< Tiers Livre, le journal images : l'écart dans l'écart

l’écart dans l’écart

Un des souvenirs de ces dix ans qui s’achèvent, c’est qu’entre ici et la ville il y a la clinique psychiatrique, d’où ces rencontres, ces paroles parfois échangées. Chaque matin, 7h45, celui qui attend après le pont, avec ce beau visage régulier un peu western et qui tient déjà sa carte de bus devant lui, crispé sur elle. Quand le bus se profile au bout de la rue, il la tend à bout de bras, comme s’il n’était pas là chaque matin même heure, comme si de toute façon le bus ne s’arrêterait pas. Quand je suis repassé dans l’autre sens, les bus avaient du retard, il avait la main en visière, pour voir contre le soleil. Chaque matin, le croisant, croiser la peur, terrible peur immaîtrisable de l’autre. Une demi-heure plus tard, grimpant à la boîte postale (sept services de presse, flux morne des livres : envoyés comme une espèce de masse qu’on pousse vers d’éventuelles ouvertures – comme si c’était le rôle contraint et forcé d’un site de création littéraire et la seule chose qu’ils demandaient, sans rien proposer en échange d’ailleurs, que ce schéma de faire valoir), dans la côte derrière l’hôpital je croise le coupé Alfa-Roméo du médecin-chef, il clignote à gauche et attend poliment que je passe, je remarque sa nouvelle veste de lin blanc : c’est l’été. Rien de plus et pas de leçon, surtout pas. Mais quelquefois, de ce grand écart, ce qui frappe c’est la stabilité.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 16 juin 2009
merci aux 289 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page