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2019.09.30 | machines à penser

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Deux fois par semaine, tu viens aux machines à penser. On a appris récemment avoir des neurones dans le ventre, on sait désormais qu’au fond de notre hippocampe des cellules mangent les neurones morts, et que ça fait du bien aux autres. Alors c’est ce que tu fais : vingt minutes, changer de machine ; vingt minutes, changer de machine ; vingt minutes, changer de machine. Longtemps tu t’étais dit que viendrait un temps où tu aurais liberté de tes après-midi, et pourquoi pas reprendre le violoncelle de l’enfance mais non. Machines à penser. Ça marche presque par principe contraire : tu ne penses pas beaucoup, dans tes vingt minutes, sinon à ce que tu fais. S’immerger dans la durée, régler les intensités, les varier, tenir, tenir encore. Entre les exercices, tu regardes quand même tes messages, les réseaux, mais c’est calme, l’après-midi. C’est pour ça que ça fait du bien : en général il t’en reste quand même au moins une, d’idée, et elle a vingt minutes pour tenir, même pas vibrer, être juste posée. Alors tu sors avec peu d’idées, mais des idées plus solides. Ou bien, par rapport à la façon glissante, voire au danger des idées, peut-être qu’on s’est mobilisé jambes et bras, sueur et silence, et que c’est pour cela qu’on s’y tient mieux, à ces quatre idées, ou cette idée toute seule. On dit que tout le monde ne vient pas aux machines à penser pour penser. Moi je ne sais pas, quand je viens c’est aux heures où personne, sinon je ne pourrais pas, vous imaginez. Mais moi c’est pour penser que je viens là.

 

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 30 septembre 2019
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