u00e9e douce] de cahiers, de crayons taill\u00e9s, de colle blanche. Une odeur [<s>de rentr\u00e9e scolaire<\/s>] de fin d\u2019\u00e9t\u00e9\u2013 d\u2019automne. Une odeur oubli\u00e9e de souvenirs d\u2019enfance. [<s>Subtile<\/s>] Puissante et multicolore. Une odeur d\u2019hier. JLC.<\/p>\n\n\n\n<p>l&rsquo;ombre de l&rsquo;arbre sur le mur agit\u00e9e par le vent, dans le mur une fente \u00e9troite, la rupture des couches de papiers recouvertes de peinture, \u00e7a a c\u00e9d\u00e9, comme une plaie s\u00e8che dont les chairs s&rsquo;\u00e9cartent. la petite fille sous les pins, son sourire dans l&rsquo;image d\u00e9grad\u00e9e du VHS, la voix de l&rsquo;oncle qui se trompe en la nommant. de longs silences. dans la nuit je fais la liste des choses que je voudrais filmer. l&rsquo;exaltation. CD.<\/p>\n\n\n\n<p>02- les yeux sont ferm\u00e9s, sensation \u00e0 chercher retrouver. Sentir son propre corps s\u2019emplir, de quoi? impression t\u00e9nue de corps confus, odeur perdue, m\u00eame les images, absentes, le noir de la paupi\u00e8re ferm\u00e9e ne suffit pas \u00e0 les convoquer. Ce n\u2019est pas un oubli, non, une recherche dans l\u2019oubli\u00e9, les images brouill\u00e9es flottent, les bras se referment sur le vide de corps flous et froids, effac\u00e9s sit\u00f4t aper\u00e7us, vacillants comme flammes d\u2019une bougie sur une fen\u00eatre dans la nuit de l\u2019hiver. PhL.<\/p>\n\n\n\n<p>Glisser le haut du corps sous le tulle blanc, s\u2019accouder \u00e0 l\u2019appui de fen\u00eatre, sans doute entre deux plantes vertes, ou deux bibelots, adroit comme un chat qu\u2019on n\u2019avait pas, regarder sans g\u00eane les gens passer dans la rue, la sortie de l\u2019\u00e9cole&nbsp;; d\u00e9m\u00e9nager, premi\u00e8re maison perdue, maladroit casser un r\u00e9veil de voyage, ne plus voir la rue, regarder le jardin, la tortue, les oiseaux et les chats des voisins. JMG.<\/p>\n\n\n\n<p>brouillard d\u2019automne roussi \u00e0 l\u2019aube de l\u2019\u00e9cole faut-il qu\u2019il m\u2019en souvienne&nbsp;? OS.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est pas possible de revenir \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019avant la connaissance, et si je retrouve assez pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019image de cette chambre d&rsquo;un h\u00f4tel cubique d\u2019une station baln\u00e9aire dont je n\u2019ai vu qu\u2019un soir de hors-saison, il ne m\u2019est plus donn\u00e9 de me rem\u00e9morer comme je l\u2019ai v\u00e9cue l\u2019attente du lendemain o\u00f9, pour la premi\u00e8re fois, je verrais Tarquinia. LH.<\/p>\n\n\n\n<p>Une porte blanche disparue dans une rue rebaptis\u00e9e depuis. Qu\u2019il est bon de r\u00e9\u00e9crire le monde en superposant couches de b\u00e9ton, plaques m\u00e9talliques et slogans partisans. Renommer une rue, c\u2019est raconter une histoire, limer le pass\u00e9 pour le rendre convenable. Assortir par un ravalement de fa\u00e7ade de l\u2019\u00e9clairage ne g\u00e2te rien. Champagne&nbsp;! Temp\u00eate sonore d\u2019applaudissements. Dans la gravit\u00e9 d\u2019une larme d\u2019enfant, le monde br\u00fble sans bruit. Il faudra penser \u00e0 r\u00e9\u00e9crire cela. JT.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cailloux dans la cour crissent sous les roues de la voiture de F. . Exception faite de ce d\u00e9tail, et des fines rides qui bordent ses paupi\u00e8res, rien n\u2019a chang\u00e9. Les embrassades sont un peu g\u00ean\u00e9es. On t\u00e2tonne, on effleure. Les corps sont toujours un peu plus craintifs, un peu plus sensibles \u00e0 l\u2019absence. Peut-\u00eatre parce que la peau per\u00e7oit tout, sans aucun filtre. Et puis, \u00e7a fait combien de temps d\u00e9j\u00e0&nbsp;? Quinze ? peut-\u00eatre vingt ans que l\u2019on ne s\u2019est pas vus ? Vertigineux ! On abr\u00e8ge les calculs de peur de se trouver trop vieux. Mieux vaut se raccrocher d\u2019abord au pr\u00e9sent : viens je te montre la maison, quel \u00e2ge \u00e0 ton petit dernier ?&nbsp; Ce n\u2019est qu\u2019au moment de servir le&nbsp; caf\u00e9 que l\u2019on c\u00e8de&nbsp; \u00e0 l\u2019ivresse des souvenirs. C\u2019est lui qui s\u2019y jette le premier. Tu te souviens de \u2026?, comme une incantation que l\u2019on r\u00e9p\u00e8te \u00e0 chaque d\u00e9but de phrase. On ne se souvient pas vraiment. Les d\u00e9tails nous ont, depuis longtemps, fait faux bon. On ressort un carton de photos poussi\u00e9reuses de la cave, pour combler les espaces. Le reste, on l\u2019invente. Le chat saute sur les genoux de F.. Cette histoire n\u2019est pas tout \u00e0 fait exacte. Tout n\u2019est pas tout \u00e0 fait vrai. Les personnages et les lieux se m\u00e9langent et se confondent un peu. Nous le savons tous deux. Quelle importance ? Cette histoire, c\u2019est la n\u00f4tre. GQ.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9pos\u00e9 sur le miroir l\u00e0-bas au loin d\u00e9sormais perdu, j\u2019aurais d\u00fb mieux m\u2019attarder le soir, le matin juste avant d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole&nbsp;: ne me suis jamais donn\u00e9 la <em>peine<\/em> de cela (<em>cela<\/em>, est-ce regarder, est-ce comprendre, est-ce seulement envisager) \u2014 sur le miroir donc, moment pr\u00e9cis o\u00f9 je commence \u00e0 poss\u00e9der des souvenirs&nbsp;: contours de mon visage d\u2019enfant perdus quelque part dont il ne reste que des traits, des lignes comme sur les tablettes d\u2019argiles bris\u00e9es on n\u2019observe que ce qui manque. ArM.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais que disait la voix qui venait de partout \u00e0 la fois ? Sans doute aurait-il fallu mieux me taire pour mieux me souvenir, graver en moi tous ses \u00e9chos. Ne pas r\u00e9pondre surtout, au risque de la couvrir. \u00c9couter c\u2019est l\u2019art ultime. Faire silence immobile en moi, ouvrir en moi toutes mes p\u00e9tales mes feuilles mes branches mon \u00e9corce mes racines elles-m\u00eames et me tenir uniquement l\u00e0 tout ouvert, tout droit dans sa voix. N\u2019\u00eatre qu\u2019arbre pour graver le souvenir. TD.<\/p>\n\n\n\n<p>11\/11\/22. Santorin, printemps deux-mille-trois, l\u2019excursion au crat\u00e8re, deux jeunes femmes japonaises en tongs sur le volcan. Puis on nage, dans le bleu, du bateau jusqu\u2019aux eaux chaudes. Au retour, l\u2019eau refroidissant, la fatigue, l&rsquo;une des deux touristes japonaises commence \u00e0 couler remonter couler remonter. Du bateau, tandis qu\u2019on se h\u00e8le avec inqui\u00e9tude et qu\u2019on envoie la bou\u00e9e rouge, l\u2019autre la prend en photo. La l\u00e9gende : souvenir des vacances en M\u00e9diterran\u00e9e. JCo.<\/p>\n\n\n\n<p><br>J\u2019avais, il me semble, un ange \u00e0 mon chevet, emprisonn\u00e9 dans un cadre en argent et auquel on me demandait de recourir quand j\u2019\u00e9tais malade. Nous \u00e9tions les seuls \u00e0 ne jamais bouger. Mais ma m\u00e9moire est ce regard effarouch\u00e9 de l\u2019Ange de l\u2019Histoire qui voit s\u2019\u00e9lever devant lui la paroi \u00e9crasante du pass\u00e9 et la temp\u00eate de l\u2019avenir le projetant chaque fois plus loin de lui-m\u00eame. HB.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a dans l&rsquo;effort de ce jeune gar\u00e7on, escaladant la grille du centre sportif dont l&rsquo;acc\u00e8s est interdit \u00e0 cette heure, juch\u00e9 tout en haut, suspendu, en \u00e9quilibre, entre inqui\u00e9tude et jubilation, qui discute avec son ami en contrebas, une insouciance juv\u00e9nile qui me laisse r\u00eaveur. Le soleil brille dans leurs cheveux en bataille, le front perl\u00e9 de sueur. Les feuilles cramoisies flottent dans les flaques d&rsquo;eau. Leurs reflets s&rsquo;accrochent aux branches des arbres. Comme une attente et une r\u00e9v\u00e9lation. La carrosserie de la Trabant est un m\u00e9lange de r\u00e9sine et de fibre de coton. PM.<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait neig\u00e9, je crois. Je devrais me souvenir mieux. Apr\u00e8s tout, c&rsquo;\u00e9tait notre premi\u00e8re fois. Il y avait eu un film. Allemagne, M\u00e8re blafarde. La neige dehors convenait au titre et \u00e0 mon \u00e2me \u00e0 la sortie. Je pleurais. J&rsquo;ai pleur\u00e9 longtemps, sans contr\u00f4le. Je ne sais plus ce qui m&rsquo;a calm\u00e9. Son d\u00e9sarroi, peut-\u00eatre. Du film, je ne me souviens que des larmes. De lui, les yeux bruns, la tignasse en bataille. Il est parti&#8230; peu de temps apr\u00e8s.&nbsp;B.F.<\/p>\n\n\n\n<p>Une odeur de fleur une odeur rose pleine&nbsp;: une savonnette REXONA ovo\u00efde au bord d\u2019une bassine&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; non&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; d\u2019une Cuvette en porcelaine blanche et bleue&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;peut-\u00eatre des fleurs en motif&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; peut-\u00eatre&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;et le soleil sentant le bois sur une&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; non&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;sur LA galerie accol\u00e9e \u00e0 la maison&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; pas maison non&nbsp;&nbsp;&nbsp; Ferme&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;en dessous &nbsp;&nbsp;dans la cour en terre&nbsp;&nbsp; l\u2019amie d\u00e9laiss\u00e9e&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;sous les caqu\u00e8tements du matin. MACM.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout \u00e9tait pr\u00e9texte \u00e0 chanter&nbsp;: Dalida \u00e0 la radio, un mot au d\u00e9tour d\u2019une conversation, l\u2019\u00e9vocation d\u2019une rue de Paris. Ses chansons venaient des crieurs qui parcouraient les rues dans les ann\u00e9es 20 pour vendre les partitions des airs \u00e0 la mode. Son r\u00e9pertoire de goualantes venait de l\u00e0. Je ne me souviens d\u2019aucune chanson, d\u2019aucun titre, d\u2019aucun air \u2013 ce qui a disparu avec mon grand-p\u00e8re c\u2019est aussi ce monde-l\u00e0, m\u00e9lodique, insouciant, plein de R roul\u00e9s et d\u2019histoires d\u2019amour des rues. XG.<\/p>\n\n\n\n<p>Premier hiver l\u00e0-bas, le son du blanc de l\u2019hiver sous mes pieds, la vitesse des d\u00e9neigeuses dans les rues, le rire du blanc de l\u2019hiver sur mon visage, les caf\u00e9s emmitoufl\u00e9s.<br>Un autre hiver l\u00e0-bas, pas le premier mais lequel, on marchait entre les rails. Blanc tout autour. Et tr\u00e8s grand froid.<br>\u00ab Ne frotte pas tes yeux, des cils pourraient rester coll\u00e9s sur tes doigts \u00ab .<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 o\u00f9 les courants se croisent, au bord du fleuve, on marchait. Vagues suspendues. Gel\u00e9es. On marchait, \u00e9carquill\u00e9s.<br>La nuit, le brise-glace le long du St Laurent. Ses lumi\u00e8res.<br>CdeC<\/p>\n\n\n\n<p>ou c\u2019\u00e9tait manger puis appeler puis ranger puis nettoyer ou d\u2019abord appeler puis se doucher ou se doucher avant de manger et ranger ou c\u2019\u00e9tait s\u2019\u00e9tirer et respirer avant de manger puis se doucher et partir ou c\u2019\u00e9tait r\u00e9pondre et \u00e9crire apr\u00e8s ranger mais avant s\u2019\u00e9tirer et respirer puis appeler puis nettoyer et &nbsp;ou manger et partir ou c\u2019\u00e9tait avant-hier ou semaine pass\u00e9e ou m\u00eame pas tout \u00e7a avant apr\u00e8s ou m\u00eame pas moi ou m\u00eame nulle part ou jamais ou zut tout m\u2019\u00e9vapore loin pfff. ClE.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le premier carnet, une note \u00ab&nbsp;Ce matin j\u2019ai jou\u00e9 \u00e0 la balle avec mamie, apr\u00e8s j\u2019ai regard\u00e9 les grenouilles cach\u00e9es sous le lavoir&nbsp;\u00bb. Ce contentement-l\u00e0, cette satisfaction limpide valaient la peine d\u2019\u00eatre consign\u00e9s. La vie n\u2019\u00e9tait que \u00e7a, pleine de seulement \u00e7a ; le carrelage frais, l\u2019odeur de cire et de p\u00e2tisserie, le silence de sieste, la clart\u00e9 de l\u2019air. Le vent marin chatouille les feuilles du figuier. Ce grand calme, cet \u00e9norme calme. LD.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u2009Vous autres\u2009\u00bb allait avec son parfum (eau de Cologne du mont Saint Michel) et les petites boucles d\u2019or suspendues \u00e0 ses oreilles roses et frip\u00e9es, comme si \/vous\/&nbsp;pouvait \u00eatre autre qu\u2019un autre. Elle l\u2019a dit avec <em>l\u2019assent<\/em>, un o ouvert comme son c\u0153ur, elle \u00e9tait donc pour <em>nous otres<\/em> la maison dans la pin\u00e8de sur laquelle lorgnaient selon elle les neveux de son mari, elle avait le sens de la tribu, <em>nous otres<\/em>,&nbsp;c\u2019\u00e9taient pas les \u00abestrangers du dehors\u2009\u00bb. CP.<\/p>\n\n\n\n<p>Un sourire qui ponctue la conversation. Une invitation dans cette rue anim\u00e9e aux enseignes criardes. Nos deux corps plant\u00e9s l\u00e0 et ces passants qui nous fr\u00f4lent sans un regard. Il fait froid malgr\u00e9 le vin qui r\u00e9chauffe. Et d\u00e9j\u00e0 cette amie qui s\u2019\u00e9loigne avant de prendre conscience de l\u2019appel. Trop tard. Penaud, une vol\u00e9e de marches puis refuge dans un sommeil amn\u00e9sique. XW.<\/p>\n\n\n\n<p>Les journ\u00e9es tard dans les villes, aux heures d\u2019apr\u00e8s minuit, les rues d\u2019alcool, de corps, de gestes. Les journ\u00e9es tard dans les villes, la nuit bascul\u00e9e, les verres toujours pleins, et les corps qui s\u2019\u00e9nervent de faim. Les journ\u00e9es tard dans les villes, les lumi\u00e8res \u00e9vanouies, les respirations retenues, l\u2019\u00e9carquillement des pupilles, et le sonore de la nuit plus coupant et plus feutr\u00e9. Les journ\u00e9es tard dans les villes, le noir \u00e0 apprivoiser. CS.<\/p>\n\n\n\n<p>Bottes trop grandes. Je les vois en-dessous de moi, avancer quand mes pieds glissent dedans. La pente est raide, l&rsquo;herbe boueuse. \u00c7a fait un moment qu&rsquo;on monte l\u00e0. Elle me tire par la main. \u00ab&nbsp;Arr\u00eate de chouiner, et si t&rsquo;as faim, eh ben mange ta main et garde l&rsquo;autre pour demain.&nbsp;\u00bb J&rsquo;essaye d&rsquo;imaginer&#8230; c&rsquo;est absurde. HG.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sol carrel\u00e9 noir et blanc, d\u2019une mati\u00e8re mate, presque moelleuse quand on posait le pied dessus. Un parfum anis\u00e9, du velours sombre quelque part dans la pi\u00e8ce. Des murs nus dans un d\u00e9cor baroque, un texte manuscrit de Cocteau sur l\u2019opium. Le visage de l\u2019\u00e9crivain dessin\u00e9 d\u2019une ligne, punais\u00e9 \u00e0 m\u00eame le mur. Les volets entre-ouverts en \u00e9t\u00e9, le tintement des rideaux de perles d\u00e9rang\u00e9s par la brise et les images de la t\u00e9l\u00e9vision muette pendant la sieste. IG.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma chambre d\u2019enfance. Pas r\u00e9ellement une chambre d\u2019enfant, je ne me souviens plus du papier peint, ni paysage, ni personnage. Mon lit une personne avec son cadre en bois ray\u00e9 par une col\u00e8re oubli\u00e9e, mise en sc\u00e8ne de poup\u00e9es, des Comtesse de S\u00e9gur, un carnet chinois o\u00f9 les histoires s\u2019inventent, pages 100 fois arrach\u00e9es avec le regret aujourd\u2019hui de ne pas me souvenir de ma graphie, de mes tournures de phrases, de mes plagiats, du voyage sur la carapace d\u2019une torture sage. IsB.<\/p>\n\n\n\n<p>Odeur qui sature le nez trop-plein qui rend l\u2019\u00e9criture n\u00e9cessaire besoin de s\u2019immerger dans une bulle un endroit de silence un mouvement qui d\u00e9pose qui repose quelques mots puis d\u2019autres sans rapport brins de rimes r\u00e9sonances assonances diff\u00e9rences vagabondages et errances sans queue ni t\u00eate le papier re\u00e7oit disperse et unifie cependant b\u00e2illement mot choisi h\u00e9sitations gratouillis peut-\u00eatre ah oui il me semble et non pourquoi pourtant CeC.<\/p>\n\n\n\n<p>Bajoues, gravit\u00e9 vers le bas me rappelle ma m\u00e8re. La photo se duplique \u00e0 l\u2019identique&nbsp;: m\u00eame \u00e2ge, yeux verts, cheveux ch\u00e2tain, clair, tout correspond, sourire en moins. Le sien \u00e9clate, blanc. Le mien, l\u2019ai aval\u00e9. Je joue bas.&nbsp;C.G-H.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand on relit les notes prises au saut du lit<br>apr\u00e8s un r\u00eave que l&rsquo;on a trouv\u00e9 incroyable,<br>que l&rsquo;on n&rsquo;y trouve plus rien d&rsquo;original<br>et qu&rsquo;on se demande m\u00eame pourquoi on a \u00e9crit \/\u00e7a\/<br>c&rsquo;est peut-\u00eatre \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu&rsquo;il faut \u00e9crire. JCB.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019entends ce bruit familier et rassurant de mon enfance, le son que je per\u00e7ois derri\u00e8re la porte, le bruit fait par une source audio, t\u00e9l\u00e9phone ou tablette, ressemble aux sons que j\u2019entendais dans le pass\u00e9. Les personnes qui regardaient la t\u00e9l\u00e9vision ne sont plus l\u00e0, mais je ne serai s\u00fbr de cela qu\u2019une fois la porte franchie, et \u00e0 ce moment je remercierai en silence celui qui regarde cet \u00e9cran, il m\u2019aura offert ce voyage. Il aurait fallu que j\u2019enregistre ces sons qui m\u2019ont fait du bien. L.S.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle table de nuit&nbsp;? Quel voyage&nbsp;? Un parking, un port, un bar en bas de l\u2019h\u00f4tel, \u00e9tait-ce un h\u00f4tel&nbsp;? Un escalier miteux. Plus de souvenir du logement. Une voiture de location ou notre propre voiture&nbsp;? Est-ce qu\u2019on avait pris l\u2019avion&nbsp;? Du soleil, une ville ind\u00e9finissable, quelque chose \u00e0 voir, \u00e0 faire, juste une \u00e9tape&nbsp;? Sur quelle table de nuit l\u2019ai-je oubli\u00e9 ce livre d\u2019Isabelle Autissier, je voulais absolument le lire et le souvenir du titre et m\u00eame de l\u2019intrigue se dissout lui aussi. Peut-\u00eatre ai-je referm\u00e9 la couette sur lui&nbsp;? ESM.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s froide et humide la pi\u00e8ce de cette vieille maison o\u00f9 nous avons dormi. Une seule nuit. Je me souviens de l\u2019\u00e2tre d\u2019une immense chemin\u00e9e, mais pas comment nous \u00e9tions arriv\u00e9s l\u00e0. Les flammes \u00e9clairaient nos visages, un peu de nos corps et la couche pos\u00e9e \u00e0 m\u00eame le sol. Un tapis \u00e9pais, presque confortable, recouvert de couvertures. Un lit de fortune, le plus pr\u00e8s possible de la chaleur du feu. Aucune lumi\u00e8re dans le silence et l\u2019obscurit\u00e9 de la nuit. Une bulle de vie dans un nulle part. P.S.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026 juste au bord du r\u00e9veil, demi sommeil, demi r\u00e9veil, dans cet entre- deux qu\u2019il est doux de prolonger le matin,&nbsp; une image, une sc\u00e8ne traverse l\u2019apesanteur\u2026&nbsp; lieu flou\u2026 \u00e9trange sentiment d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 lointaine et \u00e0 la fois de quelque chose de vraiment&nbsp; pr\u00e9sent&nbsp;\u2026 clairement r\u00e9veill\u00e9e, je scrute les bribes , les filaments de cette r\u00e9miniscence,&nbsp; aussi l\u00e9g\u00e8re&nbsp; que les nuages \u2026 pourquoi maintenant \u2026 je cherche \u2026 je retisse des \u00e9l\u00e9ments les uns avec les autres \u2026 je me souviens aussi d\u2019autres sc\u00e8nes un peu semblables \u2026 des r\u00e9currences \u00e9nigmatiques qui questionneront une partie de ma journ\u00e9e&nbsp;\u2026 parfois il me semble reconnaitre, la maison d\u2019une amie, des lieux o\u00f9 j\u2019ai s\u00e9journ\u00e9 quelques jours, un dialogue&nbsp; amical sur les sujets que nous aimions d\u00e9m\u00ealer&nbsp; \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u2026 nostalgie de lieux aujourd\u2019hui inaccessibles,&nbsp; tristesse d\u2019amies&nbsp; disparues \u2026 des traces&nbsp; pr\u00e9cieuses&nbsp;\u2026 j\u2019ai pass\u00e9 une partie de la soir\u00e9e \u00e0 \u00e9crire l\u2019inventaire des lieux et des pr\u00e9noms, inventaire qui se compl\u00e8tera au fil de l\u2019eau&nbsp;\u2026 A.N.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas de souvenir du jour o\u00f9 ma premi\u00e8re s\u0153ur est arriv\u00e9e, o\u00f9 mes parents l\u2019ont amen\u00e9e de la clinique. L\u2019appartement quitt\u00e9 il y a 47 ans, ses pi\u00e8ces tr\u00e8s pr\u00e9sentes encore. Sensation d\u2019un volume dans la p\u00e9nombre de ma chambre&nbsp;: le lit cage. Pas de souvenir des au moins trois fausses couches entre ma naissance et celle de cette s\u0153ur, de la d\u00e9ception de ma m\u00e8re qui s\u2019alitait en vain. Sensation de tristesse diffuse li\u00e9e \u00e0 cet appartement. JK.<\/p>\n\n\n\n<p>Au moment de se coucher, F. \u00e9voque cette soir\u00e9e de nos vingt ans \u00e0 la belle \u00e9toile sur son balcon. J\u2019ai envie de d\u00e9tails mais je n\u2019ose pas lui demander de peur de repousser la complicit\u00e9 dont s\u2019est par\u00e9 son sourire \u00e0 fossettes. C\u2019est comme si elle me parlait d\u2019une autre fille dont j\u2019ai perdu la trace et que je retrouve dans son regard confiant. Sa m\u00e9moire pour la mienne. MTu.<\/p>\n\n\n\n<p>fractures urbaines&nbsp;&nbsp; partition de bitume&nbsp;&nbsp; brouhaha&nbsp;&nbsp; art\u00e8re b\u00e9ante&nbsp;&nbsp; circulation ininterrompue souterraine et a\u00e9rienne des hommes dans tous les interstices de la ville&nbsp;&nbsp; le trottoir livre \u00e9nigmes&nbsp;&nbsp; CM.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela n\u2019a plus l\u2019odeur du cigare, l\u2019appartement, bient\u00f4t refait, d\u00e9poussi\u00e9r\u00e9, d\u00e9livr\u00e9 (le fait d\u2019enlever les livres peut-il se dire ainsi&nbsp;?) Trop longtemps qu\u2019il est mort, humer, et ne rien trouver, alors essayer de faire flotter \u00e0 nouveau les effluves qui indiquaient sa pr\u00e9sence. C\u2019est impossible de gonfler les joues comme lui, de produire un si gros nuage, Oui un cigare \u00e7a se crapote, ma petite&nbsp;! Prends un cendrier-ses boites de cigare, pratiques, en fer \u00e0 couvercle, les cendres s\u2019\u00e9parpilleront pas. Il ne reste plus que des boites vides et l\u2019odeur du tabac froid qui stagne dans son c\u0153ur. MCG.<\/p>\n\n\n\n<p>La rue telle qu&rsquo;elle \u00e9tait vraiment, sombre certainement, et quelle heure \u00e9tait-il aussi alors que nous rentrions ? ou l\u2019instant juste avant comme chercher \u00e0 t\u00e2tons, les doigts courant, s\u2019arr\u00eatant, le long des visages que l\u2019on a oubli\u00e9 \u2013 humidifier la langue, l\u00e0 pour v\u00e9rifier sans le vouloir si le go\u00fbt d\u00e9sagr\u00e9able de l\u2019alcool au ginseng y est toujours rest\u00e9, plus de dix ans apr\u00e8s. L.DP.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9couverte ravie du trio n\u00b01 de Rachmaninov, sa discr\u00e9tion presque fragile | me demande comment le chef de l&rsquo;orchestre Rameau a trouv\u00e9 Paum\u00e9e pour me remercier | souvenir du premier suicide de l&rsquo;Europe et des rares mots discrets de mes anciens, effroi, tendresse | le ciel s&rsquo;annonce lumi\u00e8re | entreprendre lecture du premier jour du grand carnet, pas un d&rsquo;indiff\u00e9rent, me bouffe mon temps mais saute trois qui d\u00e9passent outrageusement limite | vie s&rsquo;\u00e9ternise trop et temps manque. BC.<\/p>\n\n\n\n<p>Un mois de janvier qui s&rsquo;\u00e9ternise. L&rsquo;avion de 6 heures du matin. De corneilles plant\u00e9es sur le parvis d&rsquo;une \u00e9glise devant un groupe de vielles personnes qui regardent s&rsquo;\u00e9loigner le corbillard. Un ciel coton sans trou\u00e9e, enrobant. Not\u00e9 cette phrase d&rsquo;un \u00e9crivain :&nbsp;Bien qu&rsquo;un peu ivre, je sortis avec la gaucherie d&rsquo;un homme nu.&nbsp;Un soleil plein pot sur le pelage d&rsquo;un chat siamois, tellement qu&rsquo;on dirait une hermine. SyB.<\/p>\n\n\n\n<p>Une forme arrondie. Les traits sont flous les chercher un \u00e0 un. Un front. Un nez peut-\u00eatre. Une bouche. Un profil. Rien ne vient. Ne subsiste qu&rsquo;une impression, une unique impression. Emerge des anciennes ann\u00e9es non pas un regard, mais la sensation du regard sur soi port\u00e9 par un visage sans traits, vide, absent. RA.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans doute tr\u00e8s grand, un carr\u00e9 pli\u00e9 en deux, cachemire pas s\u00fbr car dans le vieux petit film de l\u2019entre-deux-guerres elle danse avec dans un jardin \u2026 jeune fille pendant la grande guerre, jeune m\u00e8re pendant la seconde\u2026 Le ch\u00e2le, un grand abri souple et doux qui tourne autour d\u2019elle\u2026 et me voil\u00e0, quelques ann\u00e9es apr\u00e8s la fin des combats&nbsp;: ma grand-m\u00e8re paternelle a pos\u00e9 son ch\u00e2le sur un fauteuil\u2026 elle ne le porte plus\u2026 j\u2019ai sept ans peut-\u00eatre, je m\u2019enveloppe dans le beau tissu frang\u00e9, je fais comme elle\u2026 elle me surprend, sourit&nbsp; me donne la main en marchant dans les feuilles mortes, disparait un an apr\u00e8s\u2026Ch.E.<\/p>\n\n\n\n<p>La nuit, je marche. Dos cal\u00e9 contre l&rsquo;oreiller, le sol crisse sous mes pieds : Go\u00fbt d&rsquo;oseille au potager. Porte de la maison de Robert avec sa m\u00e8re, sa soeur et son p\u00e8re mort. Esplanade du foyer de la Roche Arnaud, s\u00e9par\u00e9e du pr\u00e9cipice par un muret de pierres. Vertige. Soudain retour dans la nuit de ma chambre. Me concentrer \u00e0 nouveau. Repartir : Odeur du plancher gris, lav\u00e9 \u00e0 grande eau. Courir et franchir sans la toucher la porte western qui m\u00e8ne \u00e0 la cuisine du foyer. \u00c7a sent le bouillon. Une porte vitr\u00e9e ouvre sur la colline. Retrouver les champs, agenc\u00e9s en patchwork comme une couverture. Le coucou chante les heures dans le bon ordre mais mes pas \u00e9chouent \u00e0 relier esplanade, potager, maison de Robert, colline\u2026 Le pr\u00e9cipice a tout aval\u00e9. Seuls, subsistent quelques lieux refuges, \u00e0 partir desquels je tente de redessiner un paysage.&nbsp;FG.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une armoire, le silence d\u2019une photo de mariage. Huit&nbsp;demoiselles d\u2019honneur en robe longue, entourent les mari\u00e9s, quatre de chaque c\u00f4t\u00e9. Le bleu de ma robe, la transparence des manches et du bustier, les chaussures blanches avec une boucle argent. Nous tenons une rose. Je porte des gants. C\u2019est la plus jolie robe, confectionn\u00e9e sur mesure pour un autre mariage o\u00f9 j\u2019\u00e9tais t\u00e9moin de la mari\u00e9e. Je ne sais pourquoi, je pense au pain dor\u00e9, aussi appel\u00e9 pain perdu. Ma robe est perdue. MM.<\/p>\n\n\n\n<p>Le froid du souvenir du froid indissociable de la file d\u2019hommes attendant l\u2019ouverture de l\u2019asile de nuit dans une ville d\u00e9test\u00e9e, sensible encore, pr\u00e9sent l\u00e0, ineffa\u00e7able, y compris dans le confort privil\u00e9gi\u00e9 de celui qui peut contempler la mer, s\u2019y apaiser, sans oublier, jamais, ces navires qui r\u00e9clament un port. UP.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026le visage de L\u00e9ontine\u2026 les odeurs des maisons d\u2019enfance\u2026 le visage du gar\u00e7on dans les vagues de la plage de La Par\u00e9e\u2026 le soir o\u00f9 j\u2019ai bris\u00e9 la douceur de l\u2019\u00e9t\u00e9 \u2026 le go\u00fbt du bonbon \u00e0 la menthe dans la chambre d\u2019h\u00f4pital\u2026le silence de la maison\u2026 la biblioth\u00e8que municipale\u2026 l\u2019odeur des livres\u2026 la maison d\u2019E. \u00e0 La Baule\u2026 vague souvenir de cassettes \u00e9parpill\u00e9es au sol, d\u2019airs d\u2019op\u00e9ras\u2026 le jardin de Plantes \u00e0 Nantes de ces ann\u00e9es-l\u00e0\u2026 mon premier voyage en train avec ma grand-m\u00e8re\u2026  EM.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp; &nbsp; pr\u00e9sence &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp; dans le souffle de mes pas &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp; &nbsp; ta pr\u00e9sence &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;<br>la lumi\u00e8re ind\u00e9finie du boulevard &nbsp; &nbsp; &nbsp; \u00e0 la fois douce et contrast\u00e9e &nbsp; &nbsp; &nbsp;<br>&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; cette atmosph\u00e8re d\u2019enfance &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ma main dans la tienne &nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp; au retour<br>de nos promenades &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; les trottoirs a\u00e9r\u00e9s &nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp; mon corps de trois ans et ton corps de grand-m\u00e8re Reine<br>&nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; avan\u00e7ant &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; les grands arbres&nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp; l\u2019odeur de la pluie &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp; &nbsp; si loin &nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; si pr\u00e8s&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;MuB<\/p>\n\n\n\n<p>Cousine Mimi&nbsp;? Mais si, rappelle-toi&nbsp;! En vacances ! La vieille ferme au-dessus de\u2026 Trou noir, puis un vague souvenir d\u2019une mont\u00e9e de colline, campanules, \u0153illets, insectes bourdonnant dans le soleil, clocher pointu d\u2019une \u00e9glise\u2026 la cour de ferme, odeur \u00e2cre de fumier, cochons en libert\u00e9, poules qui caqu\u00e8tent\u2026 cuisine sombre, bancs en bois dur, une omelette g\u00e9ante qui gr\u00e9sille dans une mare d\u2019huile sur le feu, ma s\u0153ur \u00e9c\u0153ur\u00e9e par le fumet\u2026 Mais la cousine Mimi est rest\u00e9e enfouie dans le pass\u00e9. MEs.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais voir l&rsquo;image de sa main, ce soir. Je la verrais presque, lev\u00e9e lente dans la lumi\u00e8re, les doigts peine \u00e9cart\u00e9s, l\u00e9g\u00e8rement arrondis, son manque de beaut\u00e9. Il n&rsquo;y a presque rien qui manque. Tout manque. J&rsquo;ai v\u00e9cu des jours pr\u00e8s d&rsquo;elle, j&rsquo;ai mang\u00e9 ce qu&rsquo;elle avait p\u00e9tri, jamais fr\u00f4l\u00e9e, jamais \u00e9treinte. Je ne l&rsquo;ai jamais vue dessiner. TM.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8230;&nbsp; quoi deux syllabes ou plut\u00f4t la m\u00eame r\u00e9p\u00e9t\u00e9e&#8230; pas comme une d\u00e9signation mais un appel qui toujours m&rsquo;\u00e9treint&#8230; le son est n\u00e9 comme r\u00e9cit&#8230; XGu.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Je suis en pleine conversation avec une amie. Soudain, alors qu\u2019elle parle, un visage surgit, \u00e0 peine aper\u00e7u et d\u00e9j\u00e0 enfui&nbsp;; intuitivement, je sais qu\u2019il vient du r\u00eave de la nuit pr\u00e9c\u00e9dente. Image volatile furtive que je ne peux ni fixer, ni reconna\u00eetre, je voudrait la retenir, mais j\u2019ai beau m\u2019y accrocher, elle me file entre les doigts. Vivement la nuit prochaine\u2026 MC.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me souviens le ciel vibrait de mille couleurs la for\u00eat s\u2019\u00e9veillait les branches des ch\u00eanes retenaient nos cheveux griffaient nos mains les coulemelles embaumaient nos bras se nouaient sur nos \u00e9paules nos bouches se d\u00e9voraient\u00ad \u2014 je n\u2019entends plus le son de sa voix je ne revois plus l\u2019exacte couleur de ses yeux \u2014 le voile s\u2019\u00e9paissit, espace vid\u00e9 exsangue, jusqu\u2019\u00e0 son d\u00e9part d\u00e9finitif sans mots. \u00c9branlement vide silence cicatrices \u00e0 vie. J\u2019ouvre les yeux. Plaies \u00e0 vif sur l\u2019Ocean Viking. HA.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle roulait les r comme son minuscule chignon gris, de la taille de mon poing d\u2019alors, et corset\u00e9 par de fines \u00e9pingles. Il para\u00eet qu\u2019il enserrait la plus longue chevelure du monde.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ai-je fait ou seulement r\u00eav\u00e9 ? Qu\u2019importe, je la revois par l\u2019entreb\u00e2illement, assise face \u00e0 sa coiffeuse marbr\u00e9e, ses cheveux lib\u00e9r\u00e9s tombant jusqu\u2019\u00e0 la ceinture de son tablier, encore entortill\u00e9s par leur forme contrainte. Je m\u2019approche sur la pointe des pieds, saisis la brosse des deux mains, et la peigne doucement jusqu\u2019\u00e0 la fin des temps. ASD.<\/p>\n\n\n\n<p><br>D\u2019abord cette odeur enivrante, tenace, de goudron frais et de caf\u00e9 br\u00fbl\u00e9. Le terrain vague, sa longue palissade de b\u00e9ton qui nous s\u00e9pare du monde. Derri\u00e8re, la mer de conteneurs, infinie, je le sais aujourd\u2019hui. Mais nous, les petits, n\u2019avons encore rien vu. Les grands nous aident \u00e0 grimper sur le toit. De ce que j\u2019ai vu, plus aucune image. Toujours en moi l\u2019excitation de ce qu\u2019elles sugg\u00e9raient,&nbsp;<em>quelque chose doit advenir, nous ne savons pas quoi, nous nous lan\u00e7ons \u00e0 sa recherche<\/em>.&nbsp;JH.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne retourne plus sur <em>Chalais<\/em>. Impossible, rien ne vient. Il manque pourtant quelque chose. J\u2019attends. Quoi&nbsp;? \u2014 La chambre d\u2019h\u00f4pital. Va savoir si tu y \u00e9tais vraiment. Tu parles de l\u2019escalier, donnant directement sur la chambre, la porte. Impossible&nbsp;! \u2014 Bien s\u00fbr&nbsp;! Peut-\u00eatre. Mais le r\u00e9agencement de l\u2019oubli dans le souvenir dit que. Escalier, chambre, porte entrouverte. Le nez. \u2014 Et alors&nbsp;? tu as pouss\u00e9 la porte&nbsp;? tu as pass\u00e9 la t\u00eate&nbsp;? et tu as vu\u2026&nbsp;? dis\u2026&nbsp;? \u2014 Rien. Pas vu, pas dit. Rien \u00e9crit.<br>(Chalais, en \/x \u00e9nigmatique\/&nbsp;de la ville, du travail, de la structure et de la maladie.). WL.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019hiver et son petit jour gris entre deux nuits, le vent aux flancs des montagnes, l\u2019odeur de la biscuiterie industrielle sur la ville&nbsp;: sucr\u00e9e, douce, peut-\u00eatre un peu caramel. JC.<\/p>\n\n\n\n<p>Mouvement du poignet qui tourne le fouet \u00e0 main dans la casserole pour m\u00e9langer lait et farine. Sauce b\u00e9chamel, ne pas faire de grumeaux.<br>Corps droit devant la plaque de cuisson. Posture des femmes dans la cuisine.&nbsp;<br>Je revois l\u2019autre fouet, celui qui faisait du bruit : le batteur m\u00e9canique.&nbsp;<br>Tourner la poign\u00e9e en bois pour actionner la roue dent\u00e9e qui vient s\u2019embo\u00eeter dans l\u2019axe crant\u00e9 et enclenche par sa rotation la danse fr\u00e9n\u00e9tique des fouets m\u00e9talliques.<br>Cliquetis d\u2019engrenage, parcelle d\u2019atelier dans la cuisine. Cli, cli, cli, ,clic, clic&#8230;<br>Montent en neige les blancs d\u2019\u0153ufs. C.G.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors rien. Rien ne reste. Comme si les souvenirs avaient \u00e9t\u00e9 de longtemps convoqu\u00e9s, ratiss\u00e9s et que lisse comme la main \u00e9tait&nbsp; la table o\u00f9 on les cherche. Lisse comme la main tiens voil\u00e0 le d\u00e9but de la liste, expressions dont on ignore qui nous les a transmises. Il y a aussi des comptines chant\u00e9es souvent et pourtant disparues. L&rsquo;une d&rsquo;elles a refait surface il n&rsquo;y a pas longtemps au d\u00e9but d&rsquo;un film d&rsquo;Alfred Hitchcock. Marny je crois. Il est question dans la comptine d&rsquo;une jeune fille \u00e0 marier et d&rsquo;un jeune homme qui est son pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. Je pense que nous devions dire des noms d&rsquo;enfants et que les int\u00e9ress\u00e9s protestaient bruyamment.&nbsp;RC.<\/p>\n\n\n\n<p>Une rondelle de citron. Carolina Herrara pour homme. Le tabac froid. Un feu de bois. Le brouillard. La r\u00e9sine de pin. L&rsquo;essence. L&rsquo;herbe coup\u00e9e. Un morceau de gingembre. L&rsquo;humus. La menthe. Le pain grill\u00e9. Un cabinet dentaire. La rouille. Ma maison. L&rsquo;iode. Ma fille. Le bois de santal. Les pages d&rsquo;un vieux livre. La cire des meubles. Et le monde. Odorat absent. Lointains souvenirs de ces milliers d&rsquo;odeurs perdues. Les garder en m\u00e9moire \u00e0 d\u00e9faut de les avoir. D\u00e9finitivement. SL.<\/p>\n\n\n\n<p>Journ\u00e9es de banlieue napolitaine \u00e0 la recherche de l\u2019\u00e9clat de la mer au-del\u00e0 de la ville. Urbanit\u00e9 voluptueuse dans sa continuit\u00e9, village apr\u00e8s village, immeuble apr\u00e8s immeuble, magasin apr\u00e8s magasin, sans fin je me projette dans cet \u00e9clatement.<br>Odeur d\u2019eucalyptus d\u00e9val\u00e9 par le ciment arm\u00e9.<br>S\u2019\u00e9teindre dans la nuit des feux artificiels, dans la secousse des explosions. APP<\/p>\n\n\n\n<p>Cela et rien d\u2019autre,&nbsp;entre les mains&nbsp;:&nbsp;jour de rentr\u00e9e,&nbsp;la premi\u00e8re fois dans la salle de classe,&nbsp;et&nbsp;l\u2019enfant&nbsp;qui se balance&nbsp;sur sa chaise&nbsp;contre le mur du fond, qui&nbsp;regarde de droite et de gauche et rit de&nbsp;toutes&nbsp;ses dents dont les deux de devant ne se touchent pas, se laissent de la place.&nbsp;Autour, des visages flous,&nbsp;plan\u00e8tes d\u00e9risoires.&nbsp;Toujours cette m\u00eame image \u2013 sans&nbsp;cela, pas d\u2019\u00e9criture \u2013 plus d&rsquo;\u00e9criture apr\u00e8s cela (ce&nbsp;que&nbsp;je crois).&nbsp;CLG.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Qu\u2019\u00e0 poncer le sol, ces tomettes ocre-rose, on restaurerait la couleur perdue.&nbsp;Un nuage de poussi\u00e8re s\u2019insinue. Ce sol poreux aux nuances diffuses c\u2019est toi qui l\u2019avais d\u00e9cid\u00e9. Dans la maison, il y avait un plancher et de la terre battue. Avant. Battre la terre; se faire battre.&nbsp;Tes pieds nus orteils rougis sur les carreaux gardaient le gel des marches en sabots dans la neige et la cicatrice au talon de ta blessure ancienne. Tu aimes marcher pieds nus. Tu aimes les tennis am\u00e9ricains. On ne laisse pas partir un mort sans chaussures. Tu reviens les pieds nus. \u00bb NH.<\/p>\n\n\n\n<p>Hier soir, le bateau quittant le dos lumineux de la rade s\u2019est enfonc\u00e9 dans la nuit.&nbsp;<br>Papi d\u00e9chargeant l\u2019arme du lieutenant \u00e0 c\u00f4t\u00e9, enlevant les bottes pour sortir du trou et courir sur le sable puis couch\u00e9 contre la coque cette fuite en flottant, et surtout le silence.<br>Je pourrais conclure un livre comme \u00e7a, sur la m\u00eame mer, mais le silence fini maintenant, mais je suis incapable de v\u00e9rifier si j\u2019ai vraiment tout perdu dans le disque dur,&nbsp;&nbsp;et il n\u2019est plus l\u00e0 pour me raconter la sc\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>Le plus petit de mes carnets de voyage. Quelques centim\u00e8tres de long. Un centim\u00e8tre de large. Une trentaine de pages. Perdu depuis longtemps. La couverture cartonn\u00e9e peinte de la couleur des feuilles d&rsquo;automne de la for\u00eat proche. Sur les pages griffonn\u00e9s les noms des lieux visit\u00e9s. Des aquarelles lilliputiennes. Des dates. Des brins d&rsquo;herbes et fleurs s\u00e9ch\u00e9es. Une page color\u00e9e avec la terre locale. Des pages blanches jamais compl\u00e9t\u00e9es. Sans doute d&rsquo;autres choses. Oubli\u00e9es. Iva.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019entr\u00e9e de l\u2019appartement, le dimanche soir, elle, qui enl\u00e8ve ses chaussures. Elle a de longs cheveux noirs, je crois, et elle pleure sans bruit. Elle essuie les larmes sur ses joues et retient les sanglots. Elle, dont le visage et la silhouette, se confondent avec la photographie de la femme sur le carton du s\u00e8che-cheveux, celui rang\u00e9 soigneusement dans le meuble orange, dans la salle de bain de l\u2019enfance. CB.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas dans ceux de ma grand-m\u00e8re (chausses noires, robe noire, sarrau noir avec minuscules violettes parsem\u00e9es). Qu&rsquo;est-ce qui m&rsquo;accroche \u00e0 ses pas, \u00e0 sa silhouette fine et d\u00e9sarticul\u00e9e par les rhumatismes ? Tube d&rsquo;aspirine (blanc sur vert) \u00e0 port\u00e9e de main. La longue table. L&rsquo;odeur des desserts. La vieille cuisini\u00e8re en fonte, le four tapit dans les reins du foyer toujours chaud. Le lit rapport\u00e9 dans la grande pi\u00e8ce, espace clos de rideaux, intime, inviolable. Cet affairement autour des desserts. Pas de baisers. Les injonctions qui glissent sur moi. Un relief de senteur (touche piquante d&rsquo;un savon de Marseille, effluve de lavande d\u00e9natur\u00e9e). Une attente d&rsquo;elle sans savoir quoi ? Un plaisir d&rsquo;\u00eatre dans un univers calme. Le creux du cyclone avant de retrouver la spirale parentale d\u00e9vastatrice. MaM.<\/p>\n\n\n\n<p>Feuilles de platane sem\u00e9es en pas japonais sur le trottoir. Rousses, raides, s\u00e8ches en attente d\u2019un souffle pour se blottir l\u2019une contre l\u2019autre.Tapis orang\u00e9 aux motifs parcellaires de jaune, de vert, de rouge de la cour voisine.<br>&nbsp;Image d\u2019une all\u00e9e, si loin, si loin, jonch\u00e9e d\u2019un extraordinaire amas de feuilles en tapis moelleux. Une petite silhouette, au contentement radieux, avance, pieds invisibles, les trainent sans doute \u2026 emportant des sons et des odeurs d\u2019automne. ES.<\/p>\n\n\n\n<p>Ni vin, ni cigarette, mon corps les appelle et les rejette. Je me souviens rarement de mes premi\u00e8res rencontres. Des jeux de mots et des textures. Je peux rattacher chaque bonbon \u00e0 un lieu pr\u00e9cis. Les coquillages, leur relief dans la main, le creux qui \u00e9pouse la langue, le go\u00fbt familier du sirop des jours o\u00f9 on a \u00e9t\u00e9 malade, la boulangerie \u00e0 l&rsquo;angle, au pied de la large rue en pente douce illumin\u00e9e par l&rsquo;automne, je dois avoir trois ans, l&rsquo;industrie a brevet\u00e9 les m\u00e9moires. TH.<\/p>\n\n\n\n<p>Les lignes de ma main. Ma main de toute jeune coll\u00e9gienne dans sa main \u00e0 elle. A ses yeux clairs et \u00e0 sa longue robe indienne, j&rsquo;avais accord\u00e9 toute ma confiance. Le regard plong\u00e9 dans ma main, elle me parlait de mon avenir. J&rsquo;ai bu ses paroles, elles m&rsquo;ont anim\u00e9es le temps d&rsquo;un \u00e9t\u00e9, un \u00e9t\u00e9 formidable. J&rsquo;aimerais tant me souvenir de ses mots. AC.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019eau qu\u2019on a fait bouillir, la peau qu\u2019on lave au savon, qu\u2019on rase et arrose de Betadine, le bruit du bistouri qui entaille le cuir, le silence, l\u2019incroyable beaut\u00e9 des visc\u00e8res luisants, derni\u00e8re entaille, une t\u00eate encapuchonn\u00e9e de lambeaux gluants, on tire, le corps est l\u00e0 tout entier, un coup \u0153il sur le sexe avant de bouchonner, lui recoud les couches une \u00e0 une, esp\u00e9rant que la nature fera bien les choses apr\u00e8s lui. Sur son front, une goutte de sueur. DGL.<\/p>\n\n\n\n<p>peut-\u00eatre ces voix me rassuraient comme d\u2019autres moi-m\u00eame, toutes t\u00e9moins des m\u00eames histoires, kal\u00e9idoscopes de timbres proches et bienveillants\u2026 une seule voix affectueuse estompait celles plus graves, d\u2019une douceur chuchot\u00e9e caressant mes yeux voyant soudainement dans les phon\u00e8mes les cachalots \u00e9ventr\u00e9s sur la plage rougie, les Indiens brandissant leurs fl\u00e8ches de l\u2019autre rive du lac pour avoir profan\u00e9 leur sable scintillant\u2026&nbsp;r\u00e9cits \u00e9vanouis\u2026&nbsp;petit format &nbsp;d\u2019un phal\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;aquarelle&nbsp;sur une table de nuit MS<\/p>\n\n\n\n<p>Si loin, si loin, sous mes l\u00e8vres qui l\u2019effleurent, la peau de la joue de ma m\u00e8re. \u00c0 peine une surface de contact et l\u2019odeur subtile, t\u00e9nue, de la poudre de riz. Fugace douceur AM.<\/p>\n\n\n\n<p>Il venait, il disait quoi, poussait quels cris&nbsp;? Ses mains r\u00eaches, son sourire, sa gentillesse malgr\u00e9 les cris, et la m\u00e9moire, la sienne, qui aujourd\u2019hui ne sait plus&nbsp;: mercredi&nbsp;? samedi&nbsp;? Ce nom aussi&nbsp;: le Pounana. VF.<\/p>\n\n\n\n<p>Extraire du temps qu&rsquo;il reste \u00e0 partager, des fragments d&rsquo;accroche pour m\u00e9moires mouvantes, qui flanchent, se renforcent en enfance, oubliant presque instantan\u00e9ment le tout proche pr\u00e9sent.<br><em>Vagues et ressac m\u00e9moriels<\/em> sourires tentant de cacher les failles de l&rsquo;oubli \u00e0 coup d&rsquo;intactes donn\u00e9es chiffr\u00e9es.<br><em>Errements mn\u00e9siques<\/em> \u00e9clipser m\u00eame des pans de vie enti\u00e8re&nbsp;<br><em>efface-souvenir<\/em>&nbsp;Tes petits-enfants, parfaits inconnus&nbsp;: incompr\u00e9hensible et insistante pr\u00e9sence, chass\u00e9s d&rsquo;un revers de main. SG.<\/p>\n\n\n\n<p>La voix de mon p\u00e8re sur le message du r\u00e9pondeur automatique, effac\u00e9 par ma m\u00e8re apr\u00e8s sa mort et avant que j\u2019aie pu le sauvegarder. Le message commen\u00e7ait par \u00ab&nbsp;d\u00e9sol\u00e9&nbsp;\u00bb. Ce mot qui colle \u00e0 la vie des pauvres, les riches ne s\u2019excusent que si rarement. Je me concentre pour retrouver la silhouette de sa voix, et puis le reste de cette phrase sans doute convenue. Rien. Comme un papillon \u00e9pingl\u00e9 dans sa cloche de verre et dont il ne resterait que le thorax. PhP.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00abLe parfum tue le parfum, et sort le loup.\u00bb Parole ench\u00e2ss\u00e9e dans le sommeil, qui \u00e9merge \u00e0 l&rsquo;aube et y reste ent\u00eat\u00e9e. Jusqu&rsquo;\u00e0 se d\u00e9rouler devant moi en lettres fortes, tandis que je m&rsquo;habille, prend le caf\u00e9, commence la journ\u00e9e. \u00c7a parle d&rsquo;un meurtre et d&rsquo;une apparition, d&rsquo;un animal et d&rsquo;une odeur exquise. Venu d&rsquo;un conte ? Loup y es-tu, Il y a un loup, Loup dans la bergerie\u2026 D&rsquo;un r\u00e9cit de vie ? De la mienne ? La benne \u00e0 ordures, dans la rue, vient \u00e0 ma rescousse. Voil\u00e0 plusieurs ann\u00e9es, ce mort bien mort, trop mort peut-\u00eatre, dans cette salle o\u00f9 les roses surabondent, yeux ferm\u00e9s \u00e9normes, joues crev\u00e9es, visage terriblement allong\u00e9, reposant tel une statue de pierre, un gisant, oui, on pouvait croire \u00e0 un gisant de pierre, tant la peau est grise, si ce n&rsquo;est, dans l&rsquo;air, le combat c\u00f4te-c\u00f4te entre exhalaisons florales et putr\u00e9faction montante, persistante pestilence, lutte o\u00f9 elles finissent par s&rsquo;unir, remugle et crescendo, en un duo puant. SyS.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur lavabo, bouchon de parfum, depuis longtemps invisible, ce matin fleur dessin\u00e9e (coquelicot, pavot?) appelle image, \u00e9veille odeur, nom odeur, shampoing \u00e0 la pomme, j\u2019ai quinze ans, capuchon vert pomme, odeur puissante, nouvelle, robe d\u2019\u00e9t\u00e9, longue, lin blanc, larges carreaux mauves, col coton blanc brod\u00e9, nom associ\u00e9, Ren\u00e9 Derhy, fillette mod\u00e8le, trop tard, fillette ne suis plus, dans robe, honte. Le noter appelle zeugma hugolien. Un parfum et c\u2019est Booz qui vient. BG.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fait froid sur le quai&nbsp;<br>Mais pas aussi froid que \u2026<br>Qu\u2019en novembre.<br>En novembre \u00e7a pique parfois.<br>La brume au bout du quai.<br>Les rails disparaissent dans la mousse du gris du ciel de la terre qui crache son eau.<br>L\u2019eau gel\u00e9e<br>D\u2019un bief<br>En Auvergne.<br>La petite siberie on l\u2019appelle.<br>La haute loire<br>Dormir en caravane avec un bonnet.&nbsp;<br>J\u2019ai un bonnet d\u2019Equateur&nbsp;<br>la Yourte qu\u2019ils m\u2019appellent.<br>C\u2019est il y a 20 ans je crois.<br>Il y a de l\u2019amour et \u2026 du doute, de la peur, de l\u2019inconnu. D\u00e8s qu\u2019on s\u2019approche la brume s\u2019envole dans les phares de la voiture.<br>AL<\/p>\n\n\n\n<p>Tard ce soir je ne reconnais pas son visage. Long voyage, train de Florange \u00e0 Paganica, aucune trace. Juste, souvenir du noir, la porte s&rsquo;ouvre sur la salle \u00e9clair\u00e9e par flamme de la chemin\u00e9e, ou le vieux lustre peut-\u00eatre, plafonnier, une lumi\u00e8re diffuse, je ne reconnais pas cette maison. Entre deux pays, deux histoires, l&rsquo;enfance. TdeP.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la maison, le parfum de miel des coings murs que je viens de cueillir, en \u00e9cho celui des gel\u00e9es pass\u00e9es et \u00e0 venir. Et ce souvenir vague, un ar\u00f4me de jasmin, en un \u00e9t\u00e9 lointain, dans un petit village grec.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;\u00e9tait une grande place. La traverser, je m&rsquo;en souviens, fut une \u00e9preuve. Une chaleur accablante tombait du ciel, faisait vibrer la blancheur des maisons, exaltait les odeurs et celle, ent\u00eatante du jasmin dont les longues pousses et leurs grappes de fleurs blanches montaient \u00e0 l&rsquo;assaut des fa\u00e7ades. J&rsquo;\u00e9tais envo\u00fbt\u00e9e par cette force v\u00e9g\u00e9tale, sa puissance, \u00e9merveill\u00e9e par ces \u00e9toiles de parfum.&nbsp;ChD.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019entends plus sa voix, devenue image. Je la vois, la vis en mots, mots n\u2019entendent pas. Comme si la langue s\u2019\u00e9tait appropri\u00e9 le r\u00e9el, mon grand-p\u00e8re souvenir. Je n\u2019entends pas sa voix, mais je saurais la dire. Il me revient, silhouette courb\u00e9e, pr\u00e9sence de fen\u00eatres. Depuis, j\u2019ai l\u2019amour des fen\u00eatres, n\u00e9cessit\u00e9 de ciel visible. Il ne me regardait ni n\u2019\u00e9coutait. Plus tard il s\u2019int\u00e9ressera \u00e0 moi, j\u2019existerai. Je me r\u00e9p\u00e9tais, sans arriver \u00e0 l\u2019accrocher de mes yeux qui le fixaient, impoliment commentait ma m\u00e8re. GB.<\/p>\n\n\n\n<p>Les feuilles de ch\u00eane ont un c\u00f4t\u00e9 qui accepte l\u2019eau, qui la laisse s\u2019\u00e9tendre sur toute sa surface, la recouvrir de brillant. L\u2019autre c\u00f4t\u00e9 s\u2019obstine au mat. Les gouttes y restent gouttes, elles n\u2019entreront jamais. Hydrophobe, imperm\u00e9able. Il y a un autre mot pour \u00e7a, un mot qui ne te revient pas, que tu ne retrouves pas. Qui est portant l\u00e0 puisque tu t\u2019en es d\u00e9j\u00e0 servi de ce mot. Tu le connais tu sais qu\u2019il existe. Et il reste cach\u00e9 et toi tu cherches et pas moyen. Et tu ne veux pas de la m\u00e9moire qui part, pas l\u2019oubli qui efface. Pas l\u2019oubli, pas lui, pas d\u00e9j\u00e0. JD.<\/p>\n\n\n\n<p>Venelles. Les entr\u00e9es par les failles dans les fa\u00e7ades. Des passages secrets. Retrouver les passages les parcourir de m\u00e9moire. Pour r\u00e9aliser une carte. Au d\u00e9but le jardin et l\u2019arbre \u00e0 coing. A la fin le jardin et les sept nains. L\u2019origine c\u2019est un arbre. Un baobab. LT.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;une image persistante. une friche comme un jardin d\u00e9ploy\u00e9 derri\u00e8re cette fa\u00e7ade somptueuse. on s\u2019avance. on \u00e9vite de marcher sur le verre cass\u00e9&nbsp;. on \u00e9vite les orni\u00e8res. l\u00e0-bas, un escalier. 9 marches. attention les planches vermoulues, ici. en apesanteur. en haut, plate forme, les dessins sont pos\u00e9s sur de larges surfaces de bois. on est plusieurs. on est un seul. on s\u2019aventure. ME.<\/p>\n\n\n\n<p>Un alignement devant un mur, une comptine, quelque chose qui en s\u2019approchant de cet objet prend du sens&nbsp;parce qu\u2019on marche vers, parce qu\u2019on cherche \u00e0 comprendre, le sens d\u2019une vision, parce qu\u2019au d\u00e9part cela intrigue, parce que c\u2019est une surprise, parce que c\u2019est encore peupl\u00e9 de quelque chose et ce quelque chose c\u2019est peut-\u00eatre un r\u00e9cit mais \u2013 si on ne le sait pas encore,&nbsp;&nbsp;un contenant qui pourrait servir plus tard, quelque chose de trop grand pour nous qu\u2019on n\u2019ose pas cueillir des yeux\u2026 quelque chose qui nous fait signe, peu importe quoi d\u2019ailleurs, ce qui nous appelle \u00e0 avancer vers, \u00e0 projeter, que l\u2019on ne croit pas \u00eatre pour soi. C\u2019est ce pour soi qui est important, ce petit tr\u00e9sor, ce miracle cette merveille&nbsp;: un pr\u00e9sent du soir qui tombe, un po\u00e8me entre chien et loup, pour le loup&nbsp;: on dit \u00ab&nbsp;convoquer ses souvenirs&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire reconstruire, le bruit du pas dans le sentier, sa respiration, le monde tout autour. L\u2019objet secret, le myst\u00e8re, ce qui ne se d\u00e9voile que pour soi dans l&rsquo;entre-deux du jour tombant. Ou bien le contour d\u2019un personnage, &#8211; une tonalit\u00e9 de gris dominant, un personnage en train d\u2019essayer d\u2019exister sur une toile d\u00e9j\u00e0 bien avanc\u00e9e, un personnage dont l\u2019auteur cherche lui-m\u00eame les contours, le personnage ne nous regarde pas, il est assis , il est rest\u00e9 dans la m\u00e9moire comme \u00e9tant \u00ab&nbsp;La dame assise&nbsp;\u00bb. Cette dame a disparu, je n\u2019ai pu la garder &#8211; elle s\u2019est envol\u00e9e dans d\u2019autres mains\u2026 Et au fait, ses mains&nbsp;? Y avait-il une difficult\u00e9 \u00e0 peindre ces mains&nbsp;? quelque chose pr\u00e9sentait une difficult\u00e9 et il me demandait&nbsp;:&nbsp;&nbsp;et comme ceci&nbsp;? \/ et non! pas plut\u00f4t comme cela&nbsp;? \/ Qu\u2019est-ce que je voyais\u2026..&nbsp;? IdeM.<\/p>\n\n\n\n<p>Saint-Bon. Ou Bond\u2009? La tarte aux myrtilles. Toujours vous deux \u2014 pourquoi n\u2019\u00e9tait-elle jamais de ce coup-l\u00e0\u2009? \u2014 Un bord d\u2019eau. Tu l\u00e8ves \u00e0 peine les yeux. La tarte. \u00c7a devait \u00eatre beau autour. Familier. La montagne. Le lac\u2026 Il aimait probablement ces moments, seul avec toi. Il \u00e9tait toujours gentil. La tarte et tout\u2026 Mais la terreur \u00e9tait incrust\u00e9e en profondeur, comme la crasse des pubs pour la lessive. Tu ne levais pas les yeux. Le bas de son visage, la vilaine barbe grise, \u00e0 peine te restent. EC.<\/p>\n\n\n\n<p>Le trajet commen\u00e7ait au portail en bois bleu fonc\u00e9 du jardin, entre ses deux piliers de pierre. Il se d\u00e9roulait le long de la grande place, avec les maisons blanches et les ardoises grises. Sans doute traversait-il le boulevard des D\u00e9port\u00e9s. Ensuite ? Allait-il vers le fond, \u00e0 gauche,&nbsp;en oblique, vers le coin d&rsquo;une autre place, un peu semblable \u00e0 la premi\u00e8re&nbsp;? Il pourrait y avoir eu des haies \u00e0 cet endroit-l\u00e0, des haies de tro\u00e8nes tr\u00e8s verts, mais apr\u00e8s ? Comment arrivait-on aux grandes grilles de l&rsquo;\u00e9cole ?&nbsp;VP.<\/p>\n\n\n\n<p>Une odeur d&rsquo;\u0153ufs, de la javel par-dessus, mon grand-p\u00e8re appelait cela l&rsquo;odeur de chien mouill\u00e9, mon chien dans mes pattes, l&rsquo;odeur est forte, elle est sale, ou alors c&rsquo;est moi devenue chienne comme dans les Armoires vides, mais mon armoire est pleine, les premi\u00e8res pages, avant de vider les armoires, ou plut\u00f4t en attente que les armoires se vident, comme la narratrice qui se sent chienne. LG.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses doigts tapotent la toile cir\u00e9e aux couleurs criardes. Les b\u00fbches se consument dans le po\u00eale. \u00c9tait-ce l\u2019hiver ? La fin de journ\u00e9e ? Elle a la main verte, elle le dit. Elle dit que son \u00e9paule s\u2019est d\u00e9bo\u00eet\u00e9e en jardinant. La chaleur devient \u00e9touffante, sa voix se d\u00e9forme. Ses doigts tapotent encore, je ne vois plus qu\u2019eux. Je n\u2019entends plus les mots qui se noient, les couleurs s\u2019estompent. Peu \u00e0 peu la chaleur m\u2019envahit. Et puis plus rien. FbS.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un beau b\u00e9b\u00e9, un sacr\u00e9 beau b\u00e9b\u00e9 m\u00eame mais il ressemble \u00e0 son p\u00e8re. Ce sont les mots de la m\u00e8re quand elle rentre enfin avec le petit homme de l\u2019orphelinat pour jeunes filles, une maison sp\u00e9ciale o\u00f9 son p\u00e8re a choisi de la faire enfermer pendant quatre mois. Oeuvres Saint-Rapha\u00ebl Anthony 92. C\u2019est l\u00e0 que l\u2019affaire s\u2019\u00e9touffera le temps que la honte s\u2019\u00e9coule dans le caniveau, loin de la famille, et surtout loin des ragots du village qui font et d\u00e9font les r\u00e9putations des honn\u00eates gens comme on les appelle aussi par ici. CamB.<\/p>\n\n\n\n<p>1970 , Il ins\u00e8re la cassette,\u00a0 appuie sur la touche \u00ab\u00a0enregistrer\u00a0\u00bb \u00a0du petit appareil r\u00e9cemment acquis ,et d\u00e9bute l\u2019interview improvis\u00e9 de ses deux jeunes enfants de 3 et 4 ans . Il prononce mon pr\u00e9nom. Ses questions, je ne m\u2019en souviens pas. Seuls sa jeune voix pronon\u00e7ant mon pr\u00e9nom, son espi\u00e8glerie, sa fougue , son\u00a0 immense joie r\u00e9sonnent encore \u00e0 mon oreille .Mon p\u00e8re est n\u00e9 dans les ann\u00e9es 30, marqu\u00e9 par la guerre avec son propre \u00a0p\u00e8re mort trop jeune, \u00a0victime d\u2019une petite\u00a0 mine\u00a0 terrestre , ramen\u00e9 au ch\u00e2teau la t\u00eate\u00a0 enfouie\u00a0 sous un sac de jute . 23 ans plus tard\u00a0 mon p\u00e8re a rencontr\u00e9 ma m\u00e8re, est\u00a0 charg\u00e9\u00a0 d\u2019une famille qui deviendra nombreuse. Mon p\u00e8re \u00e9tait un joueur, nageur, un\u00a0 indomptable , il ne se tenait pas sur la rive faisait d\u00e9j\u00e0 un avec \u00a0le fleuve. SMR<\/p>\n\n\n\n<p>Faire les courses. La sieste. Retrouver ma jupe \u00e0 fleurs. Arr\u00eater de fumer. O\u00f9 est mon briquet ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les bras de Papa, pas si souvent eus autour de moi. Son odeur parfois l\u00e0, et plus souvent lui qui rigole, sans rien dire, \u00e0 table. Faire un chocolat. La m\u00eame saveur, que dans une autre cuisine. Le bol vide sur mon bureau, un point imaginaire entre lui et mes yeux qui ne voient rien. O\u00f9 sont mes clopes ? AF.<\/p>\n\n\n\n<p>fractures urbaines&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;partition de bitume&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;brouhaha&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;art\u00e8re b\u00e9ante&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;circulation ininterrompue souterraine et a\u00e9rienne des hommes dans tous les interstices de la ville&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; le trottoir livre \u00e9nigmes&nbsp;&nbsp; CM&nbsp;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ni avant-hier, ni il y a quinze, non trente ans, lorsqu\u2019on venait de la rue derri\u00e8re, puis de l\u2019all\u00e9e bord\u00e9e de platanes, au num\u00e9ro 15, o\u00f9 se trouvait la maison, notre premi\u00e8re maison, derri\u00e8re la porte \u00e0 carreaux vitr\u00e9s, en haut de trois marches, derri\u00e8re une porte en bois, au fond d\u2019un couloir, derri\u00e8re une autre porte se trouvent les <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/compiles-02-40-si-loin-si-loin\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#compiles #02\/40 | si loin, si loin<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":98590,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3897,3943],"tags":[],"class_list":["post-98579","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-le_grand_carnet","category-les-compiles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98579","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=98579"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98579\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/98590"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=98579"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=98579"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=98579"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}