{"id":99020,"date":"2022-11-12T18:34:15","date_gmt":"2022-11-12T17:34:15","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=99020"},"modified":"2022-11-13T21:13:27","modified_gmt":"2022-11-13T20:13:27","slug":"compiles-03-40-il-aurait-fallu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/compiles-03-40-il-aurait-fallu\/","title":{"rendered":"#compiles #03\/40 |\u00a0il aurait fallu"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/sta-4-1-sur-1-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-99023\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/sta-4-1-sur-1-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/sta-4-1-sur-1-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/sta-4-1-sur-1-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/sta-4-1-sur-1-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/sta-4-1-sur-1.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Odeur sauvage et instantan\u00e9e. Au d\u00e9tour d\u2019un chemin dans un sous-bois peupl\u00e9 de ch\u00eanes pubescents, cette odeur qui m\u2019a pris par le nez, violente, et qui m\u2019a rel\u00e2ch\u00e9 aussit\u00f4t. Surpris, j\u2019ai repris la marche. Je n\u2019aurais pas d\u00fb. Le sanglier \u00e9tait l\u00e0, \u00e0 m\u2019observer, le renard m\u2019appelait, l\u2019ailleurs me criait de le rejoindre. Ou l\u2019impr\u00e9vu. Je n\u2019aurais pas d\u00fb faire comme si de rien n\u2019\u00e9tait. C\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre tout. JLC.<\/p>\n\n\n\n<p>Gender diversity is welcome here; please use the bathroom that most comfortably meets your needs, si je l&rsquo;avais lu plus t\u00f4t, je veux dire avant de sortir des toilettes, j&rsquo;aurais pu r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce qui most comfortably meets my needs qui, je dois le reconnaitre, \u00e9taient jusque l\u00e0 et dans ces circonstances plut\u00f4t primaires, si je l&rsquo;avais lu plus t\u00f4t, j&rsquo;aurais aim\u00e9 revivre cette entr\u00e9e dans les toilettes&nbsp;\u2642&nbsp;de l&rsquo;op\u00e9ra et tomber nez&nbsp;\u00e0&nbsp;nez avec Jane Birkin, le cis genre avait vite repris sa revanche, urinant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du d\u00e9fenseur des droits. BD.<\/p>\n\n\n\n<p>Refuge. Refus de la r\u00e9alit\u00e9. Refus de voir J. ne pas\/plus me reconna\u00eetre. Refus de sa souffrance. Injuste souffrance. J. si jeune. 8 ans. Aucun enfant ne devrait souffrir autant, perdre jusqu\u2019au langage, la m\u00e9moire, ne plus \u00eatre l\u00e0, dans le r\u00e9el, d\u00e9connect\u00e9e par tant de douleur. Elle ne m\u00e9ritait pas \u00e7a. Elle ne m\u00e9ritait pas un p\u00e8re comme moi, terr\u00e9 dans son refuge. Refusant de supporter l\u2019horrible r\u00e9alit\u00e9 de la souffrance de sa fille. ChG.<\/p>\n\n\n\n<p>Une sensation l\u00e9g\u00e8re, venue de derri\u00e8re moi, silencieuse, \u00e0 me doubler, l&rsquo;espace corps fr\u00f4l\u00e9 dans l&rsquo;avenue vide bord\u00e9e d&rsquo;arbres, les trottoirs caboss\u00e9s de racines, les contre-all\u00e9es encombr\u00e9es de v\u00e9hicules comme morts, il me d\u00e9passe, trois enjamb\u00e9es, sa pr\u00e9sence grise \u00e0 peine. CS.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a a dur\u00e9 quoi, dix secondes, quinze? Deux visages tourn\u00e9s l\u2019un vers l\u2019autre, chacun dans son m\u00e9tro \u00e0 aller dans une direction oppos\u00e9e, deux regards plant\u00e9s profond\u00e9ment, et un sourire qui s\u2019\u00e9bauche lorsque les rames s\u2019\u00e9branlent. Tirer le signal d\u2019alarme. Sortir. Remonter le quai. Prendre les escaliers. Se retrouver dans le couloir de la sortie. Et puis rester l\u00e0, immobiles, face \u00e0 face, bras ballants, \u00e0 se demander en quelle langue se saluer. PhL.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9cris au Caf\u00e9 Saint-Henri. Impossible de savoir \u00e0 quel moment le matcha est devenu une r\u00e9alit\u00e9 pour moi. Quand y ai-je go\u00fbt\u00e9 pour la premi\u00e8re fois? C&rsquo;est arriv\u00e9 comme \u00e7a, comme un coup de vent qui passe et qu&rsquo;on oublie. D&rsquo;o\u00f9 vient le \u00ab&nbsp;<em>latte art<\/em>&nbsp;\u00bb, d&rsquo;o\u00f9 vient l&rsquo;id\u00e9e de dessiner avec le lait chaud dans le caf\u00e9 ou le th\u00e9? Je bois mon caf\u00e9 noir, mais je ne sais pas pourquoi, le lait d\u2019avoine mousseux dans le matcha, \u00e7a me r\u00e9conforte en fin d\u2019apr\u00e8s-midi.&nbsp;YSO.<\/p>\n\n\n\n<p>A rebours de cette \u00e9trange brutalit\u00e9 des puissants, j\u2019ai fait ce geste \u00e0 peine perceptible, baisser les yeux. La honte peut-\u00eatre face \u00e0 l\u2019indignit\u00e9, l\u2019auteur qui se targue d\u2019une \u00ab&nbsp;vie d\u2019\u00e9crivain&nbsp;\u00bb. Nous n\u2019avons aucun poids. Alors d\u00e9cider de ne rien dire. S\u2019effacer. Aux officiels qui r\u00e9clament de savoir, je dirai oui, tout se passe \u00e0 merveille, je tairai les absences, les incertitudes, je tairai l\u2019isolement de nous qui travaillons sans bruit avec les jeunes, eux qui ont fait cet effort sacr\u00e9 de lire. Pendant que l\u2019auteur mangera, mangera sa pleine puissance. FB.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait fallu qu&rsquo;elle freine, qu&rsquo;elle mette son clignotant, s&rsquo;arr\u00eate sur le bas-c\u00f4t\u00e9 et coupe le moteur. Mais la circulation \u00e9tait dense et pressante ce matin. Sans raison, nous avons tourn\u00e9 la t\u00eate sur la gauche en m\u00eame temps. Sur un balcon d&rsquo;immeuble, en bord de route, ils nous regardaient passer. Elle, emmitoufl\u00e9e dans une grosse veste en laine, une clope et une tasse fumante dans les mains, comme pour se r\u00e9chauffer. Lui, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;elle, torse nu, cheveux dress\u00e9s, \u00e9pais, d\u00e9coup\u00e9s en \u00e9ventail. Le temps que l&rsquo;image nous saisisse, nous avions remont\u00e9 l&rsquo;avenue Carnot. Elle m&rsquo;a dit : Il n&rsquo;y a qu&rsquo;avec toi qu&rsquo;on voit les m\u00eames choses. FG.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait fallu traverser la vitre, devenir une goutte, une lumi\u00e8re diffract\u00e9e, un \u00e9clat fugace, chatoiement d\u2019arc-en-ciel, la petite brillance, il aurait fallu deviner, traverser plus vite, \u00eatre la vitesse, et disponible, l\u2019ubiquit\u00e9 d\u00e9solante et tellement moderne, \u00eatre \u00e0 la fois vacant et preste, libre et fulgurant, il fallait \u00eatre tout, l\u2019aube et le soir, le bl\u00e9 et l\u2019herbe, exempt et se d\u00e9vouer, maugr\u00e9er et jouir, s\u2019\u00e9manciper de ce qui nous faisait genre commun et y \u00eatre en plein sous peine d\u2019\u00e9limination. On en mourait, certains. JCo.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait fallu juste\u2026<br>Il aurait fallu juste descendre vers la yourte et non la regarder de loin en esp\u00e9rant\u2026 en esp\u00e9rant quoi, que la magie de mercredi soir se soit prolong\u00e9e.<br>Il aurait fallu juste prendre le temps d\u2019aller v\u00e9rifier si tout y \u00e9tait impeccable comme cela doit toujours l\u2019\u00eatre, pour qu\u2019elle brille de mille feux.<br>Il aurait fallu juste faire confiance que tout y \u00e9tait impeccable.<br>Il aurait juste fallu\u2026<br>DM<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019humidit\u00e9 qui tombe avec la nuit l\u2019arr\u00eat de bus n\u2019abrite personne, c\u2019est un fait qu\u2019il \u00e9claire. Son \u00e9clairage n\u2019est pour personne. O\u00f9 prendre place. De l\u00e0 se prendraient les commandes de la nuit, ce transport en commun. Vaisseau. L\u2019abribus ne retient personne de se fondre dans la nuit.<br>En repassant au jour \u2014 dans le virage en sortie d\u2019agglom\u00e9ration o\u00f9 l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration chaque jour automobile m\u2019entra\u00eene \u2014 je lis que c\u2019est l\u2019arr\u00eat Automne. CT.<\/p>\n\n\n\n<p><br>\u2014croisement\u2014Il\u2014Foule\u2014Je\u2014Rare\u2014<br>\u2014Il aurait fallu, et pourtant surtout pas\u2014<br>\u00ab&nbsp;Un homo et une lesbienne&nbsp;\u00bb<br>\u2014C\u2019est s\u00fbr, \u00e7a aurait eu de la gueule\u2014<br>\u2014C\u2019est pas l\u2019bon titre\u2014<br>Tant que, surtout pas\u2014Du coup, il reste la sensation de la possibilit\u00e9,&nbsp;<br>\u00e0 d\u00e9guster sans faim&nbsp;\u2014<br>A(H)M<\/p>\n\n\n\n<p>Quand son avant-bras a touch\u00e9 ta main, elle aurait pu le laisser l\u00e0, en contact. Prolonger la situation et ne rien dire. Attendre que tu bouges, ou dises un mot. Il faut aller trop loin pour savoir jusqu\u2019o\u00f9 on peut aller. Il faudrait. Il aurait fallu. Elle ne saura jamais. Elle a d\u00e9plac\u00e9 son bras assez vite pour que tu croies \u00e0 un accident, elle s\u2019est excus\u00e9e. Elle ne sait pas ce que tu as pens\u00e9, et si tu y penses encore ; si tu te doutes qu\u2019elle aurait aim\u00e9 te laisser le choix. SeB.<\/p>\n\n\n\n<p>Porter le corps l\u00e9g\u00e8rement sur la droite et doser l\u2019angle de la jambe qui ne se portera pas en ligne droite parall\u00e8lement \u00e0 l\u2019autre mais sur le c\u00f4t\u00e9 vers lui et planter le regard et peut-\u00eatre rien de plus, parler n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire, ne pas dire le premier mot, et il aurait appris du corps en face qui venait vers lui, il aurait lu que quelque chose allait changer ce matin, alors il aurait trouv\u00e9 les quelques mots \u00e0 adresser. Il aurait dit\u2026 Ou autre chose. AD.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait le souvenir en soi. Il y avait le souvenir, hors soi, du r\u00e9cit racont\u00e9 par d\u2019autres. Il y avait, longtemps apr\u00e8s, le souvenir du retour sur le lieu du crime de l\u00e8se-majest\u00e9 contre l\u2019enfant apprenti-roi. Il aurait fallu pouvoir faire une synth\u00e8se des trois et l\u2019enregistrer dans un dossier Souvenirs Pond\u00e9r\u00e9s. \u2013 \u00c9trange cette nuit ce chat roux inconnu, assis au milieu du trottoir, qui me regardait sans crainte tandis que je rentrais chez moi. \u2013 JMG.<\/p>\n\n\n\n<p>sur le parvis de la cath\u00e9drale, cube de pierre blanche, profil sculpt\u00e9 de Jeanne d\u2019Arc, quelques lignes, hagiographie, lettres de pierre, \u00e0 quelques m\u00e8tres une statue de Markus Lupertz, homme au mouton sur les \u00e9paules, comme vo\u00fbt\u00e9 sous le poids, l\u2019\u00e9cho qui l\u00e0 s\u2019installe (l\u2019intention s\u2019en douter, presque ridicule), mais comment la briser, s\u2019y engouffrer, pour quelle br\u00e8che<br>quand la statue encore immobile dans la ville mb<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait fallu capturer l\u2019odeur dans les petites bo\u00eetes en m\u00e9tal. Mais comment garder l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re&nbsp;? Se lover au c\u0153ur des paradoxes \u00e9vanescents\u2026Il aurait fallu. MCG.<\/p>\n\n\n\n<p>il aurait fallu que je plonge dans cette brume qui semblait s&rsquo;\u00e9tendre dans toutes les directions, que je m&rsquo;aventure en son volume vaporeux d\u00e9nu\u00e9 de limites, m&rsquo;y risque m&rsquo;y perde comme enfant imprudent, la rev\u00eate ainsi qu\u2019une camisole douce et humide d\u00e9posant des perles sur la peau et la parfumant telle une essence de fleurs, espace impressionnant ouvert \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur dans le grand tout, rien qu&rsquo;un pas de plus ou deux, il aurait fallu FR.<\/p>\n\n\n\n<p>Hier matin, j&rsquo;ai fait quelques courses, je pensais \u00e0 cette journ\u00e9e \u00e0 venir, pleine de travail. Je traverse la place, mince, et l&rsquo;expo! Je m&rsquo;engueule toute seule: Not\u00e9e sur l&rsquo;agenda, sur un bout de papier sur la table, mais comment tu as pu faire pour la zapper. Du coup, je m&rsquo;arr\u00eate, qu&rsquo;est-ce que je fais, j&rsquo;y vais ? Mais non, non, impossible, La contrari\u00e9t\u00e9 te fait marcher plus vite, tu le vois ce mail de la m\u00e9diath\u00e8que, tu le vois&nbsp;! SW.<\/p>\n\n\n\n<p>dans la lumi\u00e8re du jour qui point, il nous aurait fallu volont\u00e9 commune de voir, d&rsquo;attendre avant de pouvoir, d&rsquo;esp\u00e9rer le moment de regarder ensemble au m\u00eame endroit. On roulait depuis quelques heures d\u00e9j\u00e0, la fatigue n&rsquo;\u00e9tait plus un souvenir de la journ\u00e9e pass\u00e9e, si \u00e9prouvante, de la nuit trop courte qui lui avait succ\u00e9d\u00e9, hach\u00e9e et \u00e0 peine reposante, mais une r\u00e9alit\u00e9 qui amoncelait son refus de nous laisser paisibles. | L\u00e0, maintenant, le long de la grande route, il aurait fallu un r\u00e9pit dans nos temps d\u00e9saccord\u00e9s pour apercevoir ensemble cette femme sortant de la station-service par la porte lat\u00e9rale, fichu mal accroch\u00e9 aux cheveux s\u00fbrement encore chauds du r\u00e9veil aux aurores, la blouse pass\u00e9e \u00e0 la va-vite sur la vieille robe de tous les jours, les sabots de plastique sur les pieds fatigu\u00e9s, et ce regard qu&rsquo;elle nous a lanc\u00e9, froid et bref, alors qu&rsquo;on claquait nos porti\u00e8res, dans nos mains f\u00e9briles les gobelets fumants qui nous tiendraient de carburant en lieu et place d&rsquo;amour et d&rsquo;espoir pour revenir de l&rsquo;au-revoir. | Pour continuer le voyage, partager les instants qui feraient notre histoire, il nous aurait fallu la voir, la regarder vraiment, lui sourire en silence, alors aurait-elle cru, pens\u00e9 ou m\u00eame souhait\u00e9, que sur cette route ouverte, nous repartions ensemble dans la m\u00eame direction, au lieu d&rsquo;en solitude, chacun sur son chemin de pens\u00e9es. GAS.<\/p>\n\n\n\n<p>Plut\u00f4t que l&rsquo;enjamber, il aurait fallu heurter du pied la forme qui faisait corps sans personne, allong\u00e9e l\u00e0 en travers de la porte de l&rsquo;immeuble, roul\u00e9e dans une b\u00e2che bleue comme un vulgaire tapis, dos \u00e0 la rue, au bord des \u00e9critures ; \u00e0 proximit\u00e9 un casque de v\u00e9lo ; la pens\u00e9e fugace qu&rsquo;il aurait pu s&rsquo;agir d&rsquo;un cycliste accident\u00e9 ; on aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, on aurait su quoi faire. CM.<\/p>\n\n\n\n<p>On&nbsp;ne sera jamais d\u00e9sol\u00e9 de vivre.&nbsp;CPr.<\/p>\n\n\n\n<p>Date du jour. Brume \u00e9paisse. Le temps est \u00e9lastique. RBV.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme j\u2019\u00e9tais dans son quartier (arrondissement o\u00f9 je vais rarement) j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 l\u2019appeler pour aller boire un verre (c\u2019\u00e9tait l\u2019occasion) surtout qu\u2019en ce moment je pense souvent \u00e0 lui (c\u2019est vrai). J\u2019aurais aim\u00e9 lui donner des nouvelles de la famille. Lui dire comment mes parents vieillissent. Ils sont toujours l\u00e0, certes mais chang\u00e9s&nbsp;: pr\u00e9cautionneux, ratatin\u00e9s, heureux, angoiss\u00e9s, malheureux, enjou\u00e9s. Et chez toi comment \u00e7a va&nbsp;? Dis, comment vas-tu&nbsp;? CB.<\/p>\n\n\n\n<p>A la fin de sa vie, avant qu&rsquo;on porte le diagnostic et qu&rsquo;il quitte la maison pour la maison de retraite, il revenait sans cesse sur ce souvenir d&rsquo;une b\u00eate qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas sauv\u00e9e. Trop tard, appel\u00e9 trop tard, arriv\u00e9 trop tard, il en pleurait, tentait de se justifier, en portait encore le poids. J&rsquo;ai lu depuis que les v\u00e9t\u00e9rinaires se suicidaient trois \u00e0 quatre fois plus que la population g\u00e9n\u00e9rale, deux fois plus que les soignants en sant\u00e9 humaine, plus que les agriculteurs : souffrance des animaux et de leurs ma\u00eetres , maltraitance des propri\u00e9taires, pratique de l&rsquo;euthanasie, solitude et impr\u00e9paration, m\u00e9dicament dans le tiroir pour gu\u00e9rir d\u00e9finitivement de la fatigue \u00e9motionnelle. DGL.<\/p>\n\n\n\n<p>le jour o\u00f9 il est parti de son appartement d\u2019ici (enfin juste contigu\u00eb cette petite ville, on pourrait la nommer mais pourquoi faire ?),&nbsp;il y a une avenue du g\u00e9n\u00e9ral De Gaulle fatalement &#8211;&nbsp;il y vivait (en face il y avait une banque et une librairie)&nbsp;\u00e9tait-ce il y a trois ans dis-moi, je ne sais plus, il avait pris un taxi les d\u00e9m\u00e9nageurs \u00e9taient dans l\u2019appartement (il y a peu de gonzesses dans cette corporation) j\u2019ai vu passer le taxi, prendre l\u2019avenue perpendiculaire \u2013&nbsp;j\u2019aurais&nbsp;d\u00fb prendre mon t\u00e9l\u00e9phone, t\u2019appeler, te dire attends que je t\u2019embrasse mais entre hommes&nbsp;\u00e7a ne se fait pas trop.&nbsp;PCH.<\/p>\n\n\n\n<p>immense baie vitr\u00e9e au quatri\u00e8me \u00e9tage \u2014 le regard plonge dans ce qui s\u2019ouvre \u2014 il s\u2019\u00e9chappe loin \u2014 dans la salle les choristes en r\u00e9p\u00e9tition \u2014 un Ave Maria s\u2019\u00e9l\u00e8ve lentement \u2014 se sentir hors du temps \u2014 les pens\u00e9es sur la colline en face \u2014 l\u2019image du corps s\u2019approchant de la baie et traversant \u2014 \u00eatre un ange quoi \u2014 mais ici et maintenant \u2014 je dois lire un passage des Vagues de Virginia Woolf \u2014 <em>le soleil n\u2019\u00e9tait pas encore lev\u00e9<\/em> \u2014&nbsp;le soleil au loin dans son d\u00e9clin \u2014 r\u00e9int\u00e9grer son corps \u2014&nbsp;SV.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas \u00e9crit hier \u00e0 une amie. Attendait une r\u00e9ponse rapide, l\u2019amie silencieuse pendant des ann\u00e9es.&nbsp;<br>Joie de la lire \u00e0 nouveau, l\u2019amie soudain press\u00e9e.<br>Je m\u2019\u00e9tais promis de. Vite.<br>En me couchant, oubli devant les yeux.<br>Pas eu le temps de. Bien s\u00fbr. Mais.<br>CdeC<\/p>\n\n\n\n<p>Emprunter le m\u00eame chemin pour une promenade en famille que pour aller travailler. Le souvenir de l&rsquo;image de la veille refait surface. Sur les bords de l&rsquo;image. En sursis. Un couple de Roms vit l\u00e0 avec ses deux enfants dans l&rsquo;inconfort et la promiscuit\u00e9 de leur tente. Je me reproche de ne pas leur avoir donn\u00e9 d&rsquo;argent. Difficile \u00e0 avouer. Dans un coin ensoleill\u00e9 du cimeti\u00e8re de La Villette, un homme \u00e0 lunettes de soleil, sur une chaise pliante de couleur vive, livre en mains. \u00c0 cet endroit, il y a plusieurs ann\u00e9es, un SDF avait construit un abri pour dormir \u00e0 l&rsquo;insu de la ville. PM.<\/p>\n\n\n\n<p>Foule dispers\u00e9e en grappes sous les lampadaires. Des pans de peau des membres morcel\u00e9s par les ombres. Se frayer un chemin, fragile et mal \u00e0 l&rsquo;aise, de cette part de soi d\u00e9vers\u00e9e sur sc\u00e8ne. Chercher des yeux une balise, un appui. Se diriger vers le bar. Et l\u00e0, passant la porte, le regard appuy\u00e9 d&rsquo;un anonyme. Perdre au vol un mot qui nous \u00e9tait sans doute destin\u00e9. FL.<\/p>\n\n\n\n<p>Regards furtifs et en col\u00e8re derri\u00e8re la vitre droite de sa voiture contre la vitre gauche de la mienne, son feu droit contre mon gauche, coll\u00e9s, chacune tentant de se faufiler dans la longue all\u00e9e de pare-chocs, chacune s&rsquo;estimant l\u00e9gitime de la place attitr\u00e9e de premi\u00e8re, chacune.<br>Il en faut de peu pour que je la&#8230; CM.<\/p>\n\n\n\n<p>De mon petit balcon, je domine ceux qui vont, celles qui viennent, \u00e0 petits pas, grandes enjamb\u00e9es, trottant, trottinettes, cahin-caha\u2026Je ronge son retard,<br>je tonsure,&nbsp;<br>je vide les minutes jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9vidence :&nbsp;<br>M\u2019en vais cr\u00e9er des marionnettes \u00e0 cheveux.&nbsp;<br>CG-H<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a eu cet \u00e9change entre le violon et le violoncelle comme distraitement, presque comme s&rsquo;ils s&rsquo;accordaient, et sa r\u00e9p\u00e9tition, une fois, deux fois, et c&rsquo;\u00e9tait comme une attente, un suspens d&rsquo;o\u00f9 rien de connu n&rsquo;aurait pu sortir, nos respirations retenues, et m\u00eame les notes claires, joyeuses, du piano qui sont venues danser sur leur murmure qui persistait ne d\u00e9nouaient encore mon besoin d&rsquo;un envol hors de moi si haletant que ne le d\u00e9sirais plus&#8230; BC.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle l\u00e8che une cuill\u00e8re vide. A la rue, vieille, peut-\u00eatre vietnamienne\u2026 Ses paupi\u00e8res fatigu\u00e9es tombent sur ses yeux. Deux couteaux.<br>Je lui jette un \u0153il comme on jette son fil \u00e0 la rivi\u00e8re. Mes pas \u00ab&nbsp;caoutchoucs&nbsp;\u00bb m\u2019entra\u00eenent d\u00e9j\u00e0 sur leur rail invisible quand une soif me prend qui me fait voir de l\u2019eau partout sous un soleil de plomb. Elle est l\u00e0-bas c\u2019est s\u00fbr, avec ses yeux de pirogue&nbsp;!<br>CaB<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait peut-\u00eatre fallu que je touche au pompon de mon petit cousin qui \u00e9tait dans la m\u00eame classe que moi pour lui signifier que j\u2019\u00e9tais attach\u00e9 \u00e0 lui et pour rire avec lui. Mais nous ramions tous dans la m\u00eame direction avec un b\u00e2ton en aluminium. Le spectacle du petit mousse s\u2019est \u00e9mouss\u00e9. E.V.<\/p>\n\n\n\n<p>Autour de la poubelle, diss\u00e9min\u00e9s \u00e0 la diable, un matelas, un perroquet en plastique, des bouts d&rsquo;objets sales &#8211; lambeaux d\u00e9sol\u00e9s d\u2019une chambre d\u2019enfant. Juch\u00e9 sur le trottoir, \u00e0 peine \u00e0 l\u2019\u00e9cart, un lapin rose regarde la sc\u00e8ne. Du point de vue de son unique oeil, elle fonctionne : une explosion a tout balanc\u00e9 l\u00e0, quelqu\u2019un va surgir du d\u00e9sastre, quelque chose va na\u00eetre, il attend. Alors on l\u2019enjambe en silence et par respect, on ne prend pas de photo.&nbsp;LD.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Cette sculpture, une petite statuette, je l\u2019ai longuement regard\u00e9e, je l\u2019ai prise en mains pour en v\u00e9rifier le prix.&nbsp;&nbsp;J\u2019ai tourn\u00e9 autour, tent\u00e9 de l\u2019acqu\u00e9rir en d\u00e9pit du prix \u00e9lev\u00e9. Elle contenait toutes les \u00e9motions intenses et confuses \u00e9prouv\u00e9es depuis mon arriv\u00e9e au Moulin dont le d\u00e9sir tr\u00e8s vif de beaut\u00e9 et de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 quotidiennes. Peu m\u2019importait alors la qualit\u00e9 et la densit\u00e9 des r\u00e9unions auxquelles je participais, la finesse des plats servis lors des repas ou l\u2019amabilit\u00e9 des personnes pr\u00e9sentes. A si faible distance des terres de Flaubert, je me sentais habit\u00e9 par ce qu\u2019il repr\u00e9sentait pour moi. Il aurait fallu repartir avec la statuette et me mettre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de mes intuitions. Ma vie en aurait elle \u00e9t\u00e9 chang\u00e9e&nbsp;? AB.<\/p>\n\n\n\n<p>Ombres feutr\u00e9es, brouillard blanc transperc\u00e9 de halos dor\u00e9s.Travers\u00e9e de la ville apais\u00e9e, calfeutr\u00e9e dans un silence ouat\u00e9. Dans la nuit, regard attir\u00e9 par une fen\u00eatre \u00e0 la lumi\u00e8re voil\u00e9e. Il aurait fallu sonner, prendre l\u2019escalier, entrer. Respirer l&rsquo;odeur bienfaisante&nbsp;du diner. S\u2019inviter pour profiter de la conversation anim\u00e9e. Garder, pr\u00e9cieusement, \u00e0 l&rsquo;abri, la chaleur du foyer. \u00c0 ma fen\u00eatre ce soir, il n&rsquo;y a que le noir. ES.<\/p>\n\n\n\n<p>Dehors, il y eut l\u2019exception des r\u00f4tisseries qu\u2019on sort sur les trottoirs, particuli\u00e8rement les matins de dimanche o\u00f9 il ne pleut pas mais o\u00f9 parfois, en novembre, le soleil est en m\u00e9lange avec la brume : jouer \u00e0 s\u2019approcher, se reculer, sentir jusqu\u2019o\u00f9 l\u2019app\u00e9tit de vivre remonte, \u00e0 partir d\u2019o\u00f9 je m\u2019\u00e9c\u0153ure. PhS.<\/p>\n\n\n\n<p>Une femme que je ne connais pas me sourit du trottoir d\u2019en face. Comme un miroir qu\u2019elle me tend, je me regarde, je la regarde, je pourrais traverser la rue, parler avec elle, certaine d\u2019avoir mille points communs, peut-\u00eatre m\u00eame m\u2019en faire une amie, mais je continue souriant sur mon trottoir, savourant le baume l\u00e9ger gonfl\u00e9 de futurs sur mes l\u00e8vres. MC.<\/p>\n\n\n\n<p>Carr\u00e9 de ciel pli\u00e9, diagonale: il est midi. Dans la trop grande surface, moins de monde pour les courses. Il fait un peu froid dans les all\u00e9es de l&rsquo;immense pr\u00e9sentoir et tu&nbsp; te h\u00e2tes en longeant tous les bacs pleins d&rsquo;objets aux prix cass\u00e9s. Envie de fuir. Une caisse libre, avec sa paroi de plexiglas. La caissi\u00e8re explique \u00e0 la personne pr\u00e9c\u00e9dente qu&rsquo;elle n&rsquo;aura pas de pause avant dix-sept heures et qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas eu le temps de manger. Elle a sur les \u00e9paules une petite laine. Un petit ch\u00e2le. Parce qu&rsquo;en plus, ils baissent vraiment un peu beaucoup le chauffage, vous comprenez. Tu t&rsquo;insurges int\u00e9rieurement: comment \u00e7a, pas de pause?&nbsp; Et l\u00e0, tout l&rsquo;apr\u00e8s-midi, \u00e0 ne pas bouger. Il faudrait voir la direction, faire quelque chose. Elle sourit tristement, te rappelle&nbsp; quelqu&rsquo;un. Tu lui souhaites lamentablement bon courage. en t&rsquo;\u00e9loignant. Tu reviendras avec une \u00e9tole pour elle, un cadeau que tu lui remettras, accompagn\u00e9 d un petit mot . La lettre \u00e0 la direction, c&rsquo;est fait. CE.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019aurait fallu quoi&nbsp;? D\u2019autres lieux, d\u2019autres circonstances, d\u2019autres rencontres, l\u2019aurait fallu y croire. Ne jamais regretter comme disent ceux qui n\u2019ont pas de regret, l\u2019aurait fallu une autre \u00e9poque, un autre costume, d\u2019autres parents, d\u2019autres croyances peut -\u00eatre, d\u2019autres d\u00e9s dans le jeu du hasard, l\u2019aurait fallu vouloir et y penser. L\u2019aurait fallu d\u2019autres paysages d\u2019autres ciels d\u2019autres opportunit\u00e9s, l\u2019aurait fallu tant d\u2019autres\u2026 mais y\u2019a pas eu alors au fond, qu\u2019est-ce que \u00e7a change qu\u2019il aurait fallu&nbsp;? Rien. CP.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils marchaient dans la for\u00eat ils s\u2019\u00e9taient \u00e9loign\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre. Plus parler plus se d\u00e9plier plus extirper le sens cach\u00e9 \u2014 il aurait fallu \u2014 plus tirer le fil plus arpenter leurs toiles d\u2019araign\u00e9e leurs ombres \u2014 il aurait fallu \u2014 pas \u00e7\u00e0 pas r\u00e9p\u00e9ter \u00e7a le tordu le on verra \u2014 il aurait fallu \u2014 ne pas glisser sur les mots \u2014 ils en avaient le temps \u2014 ne pas rester l\u00e0 fig\u00e9s \u2014 ils ne l\u2019ont pas fait \u2014 comprendre leurs gestes, leurs sourires leurs grimaces le fr\u00e9missement des l\u00e8vres \u2014 ils n\u2019ont pas su \u00ad\u2014 ab\u00eem\u00e9s \u00e0 jamais de leur perte&nbsp; HA.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait fallu nous parler, nous montrer nues dans nos mots. Au fond d\u2019un caf\u00e9, flipper, cabine de t\u00e9l\u00e9phone, zinc voil\u00e9 par les cigarettes. On s\u2019y casait l\u2019hiver devant une tasse Lipton \u00e0 l\u2019abri des trottoirs pleins de ces f\u00eates de No\u00ebl auxquelles chacune son r\u00f4le il nous fallait participer. \u00c7\u2019aurait \u00e9t\u00e9 \u00e7a le cadeau, des mots vrais sur toi sur nous. Parler une fois c\u2019est pour la vie, une seule fois dure toujours. Mais tu ne pouvais rien me dire sinon ce qu\u2019on dit aux enfants. JK.<\/p>\n\n\n\n<p>On aurait d\u00fb parler (oui, on aurait d\u00fb l\u2019ouvrir) on aurait d\u00fb se lever (se dresser sur ses ergots, oui) on aurait d\u00fb taper du poing sur la table et dire ce qu\u2019on pensait. On a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le silence (on l\u2019a ferm\u00e9) on s\u2019est arr\u00eat\u00e9 net (on s\u2019est planqu\u00e9, oui) on a menti par omission, on a eu le courage de faire semblant (de vrais h\u00e9ros) d\u2019aimer cette posture. On a eu peur de d\u00e9plaire et on s&rsquo;est perdu. On vit avec cette d\u00e9ception sur le dos maintenant, cela nous fait courber l&rsquo;\u00e9chine. On s&rsquo;est tu. IG.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Regarde la rosace !<br>Au plafond de l&rsquo;appartement du&nbsp;dernier&nbsp;\u00e9tage d\u2019un&nbsp;immeuble bourgeois. Aper\u00e7u furtivement dans la nuit.&nbsp;Et si je traversais.&nbsp;Et si je poussais le portail. Et si je montais les \u00e9tages. Et si je frappais \u00e0 la porte. S\u00fbre que je n&rsquo;y retrouverais pas les personnages de \/<em>Huit heures ne font pas un jour\/<\/em>&nbsp;de Fassbinder, quitt\u00e9s quelques minutes plus t\u00f4t. S\u00fbre du contraste avec l&rsquo;appartement des Kr\u00fcger-Epp, une famille de la classe ouvri\u00e8re du Cologne des ann\u00e9es 70.&nbsp;IVa.<\/p>\n\n\n\n<p>Je charrie des m\u00e8tres cubes de terre \u00e0 la main, \u00e9branl\u00e9 par le vent d\u2019Autan qui souffle fort et ass\u00e8che la sueur qui perle \u00e0 mes tempes. De temps \u00e0 autre, r\u00eaveries, l\u2019avant-bras sur le manche de la pelle. J\u2019entrevois en contre-bas, une \u00ab&nbsp;f\u00eate&nbsp;\u00bb chez le voisin.&nbsp; Une tireuse \u00e0 bi\u00e8re est install\u00e9e sur la terrasse, les invit\u00e9s font cercle alors que les enfants s\u2019\u00e9gaillent dans le jardin. Pourquoi n\u2019ai-je pas d\u00e9val\u00e9 la sente pour me d\u00e9salt\u00e9rer et rompre avec l\u2019isolement&nbsp;? XW.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;avion \u00e9tait tomb\u00e9 en panne \u00e0 Tokyo et la compagnie avait log\u00e9 tous ses&nbsp;<br>passagers dans un grand h\u00f4tel.<br>Plusieurs fois au restaurant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ma table s&rsquo;est assise une jeune&nbsp;<br>femme silencieuse<br>triste et visiblement sans app\u00e9tit. Vingt ans apr\u00e8s je me demande<br>encore pourquoi je n&rsquo;ai pas os\u00e9 lui parler.<br>Je reste convaincu qu&rsquo;il aurait fallu&#8230;<br>JCB<\/p>\n\n\n\n<p>Les liens se d\u00e9litent et tu ne sais plus qui tu es. L&rsquo;enfance a pass\u00e9, les mois d&rsquo;ao\u00fbt, le train, la chaleur, le village, la beaut\u00e9 des Abruzzes, le Gran Sasso, les jeux dans la rue, la terrasse inond\u00e9e de blancheur, le rideau multicolore de la porte d&rsquo;entr\u00e9e, les jus de fruits dans la cantine, la place, la f\u00eate du quinze ao\u00fbt, les grands escaliers pour entrer dans la maison adoss\u00e9e \u00e0 la colline br\u00fbl\u00e9e par le soleil implacable, et puis tu oublies, tu veux vivre ta vie d&rsquo;adulte et tu t&rsquo;\u00e9loignes du pass\u00e9 familial parce que tu ne trouves pas qui tu es. Un tremblement de terre en 2009, un sursaut vers les maisons d\u00e9truites, les visages, les voix retrouv\u00e9es. L&rsquo;urgence d&rsquo;y retourner, de se retourner vers qui tu es vraiment, avec eux. Des regrets du temps perdu \u00e0 mille choses insignifiantes alors que l&rsquo;essentiel de ta vie t&rsquo;attendait l\u00e0. TdeP.<\/p>\n\n\n\n<p>Un gars, assis en face de moi, m\u00eame gal\u00e8re, m\u00eame salle d&rsquo;attente, cela seul nous relie et notre age, sensiblement le m\u00eame, \u00e0 vue de nez. Sur ses doigts des bagues argent\u00e9es, t\u00eates de mort. Sur ses mains des tatouages, sur son visage, une expression grave et pensive et une forme de douceur paradoxale qui me propulsent dans un pass\u00e9 aux contours flou, une perception de quelque chose li\u00e9 \u00e0 de la fatalit\u00e9, \u00e0 un choix radical, comme un bannissement. J&rsquo;ai connu des gens portant cette sorte de tatouage et ce genre de regard, il y a tr\u00e8s longtemps, dans mon adolescence. Je retrouve l&rsquo;impression puissante que me firent alors ces dessins sur la peau et que ne produisent jamais en moi les tatouages actuels. Les tatouages que l&rsquo;on fait aujourd\u2019hui sont profond\u00e9ment en phase avec la soci\u00e9t\u00e9, ils en sont m\u00eame devenu un chic. Ceux-l\u00e0, au contraire surgissent d&rsquo;un monde radicalement en marge, ils ouvrent la porte sur un \u00e9ternel exil. C&rsquo;est, sur une main une croix avec un Christ, sur l&rsquo;autre, le visage de la <em>muerte<\/em> mexicaine; sur chaque doigt quelques lettres formant des mots que je ne parviens pas \u00e0 lire. Je regarde ces mains, ses mains et je cherche, dans les contours flous de ce qu&rsquo;elles font surgir \u00e0 ma m\u00e9moire ce qui, en moi, myst\u00e9rieusement, leur fait \u00e9cho. LP.<\/p>\n\n\n\n<p>Salon Livre et Mer. Chapiteau des auteurs. All\u00e9es. Longues rang\u00e9es d\u2019\u00e9tals. Piles de livres. (La BD de Briac. M\u00e9ridien. Illustrations somptueuses. Tentures o\u00f9 s\u2019enroulent de lentes oppressions. Couleurs de poisons capiteux.&nbsp; Des visages blancs et creus\u00e9s \u2013 entre vie et mort\u2026 D\u00e9dicace. Sous le pinceau taches de jaune aplats de bleu, traits venus de rien et de nulle part, griffes noires rapides sur le papier. La main dit <em>3 ans et demie \u00e0 vivre avec le bouquin, apr\u00e8s comme un vide<\/em>.&nbsp;Sur la page de garde le personnage sorti de l\u2019histoire me fixe <em>pour Jacques. Concarneau<\/em>. Pareil le jour <em>inoubli\u00e9<\/em>&nbsp;d\u2019en gare de Lyon. Depuis la vitre du compartiment l\u2019affiche du jeune homme net &nbsp;l\u2019<em>engagez-vous<\/em>&nbsp;militaire. Devant elle \u2013 recrach\u00e9 \u2013 un voyageur tass\u00e9 fume&nbsp;: le m\u00eame homme. Plus vieux. Drap\u00e9 dans sa fatigue de civil d\u00e9chu et ordinaire. Portes. JdeT.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Peut-\u00eatre qu\u2019il aurait fallu r\u00e9pondre. Mais il y a la lassitude des r\u00e9ponses. Peut-\u00eatre qu\u2019il y aurait fallu encore faire des efforts. Mais il y a le plaisir d\u2019\u00e9crire. Peut-\u00eatre qu\u2019il aurait fallu garder des traces. Mais il y a la certitude de la finitude. Le vide qui r\u00e9sonne. Silence. CeC&nbsp;.<\/p>\n\n\n\n<p>Boulevard o\u00f9 un lampadaire sur deux est allum\u00e9 \u00e0 la tomb\u00e9e du jour. Collectivement se serrer la ceinture dans la p\u00e9nombre. Sans mot. <em>Excuse-moi, chef, t\u2019as pas un peu de monnaie pour que j\u2019ach\u00e8te \u00e0 manger<\/em>. Non. Je survis par carte bancaire depuis quelque temps, j\u2019ai rendez-vous quelques n\u00e9ons plus loin, j\u2019ai pas le temps, je ne veux rien savoir de la mis\u00e8re du monde, pour un instant seulement. Cirer son \u00e2me &amp; dire <em>je t\u2019aime<\/em>. Il y a des mots qui peuvent sauver la vie. JT.<\/p>\n\n\n\n<p>Le parc est plong\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9 et j\u2019attends qu\u2019il soit l\u2019heure de sonner \u00e0 sa porte. Le salon de F. est \u00e9clair\u00e9 et visible de l\u2019ext\u00e9rieur, les chambres \u00e0 l\u2019\u00e9tage sont plong\u00e9es dans l\u2019obscurit\u00e9, les enfants sont d\u00e9j\u00e0 couch\u00e9s. Le lac est paisible, les arbres d\u00e9coupent le ciel sombre de cette journ\u00e9e froide et la lune brillante s\u2019\u00e9tale derri\u00e8re le passage vif d\u2019une fum\u00e9e de nuages tel un voile sur&nbsp;le souvenir de cette soir\u00e9e \u00e0 la belle \u00e9toile sur son balcon. MTu.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a le sourire de Papa qui rigole et qui dispara\u00eet, comme le chat d&rsquo;Alice, et les notifications qui ram\u00e8nent au maintenant. Des mains en l&rsquo;air, les miennes, des pieds sous les miens, les siens. La pi\u00e8ce me semble immense, et c&rsquo;est moi qui ris, aux \u00e9clats, c&rsquo;est comme de voler \u2013 cette apesanteur, comme du coton, quand je tombe en flottant, d&rsquo;avoir trop mang\u00e9, du soleil un peu loin, pas de mains sur les miennes, la peau frissonne, comme sous l&rsquo;effet d&rsquo;une caresse, des mots que je n&rsquo;ai pas dits, d&rsquo;autres venus depuis, au bord des l\u00e8vres. AF.<\/p>\n\n\n\n<p>Tourner la grosse clef sans bruit, ne rien effrayer, donner de l\u2019air aux piles de linge, aux draps \u00e9pais d\u2019autrefois, accueillir leur parole, soulever la poussi\u00e8re, esp\u00e9rer la robe bleue, les nappes brod\u00e9es, d\u00e9plier la robe de mari\u00e9e, le jupon empes\u00e9, ouvrir le coffret dor\u00e9, garder le silence, il aurait fallu.&nbsp;MM.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur ce que je crois \u00eatre une table de chevet \u2013 sans toutefois me souvenir de la pr\u00e9sence d&rsquo;un lit \u2013 une boite&nbsp;de marqueterie de la taille de ma paume orn\u00e9e d&rsquo;un portrait de femme. J&rsquo;aurais aim\u00e9 l&rsquo;ouvrir. (Souvent, ces boites sont vides.) FT.<\/p>\n\n\n\n<p>Trois minutes et quarante-cinq secondes. Cette phrase peut \u00eatre parl\u00e9e en Europe centrale ou en Asie, vous me pr\u00e9ciserez o\u00f9 en l\u2019\u00e9coutant. D\u2019abord l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration tranquille d\u2019un moteur suivie d\u2019autres bourdonnements qui g\u00e9n\u00e8rent un grondement. L\u2019un de mes deux voisins, assis sur le banc, parle (en kurde&nbsp;?), zappe, chante une bribe de chanson par c\u0153ur. Un peu apr\u00e8s \u00e0 la m\u00eame place une femme converse au t\u00e9l\u00e9phone (en langue japonaise&nbsp;?). Je cherche le moment sans le regarder.&nbsp;NE.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle entre dans la salle de l\u2019atelier et me dit \u00ab\u00a0Vous savez c\u2019est fou tous ces souvenirs qui disparaissent avec ma maladie\u2026 \u00ab&nbsp;Je tente de la rassurer&nbsp;: Vous nous avez d\u00e9j\u00e0 racont\u00e9 tant de choses sur votre enfance, sur votre m\u00e9tier.&nbsp;\u00bb Et c\u2019est vrai, je ne mens pas. Reste que j\u2019avance \u00e0 pas compt\u00e9s et que, souvent, je n\u2019ose l\u2019interroger car, face \u00e0 une question sur une p\u00e9riode oubli\u00e9e, son visage se fige et s\u2019attriste \u00e0 contempler l\u2019immense vide du souvenir perdu. XG.<\/p>\n\n\n\n<p>La passante du bord de l\u2019eau, il aurait fallu la suivre, mais un instant seulement et \u00e0 juste distance. Ni l\u2019aborder ni lui parler, seulement entrer dans son atmosph\u00e8re. Me placer dans son sillage, respirer son parfum, sentir le vent de sa marche et que vienne jusqu\u2019\u00e0 moi qui la suis un peu des souvenirs et des pens\u00e9es de l\u2019inconnue \u00e9man\u00e9 d\u2019elle comme sur un chemin au printemps les effluves l\u00e9gers des tilleuls. AMr.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ann\u00e9es et les heures ont la m\u00eame \u00e9tymologie. Aujourd&rsquo;hui est souvent aussi loin que ce dont je ne me souviens pas il y a trente ans. Je ne sais pas si je r\u00eave d&rsquo;id\u00e9es ou d&rsquo;images. Entraper\u00e7u dans un r\u00e9tro o\u00f9 je v\u00e9rifiais si je m&rsquo;\u00e9tais bien ras\u00e9 la personne dont je venais de quitter le domicile. C&rsquo;\u00e9tait elle et c&rsquo;\u00e9tait impossible. Plut\u00f4t que de me retourner, jai v\u00e9rifi\u00e9 dans le r\u00e9tro. Elle n&rsquo;y \u00e9tait plus. J&rsquo;essaye de me souvenir de ce que j&rsquo;ai aper\u00e7u. TH.<\/p>\n\n\n\n<p>A surgi dans l\u2019angle, ombre aux contours flous, visible \u00e0 peine dans la nuit noire. J\u2019ai aper\u00e7u la silhouette d\u2019un homme \u00e0 travers la vitre, c\u00f4t\u00e9 passager. Marchait sur le bas-c\u00f4t\u00e9 de la nationale. N\u2019avait pas de gilet jaune, de v\u00eatement fluorescent, de lampe frontale. Aucune phosphorescence permettant d\u2019\u00eatre vraiment vu. Dangereux, je me suis dit. Peut-\u00eatre \u00e9tait-il en panne, peut-\u00eatre aurais-je du m\u2019arr\u00eater, porter secours. Mais j\u2019ai poursuivi ma route, en direction oppos\u00e9e. PV.<\/p>\n\n\n\n<p>Hier. Pas d\u2019heures et des poussi\u00e8res. Rues vides, sans vie, si n\u2019est quelques rats se disputant les d\u00e9chets de mon attention. Je cherche du regard quelque-chose \u00e0 quoi m\u2019accrocher. Au beau milieu de la nuit, m\u00eame les motos se font rares. Un chat passe, certes, ce n\u2019est pas comme si je ne l\u2019avais jamais vu. C\u2019est m\u00eame un habitu\u00e9 de mes insomnies. Je pense \u00e0 la cigarette que j\u2019aurais pu fumer si je fumais encore, quelques bouff\u00e9es imaginaires p\u00e9n\u00e8trent les poumons. Alors que j\u2019essaie maladroitement de faire des ronds de fum\u00e9e invisible, il me semble croiser le regard d\u2019une chouette blanche, perch\u00e9e sur le lampadaire juste en face. J\u2019ai d\u2019abord un doute : suis-je en train d\u2019halluciner ? Comment puis-je me prouver que cette vision existe ? Il aurait fallu saisir une image, prendre le t\u00e9l\u00e9phone qui chargeait dans le salon. Mais bien trop peur que la cr\u00e9ature parte en mon absence. Je pr\u00e9f\u00e8re profiter de l\u2019instant. Au lieu de rester calme, je ne peux m\u2019emp\u00eacher de faire un bruit pour attirer son attention. Elle s\u2019envole aussit\u00f4t et disparait derri\u00e8re la pagode, aussi belle qu\u2019effrayante. Je me dis que personne, \u00e0 part l\u2019\u00e9criture, ne croira en ce que j\u2019ai cru voir. La photo aurait \u00e9t\u00e9 superbe : l\u2019oiseau majestueux, son plumage blanc, presque phosphorescent, l\u2019immensit\u00e9 des pupilles, sa posture fi\u00e8re, presque noble, surplombant la nuit du quartier&#8230; Et puis ne rien regretter, il faut bien accepter de ne pouvoir tout saisir, accepter que les apparitions les plus \u00e9tranges se font souvent sous fond de disparition. Je ne suis pas amer, bien au contraire; je me sens privil\u00e9gi\u00e9, et m\u00eame choy\u00e9 par la ville qui, en plein coeur du r\u00e9el, vient de m\u2019ouvrir une br\u00e8che dans le fantastique. AnM.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u00ab&nbsp;Ma belle-s\u0153ur, c\u2019est une fille de bas \u00e9tage&nbsp;\u00bb, je viens d\u2019entendre ces mots sortant de la bouche de mon voisin de table. Il raconte sa vie, j\u2019entends qu\u2019il est le fils d\u2019un boulanger et d\u2019une femme de m\u00e9nage. J\u2019aurais aim\u00e9 le questionner, comprendre pourquoi il utilisait ces mots. Qu\u2019est-ce qui venait de lui, et quelle \u00e9tait la part de son pass\u00e9 dans cette phrase ? LS.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 peine belle. Alanguie au milieu du soir qui s&rsquo;\u00e9tire. Tr\u00e8s belle un instant. Montrant ses lisi\u00e8res au hasard. Une passante presque immobile. \u00c0 port\u00e9e imm\u00e9diate. Se refermer. D\u00e9finitive perdue. Avant m\u00eame de concevoir le premier geste d&rsquo;approche. Intense proximit\u00e9 \u00e9vanouie. Pas le moins du monde esquiss\u00e9e. Occasion non d\u00e9clar\u00e9e. Quasiment tout irr\u00e9solu dans le rien infini. Restera belle \u00e0 jamais. PhB.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai vu des cercles caf\u00e9 au lait, m\u00e9lange de crasse et de tartre, \u00e0 la base du robinet col de cygne, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la colonne de douche de sa chambre. Des toiles au plafond, des moutons sous le lit, des miettes, toutes sortes de miettes des jours derniers, sur son si\u00e8ge aussi, quand je l\u2019ai mise au lit. Il aurait fallu venir avec une brosse \u00e0 dents, une boite de bicarbonate, il aurait fallu frotter, passer l\u2019attrape -poussi\u00e8res, vidanger le conduit du lavabo, passer la balayette, la serpilli\u00e8re m\u00eame. A la place je me suis tenue pr\u00e8s d\u2019elle, j\u2019ai regard\u00e9 ses doigts attrapant les petits morceaux de r\u00f4ti, sa bouche aspirant goul\u00fbment le contenu du petit pot de glace, j\u2019ai regard\u00e9 ses yeux ciller lorsque sur ses tempes, j\u2019ai d\u00e9pos\u00e9 un pois de pommade riche. J\u2019ai soutenu son corps, il ne la porte plus. On voudrait effacer la mis\u00e8re en EHPAD et apporter pour tous vers 17h des fleurs pour assainir, des comptines et des rires, des gourmandises. J\u2019ai vu l\u00e0-bas de la tristesse \u00e0 la pelle, la collective d\u00e9tresse, le grand d\u00e9sarroi , et cette offense faite aux vieux est pass\u00e9e dans mes nerfs. Je ne peux pas entendre \u00ab on n\u2019y peut rien&nbsp;\u00bb. SMR&nbsp;.<\/p>\n\n\n\n<p>La table est sale. D\u00e9bris des longs jours sans attente. Coulures poisseuses sur murs crochus. Des chats hurlent dans mes bribes de souvenirs, sans rompre la torpeur de quelques vagabonds qui regardent pisser les badauds comme on contemple une ic\u00f4ne. Il aurait fallu rire de tout. J\u2019ai tent\u00e9 le sourire, mauvais, jauni, aride. J\u2019ai enfil\u00e9 des perles sur mes cordes us\u00e9es de pauvre P\u00e9n\u00e9lope. Modeste veuve d\u2019apr\u00e8s-midi miteux, soleil trop chaud faisant suinter les fards, trop jeune encore, ou d\u00e9j\u00e0 trop pass\u00e9e pour donner du panache \u00e0 une laideur commune. CamB.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019appr\u00eate \u00e0 traverser la route. Une voiture pile et s\u2019arr\u00eate brusquement. Coup d\u2019\u0153il vers le conducteur. Flash sur la passag\u00e8re. C\u2019est elle. Je suis s\u00fbre que c\u2019est elle malgr\u00e9 les essuie-glaces qui couinent et la pluie qui ruisselle sur le parebrise. Elle \u00e9tait mon amie il y a longtemps. Un jour, elle est partie en silence, sans un adieu, sans laisser d\u2019adresse. Sans donner de raison. Je n\u2019avais pas su, je n\u2019avais rien vu, on \u00e9tait pourtant proches\u2026jamais de nouvelles\u2026La voiture est repartie \u00e0 toute vitesse. Le moment est pass\u00e9. Je suis rest\u00e9e l\u00e0, meurtrie, bless\u00e9e, impuissante. Trop tard. Encore une fois. MEs.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faisait beau&#8230; plut\u00f4t chaud, en ce mois de novembre \u00e9trange encore printanier, feuilles vertes, merles chantants. On aurait d\u00fb ouvrir la fen\u00eatre en grand, laisser entrer le soleil&#8230; Let the sunshine in&#8230; mais on avait d\u00e9cid\u00e9 le cin\u00e9ma, encore. On devait partir, \u00eatre \u00e0 l&rsquo;heure, rejoindre les autres. On devait. Et puis l&rsquo;oiseau s&rsquo;est jet\u00e9 contre la grande vitre ferm\u00e9e.. et propre. Il n&rsquo;a rien vu, est tomb\u00e9, \u00e9tourdi. Une m\u00e9sange \u2013 c&rsquo;est si joli une m\u00e9sange. L\u2019\u0153il s&rsquo;est terni, tr\u00e8s vite. Dit-on dernier soupir pour un si petit animal&nbsp;? BF.<\/p>\n\n\n\n<p>il aurait fallu continuer&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;continuer d\u2019arpenter le boulevard&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;dans ce halo infini&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;continuer d\u2019habiter l\u00e0&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00e0 quelques num\u00e9ros de toi&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;(ne pas aller vivre dans la maison des ombres)&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;on aurait continu\u00e9 \u00e0 marcher&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;le boulevard se serait \u00e9tir\u00e9&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;j\u2019aurais grandi \u00e0 l\u2019abri de ton calme&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;ce calme un peu aust\u00e8re qui apaisait mes fant\u00f4mes&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;on aurait march\u00e9 dans un boulevard sans fin&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;un jour je me serais envol\u00e9e. MuB<\/p>\n\n\n\n<p>Le vol de grues en V parfait dans un ciel trop bleu de novembre a retenu notre attention pendant quelques minutes. Le temps s\u2019arr\u00eate et fige les corps les mains dans le dos, la nuque cass\u00e9e, les yeux clignotants au soleil. Il n\u2019y a plus que les oiseaux guid\u00e9s par un instinct tr\u00e8s s\u00fbr, criant dans l\u2019azur frais. Il aurait fallu y aller nous aussi. On aurait d\u00fb faire partie du voyage. Je l\u00e8ve les bras vers le ciel et d\u00e9j\u00e0 les plumes fr\u00e9missent d\u2019une promesse nouvelle. OS.<\/p>\n\n\n\n<p>Il suffirait que&nbsp; j&rsquo;ouvre la porte cach\u00e9e dans treillis de la cl\u00f4ture, que je brave les chiens, que je grave chaque d\u00e9tail au plus profond de moi pour toujours, que je dise que je viens chercher du sel. Il aurait suffi de croire \u00e0 une extr\u00eame urgence, \u00e0&nbsp; ce qui se r\u00e9v\u00e8le de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 du miroir. Mais la paresse, l&rsquo;indiff\u00e9rence ?, la h\u00e2te de l&rsquo;inutile. HB.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026Il aurait fallu se glisser dans une lenteur sans bord, en oubliant l\u2019avant et l\u2019apr\u00e8s, pour juste l\u00e0, oublier aussi l\u2019impatience. Relever comme le ferait un g\u00e9om\u00e8tre, les fils t\u00e9nus de nos pr\u00e9sences, les mettre en relief, explorer patiemment ce qui donnait sens aux renoncements pass\u00e9s et aux recommencements esp\u00e9r\u00e9s\u2026 renouveler ces instants fugaces de pr\u00e9sences et d\u2019\u00e9changes\u2026 le rien de pr\u00e9vu\u2026 l\u2019ouverture sur l\u2019apr\u00e8s\u2026 les perspectives qui nous animaient\u2026 quelque chose que nous d\u00e9couvririons unique beaucoup plus tardivement, happ\u00e9s par la h\u00e2te de nos vies\u2026 et, faire face \u00e0 une nostalgie silencieuse\u2026 A.N.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un moment de plus, un moment de pluie, de nuages ou de soleil, qu\u2019importe. Dans l\u2019instant o\u00f9 l\u2019espace et le temps nous \u00e9loignent sans nous s\u00e9parer, comme un saut dans le vide, une perte de sens. L\u2019incompr\u00e9hension a besoin d\u2019un sas, quelques heures, un jour entier, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un objet, un v\u00eatement, une herbe, un lieu, un son, un parfum permette de vivre \u00e0 nouveau. Et Aragon qui r\u00e9sonne. La verveine pousse et s\u2019envole vers vous. UP.<\/p>\n\n\n\n<p>Sauter du toit et passer de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9. Les entendre m\u2019appeler au loin, puis plus du tout. Se perdre dans la for\u00eat de taule. Ouvrir les bo\u00eetes au hasard. L\u2019une d\u2019entre elle est un navire qui part. Voir des mes yeux ce qui sent si fort et comprendre&nbsp;qu\u2019ils parlent sans savoir. Rentrer la nuit tomb\u00e9e et affronter leurs regards qui ont chang\u00e9. A jamais dans les r\u00e9cits de famille je serai celui qu\u2019on doit surveiller. Les grands se taisent&nbsp;; ils ne sont plus les seuls conteurs. JH.<\/p>\n\n\n\n<p>Coup d&rsquo;\u0153il \u00e0 gauche dans le virage. Rang\u00e9e d&rsquo;arbres en miroir dans le bassin de r\u00e9tention. Orange, or, rouge. Sans un souffle. Une pliure dans la vall\u00e9e. Un rectangle d\u00e9coup\u00e9 copi\u00e9-coll\u00e9 dans le paysage. Il aurait fallu s&rsquo;arr\u00eater pour photographier. S&rsquo;y perdre entre l&rsquo;envers et l&rsquo;endroit. HG.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait fallu briser la vitre, passer au-del\u00e0 du miroir refl\u00e9tant ma silhouette. Je l\u2019aurais alors vu sourire du bonheur de rentrer, de retrouver la lumi\u00e8re famili\u00e8re, les odeurs \u00e2cres de la ville. Je l\u2019aurais alors vu pleurer ceux qu\u2019elle a quitt\u00e9s, rencontres \u00e9ph\u00e9m\u00e8res et chamarr\u00e9es. Il aurait fallu qu\u2019elle marche encore nu pied dans la terre pour continuer \u00e0 rire. FbS.<\/p>\n\n\n\n<p>En diff\u00e9r\u00e9, indiff\u00e9rente et pourtant intrigu\u00e9e. A posteriori. C\u2019\u00e9tait la nuit. Un bruit qui se poursuit. Des cris ou n\u2019\u00e9tait-ce que des \u00e9clats de voix, une porte qui claque. Des pas. Le chat aux aguets derri\u00e8re les volets. Dans l\u2019heure creuse de minuit, dans le creux du lit. On repense aux autres fois: l\u2019ambulance en bas de chez moi, l\u2019incendie chez le voisin, la femme malmen\u00e9e, deux jeunes filles \u00e9m\u00e9ch\u00e9es, le cri du choucas dans l\u2019orage. Les fois o\u00f9 l\u2019on s\u2019est lev\u00e9, les fois o\u00f9 l\u2019on n\u2019a pas boug\u00e9. Un choix. Secondes suspendues dans l\u2019obscurit\u00e9. Puis le silence. Ne pas pouvoir deviner sa qualit\u00e9: habille-t- on le silence de nos craintes? La sc\u00e8ne imagin\u00e9e a percol\u00e9 dans mon r\u00eave et s\u2019est m\u00eal\u00e9e au r\u00e9cit de Venise que je venais de lire. La surface moir\u00e9e des canaux tremble quand appara\u00eet la longue barque noire, les murs des ruelles se resserrent. Le r\u00e9veil m\u2019a extraite du danger. Le chat est toujours aux aguets, la lune nappe le silence. LL.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord un cri, comme un appel.&nbsp;<br>La maison dort. Est-elle la seule \u00e0 l\u2019entendre ?<br>Sortir dans la nuit, se glisser hors du lit, soulever l\u2019\u00e9dredon sans r\u00e9veiller sa soeur.&nbsp;<br>Immobile, elle reste, guettant un autre signal.&nbsp;<br>Il se renouvelle plus proche : hou, hou, hou&#8230; Le hululement de la chouette, d\u00e9j\u00e0 entendu une nuit. Sa grand-m\u00e8re s\u2019\u00e9tait sign\u00e9e. Visage ferm\u00e9.<br>Elle ne r\u00e9pond pas \u00e0 l\u2019appel.<br>C.G.<\/p>\n\n\n\n<p>La gueule de la libraire encaissant mes huit euros pour <em>L\u2019Alphabet des Femmes<\/em> de Gospodinov. Cette fa\u00e7on de ne pas sourire, de ne pas croiser mon regard, d\u2019\u00e0 peine desserrer les dents pour le protocole \u00e9l\u00e9mentaire \u2014 d\u2019ailleurs pas bonjour. J\u2019en ai lanc\u00e9 un \u00e0 la cantonade en entrant, oui, comme dans une librairie de province et non dans le temple du livre \u00e0 deux pas de La Sorbonne. Pas par provocation&nbsp;: la porte \u00e9tait ouverte, c\u2019\u00e9tait un jour f\u00e9ri\u00e9, il faisait beau, je ne viens jamais dans ce quartier, la derni\u00e8re fois en avril, j\u2019avais achet\u00e9 <em>La Lisi\u00e8re<\/em> de Kassabova, parce que <em>L\u2019\u00c9cho du lac<\/em> \u00e9tait indisponible, et puis trop cher encore. Une personne affable m\u2019avait indiqu\u00e9 le rayon des Balkans, et son inutilit\u00e9 dans ma qu\u00eate&nbsp;: elle \u00e9crit en anglais, elle est au rayon litt\u00e9rature anglaise. J\u2019ai oubli\u00e9 \u00e7a et j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 nouveau dans le mauvais rayon. In\u00e9vitablement, je n\u2019y ai pas trouv\u00e9 ce que je venais chercher, <em>L\u2019\u00c9cho du lac<\/em> \u00e0 nouveau. Et plus tard dans l\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019ai \u00e9crit ces quelques lignes au sujet du lac de Saint-Bon, ce souvenir que j\u2019avais \u00e9voqu\u00e9 le matin m\u00eame avec une amie au caf\u00e9, un caf\u00e9, \u00ab\u2009La lumi\u00e8re\u2009\u00bb, o\u00f9 j\u2019avais lanc\u00e9 un bonjour \u00e0 la cantonade en entrant, alors que j\u2019y venais pour la premi\u00e8re fois, mais l\u00e0 on m\u2019avait r\u00e9pondu, et accueillie chaleureusement. Nous avons bu du th\u00e9 et du caf\u00e9 alternativement, et j\u2019ai racont\u00e9 la qu\u00eate d\u2019Ida, ma grand-m\u00e8re disparue \u00e0 plus d\u2019un titre (morte, oui, mais o\u00f9, enterr\u00e9e o\u00f9\u2009? Mari\u00e9e o\u00f9\u2009? N\u00e9e o\u00f9\u2009? \u00c9pouse quoi si pas seulement Cordoliani\u2009? Ou femme de qui \u00e0 part femme de chambre\u2026\u2009?) dont je piste les traces&nbsp;: cette qu\u00eate g\u00e9n\u00e9alogique (ce jeu de nous) constitue la meilleure r\u00e9ponse que j\u2019ai apport\u00e9e \u00e0 la douleur de mon genou, disparue elle aussi, depuis. Et par extension, des souvenirs de mon grand-p\u00e8re, que je ne cherchais pas, sont revenus sur le devant de la sc\u00e8ne. Je ne les avais pas oubli\u00e9s du tout, mais ils \u00e9taient rel\u00e9gu\u00e9s (dans un autre legs, donc), ils n\u2019\u00e9taient en rien pertinents (et il faudrait l\u2019\u00e9crire p\u00e8re-tinent, bien que je ne sache pas quoi faire de cette d\u00e9sinence, pour l\u2019instant\u2026 tient, tenant, mais quoi\u2009? La place, toute la place, du p\u00e8re qui fait faux-bon, s\u00fbrement et toujours cette h\u00e9sitation sur l\u2019orthographe de Saint-Bon ou Bond\u2009? Bont\u00e9 ou lien\u2009&nbsp;? \u00ab\u2009Patience&nbsp;\u2009!\u2009\u00bb, je me souviens que c\u2019\u00e9tait l\u2019injonction famili\u00e8re de ce grand-p\u00e8re-tinent. Il lui en aura fallu pour refaire surface au lac. Patience\u2026\u2009! Comme dit Golaud, exasp\u00e9r\u00e9 par l\u2019incapacit\u00e9 de son fils de sept ans \u00e0 satisfaire sa curiosit\u00e9 maladive. Pourtant, \u00e0 bien y r\u00e9fl\u00e9chir, mon grand-p\u00e8re disait davantage \u00ab\u2009Bont\u00e9 divine\u2009\u00bb\u2026 Mais l\u2019exasp\u00e9ration terrible, qui respire lourdement et roule des yeux, voil\u00e0 leur point commun. Encore aujourd\u2019hui, je me sens tout pr\u00e8s de ce petit gar\u00e7on qui la sent gronder comme l\u2019orage.) \u2014, pas bonjour, et \u00e0 peine merci et pas au revoir non plus, il aurait fallu l\u2019effacer, avec une grosse gomme \u00e0 rature, la gueule de la libraire, pos\u00e9e derri\u00e8re son comptoir snob, incapable de voir combien de plan\u00e8tes favorables s\u2019alignent pour que je sorte avec <em>L\u2019Alphabet des Femmes<\/em> sous mon bras et dans la t\u00eate, l\u2019\u00e9cho du lac. EC.<\/p>\n\n\n\n<p>Hier #2\/40 : \u00ab voyage sur la carapace d\u2019une torture sage \u00bb. D\u2019une tortue. D\u2019une tortue. Un R s\u2019et gliss\u00e9 dans mes souvenirs. Torture d\u2019une m\u00e9moire fragment ? \u00e9gratignure dans le po\u00e9sie de mon enfance ? De quand date la torture ? D\u2019hier au milieu des r\u00e9miniscences d\u00e9lav\u00e9es ou de ce temps l\u00e0 o\u00f9 je cherchais des cl\u00e9s \u00e0 mon imagination, o\u00f9 je fermais les yeux pour mieux voir la for\u00eat travers\u00e9e, \u00e0 cheval sur le lent animal. Torture de ne jamais trouver les mots ad\u00e9quats. M\u00e2chouiller un crayon \u00e0 facettes et \u00eatre d\u00e9\u00e7ue qu\u2019il ne se r\u00e9signe pas \u00e0 mes dents. IsB.<\/p>\n\n\n\n<p>Br\u00e8ve apparition de palmiers en enfilade, suivie d\u2019une palissade herm\u00e9tique au regard, juste apr\u00e8s des palmiers nains ouvrent le d\u00e9but d\u2019une all\u00e9e, un portail bas qu\u2019il serait ais\u00e9 d\u2019ouvrir en emp\u00eache l\u2019acc\u00e8s, au bout de l\u2019all\u00e9e une petite maison basse, mais \u00e9tendue prolong\u00e9e d\u2019une v\u00e9randa\u2026 trop loin pour \u00eatre certain de la v\u00e9randa\u2026 convergence de promeneurs, un voile, des effluences exotiques d\u2019\u00e9pices, un parfum enfantin. MS.<\/p>\n\n\n\n<p>La boucle se balance. La lumi\u00e8re traverse le verre opaque. C&rsquo;est une unique boucle d&rsquo;oreille. C&rsquo;est un cygne ou du moins un oiseau. Le cheveu, noir, est ras sur la nuque. La t\u00eate glisse horizontalement dans l&rsquo;air fixe, sans remous. L&rsquo;homme avance. Je ne vois pas le dos. Je ne vois pas les jambes. La t\u00eate s&rsquo;\u00e9loigne et le bijou. Pouss\u00e9e par la nuque, \u00e9voluant le long d&rsquo;un rail invisible, la t\u00eate s&rsquo;en va, emporte le visage. Je n&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re pas. MaT.<\/p>\n\n\n\n<p>au rayon fruits et l\u00e9gumes, cette conversation entre un client et l\u2019\u00e9talagiste&nbsp;: on pourrait en faire un roman, vous me donnez une id\u00e9e, vous rigolez mais je vais vous dire\u2026 Le client s\u2019approche et lui parle \u00e0 voix basse, je m\u2019\u00e9loigne avec mes pommes. JC.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aper\u00e7ois de l\u2019all\u00e9e la femme-statue, par tout temps pench\u00e9e sur le bassin rocailleux, par tout temps m\u00e9dus\u00e9e de s\u2019y d\u00e9couvrir. Mais de quelle couleur est l\u2019eau, quel en est son motif, alors que les arbres se d\u00e9plument et le ciel s\u2019affadit ? Je n\u2019ai pas la force aujourd\u2019hui d\u2019y croiser mon reflet. ASD.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils coupent des arbres. Lui avec la tron\u00e7onneuse. Penser au feu, aux cervelas&nbsp;; cet hiver, un manque. Il faudra. VF.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait fallu en passant rattraper l\u2019enfant qui courait. Au bout de la jet\u00e9e ne pas le laisser fuir. Sous la b\u00e2che translucide les poteaux bleus : un vide froid. Il aurait fallu retenir l\u2019enfant &nbsp; &nbsp;celui-l\u00e0 qui passait et n\u2019avait pas de cri. \u00c0 la sortie du Temple je porte la boite avec les hommes; \u00e7a me revient: le poids pour son corps de plume. Devant le bar ferm\u00e9 des \u00ab&nbsp;Fr\u00e8res&nbsp;\u00bb je me souviens qu\u2019elle a couru sur cette jet\u00e9e de sable. Elle aussi. Longtemps. Loin. Quand nous n\u2019\u00e9tions pas n\u00e9s. NH. &nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Belle soir\u00e9e douce, belle nuit, bel endroit et ce matin le soleil qui perce la brume, les reflets sur la mer et tout \u00e7a, les papotages tranquilles autour du caf\u00e9, le petit d\u00e9jeuner qui dure encore et puis le d\u00e9part, un peu de vent, l\u2019odeur du camion, toujours pas envie d\u2019aller l\u00e0-bas, pas envie de civilit\u00e9s, il aurait fallu ne pas tourner au rond point, se tromper de chemin, &nbsp;j\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne pas. IsC.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait fallu lui dire, que je lui dise, qu\u2019il \u00e9tait tellement beau, beau \u00e0 en chialer,&nbsp; mais les mots sont juste rest\u00e9s &#8211; le mouvement du tramway la valse des entr\u00e9es \u2013 et moi avec cette id\u00e9e \u2013 un souffle dans la nuque une main le long de la barbe drue et un peu grise d\u00e9j\u00e0, ce que \u00e7a lui aurait fait de recevoir \u00e7a &#8211; lui, une fois parti. Il aurait fallu lui dire&#8230; LDP.<\/p>\n\n\n\n<p>For\u00eat. Dans le grand soleil chaud de novembre, parmi les cerfs, dans le grand son rauque&nbsp;&nbsp;de leur brame, quelque part dans le labyrinthe, j\u2019entrevois le chemin. Il n\u2019existe pas mais il est l\u00e0. Tous les signes sont l\u00e0, champignon l\u00e9opard, enfilade tortueuse des troncs noueux exactement dispos\u00e9s. Au creux de mon ventre, pulsion de la course dans les feuilles et les mousses, appel du corps d\u00e9sarticul\u00e9, disparition de ma verticalit\u00e9, s\u2019engouffrer dans le cerneau des noix, s\u2019efilandrer dans l\u2019\u00e2me du lierre.&nbsp;<br>Dire au revoir ou ne pas dire&nbsp;?<br>TD.<\/p>\n\n\n\n<p>il aurait fallu filmer&nbsp;\u2014&nbsp;ce jour-l\u00e0&nbsp;\u2014&nbsp;dans les all\u00e9es du cimeti\u00e8re de La Villette. sa silhouette rouge, des pieds \u00e0 la t\u00eate, la jupe, la cape, le b\u00e9ret. rouge elle se d\u00e9place entre le gris des tombes. ma g\u00eane de n\u2019\u00eatre l\u00e0 qu\u2019en qu\u00eate de lumi\u00e8re quand elle vient s\u2019occuper de ses morts. nous marchons sur deux all\u00e9es parall\u00e8les. le soleil magistral illumine le contour des mauvaises herbes qui poussent dans les bacs. elle dispara\u00eet derri\u00e8re une chapelle, ressurgit un peu plus haut, comme dans un conte&nbsp;\u2014&nbsp;rouge, pour dispara\u00eetre tout \u00e0 fait. CD.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait fallu faire quelques pas de c\u00f4t\u00e9, retenir les appr\u00e9hensions, sourdes ou claires, celles de la petite voix, celles du ventre, faire quelques pas de c\u00f4t\u00e9 sans se laisser intimider par le bout de ficelle tendu entre la haie et la cl\u00f4ture, faire quelques pas de c\u00f4t\u00e9 et insister pour passer sous ce fil, prendre le sentier naturel qui longe l&rsquo;enclos.<br>Il aurait fallu vaincre le sentiment de menace qui p\u00e8se car ce que l&rsquo;on va trouver plus loin (les jappements d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s ne font pas l&rsquo;ombre d&rsquo;un doute) sont l&rsquo;\u0153uvre de l&rsquo;homme.<br>Il aurait fallu ne pas penser \u00e0 son regard de pierre, \u00e0 son gigantisme, \u00e0 la crainte qu&rsquo;il arrive \u00e0 l&rsquo;instant o\u00f9 faire quelques pas de c\u00f4t\u00e9 pour sauver, se transforment en cur\u00e9e.<br>Il aurait fallu&#8230; Prendre un autre chemin, au propre comme au figur\u00e9.<br>MM<\/p>\n\n\n\n<p>Elle remonte la rue en pente, courb\u00e9e, gestes d\u00e9sordonn\u00e9s, paroles \u00e9chapp\u00e9es en solitaire, vie affol\u00e9e, happant le regard de qui veut bien de qui ose le croiser puis elle disparait dans le r\u00e9troviseur. EM<\/p>\n\n\n\n<p>avancer une journ\u00e9e enti\u00e8re dans la ville, collecter tous les visages crois\u00e9s, qu&rsquo;ils s&rsquo;impriment sur la r\u00e9tine, les collectionner, arr\u00eater le temps et \u00e0 chacun consacrer l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, les garder ni dessin\u00e9s, ni d\u00e9crits, pour chacun trouver un mot ou l&rsquo;inventer (peut-\u00eatre alors retrouver les traits des visages oubli\u00e9s) RA.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019asseoir. Entrer dans sa voix. Il aurait fallu tout prendre de son chant, plein corps, comme une totalit\u00e9 du monde, sur le bout de trottoir, avec cette sensation (per\u00e7ue, oui, dans l\u2019instant de la rencontre) que se jouait l\u00e0 l\u2019insondable unit\u00e9 de ce qui nous lie, de ce qui nous fait, elle, \u00e0 la langue inconnue, et moi, nous chauffer, nous attabler, nous consoler au m\u00eame jour. Il aurait fallu prendre le temps de voir les mat\u00e9riaux autour de nous m\u00fbrir dans son chant. Mes propres traits changer.&nbsp;MR.<\/p>\n\n\n\n<p>Lever la t\u00eate, juste le temps d\u2019apercevoir un rideau qui se ferme sur la p\u00e9nombre, personne, pas m\u00eame une silhouette, qui se dissimule derri\u00e8re les deux pans du voile dans cet immeuble \u00e0 appartements supervis\u00e9s, une personne \u00e2g\u00e9e sans doute pour qui la seule distraction d\u00e9sormais, les seuls instants de vie en mouvement sont ceux vol\u00e9s \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur depuis l\u2019obscurit\u00e9 de l\u2019appartement silencieux o\u00f9 personne ne vient jamais \u00e0 l\u2019exception des aides soignants et m\u00e9nagers qui n\u2019ont pas le temps de s\u2019attarder. Une fraction de seconde et le rideau retombe sur une ombre. CK.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait fallu presser \/pause\/ un quart de seconde apr\u00e8s le premier regard. Fallu figer celui des gens autour fa\u00e7on ces films o\u00f9 les protagonistes d\u00e9ambulent entre des statues vivantes fig\u00e9es dans l\u2019instant. S\u2019engouffrer dans l\u2019iris de l\u2019autre amorcer un sourire de reconnaissance. \u00c9change univoque et d\u00e9pourvu de mot qui dirait quelque chose comme \/\u00e0 tout \u00e0 l\u2019heure peut-\u00eatre ?\/.&nbsp;LC.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait fallu embrayer le pas sur les talons de l&rsquo;homme, se mettre dans la cadence, tenir \u00e0 l&rsquo;oeil la veine qui gonflait et se r\u00e9sorbait \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re de sa cuisse, une veine bleue, saillante, attaquer la grande mont\u00e9e \u00e0 petites foul\u00e9es \u2013 je sais qu&rsquo;apr\u00e8s la pente est moins raide -, r\u00e9gler mon souffle sur le sien, laisser le rythme de mon c\u0153ur s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer. AC.<\/p>\n\n\n\n<p>Bouteilles en plastique \u00e0 la main jusqu\u2019\u00e0 la fontaine, vu subrepticement sur la gauche un vase renvers\u00e9 sur la pierre, second passage, h\u00e9siter, le relever peut-\u00eatre, et ces fleurs en plastique l\u00e9g\u00e8res s\u2019envoleront bien vite, et vase relev\u00e9 l\u00e9ger aussi, le relever ou pas, et si retombe, passer mine de rien, reposer son attention sur la conversation commenc\u00e9e. Mais en quittant le cimeti\u00e8re, regrets. BG.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un TGV vers Paris. Un homme avance dans le couloir. Il vient de monter, et ne s\u2019assoit pas loin de moi. La bonne cinquantaine, chaussures pour marcher, tenue d\u00e9contract\u00e9e, mais soign\u00e9e. Il \u00f4te sa veste, d\u00e9pose son sac \u00e0 dos de ville sur le si\u00e8ge voisin. Quelques minutes plus tard il se plonge dans des mots crois\u00e9s. Non ce n\u2019est sans doute pas un universitaire, m\u00eame s\u2019il ressemble \u00e0 un prof que j\u2019ai eu \u00e0 la fac, il y a&nbsp;longtemps. Cet homme-l\u00e0 que fait-il&nbsp;dans la vie ? Que fait-il de sa vie&nbsp;? PS.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi sur cette peau de si nombreux tatouages&nbsp;?&#8230; Comme \u00e0 la surface d&rsquo;un \u00e9tang une foule d&rsquo;animaux qui n&rsquo;auraient pas eu raison d&rsquo;y surnager ou qui auraient eu toutes les raisons du monde de le faire apr\u00e8s tout ? (si je les avais interrog\u00e9s&#8230;) SC.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand le vieux chien Max est entr\u00e9 s&rsquo;est jet\u00e9 sur moi pour me saluer avant de s&rsquo;\u00e9taler par terre dans le soleil un autre apr\u00e8s-midi s&rsquo;est d\u00e9tach\u00e9. Miroitement. RC.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais pas si tu sais, mais&#8230; Il se tourne, la phrase s&rsquo;arr\u00eate, les points se suspendent et le myst\u00e8re s&#8217;emm\u00eale.<br>J&rsquo;imagine alors toutes ces choses qu&rsquo;il sait que je ne sais pas.<br>J&rsquo;envisage ce qu&rsquo;il ne sait pas que je sais et je sais qu&rsquo;il y a des choses qu&rsquo;il ne sait pas.<br>Mais jamais je ne saurai ce qu&rsquo;en cet instant, il aurait fallu savoir.<br>SL.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait fallu arr\u00eater la voiture et baisser le carreau, peut-\u00eatre ne rien dire, rester un peu pour voir, m\u00eame sans demander, ne pas prendre la fuite, continuer de rouler, faire comme si de rien, toute une vie comme si, c\u2019est long une vie. CLG.<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 l&rsquo;escalier, en bas dans la voiture. J&rsquo;attends. Le bois des portes vitr\u00e9es d&rsquo;un marron tr\u00e8s sombre celle du brou de noix, une zone tr\u00e8s nettement plus claire, ponc\u00e9e peut-\u00eatre. La s\u00e9paration est rectiligne. La main veut se poser, appuyer, \u00e9valuer la diff\u00e9rence de couleurs au seul toucher. Pour cela se d\u00e9plier, sortir, claquer la porte, monter les marches de marbre, et l&rsquo;enfant seul endormi sur le si\u00e8ge. Dans la nuit revient ceci : la main pos\u00e9e sur le front chaud encore, quelques jours plus tard la main sur le front froid dans la pi\u00e8ce froide. Dans la nuit plus encore, ceci la porte et tout ce qu&rsquo;il y avait autour, les statues, les piscines, le stade, avaient \u00e9t\u00e9 construits quand elle naissait aux grandes heures du fascisme. TM.<\/p>\n\n\n\n<p>Une silhouette, un grand corps pench\u00e9 un peu en avant, vers le tapis roulant de la caissi\u00e8re. Des provisions d\u00e9filent, derri\u00e8re la paroi en plexiglas cens\u00e9e prot\u00e9ger les gens du COVID. Un boubou blanc, descendant de toute la hauteur de la silhouette, et des cheveux cr\u00eapus grisonnant, sur la peau noire, un profil altier, oui, c\u2019est cela, altier, digne, auguste et ce corps courb\u00e9 vers les provisions qui d\u00e9filent sur le tapis roulant de la caisse du supermarch\u00e9, une multitude de caisses, de caissiers, de clients, de produits et cette silhouette-l\u00e0, ce boubou blanc, ce visage inclin\u00e9. VP.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai ramass\u00e9 ce matin un m\u00e9daillon d&rsquo;entre les tombes, abandonn\u00e9 au sol, ovale cass\u00e9 sur les bords, en porcelaine, photo s\u00e9pia d une femme en buste coiff\u00e9e ann\u00e9es 40. Je cherchais une s\u00e9pulture familiale dont j&rsquo; avais d\u00e9couvert l&rsquo;existence il y a peu, et je l&rsquo;ai ramass\u00e9. N&rsquo;avaient vu ni mon compagnon ni le gardien qui nous guidait.&nbsp; Pens\u00e9 minute \u00e0 aller voir \u00e0 quelle s\u00e9pulture il appartenait, pour le remettre, pour en savoir plus sur la dame, peut-\u00eatre, creuser. Pens\u00e9 plus tard \u00e0 comment il avait pu \u00eatre arrach\u00e9 et pos\u00e9 l\u00e0, temp\u00eate, vol ? SyS.<\/p>\n\n\n\n<p>Le village vide des pierres du gris un fond de soleil un chat borgne m observe une promesse d&rsquo;apprentissage peint les murs \u00e0 200 m\u00e8tres une boutique et 12 mains \u00e0 l&rsquo;huile s&rsquo;attardent sur des toiles demi crayonn\u00e9s. Les perspectives brouill\u00e9es j envie les grands yeux papiers. Un accent me propose d&rsquo;entrer sur le seuil je sais les contours flous je manque les marches le temps n&rsquo;est pas venu de sauter JenH&nbsp;.<\/p>\n\n\n\n<p>Lui, seul au fond de l\u2019all\u00e9e, face \u00e0 la st\u00e8le, l\u2019enfant au cyclamen rouge tandis que par nappes s\u2019\u00e9tend le brouillard. Il aurait fallu ta main sur son \u00e9paule. Juste ta main. MACM.<\/p>\n\n\n\n<p>Se dire qu\u2019on aura bien le temps de lui avouer notre proximit\u00e9 ou notre appr\u00e9ciation. Se rappeler de la stupeur \u00e0 l\u2019annonce de son suicide. Se consoler en relisant son Autoportrait, ou les tercets qui cl\u00f4turent le dernier livre. S\u2019en vouloir de ne lui avoir jamais post\u00e9 cette lettre pourtant \u00e9crite, d\u00e9sormais orpheline de destinataire. PhP.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait fallu quelques&nbsp; minutes&nbsp; de plus. H\u00e9las le feu est pass\u00e9 au vert. Elle a d\u00e9marr\u00e9, je n&rsquo;ai rien pu faire. Le temps, plant\u00e9e sur le trottoir, de la d\u00e9visager. Jeanine, c&rsquo;\u00e9tait Jeanine, perdue de vue depuis son d\u00e9part vers la grande ville. Le temps de la reconnaitre. Elle avait chang\u00e9, un viage bl\u00eame, fatigu\u00e9, plus rien de sa vivacit\u00e9, une ombre triste derri\u00e8re la vitre. Elle ne m&rsquo;avait pas vue ou peut-\u00eatre pas voulu me voir. Il nous aurait fallu quelques minutes de plus pour un bonjour, aller ensemble au bistrot prendre un caf\u00e9. Une rencontre rat\u00e9e. Mais avions-nous quelque chose \u00e0 nous dire apr\u00e8s ces ann\u00e9es de silence&nbsp;? ChD.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019encoignure tapiss\u00e9e de carton de la derni\u00e8re porte du magasin une femme est assise sur un petit tabouret en plastique vert les jambes repli\u00e9es vers sa poitrine elle tient&nbsp; un gobelet&nbsp; l\u00e9g\u00e8rement pench\u00e9 vers ceux qui marchent. Plus loin mais du m\u00eame cot\u00e9, un jeune homme assis sur un petit pliant joue sur un violon des airs celtiques les rythmant du pied. Devant lui l\u2019\u00e9tui de son violon ouvert re\u00e7oit les pi\u00e8ces des spectateurs d\u2019un instant. Ils \u00e9taient cote \u00e0 cote. S\u00e9par\u00e9s. Compar\u00e9s. LT.<\/p>\n\n\n\n<p>Il t\u2019\u00e9chappe une fois de plus, le nom du personnage. Pourtant tu as le titre du livre, son auteur, tu sais que tu l\u2019as lu il n\u2019y a pas si longtemps, un livre de poche, tu vois la couverture, l\u2019image. Mais tu ne le retrouves plus. Tu l\u2019as pr\u00eat\u00e9 ? Mal rang\u00e9 ? Il aurait fallu noter \u00e0 qui tu pr\u00eates tes livres, il aurait fallu prendre le temps de les ranger, de chercher celui-l\u00e0, de retrouver le nom de ce personnage. C\u2019est quand m\u00eame lui le personnage principal&#8230; JD.<\/p>\n\n\n\n<p>Je marche, je marche.<br>Je pose mon poids sur la roche blanche, face au vide, grand, puissant.<br>Il aurait suffi que le pierrier glisse sous le pied,&nbsp;petit \u00e9boulement, pour que la montagne s\u2019effrite, s\u2019effondre et se sentir glisser dans les entrailles de la terre pour appartenir au mouvement int\u00e9rieur, de cette plan\u00e8te fascinante.<br>AL<\/p>\n\n\n\n<p>Sans bords. Une lieu circulaire, dont les distances sont ind\u00e9finissables, dont les contours sont noy\u00e9s dans les masses sombres, une porte, justement en pierre, des personnes affair\u00e9es&nbsp;: elles parlent, elles regardent autour, ne regardent rien de pr\u00e9cis, rentrer dans une ville ancienne, en passant d\u2019abord par la rue principale, traverser cette ville une seule fois , ne pensant jamais y revenir, les souvenirs de ce moment&nbsp;: c\u2019est une voiture&nbsp;&nbsp;roulant au pas, un temps maussade, aucun personnage, et puis, plus tard \/ bien des ann\u00e9es apr\u00e8s \/ regarder autrement et faire en \u00e9crivant ces lignes des pointS de comparaison, retrouver des \u00e9l\u00e9ments \u00e9pars, qui ressemblent \u00e0 \/ sont similaires \u00e0 telle autre situation, &#8211; comme par exemple, la posture assise dans la voiture, l\u2019envers&nbsp;: passer par la rue principale \/ explorer les ruelles, choses que l\u2019on pas not\u00e9, parce que choses qu\u2019on pensait sans importance.&nbsp;IdeM<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui, c\u2019est la grande flotte, la d\u00e9charge est gorg\u00e9e d\u2019eau. Aujourd\u2019hui, c\u2019est tremp\u00e9, les d\u00e9chets, qui ont \u00e9t\u00e9 des choses avant, importantes peut-\u00eatre pour des gens, trempent dans des flaques qui les avalent. Rep\u00e8re sur mon parcours, le temps d\u2019un feu, je l\u2019observe \u00e0 travers un rideau de pluie, ce fameux tas dont personne ne voit jamais qui l\u2019alimente. D\u2019un carton d\u00e9tremp\u00e9 d\u00e9passent quelques photos. Je jurerais que\u2026 la ressemblance est troublante\u2026 Je pourrais me garer et farfouiller dans le tas de photos gondol\u00e9es dont les contours ne sont d\u00e9j\u00e0 plus qu\u2019images qui coulent, je pourrais m\u2019assurer que\u2026Je d\u00e9marre alors que le rapprochement s\u2019est \u00e9vanoui et que, dans mon souvenir, il s&rsquo;enfuit d\u00e9j\u00e0. ESM.<\/p>\n\n\n\n<p>March\u00e9. J\u2019ai d\u00fb me garer pr\u00e8s de l\u2019ilot bois\u00e9 sur la rivi\u00e8re, la passerelle au portail cadenass\u00e9, le panneau <em>Propri\u00e9t\u00e9 Priv\u00e9e<\/em>, le cours d\u2019eau \u00e9troit. Si je pouvais, avec une paire de cuissardes, ou la prochaine canicule. Ou quand la nuit tombe et hop&nbsp;! par-dessus le portail. \u2014 Et tout \u00e7a pour quoi&nbsp;? Sur Google Earth, ce n\u2019est qu\u2019un bois comme un autre (et pas un c\u00e8pe). \u2014 Mais le petit texte dans Sauveterre y gagnerait.<br>Il y en avait des comme \u00e7a sur la Loire.<br>(Traverser le cours d\u2019eau sous la passerelle, ou par-dessus le portail&nbsp;? \u2014 On peut aussi aller sonner chez le propri\u00e9taire.)<br>WL<\/p>\n\n\n\n<p>Au moment o\u00f9 je remontais \u00e0 v\u00e9lo la rue de la m\u00e9sange, le brouillard en nappes \u00e9paisses tombait sur la ville, absorbait tout, m\u00eame la cath\u00e9drale. Un monde se laissait engloutir de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la ligne de tram, devenait images d\u2019archives, photographie vieillie. Il aurait fallu traverser et se laisser envahir par la brume. Dispara\u00eetre et rena\u00eetre ailleurs? CelB.<\/p>\n\n\n\n<p>La pi\u00e8ce est tapiss\u00e9e du sol jusqu&rsquo;au plafond d&rsquo;\u00e9tag\u00e8res de biblioth\u00e8que o\u00f9 s&rsquo;entassent des livres, et sur les livres des feuillets, des revues, d&rsquo;autres livres couch\u00e9s. \u00c7a sent le vieux parquet, le tabac, le bois cir\u00e9, le vieux papier. Un certain ordre pourtant se remarque, une attention au d\u00e9cor, aux objets. Sur le gu\u00e9ridon, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;un samovar, s&#8217;empilent dans une assiette des \u00e9clairs au chocolat. LH.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre que deux ou trois pas de plus vers le lac auraient modifi\u00e9 le cours des choses. Envol\u00e9es les barri\u00e8res de froide ferraille, aux lettres d\u00e9tour\u00e9es, pas encore le grand plongeon\u2026 trouver une voie, d\u2019eau, vers quelle travers\u00e9e, d\u00e9riv\u00e9e sans tangente.SG.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait fallu savoir retenir ce visage d\u00e9pos\u00e9 sur le miroir comme on retient une le\u00e7on, on ne retient jamais les le\u00e7ons, il aurait fallu de toutes ses forces \u2013 on en avait si peu &#8211; mais comment ; de quels bords un visage d\u2019enfant est fait, de quelles fronti\u00e8res ferm\u00e9es quand on ignore m\u00eame qu\u2019il existe des fronti\u00e8res, ferm\u00e9 comme un poing mon visage d\u2019enfant qu\u2019il aurait fallu envisager plus fermement avant qu\u2019il ne disparaisse tout \u00e0 fait, mais quand. ArM.<\/p>\n\n\n\n<p>On aurait pu rester l\u00e0 plus longtemps. Il aurait fallu faire un pas de c\u00f4t\u00e9 et retenir l\u2019\u00e9l\u00e9gance du geste de ce type qui donnait \u00e0 manger aux pigeons. On aurait saisi la froideur de l\u2019hiver, mes poings gel\u00e9s cal\u00e9s au fond des poches. Il aurait fallu s\u2019approcher davantage, on ne peut plus s\u2019approcher davantage. On va laisser flotter des images.&nbsp;SyB.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait fallu qu\u2019on se parle davantage pour mieux fixer les sensations. Se souvenir 11 \/ 11 \/ 22 \u00e0 distance. <em>Sa face est dans la tristesse \/ la tristesse est dedans \/ dedans, dedans ; dedans le d\u00e9sespoir \/ et le d\u00e9sespoir est dans son \u00e9l\u00e9ment<\/em> (Michaux). \u00c9L.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa voix parlait aux autres alentour. Eut-il fallu qu\u2019il me l\u2019adresse pour que je l\u2019entende aujourd\u2019hui&nbsp;? Qu\u2019elle disperse ma mati\u00e8re. Je d\u00e9crirai sa voix, la dirai pierreuse, paysanne. Je parlerai de son accent de montagnes sans saison. Ne l\u2019entendrai pas. Il aurait fallu traverser le salon, ne pas se cogner aux tables basses, aux fauteuils. Lui adresser ma pr\u00e9sence, une main sur son bras. Qu\u2019il me voie l\u2019\u00e9couter. Les histoires de nos anc\u00eatres \u00e0 travers sa voix, il m\u2019aurait fallu.&nbsp;GB.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Silhouette ou plut\u00f4t masse mais \u00e0 ce point ponctu\u00e9e de lumi\u00e8res que c\u2019est comme le trac\u00e9 d\u2019un m\u00e9got au bout d\u2019une main folle agit\u00e9 dans la nuit qui flotte dans l\u2019\u00e9paisseur grandissante, toute vibration cessant, sous un d\u00f4me bleu circonscrit \u00e0 mesure que l\u2019ancien gris de plomb se crispe en obscurit\u00e9, les taches, hublots, particules ponctuant comme formes vives cette sorte alors de silhouette, et cette translation immobile, dans sa majest\u00e9 de luciole, portant si peu de mouvement est comme partir, partir qui se pourrait, l\u00e0 maintenant tr\u00e8s loin. VB.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Odeur sauvage et instantan\u00e9e. Au d\u00e9tour d\u2019un chemin dans un sous-bois peupl\u00e9 de ch\u00eanes pubescents, cette odeur qui m\u2019a pris par le nez, violente, et qui m\u2019a rel\u00e2ch\u00e9 aussit\u00f4t. Surpris, j\u2019ai repris la marche. Je n\u2019aurais pas d\u00fb. Le sanglier \u00e9tait l\u00e0, \u00e0 m\u2019observer, le renard m\u2019appelait, l\u2019ailleurs me criait de le rejoindre. Ou l\u2019impr\u00e9vu. 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