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2022.09.08 | Monsu Desiderio maudit jusqu’au bout

Monsu Desiderio c’est un mythe, une légende. Ses tableaux sont dispersés. Rassemblés, ils disent une destruction, des ruines dans l’instant même de leur effondrement ou éclatement. Et c’est un monde de silhouettes indistinctes et muettes, comme arpentant au présent ce qui s’annonce comme enfer. Et tout cela presque monochrome, avec du tranchant et du doré sur fond sombre. On ne s’embarrasse pas de peinture : on dit la menace et l’après du désastre. Qui n’a pas révérence et admiration pour cet hapax de l’histoire de la peinture qu’est Monsu Desiderio. J’ai des livres, le principal en italien, mais compte surtout de pouvoir le feuilleter, revenir aux peintures. Et puis La métaphysique des ruines qu’avait écrit Michel Onfray en 1995 (repris en poche, on le trouve). Il y a longtemps que Monsu Desiderio a sa page sur Tiers Livre. J’avais eu la chance de le découvrir lors de mon année à la Villa Médicis (1984-1985), dans une expo sur les peintres post-Caravage, ah Caravage... On sait que le nom Monsu Desiderio, qui signe les toiles, est la réunion de deux jeunes peintres lorrains installés à Naples, François de Nomé qui disparaît on ne sait comment après 1630, et de Didier Barra, qui lui survivra jusqu’en 1656. Mais quoi d’autre ? Et voilà qu’au musée des Arts décoratifs, que je croyais connaître, là en immersion pour le workshop Camondo, je découvre 3 Monsu Desiderio, un grand format et deux moyens. Mais dans une salle XVIIe où ils font les deux angles opposés. Et pas marqué Monsu Desiderio dans le cartouche, rien que François de Nomé, rien sur l’énigme, rien sur le génie. Normal, ici au MAD les tableaux servent de mise en valeur des mobiliers, des objets. Alors le grand format prend le reflet de la fenêtre pleine face, et les deux moyens formats au contraire en plein contrejour, et celui du haut il faudrait être basketteur pour le voir. Puis lumière depuis le plafond, le noir brillant des trois toiles fait que tout ce que vous voyez sans torticolis c’est le reflet des plafonniers. Essayez donc en plus de photographier. C’est trois jours que je traverse la galerie pour venir les saluer, les trois, en apprendre le geste, le détail. La gardienne est toujours aimable et souriante : personne ne les voit, ces tableaux, tous les musées du monde se les arracheraient pour les montrer, ces tableaux (il y en a un autre perdu, comme ça, au musée des Beaux-Arts d’Orléans, Orléans vaut le voyage rien que pour ça), et voilà qu’un clampin avec appareil-photo vient chaque jour se planter là et regarde où, à cause des contrejours et reflets et plafonniers, il n’y a rien à voir. Je vous en prête un peu du mystère, des trois Monsu Desiderio des Arts déco.

 

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 8 septembre 2022
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