{"id":99461,"date":"2022-12-24T18:42:59","date_gmt":"2022-12-24T17:42:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=99461"},"modified":"2022-12-24T18:43:01","modified_gmt":"2022-12-24T17:43:01","slug":"carnets-individuels-gwenn-a-s-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-gwenn-a-s-2\/","title":{"rendered":"#carnets individuels &#8211; Gwenn A-S"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><a><strong>#40 |<\/strong><\/a> <strong>Instructions pour continuer un carnet<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Du coup je sais pas si j\u2019ai bien tout compris, mais voil\u00e0<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Jour 1&nbsp;du mois \u00ab&nbsp;Une note par jour dans un carnet&nbsp;\u00bb &#8211; mardi 20 d\u00e9cembre :<\/p>\n\n\n\n<p>Cherch\u00e9 Cortazar, Benjamin et Baudelaire en ligne \u2013 pas trouv\u00e9 l\u2019acc\u00e8s aux textes sur Patreon, pas grave, flirt\u00e9 avec BNF, <a href=\"http:\/\/dormirajamais.org\/cortazar\/\">http:\/\/dormirajamais.org\/cortazar\/<\/a> et recopi\u00e9 \u00e0 la main 9 des treize th\u00e8ses de la technique de l\u2019\u00e9crivain dans <em>D\u00e9fense d\u2019afficher <\/em>transmis par email (si on peut avoir la page suivante ce serait chouette).<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Jour 2&nbsp;du mois \u00ab&nbsp;Une note par jour dans un carnet&nbsp;\u00bb &#8211; mercredi 21 d\u00e9cembre :<\/p>\n\n\n\n<p>Retrouv\u00e9 le post FB de solstice d\u2019hiver 2021, \u00e9crit celui d\u2019aujourd\u2019hui, publi\u00e9. Regard\u00e9 une carte postale punais\u00e9e au mur, \u00e9crit un texte \u00e0 son sujet, pris une photo pour illustrer le propos, publi\u00e9 sur mon blog <a href=\"https:\/\/deizlevr.blogspot.com\/2022\/12\/les-visages-vont-naitre-de-linstant-ou.html\">https:\/\/deizlevr.blogspot.com\/2022\/12\/les-visages-vont-naitre-de-linstant-ou.html<\/a>. Entre-temps post\u00e9 l\u2019extrait de Cortazar \u00e0 l\u2019attention des camarades de jeu du Tiers Livre, me rendre compte qu\u2019une phrase de ce texte m\u2019a incit\u00e9e sans que je le comprenne \u00e0 tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de. Partag\u00e9 cette page de blog aux ami\u00b7es de l\u2019atelier, voil\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Jour 3&nbsp;du mois \u00ab&nbsp;Une note par jour dans un carnet&nbsp;\u00bb &#8211; jeudi 22 d\u00e9cembre :<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est devenu plus compliqu\u00e9, la vie en dedans du monde me happe, l\u2019insomnie et le manque de sommeil font leur \u0153uvre cr\u00e9atrice et \u00e9motive. Extraits d\u2019un post FB qui dit cela, et d\u2019autres choses tues ici.<\/p>\n\n\n\n<p>Je lis je m\u2019\u00e9meus je parle dans ma t\u00eate. Je trouve des synchronicit\u00e9s partout dans le monde sur la toile dans les airs. M\u00eame les murs de ma chambre contiennent l\u2019avenir et le pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Un texte sur Colette et ses amies amantes au destin tragique \u00e0 quelques pas d\u2019ici quand ma propre m\u00e8re entamait son deuxi\u00e8me \u00e9t\u00e9. Deux photos d\u2019une maison aujourd\u2019hui disparue que je crois reconna\u00eetre et des noms d\u00e9j\u00e0 entendus me donnent envie de raconter encore.<\/p>\n\n\n\n<p>Un programme de ministre demain faire un far aller chercher courrier mal post\u00e9 lunettes \u00e9gar\u00e9es rencontrer des gens vendre des livres les signer en parler se r\u00e9jouir de No\u00ebl qui vient taire son silence face au monde exsangue. Alors ce serait \u00e7a vieillir ne pas aimer plus de la m\u00eame fa\u00e7on se garder d\u2019exister pour autre chose que l\u2019impr\u00e9vu. Et tourner en rond les phrases des dizaines de fois dans son lit entre les dents en travers de la gorge ne pas savoir comment se d\u00e9faire de l\u2019emprise qui soudain se rel\u00e2che mais jusque quand, reviendras-tu ?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Jour 4&nbsp;du mois \u00ab&nbsp;Une note par jour dans un carnet&nbsp;\u00bb &#8211; vendredi 23 d\u00e9cembre :<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9dicace, la derni\u00e8re de l\u2019ann\u00e9e, o\u00f9 suis all\u00e9e \u00e0 reculons et en grandes enjamb\u00e9es tout pareil, sachant que la promo n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 faite correctement, mais quand m\u00eame, y \u00eatre et savourer. En attendant le lecteur-la lectrice, \u00e9crire, encore, sur le cahier lign\u00e9 qui ne quitte pas le sac cabas&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Quand tu n\u2019as plus trop envie de faire de la retape, que tu t\u2019assoies, d\u00e9sabus\u00e9e, que tu te rel\u00e8ves dans un \u00e9lan qui te pousse \u00e0 revenir sur le pas de la porte, haranguer quand m\u00eame un peu les passants, regarder le ciel en cavalcade jouer \u00e0 nous cacher le petit bout de soleil qui essaye de percer.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Jour 5&nbsp;du mois \u00ab&nbsp;Une note par jour dans un carnet&nbsp;\u00bb &#8211; samedi 24 d\u00e9cembre :<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019apercevoir qu\u2019il est trop tard pour envoyer sa contribution, lire quelques unes de celles des coll\u00e8gues des 40 jours, y trouver tant de synchronicit\u00e9s, bravo et merci \u00e0 toutes et tous, nous sommes en phase, j\u2019en ai des pages enti\u00e8res moi aussi, j\u2019y reviendrai, promis.<\/p>\n\n\n\n<p><a><strong>#39 | ce dont on ne peut parler<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>ben justement. ici ou l\u00e0-bas, je ne peux pas. ou alors sans le dire vraiment. le laisser penser, tout juste. l&rsquo;\u00e9voquer un peu, entre des lignes qui ne seront pas lues. voil\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#38 |&nbsp;strat\u00e9gies du r\u00eave<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les voyages oniriques, fondateurs ou r\u00e9v\u00e9lateurs, je les ai longtemps not\u00e9s, chaque matin ou quand m\u2019en revenaient en m\u00e9moire des fragments au cours de la journ\u00e9e suivante, et le fais encore de temps \u00e0 autres. \u00c0 relire parfois les carnets d\u00e9di\u00e9s \u2013 plusieurs \u00e0 ce jour &#8211; je vois une r\u00e9surgence de qu\u00eate,&nbsp;recherches (d\u2019un enfant, d\u2019une voiture mais sur quel parking&nbsp;?, d\u2019une maison \u00e0 acheter, emm\u00e9nager, d\u00e9corer, d\u2019un livre \u00e0 lire ou \u2026 \u00e0 \u00e9crire), souvent dans des paysages ressemblant aux lieux connus, aim\u00e9s ou regrett\u00e9s. Hantise de ne pouvoir aboutir, parfois grand soulagement au r\u00e9veil de me rendre compte que non, je n\u2019ai pas repris la cigarette, reni\u00e9 des d\u00e9cisions ou manqu\u00e9 de respect \u00e0 un \u00eatre cher. Mais surtout, j\u2019ai souvent le sentiment d\u2019avoir parcouru des contr\u00e9es r\u00e9elles, interagi avec des personnes existant vraiment quelque part, que nous sommes toutes et tous, \u00eatres sensibles et \u00ab&nbsp;connect\u00e9s&nbsp;\u00bb, en vadrouille sur le m\u00eame plan \u00e0 un moment de notre sommeil. Et, pour comprendre cela, lire et \u00e9couter H\u00e9l\u00e8ne Cixous, qui en parle si bien dans son \u00ab&nbsp;R\u00eavoir&nbsp;\u00bb et d\u2019autres entretiens&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><a><strong>37 | du par c\u0153ur<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mignonne allons voir si la rose<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Qui ce matin avait \u00e9clos<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Sa robe de pourpre au soleil<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Et nos ann\u00e9es qu\u2019en reste-t-il ? Voil\u00e0 qu\u2019en 2022 Ronsard, Tr\u00e9net et Villon semblent se rencontrer, du moins dans mon esprit embrum\u00e9 de cinquantenaire. Je me revois enfant (8 ou 10 ans ?) apprenant \u2014 r\u00e9p\u00e9tant \u2014 humant les mots \u2014 m\u00e2chant les phrases \u2014 me d\u00e9lectant de la musique \u2014 d\u00e9corant mon cahier selon les images mentales de ces fleurs trop vite fan\u00e9es \u2014 devinant le regard de l\u2019amoureux bient\u00f4t blas\u00e9 \u2014 m\u2019attristant du po\u00e8te au gibet esseul\u00e9&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Et l\u00e0 maintenant monte cette am\u00e8re sensation d\u2019incompl\u00e9tude du monde, si \u00e2pre pour les beaut\u00e9s \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, si rude avec les \u00e2mes sensibles \u2014 mais aussi une tendresse atemporelle pour ces paroles transform\u00e9es en \u00e9crits pass\u00e9s de bouche en oreilles et d\u2019esprits fins en rotatives pour nous les transmettre aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Petite nostalgie de la d\u00e9couverte aussi, quand un vieux buffet, un dormeur dans le frais cresson bleu ou le ciel par-dessus le toit, me sont apparus dans la lumi\u00e8re de la premi\u00e8re \u00e9coute, ou la premi\u00e8re lecture&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>et tous ces textes qui d\u00e9filent en pens\u00e9e : Apollinaire et son esp\u00e9rance violente, enfin compris en passant le pont Mirabeau pour de vrai pendant un voyage scolaire ; Lucy in the Sky dont j&rsquo;envie les diamants, assise sur la moquette dans la chambre du grand fr\u00e8re, premi\u00e8re le\u00e7on d&rsquo;anglais ; plus tard, \u00ab\u00a0Take a jumbo, cross the water, like to see America\u00a0\u00bb, je prends le p&rsquo;tit d\u00e9j avec Supertramp et d\u00e9couvre la Californie en chantonnant pendant le cours d&rsquo;anglais sur les pilgrims of New Orleans &#8211; que faites-vous Abgrall ? j&rsquo;apprends l&rsquo;anglais madame ! &#8211; plus tard encore wer reitet so sp\u00e4t durch nacht und wind, quand je m&rsquo;efforce de comprendre quelque chose \u00e0 la po\u00e9sie d&rsquo;outre-Rhin, pour mieux m&rsquo;en d\u00e9tacher \u00e0 tout jamais en retournant vers ma Bretagne&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><a><strong>36 | routines du lire \u00e9crire, et quoi faire de mieux<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Au petit matin ouvrir les yeux sur un \u00e9cran, commencer par relever les mails, checker les spams pour ne rien rater. Parfois, quand des potes sont en mer, en course, je scrute avant tout leurs derni\u00e8res infos, le classement et la m\u00e9t\u00e9o des zones travers\u00e9es. Ensuite, apr\u00e8s un coup d\u2019\u0153il aux applis scolaires de mes loupiots ou aux pages FB d\u2019ami-es ou famille proche, la vraie vie m\u2019accapare un peu plus d\u2019une heure.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autre monde, le vaste, attend que j\u2019ouvre les newsletters de Mediapart, The Conversation ou France Culture, parfois T\u00e9l\u00e9rama, pour cliquer sur un lien et mettre de c\u00f4t\u00e9 pour plus tard. J\u2019essaie de ne pas me laisser distraire, d\u2019attendre le moment propice pour diss\u00e9quer un sujet ou l\u2019autre. Je musarde sur d\u2019autres sites d\u2019infos ou un magazine en ligne, Le Monde.fr ou franceinfotv.fr en acc\u00e8s libre, pour me souvenir de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de ce qu\u2019on appelait autrefois le journalisme et constater que la plan\u00e8te continue de (mal) respirer sans moi. Pour m\u2019en consoler, j\u2019irai approfondir sur AOC, Reporterre, Usbek &amp; Rica, Le Comptoir ou Diacritik ce qu\u2019a dit untel ou trucmuche sur un sujet aim\u00e9 (litt\u00e9rature, bien s\u00fbr, mais aussi \u00e9cologie, politique, voyages ou ethnologie, \u00e9ducation ou psychosociologie). Parfois je refuse ce retour au r\u00e9el et pr\u00e9f\u00e8re glaner un texte po\u00e9tique ou philosophique dans l\u2019un des recueils \u00e0 mon chevet, de Mil\u00e8ne Tournier \u00e0 Marc Aur\u00e8le en passant par Christian Bobin. Souvent pioch\u00e9 au hasard, ce bout de pens\u00e9es donnera (ou pas) le ton de la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite red\u00e9marre la lutte perp\u00e9tuelle pour me remettre au boulot ou ne pas d\u00e9crocher du travail en cours&nbsp;(\u00e9criture, dactylo, relecture, recherche documentaire\u2026). Il est si tentant de repartir surfer de r\u00e9seaux en articles en ligne\u2026 quand je ne suis pas happ\u00e9e par une revue papier qui tra\u00eene sur la table basse (Le Matricule des Anges, Causette ou Society) ou le roman en cours que je m\u2019accorde de rouvrir. C\u2019est un d\u00e9lice de grappiller le temps d\u2019une dizaine de pages, plus si le texte m\u2019entra\u00eene.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soir, s\u2019il me reste de l\u2019\u00e9nergie avant de m\u2019endormir, je replonge volontiers pour une br\u00e8ve apn\u00e9e ou quelques longueurs qui s\u2019\u00e9tirent en une heure ou deux, soit dans ledit roman, soit en ouvrant un autre de tous les livres qui attendent sagement leur tour sur ma table de nuit retrouv\u00e9e avec joie. Un\u00b7e auteur\u00b7e conseill\u00e9\u00b7e ou d\u00e9couvert\u00b7e r\u00e9cemment, de plus ancien\u00b7ne\u00b7s pour relecture ou approfondissement de leur \u0153uvre, parfois une correspondance d\u00e9laiss\u00e9e avec une amie ch\u00e8re ou un\u00b7e parent\u00b7e esseul\u00e9\u00b7e, voil\u00e0 les derni\u00e8res lignes que je parcours en glissant lentement vers le sommeil, s\u00fbrement peupl\u00e9 de feuilles \u00e9parses, voyages entre les mots et les phrases, miennes ou \u00e9trang\u00e8res, \u00e0 moins que son absence ne me donne l\u2019envie de rouvrir un livre ou un cahier et saisir un stylo le temps de l\u2019insomnie.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette journ\u00e9e-type de lectrice compulsive se d\u00e9roulait bien entendu avant le 10 novembre 2022. Si l\u2019exp\u00e9rience des trente-cinq derniers jours&nbsp;n\u2019a pas modifi\u00e9 durablement ce rythme, je me souviendrai des heures de lecture-r\u00e9flexion-\u00e9criture induites par ce formidable marathon des quarante jours du \u00ab&nbsp;Grand Carnet&nbsp;\u00bb, intercal\u00e9es parmi tous les moments d\u00e9crits ci-dessus. Ou peut-\u00eatre r\u00e9clamerai-je au bonhomme en rouge de me d\u00e9poser une vingt-cinqui\u00e8me heure voire un huiti\u00e8me jour hebdomadaire sous le sapin&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><a><strong>35 |&nbsp;la panne, l\u2019embrouille<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Quand la m\u00e9moire part en capilotade, le regard s\u2019\u00e9gare et les nerfs fr\u00e9missent sous les phalanges f\u00e9briles. Pianotant au bord de la table, elle agite et observe ses doigts tout papillonnant, lissant la toile cir\u00e9e en une glissade vers le sens et la raison qui lui \u00e9chappent. \u00ab&nbsp;Je perds la boule ou quoi&nbsp;? Bon dieu de bois passe-moi le r\u00e2teau que je finisse d\u2019\u00e9plucher les&#8230; &nbsp;Oh mis\u00e8re, \u00e7a recommence ! \u00bb. Regard ahuri, c\u0153urs serr\u00e9s et embrassades, on n\u2019a plus que \u00e7a en stock.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#34 | Ah \u00e7a ce serait une histoire pour&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"640\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_8430-rotated.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-109285\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_8430-rotated.jpg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_8430-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_8430-200x200.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Ce contraste entre troncs illumin\u00e9s par le jour qui se l\u00e8ve en rase-mottes et ciel sombre du grain qui monte de l\u2019ouest \u2014 ces branches fines d\u00e9pouill\u00e9es par l\u2019automne tordant leurs gris-vert-brun au-devant des nuages \u00e9pais \u2014comme une surimpression de vie sur fond de deuil \u00e0 l\u2019horizon \u2014 comme le r\u00e9cit d\u2019une existence de lumi\u00e8re \u00e0 travers la grande for\u00eat du monde. \u00c7a ferait une bonne nouvelle pour Jim Harrison ou son pote Pete Fromm, quelque part entre le Michigan et l\u2019Arizona.<\/p>\n\n\n\n<p>Et aussi, venu hier avant de conna\u00eetre la consigne, quelques mots sur mes compagnes d&rsquo;\u00e9criture &#8211; ces synchronicit\u00e9s de pens\u00e9e qu&rsquo;on a, quand m\u00eame !!!<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"512\" height=\"640\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/11E29921-B281-4935-9241-A58B63FC1D8D.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-109286\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/11E29921-B281-4935-9241-A58B63FC1D8D.jpg 512w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/11E29921-B281-4935-9241-A58B63FC1D8D-336x420.jpg 336w\" sizes=\"auto, (max-width: 512px) 100vw, 512px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Des plumes. Trouv\u00e9es sur le chemin, dans les bois ou la lande, en bord de gr\u00e8ve aussi, parfois m\u00eame entre deux rochers. Et trop de mots d\u00e9j\u00e0 surgissent avec elles, s\u2019envolent en pens\u00e9es, tournicotent mon esprit en farandole, tango ou requiem. Les phrases s\u2019enguirlandent, autour de mes doigts trop press\u00e9s de leur donner vie, dans les art\u00e8res de la grande \u00e9pop\u00e9e qu\u2019est le corps de mes textes elles font comme un chemin, des avenues et tout un labyrinthe de rues, uniques ou multiples, parfois \u00e0 contre-sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Les oiseaux ont d\u00e9pos\u00e9 leur offrande le long de ma route, tout le temps que j\u2019errais \u00e0 t\u00e2tons, silencieuse et pensive. \u00c0 chacune ramass\u00e9e, une nouvelle voie s\u2019ouvrait, un horizon se d\u00e9couvrait, brillant dans le lointain. \u00c0 chacune ramen\u00e9e, tenue serr\u00e9e en poche ou entre pouce et index pour les derniers pas de la balade, une place dans la maison, en vase ou bibelot, pot \u00e0 crayons ou bord de cadre. Plusieurs dizaines \u00e0 ce jour, depuis le temps. Guettant impassibles un regard, soufflant une parole dans l\u2019air immobile, murmurant les joies et les peines pour me les faire \u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#33 | Faire le vide<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le vide il se construit tout seul, je m\u2019y engouffre quand je le vois passer furtivement au fond de la pi\u00e8ce, au d\u00e9tour d\u2019une pens\u00e9e, \u00e0 la lecture d\u2019une id\u00e9e, \u00e0 la contemplation d\u2019un souffle dans les arbres. Cet \u00ab&nbsp;\u00e9tat de rien&nbsp;\u00bb cher \u00e0 Colette, ou bien Virginia Woolf, peut-\u00eatre Emily Dickinson&nbsp;?, quand contingences mat\u00e9rielles ou tergiversation existentielle ne subsistent de ma pr\u00e9sence au monde. Soudain, je pense \u00e0 la parole d\u2019\u00e9vangile \u00ab&nbsp;laissez venir \u00e0 moi les petits enfants&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#32 | les morts sont parmi nous<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Bien serr\u00e9es, elles se tiennent chaud sous la pierre gel\u00e9e. Je les salue, d\u00e9barrasse les fleurs fan\u00e9es, commence le monologue rituel au marbre et aux dorures. Je repars entre les st\u00e8les, continuant \u00e0 leur dire le jour pass\u00e9 ou ceux \u00e0 venir. Passant pr\u00e8s du cam\u00e9lia, je leur partage mes doutes. Effleurant du regard le rosier de leur amie, leur envoie mes espoirs sur le monde. L\u00e0-bas derri\u00e8re la grille, je laisserai se perdre dans le ciel mes derniers mots de tendresse esseul\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#31 | de l\u2019\u00e9tat du monde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Services publics : le grand malaise \u2014 Cr\u00e9ation artistique : ce qui n&rsquo;est plus tol\u00e9rable aujourd&rsquo;hui \u2014 Apprendre \u00e0 vivre sans \u00e9lectricit\u00e9 \u2014 Droit \u00e0 l&rsquo;IVG \u2014 de la pr\u00e9sence du loup sur le territoire fran\u00e7ais<\/em> \u2014 tant de titres et d\u2019infos, relay\u00e9es de TV en radio, de journaux en bouquins, glan\u00e9es ici et l\u00e0, trop pr\u00e9sentes et sans r\u00e9ponse de qui pourrait\u2026 Trop blas\u00e9e pour l\u2019ouvrir, ma petite gueule d\u2019Occidentale surinform\u00e9e n\u2019est que chambre d\u2019\u00e9cho d\u2019un monde qui d\u00e9rape en silence.<\/p>\n\n\n\n<p><a>#30 | fait divers, tout petit fait divers<\/a><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"580\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/image-4-1024x580.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-108221\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/image-4-1024x580.png 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/image-4-420x238.png 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/image-4-768x435.png 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/image-4.png 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">la poubelle s&rsquo;est totalement embras\u00e9e<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<em>Hier soir, un feu a pris dans une poubelle devant l&rsquo;\u00e9cole primaire<strong>.<\/strong> Rapidement \u00e9teint, il a noirci la fa\u00e7ade du b\u00e2timent et ab\u00eem\u00e9 un volet roulant. Les incivilit\u00e9s ont tendance \u00e0 devenir r\u00e9currentes dans la commune. R\u00e9cemment, un feu a \u00e9t\u00e9 allum\u00e9 dans les toilettes publiques.&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;France-Bleu.fr, 25\/12\/2019. Quelques semaines apr\u00e8s, veille du premier tour des \u00e9lections municipales, la m\u00e9diath\u00e8que jouxtant le bureau de vote br\u00fblera, privant la population de livres pendant un an.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais aussi, loin d\u2019ici, entre l\u00e0 o\u00f9 je suis n\u00e9e et un pays voisin. Relay\u00e9e par <a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/marie.cosnay\">Marie Cosnay sur FB<\/a>, cette histoire d\u2019une femme enceinte qui prend l\u2019avion de Casablanca vers Istanbul, demande un atterrissage d\u2019urgence \u00e0 Barcelone car prise par les douleurs de l\u2019enfantement. Quand l\u2019ambulance arrive sur le tarmac pour l\u2019emmener \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, vingt-huit personnes d\u00e9barquent et se sauvent en courant pour demander refuge en Europe. Certaines sont rattrap\u00e9es, douze restent introuvables. La future maman n&rsquo;est pas du tout pr\u00eate \u00e0 enfanter, elle est accus\u00e9e de trouble \u00e0 l&rsquo;ordre public. Elle n&rsquo;a donn\u00e9 la vie, mais vingt-huit chances \u00e0 d&rsquo;autres que son enfant. C&rsquo;est un fait pas si divers que \u00e7a dans le maelstrom des tentatives d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 une existence digne de ce nom, dont on ne tient plus le compte. Ou comment garder foi en l&rsquo;humanit\u00e9, quand tant pourrait nous faire sombrer.<\/p>\n\n\n\n<p><a><strong>#29 | on n\u2019aurait pas d\u00fb, voil\u00e0<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Appuyer furtivement sur le bouton, on n\u2019aurait pas d\u00fb. Cette petite ic\u00f4ne rougeoyante con\u00e7ue pour nous attirer, nous happer vers l\u2019au-del\u00e0 de nos murs, r\u00e9els ou virtuels. Et voil\u00e0 c\u2019est mort, on a cliqu\u00e9, l\u2019univers entier est \u00e0 notre port\u00e9e \u2014 sous nos yeux &nbsp;\u2014 dans nos m\u00e9ninges. \u00c7a ne fait pas un pli on est transport\u00e9e &nbsp;\u2014 d\u00e9tourn\u00e9e de l\u2019instant pr\u00e9sent \u2014 de la r\u00e9alit\u00e9 tangible qui nous attendait, offerte, disponible, maintenant ignor\u00e9e, trahie, vex\u00e9e. S\u00fbr qu\u2019on va le regretter.<\/p>\n\n\n\n<p><a><strong>#28 | rumin\u00e9, rab\u00e2ch\u00e9, ressass\u00e9<\/strong><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><em>De bon matin avant de lire la consigne, il y a eu \u00e7a :<\/em> Droit au confort \u00e0 la vie juste et agr\u00e9able aux lettres bien trac\u00e9es sur le cahier d\u2019\u00e9colier \u00e0 la libert\u00e9 de paroles et d\u2019\u00e9criture o\u00f9 quand comment bon me semble suivre des guides ou arpenter seule les \u00e9tendues arides de nouvelles contr\u00e9es avec pour boussole ressentis doutes et certitudes pour affronter craintes et faux-semblants \u00e9viter les impasses faire court.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Alors ensuite voil\u00e0 ce qui est venu<\/em> : Les mots les phrases les lettres \u00e7a commen\u00e7ait toujours par ce clavier imaginaire o\u00f9 les doigts courent et on ne peut plus les retenir le texte na\u00eet l\u00e0 sous les yeux cette litanie qui n\u2019a aucun sens du moins au d\u00e9but apr\u00e8s \u00e0 la fin on voit bien o\u00f9 elle voulait nous mener \u00e0 travers noms adjectifs verbes et c\u00e6tera elle formait phrase id\u00e9es pens\u00e9es et en chemin de paragraphes en pages tourn\u00e9es c\u2019est au grand tout \u00e0 l\u2019impossible \u00e0 d\u00e9finir \u00e0 l\u2019immense t\u00e2che d\u2019\u00e9crire qu\u2019on arrivait.<\/p>\n\n\n\n<p><em>et puis les deux textes sont apparus dans la compile, all\u00e9luia&#8230; alors je continue !<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#27 | pas moi, mais mon double<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait fallu le temps qui s\u2019\u00e9tire, comme on regarderait un film tourn\u00e9 avant sa naissance, un sc\u00e9nariste omniscient qui aurait plac\u00e9 tr\u00e8s judicieusement lieux, meubles et paysages autour de gens qui vont et viennent, rient et meurent, bougent ou dorment, observent et oublient. Au milieu d\u2019eux je regarde celle qui pense, essaie et rate encore, curieuse de comprendre, sans rel\u00e2che t\u00e2tonnant entre le vide anxiog\u00e8ne de la destin\u00e9e et le n\u00e9ant des questions existentielles sans r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, ma journ\u00e9e en spectatrice de moi-m\u00eame&nbsp;: Sortir des m\u00e9andres du fleuve onirique, il \u00e9tait sombre et charriait masse d\u2019objets h\u00e9t\u00e9roclites jet\u00e9s en amont par les ann\u00e9es de souvenirs qui se d\u00e9lestent r\u00e9guli\u00e8rement de leur fatras d\u2019images et de pens\u00e9es. Se hisser sur la berge du jour qui ne point pas encore, trop t\u00f4t pour le soleil. C\u2019est l\u2019heure des r\u00e9veils qui sonnent dans le noir, des frimousses \u00e0 c\u00e2liner du regard avant de les hisser \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s de caresse en baiser, pour remonter la rive vers la r\u00e9alit\u00e9 tangible d\u2019une journ\u00e9e d\u2019\u00e9cole. Poser les marques d\u2019un agenda un brin trop rempli, pr\u00e9paratifs de d\u00e9jeuner entre amies en m\u00eame temps qu\u2019\u00e9tendage de linge, coup d\u2019\u0153il et signatures sur des cahiers de coll\u00e9gien, affranchissement de courriers en partance ou \u00e9coute d\u2019un podcast sur d\u2019autres femmes aux vies esseul\u00e9es, elles aussi en regard cam\u00e9ra subjective sur leur existence pass\u00e9e\u2026 (merci Jen H pour le partage&nbsp;!). S\u2019engager un peu vite au stop en bas de la rue pour ne pas arriver en retard au premier rdv de la journ\u00e9e, pester contre le feu tricolore sur le dernier boulevard avant l\u2019arriv\u00e9e, qui fait perdre entre tractopelles et marteau-piqueur l\u2019avance gagn\u00e9e dangereusement. Refaire le chemin inverse une heure apr\u00e8s, heureuse d\u2019avoir cette fois la couleur orange clignotante pour accompagner le retour-maison, maintenant que rien ne presse plus. Remettre l\u2019eau \u00e0 chauffer, le cahier sur la table, les id\u00e9es en ordre, empoigner le stylo, aimer cette vie et remercier le ciel d\u2019\u00eatre gris et froid, les arbres de lui tendre leurs branches encore garnies de vers, bruns, rouille et ors pour en \u00e9claircir la tristesse. Repartir au fil des pens\u00e9es, de l\u2019eau qui bout et appelle la tasse et la boule \u00e0 th\u00e9, sentir monter dans les parfums de la menthe poivr\u00e9e et du thym m\u00e9lang\u00e9s la douceur et les forces d\u2019une belle session d\u2019\u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<p>et, \u00e0 l&rsquo;heure de r\u00e9duire tout ce brouet en un fumet de 480 signes, voil\u00e0 ce que \u00e7a donne :<\/p>\n\n\n\n<p>Celle qui sort des m\u00e9andres du fleuve onirique \u2014 se hisse sur la berge du jour pas encore n\u00e9 \u2014 remonte la rive vers la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019un agenda trop rempli \u2014 pr\u00e9pare un d\u00e9jeuner entre amies \u2014 \u00e9tend le linge \u2014&nbsp; jette coup d\u2019\u0153il et signature sur un cahier d\u2019\u00e9colier \u2014 affranchit du courrier \u2014 \u00e9coute un podcast \u2014 met de l\u2019eau \u00e0 chauffer, le cahier sur la table, les id\u00e9es en ordre \u2014 empoigne son stylo \u2014 repart au fil de ses pens\u00e9es \u2014 essaie de les rattraper \u2014 rate encore \u2014 rate mieux&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#26 | Choses floues, choses nettes<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"479\" height=\"474\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_8327-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-107240\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_8327-1.jpg 479w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_8327-1-420x416.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 479px) 100vw, 479px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Comprendre quelque chose du monde, dans l\u2019instant m\u00eame la voir se perdre dans la brume de mes pens\u00e9es. L\u2019envie de toucher \u00e0 l\u2019essentiel, croire l\u2019effleurer enfin, le voir s\u2019estomper derri\u00e8re le quotidien et les sentiments. L\u2019id\u00e9e de pouvoir dire le r\u00e9el, mais regarder s\u2019enfuir la r\u00e9alit\u00e9. Puis la l\u00e9gende dans le livre d\u2019histoire, sous la photographie d\u2019un chemin d\u2019antan \u00ab dont on ne sait quasiment rien et c\u2019est tant mieux&nbsp;tant ce flou lui permet d\u2019incarner un monde de r\u00eave&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#25 | Fragments du corps<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La main \u00e9videmment \u2013\u2013 outil astucieux \u2013\u2013 fascinante amie des jeux \u2013\u2013 des d\u00e9couvertes \u2013\u2013 depuis le premier jour \u2013\u2013 touch\u00e9e \u2013\u2013 effleur\u00e9e \u2013\u2013 empoign\u00e9e \u2013\u2013 heurt\u00e9e \u2013\u2013 parfois ab\u00eem\u00e9e \u2013\u2013 toujours prot\u00e9g\u00e9e \u2013\u2013 sans laquelle rien pas de connaissance \u2013\u2013 de l\u2019autre \u2013\u2013 du monde \u2013\u2013 de son propre corps \u2013\u2013 qu\u2019elle explore \u2013\u2013 attentive \u2013\u2013 timide \u2013\u2013 trop empress\u00e9e \u2013\u2013 peut-\u00eatre violente&nbsp;si le c\u0153ur \u2013\u2013 l\u2019esprit l\u2019oublient pour transmettre \u00e9motions \u2013\u2013 sentiments \u2013\u2013 r\u00e9flexions \u2013\u2013 pour l\u2019action \u2013\u2013 la palpation \u2013\u2013 les t\u00e2tonnements \u2013\u2013 les caresses.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#24 | Salle d&rsquo;attente<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Encore gour\u00e9e, pris la mauvaise route, tourn\u00e9 trop t\u00f4t \u00e0 gauche ou trop tard \u00e0 droite. Entre ces ronds-points qui d\u00e9filent sans mon attention, \u00e0 l\u2019approche de ces fourches trop nettes sur le GPS masquant la petite ruelle qui s\u2019en va en parall\u00e8le au chemin \u00e0 prendre, le mauvais choix aboutit sur la fausse piste. Du coup les secondes passent autant que les roues tournent dans la mauvaise direction, ce temps qui s\u2019\u00e9coule lentement, o\u00f9 patienter avant de reprendre la bonne route.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#23 &#8211; Exercice avec d\u00e9nombrement<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"360\" height=\"640\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_8245-1-edited-rotated.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-107321\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_8245-1-edited-rotated.jpg 360w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/IMG_8245-1-edited-236x420.jpg 236w\" sizes=\"auto, (max-width: 360px) 100vw, 360px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019entr\u00e9e du centre culturel un \u00e9diteur une m\u00e9diatrice deux libraires trois biblioth\u00e9caires. Sur le bar deux douzaines de viennoiseries trois litres de caf\u00e9 une bouilloire deux-cents gobelets. Dans la salle trois fois plus de femmes que d\u2019hommes. Sur l\u2019\u00e9cran mille-et-une biblioth\u00e8ques cent-onze maisons d\u2019\u00e9dition sept-cent-six autrices\/auteurs cent-soixante-treize librairies. \u00c0 l\u2019arriv\u00e9e sur le compteur trois-cent-quatre-vingt-cinq&nbsp; kilom\u00e8tres en quarante-huit heures.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#22 &#8211; On remet \u00e7a,&nbsp; mais avec un livre<\/strong> <strong>(\u00e0 perdre)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0 fait, cet exercice p\u00e9rilleux de d\u00e9tachement de soi d\u2019un texte aim\u00e9, qui m\u2019a construite ou d\u00e9rout\u00e9e, enivr\u00e9e ou laiss\u00e9e exsangue.&nbsp;Cette fois c\u2019\u00e9tait hier, tenant fermement mais avec arri\u00e8re-go\u00fbt d\u2019amertume \u00e0 m\u2019en s\u00e9parer, \u00ab&nbsp;de Marquette \u00e0 Veracruz&nbsp;\u00bb de Jim Harison. Viatique de mes jours sombres, compagnon de l\u2019\u00e2pre et lumineuse route des brafougnes conjugales, offert apr\u00e8s qu\u2019il me l\u2019ait \u00e9t\u00e9, puis rachet\u00e9 relu r\u00e9offert retrouv\u00e9 en ressourcerie o\u00f9 je le ramenai hier, donc.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#21 | Faire bouger les choses<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui c\u2019\u00e9tait une loooongue liste de to-do, alors l\u00e0 avant de tout \u00e9teindre et prendre la route, ce qui fut fait n\u2019a pas correspondu \u00e0 l\u2019attente, au pr\u00e9visible, mais qu\u2019en serait-il advenu si&nbsp;? \u00c9crit en trombe, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 chien et loup vont bient\u00f4t se rencontrer, quand la tentative de rattraper le temps modifie le planning, c\u2019est mort pour partir \u00e0 l\u2019heure pr\u00e9vue, mais au moins cette consigne-l\u00e0 fut respect\u00e9e. Quatre-cent-quatre-vingt signes max avant 18h, trop forte.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#20 | La sc\u00e8ne est muette (mais vaut son prix)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il m\u2019a montr\u00e9 ce qu\u2019il voulait j\u2019ai appuy\u00e9 sur l\u2019\u00e9cran choix 1 il m\u2019a montr\u00e9 la case CB et puis l\u2019autre touche o\u00f9 d\u00e9clencher le paiement on ne parlait pas la m\u00eame langue inutile de discuter j\u2019ai suivi les instructions c\u2019\u00e9tait pas si compliqu\u00e9 m\u00eame par signes et d\u2019un hochement de t\u00eate j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 lui indiquer combien il m\u2019a tendu la monnaie qui faisait le prix en centimes il a pris le gobelet fumant c\u2019est comme \u00e7a qu\u2019il a eu son caf\u00e9 dans la station de la grande autoroute.<\/p>\n\n\n\n<p>+ ce dimanche une petite reprise de la #07 hors consigne \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque&#8230; cette fois \u00e7a tient en 480&#8230;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Sur son \u00e9paule tatou\u00e9e deux volutes entrelac\u00e9es, elle \u00f4te son sweat&nbsp;: depuis la paume de sa main jusqu\u2019au creux de sa nuque fr\u00e9mit un immense serpent. | L\u00e8vres ferm\u00e9es regard silencieux, l\u2019enfant attend d\u00e9j\u00e0 le soir, son petit sac serr\u00e9 bien fort et dans les plis de l\u2019\u00e9charpe nou\u00e9e serr\u00e9e le parfum de maman. | La fille derri\u00e8re le comptoir cheveux liss\u00e9s piercing discret un teint truqu\u00e9 \u00e0 la cr\u00e8me \u00c9clat prodigieux yeux mascara. Combien de visages aura-t-elle vus aujourd\u2019hui&nbsp;?<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><strong>#19 | Transaction<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au petit matin, farfouiller dans la malle \u00e0 d\u00e9guisements et tendre au loupiot hilare&nbsp;son habit de saltimbanque, adapt\u00e9 au th\u00e8me choisi par l&rsquo;instit&rsquo;&nbsp;pour la photo de classe : \u00ab&nbsp;pour une fois qu\u2019on me demande faire le clown \u00e0 l\u2019\u00e9cole&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Ce midi, servir plat, fromage et verre de vin \u00e0 celui qui rentre pour sa pause d\u00e9jeuner. Tout \u00e0 l\u2019heure, accueillir les frimousses de fin de journ\u00e9e, \u00e9changer nos pens\u00e9es du jour, recevoir des nouvelles du monde ext\u00e9rieur. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#18 | Recopier c&rsquo;est facile<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"419\" height=\"419\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Extremes-et-lumineux-p.-110-1-edited.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-104880\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Extremes-et-lumineux-p.-110-1-edited.jpg 419w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/Extremes-et-lumineux-p.-110-1-edited-200x200.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 419px) 100vw, 419px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Christophe Manon, extr\u00eames et lumineux, Verdier, 2015<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;chemins de traverse, refluant vers des terres in\u00e9dites, toutes ces pages peaufin\u00e9es, arrang\u00e9es, lues et relues, \u00e9crites et r\u00e9\u00e9crites encore, obstin\u00e9ment, sans rel\u00e2che, \u00e0 esp\u00e9rer, d\u00e9sesp\u00e9rer, dans une transe rageuse et volontaire, tant d\u2019efforts [\u2026], tout ce travail acharn\u00e9, mais alors pourquoi&nbsp;? comme si cela ne suffisait pas les livres lus, d\u00e9j\u00e0 \u00e9crits par d\u2019autres, empil\u00e9s, accumul\u00e9s, class\u00e9s, relus au besoin et si affinit\u00e9s, quelle n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019ajouter d\u2019autres mots aux mots, quel imp\u00e9ratif&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Scroller les photos dans l\u2019IPhone pour retrouver un texte lu, d\u2019un po\u00e8te, un anarchiste ou une f\u00e9ministe, enfin ces lignes, voil\u00e0. Le matin pendant que les kids \u00e9tirent ce dimanche pluvieux entre lits d\u00e9faits et canap\u00e9, tra\u00eenant en pyjama, me regardant, attabl\u00e9e en cuisine, passer du minuscule \u00e9cran aux feuilles d\u2019un vieux cahier \u00e0 grands carreaux, puis aux pages lumineuses et plus vastes du laptop, lire et dactylographier, relire et r\u00e9\u00e9crire, poster avant le r\u00f4ti de midi.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"480\" height=\"640\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/64051138027__B1666A2F-186E-4F35-A6E3-055B107329B3-rotated.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-104883\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/64051138027__B1666A2F-186E-4F35-A6E3-055B107329B3-rotated.jpg 480w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/64051138027__B1666A2F-186E-4F35-A6E3-055B107329B3-315x420.jpg 315w\" sizes=\"auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>pas si facile, en effet, mais si riche, encore une fois se plonger en lecture sur l&rsquo;\u00e9criture, puis dans l&rsquo;\u00e9criture, avec rebonds dans le r\u00e9el et mises en perspective, j&rsquo;adore.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#17 | Petits embellissements bienvenus<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"480\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_8193-edited.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-104894\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_8193-edited.jpg 480w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_8193-edited-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_8193-edited-200x200.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Arr\u00eater de prendre les pr\u00e9s pour le jardin des paysans : mettre les vaches \u00e0 pa\u00eetre autour des mairies, dans les cours des pr\u00e9fectures | D\u00e9b\u00e9tonner tout le littoral et enfouir sous la plage les pav\u00e9s autobloquants des parkings de zone commerciale | Pour chaque naissance, chaque mariage, offrir aux parents un \u00e2ne et le foin pour les prochains voyages d\u2019agr\u00e9ment &#8211; pour aller bosser, cal\u00e8che et tombereau dans chaque quartier.<\/p>\n\n\n\n<p>G. A-S<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#16 | Il fait froid, couvrons-nous !<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le pantalon tergal pattes d\u2019eph qui gratte \u00e0 l\u2019entrejambe et fait la peau toute froide les jours de neige \u2013 mais on est \u00e0 la mode comme les grandes. La cravate parfaitement align\u00e9e entre les pointes du col amidonn\u00e9, boutons de manchette nacre et or, Papy le jour de mon mariage. Le vaste pull tricot\u00e9 main pure laine vierge, les Shetlands auraient travers\u00e9 la Manche pour me tenir chaud. Les robes \u00e0 fleurs bien ajust\u00e9es de ma m\u00e8re, pour ressembler aujourd\u2019hui \u00e0 une photo d\u2019antan.<\/p>\n\n\n\n<p>Gwenn, qui ne sort pas de chez elle et se souvient seulement&#8230; et justement, avant pendant apr\u00e8s il y a aussi \u00e7a, <a href=\"https:\/\/deizlevr.blogspot.com\/2022\/11\/ste-catherine-tire-la-bobinette-ta-vie.html\" data-type=\"URL\" data-id=\"https:\/\/deizlevr.blogspot.com\/2022\/11\/ste-catherine-tire-la-bobinette-ta-vie.html\">l\u00e0<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#15 | Cut up moi \u00e7a<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_8219.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-104011\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_8219.jpg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_8219-420x315.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Les moineaux qui luttent contre le vent brouillon en se planquant dans la haie \u00ab&nbsp;merci de ne pas avoir taill\u00e9 notre abri \u00e0 l\u2019automne&nbsp;\u00bb, les nuages qui chevauchent de sud-ouest en nord-est \u00ab on a faim de fra\u00eecheur apr\u00e8s tout le chaud qui nous a emp\u00each\u00e9 de voyager cet \u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb, la pluie qui tombe \u00e0 l\u2019oblique \u00ab&nbsp;mieux que le parapluie, sors ton bon vieux cir\u00e9&nbsp;\u00bb, voil\u00e0 les seules phrases entendues aujourd\u2019hui. <\/p>\n\n\n\n<p><strong>#14 | rien qu&rsquo;une seconde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_8227.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-104013\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_8227.jpg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_8227-420x315.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>De la fen\u00eatre du salon o\u00f9 l\u2019horloge berce ma m\u00e9ditation, j\u2019observe les assauts du vent sur le jardin. Soudain, dans une brusque bourrasque, une feuille morte trace un \u00e9clair roux entre les arbres et le ciel hirsute, tandis que les nuages noirs en cavalcade confient au suroit une goutte de pluie qui s\u2019\u00e9crase sur la vitre encore s\u00e8che, comme une&nbsp; larme sur le reflet de mon visage immobile.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#13 | arr\u00eater le monde<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La voiture arr\u00eat\u00e9e au croisement, prioritaire puisqu\u2019\u00e0 ma droite. Sur la chauss\u00e9e, la lumi\u00e8re crue d\u2019entre deux averses. Conducteur \u00e9bloui ? Non, il regarde ses jambes, s\u00fbrement un t\u00e9l\u00e9phone. Telle la vapeur de l\u2019\u00e9chappement, nos pens\u00e9es diffusent dans l\u2019air humide des r\u00e9alit\u00e9s \u00e9parses. Lui, absent tout en \u00e9tant l\u00e0, moi, press\u00e9e de son retour concret dans cette rue baign\u00e9e de soleil. Soudain, ailleurs et pr\u00e9sent se distendent et se percutent&nbsp;: il l\u00e8ve les yeux, il red\u00e9marre.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/PROPOSITION-13-arreter-le-monde.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-103443\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/PROPOSITION-13-arreter-le-monde.jpg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/PROPOSITION-13-arreter-le-monde-420x315.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Bonheur que cette session, vraiment. Les lumi\u00e8res du jour, les instances convoqu\u00e9es pour y donner miroir, cet entrelacs de pens\u00e9es et gamberge pour avancer &#8211; sur les rails d&rsquo;hier \ud83d\ude09 &#8211; vers le meilleur des mots, youpi.<\/p>\n\n\n\n<p>et l&rsquo;exercice pour germaniste que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 en de (bien) plus jeunes ann\u00e9es, quel bien \u00e7a fait ! ressortir le Wahrig, un brin empoussi\u00e9r\u00e9, tordre les images int\u00e9rieures jusqu&rsquo;\u00e0 leur faire rendre substantifique moelle, tout \u00e7a en deux heures de temps, merci Fran\u00e7ois.<\/p>\n\n\n\n<p>donc, ma propal de traduc (\u00e0 retravailler sans doute) : <\/p>\n\n\n\n<p>La repr\u00e9sentation de l\u2019insatisfaction offerte par une rue, cet endroit d\u2019o\u00f9 chacun l\u00e8ve les pieds pour s\u2019en \u00e9loigner.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>et, au d\u00e9tour de ma bo\u00eete aux lettres, la vraie, Thomas Vinau en couv&rsquo; du Matricule des Anges&#8230; quelle journ\u00e9e formidable !!<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><strong>#12 | la grisaille, les dessous<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ma grisaille du dessous&nbsp;: des lignes (l\u2019histoire) comme un rail qui part vers le lointain, qu\u2019on saura peu \u00e0 peu distinguer du ballast (souvenirs de lectures, de rencontres ou d\u2019ailleurs, visions des derni\u00e8res heures, bribes de r\u00eaves \u00e9vapor\u00e9es au r\u00e9veil). Un chemin donc, de fer (stylo-plume) ou de graphite (crayon), esquissant le prochain d\u00e9part du train&nbsp;: aligner les mots en phrases, les id\u00e9es en pens\u00e9e, autant de certitudes \u00e0 questionner, malaxer, pour le voyage en lettres.<\/p>\n\n\n\n<p>et sinon l&rsquo;inconnu qui se d\u00e9tache au loin, encore dans la brume, qu&rsquo;on va aller chercher d\u00e9couvrir, comme on creuse un tunnel pour prot\u00e9ger ses acquis, mettre \u00e0 l&rsquo;abri son tr\u00e9sor de savoir, avancer \u00e0 couvert, progresser lentement sous la terre des ancien-nes, ne pas trop s&rsquo;attarder mais renforcer sans cesse, quand m\u00eame, la fragilit\u00e9 des piliers qui s&rsquo;effritent dans le temps, les cahiers qui se piquent d&rsquo;humidit\u00e9 aux tr\u00e9fonds de la cave ou s&rsquo;\u00e9liment sous la fine couche de poussi\u00e8re du grenier des oublis.<\/p>\n\n\n\n<p>et puis apercevoir la toute petite lueur qui vacille mais grandit, l\u00e0-bas en contrejour on en voit les contours, au fil des phrases elle s&rsquo;affermit, on atteindra bient\u00f4t sa chaleur et la vision plus claire de ce qu&rsquo;on a \u00e9crit, mais c&rsquo;est une autre histoire.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#11<\/strong> |<strong> C&rsquo;est dimanche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\ufeffLe mercredi on pouvait rester au lit. Maman pr\u00e9parait le petit-dej, pour une fois calme et pas press\u00e9e. La Comtesse de S\u00e9gur, Fantomette ou Claude, ma favorite du Club des Cinq, apr\u00e8s leur nuit sur ma table de chevet, revenaient se glisser entre draps et oreiller. Un jour de CE1, il a fallu \u00e9crire un conte, j\u2019ai aim\u00e9 l\u2019exercice, eu les f\u00e9licitations de la ma\u00eetresse, pens\u00e9 que je pourrais faire \u00e7a, comme m\u00e9tier. Apr\u00e8s j\u2019ai oubli\u00e9, maintenant je me souviens.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong>#10 | Pendant que<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Pendant que je r\u00e9ponds je pense \u00e0 me taire. Pendant que la chouette hulule je vais m&rsquo;endormir. Pendant que je r\u00eaverai l&rsquo;orage gronde en Iran &#8211; femmes et hommes pleurant leurs enfants morts et leur pays exsangue. Pendant que ne baissent pas d&rsquo;un cran leur dignit\u00e9 et leur courage je chantonne Moustaki. Pendant que Black Friday je ne d\u00e9pense que des mots, des signes. Pendant qu\u2019il est encore temps je perds le mien dans l&rsquo;immensit\u00e9 du web.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#9 | ne pas s&rsquo;attarder sur<\/strong> <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_8110.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-101984\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_8110.jpg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_8110-420x315.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Ne pas s\u2019attarder sur le temps qui manque, le flux d\u2019\u00e9nergie qui recule, les nuances du coucher de soleil qu\u2019on a rat\u00e9es car trop de choses \u00e0 faire avant. Ne pas se mettre en retard pour d\u2019autres que celle-eux qui n\u2019ont pas su nous donner le meilleur, du moins on ne l\u2019a pas re\u00e7u. Ne pas attendre que cela arrive, la grande apoth\u00e9ose de la compr\u00e9hension imm\u00e9diate, quand un regard au bureau de poste, un sourire un brin m\u00e9prisant, un dos tourn\u00e9 \u00e0 l\u2019heure du besoin d\u2019affection, toutes ces instants n\u2019ont \u00e9t\u00e9 qu\u2019une question sans r\u00e9ponse. Ne pas s\u2019attarder l\u00e0, sur ce quai \u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9sert, \u00e0 moins de vouloir prendre froid.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>#8 | noms propres<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les noms seront bien assez nombreux dans la compile pour que j\u2019\u00e9prouve besoin de les figer aussi dans mon carnet &#8211; prend de la place du temps de l\u2019\u00e9nergie, basta<\/p>\n\n\n\n<p>m\u00e0j le lendemain, en constatant que les spams ont \u00e9t\u00e9 les plus forts, cf. mon envoi d&rsquo;hier, non compil\u00e9 donc :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><strong>Exp\u00e9diteur:<\/strong> Gwenn Servettaz &lt;abgrall.gwenn@wanadoo.fr&gt;<br><strong>Date:<\/strong> 17 novembre 2022 \u00e0 07:03:49 UTC+1<br><strong>Destinataire:<\/strong> fbon@tierslivre.net<br><strong>Objet:<\/strong><strong>R\u00e9p.&nbsp;:&nbsp; *** SPAM *** [carnet] FW: la #08<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>\ufeffSamantha Davies Vincent Lavandier Clothilde Rio Timoth\u00e9e de Fombelle Yann Rouzic Tugdual de Rosambo Am\u00e9lie Grassi Guillaume Verdier Virginia Woolf David Morcrette Evelyne Rioux Alain Mansuy Daphn\u00e9 du Maurier Hubert Tanguy Virginie Despentes Am\u00e9d\u00e9e Largoet Nancy Huston Yann-Fanch Quemeneur Carmen Bouchard Andr\u00e9 Le Bihan Victoire Bainvel Charles Baudelaire Amanda Bourel Martin Keruzor\u00e9 Ange Bassi Valerie Lemercier Maurice Nadeau Beatrice Chupin Marie Fontanel Tristan Le Meut \u00c8ve Le Maguer Carl Mouroux Nathalie Michault Fabrice Midal Anja Roman Paul Bukowski Tatiana de Rosnay Jakez Nedeleg G\u00e9rard Lambert<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#7 | chaque visage un trait<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>work in progress<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1440\" height=\"2560\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/B3E2F228-21BC-41C8-A1D2-4542111038A5-edited-scaled.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-101235\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/B3E2F228-21BC-41C8-A1D2-4542111038A5-edited-scaled.jpeg 1440w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/B3E2F228-21BC-41C8-A1D2-4542111038A5-edited-236x420.jpeg 236w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/B3E2F228-21BC-41C8-A1D2-4542111038A5-edited-576x1024.jpeg 576w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/B3E2F228-21BC-41C8-A1D2-4542111038A5-edited-768x1365.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/B3E2F228-21BC-41C8-A1D2-4542111038A5-edited-864x1536.jpeg 864w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/B3E2F228-21BC-41C8-A1D2-4542111038A5-edited-1152x2048.jpeg 1152w\" sizes=\"auto, (max-width: 1440px) 100vw, 1440px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Sur son \u00e9paule tatou\u00e9e deux volutes entrelac\u00e9es, aper\u00e7ues dans l&rsquo;\u00e9tirement premier qui fait glisser l\u2019encolure large sur le haut du bras. L&rsquo;exercice s&rsquo;intensifie, il fait chaud soudain, elle \u00f4te son sweat&nbsp;: depuis la paume de sa main jusqu\u2019au creux de sa nuque fr\u00e9mit un immense serpent. Au rythme des mouvements il sinue, couleurs et traits fins comme une invite \u00e0 voyage onirique, envo\u00fbtant tel K\u00e2a en pleine jungle. Dans un dernier effort elle se retourne, ramasse son sweat et se redresse, recouvrant le reptile d\u2019un geste caressant. Telle Mona Lisa revenant du paradis, la fille me sourit, ajuste ses lunettes et puis d\u2019un pas tranquille sort de la salle de gym. <\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est mercredi c&rsquo;est le matin. L\u00e8vres ferm\u00e9es regard silencieux, l\u2019enfant attend d\u00e9j\u00e0 le soir, son petit sac serr\u00e9 bien fort plein des tr\u00e9sors de la maison, doudou gourde rechange et dans les plis de l\u2019\u00e9charpe nou\u00e9e serr\u00e9e le parfum de maman. Soudain les mains s\u2019ouvrent le corps fr\u00e9mit le sourire point, les mots jaillissent&nbsp;: \u00ab&nbsp;ah te voil\u00e0, viens on va jouer&nbsp;!&nbsp;\u00bb. La fossette et les yeux rieurs, posant manteau, \u00e9charpe et sac, s\u2019en vont gaiement vers l\u2019espace dinette du centre a\u00e9r\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>La fille derri\u00e8re le comptoir, qui enchaine \u00ab&nbsp;bonjour c\u2019est \u00e0 qui&nbsp;? je vous le tranche&nbsp;? et avec \u00e7a&nbsp;?&nbsp;\u00bb Cheveux liss\u00e9s piercing discret un teint truqu\u00e9 \u00e0 la cr\u00e8me \u00c9clat prodigieux yeux mascara qui vont de la caisse \u00e0 l\u2019\u00e9tag\u00e8re \u00e0 la machine et retour au client. Un quart de seconde pour chaque regard, un demi-sourire et un au revoir. Combien de visages aura-t-elle vus aujourd\u2019hui&nbsp;? Les comptera-t-elle ce soir pour s\u2019endormir&nbsp;? Quelqu\u2019un quelque part lui demandera-t-il de s\u2019en souvenir et de les raconter&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>tiens je l&rsquo;ai refaite c&rsquo;est mieux non ? : <\/p>\n\n\n\n<p>Sur son \u00e9paule tatou\u00e9e deux volutes entrelac\u00e9es, elle \u00f4te son sweat&nbsp;: depuis la paume de sa main jusqu\u2019au creux de sa nuque fr\u00e9mit un immense serpent. | L\u00e8vres ferm\u00e9es regard silencieux, l\u2019enfant attend d\u00e9j\u00e0 le soir, son petit sac serr\u00e9 bien fort et dans les plis de l\u2019\u00e9charpe nou\u00e9e serr\u00e9e le parfum de maman. | La fille derri\u00e8re le comptoir cheveux liss\u00e9s piercing discret un teint truqu\u00e9 \u00e0 la cr\u00e8me \u00c9clat prodigieux yeux mascara. Combien de visages aura-t-elle vus aujourd\u2019hui&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"2560\" class=\"wp-image-100418\" style=\"width: 150px\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/B1FF193A-A280-4457-9564-F7A393DAE833-scaled.jpeg\" alt=\"\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/B1FF193A-A280-4457-9564-F7A393DAE833-scaled.jpeg 1920w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/B1FF193A-A280-4457-9564-F7A393DAE833-315x420.jpeg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/B1FF193A-A280-4457-9564-F7A393DAE833-768x1024.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/B1FF193A-A280-4457-9564-F7A393DAE833-1152x1536.jpeg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/B1FF193A-A280-4457-9564-F7A393DAE833-1536x2048.jpeg 1536w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#06 |<\/strong><br>Personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait remarqu\u00e9 que,&nbsp;la maison une fois d\u00e9laiss\u00e9e de ses habitants actifs en dehors de&nbsp;ses murs,&nbsp;des esprits et des corps invisibles s\u2019y agitent, y pensent et puis se taisent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait remarqu\u00e9 que,&nbsp;dans les grains de poussi\u00e8re virevoltant \u00e0 la lumi\u00e8re de midi, sous les tentures opaques repli\u00e9es pour le jour laisser entrer, sur chaque meuble, bricole pos\u00e9e sur la table ou v\u00eatement accroch\u00e9 apr\u00e8s une chaise, un univers entier se meut en silence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait remarqu\u00e9 que, comme&nbsp;un jeu de cubes aux formes et couleurs multiples, il se construit, dans la maison vid\u00e9e de ses prot\u00e9g\u00e9s partis s\u2019ouvrir au monde, une forteresse un \u00eelot une halte qui dit une autre vie, des histoires ou des r\u00eaves, un monde et des chim\u00e8res qui s\u2019envoleront quand r\u00e9sonnera dans l\u2019all\u00e9e le pas du premier qui rentre, la journ\u00e9e termin\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait remarqu\u00e9 que, dans un dernier fracas sans bruit, ne laissant de traces que sur quelques feuillets noircis \u00e0 l\u2019encre de mes neurones, la tour imaginaire, le labyrinthe hant\u00e9, l\u2019odyss\u00e9e fantasm\u00e9e se sont d\u00e9sagr\u00e9g\u00e9es dans le courant d\u2019air de la porte referm\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#05\/40 |&nbsp;ciel du lundi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"512\" height=\"512\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/3072E5CA-C5AA-47FF-8ECE-EC589B7BC001-edited.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-100255\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/3072E5CA-C5AA-47FF-8ECE-EC589B7BC001-edited.jpg 512w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/3072E5CA-C5AA-47FF-8ECE-EC589B7BC001-edited-420x420.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/3072E5CA-C5AA-47FF-8ECE-EC589B7BC001-edited-200x200.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 512px) 100vw, 512px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Sans savoir ce que seraient la consigne du soir, ouverture vers ce qui sera \u00e9crit demain, j\u2019\u00e9tais hier comme bien d\u2019autres jours, le nez en l\u2019air \u00e0 regarder le ciel. Une lune p\u00e2le alors que ciel bleu, me regardait paisible cueillir les framboises tardives pour le dessert du d\u00e9jeuner dominical. L\u2019apr\u00e8s-midi, une autre lune \u2013 est-ce la m\u00eame&nbsp;? \u2013 veillait sur les all\u00e9es-venues sous le soleil (trop) chaud d\u2019un triste anniversaire, on porte fleurs et bougies encore vers le pas de porte d\u2019Alex qui a perdu son fr\u00e8re, fleuriste comme elle, il y a sept ans, au Bataclan. L\u2019astre exsangue est comme un regard enfin bienveillant sur notre plan\u00e8te en chaos, qui dirait la longueur du temps, si long, la lenteur de sa course, si lente, les millions d\u2019ann\u00e9es qui restent \u00e0 ce qu\u2019on nomme la nature (l\u2019humanit\u00e9&nbsp;?) pour \u00eatre l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Et ce lundi, donc. Le ciel au r\u00e9veil&nbsp;: noir avec son halo orang\u00e9 l\u00e0-bas aux bordures de la ville, trou\u00e9 de la lueur intermittente des phares sur la route en contrebas du jardin, d\u00e9j\u00e0 peupl\u00e9 des sons d\u2019un d\u00e9but de semaine poussif. S\u2019\u00e9tirer en pensant \u00e0 cette journ\u00e9e qui peine \u00e0 s\u2019ouvrir, se tourner vers lumi\u00e8res et bruits de la maison qui s\u2019\u00e9veille.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"640\" height=\"480\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_8068.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-100256\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_8068.jpg 640w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_8068-420x315.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 640px) 100vw, 640px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Plus tard, mettre l\u2019ordinateur en route, coup d\u2019\u0153il \u00e0 travers la vitre embu\u00e9e&nbsp;: d\u00e9fil\u00e9 de nuages fins, lambeaux de ouate grise venue de l\u2019ouest en cavalcade nous souffler des souvenirs des jours derniers en mer. J\u2019entends les marins fatigu\u00e9s, les drisses qui claquent et les vibrations de cauchemar dans les coques des coursiers lanc\u00e9s pleine balle vers la Guadeloupe. Le ciel s\u2019\u00e9l\u00e8ve peu \u00e0 peu, on voit grandir l\u2019espace entre cimes des arbres et plafond nuageux. Le vent de suro\u00eet doux et brutal (chaud et violent) malm\u00e8nent feuilles et \u00e9tourneaux en un tourbillon enivrant, au sol et dans les airs. Le temps de d\u00e9gainer t\u00e9l\u00e9phone et d\u2019ouvrir fen\u00eatre, des trou\u00e9es bleues confirment le changement de lumi\u00e8re. Tapoter le barom\u00e8tre, voir une petite hausse, se remettre au boulot.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"480\" height=\"640\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_8076-rotated.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-100261\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_8076-rotated.jpg 480w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/11\/IMG_8076-315x420.jpg 315w\" sizes=\"auto, (max-width: 480px) 100vw, 480px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00c0 la table de bricolage, quelques heures plus tard, o\u00f9 le calendrier des pompiers se customize lentement sous le paysage c\u00e9leste qui s\u2019\u00e9claire &#8211; couleurs bleu gris blanc et lumi\u00e8re m\u00eal\u00e9es &#8211; en surplomb de la maison mastoc voisine.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus petite strate de filament bien au-dessus de la ru\u00e9e des nimbus vers l\u2019Est. Y aura-t-il du nouveau ? En attendant, trouv\u00e9 \u00ab reposoir \u00bb qui rimerait avec mon d\u00e9versoir (notre depuis 5-8 jours ?), ou les consid\u00e9rations de Samivel reprenant Bernardin de St Pierre, mais trop dense pour \u00eatre ici compil\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Trop tard pour envoyer&nbsp;? tant pis, ciel assombri, \u00e0 retrouver sur le carnet individuel, ou pas.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>#04\/40 |&nbsp;une phrase au r\u00e9veil<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Stress et oubli font de bons amis \u00bb. <\/p>\n\n\n\n<p>elle a tourn\u00e9 au milieu de la nuit, la petite phrase myst\u00e9rieuse, entre premier sommeil et d\u2019autres r\u00eaves\u2026 bons amis, faux amis, je ne savais plus bien, je trouvais \u00e7a bizarre, et ce matin, regardant ces mots, stress et oubli, me suis rendu compte que c\u2019\u00e9tait eux, mes sentiments permanents, ou ma lutte contre, qui emplissent mon quotidien.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors j\u2019ai \u00e9crit la suite :  Stress et oubli font de bons amis. Comme de vrais amis, ils aident \u00e0 \u00e9tancher la soif de vivre : avec eux tu sautes de souci en joie, tu passes le temps sans t\u2019en apercevoir, tu affrontes dragons et \u00e9pop\u00e9es sans fl\u00e9chir. Bon d\u2019accord \u00e7a \u00e9puise un peu, mais qu\u2019est ce qu\u2019une existence si ce n\u2019est ce recommencement perp\u00e9tuel d\u2019un vidage de batteries ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#03\/40 |&nbsp;il aurait fallu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>dans la lumi\u00e8re du jour qui point, il nous aurait fallu volont\u00e9 commune de voir, d&rsquo;attendre avant de pouvoir, d&rsquo;esp\u00e9rer le moment de regarder ensemble au m\u00eame endroit. On roulait depuis quelques heures d\u00e9j\u00e0, la fatigue n&rsquo;\u00e9tait plus un souvenir de la journ\u00e9e pass\u00e9e, si \u00e9prouvante, de la nuit trop courte qui lui avait succ\u00e9d\u00e9, hach\u00e9e et \u00e0 peine reposante, mais une r\u00e9alit\u00e9 qui amoncelait son refus de nous laisser paisibles. <\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0, maintenant, le long de la grande route, il aurait fallu un r\u00e9pit dans nos temps d\u00e9saccord\u00e9s pour apercevoir ensemble cette femme sortant de la station-service par la porte lat\u00e9rale, fichu mal accroch\u00e9 aux cheveux s\u00fbrement encore chauds du r\u00e9veil aux aurores, la blouse pass\u00e9e \u00e0 la va-vite sur la vieille robe de tous les jours, les sabots de plastique sur les pieds fatigu\u00e9s, et ce regard qu&rsquo;elle nous a lanc\u00e9, froid et bref, alors qu&rsquo;on claquait nos porti\u00e8res, dans nos mains f\u00e9briles les gobelets fumants qui nous tiendraient de carburant en lieu et place d&rsquo;amour et d&rsquo;espoir pour revenir de l&rsquo;au-revoir. <\/p>\n\n\n\n<p>Pour continuer le voyage, partager les instants qui feraient notre histoire, il nous aurait fallu la voir, la regarder vraiment, lui sourire en silence, alors aurait-elle cru, pens\u00e9 ou m\u00eame souhait\u00e9, que sur cette route ouverte, nous repartions ensemble dans la m\u00eame direction, au lieu d&rsquo;en solitude, chacun sur son chemin de pens\u00e9es.<br><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><strong>#02\/40 | Si loin si loin<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>Ce que je ne ram\u00e8nerai pas du voyage, r\u00e9el ou onirique : ces pens\u00e9es \u00e2nonn\u00e9es au creux de la nuit, ces phrases \u00e9vapor\u00e9es au d\u00e9tour du chemin, ces mots \u00e9chapp\u00e9s de leur sens, ces souvenirs entr\u2019aper\u00e7us sur le bord du chemin.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#01\/40 | de l&rsquo;impr\u00e9vu <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise, l\u2019impr\u00e9vu d\u00e9sir de noter.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis l\u00e0, assise parmi les autres en peine, gens recueillis pour l&rsquo;au revoir final, incapable de saisir crayon et carnet, d\u00e9cence et retenue, respect des \u00e2mes \u00e9plor\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est l\u00e0, au milieu des pri\u00e8res adress\u00e9es \u00e0 nulle part, vers les volutes des piliers ancestraux, tendues avec regards noy\u00e9s vers les visages saints, cette envie de se fondre en dedans pour amalgamer les mots, les phrases et l&rsquo;\u00e9motion en un geste d\u2019\u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9treint, entre hom\u00e9lie et offertoire, embaum\u00e9 de paroles, de chants et de bouquets d\u00e9pos\u00e9s pour l\u2019absente, cet emp\u00eachement de dire, \u00e0 l\u2019instant, brutalement, sans retenue ni fard, les frissons et les doutes, les souvenirs, le deuil d\u2019un rire ou d\u2019un avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est fini, glissant avec larmes et soupirs sur les larges dalles, louvoyant entre bancs vermoulus et promesses de purgatoire, ce besoin de noter s&rsquo;\u00e9chappe vers le jour qui n&rsquo;en finit pas de pleuvoir, triste aussi sur le parvis de l\u2019\u00e9glise.<\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>et, au d\u00e9tour de ma bo\u00eete aux lettres, la vraie, Thomas Vinau en couv&rsquo; du Matricule des Anges&#8230; quelle journ\u00e9e formidable !! #12 | la grisaille, les dessous Ma grisaille du dessous&nbsp;: des lignes (l\u2019histoire) comme un rail qui part vers le lointain, qu\u2019on saura peu \u00e0 peu distinguer du ballast (souvenirs de lectures, de rencontres ou d\u2019ailleurs, visions des <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-gwenn-a-s-2\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#carnets individuels &#8211; Gwenn A-S<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":509,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,3897],"tags":[],"class_list":["post-99461","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-carnets_individuels","category-le_grand_carnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/99461","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/509"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=99461"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/99461\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=99461"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=99461"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=99461"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}