journal | midis turcs et valet de personne


Il s’en passe des choses dans ta tête au sous-sol du turc de la dalle de Cergy le jeudi midi devant ton assiette à 6 euros mais y a le sourire compris quand ils t’apportent le café après, et la télé qui continue impavidement de passer ces musiques de rap avec iconographie réglée. Tu refais tes calculs, la paye à 1600 balles structurellement incompatible avec les 2 jours de full time plus frais mais les 2 jours pleins qu’il faut rajouter en préparation et suivie, les petits bouts de commande qu’on est tellement contents d’avoir parce qu’elles témoignent de confiance et d’amitiés souvent anciennes mais qui ne suffiront pas à faire rattrapage salaire, et puis la fatigue au retour des trains et RER et la pile de papier qui attend en désordre là aussi parce qu’équation impossible et en même temps tu le sais bien, cette inertie qui te garde là où tu t’accroches, les notes compactes pour le Jimi Hendrix hors blog avec l’impression qu’il faudrait 1200 pages (mais justement, le Led Zep en numérique tu le voudrais tellement plus mastoc qu’il l’avait été), ou le chantier Lovecraft qui ne marche qu’au temps libre ou ce que tu écris sous ton nom de Malt Olbren parce qu’au moins tu auras eu ce plaisir dans ta vie d’être un auteur amerloque au lieu de toute cette condescendance côté monde qui s’effondre et ce qu’il y a de vif dans le jeu du blog, travailler avec l’image comme on sculpte au couteau, plus les livres papier achetés mais finalement tu ne liras pas, les yeux même réticents maintenant à lecture autrement que numérique et pourtant les envies de voyage pourtant les nécessités là malgré tous tes efforts pour ne pas voir justement parce que même pas possible financièrement d’assurer le minimum et te sentir pourtant privilégié : la précarité dans ce pays en raison inverse des grands-messes d’État à 500 000 euros, tout ce Chaillot de prestige uniquement pour montrer que le numérique c’est dangereux, qu’il faut surtout le réguler, qu’on est un danger public si on cherche un pacte auteur/lecteur à côté de l’industrie du droit d’auteur de toute façon impuissant à te rémunérer au bout de 30 ans de boulot et l’abêtissement des écrans disent-ils, mieux vaut la routine des morts debout, pas se salir les mains au web, ceux qui dans les maisons d’édition disent la peau terne que ça durera bien encore dix ans et ceux-là tu voudrais bien les voir dans ton amphi ou ta salle d’atelier d’écriture, et ceux qui disent chaîne du livre et mettant le double de temps sur chaque mot comme bouffer de la farine parce que c’est eux qui ont les millions et leur poste en ligne de mire et ainsi de suite, finalement le sous-sol du turc le jeudi midi pour bouffer à 6 euros entre les cours c’est ça que tu viens chercher peut-être : le doigt levé du rap, ce qu’ils bougent de l’image même avec leurs clichés convenus et s’en remettre à ce seul support de la vidéo qui circule vers les sous-sols comme toi ton blog au moins te sert à ça : valet de personne.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 6 avril 2014
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Messages

  • avant-hier soir allant écouter des lectures, il y avait des choses qui passaient dans les mots des poètes (on les avait ainsi intitulés, pour les présenter, et j’ai trouvé ça d’un drôle) (j’ai pensé : ils ont des papiers au moins ?) (et puis : il faut bien les appeler quelque chose quand même, et poète ça a quelque chose qui jette) (ça envoie grâââve du pâté dirait ma fille) et donc ensuite regardant les livres installés là (dont les petites illustrations journal de E. Delabranche sous films plastique transparent légèrement collant au revers, magnifiques) j’ai entendu une jeune fille dire deux fois "il est là François Bon ? " ou alors "il va venir FB ?" comme parlant d’un messie (ahahah) (j’ai pensé "tiens il est là ?" j’ai regardé derrière moi, elle avait un drôle d’air, elle riait, avait l’air heureuse de se trouver là, pourquoi pas ? j’ai pensé cergy ? et en tous cas, les mêmes dispositions par rapport à ceux qui te demandent des trucs et des machins) (le turk est moins cher à cergy qu’à Paris jte ferai dire)

  • (tout nouveau tout beau) (chose promise chose due) (on fait dans la maxime aujourd’hui, et j’ai même pas payé mon loyer-vu que j’ai pas le début de la queue du premier euro-en même temps, le dirlo-de mes deux- qui signe était parti en vacances pendant que la comptable était là, il est revenu quand elle est partie et voilà comment le prestataire prend cinq semaines d ’agios dans la tronche- en même temps le boulot est fait depuis cinq semaines) avoue quand même qu’il a de la gueule, le nouveau, je ne l’avais jamais vu ailleurs contrairement à d’autres qui vont ici, là, qu’on retrouve du new nioulaville au tai yieu puis ailleurs, chacun fait ce qu’il peut on est ici à l’heure assez chinoise depuis peut-être quatre ans (avant il y avait plutôt arabes et noirs ; pour les juifs ils sont aussi là) (tu me diras c’est mélangé "quand même", jte dirais que on entend parler français de temps à autre quand même et que j’adore ça) (fait beau hein) (au premier plan la laque du canard)

  • A 19h la nage c’est rarissime. Mais là il fallait bien, à force que ça déborde de mauvaises nouvelles, depuis trois semaines. Il aurait fallu y aller plus tôt, y aller quand même, il faudrait y retourner demain... Je nage vite et je pense à lui, de ma famille, qui décide de mourir à 21 ans. Je nage lentement, je pense à qui est en vie.

  • (jsuis tombé du lit à 4.15 je commence à en avoir ma claque) (ce soir MJT dit à ciao) (j’avais oublié, mais finalement non) j’ai fini, j’ai plus qu’à remplir les formulaires, aller déposer mon bazar, j’attends quelques mots encore et puis roulez jeunesse (tsais quoi ? je suis fatigué, j’ai mal au dos et aux épaules, j’en ai marre en vrai mais est-ce que je peux seulement m’allonger et dormir ? même pas) (non mais c’est vrai, le père d’O., celui de C. et J. qui se retrouve à l’hôpital à l’article - ces enfants vont bien être obligés d’encaisser ça - évidemment dans le ciel il y a bien les étoiles, et le petit matin, frais chant d’oiseaux et calme léger tranquille, oui, sans doute, mais quand même parfois, la cruauté) (panam vu des buttes : pas de monument, un peu pas mal de blanc, du gris des nuages et au fond du fond, tout au bout là-bas derrière, c’est la colline d’Argenteuil)

  • cette fois-ci, c’est bien fini (merci à ChG qui revenait de Strasbourg, cette générosité ; merci à apap aussi : bientôt un verre au week-end camarade) un peu marre mais content d’avoir fini (début de semaine j’étais prêt à tout envoyer péter) fait beau on sort le soir alors on prend des photos de nuit (là au volant c’est du joli bord cadre, à droite en bas, le rétro de la caisse) elle est retouchée je ne supporte pas les pubs c’en est maladif (j’aime bien, en revanche, la retouche : là, évidemment elle est loupée mais tant pis)