Bagnolet nuit (et mandoline)


les tours Mercurielles vues de la bibliothèque, et Pifarély sur Hendrix


une autre page images, au hasard (depuis 2005) :
carrés urbains | simple pluie
On signale : l’ouverture de Tracé provisoire, le blog de Dominique Pifarély. En complément de son site, une réflexion sur la musique improvisée, et son quotidien de musicien.

Ce mercredi 10 décembre, avec Dominique Pifarély nous sommes dans la salle à partir de 15 heures, mais difficile de répéter : trop de réverb dans la salle vide, et pas possible d’ouvrir la cloison du fond puisque, le mercredi après-midi, la bibliothèque de Bagnolet est une ruche (et heureusement !).

Il y a toujours ce moment, dans l’heure qui précède la lecture, où il n’y a plus que se concentrer, respirer, se vider. Pifarély, quelque part dans les livres (rayon Philosophie, comme par hasard) joue de simples gammes, ou peut-être du Haydn ensuite, sur son violon acoustique.

J’ai préparé sur la Sony PRS-505 un parcours qui me laisse des bifurcations. A un moment, en pleine lecture, je tombe sur un magnifique Reprendons, et du coup je le laisse...

Mon étrange copain violoniste me fascine parce qu’il jour tout. Dans les loges, ou l’après-midi, il vous lancera aussi bien un irlandais qu’une biguine, du Jean-Luc Ponty que du Grappelli, Bach ou Ysaïe. Ou Led Zeppelin, ou Jimi Hendrix. Seulement, ce soir, puisqu’il s’agit de Jimi Hendrix, c’est avec la matière son qu’il s’explique : le son électrique, les boucles et récurrences, le vieux fond blues entendu très loin sous la musique acoustique.

Et sans doute que je ne lui facilite pas la tâche, avec mes enfilements narratifs. Mais on fera un pont solide : lui sur sa mandoline fretless, fabriquée selon ses indications, et moi sur une tentative de traduction de Purple Haze et quelques autres textes de Hendrix : parce que ça tient la route, Hendrix poète, et qu’on ne le sait pas assez.

Toujours un peu stupéfié, en cours de lecture, par la densité ou l’intensité de ce que livre Dominique, là où, à quelques dizaines de centimètres, je le vois partir dans son manche, lancer des structures qui le forcent, lui, à les suivre, et la profondeur des sons électriques qu’il invente ou déploie (un moment, il jouait des deux violons à la fois, l’électrique accroché à son support en feedback sur l’ampli, et lui improvisant à l’acoustique à l’intérieur de ce tissu sonore). Pourtant, il faut bien que je revienne là au-devant avec mon texte et que je reprenne. Si on est aussi nase, à la fin, c’est pour cette sorte d’écoute, je ne sais pas trop par où ça passe, où chaque mot ou chaque incise vient s’appuyer ou se laisse déséquilibrer par ce qu’il propose, constamment en bascule.

Mais là, vers 18h20, 18h40, la nuit s’est faite, l’équipe de la bibliothèque peaufine l’accueil, alors c’est un autre de mes rituels systématiques : quelques photos numériques. De l’autre côté des vitres, les grandes tours Mercurielles se décomposent en reflets sur la propre réflexion de la bibliothèque.

Merci aux b l o g u e u r s présents à la lecture : petite visite à chacun, mais les 4 dernières lettres regroupées, il y a une raison !

Merci spécial à KMS pour les photos live.

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Bon & Pifarély, lecture Hendrix à Bagnolet | photos © Kill Me Sarah


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écrit ou proposé par : François Bon, routes, métiers
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1ère mise en ligne et dernière modification le 11 décembre 2008.
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Messages

  • Au bout de la ligne,tours vertigineuses et grande surface.Marcher un peu dans la nuit et derrière les parois vitrées,nacres suspendues, rayonnages pour le labyrinthe des livres.Porte de la médiathèque close, c’est un peu trop tôt pour qu’on nous ouvre.Devant la porte,en avance, celui qui tiendra avec grande intensité l’appareil photo tout au long.Il fait froid.

    Arrive ce couple, l’homme africain,très grand ,un prince tenant d’une main une vieille guitare haut du manche recouvert d’une moufle de laine multicolore et de l’autre une poignée de livres.Près de lui, une femme, doucement présente : ses yeux clairs et l’acceptation.Pas grave, dit-elle, on va faire une petite course à Franprix, en attendant.Lui vient de dire qu’il est là pour Hendrix,que les auteurs c’est toujours porte fermée avant,qui sont-ils pour.Sans doute coutumier du fait Je lui dis que non, les artistes c’est seulement pour se préparer, être seuls, surtout, encore un peu.Une femme vient nous ouvrir. On s’assied parmi les livres .En attendant, on parle.Sièges dos à dos.Je pense à Camille Claudel, c’est une flèche qui traverse.

    La rencontre a lieu : Oumar Diagne (tel est son nom) est immédiatement dans l’essentiel.Tu vois, ce qui compte c’est transmettre.J’écris mais pas seulement.Tu connais aussi les conteurs africains ? A Conakry, j’avais quatre cent enfants en face de moi, quel bouleversement.Si tu veux je viendrai ou ferai venir là où tu travailles les artistes africains, pas ceux qui viennent pour l’argent, tu sais, les autres.Mes livres ? Jimi Hendrix, est dans un de mes poèmes.On a ri,impression de le connaitre depuis si longtemps.

    Après, Oumar s’est assis à côté d’un autre homme à la guitare.Un jeune américain peut-être qui connaissait par coeur tout Jimi.Ils ont commencé à jouer de là où ils
    étaient, dans la salle, tapant le boeuf jusque Foxy Lady, une première partie improvisée en attendant.J’étais devant eux, sans guitare et pourtant.Jusqu’où ?

    Puis voix de François,à flux tendu, un homme debout pour dire une vie et la convoquer dans l’enracinement du corps exposé.Ce qui surgit alors à l’aplomb de la lecture fleuve c’est l’autre homme debout : précision diamantaire pour tenir l’écoute au millimètre et répercussion immédiate passant au fil de l’archet les yeux clos capteurs d’intensité ,chaque instrument déployant à la seconde les alvéoles intimes de ce qui est lu dans un champ magnétique sans relâche, musique et sens à la fois.Présence vibrante de celui qui est évoqué. Dans la colonne vertébrale , dans le vaisseau des nerfs : distorsions allusions sonores minutieusement réverbérées,improvisées, forant le passage d’une vérité nue.

    Dans la lecture,c’est allé jusqu’à l’énigme non résolue de la mort, l’enquête obsédante, avec toujours les soulèvements électriques de l’archet intuitif et de la mandoline boostée jusqu’aux riffs,pour que surgisse la figure.

    Après les applaudissements, je me suis retournée.Les deux guitaristes avaient disparu.Sans doute n’ont-ils pas supporté la mort de Jimi, interrogée par le texte et par les sons. Avant,j’avais noté les coordonnées d’Oumar Diagne le poète venu du Sénégal ; il viendra un jour près de la dalle et dira peut-être le départ précipité comme tant de départs proches de la douleur .

    En attendant,le voyage résonne toujours