2015.12.31 | marcher sur du sable


Marcher sur du sable dans paysage mouvant. Fatigue que tu as dans chaque jambe, ton poids à soulever. Les rêves qui te mangent. Reconnaître l’angoisse dans tout ce qu’au long du jour tu fais de travers, te détournes, fuis. Les yeux qu’on ferme sur l’obscurité ambiante. Puis la table. Ou debout, ou là au matin semi allongé dans canapé sur pièce noire mais la machine, la machine toujours sur les genoux : bien plus d’intimité qu’avec n’importe quelle écriture manuelle. Le stylo écrit sur la page, ici c’est comme si de touche en touche tu enlevais les pixels blancs sur l’image de la lettre qui se découvre : le texte est intégralement écrit pour toute la suite de tes jours à venir, c’est juste qu’il y a cet effort désespérant à faire pour le droit de soulever le blanc sur ces quelques lettres et ça s’appelle écrire. On marche sur du sable. Un monde autour de toi s’écroule. C’est une nuit de boue, de lune finissante et de brume, de froid et d’humidité. Les paroles te font mal, les journaux tu les rejettes. Tu aimerais renforcer les murs : mais ce qui vient du dehors traverse les murs et vient par la même fenêtre. Tu soulèves encore de quoi faire une ligne. Le monde au dehors s’effondre : jamais tu ne reconnais les monticules de sable, les étendues qui t’entourent. Dans les mondes qui te surplombent sont quelques amis fixes, depuis des semaines ce sont Simondon, Flusser, Manganelli, et le rayon fixe de Lovecraft. Ce sont des choix de vie. Te retirer. Tu penses : je me retire. Alors les enlèvements de blanc par les touches sont complices. Des fois tu fais de la musique : c’est quand tu arranges des mots sur ton logiciel vidéo. Est-ce qu’on construit avec ça un monde ? Ce que tu aimes dans tes vidéos c’est qu’au moment même où tu déposes l’image sur le fil noir tu ne sais rien de son histoire – sinon que tout passe par l’histoire où elle te prend par le dos et t’agite, et c’est toi qui es ce qu’elle raconte. Ensuite tu retombes, tu marches dans le sable. Tu rouvres La nuit de Manganelli ou Choses non-choses de Flusser et tu continues. Ce que tu auras gagné cette année, est-ce que ce n’est pas simplement de savoir que peu importe où tu vas, un lâcher-prise ? Et se concentrer sur le sable, avancer dans le sable. Images ci-dessus : parking, Providence, juil 2015.


recommandation livre :
Giorgio Manganelli, La nuit
LE CARNET DU SITE
- nouvelle vidéo : des poèmes dans la poche pour la guerre (vidéo-livre Autobiographie des objets)
- lu sur le web : saisons noires, de Julien Coquentin (y reviendrai sur nerval.fr)
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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 31 décembre 2015
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