{"id":98753,"date":"2022-11-11T19:14:42","date_gmt":"2022-11-11T18:14:42","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=98753"},"modified":"2024-09-04T22:26:21","modified_gmt":"2024-09-04T20:26:21","slug":"carnet-individuel-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-3\/","title":{"rendered":"carnets individuels| H\u00e9l\u00e8ne Gosselin"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#33 Rev\u00eatir son manteau d&rsquo;absence et dilater le temps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#32 Il a aval\u00e9 mes larmes, toutes, rendu intangible le vrai. Il s&rsquo;est d\u00e9fil\u00e9 au monde et je ne veux plus l&rsquo;entendre. Sa mort pour de vrai pour de bon une fois pour toute. Je l&rsquo;ai fait taire de force. Les morts doivent le rester sinon la plaie suinte toujours. J&rsquo;ai rang\u00e9 les os, ferm\u00e9 la bo\u00eete&#8230; mais dans le clignement de l&rsquo;\u0153il, l&rsquo;image r\u00e9manente, je ne peux l&#8217;emp\u00eacher, les pipes en bois dans la vitrine ont une odeur, les poils de barbe contre ma joue, la main sur le dos du chien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#30 Un homme de 83 ans a tr\u00e9buch\u00e9 samedi 3 d\u00e9cembre rue de Baysse \u00e0 Saint-Alban-sur-Limagnole. Un homme a tr\u00e9buch\u00e9, mais il a 83 ans et l&rsquo;on ne tr\u00e9buche pas pareil \u00e0 83 ans qu&rsquo;\u00e0 20 ans, surtout si \u00e0 Saint-Alban-sur-Limagnole, ce jour-l\u00e0, le thermom\u00e8tre affichait un -10\u00b0C sec mais piquant. A Saint-Alban-sur-Limagnole, qui est dans un trou \u00e0 froid, para\u00eet-il. Alors qu&rsquo;un homme de 83 ans y tr\u00e9buche dans ce trou, ce n&rsquo;est pas rien. Glissade, fracture, hypothermie&#8230; Les t\u00e9moins ont appel\u00e9 les pompiers&#8230; pendant ce temps une fillette de 7 ans serrait les cuisses contre les mains d&rsquo;un grand de 9 ans qui voulait \u00ab\u00a0faire l&rsquo;amour\u00a0\u00bb, mais \u00e7a ce n&rsquo;est pas \u00e9crit dans le journal, c&rsquo;est dit dans le couloir \u00e0 la pause caf\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#29 Pas de quoi fr\u00e9mir vraiment. Des mots qu&rsquo;on ne peut rattraper et voil\u00e0 lanc\u00e9 le flot, sourcil soulev\u00e9 elle n&rsquo;y croit pas tellement mais les peut-\u00eatre et si d\u00e9versent sur sa langue, se r\u00e9pandent sur la table, noient son dessert et longtemps roule l&rsquo;incertitude incontr\u00f4lable et quand bien m\u00eame on essaierait, on a ni cale ni frein qui tienne dans cette d\u00e9gringolade.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#28 Qu&rsquo;est-ce que je fais l\u00e0 l&rsquo;ennui mais suis-je capable encore combien de temps avant de s&rsquo;\u00e9teindre d&rsquo;oublier qu&rsquo;on ne veut pas vraiment que les fen\u00eatres sont ouvertes ne pas l&rsquo;oublier c&rsquo;est temporaire ne pas perdre de vue ne pas s&rsquo;habituer \u00e0 quel \u00e2ge c&rsquo;est la raison \u00e0 quel \u00e2ge la vieillesse le moment o\u00f9 on ne peut plus se dire plus tard attend.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#26bis Les minutes se sont volatilis\u00e9es, non qu\u2019elles aient fil\u00e9 trop vite, non&#8230; C\u2019est leur notion m\u00eame qui n\u2019a plus exist\u00e9 pendant\u2026 pendant quoi justement&nbsp;? Pendant rien. Une sorte de peut-\u00eatre. Et soudain l\u2019heure d\u2019y aller&nbsp;! L\u2019horloge, les pieds, les voix tout a repris sa consistance\u2026 La course du monde s\u2019est remise \u00e0 haleter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#26 Les voix des enfants s\u2019emm\u00ealent sur la place, bonnets et gants de couleurs \u2013 les cris des choucas se disputent les matines \u2013 les pav\u00e9s luisent \u00e0 l\u2019ombre de l\u2019\u00e9glise \u2013 la voisine invective au t\u00e9l\u00e9phone \u2013 tout va \u2013 mais \u2013 l\u00e0 \u2013 sur le haut de la fen\u00eatre \u2013 une t\u00e2che \u2013 une impression \u2013 trop haute pour une main \u2013 on croirait la trace d\u2019une aile \u2013 de plumes en \u00e9ventail \u2013 une marque plus massive au milieu \u2013 le n\u00e9gatif d\u2019un oiseau qui se serait \u00e9cras\u00e9 l\u00e0 \u2013 je regarde par terre \u2013 des miettes de pain sur le balcon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#25 Pulpe de l\u2019index \u2500 microsillons \u2500 fronti\u00e8re sensible o\u00f9 le monde touche \u2500 submerge \u2500 dans la p\u00e2te \u00e0 g\u00e2teau \u2500 le chocolat chaud \u2500 sur la glace \u2500 dans ta joue \u2500 dans ta bouche \u2500 dans nos cheveux \u2500 sur tes dents \u2500 sur le velours \u2500 sur les touches \u2500 les \u00e9crans \u2500 nouvel instrument de commandement \u2500 de s\u00e9lection \u2500 de signature \u2500 de d\u00e9placement \u2500 interface o\u00f9 s\u2019amorce le virtuel \u2500 l\u2019impulpable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#24 C\u2019est pr\u00eater attention au mobilier. Tout d\u00e9tailler, une rayure sur l\u2019applique, cinq canards dans un cadre, deux tables gigognes au centre, huit chaises faussement vintages espac\u00e9es le long des murs. L\u2019espace \u00e9tr\u00e9ci \u00e0 cet instant, l\u00e0. C\u2019est \u00e9couter le c\u0153ur descendre dans le diaphragme. Tenir le dos droit &#8211; quand m\u00eame&nbsp;! Jambes crois\u00e9es, le pied commence \u00e0 balancer. Imprimer un rythme sous peine de se liqu\u00e9fier dans le silence, le bruit des moteurs au dehors, les voix qui grandissent et s\u2019\u00e9vanouissent. Passent. L\u2019envie de parler s\u2019enfuit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#23 J\u2019en ai compt\u00e9 soixante-deux entre le panneau de sortie de ville et le pas de la porte. Ceux que je savais trouver sur ma route et les inattendus, les fixes et les mouvants. Sit\u00f4t choisis, ils ont entam\u00e9 leur transformation : une mise en relief subtile mais tout \u00e0 fait nette. Ils ont fui leur platitude, d\u00e9gond\u00e9 les deux dimensions et soixante-deux se sont pr\u00e9cipit\u00e9s dans ma vue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#22 Dans la p\u00e9nombre, entre deux \u00e9tages, je scrute les tranches. Non pas celui-l\u00e0 ni celui-ci. Soudain c&rsquo;est une \u00e9vidence, un appel dans ma t\u00eate : Sinbad ! Ce sera Sinbad le Marin. Quelques minutes pour le retrouver, r\u00e9sister \u00e0 la tentation d&rsquo;en sortir un ou deux ou plus \u00e0 reposer dans le salon ou au chevet. L\u00e0 ! Les Aventures de Sinbad le Marin, texte int\u00e9gral. Traduction sur les manuscrits originaux de Ren\u00e9 R. Khawam. Il me fallait un livre de voyage, un livre universel pour le laisser prendre le large. Un livre \u00e0 l\u00e2cher les amarres. Je ne veux pas en abandonner un autre. Je le poserai l\u00e0, sur le rebord de la fontaine vide d&rsquo;hivernage, l\u00e0 o\u00f9 je peux le voir depuis la fen\u00eatre du couloir au bureau. 8h25. J&rsquo;ai un peu de mal \u00e0 le quitter de la main, puis des yeux. Je scrute r\u00e9guli\u00e8rement depuis mon poste d&rsquo;observation. Les deux ouvriers vont-ils le prendre, l&#8217;emmener ? le couple de petits vieux qui passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9&#8230; ? A 10h47, coup d&rsquo;oeil. Il a disparu. Je v\u00e9rifie plusieurs fois. Il a vraiment disparu. En moi se m\u00ealent le creux et les vagues, le sentiment d&rsquo;impuissance \u00e0 faire machine arri\u00e8re. Le plein de la r\u00e9ussite, de l&rsquo;offrande et le pincement. L&rsquo;arri\u00e8re-go\u00fbt de l&rsquo;inalt\u00e9rable, du trop tard, de celui qui reste \u00e0 quai avec ses hypoth\u00e8ses pour bagages.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#21 Distribuer des cl\u00e9mentines. Aller jusqu&rsquo;au magasin \u00e0 la pause d\u00e9jeuner, itin\u00e9raire le nez en l&rsquo;air, vif sur le visage. Faire le tour des bureaux, glaner les mercis, les \u00ab\u00a0quesaco ?\u00a0\u00bb, les sourires et affiner l&rsquo;\u00e9corce des relations \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage des finances. Savourer les effluves d&rsquo;agrume r\u00e9pandue dans les bureaux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#20 Cinq ch\u00e8ques de 95 euros et un dernier de 100 pour faire le compte. Elle remplit d&rsquo;abord les chiffres dans toutes les cases, feuilletant le ch\u00e9quier comme un de ces livres dont il faut laisser filer les pages pour que les images s&rsquo;animent. Les chiffres d&rsquo;abord, puis la date, la signature et en dernier la somme en lettres. Elle tire sur les ch\u00e8ques un par un, les d\u00e9coupe proprement selon le pointill\u00e9 et les rassemble en \u00e9ventail comme elle ferait de billets dans un film de gangsters. La secr\u00e9taire est absorb\u00e9e par son \u00e9cran. Elle ne regarde pas l&rsquo;argent qui s&rsquo;\u00e9crit, la fragilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture, les courbes du 9, le trac\u00e9 de la signature. Elle marque ostensiblement l&rsquo;indiff\u00e9rence. Alors la patiente glisse ses ch\u00e8ques sous le plexiglas presque \u00e0 lui toucher le coude pour qu&rsquo;elle accuse r\u00e9ception.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#19 Il pr\u00e9f\u00e8re que je paye en liquide. J&rsquo;ai tickets restau, ch\u00e9quier, carte bleue, stylo et clopinettes. Ma coll\u00e8gue \u00e9tale la petite monnaie sur le comptoir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la caisse \u00ab\u00a0Je t&rsquo;avance si tu veux\u00a0\u00bb. Le chien du patron renifle ses baskets. Aucuns regards ne croisent, fix\u00e9s sur les pi\u00e8ces. Je ressors avec une dette de 6,50\u20ac dans la nuque.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#18 il m\u2019arrivait d\u2019oublier non seulement qui j\u2019\u00e9tais, mais que j\u2019\u00e9tais, d\u2019oublier d\u2019\u00eatre. Alors, je n\u2019\u00e9tais plus cette bo\u00eete ferm\u00e9e \u00e0 laquelle je devais de m\u2019\u00eatre si bien conserv\u00e9, mais une cloison s\u2019abattait et je me remplissais de racines et de tiges bien sages par exemple, de tuteurs depuis longtemps morts et que bient\u00f4t on br\u00fblerait, du campos de la nuit et de l\u2019attente du soleil, et puis du grincement de la plan\u00e8te qui avait bon dos, car elle roulait vers l\u2019hiver, l\u2019hiver la d\u00e9barrasserait de ces cro\u00fbtes d\u00e9risoires. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les pieds sont gel\u00e9s, les doigts sont gourds. La maison n\u2019est pas encore r\u00e9chauff\u00e9e de son week-end pass\u00e9e seule et j\u2019ai toujours mon manteau sur les \u00e9paules. Le jour a d\u00e9clin\u00e9 tr\u00e8s vite et par la fen\u00eatre les derniers piaillements des choucas s\u2019invitent dans le salon. Les ampoules sont nues. Tu ne peux t\u2019emp\u00eacher de me parler, en pointill\u00e9s. A l\u2019\u00e9tage au-dessus le petit dernier lance des interjections sur une horrible reprise de&nbsp;<em>Let it be&nbsp;<\/em>et les grands terminent leurs devoirs. \u00ab&nbsp;Maman&nbsp;! J\u2019ai fini mon fran\u00e7ais\u2026 tu peux venir voir&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#17 Bannir tous les poteaux, les panneaux, les bennes et les pubs, suspendre des tissus de couleurs, voiles de bateau en travers des places, ouvrir les portes sur les cours laiss\u00e9es \u00e0 l&rsquo;apparition sauvage d&rsquo;univers miniatures, semer des surfaces d&rsquo;eau o\u00f9 changer de point de vue, vider les centres commerciaux, les remplir de terre, y laisser pousser des for\u00eats anarchiques, regarder les racines forcer les murs, pulv\u00e9riser lentement le b\u00e9ton.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#16 Jupe velours grand rectangle rouille enroul\u00e9 sur lui-m\u00eame<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Doudoune noire, boursoufl\u00e9e de petits bonds de bonhomme Michelin<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pull blanc cass\u00e9 mailles et motifs complexes<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Blouson en jean au col moutonneux en dedans<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gilet sans manches ni poches de costume trois pi\u00e8ces bois c\u00f4tel\u00e9&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pull tiss\u00e9 serr\u00e9 fils automnaux olive verte et feuilles rousses<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pantalon droit d&rsquo;un jaune qu&rsquo;on voudrait ne pas dire pisseux<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Imperm\u00e9able orange ros\u00e9 fluide aux rebords de manche ray\u00e9es marine<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Veste simili cuir robe alezan effet mouill\u00e9&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Robe gris fonc\u00e9 \u00e0 encolure drap\u00e9e aux contours incertains<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Veste \u00e0 carreaux \u00e9cossais marron sombre et clair<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jupe gris chin\u00e9 \u00e9paisse \u00e0 faire d\u00e9plier en trap\u00e8ze&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Legging peau de phoque r\u00e9flecteur de lumi\u00e8re&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Doudoune sans manches bourrel\u00e9e bleu ciel comme l&rsquo;anorak de Michel<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jupe courte jaune gu\u00eape cadrill\u00e9e de noir \u00e0 l&rsquo;Ecossaise<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un jean coup\u00e9 droit bleu \u00e9puis\u00e9 sur les cuisses<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chemise blanche et mini rayures verticales bleu clair toutes&nbsp;serr\u00e9es si bien qu&rsquo;on ne sait plus comme pour le z\u00e8bre&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gilet tr\u00e8s long comme une couverture ou un tapis de selle surmont\u00e9 d&rsquo;une capuche<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tunique noire souple qu&rsquo;on pourrait croire transparente rehauss\u00e9e d&rsquo;un liser\u00e9 or sur les hanches<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Basket bomb\u00e9es rose nacr\u00e9 bordur\u00e9es de coutures solides de marins&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#15 Il disait toujours : \u00ab\u00a0On est de l\u00e0 o\u00f9 on nous aime\u00a0\u00bb&#8230; Pour une fois&#8230; Dommage on est vivant&#8230; Quand je sens mes os&#8230; On avait peur que l&rsquo;obscurit\u00e9 tombe&#8230; Il faut, il faut, m\u00eame si, il faut&#8230; \u00e7a ne change rien&#8230; c&rsquo;est comme \u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#14 Avait-il un pantalon ? Je crois qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas de pantalon, je veux dire le mannequin dans la vitrine. Celle qui \u00e9tait \u00e9clair\u00e9e. \u00c7a m&rsquo;a saut\u00e9 aux yeux ce noir mat de la jambe avanc\u00e9e dans une simili pose. Sous la frontiere du pull, une bosse, puis la cuisse nette, la cheville fine, le pied effil\u00e9&#8230; Je n&rsquo;aurais pas cill\u00e9 si le mannequin avait \u00e9t\u00e9 f\u00e9minin. Mais ce faux corps d&rsquo;homme laiss\u00e9 \u00e0 nu sous la ceinture&#8230; pas l&rsquo;habitude. Trop tard pour \u00eatre s\u00fbre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#13 La porte de l\u2019\u00e9glise en face. La petite dame vient tous les jours. Chaque matin et chaque soir. Il est cet instant o\u00f9 l\u2019on ne peut savoir si elle est en train de la fermer ou de l\u2019ouvrir. Quand l\u2019entreb\u00e2illement n\u2019est qu\u2019une fissure et qu\u2019elle jette un &#8211; premier ou dernier &#8211; regard \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Seule la lumi\u00e8re le raconte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#12 Les fleuves. L&rsquo;immasse des images, des souvenirs, des bouts de monde si riches trop riches que je vis en d\u00e9coupe de mes deux yeux pauvres, de mes deux oreilles pauvres, de ma langue petite, des mains qui t\u00e2tonnent, tiennent le stylo ferme. Raye, ponce, creuse, cherche le mot qui dit. Le rythme. Laisser leur part aux vides.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"># 10 Pendant que je pousse le volet, j\u2019entends la voix du voisin sur la place et redoute qu\u2019il ne me voie avec ma gueule du matin. Bonjour<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant que mon fils me parle je pense \u00e0 la consigne<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant que je me brosse les dents, je pense que j\u2019ai tort d\u2019avoir peur de la mort qui n\u2019est qu\u2019un sommeil permanent<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant que je pousse les miettes sur la table je pense \u00e0 mon grand-p\u00e8re et ma m\u00e8re qui font ce m\u00eame geste quand ils pensent \u00e0 autre chose<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant que je prends ma douche je pense \u00e0 la fa\u00e7on ex\u00e9crable dont j\u2019ai accueilli M hier soir et je culpabilise<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant que je culpabilise je pense \u00e0 la fa\u00e7on dont je pourrais \u00e9crire que je culpabilise dans ce \u00ab&nbsp;pendant que&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant que j\u2019agis, je pense \u00e0 ce \u00e0 quoi je pense. Je manque \u00e0 mon r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant que j\u2019\u00e9cris, je pense que je dois me d\u00e9p\u00eacher pour ne pas \u00eatre interrompue de nouveau<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant que je sors le linge de la machine, je pense que je prendrais bien une bi\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant que j\u2019\u00e9tends le linge je pense encore \u00e0 M qui n\u2019a pas r\u00e9pondu \u00e0 mon message d\u2019excuse<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant que j\u2019\u00e9cris, je pense que je porte trop de masques<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant que je lis la r\u00e9ponse de M, je pense que je suis ridicule<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant que je conduis, je pense qu\u2019il me faudrait revenir sur cette route seule avec mon appareil photo<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant que tu passes et repasses dans mon dos je pense que tu ne me facilites pas l\u2019\u00e9criture<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant que je vais \u00e0 la d\u00e9ch\u00e8terie, je pense que je passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la lumi\u00e8re de fin d\u2019apr\u00e8s-midi qui se d\u00e9pose sur le paysage<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant que je photographie depuis la d\u00e9ch\u00e8terie l\u2019arc-en-ciel qui na\u00eet, s\u2019\u00e9panouit, dispara\u00eet, je pense que je suis exactement dans l\u2019instant, ni quelques minutes trop t\u00f4t ni trop tard mais que je le sais uniquement parce que j\u2019y suis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant que je ralentis, je pense que je ne vais pas presser la voiture de devant parce qu\u2019elle est conduite par le vieil homme que j\u2019ai crois\u00e9 \u00e0 la caisse du supermarch\u00e9 et qui n\u2019avait qu\u2019un paquet de protection contre les fuites urinaires \u00e0 acheter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#09 Il eut fallu pouvoir ne pas s&rsquo;attarder sur l&rsquo;homme qui \u00e9tait en face du tabac-presse. Comprendre ce que voyaient mes yeux a pris un peu de temps&#8230; Un homme jeune, sans jambes, sur un skate-board. Il \u00e9tait l\u00e0 devant le tabac-presse. Il ne faisait pas la manche non. Il parlait aux pigeons. Il eut fallu ne pas se demander \u00e0 quel niveau exactement son corps prend fin, se demander comment il tient sur cette simple planche \u00e0 roulettes. Ne pas s&rsquo;attarder sur ses mains qui le poussent sur le bitume, sur les feuilles mortes, les m\u00e9gots, les crottes de chien. Ne pas s&rsquo;attarder \u00e0 le regarder. Faire comme si de rien. Passer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#08 Olympes de Gouges Raymond Poulidor Louis Dalle Gui de Chauliac P\u00e8re Coudrin Urbain V Ren\u00e9 Estoup Lena Rubio Nicola\u00ef Greschny Blandine L&rsquo;Hirondel Bastien Brugeron Henri Couderc Dylan Whalen David Herrard Roman Moreno Perrine Pourcher<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#07 | Au sommet du port de t\u00eate altier figure ronde cheveux relev\u00e9s en fils d&rsquo;argent et bouche tr\u00e8s rouge toute pinc\u00e9e | Longue chevelure pas tout \u00e0 fait rousse ni rouge ni coiff\u00e9e et les yeux aux contours noirs comme suie | Carr\u00e9 gris toute discr\u00e8te elle grignote rang\u00e9e dans un coin de salle et me souris |<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#06 Personne d&rsquo;autre que moi n&rsquo;aurait remarqu\u00e9 que ton reflet dans le grand miroir. De mon angle je te vois en double. Micro \u00e0 la main devant l&rsquo;assembl\u00e9e. Tu es rompue. L&rsquo;autre bouche dit-elle les m\u00eames mots ? J&rsquo;aimerais approcher l&rsquo;oreille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#05 Gris de r\u00e9veil mais le bleu pousse derri\u00e8re. Il s&rsquo;\u00e9panouit au-del\u00e0 des nappes moutonneuses ou bien ce sont des lambeaux de nuit qui s&rsquo;accrochent au clocher. Il est t\u00f4t encore pour savoir si le soleil va faire na\u00eetre les nuages de la ros\u00e9e. Brouillard \u00e9pais ou \u00e9dredon laiteux. Je ne sais pas leur nom. Savez-vous que les nuages ont un inventeur ? J&rsquo;ai emprunt\u00e9 un livre sur son histoire il y a quelques mois. L&rsquo;histoire de l&rsquo;inventeur de nuages. Je ne me souviens plus son nom. Cumulo nimbus, strato cumulus, boules cotonneuses, coups de griffe ou de peigne, caresses atmosph\u00e9rique&#8230; Je ne me souviens plus leurs noms, alors j&rsquo;invente.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#04 Ce serait bien une salle de danse dans la maison. Mais je ne sais pas danser la salsa.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#03 Coup d&rsquo;\u0153il \u00e0 gauche dans le virage. Rang\u00e9e d&rsquo;arbres en miroir dans le bassin de r\u00e9tention. Orange, or, rouge. Sans un souffle. Une pliure dans la vall\u00e9e. Un rectangle d\u00e9coup\u00e9 copi\u00e9-coll\u00e9 dans le paysage. Il aurait fallu s&rsquo;arr\u00eater pour photographier. S&rsquo;y perdre entre l&rsquo;envers et l&rsquo;endroit. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#02 Bottes trop grandes. Je les vois en-dessous de moi, avancer quand mes pieds glissent dedans. La pente est raide, l&rsquo;herbe boueuse. \u00c7a fait un moment qu&rsquo;on monte l\u00e0. Elle me tire par la main. \u00ab\u00a0Arr\u00eate de chouiner, et si t&rsquo;as faim, eh ben mange ta main et garde l&rsquo;autre pour demain\u00a0\u00bb. J&rsquo;essaye d&rsquo;imaginer&#8230; c&rsquo;est absurde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">#01 L&rsquo;impr\u00e9vu. Le coin de la rue pass\u00e9e, une sorte d&rsquo;araign\u00e9e g\u00e9ante \u00e0 trois pates m\u00e9talliques. Une nacelle quelques centim\u00e8tres au-dessus du sol, le visage contrit de l&rsquo;ouvrier, les deux mains en appui, une jambe par-dessus bord, tentant de se hisser. Malhabile. Pris sur le fait, le cul un peu trop lourd peut-\u00eatre, la jambe d&rsquo;appui en extension, les joues rougeaudes, le regard mi coupable mi ahuri.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#33 Rev\u00eatir son manteau d&rsquo;absence et dilater le temps. #32 Il a aval\u00e9 mes larmes, toutes, rendu intangible le vrai. Il s&rsquo;est d\u00e9fil\u00e9 au monde et je ne veux plus l&rsquo;entendre. Sa mort pour de vrai pour de bon une fois pour toute. Je l&rsquo;ai fait taire de force. Les morts doivent le rester sinon la plaie suinte toujours. J&rsquo;ai <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnet-individuel-3\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">carnets individuels| H\u00e9l\u00e8ne Gosselin<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":402,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,3897],"tags":[],"class_list":["post-98753","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-carnets_individuels","category-le_grand_carnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98753","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/402"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=98753"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98753\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":170719,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98753\/revisions\/170719"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=98753"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=98753"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=98753"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}