mâcheurs de langue


Ce qu’il y a de plus étrange, dans la langue québécoise, c’est la permanente potentialité bilingue mais surtout, sous défense acharnée de ce que recouvre le mot francophonie que je déteste (rien à voir avec le tout-monde) parce qu’il relègue à la périphérie ces grandes ouvertures qui font respirer la langue, cette anglicisation invisible de la syntaxe, qui se glisse dans tous les interstices. C’est drôle de les découvrir dire « ma job, ma char », mais ce n’est pas le genre qui passe au féminin, plutôt le pronom qui devient invariable, se décalque littéralement sur le my anglais indépendant du genre [1]. Ça ferait quoi, réécrire la langue dans la coutume pronominale anglaise, sa et son selon que dits par fille ou garçon, indépendamment de l’objet ? Par contamination, sa job vaut pour tout le monde. Si content au Québec d’être débarrassés des tics français genre pas de souci, et évidemment des jours où on se fatigue du okaye.... Mais quand revient en permanence, comme leur correct transpose allright, leur populaire et amical dans le fond, comment ne pas y entendre le anyway des US ? Drôle de plaque dérivante. Et, à côté de ça – mais je découvre parce qu’il meurt – un Falardeau et ce qu’en dit Mahigan, bel hommage à propos des mâcheurs : oui, à égalité dans le combat de langue.


[1Le Dictionnaire du québécois instantané de Benoît Mélançon et Pierre Popovic zappe cette déformation, souligne juste la persistance du mon dans le contexte affectif : mon chum ou, plus curieux, mon épais.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 26 septembre 2009
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