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détour librairie

Pour les addicts de mon genre, une définition pertinente du mot librairie serait : endroit où on rentre de toute façon, même si on n’a pas l’intention d’acheter, juste pour fureter et causer, quelle que soit la ville et quelle que soit la librairie. Je connais donc à peu près toutes celles de la ville de Québec, et bien sûr le Pantoute Saint-Joseph. Une des contradictions du métier de libraire, c’est que bien sûr, même si les addicts (de mon genre) sont consommateurs réguliers et poly-approvisionnés de matière imprimée – c’est d’ailleurs le problème, va falloir payer le déménagement retour –, ça ne permettrait pas de faire tourner la boutique. C’est une sorte de deal tacite : on trouve les livres qu’on aime au fond des rayons (pas tous, pas tous, surtout ici où nous autres de langue française non Québec sommes perdus dans les étagères international), et les vitrines du libraire sont en général l’étalage de livres qui au mieux nous indiffèrent, au pire susceptibles de provoquer quelque aversion, mais qui se vendent. Donc passer devant une librairie n’est jamais neutre, et rare qu’on n’entre pas pour quelques minutes, même sachant – ô exil – que peu probable qu’on soit surpris par un fond de rayon manqué (il y a cependant le bouquiniste en sous-sol du boulevard René-Lévêque, et la bouquinerie tout au bout de l’île d’Orléans – ou, à Québec même, cette pochothèque à laquelle d’ailleurs les vendeurs de chez Pantoute nous renvoient en général...), mais ça fait rien, c’est notre pays. Alors voilà, pourquoi la ville de Québec interdit aujourd’hui l’accès à Pantoute ? Pour donner aux livres le goût de l’interdit ? Il faudrait peut-être généraliser l’astuce.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 17 mai 2010
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