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C’était très dérangeant ces 2 jours à l’école d’archi de Nantes, indépendamment de l’accueil et de l’ambition de l’équipe d’enseignants rassemblés autour de Maëlle Tessier, à cause de l’échelle de ce bâtiment. La notion d’atelier, ces grands plateaux à tout faire avec leurs rampes extérieures, les salles dites « de projet » insérées sur ces plateaux même. J’ai des photos, je mettrai en ligne – en même temps une sorte de discrétion, on était chez eux, les textes sont en ligne mais c’est à eux de diffuser l’adresse etc. Le jeudi midi, on est sorti rejoindre un plat du jour (Lulu la Nantaise), et j’aurais pu m’y balader des heures dans l’île de Nantes en chamboulement, le terrain vide pour l’école d’arts qui va voisiner celle d’archi, les réalisations d’architectes où Nouvel voisine Maëlle (son bâtiment en acier de navire qui évolue lentement du noir au rouge), et, à l’arrière de l’île, ces cours qui n’ont pas changé. Dans celle-ci, tout en longueur, à gauche de la récup comme baignoires, radiateurs, vieux cuivres, et à droite dans une benne des vieux moteurs. J’avais mon appareil à la main, Guénaël a lancé : – Ah, il est dans son élément, là... Ben oui. Mais Guénaël a toujours le sens de la répartie : un peu plus tôt dans la matinée il parlait de la venue d’Anthony Poiraudeau, Jonathan Wable et un autre à la maison Gracq et à Maëlle Tessier il spécifiait bien : des auteurs jeunes (et non de jeunes auteurs) et il n’a pas pu s’empêcher de regarder si j’avais entendu... mais on s’aime bien quand même et pas d’aujourd’hui, et on a rudement bien bossé en synergie. Reste la benne aux moteurs. Pourquoi ça me trouble. Parce que ces sculptures là, fonte et alliage, j’ai toujours vécu dedans, j’avais ça pour jouets de gosse (je crois même qu’on est un genre de confrérie de ça, Valérie Rouzeau, Robert Cantarella, d’autres...). Puis je sais comment ça marche, et quand je vois n’importe quel bout de ça, je sais à quoi il sert et comment fabriqué. J’en sais même le poids. Je sais aussi qu’avec un peu de soin il n’y a pas de vieux moteurs comme ça qu’on n’arriverait pas à faire redémarrer, qu’il soit destiné à un tracteur, une pelleteuse, un bateau, une auto. Mais c’était plus que ça, aussi. À cause de cet atelier, où j’étais venu avec un plein sac de bouquins, certains dont on s’est servi et d’autres pas. Un bouquin c’est ça, un moteur froid. Un bloc dans une benne. Et moi je traîne une grosse benne. C’est à cause du web aussi. Un site web c’est le moteur lui-même, un seul. On a remplacé la benne aux moteurs par un seul véhicule et chaque bouquin alors, là dans sa place numérique, un des éléments comme là tu connais bielle vilebrequin culasses injecteurs. C’est pour ça que j’avais besoin de faire mes 3 photos de la vieille cour, et y aurait pas eu les 2 mecs à travailler avec leur bagnole au milieu ç’aurait encore été mieux. Plus que tu as toujours une odeur de feu avec huile brûlée ou de vieux pneu qui crame, ou de meuleuse ou de soudure à l’arc et ça aussi tu les connais toutes ces odeurs et ça aussi en partie c’est ton rapport à l’écriture. Peut-être même c’est l’odeur de ces trucs qui brûlaient, au fond, qui m’a fait rentrer dans la cour. J’avais déjà cherché ça dans Buffalo aussi. Donc j’ai fait ma photo de moteurs et là depuis deux jours ça me tracasse bien cette histoire de site web rempli de moteurs froids, avec les mains dans Coda pour bosser dans le site comme si c’était ma cour avec tout ça, et même les vieilles baignoires.

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 10 novembre 2014
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Messages

  • la preuve de tout ça, que c’est Guénaël lui-même qui me téléphonait par l’arrière...

  • (pour faire avancer le journal, nous disposons de plusieurs moteurs/armes : la série, les actualités, les morts célèbres ou moins, et puis quoi ? ce sera tout) (un journal ça marche aussi avec les "chiens écrasés" (ça ne se dit plus) les "faits divers" les "sports" les "courses" l’horoscope, les mots croisés ) ici à l’image l’une des séries de celui-ci, l’alimentation générale (chez momo, l’arabe du coin etc etc : les dénominations fleurissent et sentent plus ou moins l’harissa) (j’aime l’harissa, c’est (pratiquement) génétique) cette épicerie-là, située en haut de la rue de la Roquette, juste avant la rue de la Folie-Regnault, est dédiée à Brigitte Célérier qui est une drôle de paroissienne (d’Avignon si je ne m’abuse) qui n’écrit jamais "je", sorte de modestie peut-être, qui porte son âge (j’adore) qui aime la musique (moi aussi, même la grande t’as qu’à voir) : pour les moteurs du journal, il y a aussi la photo ou les mots (quant à moi les mots me fuient, mais n’importe, les photos je les fais) (pour les vazco, Brigitte, évidemment)

  • oh merci !
    ça a été ma petite épicerie d’amitié et de secours pendant quarante ans en gros (ma porte était juste à droite)
    me demande si ce sont toujours les deux mêmes tunisiens qui la tiennent (chacun pendant six mois)

  • (@Brigitte C. : c’est un bel hasard, tant mieux) il y a quelques années, j’avais commencé à garder mes billets sur un documents word (type 250mo, y’en a là 5, tu vois le gimmick) puis j’ai cessé à un moment (fin 2011 il me semble) ; un autre moment, j’ai posé un billet pour essayer sur un blog "pendant la semaine" ; j’ai arrêté assez vite (une seule occurrence) ; à présent, je continue mes séries sans trop faire attention (j’en ai commencé une "barbès" un seul numéro, mais ça devrait s’épaissir ; les "alim géné" sont au nombre de 12 ; on compte (sans doute assez mal) ; une bonne soixantaine de "je me souviens" ; près de 270 "lions" ; il y a eu des immeubles (3 : immeuble fbg ; immeuble bvd ; immeuble bvd/fbg) ; il y a des "ça c’est Paris" un peu disparates et non numérotés ; il y a aussi quelques "parrains" ; je construis ; quoi, c’est une autre histoire (à l’image le mur de la petite maison, billet/photo dédiée à R. qui l’a reconstruite, rebâtie, restaurée et aménagée )

  • (saint louis) j’ai vu dans le journal que le corps d’élite de la gendarmerie française a su, dix minutes après l’avoir tué, le sort qu’il avait réservé à Rémi Fraisse (j’ai pensé à truc -innommable- qui a réagi avec un appel téléphonique à la famille 52 heures après, je me suis dit que vraiment ce type n’était qu’un défaut, en réalité), et que ce corps a tenté de maquiller cet homicide en quelque chose d’autre (je me suis souvenu que le matin de ce dimanche-là, la radio annonçait la mort d’un homme - je ne sais pourquoi, il s’agissait alors probablement d’un sdf) (j’ai lu dans le journal que le préfet avait ordonné d’être particulièrement sévère dans la répression : c’est une affaire d’Etat, j’ai pensé à Robert Boulin, à Pierre Bérégovoy, à la ministre de l’environnement) (à l’image capturé dans une vitrine sur l’île)

  • ça ne fait ni chaud ni froid : le type, là, le défaut, était en visite pour l’arrivée de cette petite sonde sur la comète (il y a un signe peut-être là de sa chute prévisible et prochaine ?) (because j’ai entendu aussi dans le poste qu’un canard faisait un développement sur le symbolisme plutôt négatif de ce type de voyageur céleste (la comète je veux dire, pas le défaut) il y a quand même là quelque chose d’immonde (la famille de Rémi Fraisse l’a mis en terre, semble-t-il, aujourd’hui) : ni oubli, ni pardon (je réitère, oui) (là le voilà dans son environnement, la ménagerie : il a une bonne tête, l’animal)