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2022.09.16 | j’ai traversé les Tuileries

Tu peux faire des ateliers d’écriture depuis 30 ans, c’est toujours le même syndrome : le vide de toi que tu traverses quand c’est fini, ce balancement vide où tout s’effondre, c’est le moment où tu peux faire des conneries plus grosses que toi, ou bien laisser faire le rien, le temps que ça se reconstruise — c’est un sas, et je ne dois pas être le seul (ô pauvre Barthes qui traversa devant la camionnette de pressing, sortant de son cours). Ce n’est pas que je ne sois pas habitué aux lieux de prestige : on a fait plusieurs années du stage annuel d’écriture avec les profs académie de Versailles au Rond-Point, avec le lycée pro Truffaut j’ai pu ré-arpenter en tout sens le grand ventre du Louvre, et puis avec Charles Tordjman on avait créé notre Quatre avec le mort directement au Français, dans leur Studio Théâtre. Là c’était 2 semaines d’immersion au musée des Arts déco, c’est fini mais j’ai encore réserve d’images à poster ici, maintenant que j’ai retrouvé ma table avec vue sur coin de rue. Cette fin d’après-midi là, l’avant-dernière, la lumière s’y prêtait, j’ai marché jusqu’à Concorde pour reprendre la 12 Montparnasse : à temps plein avec 18 étudiant·e·s, pas rajouté quoi que ce soit aux journées, à peine quelques visites amies, comme mon frère de combat depuis la villa Médicis en 84-85, Rurik Dmitrienko et c’était bien (allez donc voir son site ou s’abonner à son Instagram ?) ou l’échange au sommet avec Charlotte Poupon, l’initiatrice de ces 9 workshops simultanés à l’école Camondo. Étrange quartier, avec les touristes en perdition, la richesse insolente de quelques boutiques, les petites rues transverses pour accueillir au midi les employés du ministère de la Culture ou du Conseil constitutionnel et autres planques surpeuplées, et sous les arcades de Rivoli devenue rue à vélo (ah oui, qu’est-ce que c’est bien) les sans-abri avec leurs tentes à même le bitume. La rue aux cantines japonaises on s’y réfugie, mais l’ami qui habite 6 étages au-dessus pas la peine de lui dire de descendre il était dans son sud-ouest. Pas de lieu d’affinité ici, sinon l’immuable jardin du Palais Royal, à cause de Saint-Simon et de Lautréamont. Alors, déboulant dans les Tuileries, j’ai ressorti l’appareil, et fait 15 clichés entre l’au revoir au MAD et l’escalier du métro. Mais c’est cet état intérieur de l’après-atelier, depuis 30 ans, que je voulais photographier.

 

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 16 septembre 2022
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