{"id":99740,"date":"2022-12-17T11:02:09","date_gmt":"2022-12-17T10:02:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=99740"},"modified":"2022-12-17T11:02:10","modified_gmt":"2022-12-17T10:02:10","slug":"carnets-individuels-rbv","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-rbv\/","title":{"rendered":"# Carnets individuels | Rbv"},"content":{"rendered":"\n<p>#38 | Ce n\u2019est pas vraiment voler. Ce sont au d\u00e9but des petits bonds au ras du sol. Une sensation de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. Une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 qui s\u2019all\u00e8ge de plus en plus. Ce n\u2019est pas vraiment rebondir. C\u2019est un \u00e9lan ressort. Cela passe par le corps en partant des plantes de pieds et gagne le cerveau par une agr\u00e9able sensation de ma\u00eetrise apr\u00e8s la surprise. Comme un v\u00e9hicule dont on d\u00e9couvre les commandes et que peu \u00e0 peu on oriente. Ce sont des bottes de sept lieues int\u00e9gr\u00e9es. Elles fonctionnent \u00e0 l\u2019\u00e9nergie terrestre. Toucher la terre donne encore plus d\u2019\u00e9lan. \u00c0 chaque contact les lieues parcourues depuis le rebond pr\u00e9c\u00e9dent sont multipli\u00e9es. Et c\u2019est parce que finalement l\u2019\u00e9nergie n\u00e9cessaire n\u2019est plus si importante que vient la sensation de voler. Puisque, les pieds touchent de moins en moins la terre, se contentent de l\u2019effleurer, prendre appui ne compte plus et le rebond devient vol. C\u2019est une m\u00e9canique \u00e9nerg\u00e9tique assez simple dont la ma\u00eetrise consiste \u00e0 d\u00e9penser moins d\u2019\u00e9nergie pour en r\u00e9cup\u00e9rer d\u2019avantage, ne plus s\u2019\u00e9lancer mais \u00eatre auto-propuls\u00e9. Il semblerait que la distance parcourue chaque fois multipli\u00e9e provoque le ph\u00e9nom\u00e8ne. Faire un croquis ? Le r\u00eave est une extension, comme le serait un t\u00e9lescope, pour voir les fonds des univers. Je sais voler la nuit.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>#37 | Je ne suis pas de la g\u00e9n\u00e9ration du <em>par c\u0153ur<\/em>. Je me rappelle tout juste de la trouille, pas du texte. Plus tard, la seule phrase qui est rest\u00e9e dans ma t\u00eate est celle de Ren\u00e9 Char &nbsp;<em>\u2026 serre ton bonheur, prends ton risque. \u00c0 te regarder, ils s\u2019habitueront.<\/em> Elle pourrait \u00eatre une sorte de devise personnelle, un rappel. Cette phrase ne m\u2019accompagne pas. Elle n\u2019est tout simplement pas partie de ma t\u00eate. Elle n\u2019est pas non plus ma pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e esth\u00e9tiquement. Cela doit \u00eatre celle-ci qui du mental est descendue au c\u0153ur. Les autres sont peut-\u00eatre all\u00e9es droit au c\u0153ur avant de remonter vers le mental. Effervescentes.<\/p>\n\n\n\n<p>#36 | Lev\u00e9. Regarder par la fen\u00eatre \/&nbsp;<em>comment \u00e9crire la neige ? \/&nbsp;<\/em>&nbsp;Les premiers mots visibles de la journ\u00e9e sont les marques imprim\u00e9es sur le pot de caf\u00e9 puis celui qui s\u2019\u00e9crit dans la t\u00eate au m\u00eame instant \/<em>caf\u00e9 \/&nbsp;<\/em>peut-on prendre un caf\u00e9 sans l\u2019\u00e9crire quelque part ? Sur le frigidaire, sur le sac en papier du boulanger, au dessus de l\u2019horloge, sur la gazini\u00e8re, sur le po\u00eale, sur les bo\u00eetes de nourriture pour chats, sur la cuisse, sur le surv\u00eatement. Et l\u2019\u00e9crire quelques heures plus tard debout dans le hall de la Gare Montparnasse dans un fichier, dans une application d\u2019\u00e9criture, dans l\u2019iPhone. Cent mots pour l\u2019\u00e9crire et des milliers d\u2019autres qui se m\u00ealent, se pressent dans un couloir de plus en plus serr\u00e9s, ces mots pens\u00e9s devront s\u2019\u00e9crire et il n\u2019y a pas de place pour tous, pas en m\u00eame temps. La s\u00e9curit\u00e9 de la gare me tourne-t\u2019elle autour ? Rest\u00e9 trop longtemps statique ? Je reprend mon chemin et pense \u00e0 ce qui vient d\u2019\u00eatre \u00e9crit, cela continue \u00e0 \u00e9crire. Une partie n\u2019en sera pas perdue. Puis en marchant ceci : des marques encore des marques, de parkings, de magasins de restaurant de banques de signalisation plus de virgule dans la t\u00eate une virgule c\u2019est un retard un risque de perdre le fil. Lev\u00e9 le nez en traversant. Ranger le t\u00e9l\u00e9phone dans la poche \u00e9viter un arbre, surprendre le regard souriant d\u2019un inconnu. Les mains dans les poches, la t\u00eate continue \u00e0 pianoter sur le clavier. Resserrer la pens\u00e9e \u00e0 son objectif, son imp\u00e9ratif du moment : ne pas \u00eatre en retard. Et c\u2019est seulement maintenant que r\u00e9ellement le t\u00e9l\u00e9phone glisse dans la poche. Comment le cerveau vit-il ce brusque freinage ? Son mode de freinage le plus doux eut \u00e9t\u00e9 la correction, la relecture, pas l\u2019interruption. Puis plus tard, je lis le Bateau ivre dArthur Rimbaud peint sur un mur de la rue de F\u00e9rou, avant d\u2019entrer dans une librairie. Par curiosit\u00e9 je feuillette quelques pages de livres au hasard sur les pr\u00e9sentoirs et dans les \u00e9tag\u00e8res, la premi\u00e8re phrase des M\u00e9moires d\u2019outre tombe de Chateaubriand. Je sorts avec la Langue des oiseaux de Claudie Hunzinger. Je relis. Non pas encore, je suis dans le m\u00e9tro. Je lis mes mails, les mots grav\u00e9s sur la porte, mes mails, je r\u00e9dige un sms. L\u2019heure du th\u00e9, je corrige. Et demain on recommence. Et demain on continu.<\/p>\n\n\n\n<p>#35 | C\u2019est une phrase d\u2019un livre de Marguerite Duras qui m\u2019avait saisi. Je me rappelle peut-\u00eatre la sc\u00e8ne : un des personnages est allong\u00e9 dans son lit et dans l\u2019encadr\u00e9 de la fen\u00eatre passe le bateau. La phrase d\u00e9place le bateau. Ce n\u2019est pas le bateau qui se d\u00e9place, c\u2019est la phrase, ses mots, qui d\u00e9placent le bateau, jusqu\u2019\u00e0 le faire dispara\u00eetre de l\u2019encadr\u00e9 de la fen\u00eatre. J\u2019ai cherch\u00e9 cette phrase, que je disais souvent int\u00e9rieurement, pour moi aussi partir. Elle n\u2019est pas loin. <\/p>\n\n\n\n<p>#34 |  Ce serait l\u2019histoire de mes chaussures. On s\u2019en moque de mes chaussures. Cependant un d\u00e9tail pourrait tout changer. Elles sont en cuir de veau. C\u2019est \u00e0 dire en peau d\u2019enfant de vache. Et l\u2019apprendre lorsqu\u2019il est trop tard, qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 chauss\u00e9es, qu\u2019elles sont chaudes et confortables. Qu\u2019est-ce-que cela va changer dans le quotidien ? L\u2019impression d\u00e9sagr\u00e9able qu\u2019elles attirent des emmerdes, par exemple. Qu\u2019autour le monde change. Et puis, l\u2019histoire de cette pauvre b\u00eate. <\/p>\n\n\n\n<p>#33 | Le vide est toujours l\u00e0. Comme le bruit n\u2019interrompt pas le silence, mais passe sur l\u2019espace du silence m\u00eame. Les choses, les pens\u00e9es, les actes ne remplissent pas le vide, mais se meuvent dans le champ du vide. Les oiseaux apparaissent, traversent le ciel, disparaissent loin \u00e0 l\u2019horizon. Le ciel a-t-il disparu&nbsp;? Et l\u2019espace contenant le ciel&nbsp;? Les oiseaux emportent-ils l\u2019espace avec eux&nbsp;? Le son peut-il faire taire le silence&nbsp;? Le vide est toujours l\u00e0. Comment faire le plein&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>#32 | Il est le fauteuil du salon&nbsp;: le voltaire. Il est bon d\u2019y lire et d\u2019y penser. De s\u2019y endormir. Il vient parfois dans les r\u00eaves. Ses visites s\u2019\u00e9talent sur quelques sommeils. Il essaie de dire quelque chose, mais ce n\u2019est pas clair. Alors, il montre un objet, un d\u00e9tail, une direction. D\u2019un instant \u00e0 l\u2019autre, il pourrait ouvrir un tiroir. Il entrerait dans l\u2019autre pi\u00e8ce et dirait : <em>par ici<\/em>. Et, c\u2019est seulement plus tard que le lien se fait avec un \u00e9v\u00e8nement. Dans le v\u00e9cu du jour.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#31 | <\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2022\/12\/31-letat-du-monde.mp3\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p>#30 | Para\u00eet-il qu\u2019un jeune serait mort dans un accident de voiture \u00e0 la sortie du village. Et ce, tout r\u00e9cemment. Je l\u2019ai appris d\u2019une voisine. Apr\u00e8s le panneau de sortie du village, pas de trace, pas m\u00eame la terre retourn\u00e9e, pas plus qu\u2019un bouquet de fleur. C\u2019est aussi \u00e0 cet endroit, qu\u2019est rest\u00e9 plusieurs jours le corps d\u2019un chat. Un chat blanc et marron. Mais, ce n\u2019\u00e9tait pas lui. Ce n\u2019\u00e9tait pas le chat que nous ne voyions plus. C\u2019\u00e9tait un autre chat. \u00c0 la place du jeune homme.<\/p>\n\n\n\n<p>#29 | Je n\u2019aurais pas d\u00fb passer par cette route qui traverse la ville. Je suis rest\u00e9 coinc\u00e9 derri\u00e8re le camion d\u2019un livreur de viande. Il a ouvert ses portes sur des pi\u00e8ces de b\u0153ufs, de je ne sais quelles pauvres b\u00eates, pendues \u00e0 des crochets. Et je n\u2019ai rien ressenti devant ces cadavres sans t\u00eate, propres, pr\u00e9sentables, acceptables, enroul\u00e9s dans leurs fascias comme v\u00eatus d\u2019un habit de soie blanche. Peut-\u00eatre la t\u00eate manquante ? Toute expression impossible ? Et, je n\u2019aurais pas d\u00fb ?<\/p>\n\n\n\n<p>#28 | Jambe droite se d\u00e9tend gros orteil deuxi\u00e8me troisi\u00e8me quatri\u00e8me cinqui\u00e8me orteil genou cuisse toute la jambe droite d\u00e9tendue jambe gauche se d\u00e9tend gros orteil deuxi\u00e8me troisi\u00e8me quatri\u00e8me cinqui\u00e8me orteil genou cuisse toute la jambe gauche d\u00e9tendue le bassin se d\u00e9pose p\u00e9rin\u00e9e fessiers le dos se rel\u00e2che en profondeur la colonne vert\u00e9brale respire de la pointe du coccyx jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entr\u00e9e de la t\u00eate les \u00e9paules fondent les bras s\u2019\u00e9talent les mains les doigts la t\u00eate et son contenu profond<\/p>\n\n\n\n<p>#27 | 10 h 53, il coupe le moteur. Le silence. Il regarde les grands arbres sans feuille. Bien qu\u2019il y ait le cul blanc d\u2019une Peugeot dont l\u2019immatriculation se termine par ZN. Les oreilles bourdonnantes, il s\u2019accorde quelques instant avant de continuer. ZN. Il n\u2019aime pas les accoudoirs dans les trains. Ni la voix pr\u00e9-enregistr\u00e9e. Il avait ouvert sa vitre lorsqu\u2019il \u00e9tait dans sa voiture pour s\u2019assurer que le bruit qu\u2019il entendait \u00e9tait bien r\u00e9el. L\u2019avait-t\u2019il referm\u00e9e ? Cela a-t\u2019il une importance ? Aujourd\u2019hui, je n\u2019ai pas mis de baskets, j\u2019ai de beaux souliers et je m\u2019entends marcher dans la rue.<\/p>\n\n\n\n<p>#26 | Le froid entr\u00e9 dans la maison remplac\u00e9 par la chaleur du po\u00eale. Une flamme change tout en quelques minutes. La conseill\u00e8re en assurance au t\u00e9l\u00e9phone assure. Les mails entretiennent le flou jusqu\u2019\u00e0 l\u2019accord d\u2019un rendez-vous. Les feuilles dans le jardin se putr\u00e9fient. Le pl\u00e2tre rebouche les trous. Un animal, pas de la taille d\u2019une souris, s\u2019installe dans le grenier. La lumi\u00e8re baisse, les jaunes s\u2019allument.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#25 | Dessine \u2014 peint \u2014 serre \u2014 chauffe \u2014 mart\u00e8le \u2014 claque \u2014 \u00e9treint \u2014 caresse \u2014 \u00e9crit \u2014 en visi\u00e8re \u2014 rabote \u2014 pointe \u2014 tient \u2014 sculpte \u2014 creuse \u2014 griffe \u2014 \u00e9bouriffe \u2014 gifle \u2014 tamise \u2014 \u00e9tale \u2014 masse \u2014 coud \u2014 montre \u2014 mesure \u2014 m\u00e9lange \u2014 casse \u2014 r\u00e9pare \u2014 attache \u2014 actionne \u2014 conduit \u2014 ouvre \u2014 appui \u2014 stoppe \u2014 tartine \u2014 allume \u2014 \u00e9teint \u2014 pose \u2014 p\u00e9trit \u2014 pianote \u2014 corps de marionnette \u2014 gant\u00e9e \u2014 bagu\u00e9e \u2014 sillonn\u00e9e \u2014 \u00e9minence \u2014 \u00e9gratign\u00e9e <\/p>\n\n\n\n<p>#24 | Froid au sol, froid au nez. C\u2019est certain l\u2019hiver approche. Pas d\u2019endroit ferm\u00e9. Courant d\u2019air \u00e0 deux voies. L\u2019hiver est l\u00e0. Et \u00e0 \u00c9dimbourg, il fait quel temps aujourd\u2019hui ? Plus chaud qu\u2019ici, c\u2019est curieux. Dans quelle direction va le vent ? Un vent d\u2019est. Tout ralenti et s\u2019amplifie jusqu\u2019\u00e0 l\u2019inertie.<\/p>\n\n\n\n<p>#23 | <\/p>\n\n\n\n<p>Un,<\/p>\n\n\n\n<p>Un deux trois,<\/p>\n\n\n\n<p>Un deux trois quatre cinq six sept huit neuf dix onze douze treize quatorze quinze seize dix-sept dix-huit dix-neuf,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Un deux trois quatre cinq six sept huit neuf dix onze douze treize quatorze quinze seize dix-sept dix-huit dix-neuf vingt vingt et un vingt-deux vingt-trois vingt-quatre vingt-cinq vingt-six vingt-sept vingt-huit vingt-neuf trente trente et un trente-deux trente-trois trente-quatre trente-cinq trente-six trente-sept trente-huit trente-neuf.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Un<\/p>\n\n\n\n<p>Undeux<\/p>\n\n\n\n<p>Undeuxtroisquatrecinqsixsepthuitneuf<\/p>\n\n\n\n<p>Undeuxtroisquatrecinqsixsepthuitneufdixonzedouzetreizequatorzequinzeseizedix-septdix-huitdix-neufvingtvingtetunvingt-deuxvingt-troisvingt-quatrevingt-cinqvingt-sixvingt-septvingt-huitvingt-neuftrentetrenteetuntrente-deuxtrente-troistrente-quatretrente-cinqtrente-sixtrente-septtrente-huittrente-neufquarantequaranteetunquarantedeuxquarante-troisquarante-quatrequarantecinqquarante-six<\/p>\n\n\n\n<p>Undeuxtroisquatrecinqsixsepthuitneufdixonzedouze<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>12345678910111213141516171819202122232425262728293031323334353637383940414243444546474849505152535455565758596061626364656667686970717273747576777879808182838485868788899091929394959697989910010110210310410510610710810911011112113114115116117118119120121122123124125126127128129130131132133134135136137138139140141142143144145146147148149150151152153154155156157158159160161162163164165166167168169170171172173174175176177178179180181182183184185186187188189190191192193194195196.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>( variations pour quatre cent quatre-vingts caract\u00e8res )<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>#22 | <\/p>\n\n\n\n<p><em>Souviens-toi.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Celui qui acquiert, chaque fois qu\u2019il acquiert, perd.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>9 h 03. Le livre ouvert devant moi. Je m\u2019interroge sur comment m\u2019en d\u00e9barrasser. Je viens de le trouver dans ma biblioth\u00e8que. 17 h 16. Je r\u00e9alise qu\u2019il n\u2019y aura pas eu dans ma journ\u00e9e un banc, une bo\u00eete, une main, plus lugubre que ce tour d\u2019abandon qu\u2019est ma biblioth\u00e8que.<\/p>\n\n\n\n<p>#21| Le livre laiss\u00e9 au fond du sac, ce vieil arbre l\u00e0-bas. Marcher plus vite en empruntant le tapis roulant. L\u00e2cher la porte dans le nez de la personne suivante. Dire non au transport d\u2019une poussette dans l\u2019escalier. \u00catre d\u2019accord \u00e0 voix haute \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une inconnue qui t\u00e9l\u00e9phone. Ramasser des feuilles mortes au sol et les jeter tout autour de soi.<\/p>\n\n\n\n<p>#20 | Je pose leurs marchandises sur le tapis \u00e0 gauche de la caisse. Le caissier prend chacune d\u2019elles et les pose \u00e0 droite de la caisse. Je sors mon t\u00e9l\u00e9phone et acquiesce du menton. Il donne un coup d\u2019index sur un gros bouton et tourne un peu la t\u00eate comme si j\u2019allais me d\u00e9shabiller. Je clique deux fois sur l\u2019\u00e9cran de mon t\u00e9l\u00e9phone, pr\u00e9sente mon visage. Il fait claquer un grand sac en papier pour le d\u00e9plier, y range les marchandises. Il me tend alors le ticket, qu\u2019il froisse lorsque je secoue la t\u00eate. Je prends le sac, le salue d\u2019un sourire, il me fait un clin d\u2019\u0153il. Je sors avec mes marchandises.<\/p>\n\n\n\n<p>#19 | 8 h 30 chez le v\u00e9t\u00e9rinaire avec la petite chatte. Une dame recouvre la cage pour nous apaiser. Une femme \u00e0 qui je dis bonjour, va pleurer d\u2019un instant \u00e0 l\u2019autre, elle entre en elle. On me dit enfin que si il y\u2019a une complication, il faut rappeler. Je sors. Qui emmenait qui ?&nbsp;&nbsp;16 h 40, dans un magasin d\u2019\u00e9lectrom\u00e9nager une jeune femme me r\u00e9pond <em>rupture de stock<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>#18 | Ce po\u00e8me, \u00e0 force, est aussi rentr\u00e9 au fond de mes yeux et m\u2019a fait voir une chose toute simple&nbsp;: les lettres de l\u2019alphabet construisent aussi bien le mot \u00ab&nbsp;bois&nbsp;\u00bb que le mot \u00ab&nbsp;feu&nbsp;\u00bb&nbsp;; le mot \u00ab&nbsp;migrant&nbsp;\u00bb que le mot \u00ab&nbsp;cerf&nbsp;\u00bb par permutation d\u2019<em>elementaria. <\/em>Et puis, dans ce texte, pas de Logos au loin, au-dessus de nous, non, les mots et le monde co\u00efncident, tout se trouve dans le m\u00eame sac, les choses et les vivants. Les humains et les b\u00eates.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Hier, \u00e0 23 h 46, je cherchais dans la biblioth\u00e8que le po\u00e8me dont il est question ici. Mes amis dansaient et je cherchais dans les \u00e9tag\u00e8res avec la lampe de mon t\u00e9l\u00e9phone. En vain. Aujourd\u2019hui, mes amis sont partis, je reprends ce livre que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 lire il y a quelques jours. Il n\u2019est plus sur la table de nuit, mais sur la table de la salle \u00e0 manger. Le marque-page repr\u00e9sente la d\u00e9esse Ath\u00e9na victorieuse du g\u00e9ant Engelados. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, la petite chatte, bless\u00e9e au cours d\u2019une bagarre, ronronne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#17 | Les centres villes ne sont que des centres commerciaux \u00e0 ciel ouvert, des m\u00e8tres carr\u00e9s vitrine suffisamment r\u00e9fl\u00e9chissant pour capter l\u2019\u00e9nergie solaire. Les profonds parking pourraient servir \u00e0 accumuler et distribuer cette \u00e9nergie.<\/p>\n\n\n\n<p>#16 | Veste grasse sur pantalon terreux aux plis rigides et souliers assortis. Plumage noir et fourrure blanche.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#15 | Oh putain merde. Ferm\u00e9. Non je suis dans le train l\u00e0, non je n\u2019ai besoin de rien, peut-\u00eatre qu\u2019on me l\u2019offrira une prochaine fois, merci bon courage. La majorit\u00e9 des syst\u00e8mes que l\u2019on a actuellement, c\u2019est de la d\u00e9perdition d\u2019\u00e9nergie. Surtout qu\u2019il y\u2019a du fric \u00e0 la cl\u00e9. C\u2019est un enjeu politique. Ta m\u00e8re la pute. J\u2019en ai rien \u00e0 foutre. Ma m\u00e8re elle est morte. Mais regarde tu fais quoi. Je me suis dit \u00e0 un moment donn\u00e9 qu\u2019il fallait se poser et r\u00e9fl\u00e9chir. Du coup je me dis autant que j\u2019y ailles. Je fais des choix.<\/p>\n\n\n\n<p>#14 | Les nouveaux trains ont int\u00e9gr\u00e9 une parfaite reproduction hydraulique de l\u2019ancien coup de tampon final. Arriv\u00e9 en gare, le corps oscille brusquement. Pens\u00e9e : se tenir ?<\/p>\n\n\n\n<p>#13 | L\u2019aplat morne d\u2019un champ vide d\u2019oiseaux quand les ailes se d\u00e9ploient dans les tourbillons d\u2019air invisibles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#12 | Cette table est une table. Et il y\u2019a un tiroir. Cette table est une table. Bien qu\u2019il y ait un tiroir. Cette table est une table. Mais il y\u2019a un tiroir.<\/p>\n\n\n\n<p>#11 | Je me souviens de l\u2019instant o\u00f9 j\u2019ai su d\u00e9chiffrer tous les mots de ce po\u00e8me. Tout \u00e9tait en place, comme l\u2019avaient \u00e9t\u00e9 mes muscles, mon syst\u00e8me spatial int\u00e9rieur, mon rapport \u00e0 l\u2019apesanteur, lorsque je marchai pour la premi\u00e8re fois. Quant \u00e0 l\u2019\u00e9criture, je me rappelle un apprentissage sur la dur\u00e9e. Il fallait poser un point entre deux interlignes, dessiner une courbe qui grimpait et redescendait pour se suspendre dans le vide ou se relier \u00e0 une autre. Puis, vint l\u2019\u00e2ge de la grammaire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#10 | Pendant que je somnole je ne suis pas encore totalement r\u00e9veill\u00e9. Pendant que je bois j\u2019ai soif. J\u2019ai faim pendant que je mange. Pendant que je lave la vaisselle elle n\u2019est pas propre. Pendant que j\u2019ouvre la bo\u00eete aux lettres je ne sais pas si il y\u2019a du courrier. Pendant que je prends une douche mon corps n\u2019est pas sec. Pendant que j\u2019enfile mes chaussures je ne marche pas. Je me r\u00e9chauffe pendant que la b\u00fbche se consume dans l\u2019\u00e2tre. Pendant que je tire le rideau la lumi\u00e8re n\u2019entre pas compl\u00e8tement dans la pi\u00e8ce. Pendant que clignote le compteur \u00e9lectrique le compte en banque se vide. Pendant que retenti la cloche du portail je ne sais pas que c\u2019est toi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#9 | Devant leur bavardage incessant, leurs doigts index qui pointent sur les pupitres des studios, les poings qui se serrent, les bouches qui se distordent, les mots grimaces. Devant leur logorrh\u00e9e \u00e0 tendance cannibale, si il monte en toi un juron, c\u2019est qu\u2019il est temps de ne pas s\u2019attarder. Appui sur le bouton rouge de la t\u00e9l\u00e9commande. Une r\u00e9action de trop, peut-\u00eatre, mais un moindre mal.<\/p>\n\n\n\n<p>#8 | William Blake H\u00e9l\u00e8ne Gestern Murasaki Shikibu Saint Michel Shri Mahesh Pierre Sadorge Collin d\u2019Harleville Mar\u00e9chal Foch Louis XIV Lully Bryan Adams Littr\u00e9 Robert Four\u00e9 Andr\u00e9 Malraux Victor Hugo Arthur Vernes Edmond Rostand Medicis Coco Chanel Saint Louis&nbsp;&nbsp;Ossip Zadkine Racine Joseph Gibert Brassa\u00ef Georges Pompidou Robespierre Sam Szafran Alphonse Baudin Richard-Lenoir Gaby Sylvia Beaumarchais Simone Veil Anton Tchekov&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#07 | Deux joues rondes en apesanteur sous des yeux sans paupi\u00e8re | un c\u0153ur d\u2019un beau rouge franc au premier tiers d\u2019un oval g\u00e9n\u00e9reux | un cercle dans lequel deux lignes douces montrent la direction vers une bouche \u00e0 baiser.<\/p>\n\n\n\n<p>#06 | Personne d\u2019autre que moi n\u2019aurait remarqu\u00e9 que je compte le nombre de stations qu\u2019il reste avant de sortir de ce trou.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>#01 |&nbsp;Radio stimuli. Col\u00e8re. Non. Je refuse d\u2019\u00eatre une personne en col\u00e8re. Je m\u2019interdis la col\u00e8re. Je sais trop ce qu\u2019elle d\u00e9figure.<\/p>\n\n\n\n<p>#02 | Quelle date \u00e9tait-ce&nbsp;? Je me souviens parfaitement de notre rencontre. \u00c0 moins que j\u2019en aie oubli\u00e9 quelques d\u00e9tails. J\u2019\u00e9tais assis au bar. Tu es tomb\u00e9 dans mes bras.&nbsp; C\u2019est ce que nous nous sommes toujours dit. Depuis le d\u00e9but. Pour \u00eatre dit depuis le d\u00e9but, c\u2019est que c\u2019est vrai. Sinon, nous l\u2019aurions racont\u00e9 plus tard. La date&nbsp;? Nous n\u2019en connaissons tous les deux que le mois. C\u2019est en ce moment. \u00c0 quelques jours pr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>#03 | Date du jour. Brume \u00e9paisse. Le temps est \u00e9lastique. <\/p>\n\n\n\n<p>#04 | Un vol de coccinelles. Un pendentif, sorte de cam\u00e9e, en forme de marguerite. \u00d4 c&rsquo;que j&rsquo;ai bien dormi. Un lointain tir de chasse. <\/p>\n\n\n\n<p>#05 | Ciel, suie silencieuse. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#38 | Ce n\u2019est pas vraiment voler. Ce sont au d\u00e9but des petits bonds au ras du sol. Une sensation de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9. Une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 qui s\u2019all\u00e8ge de plus en plus. Ce n\u2019est pas vraiment rebondir. C\u2019est un \u00e9lan ressort. Cela passe par le corps en partant des plantes de pieds et gagne le cerveau par une agr\u00e9able sensation de ma\u00eetrise <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/carnets-individuels-rbv\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># Carnets individuels | Rbv<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":326,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[3942,3967,3897],"tags":[],"class_list":["post-99740","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-carnets_individuels","category-carnets-fac-simile","category-le_grand_carnet"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/99740","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/326"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=99740"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/99740\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=99740"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=99740"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=99740"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}