< Tiers Livre, le journal images : âges de la lecture numérique

âges de la lecture numérique

Pas pu m’empêcher, à New York en novembre, de photographier systématiquement (tant que je pouvais le faire discrètement) ce dont on est encore loin chez nous : la banalisation de la lecture numérique. Un vieux Kindle qu’on tient de travers, dans le métro, mais ça lit. Avec comme fait marquant, à New York donc, de la banalisation du fait d’avoir une tablette à la main dans les lieux publics, métro ou coin de trottoir. Et que déjà on voyait pas mal de 7’’. Hier soir, par exemple, pour utiliser iBooks plutôt que l’app Kindle, j’avais repris le grand iPad, toujours aussi bluffé par la fluidité, la vitesse (même si toujours aussi nul la césure des mots sur iBooks), mais plus possible de se réhabituer au grand format pour lire, maintenant qu’habitué à ce fichu 7’’ (en l’occurrence chaque soir mon Kindle Fire) qu’on tient dans une main. Et des semaines que ne me suis pas servi de liseuses à encre électronique – sur tablette pour le soir je baisse la luminosité de moitié et aucune fatigue, craqué ce matin pour le dernier Connelly (Black Box) ça s’est vraiment intégré à mon quotidien. Reste toujours ce que perçu comme bascule : je ne lis plus le livre numérique comme une extension du livre imprimé, je lis mes livres numériques comme une extension (en densité, ergonomie, temps d’immersion) de ma lecture principale qui est le web. D’où l’habitude prise de lire sur des appareils, tablettes plutôt que liseuses, qui me permettent le web en parallèle, blogs, sites, réseaux plus presse aussi, évidemment. Et l’indifférence aussi aux systèmes d’annotations, même si je suis de près ceux qui y réfléchissent, puisque je n’annote pas dans les livres numériques eux-mêmes (me servant pourtant beaucoup du surlignement, en loisir ou aussi en correction-relecture), et par contre passe régulièrement, en lisant, du livre au carnet de notes, comme je l’ai toujours fait, indépendamment de la nature papier ou numérique du carnet... Donc tout ça mobile, mais à New York cette impression que, dans la banalisation de l’usage, surgissait aussi l’âge de l’usage : le fait que désormais ce n’était plus une histoire neuve, mais enfin une histoire tout court.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 26 décembre 2012
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