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appétence

Les tâches principales ici vont cesser dans 2 semaines (restera corrections, accompagnement, entretiens), et il y aura avant retour encore quasi 2 mois où je n’aurai pas mieux à faire qu’explorer l’ordinateur même. Le rapport à l’ordinateur continue de se modifier : appareil du privé et de l’intime, qu’on ait machine personnelle ou pas, la part de réseau qu’on occupe est un vecteur privilégié de la totalité de notre être social. On voit les ordis dans les bistrots, les salles collectives ou les bibliothèques, on mesure bien, autour de soi, le rapport de chacun à sa machine, même sur un usage si différent du vôtre. Les équilibres ne sont pas modifiés pour autant : la part d’intérêt qu’éveille la littérature en général, sans même parler de son front de tâche dans le contemporain, concerne en gros la même fraction très réduite de société, sans beaucoup de différence entre ce que c’était il y a 30 ans et aujourd’hui. La différence peut-être dans la responsabilité que ça induit pour transmettre, partager, enseigner : pas très optimiste pour ces grosses facs qui continuent de faire comme si rien de ça n’existait, ou ces maisons d’édition dans lesquelles on fait la queue à l’imprimante dite générale. Ce qui effraie, c’est le côté funambule de la transition, on marche sachant certes la direction mais pas l’horizon, dans un paysage où tout sans cesse se transforme – mais l’écriture, elle, sait d’instinct qu’elle y est mieux, ici avec la lucarne, la même mouvance, l’inscription du monde, et surtout cette liberté (ce que mon pote FG appelle dire merde). Compte la ville, compte le poème, et ce que dans ce tenseur on travaille. C’est ici que ça se réorganise, et ici aussi que s’appuie le partage – et tant pis pour ceux qui refusent de l’apprendre, pas d’inquiétude, ils arpenteront leurs couloirs protégés jusqu’à l’âge de la retraite, qu’on espère prochaine. L’ancien monde n’éveille plus d’appétence, qu’il crève de bouffissure ou de sa propre confusion entre littérature et produit, la photo ci-dessus. Cette année je n’aurai pas travaillé une heure dans l’idée d’un livre.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 7 avril 2010
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