carnets, stylos, notes


écrire comme on habite


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comment Tours laisse tuer Balzac

Ce matin, énorme trouille : seul interlocuteur pour 3 heures des bibliothécaires de Seine-Saint Denis, qui ne pouvaient pas s’en rendre compte, puisque habitués à faire plancher pour eux les diverses catégories professionnelles qui nous rassemblent.

N’empêche, encore à 3h50, hôtel Ibis métro Convention chambre 501, je me relevais pour noter sur mon plan (ensuite transféré en PDF sur la Sony, et sans regret pour l’usage) un titre en gros caractères : à tâtons. Ce qui n’était pas tout à fait l’intitulé officiel de l’intervention, Écrans, écrits, réseau : paradoxes et perspectives pour la littérature. Avec pour demande particulière de conclure sur : Qu’est-ce que vous, auteurs, avez à demander aux bibliothèques ?. Et trouille qui s’enracinait dans la soirée d’il y a un an, à l’invitation de remue.net, avec Hubert et André, où je n’avais pas su gérer la présence dans le public d’autres compagnons Internet, et je n’ai pas bon souvenir de mon intervention. D’ailleurs, en fin de séance, je reprends le pauvre point avec ma série de photos sur les usages de l’écran, les vieilles machines à écrire, la photo de Koltès ou la maison de Gracq, avec petit commentaire rapide et je trouve ce que je n’avais pas su dire il y a un an.

Pour commencer, pas trop la joie : prise Ethernet et vidéo-projo au plafond, câble vidéo de 2 m qui oblige à grimper l’ordi sur une caisse juste au-dessous de l’appareil, y a mieux comme scéno. Et panique à bord, avec Bruno Fouillet : on a obtenu du service informatique de la ville une IP + proxy à configurer manuellement (attention, c’est sérieux, les contrôles d’accès dans une bibliothèque municipale), mais rien sur Firefox, on met du temps à découvrir que ça ouvre le web en revenant à Safari : pourquoi ?

Je lis sur la Sony le texte de Benjamin de 1927, sur le passage de l’écriture oblique à l’écriture verticale, dans ce contexte, d’interrogation du numérique, le texte m’impressionne encore plus. Amis qui étiez ce matin à Bagnolet, vous pouvez le lire ici : le livre comme intermédiaire vieilli.

A la pause, j’ai à peu près parlé de ce que j’avais prévu (cependant un peu trop zappé les oppositions lecture dense / lecture flux, et passé complètement à travers la question pourtant essentielle du Net comme auteur collectif). Ce qu’on a fait : revenir en amont, dans la question même du geste d’écriture, du pourquoi on lit. Machinalement, je regarde sur la chaise vide de Xavier Person son carnet de notes : je sais très bien que son livre Personne n’en sortira vivant est issu de ces notes prises en réunion... Bien sûr je n’ouvre pas, mais je perçois cela d’un coup comme une évidence : tout le monde (on est une bonne quarantaine ?) est parti, mais a laissé sur sa chaise une marque d’écriture. L’appareil des notes. Le support, papier, cahier, et l’accompagnement, l’écharpe, le téléphone.

Nous tous, nous habitons l’écriture. Le passage de l’écoute à la mémoire écrite est une sorte d’outil intellectuel et intime que nous requérons comme marque de nous-mêmes. Or c’est cela aussi qui est bousculé.

Avec l’appareil-photo, dans cette demi lumière (mais grâce à cela c’est un peu flou et donc ça respecte cette intimité), je fais une vue verticale de chaque chaise occupée. En voici onze.

Ensuite, je charge sur l’ordi, et m’en sers comme économiseur d’écran aléatoire. Manière de chercher, entre corps et signes, la trace de l’écrit, que bouscule ou évince le numérique : question, pas plus...

En deuxième partie, je fais rapide visite de blogs (en commençant par blogs de bibliothécaires qui ne se disent pas tels : nous avons appris que la mairie de Bagnolet filtrait les accès selon recommandations de l’armée, eh bien liminaire.fr pas moyen d’entrer !), et des caves de tiers livre. Surtout, on s’attardera sur le fonctionnement Internet de la médiathèque de Lisieux : les prénoms des blogueurs, l’implication du directeur, les suggestions de la discothek’R – tout d’un coup, service public, implication privée, prescription et rédactionnel, on est au coeur du sujet, merci Lisieux et son blog, et j’ai aussi parler de Philippe Vasset et de son site blanc.

Merci à Dominique Guilbaud, Dominique Macé et l’Association des bibliothécaires en Seine Saint-Denis.

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Xavier Person, carnet personnel (en l’absence du propriétaire)



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écrit ou proposé par : François Bon
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1ère mise en ligne et dernière modification le 3 octobre 2008.
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Messages

  • « J’ai autrefois comparé la production artistique et la démarche qu’implique son mode de connaissance avec la manière dont avance sans lumière le mineur — si décrié : certes, il ne voit pas où le mouvement l’entraîne, et pourtant son sens tactile lui indique exactement la complexion des boyaux,la dureté des résistances, les passages délicats et les angles dangereux ; ce sens guide ses pas, qui ne s’en remettent jamais au hasard. » (Adorno, Sans paradigme.)

    amitiés !

    (et peut-être à demain à L’arbre à lettres, si je ne sors pas trop tard du boulot : je viens de m’apercevoir que c’était à 19h, et non 20h...)

    b.

  • magnifique passage, du cher Theodor Wiesengrund, on s’y reconnaît !

  • civilisation et barbarie : on voit bien, obscurément.Alors, aux mineurs : dire..et que boules de neige aéroport de Cracovie deviennent trente kilomètres plus loin linceul troué par le galop des biches traversant le camp vers la forêt les adolescents dans l’impact disant c’est qu’on peut encore (s)échapper,nous qui sommes devenus témoins des cris dans le silence. Je suis venue ici chercher la force de revenir dans ma cité dire ce que je pense du racisme, dit Maïa.Ecrire quand même, Théodor, écrire avec. Citoyens d’Auschwitz et d’Hiroshima dit Edward Bond. Dans le labyrinthe:les peintres aveugles que nous sommes.