nuit sur les bouches


des masques


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Dans le voyage que représente la traversée d’un grand musée, le British Museum en l’occurrence, pas possible évidemment de préméditer où sera la trappe, et vers quelle nuit. Dans cette vitrine, quatre fragments de masques d’argile, brisés, modestes. Pourtant, on reste, on mémorise, on essaye d’approcher. La bouche parle. Bouche d’ombre. Bouche qu’on porte sur sa propre bouche. Bouche de l’acteur dans le rituel. Ce que nous avons perdu. Paroles fixes en arrière de soi, et qu’on renvoie à la communauté. Soi-même dans le rite. On s’éloigne, on va vers d’autres figures, certaines même de caricature, et c’est même lieu, même fonction. Puis revenir, comme tiré, jusqu’à la vitrine aux masques. Dans ce temple, apprend-on, plusieurs milliers de ces fragments brisés. Ainsi, ils n’auraient servi, chaque fois, qu’à une parole, ou à la parole d’un seul, ou à la parole d’un seul rôle ? Et nous, que laisserions-nous de notre bouche, voix, parole, pour qu’elle soit ainsi traversée de nuit, même brisée, même à telle distance de temps ? Qu’avons-nous à scarifier de nos propres faces, comme l’argile ici porte scarification ? C’est la fixité en nous-même qu’on découvre, qui effraie. J’écris ça, mais je ne sais pas.



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écrit ou proposé par : François Bon
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1ère mise en ligne et dernière modification le 19 avril 2008.
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