2020.05.18 | camions reviendus, monde mal repartu


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Reconnaissons-le : il a fallu ces 9 semaines de réclusion volontaire (mais sur le lieu de travail, avec livres, ordi et fibre, en contexte de bord de ville avec campagne, ce n’est pas la question) pour que je fasse plus que lors des 20 années précédentes le chemin qui mène au pont, sous la rocade.

On en a paraît-il fini de la limite à 1km, elle est passée à 100 km mais ça ne change rien par rapport aux frontières qui vibrent dedans, ou simplement la mer, donc pas bougé plus, je continue le chemin qui va au pont — sinon de le faire sans auto-autorisation signée.

Et là tu restes 10 minutes, à chaque camion là-haut tu déclenches et vite tu en as marre : le bruit a repris, l’odeur a repris, cette vibration a repris. Le monde a repris goût de marchandise, de moteur et d’essence, là où tu t’étais réhabitué — si surpris parfois, mais si banal à dire — au retour d’animaux, oiseaux, et surtout ce silence et ces luminosités.

C’est le marronnier du moment, ils sont tous à vouloir savoir ce que tu penses du monde d’après. Déjà, je ne pense pas, j’évite. Mais s’il y a un constat c’est ça : ça n’aura pas servi à grand-chose, d’expérimenter la différence.

À cette vibration je suis absent.

Est-ce qu’au moins on aura le culot de dire ça une autre fois chaque printemps, d’arrêter l’économie un mois ?

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 18 mai 2020
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