{"id":98620,"date":"2022-12-04T16:01:11","date_gmt":"2022-12-04T15:01:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=98620"},"modified":"2022-12-04T16:02:02","modified_gmt":"2022-12-04T15:02:02","slug":"carnets-individuels-catherine-p","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-catherine-p\/","title":{"rendered":"# carnets individuels | Catherine Pl\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<p>#25 D\u00e9sormais le d\u00e9compte des membres se fait \u00e0 la douleur\u2014Douleurs \u2014 endolorie l\u2019\u00e9paule gauche\u00a0\u2014 endolorie la hanche droite \u2014 et la gauche\u2014 nerf crural aux aguets h\u00e9ho je suis l\u00e0\u2014 douleur dorsale sourde et vicieuse\u00a0\u2014 une barre qui coupe en deux\u2014francs coups de de canif dans les doigts\u2014 ils disent arthrose\u2014 ils disent lombalgie\u2014 ils disent dorsalgie\u2014 ils disent tendinite\u2014 je dis douleurs et que le corps est au travail dans le processus de vieillir\u2014 le corps si longtemps ignor\u00e9 fait l\u2019important et crie oh mes douleurs\u00a0comme je suis vivante !\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/1148AFDD-F46B-445A-9329-DCFB97E3F6C5_1_201_a-782x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-105846\" width=\"433\" height=\"566\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/1148AFDD-F46B-445A-9329-DCFB97E3F6C5_1_201_a-782x1024.jpeg 782w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/1148AFDD-F46B-445A-9329-DCFB97E3F6C5_1_201_a-321x420.jpeg 321w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/1148AFDD-F46B-445A-9329-DCFB97E3F6C5_1_201_a-768x1006.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/1148AFDD-F46B-445A-9329-DCFB97E3F6C5_1_201_a-1172x1536.jpeg 1172w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/1148AFDD-F46B-445A-9329-DCFB97E3F6C5_1_201_a-1563x2048.jpeg 1563w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/1148AFDD-F46B-445A-9329-DCFB97E3F6C5_1_201_a-scaled.jpeg 1954w\" sizes=\"auto, (max-width: 433px) 100vw, 433px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>#21 J\u2019entre dans la station du RER. La nuit tombe, je suis press\u00e9e, je composte mon ticket. Face \u00e0 moi, il y a un chat. Il y a un chat assis bien droit bien tranquille sur le composteur, il y a un chat qui regarde droit devant lui. La station est presque vide, une  voyageuse m&rsquo;explique que c\u2019est un habitu\u00e9 de l\u2019endroit. Il porte un collier et une m\u00e9daille, il a l\u2019air bien nourri et en pleine sant\u00e9. Il vient l\u00e0 parce que \u00e7a lui plait. Il y a un chat incongru et dr\u00f4le. Alors tant pis si en retard, je le prends en photo.<\/p>\n\n\n\n<p>#20 Le caf\u00e9 se vide, la nuit colle aux vitrines, ils sont saouls, compl\u00e8tement, ils parlent fort, ils rient, ils se tapent dans le dos, ils sont rouges, ils sont saouls, les shot d\u00e9filent, \u00e0 peine servis ils sont bus, ils font de grands gestes, l\u2019un est bien habill\u00e9, l\u2019autre pas trop, l\u2019un presque blond, l\u2019autre, le mieux habill\u00e9, presque noir, les deux compl\u00e8tement noirs en r\u00e9alit\u00e9, leurs mains s\u2019approchent, le deuxi\u00e8me met la sienne sur celle de l\u2019autre, , il est volubile, on comprend qu\u2019il dit&nbsp;: attends attends, il fouille dans sa poche, prend son portefeuille, sort un billet de cent, puis deux, puis trois, il les file au blond, le blond interloqu\u00e9, rend les billets, proteste, les billets font pas mal d\u2019aller et retours, finissent dans la poche du blond qui a l\u2019air bien dessaoul\u00e9, l\u2019autre rigole, lui tape sur l\u2019\u00e9paule avec un air de dire vas t\u2019en fais pas, le blond est mal \u00e0 l\u2019aise, il regarde autour de lui, la honte est dans ses yeux, ils se l\u00e8vent, ils s\u2019en vont bras dessus bras dessous, titubant \u2026<\/p>\n\n\n\n<p>#18 <em>On met, tous, les bras crois\u00e9s sur la table et la t\u00eate dans les bras. On ferme les yeux. C\u2019est d\u00e9fendu de parler. Catherine Legrand ouvre de temps en temps un \u0153il mais c\u2019est d\u00e9fendu aussi. On chante tout le temps des chansons, en rang, \u00e0 ma main droite y a un rosier qui fleurira au mois de mai et on montre la main droite. Catherine Legrand regarde de ce c\u00f4t\u00e9, on n\u2019est pas au mois de mai, ainsi le rosier n\u2019a pas encore pouss\u00e9. Et on go\u00fbte. On a tous des paniers et quand c\u2019est&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Tendre la main gauche chercher \u00e0 t\u00e2tons le livre  du moment parmi le bazar nocturne verre et bouteille d\u2019eau pelures de mandarine lunettes tube d\u2019Hom\u00e9oplasmine chaussons de laine ciseaux carnet de feutrine rempli d\u2019aiguilles \u00e0 coudre, cahier Moleskine bleu canard simple lignage z\u00e9br\u00e9 de mon \u00e9criture chaotique, stylo bleu Acroball de Pilot. Le voil\u00e0 ce pr\u00e9cipit\u00e9 de l\u2019\u00e9tat d\u2019enfance, avec la photo de l\u2019auteureau regard las en premi\u00e8re page, \u00e9ditions Minuit Double.&nbsp;Il a rel\u00e9gu\u00e9 sous lui les soixante quinze feuillets de Proust (toujours pas lus) les oeuvres compl\u00e8tes de Kafka (pl\u00e9\u00efade vol. 1, besoin de sa proximit\u00e9) Le Pingouin de Kourkov (cadeau de qui&nbsp;?),l&rsquo;\u00e9nigmatique volume reli\u00e9 du th\u00e9\u00e2tre de Tchekhov (\u00e9ditions en langues \u00e9trang\u00e8res, Moscou 1947) avec, \u00e9crit \u00e0 la main de l\u2019\u00e9criture d\u00e9plorable et reconnaissable de mon p\u00e8re <em>puisse ce livre \u00eatre l\u2019interpr\u00e8te de ma tendresse fraternelle , 20-4-47 Jean<\/em>,&nbsp;donc offert aux lendemains de la guerre (il a adh\u00e9r\u00e9 au Parti communiste) \u00e0 sa demi-s\u0153ur qui a n\u00e9glig\u00e9 de le conserver, et r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 \u00e0 la mort de sa tante et \u00e9pouse de son p\u00e8re, et maintenant chez moi, m\u2019interrogeant sur ces \u00e9ditions en langues \u00e9trang\u00e8res printed in the Union of Soviet Socialist Republics en plein stalinisme)&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>#17 Changer le cours de la Seine le faire remonter du Havre jusqu\u2019au plateau de Langres et observer ce que \u00e7a change sous le pont Mirabeau.<\/p>\n\n\n\n<p>Ramener la mer dans ma rue j\u2019en ai besoin.<\/p>\n\n\n\n<p>Amener les montagnes \u00e0 port\u00e9e de ma vue, j\u2019en ai besoin aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Cr\u00e9er des sens giratoires dans les rues \u00e0 sens unique. Passer les mar\u00e9chaux \u00e0 sens unique, le p\u00e9riph&rsquo; pareillement et dans le m\u00eame sens, celui du vent.<\/p>\n\n\n\n<p>Mettre en suspens tous les feux tricolores et chiffrer le nombre de pi\u00e9tons survivants qui encombr(ai)ent la ville, et particuli\u00e8rement les poussettes, les d\u00e9ambulateurs et les personnes ayant d\u00e9pass\u00e9 la date de p\u00e9remption (+ 35 ans)<\/p>\n\n\n\n<p>Transformer les salles d\u2019attente de nos administrations p\u00e9riclitantes en salles de m\u00e9ditation encercl\u00e9es de guichets d\u00e9finitivement ferm\u00e9s o\u00f9 l\u2019on entrera gr\u00e2ce \u00e0 un num\u00e9ro tir\u00e9 au loto. Rien ne changera, mais l\u2019usager progressera dans sa capacit\u00e9 \u00e0 attendre pour rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Organiser un r\u00e9f\u00e9rendum national sur la n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 organiser un r\u00e9f\u00e9rendum sur la nature des cheveux des pr\u00e9sidentiables, la vogue des calvities et chignons serr\u00e9s semble de toute \u00e9vidence d\u00e9pass\u00e9e et il s\u2019agira de d\u00e9finir un style capillaire consensuel repr\u00e9sentant les int\u00e9r\u00eats de la France.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Promulguer une journ\u00e9e nationale de la mauvaise foi au 20 janvier rappelons que Le 19 janvier est la journ\u00e9e nationale de l\u2019h\u00e9patite et le 22 janvier celle des chips. Cette journ\u00e9e ne sera marqu\u00e9e par aucun \u00e9v\u00e8nement particulier, le cours ordinaire des actes spontan\u00e9s y pourvoira.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9difier des passerelles a\u00e9riennes qui permettront aux pi\u00e9tons de traverser la rue sans se faire bousculer ou engueuler par les gens affair\u00e9s sur leur v\u00e9lo trottinette scooter ou automobile. Y placer des paniers remplis de tomates pourries ou de guimauves ramollos pour les balancer \u00e0 ceusses du dessous d\u00e9cid\u00e9ment trop press\u00e9s \u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Calais deviendra la capitale de la France.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Revenir \u00e0 la tradition des Charivari version 21e si\u00e8cle, les couche-dehors iront passer la nuit dans les logements tandis que les log\u00e9s iront coucher dehors, strictement interdit d\u2019emmener son oreiller, faire avec ce qu\u2019on trouve.<\/p>\n\n\n\n<p>Faire de la Campagne \u00e0 Paris non plus un quartier, mais la totalit\u00e9 de la ville tandis que le quartier en question sera rebaptis\u00e9 et r\u00e9organis\u00e9 en tant que La Ville \u00e0 Paris<\/p>\n\n\n\n<p>#15 S\u2019il vous plait o\u00f9 sont les maillots de bain\u2026 messieurs dames la file pour la caisse c\u2019est derri\u00e8re la barri\u00e8re pas devant&#8230; Au rayon tennis au bout \u00e0 gauche de l\u2019\u00e9cran g\u00e9ant\u2026 Bonjour cousins cousines et salut aux smartphoneurs smartphon\u00e9s je m\u2019appelle Alexandre Chaud Lapin et je vais vous chanter une chanson que j\u2019ai compos\u00e9\u2026 Vous aimez les baklavas&nbsp;? j\u2019en ai un gratuit dans mon menu et je n\u2019aime pas je vous l\u2019offre si vous voulez\u2026 je suis une vieillasse feignasse ahlalalalala je me sens tout mou pas encore dans le coup\u2026Ce M\u00e9dicament est miraculeux deux ans de cystite chronique et l\u00e0, plus rien\u2026 Avez-vous les brossettes vertes\u2026 Sa nana l\u2019a quitt\u00e9 pour un macho poilu moustachu alors qu\u2019il \u00e9tait f\u00e9ministe et d\u00e9licat\u2026 je ne les trouve pas, il y a les bleues, les jaunes mais pas les vertes\u2026 et \u00e7a c\u2019est pour la diarrh\u00e9e ou pour la constipation, parce que moi j\u2019y vais d\u00e9j\u00e0 trois fois par jour \u2026 Treize balles le croque non mais c\u2019est dingue\u2026 Tu veux que je t\u2019accompagne \u00e0 la CAF&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#14 Et puis zut ! Suffit de zozoter pour que deux rouzes-gorzes s\u2019\u00e9gorzent dans un coupe-gorze o\u00f9 sont suspendus les quatorze soutiens-gorze de madame Forze \u2026Sortant de sa forze, le forzeron se rengorze,&nbsp;vu que ces soutiens-gorze d\u00e9gorzent dans son arri\u00e8re-gorze comme s\u2019il buvait directement aux seins de madame Forze\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#13 L\u00e0-haut, un chat noir dans un tiroir se l\u00e8che le poil, patte gauche, patte droite, poitrail, pattes arri\u00e8res, dos&#8230; stop, oreilles en pointes et regard p\u00e9riph\u00e9rique, avoir \u00e0 l\u2019\u0153il les d\u00eeneurs d\u00e8s fois que\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>#12 De tous petits dessous&nbsp;: un flash, une vision, une phrase \u00e0 noter tr\u00e8s vite et puis plus tard, extension, d\u00e9ploiement si tout va bien, peu \u00e0 peu par strates successives, et le premier mot, le premier bout de phrase presque perdus de vue\u2026 ou alors quand \u00e7a vient plus long, en m\u00e9andres m\u00e9andreux cafouilleux obscurs qui peu \u00e0 peu et \u00e0 grand peine retrouvent un peu de lumi\u00e8re, cessent leur boitillement aga\u00e7ant, se redressent et parfois courent.&nbsp;&nbsp;Au final, il y aura toujours \u00e0 retirer, rajouter, inverser, modifier&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>#11 C&rsquo;\u00e9tait d\u00e9chiffrer les belles rondes sur le tableau noir au-dessus du tapotement de la r\u00e8gle en bois : B&#8230;A&#8230;Ba et c&rsquo;\u00e9tait somnoler berc\u00e9e par le ronron de l&rsquo;\u00e2nonnement collectif et les calmants aval\u00e9s contre la nervosit\u00e9 . Les lettres se floutent et dansent et disparaissent je m&rsquo;endors B&#8230; A&#8230; la t\u00eate sur les bras crois\u00e9s. Ba enregistr\u00e9 quand m\u00eame&nbsp; Plus tard c\u2019\u00e9tait le gros livre&nbsp;: \u0153uvres compl\u00e8tes de Victor Hugo dans le lit de malade et l\u2019ennui infini alors regarder les photos, les fun\u00e9railles nationales en noir et blanc, le beau visage de Juliette Drouet et l\u2019Art d\u2019\u00eatre grand-p\u00e8re, n\u2019ayant pas de grand-p\u00e8re, alors oui \u00e9crire comme lui, \u00eatre Victor Hugo le grand-p\u00e8re pour soi-m\u00eame la petite fille, \u00e7a parait tout naturel\u2026C\u2019\u00e9tait \u00e9crivez un po\u00e8me sur\u2026 Tellement facile, comme si les mots pleuvaient depuis la plume et s\u2019organisaient tous seuls en phrases, au moins dix en as \u00e9crit, \u00e7a coulait \u00e7a coulait, le professeur tout content f\u00e9licitait\u2026 Ce vent de libert\u00e9 inou\u00ef, les&nbsp;<em>camarades<\/em>&nbsp;beaucoup moins contents, bon pr\u00e9texte pour te rouer de coups et t\u2019apprendre \u00e0 faire la pr\u00e9tentieuse puis le professeur inconscient t\u00e9l\u00e9phonant au p\u00e8re pour signaler cette pousse \u00e0&nbsp;&nbsp;cultiver et le p\u00e8re ulc\u00e9r\u00e9 et sarcastique.&nbsp;&nbsp;Et puis quoi encore&nbsp;? Fin de l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>#10 Pendant que je tousse, je me demande toujours si ce n\u2019est pas le cancer de la gorge.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que tu dors, j\u2019\u00e9labore des strat\u00e9gies pour te maintenir en \u00e9veil ma non troppo.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que je fume une cigarette au balcon, je me raconte ma vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que je fais le march\u00e9, je salive par avance.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que j\u2019ai mal aux lombaires, je me d\u00e9couvre un corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que je remplis des puzzles sur mon smartphone, j\u2019anesth\u00e9sie mes pens\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que tu mourrais, j\u2019\u00e9tais terroris\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e de t\u2019apprendre que tu \u00e9tais en train de mourir.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant qu\u2019elle d\u00e9lirait, je me mettais en mode je suis pas l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que je lis, je meurs \u00e0 moi-m\u00eame et je me r\u00e9v\u00e8le \u00e0 moi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que j\u2019\u00e9cris, le monde s\u2019\u00e9largit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que j\u2019\u00e9cris, je suis vraiment vivante.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que je prenais les transports en commun, je calculais le temps de vie que \u00e7a me volait.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant qu\u2019il m\u2019engueulait, je retournais mon chagrin au plus profond de mon \u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que j\u2019\u00e9coute de la musique, j\u2019ai du mal \u00e0 vraiment \u00e9couter.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que je me douche, je me r\u00e9jouis.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que j\u2019attends des nouvelles, le pire envahit mon esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant qu\u2019il a d\u00e9couch\u00e9, tu t\u2019es transform\u00e9e en pierre.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que j\u2019ai froid, je pense au moment o\u00f9 j\u2019aurais chaud.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que je cr\u00e8ve de chaud, je pense aux douches fraiches.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que j\u2019insomnise, je r\u00e9cure la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que tu me brutalises, je d\u00e9ploie une patience infinie.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant qu\u2019ils jouent les as de la comp\u00e8te, je gribouille sur mon bloc-notes.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que je cuisine, je vous aime&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que tu exploses de col\u00e8re, j\u2019imagine un couteau plant\u00e9 dans chacun de tes yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que je dors, le monde est merveilleux.<br>Pendant que tu expliques, je scrute ton poireau dans le cou.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que je te regarde dans ton cercueil, je te supplie de me laisser en paix.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que tu agonises, je me dis&nbsp;: tout \u00e7a pour \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que je suis seule, je pense aux autres.<br>Pendant que je suis en compagnie, j\u2019aspire \u00e0 la solitude.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que je jardine, je me prends pour le printemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que tu couches avec une autre, je me raconte notre histoire d\u2019amour sur un mode id\u00e9al.<\/p>\n\n\n\n<p>#9 C\u2019est que\u2026 on les dirait vautr\u00e9s dans les d\u00e9cors de No\u00ebl, enguirland\u00e9es, les silhouettes \u00e0 ras de bitume, abandonn\u00e9es de tous, yeux baiss\u00e9s ou plant\u00e9s dans les v\u00f4tres pour transmettre la honte comme dernier d\u00e9fi. Oui, c\u2019est transmis, j\u2019ai honte tous les jours un peu et j\u2019oublie, et je peux fuir, moi je peux encore fuir ce cycliste qui me coupe la route sur le passage pi\u00e9tons et m\u2019engueule encore, l&rsquo;arrogance de ses seize ans, tacher d&rsquo;en rire, je peux fuir ce que me renvoie du monde le JT, la honte encore de mon air contrist\u00e9, de circonstance, vrai et faux car ne pas s\u2019attarder, passer \u00e0 autre chose, ruminer un peu, chasser les sales pens\u00e9es comme des mouches mais ta peine oc\u00e9anique, ne pas m\u2019y attarder, comme si je voyais pas, peur de l\u2019amplifier, peur que tu te sentes ignor\u00e9, elle est l\u00e0, \u00e9paisse et silencieuse, imprenable, puissante, intouchable et douloureuse, se mouvoir dedans, ne pas s\u2019attarder non, survivre, impuissance et survie forc\u00e9ment \u00e9go\u00efste, animale, sauvage, la survie, cette rage \u00e0 vivre en d\u00e9pit de tout, c\u2019est ce qui reste quand tout fout le camp.<\/p>\n\n\n\n<p>#8 les noms br\u00fblent<\/p>\n\n\n\n<p>#7Poissonnier \u00e0 lunettes blond peau rose traits fins attrist\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e de retirer le corail des coquilles son couteau aff\u00fbt\u00e9 si rapide et pr\u00e9cis \u00e0 d\u00e9gager le mollusque de la coquille | blonde yeux&nbsp;clairs grande et puissante concentr\u00e9e ses pes\u00e9es au gramme pr\u00e8s et petit cadeau pour fid\u00e9liser | cheveux \u00e0 peine grisonnants trop tir\u00e9s en arri\u00e8re dents un peu pouss\u00e9es en avant mais bouche bien fendue pour sourire large bien que fatigu\u00e9#8<\/p>\n\n\n\n<p>#6 Personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait remarqu\u00e9 ce changement d\u2019humeur, les rougeurs \u00e0 la base du cou, la goutte de sueur d\u00e9valant la tempe, la main pass\u00e9e et repass\u00e9e sans cesse sur la bouche tordue par cette l\u00e9g\u00e8re moue, de d\u00e9pit ou de d\u00e9go\u00fbt qu\u2019allait confirmer la noirceur et la fixit\u00e9 du regard, personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait remarqu\u00e9 les signes avant-coureurs de l\u2019explosion. In\u00e9luctable.<\/p>\n\n\n\n<p>#51:00h le ciel n\u2019a rien \u00e0 dire, tendu comme une toile bleu jean, plat sur la lumi\u00e8re des r\u00e9verb\u00e8res. Rien. un ciel plat denim d\u00e9lav\u00e9.<br>9:47 le ciel encore ne dit rien de ce blanc sale parisien que les antennes et les chemin\u00e9es piquent. Un oiseau passe au plus vite, le ciel ne lui dit rien non plus.<br>12:43 Il reprend vie. Vapeurs nuageuses dans son bleu. Deux avions tracent en lenteur des rainures blanches comme la queue d\u2019\u00e9toiles filantes.<\/p>\n\n\n\n<p>#4<em>Je couperai un bidon sur votre bouche et vous me r\u00e9pondrez<\/em>. La phrase flotte parmi des pens\u00e9es floues, mon cerveau en roue libre se fout absolument de la question du sens et des directions, puis revient sur le r\u00eave. Me demande toujours d&rsquo;o\u00f9 viennent ces sentences entre veille et r\u00e9veil et veille et endormissement, toujours \u00e0 foison, un bouquet de pens\u00e9es d\u00e9r\u00e9gl\u00e9es, un reliquat de la psychose familiale, l&rsquo;inconscient aux commandes, les neurones agit\u00e9s par horreur du vide? ce sentiment de ne pas \u00eatre l\u00e0 et d&rsquo;assister \u00e0 un fouillis de pens\u00e9es ineptes, parfois po\u00e9tiques. Parfois des images aussi, horribles et qui me laisse froide, d\u00e9connect\u00e9e que je suis du travail c\u00e9r\u00e9bral en cours. Le r\u00eave, ou ce qu&rsquo;il en reste peut-\u00eatre r\u00e9organis\u00e9 par le retour de l&rsquo;\u00e9veil : Dans un magasin tr\u00e8s chic et cher d\u2019ustensiles de cuisine, un gros bonhomme peu am\u00e8ne me toise, fier de ses choix et de ses produits. Je sors et d\u00e9couvre l\u2019enseigne \u00ab&nbsp;les livres de cuisine&nbsp;\u00bb en effet, il y a des rayonnages remplis de livres de cuisine, envie d\u2019y retourner pour demander s\u2019il y a une recette de\u2026&nbsp;? un classique que je ne maitrise pas. Puis j\u2019ach\u00e8te, ici ou ailleurs&nbsp;? une bougie \u00e0 cinq euros avec un sentiment de satisfaction\u2026 La lombalgie se rappelle \u00e0 moi, je me l\u00e8ve dans un r\u00e9el bien r\u00e9el.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#3 L\u2019aurait fallu\u2026 L\u2019aurait fallu quoi&nbsp;? D\u2019autres lieux, d\u2019autres circonstances, d\u2019autres rencontres, l\u2019aurait fallu y croire sans doute, ne jamais regretter comme disent ceux qui n\u2019ont pas de regret ou resign\u00e9s peut \u00eatre, l\u2019aurait fallu une autre \u00e9poque, un autre costume, d\u2019autres parents, d\u2019autres croyances peut -\u00eatre, d\u2019autres d\u00e9s dans le jeu du hasard comme disent ceux qui n\u2019ont pas de chance, l\u2019aurait fallu vouloir comme disent ceux qui en ont trop l(es culs bord\u00e9s de nouilles jamais \u00e0 court de pr\u00e9ceptes). L\u2019aurait fallu d\u2019autres paysages d\u2019autres ciels d\u2019autres g\u00e8nes d\u2019autres opportunit\u00e9s, l&rsquo;aurait fallu force de vie et des d\u00e9sirs, d\u00e9sirs forts comme disent ceux qui n&rsquo;ont pas connu le pire, ceux qui l&rsquo;ont connu  se taisent bien s\u00fbr, pas de le\u00e7on \u00e0 donner, survivre est un art mal partag\u00e9, l\u2019aurait fallu tant et tant d\u2019autres\u2026&nbsp;&nbsp;mais y\u2019a pas eu. Alors hein, quoi&nbsp;? qu\u2019est-ce que \u00e7a change qu\u2019il aurait fallu. Rien.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>#2\u00ab\u2009Vous autres\u2009\u00bb allait avec son parfum (l&rsquo;eau de Cologne du mont Saint Michel, autre paradoxe) et les petites boucles en or suspendues \u00e0 ses oreilles roses et frip\u00e9es sous un frisotis de cheveux blancs,  comme si \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb pouvait \u00eatre autre qu\u2019un autre. Elle l\u2019a dit avec <em>l\u2019assent<\/em>, un o ouvert comme son c\u0153ur, elle \u00e9tait donc pour <em>nous otres<\/em> la maison dans la pin\u00e8de sur laquelle lorgnaient selon elle les neveux de son mari, elle avait le sens de la tribu, <em>nous otres,<\/em>&nbsp;c\u2019\u00e9taient pas les \u00ab\u2009estrangers du dehors\u2009\u00bb.&nbsp;Bien s\u00fbr j&rsquo;y ai cru \u00e0 son vous autres, je le pensais de marbre et ind\u00e9pendant de ma conduite, du nombre des visites rendues,  j&rsquo;y ai cru \u00e0 la tribu avant que le temps ait tout dispers\u00e9. D&rsquo;elle  je me rappelle la petite jupe de poup\u00e9e jaune d&rsquo;or qu&rsquo;elle avait cousue dans l&rsquo;atelier o\u00f9 elle travaillait, et le ravissement que ce fut  de d\u00e9couvrir qu&rsquo;avec ses mains elle ait pu me coudre  une telle merveille froufroutante, d&rsquo;elle je me rappelle son logement parmi les caves d&rsquo;un immeuble rococo, pour aller chez elle on ne montait pas l&rsquo;escalier, on le descendait, et on trouvait \u00e7a dr\u00f4le, comme on trouvait dr\u00f4le d&rsquo;aller et venir du jardin \u00e0 cette pi\u00e8ce par le soupirail qui l&rsquo;\u00e9clairait \u00e0 peine, en se servant de son unique fauteuil comme d&rsquo;un escabeau au grand dam des parents, nous on n&rsquo;avait alors aucune notion de pauvret\u00e9 ou de richesse, c&rsquo;\u00e9tait la plus riche puisque la plus aim\u00e9e, c&rsquo;est infiniment plus tard, \u00e0 sa mort peut-\u00eatre qu&rsquo;on a r\u00e9alis\u00e9 ce que cette pi\u00e8ce \u00e0 peine plus grande que le lit conjugal, toilette sur le palier, pas de salle d&rsquo;eau bien s\u00fbr, qu&rsquo;elle a occup\u00e9 toute sa vie et o\u00f9 s&rsquo;entassaient son couple et leur \u00e9norme chienne, disait de sa condition.  D&rsquo;elle je me souviens les mines contrist\u00e9es qu&rsquo;elle causait aux autres femmes de la famille, au motif qu&rsquo;elle n&rsquo;avait jamais eu de chance, orpheline \u00e0 six ans, mari buveur et violent et son unique fils de dix ans mort du ver solitaire dont il vomit les anneaux&#8230; L&rsquo;air presque gourmand qu&rsquo;avait ma m\u00e8re pour me raconter ces malheurs-l\u00e0&#8230; ces malheurs  qui avaient le m\u00e9rite de n&rsquo;\u00eatre pas les siens. Pourtant d&rsquo;elle je me rappelle la petite voix aig\u00fce un peu criarde, son sourire constant, sa gait\u00e9 indestructible&#8230;  Enfin, elle s&rsquo; \u00e9tait enfin mari\u00e9e \u00e0 plus de cinquante ans \u00e0 un ancien l\u00e9gionnaire, brave homme malgr\u00e9 tout (raciste, machiste, bourr\u00e9 d&rsquo;id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues et bien arr\u00eat\u00e9es)  bon amuseur d&rsquo;enfants, disait-on dans la tribu, qui semblait  encastr\u00e9 dans son fauteuil face \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 qu&rsquo;il ne quittait pas des yeux jusqu&rsquo;\u00e0 la fin des programmes, maugr\u00e9ant sans cesse, lui faisant subir la nostalgie de son grand amour, une danseuse russe qui oeuvrait \u00e0 Montecarlo, dont la perte l&rsquo;avait envoy\u00e9 \u00e0 la l\u00e9gion, (cet homme sec comme un cep de vigne, on l&rsquo;imaginait mal \u00e0 ce point chagrin\u00e9, au bord du suicide) et en se faisant servir par elle sans que ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre ne questionnent ce servage. Et ce fut le projet de leur vie, cette petite maison dans la pin\u00e8de, construite de leurs propres mains pour le bonheur de tous ceux qui allaient y s\u00e9journer d&rsquo;innombrables \u00e9t\u00e9s qu&rsquo;elle passait, riante, \u00e0 fourgonner dans sa cuisine pour ces nombreux commensaux qui critiquaient le mari mais n&rsquo;en faisaient pas beaucoup plus.<\/p>\n\n\n\n<p>#1Froid dehors, froid dedans, froid froid froid. Froide la mort du jeune homme orphelin, froid le vol \u00e0 la tire, froide la chambre fun\u00e9raire. Froide la cr\u00e9mation. Raide comme statue sous ma couverture. J\u2019esp\u00e8re demain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#25 D\u00e9sormais le d\u00e9compte des membres se fait \u00e0 la douleur\u2014Douleurs \u2014 endolorie l\u2019\u00e9paule gauche\u00a0\u2014 endolorie la hanche droite \u2014 et la gauche\u2014 nerf crural aux aguets h\u00e9ho je suis l\u00e0\u2014 douleur dorsale sourde et vicieuse\u00a0\u2014 une barre qui coupe en deux\u2014francs coups de de canif dans les doigts\u2014 ils disent arthrose\u2014 ils disent lombalgie\u2014 ils disent dorsalgie\u2014 ils disent <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-catherine-p\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># carnets individuels | Catherine Pl\u00e9e<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":106,"featured_media":105846,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,3897],"tags":[],"class_list":["post-98620","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-carnets_individuels","category-le_grand_carnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98620","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/106"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=98620"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98620\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/105846"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=98620"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=98620"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=98620"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}