Nathalie Holt | Tentatives
Rêve de peinture. Pose et dessine à la Grande Chaumière. Entre aux beaux arts avec un dossier fait la nuit. Rôde à la Sorbonne : trois ans de philosophie. 1981 Premier décor de théâtre. Se prend au jeu. S’appuie sur la mémoire des studios et plateaux de l’enfance. Vue rétrospective et oblique. Enfant de la balle. Apprend son métier sur le tas. Ne peint plus que des maquettes ou des murs plus hauts qu’elle. 30 ans de théâtre. Se promène avec un appareil photo, argentique puis numérique, tout en manuel, sans technique.

On peut suivre son travail photographique sur Instagram.

18 bis. Elle regarda le praticable d’Othello. Sur une départementale d’Indre et Loire. Un cri.


proposition de départ

Il faisait un temps radieux. Juin brillait. Bleu en surplomb du fleuve. Bleu aux cimes calmes des arbres. Bleu en miroir du pare brise où se faufilait la route. Elle roulait.

Le téléphone sonna. La Renault obliqua sur le bas côté.

Il est vrai que la voiture se rangea brutalement sur le bas côté de la route qui penchait, cependant l’immobilité des arbres au long du fleuve et le bleu si calme du ciel — cependant est un mot qu’elle s’est mise à aimer.

C’était en Indre et Loire, un jour de juin.

La voiture est mal stationnée comme lors une panne subite Quand le mobile a sonné. Elle l’a cherché avec sa main libre sous les affaires en désordre du siège passager — la place du mort dit-on — Quelques secondes d’inattention.
Elle aurait pu laisser sonner. Quatre km encore ; elle arrivait aux entrepôts. Ils l’attendaient pour lui montrer un prototype : ce plancher incurvé sans angles droits pour la scénographie d’Othello. Radeau. Théâtre. Lit.

Sa peau est noire. Il étouffe celle qui aimait les fables.

Elle ne décrochait habituellement pas en conduisant. Elle aimait conduire. Vite. Prudemment. — il n’y a pas de conclusion à tirer du fait que précisément, ce jour là, elle ait décroché. Pressentiment. Intuition. C’est ce qu’on dit après coup ; elle ne l’aura pas dit — cette biche qui avait surgi une nuit qu’elle traversait la forêt, l’ajustement parfait de la distance de freinage l’effarement de l’animal.

l’éclair du regard –- ce n’est pas le moment disait l’œil — à l’orée du bois — ce n’est pas ton moment — disait l’œil

— OUI. Dit-elle. Elle tient l’appareil à bout de bras. Juste après elle le colle à son oreille (elle l’entend. Elle aime qu’il l’appelle. Il l’appelle souvent. Pour rien)
— OUI.

La frontalité de sa phrase.

— Ça aurait changé quoi de te faire un roman ?

Sujet. Verbe. Complément. Trois mots. Comme trois coups.

au milieu du désordre le fleuve écrasé de lumière et l’amande noire de l’œil où est sa blessure il la tue elle ne survit pas c’est l’actrice qui se relève pour saluer pas Desdémone

La voiture penche sur le bas côté avant le passage piéton qui coupe la départementale. Elle n’entrouvre pas la portière. Elle ne cherche pas l’air au dehors.

Il l’étouffe.

L’herbe avait forci. Les pluies de mai avaient donné à l’herbe un vert brûlant. Elle ne voit pas la couleur de l’herbe.

Il semble qu’elle a hurlé pour qu’il se taise. Il s’est tu. Ce n’est qu’après qu’elle a poussé un cri plus grand que sa voix.

Elle supplie. Elle prie.

Il y a de la mousse dans les interstices de la vitre sur le pourtour de la fenêtre. Elle se souvient qu’elle l’a remarqué avant de tourner la clé. Elle roule jusqu’aux entrepôts. Gare l’auto. Elle se souvient qu’en entrant elle a dit qu’il venait de mourir. Elle se souvient de leurs silences.

Elle regarda le praticable d’Othello.

codicille : c’est le premier essai pour la 18 . Trop près du souvenir. Le point de départ rendait la tâche insurmontable . Abandonné puis retravaillé.

18. De choses qui avaient eu lieu (comme en rêve)


proposition de départ

Le visage un peu bouffi de la femme assise sur le banc est devenu flou. Elle les portait, a-t-on raconté au procès. Elle les délivrait. Elle les étouffait. Puis elle les glissait dans des sacs et elle les conservait dans la glace. Elle fut condamnée.

Elle rêva de trous dans les manches de son pull noir. Les insectes mangent la laine du deuil, pensa-t-elle en se réveillant. Dans la réalité elle ne portait pas spécialement de vêtements noirs et encore moins aux enterrements.

Il est vrai que le soir de la première à l’opéra quelqu’un a dit : « La femme aux enfants morts est assise dans une loge du premier balcon à jardin. » — La femme aux bébés congelés, tu veux dire. Elle est donc sortie de prison ; qui l’a invitée ? Demanda l’ouvreuse. C’est Tosca qu’on jouait. Il est vrai qu’à la fin du troisième acte la cantatrice se jette de la tour du château Saint Ange. En contre bas de la passerelle du décor, 2M50 plus bas, on avait superposé des matelas. Elle sauta à la perfection. Elle se releva et vint saluer. La salle applaudit à tout rompre. À rompre la glace

Quelques années plus tard, il est 22h environ, — c’est important l’heure, cela pose un fait, pense-t-elle — ils sortent de répétition, Ils vont prendre une bière au bar du coin, sous les images du match de foot une ligne rouge défile : une fusillade a eu lieu. Il y aurait de nombreux mort dans différents lieux du onzième arrondissement de Paris. Elle pense aux enfants, elle pense aux amis. Elle téléphone. — Dans sa chambre elle ne peut pas se détacher de l’écran où les visages maquillés des présentateurs et les images de l’événement tournent en boucle.

Elle s’est levée, elle a regardé par la baie qui donne sur le port. Elle voit le grand Ferry immobile. La coque jaune du Corsica sur l’eau noire. L’éclairage urbain essaime des taches d’un rose électrique. Le ciel de la rade criblé d’étoiles blanches, se brouille.

En 1983, on la voit courir sous le Calder scellé au pied des tours. Elle porte une veste de smoking blanche des années 50. Elle est à New York. Elle est amoureuse. Il est vrai qu’ils avaient fait l’amour trois fois dans la nuit qui précédait ; ils ne s’étaient pas quittés des dix jours de son séjour. Il est vrai qu’ils allaient être séparés. Il la photographie. Elle passe entre les arches noires (sur l’image en noir et blanc, ce noir profond qui devait être rouge) de la sculpture. Le flou de sa silhouette rend l’idée du mouvement. Sa main droite interdite est presque nette, ses cheveux lâchés se soulèvent, d’un gris moyen très doux dans la gamme des valeurs de gris de l’image. Puis il la photographie assise sur un banc au milieu d’un groupe de touristes japonais. Leurs visages inconnus lui sourient, comme des amis. Elle a les pommettes couvertes de taches de rousseurs.

Des années plus tard, elle ressort les photographies. Elle veut revoir l’esplanade des tours et le Calder. C’est moi sur la photographie, dit-elle. Ça pourrait aussi bien n’être pas toi. On peut falsifier les images, une simple retouche et avec ta tête on fait une autre tête, on peut aussi effacer les taches rousses sur tes joues. Regarde, elles ont glissé sur tes mains. Elle avait regardé ses mains. Il est vrai qu’elles avaient vieilli.

Alors Ils se jetèrent du haut des tours qui allaient s’affaisser. Il est vrai qu’une poussière grise déferla et que les visages portèrent des masques de cendres. Il est vrai aussi qu’un enfant fut retrouvé couché sur le sable au bord de l’océan, l’embarcation surchargée avait fait naufrage. Il ne se releva pas pour dire : je t’ai fait peur en te faisant croire que je suis mort. Il est vrai qu’il était mort cependant la lumière et l’écume douce de la mer.

Petite fille elle se relevait pour recouvrir sa peluche, une ourse polaire, qui aurait pu mourir de froid dans la nuit. Une nuit la fenêtre de la chambre qu’elle partageait avec son frère, se couvrit de lueurs fauves. La vitre palpita. Des hommes casqués surgirent et ils enjambèrent la fenêtre. Elle se souvient de l’âcre odeur de fumée. Et que le feu, craque, grésille, éclate.

Il est vrai qu’elle monta dans la dernière voiture du train qui allait démarrer. Il est vrai qu’elle découvrit les voitures entièrement vides. Il y en avait une quinzaine. Et pas âme qui vive. Personne. Elle se persuada qu’elle ne rêvait pas. Elle comprit que si elle ne manifestait pas sa présence elle disparaitrait. On l’oublierait. Elle n’était pas morte mais il semblait qu’elle l’était. Elle rejoignait les ombres impalpables qui sont palpables dans leur absence. Je suis enfermée dans un train vide. Quelqu’un reçu son message. Il est vrai que cinquante cinq minutes plus tard à Saint Pierre des corps des agents de la SNCF lui
- ouvrirent avec une clé spéciale. « Vous auriez fini au dépôt, lui dirent-ils.

Il est vrai qu’il a raconté avoir ramassé une poupée de chiffons dans la cendre. Il est peut être vrai que ce jour là il ne neigeait pas. Il est vrai que l’herbe poussait encore par endroits, que le printemps et l’été existaient. Il est vrai qu’il faisait grand soleil et que certains parmi eux mourraient de soif.

Codicille : le codicille comme la proposition 17 c’est une chose terrible à vivre à chaque fois. Devoir s’expliquer. Expliquer. Avoir un plan. Un regard construit. Critique. Ou bien dire clairement comment (cliniquement) ça c’est passé. Avoir des idées. Un point de vue. Une maitrise. Une chose à dire. Le fait qu’en m’y essayant je perds mes moyens. Je balbutie. Je tremble. Je rougis (on dirait du Racine).

17. J’ai accouché d’un caillou a dit la voix à la radio


proposition de départ

Pas sans écouter. Pas sans fiction. Ni personnages. Peu ou en foule. Pas sans ailleurs autrement. Pas sans aube. Pas d’une seule phrase. Pas sans attention aux sonorités. Pas sans cadence. Pas sans le temps qu’il faut pour un mot, juste un. Pas sans laisser faire. Pas sans pas à pas. Pas pour plaire. Pas pour édifier. Pas pour prouver. Ni pour révéler autrement que comme l’image se révèle dans le bain du révélateur. Pas sans y mettre les mains, les yeux, la langue. Pas sans se lever de bonne heure. Pas sans désordre. Ni soin. Pas sans dictionnaire des synonymes. Pas d’un seul caractère. Pas sans italiques. Pas d’une seule langue. Pas sans dialogues. Pas sans voix intérieures. Pas sans morts, sans corps, sans sexe. Pas sans balbutiement, bredouillement ou bégaiement. Pas sans trous. Pas sans appui concret : histoire espace temps mais qui ne se voient pas. Pas sans liste de noms ni sans archives, mais qui ne se voient pas. Pas sans choses minuscules qui se voient. Pas sans l’odeur et le bruit du temps. Pas sans couleurs. Ni sans noirs et blanc comme couleur. Pas sans routes ni chemins. Pas sans bêtes. Ni arbre. Pas sans Ramuz, Reverdy, Dickinson, Faulkner, Melville. Pas sans K en Amérique. Pas sans Ellis Island par Perec.Pas sans Duras « pour apprendre à aimer ». ou Racine. Pas sans quelques images de l’album. Pas sans revenir, biffer, raturer, retrancher. Pas sans appareil photographique.. Pas sans une grande naïveté (de toute façon il est trop tard). Pas sans obstination.

 

16. Lacunaire


proposition de départ

Feuilles volantes retrouvées en vrac dans un trou au fond du jardin de l’auteur avec des canettes de bière et une bouteille de Siku vides. Le tout partiellement recouvert de terre et détrempé par la pluie. Il semblerait que les papiers correspondent à des annotations de l’auteur, à des passages du manuscrit perdu, ainsi qu’à des échanges entre l’auteur et un supposé traducteur. Les mots et les phrases devenues illisibles sont laissé(e)s manquant(e)s. Seule la citation de B. S. écrite à la main sur une feuille pliée en cinq n’a subit aucune altération.

Le temps ne peut plus rien changer à cette histoire elle traverse les horizons étoilés, elle nous croise et il en sera toujours ainsi, toujours à nouveau, car ayant une fois quitté l’ornière du temps, elle est devenue insondable et aucune répétition ne pourra jamais l’épuiser B Schulz Né(e) à : Drohobycz , le 12/1892

Mort(e) à : Drohobycz , le 19/6/1942

Récit¬¬¬¬ ? Roman ?
            pressenti : Danish-Red-Skin
La            de Blanche :            français.

Pour la traduction danoise propose de revenir à Danish-Red-Skin
Danish-Red-Skin qui n’est pas            mais            

L’axe ?

Peaux-Rouges, ce sont les mots employés par Gervaise B. (Blanche dans le livre)
Dénomination de colon : Red-Skin            

Des éléments autobiographiques avérés. Une photographie atteste l’existence de            maigre assise sur             : une soixantaine d’années.

            retrouvée avec plusieurs croquis. Atteste encore de l’existence de O’… Portraits présumés de O’… (Danish-Red-Skin dans le roman) par : Gervaise B. retoucheuse de photographie.

Ce n’était pas en Alabama que ça s’était passé dans la réalité. Pas en Alabama qu’ il est né            . QUI ? Zicha dans le roman            
Histoire transposée en Alabama pour la beauté du nom. Un cri. Absalon Un cri. Presqu’un chant. Un appel ABSA ! Aaron Adèle Amy Alabama. A.
Qui nomma l’enfant ? Les Sioux eux mêmes qui l’avaient enlevée ? Qui donna ce nom : Danish-Red-Skin ?            3 ans quand ils l’ont treize ans quand            

Massacre de colons dans les grandes plaines.

Vol de chevaux.

C’est un            en trois¬¬

Rouge : Hématite (pierre de sang) Rouge de Baltimore, Rouge de Venise, Rouge de Pozzuoli Rouge            indien            Røde- Red –
Else Røde le nom de baptème de Danish-Red-Skin : Else Røde

Else Røde : trop littéral pour la traduction danoise ? Autre/Rouge

Ne pas traduire            changer le nom

Epouse Vindsøke vent/ hache

Avance avec sa hache et le trépied dans le dos : les photographies de Søren Vindsøke portraits d’arbres et de forêts

Ne montre pas les images noires

Photographies de guerre : les tranchées le bleu des manteaux ne se voit pas sur les images prises par Søren. Le sang un noir profond            le gris des images

Photographier les gares. L’étendue des lignes de chemins de fer en Amérique. Les volutes de fumée. Celles de la locomotive. De l’incidence des imag cinématogra

Les Western de l’enfance

L’arrivée à Ellis Island- Perec- La lecture d’ Ellis Island à l’origine du roman.

Avez-vous des amis ici ?

Avez-vous de la famille ici ?

Quelqu’un peut-il se porter garant de vous ?

Il existe un ancrage biographique : à la fin de la guerre de 14/18 Earl ( un américain d’origine danoise)            tranchées , épouse Gervaise une part enceinte avec son mari :            des grands parents de

Søren - En Europe pour photographier la guerre.

Partir pour l’Amérique pour peindre une toile rouge. Peindre dans le champ de maïs et c’est la lumière d’aout.

Butcher Watch Pocket Carbine Kodak Vest Pocket Brownie Chambre trépied cuve pellicule

Page 25 (Il est question d’une cuve) Son visage remonterait d’une cuve. Le visage qui n’avait pas de nom remonterait d’une cuve            (référence photographique ? )

            De guerre
front            1916 et 1918,            la photographie            de notre imaginaire de la            voir            conserver            trace mémorielle

1919/1924 Paris Le Havre New York Alabama Arkansas New York 1919/1924
Il s’agit d’un départ

Blanche et Søren Vindsøke sur le bateau qui part pour l’Amérique en 1919
A propos de la mort d’A. : devant la Grande Chaumière (mentionnée deux fois) Faut-il accompagner d’une note explicative. ( académie de dessins/ modèle vivant )

« La nuit tombait, A.            la Grande Chaumière quand¬¬¬ l’avait »            Comprendre qu’A.            encore au moment de sa mort ?

Hématite / Feu.            Les peintures de Blanche Le bruit des roues de la charrette du Vieux Mac L.

Paul Strand

Noir/Blanc des            aux champs de cotons            pendus images pendues            noires

I - wind - I - feuilles - I - tree - I - stone - I - je am - I - stone - I - snake - I - je am - I je – I song - I - kid - I storm - I - je - you - I wood - I - je - I - black - I faces – I- je - him - I - she - I red - I - you - try again – I- je - I - une fois encore - I – je - - I - boat - I - war - I - wind – I je – I -wind – I - feuilles – I - tree - I stone - feuilles - tree - blue stone - I –je – I - in water colors - I - je - song - I - je - kid - I - je - you - I - black - faces - I - him - I - she - red - I - red - I - I - try - again - essaye - encore - juste une fois - will you - try - I - in water colors - I - je – I

Sur les variations typographiques

sur les langues

Anglais            Lakota Danois (indirect)            Quand ils parlent anglais dans le texte            l’accent qu’il est censé avoir            les fautes

WAHCA            DO PO PA            TONPI(naissance) TA(peau) TAHA(peau) UMA(autres) SKA(blanc) SAPA(noir) WOTE(manger) WIYU(couleur)            ZITKALA SA (rouge)

Il avance avec sa parure de plume et son ventre est un trou. WAHCA DO PO PA TONPI elle tenait mon enfant elle le berçait WAHCA DO PO PA TONPI elle lui parlait dans une langue inconnue            L’enfant qui n’avait pas de nom
UMA SKA SAPA WOTE UNKICINKA KIN            

TAKOJA(petit fils) ZICHA(écureuil) ZICHA-ZICHA
Adèle, Ma

            mois            pour l’Amérique. L’enfant

             ! Sur le pont.            Des balles d’écume – jamais            je            si noire            d’étoiles.            la mort ?            nus l’un dans l’autre.

            le plus effrayant était aussi le plus beau.
            
La foule,            ,les larmes.            jeté leur vie dans ce voyage examinés            sous la peau.
 comme ils étaient venus. New-York.

            sur la photographie            N’est-ce pas Adèle ?

            des nuits dans le roulement des roues de fer les villes            sur des miles — tu vois je parle américain            pas,            j’aurais pu toucher les gens derrière les fenêtres. nous descendions Des patates grillaient sur des feux de brindilles.            chiqué.            — Oui dansé.

            La poussière était l’âme de notre voyage.            Peindre            avec de la poussière !

Tout en bois.            La lucarne qui ouvre sur les champs.

« You really look like a whale ! Moby Dick            
de photographier les gares.            La vie à l’état brut ;            après le massacre réclament « sa magie » pour eux, leurs bêtes, leurs terres            
v La grange où j’aménage un atelier.            
Ne peindre qu’avec une couleur ? Un paysage qui ne serait que rouges ?
             ; des femmes pour la plupart, seules vides.            posées dans la lumière            qui se tient face à la fenêtre une lettre entre les mains. La lumière éclaire son visage qui lit à contre jour            
            je t’écris d’             : Alabama. Pas jour sans mots.            manquent.

Blanche

Quand le texte se défait se disloque. De la prise de distance qu’implique ces NDT. Se sentir désarmé. Pensé à la fresque qui se défait par plaques. Partir des trous ( ). Ai tourné autour de la proposition. Ai pensé renoncer. Emprunter ce chemin d’impuissance. Détour qui me ramène vers l’histoire laissée en plan. Friche. (Mesurer l’étendue du travail à accomplir. Archives. Lectures.) Ouvrir. Relier.

15 ter. La femme du Kiosque


Cette impression d’inachevé dans le visage. L’œil gauche a la forme d’une amande noire. Le droit, caillé, blanc. La pâleur des joues dans l’allongement du visage. Le noir opiniâtre des cheveux. Elle tient le kiosque du marais. Vingt ans qu’elle se tient assise dans le bruissement des feuilles. Les journaux c’est un gagne pain. Elle a toujours un livre devant elle. Poésie. C’est ce qu’elle répond avant que tu demandes. L’accent. L’Espagne. La guerre. La mort de l’œil n’est pas une blessure de guerre. Elle sait où tu as regardé. C’est devenu flou à force d’absence. Des nippons la photographient pour sa ressemblance. Elle vend aussi les cartes portales du musée qui est à trois pas.

15b. Les vies de V. K. de l’aube à minuit. C’est le titre.


proposition de départ

La chevelure blonde enturbannée. Les yeux d’un vert acrylique. La poitrine en encorbellement, de bonnets D ou F. Elle porte une robe de grand couturier. Elle s’offre l’original et sa couturière recopie. On ne compte plus les modèles dans des camaïeux sable. Ligne pure. Ample. Fendue. La jambe, la poitrine, avec les yeux : un vrai capital. Elle sait ce qu’il faut mettre en valeur. Moins grande qu’il n’y paraît. Les talons sont hauts la courbure de la chaussure parfaite. Le pied, petit, manucuré. Elle parle d’opulence à propos de sa corpulence. Trouve ta maigreur problématique. Le hâle et le velours de sa peau. « Ta pâleur est vraiment effrayante. » Elle te glisse qu’un massage trois fois par semaine fait des miracles sur les, disons, fanées. Elle te recommande un salon. Elle, c’est à domicile ou au bureau. Entre le psy et le drainage, elle a choisi. Elle te demande dans la foulée d’où vient l’aspect brulé de tes cheveux. Te conseille des vitamines et de couper.

Valéry K. Valery, avec un Y. Depuis peu. Une coquetterie ? Ce Y c’est un gage de sa coterie littéraire. Piégée sur le cimetière marin. « Pas de Claudel, vous m’étonnez ? ». Le Y est maintenant en bonne place sur ses papiers, en deux dîners c’était réglé. « Quand on nous assomme avec les problèmes de papiers. Rien n’est vraiment si compliqué. Pour sa Philippine ça n’a pris qu’une petite semaine, guère plus. Elle en a essayé de nombreuses, (Philippines). La dernière est une vraie perle, mais quelle huitre. Elle rit.

Elle claque du pouce et du majeur en direction du serveur « Deux Campari. Des blancs ! Et la glace à part. » Dix minute qu’on attend. C’est un monde. Il faut quoi ? S’agenouiller pour boire un verre.

Sa générosité est légendaire. Pour la Philippine elle envoie de l’argent, ils manquent de tout là bas et paye les études des enfants. Elle laisse toujours un pourboire : « bien au dessus de la médiocrité du service ». Chez elle c’est table ouverte quatre jours par semaine. « Disons qu’en période de défilés je lève un peu le pied. ». Elle travaille autour de la mode. Est toujours restée vague. Entretient le mystère. Elle gagne beaucoup. Voyage. A investi dans l’immobilier. Elle invite la tablée. La table d’à coté (parce qu’il parlait de M. un acteur qui monte et qui dînait chez elle avant hier) « Vous reprendrez bien un verre ? » Elle paye cash. De gros billets. Les cartes de crédit c’est surtout pour tirer l’argent. Elle aime, le bruit du papier. Rien ne remplace un journal acheté au kiosque. Ni une édition originale. Tu ne trouves pas ? « Vous n’avez pas la monnaie ? » Elle te Duras Solers. Houellebecq Angot. Ils dînent souvent chez elle. Pas Duras tu t’en doutes. Elle aurait tant aimé. « Ses derniers livres quelle auto-parodie ! Un vrai gâchis. Il paraît qu’à la fin elle dégobillait sous la table ». Elle a l’amant dédicacé à Mitterrand. Une rareté dégotée chez son libraire d’ancien. Elle a bataillé pour l’avoir. Un bras. Elle a du revendre un bracelet. Soudain elle se souvient de vos seize ans. Tu frimais avec ton Lol.V.Stein et tes Gauloises. « Tu ne couchais pas avec tout le monde à l’époque ? » Et lance à la cantonade. Moi je me suis mariée quasi vierge et ça m’a réussi. 30 ans de mariage l’été prochain. « J’ai appris pour toi. Quel gâchis ! » Elle aime le mot gâchis. « Pour que ça marche il faut Vouloir. » Elle aime le mot Vouloir et son corollaire : Pouvoir. Sa qualité favorite, la volonté sans aucun doute avec l’humour bien entendu. Elle ajoute — elle saute du coq à l’âne, est rouée aux échanges à bâtons rompus et peut soutenir trois conversation en une ¬— qu’elle a vu ta mère tout à l’heure. Quelle femme exceptionnelle. Sa jeunesse semble éternelle. Comme pour les troubles bi polaire, il paraît que ça saute une génération. À propos comment va ta fille ?

Soudain elle se redresse. Lève une main en direction du couchant. Le port. La voile orangée de la jonque qui rentre au port. L’envol des mouettes. Elle prend, avec son mobile, une dizaine de clichés à l’aveugle. Un accrochage à la rentrée. « Ah, vous n’étiez pas au courant » S.C. l’avait choisie parmi d’autres personnalités pour un « jeté » d’autoportraits. Clichés et vidéos de ses journées projetées en 2/3 sur les murs de la galerie. Les vies de V. K. de l’aube à minuit. C’est le titre.

Son autre mobile sonne. Elle bondit mobile collé à l’oreille. Renverse son verre. Une bouteille roule et se brise. Son sourire s’écarquille (le rouge collé sur le contour de ses dents et ce résidu de salade entre les deux molaires. Il y a une tache de gras sur la soie de sa robe à hauteur du nombril.) Elle coupe son téléphone. Emet un gloussement. Ebouriffe le toupet qui couronne son turban. « O.B. une célébrité du New York Times vient dîner ce soir. C’est confirmé. Allez ! Je vous quitte ». Et elle enfourche sa bicyclette électrique couleur sable.

 

15a. Yosalo Molossol. Comédie.


proposition de départ

Lui, qui est assis sur le trottoir avec une couverture sur les épaules c’est Yohanan Savva Loth. Le commis. Celui de la grande épicerie, la H.H. Ferguson. Oui, juste après le pont sur la droite quand tu descends l’avenue.
« Mon Yohanan l’est Beau comme le Messie, peut-être que c’est le Beau soi-même, mon Savva, disait Hannah. Rabâcha-t-elle jusqu’au lit de sa mort, parlant de son puiné. Mourrait avant les vingt ans du garçon, quelques mois précédents la catastrophe. « Mon Yohanan c’est un artiste. » Et la dure vie, c’est bien connu ignore la beau ; elle glorifie le profit, disait Hannah. « Ce monde de vitesse et de résultats, il s’acharne contre mon Yohanan. S’il est plus lent que les autres, c’est qu’il est né à dix mois. Les grandes œuvres ça prend du temps. »

Elle avait eu cinq fils, de vrais caïds, lui c’était le dernier, « pas le plus entreprenant c’est sûr, mais, baissant d’un ton pour ne pas blesser les autres, c’est de loin le plus beau mon Savva. » Imaginez ! Les quatre autres faisaient déjà se retourner les têtes. « Mon Yohanan il est si beau, que c’est la poésie, à lui tout seul, disait Hannah. »

Un âne ce Yohanan, murmurait-on, la rime était facile, un paon ajoutait-on. Un rat ? Qui se mirait dans l’eau des flaques. Mentait par souscription. Connaissait le chemin des poches et des sacs, chapardait pour s’offrir caramels mous, cravates et tabac. Avait vidé le coffret d’Hannah pour se faire tirer le portrait. S’était pris la tête en pleurant. Le pauvre ne savait où trouver l’argent. — Serai vedette de cinéma. Te couvrirai de fourrures et de perles bien plus belles qu’à ta propre noce, jura-t-il. On l’attendait, affirma-t-il contemplant ses beaux clichés. Ils viendraient le chercher. On lirait son nom partout. « Beau comme une affiche de cinéma mon Yohanan, disait Hannah. »

Johanan Savva Lot. « Qu’il travaille un pour voir, avaient exigé les frangins. Il sut un temps contrefaire le faire chez une fleuriste, il aimait bien les fleurs qu’il arrangeait aussi pour ses propres affaires. Se luxerait le poignet en maniant la feuille de boucher, surtout tuerait le chien de Mordechai qui urinait sur le trottoir, Mordechai pas le chien. Qu’y pouvait-t-il, pauvre ange, la lame s’était déboitée et elle avait volé. Le chien croyant un os à la volée s’était précipité. Comme il avait ri le Yohan, à en pleurer. Ses larmes, qu’on prit pour contrition, arrangèrent un peu l’affaire. Hannah paya pour le chien et Yohanan fut remercié. Elle lui dégotta une place de coursier, il manquait toujours un costume, une paire de chaussures, une valise, des friandises. Il égarait ou grappillait c’était selon. On lui demanda de partir, il menaça. Hannah y perdit ses maigres économies. Le cousin Samuel le prit à l’essai comme liftier, il joua des boutons pour s’envoyer en l’air, bloqua trois jours l’ascenseur. « N’est-ce pas l’indice d’un talent à part. Un poète Mon Vassa, je vous dis. »

Si la nature, s’était surpassée dans l’accomplissement de sa figure idéalement symétrique. Lisse comme un moule ou comme une image à la devanture du coiffeur, elle avait omis d’insuffler au garçon, ne serait-ce qu’une une once de volonté et de cœur. Rendons à la mémoire d’Hannah, qu’à la première vision, un je ne sais quoi dans le commis de l’épicerie H et H Fergusson vous faisait retourner la tête. Un beau gars se disait-on. Ou joli. Oui, joli, sans aucun doute. Des yeux lilas écarquillés pourvus de longs cils noirs recourbés, le nez grec ce qui pour un Ashkénaze n’est pas très orthodoxe, les lèvres ourlées se retroussant sur des dents idéalement blanches malgré les caramels mous et le tabac. Le teint ambré, les grappes de boucles bleues entourant le front un peu court mais large. Prognathe, juste ce qu’il faut d’appétence.

Yohannan Vassa Loth le commis d’épicerie, qui était aussi le neveu du patron était, à première vue, un beau parti. « Yosalo », comme l’appelait l’oncle « On ne fume pas sur les barils de Vodka. On ne fume pas au magasin », « Yosalo, dépoussière les bocaux ». Molossol ! Hurlait l’oncle du fond de sa boutique pour tirer Yohanan de sa léthargie, « Arrive ici ! Il manque encore des bretzels dans la boite. « Yohannan Vassa Loth, disait l’oncle, c’est le gendre idéal pour ton pire ennemi, bon à te damner une famille entière. »

Hannah avant de mourir avait supplié son beau frère de recueillir son puiné. Le temps que le cinéma le découvre. « Tu verras tu ne le regretteras pas, avait-elle dit. La vie te le rendra. » Sur quoi Hannah rendit son dernier souffle.
Ce que promet un Fergusson — le nom américain de l’oncle, un Vashtikashai — le vrai nom Ukrainien de l’oncle, peut le rompre. Le cœur d’Haron était loyal. Il engagea le puiné. « Quelques mois, se dit-il. Le temps de le marier ». L’engagea. Pour sa ruine.

Lui, qui est assis en pleurs sur le trottoir avec une couverture sur les épaules c’est Yohanan Savva Loth. Le commis. Celui de la grande épicerie, H.H. Ferguson où il y a eu l’incendie. En trois heures à peine, tout a brulé, dit-on. Des denrées au patron. Des murs au plafond. Du H au H et Ferguson en son entier. Un mégot qui sera tombé dans un baril de Vodka. Yohanan Savva Loth est en pleurs. Sur le trottoir. En pleurs. Jure, main sur le cœur qu’il n’a jamais fumé. Ces longs cils noirs balaient ses yeux lilas. Les larmes coulent. Sa bouche frémit. « Mon Yohanan c’est un tendre », disait Hannah.

Codicille : relu les premiers textes comme suggéré. Imaginé des personnages échus de la traversée ce que j’avais déjà entrepris pour la 14. Après le passage chez les morts « en-vie » d’un ton léger et de jouer avec les noms.

14 bis. Søren


proposition de départ

Je m’appelle Søren Windsøke. Il semble que je suis mort. De l’atelier que j’occupais, une dépendance dans la maison d’enfance en Alabama, il ne reste rien. Le feu a pris un matin. La pellicule, le papier, les produits de développement brûlent comme s’ils n’étaient faits que pour ça : brûler. Toutes les images et elles auront brulé. C’est comme l’alcool, tout cet alcool que je buvais. Qui me brulait. M’a brûlé. M’a tué. Le corps et la cervelle.

Je m’appelle Søren Vindsøke. Je fus bûcheron et je fus photographe. Qui avance sa hache dans le dos. Avance avec le trépied et l’appareil. A fait des portraits d’arbres et de forêts. Voulait photographier les gares toutes les gares. L’étrange comme on l’appelait. Søren, le dernier né, le bagarreur. Disparait. Revient couvert de ronces et d’écorces. Vagabonde. Lit à l’ombre des roches. Nage et chasse à main nue. — N’ira jamais à l’université. Déplorerait le pasteur qui voyait en lui sa chance. Finira dans les bois la hache sur l’épaule. L’appareil et le trépied rejoignent la hache. Engrange les images de forêt : arbres, stères, haches, hommes toujours de dos et d’autres images qu’il ne montrera pas, les images noires.

Je m’appelle Søren Vindsøke. Là où je me tiens sous la terre il n’y a personne. La grande famille des morts n’existe que dans leurs rêves. Désolation : dessus, dessous la terre. Je n’ai plus de visage et je n’ai plus de mains. Traits et lignes emportés par le feu avec les images. Avec la route. Avec leurs visages. Avec la grande ombre de Blanche. Peindre un ciel rouge traversé d’oiseaux noirs. « Blanche. Comme tu disais cela »

Je m’appelle Søren Vindsøke, je suis le fils d’une fausse indienne et d’un bucheron devenu propriétaire terrien. Maïs. Bois. Coton. Mes parents, des migrants, danois d’origine. Ma mère a trois ans quand des sioux l’arrachent au charnier, cette caravane massacrée pour quelques chevaux. Elle ma mère, Danish-Red-Skin de son vrai nom Else Røde apprend à chevaucher comme un garçon sauvage ; en secret elle m’appelait Napayshni . Et encore : son fils du vent dans les trains — dans les gares — l’appareil — le trépied — loin — ne revient — pas — trois — quatre — des — semaines — ne revient pas — assise sur les marches de bois — couverture aux épaules — c’est au crépuscule — elle attend — Napayshni — elle attend — le fils du vent — Danish-Red-Skin attend Søren le fils qui est parti.

Je m’appelle Søren Vindsøke, moi le dernier né, frère d’un frére et d’une sœur morts avec le père tout le bois de l’hiver. Eux — Le cheval tomba la charrette se renversa le bois roula. Tout le bois de l’hiver — je — I — promess — te dirai — la charrette et te dirai la pierre — te dirai — I — promess –- tout le bois de l’hiver comme il roule — te dirai — comme il broie — te dirai — le père et te dirai la sœur — le frère — I promess — trois petits paquets de craie sous le talon — comme on tue les chatons — os — cou — tête — te dirai — I — will

Et je suis parti pour la guerre, loin, jusqu’en France. « Photographe, c’est ton job ? » Soldat au trépied. Sous le feu des obus et dans le brouillard jaune photographier la boue. J’ai planté mon trépied dans la bourbe des tranchées. Sous le feu des obus le brouillard était jaune. Les chevaux morts puaient.
Je me suis enfoncé dans la boue des galeries, je les ai photographiés engoncés dans le bleu de la laine, lettres ou cartes à jouer aux pognes ; raclant la soupe de leurs gamelles gelées, et buvant, et fumant et se délestant de leur boue. Certains exhibaient leur chasse miraculeuse, chapelets de rats qu’ils étendaient par-dessus leur cloaque. Des dormeurs rêvaient en espalier — des morts aussi on en voyait debout mais ils ne rêvaient pas. Les fusées faisaient au ciel une orgie de lumières ; la terre grouillait. Elle s’animait comme le dos d’une grande bête.

Je m’appelle Søren Vindsøke je suis mort semble-t-il. Qui se souvient de moi Ton fils est né et il n’a pas de nom — de quelle couleur — étaient — souviens toi — hache wind søke... axe wind — de quelle couleur était le vent

Je m’appelle Søren Vindsøke et je suis venu te chercher. Blanche es-tu morte toi aussi ?

En son for intérieur. Est-ce que tout personnage n’est pas d’abord un mort ?

 

14. Rachel


proposition de départ

Je sais qu’on ne m’entend pas c’est pour ça que je parle. Je parle. J’ai de la terre plein la bouche, les ongles, la robe, crasses. « Rachel, aurais- tu dit, c’est pitié de se montrer ainsi ». Je parle d’où l’ont m’a couchée un matin qu’il pleuvait, fardée, la bouche entourée d’un ruban de satin, revêtue de cette robe fanée prise au magasin des indigents ; chaussée — bottines de troisième main, recousues à gros points qui vous entrent dans l’os. « Il faudra te taire Rachel. Ne pas montrer ce que tu as enduré. Jamais. » Me taire. J’appris à ne pas dire. Ces années de silence qui seraient balayées ; dévêtu mon corps allait parler malgré moi. Eut-il fallu il que je me terre. Que je me caparaçonne sous un amas de feuilles et d’os pour enfouir qui parlerait à ma place. Disparaitre avant que d’être morte ? Ce que la bouche avait appris à ne pas dire, que j’avais su dissimuler, mon corps à la toilette mortuaire l’exposerait. De longues minutes qui ont semblé des heures je ne fus plus cachée ; morte à la toilette ou mariée pour la mort qu’importe, dénudée, lavée à la lueur des veilleuses, moi qui n’avait pas dévoilé mon corps même à ma propre noce, ni au bain rituel ; accouchant filles sur filles enfouie linges sous linges, j’étais nue devant elles. As-tu entendu les pleureuses ? Me lavèrent, me glissèrent dans la robe sous le lin dru, me chaussèrent. S’affublèrent de silence refoulant sous leurs paupière ce qu’elles venaient de voir — parce qu’elles ont vu et tu le sais — prirent figure d’oubli, répétant simplement ce qu’elles avaient appris à faire. Gestes, prières et larmes. Me voici enfouies sous la terre, la robe, les mains crasses ; tu dirais que c’est pitié de se montrer ainsi. Qui me voit ? Personne ne m’entend et personne, à part elles, à part toi, ne saura. Rassures-toi. C’est pour ça que je parle à présent.

Codicille : Laisser parler celle-là. La voix de Rachel morte en songe. Voix sortie du chœur des voix.

12 bis. Tu pars avec le nom


proposition de départ

La bouche maintenue close toute la peau aspirée là où manquent les dents dentier qu’on ne leur met plus la nuit posé la nuit sur la table jour nuit c’est le jour la bouche vide l’immobilité cireuse du visage à midi crevé d’ombres calme tu scrutes sous la peau tu scrutes tu ne respires pas t’approches comme disparaître retiens ton souffle et dedans ton cœur tape tu longes tu scrutes qui est ou dort tu écoutes cherches un écho de cœur à cœur t’inclines quelques centimètres à peine à frôler les lèvres ton souffle respire la cire de son visage ses lèvres aphones respire qui est ou dort et tu touches la main alors c’est immensément gelé jaune froid tu supplies la main tu supplies le visage tu supplies la paupière c’est immensément gelé jaune froid ce corps pas lui gisant c’est immensément pierre immensément loin loin loin pas lui alors tu murmures son nom tu épèles et parles son nom dans l’obscurité de midi tu le parles tu laisses la cire tu laisses la pierre tu laisses là ce corps d’ombres tu pars avec le nom

Impossible de faire la 12 telle qu’imaginée. Je voulais travailler sur l’immobilité du modèle dans la pose. Etre vivant (modèle vivant) et complétement immobile (comme mort) et le fait que c’est parti ailleurs.

13 bis. Masquessacres


proposition de départ

Le fait qu’on est quitte le fait qu’en corps et pour qui le fait que t’es cap qu’on s’acquitte le fait d’être à quai en paquet pas très gai le fait que t’es cute qu’il te kiffe même en kit le fait que tu brames que tu jam le fait que tu gammes que tu te crames le fait que ta cloche à un choc le fait de tes tics quand tu TOC le fait de tes leurres de tes larmes le fait de la « lyme » de la loose le fait que Deleuze pas deux mille le fait d’une punaise d’un cafard d’une tique le fait d’en faire K le fait que cloporte et colporte le fait que clope et clapote le fait que c’est pas ton pote le fait que ça flique et taloche que ça loche le fait qu’ils voient noir le fait qu’ils étouffent qu’ils t’étouffent qu’on étouffe le fait qu’ils se casquent qu’ils se masquent qu’ils t’enfument te consument le fait qu’on se masquessacre qu’on se desamasse le fait qu’on broie du noir ou que ça crie le fait que samedi pas dimanche que dimanche pas samedi le fait d’épuiser le sans fond le fait du puits et du fou le fait du cri à zup et à zad le fait que le feu file d’ïles en villes le fait que Lesbos le fait que Beyrouth que Frisco le fait que le fou zigue et zague le fait que le roi vague le fait que le bossus n’est pas toujours laid que le boss l’est le fait des osselets des ocelles des marelles des ailes le fait de voler d’en rêver le fait d’être qui ou personne le fait qu’un enfant meurt aussi le fait de son nom sous la pierre le fait que Pierre bâtit et que Denis Prieur ne boit que du lait qui démembre le monde en tableau qui pillule ses pinceaux qui te démantibule en portrait fait de ta tête une pomme verte « tigineuse » le fait du peintre le fait que tu poses la salière quand tu la passes sinon t’y passes le fait que t’y passes que t’y vas quoi qu’on dit le fait que ça mord quelques fois le fait d’avoir la bêche la bonne pioche et la pêche le fait que ça pousse et qu’Henri a guéri le fait que l’arbre a le vent et l’oiseau en écho le fait que Bergame se démasque le fait que t’as plus dix sept masques le fait que that’s not necessary a pity mais que tu préfèrerais le fait que pas

Codicille : Le fait que ça tape que ça se répète dans la tête comme cet air d’opéra au piano chant le fait que ça devait s’écrire pour assourdir la musique le fait que Denis Prieur avait peint ton portrait il y plus de trente ans et qu’il a rugit au téléphone le fait que la maison se vide d’une partie de ses vies et qu’un enfant dans le train en poussette n’ y voyait que des masques le fait qu’ils prennent l’eau et le feu

13. Prélude


proposition de départ

Le fait que Lang Lang joue Bach et que Glen soit mort le fait que tu n’as joué qu’une seule fois le prélude à vrai dire quelques mesures déchiffrées à l’oreille le fait que ce jour là il n’est pas passé lui le Russe pour qui tu jouais le Russe que tu aimais croyais tu qui n’était pas marin ni fils de le fait que les rues chantaient sous tes fenêtres le fait que mai chantait le fait que mai 1981 chantait le fait qu’on allait désassembler La veuve le fait qu’on était noir arabe juif ensemble le fait que tu avais massacré quelques mesures du prélude pour un Russe et que ça aurait pu tuer Bach s’il n’était pas déjà mort le fait que le Russe aimait Rachmaninov et Ravi Shankar le fait qu’il jouait du sitar le fait qu’il n’aimait pas spécialement Bach et ça tu l’ignorais le fait qu’il ressemblait à Paul Newman sans les yeux le fait que toi tu ne ressemblais à rien ni à personne sinon à cette écrivaine américaine dont tu as oublié le nom c’est le libraire à Tours qui t’avait dit que tu lui ressemblais à cette écrivaine dont tu n’as rien lu et quand tu cherches son nom ton navigateur mouline le fait que le russe aimait une blonde ou cette blonde le fait que tu étais brune que tu l’es toujours en plus gris alors tu as refermé le piano et tu es descendue dans la rue tu as marché sous la pluie dans la foule tu as chanté avec la rue le fait que tu as crié avec la rue qui avait de grandes espérances le fait qu’il pleuvait comme pour un mariage heureux dit-on pluvieux heureux dit-on le fait que ça n’a pas duré le fait que l’union n’a pas duré quelques semaines tout au plus avant de passer l’arme à droite le fait qu’au bout de cette nuit tu as suivi le premier venu le fait que ce matin à la radio Lang Lang joue Bach le fait que c’était beau n’empêche que c’était beau Lang Lang même si tu as Glen dans l’oreille beau à te donner l’envie d’embrasser le fait qu’on ne peut pas embrasser ni lire sur les lèvres le fait que tu remarques les yeux le fait que tu as remarqué le bleu des yeux de la pharmacienne d’un beau bleu nuit le fait que tu le lui as dit le fait qu’elle a rougi dans les cheveux le fait que tu as pensé à la mort dans la pharmacie avec ton masque le fait que dehors un pigeon crevé faisait tache le fait gris des plumes et rouge du sang le fait que le russe est vieux et qu’il perd ses dents le fait que tu l’as revu à l’enterrement il y a trois ans et quand on entonna la cantate tu entendis le prélude le fait que tu as compris que les jeux sont faits et ton cœur bat si fort devant le cercueil ton cœur bat le fait que c’est fait que ça se défait le fait que Glen est mort et que Lang Lang joue

Codicille : le fait que c’était en 1919 juste après la guerre le fait que Blanche partait pour l’Amérique le fait qu’il était venu faire la guerre le fait qu’ils s’étaient rencontré le fait qu’elle retouchait des photographies le fait qu’il photographiait le fait qu’elle l’avait suivi dans sa chambre le fait qu’elle attendait l’enfant le fait qu’elle voulait fuir pour peindre le fait qu’il photographiait les gares le fait qu’il buvait contre la peur le fait des mains de sa mère qui avait grandi chez les Sioux le fait du nom Danish-Red-Skin le fait des champs de coton le fait des champ de mort le fait de Blanche de Søren d’Amy d’Adèle d’Aron Morgenstern et du vieux Mac Lowan le fait de la jument the Old Daisy d’Ismaël et d’Adam le fait de ce visage qui remonterait d’une cuve de ce visage noyé qui n’aurait pas de nom le fait de ce récit le fait du roman de leur vie </div<

12. Bruit blanc


proposition de départ

Ce sont les bruits les craquements les bruits tu ne dors pas elles leurs voix elles ce sont eux les grattements Tu ne dors pas Veilles la bouche écartelée à hurler insensible à hurler tu entends Ce sont les voix elles leurs voix eux leurs voix ce sont eux tu entends Te demandent

Te demandent rien que ce minuscule geste du doigt te demandent tapoter le rebord te disent un signal Tapoter

Ta langue immobile la bouche écartelée et chanter en dedans plus fort que leurs bruits plus fort qu’eux ils elles en blanc

Chantes en dedans calmes ta peur clames dedans ta vie clames ta vie contre peurs contre pleurs Clames ta vie calme

Oh là Oh là Ma vie

Tu chantes

Tu chantes en dedans

Eux parlent d’eux à eux d’ils à elles se parlent OH EH OH par ici je tapote le rebord mains doigts gourdes et l’ongle tapotent OHLA OH Par ici

Reviennent les doigts caoutchouteux reviennent palpent et piquent et palpent et

Eux ils elles sous masque scialytiques Te demandent Et le tic et le tac de leurs doigts allongés de métal Comme jouer à être t’avaient dit Être mort t’avaient dit ils elles comme jouer Disent un jeu Disent Vous ne devez sous aucun prétexte comprenez vous

Bouger

Pas

Disent Tapoter disent juste tapoter Un signal

Puis Te détachent te soulèvent te glissent au Plan froid Te posent la couronne sans or de bruit blanc Te glissent

C’est un cylindre comme jouer à te disent le temps de compter dans ta bouche cent vingt secondes à rebours disent comme un jeu

Calme

Compter

Le temps

Immobile comme

Te disent

Ce sont les bruits tu ne dors pas Ce sont eux que tu entends dedans de tôle de crash dedans

La bouche écartelée insensible à hurler

Comme jouer à

Ils Elles que tu entends sous masques Scialytique

Blancs

En improvisation laissé venir comme rêve éveillé laissé faire.

11. Mains tenues


proposition de départ

Pareilles aux souches et venues de très loin. Revenantes. Ce sont les dernières choses dont se souvient Blanche. Les mains d’Else. Longues, et larges ; les ongles brisés noircis de terre. Noueuses. Ouvragées de veines puissantes. Qui portent une vie entière sur leur dos. Ravinées. Qui tiennent une vie dans leurs paumes. Comme elles se glissaient dans les boucles de l’enfant, pensa Blanche : Zicha (ainsi qu’elle l’avait nommé, parce qu’il n’avait pas reçu de véritable nom ; pas encore). Les mains dans les cheveux chantaient le nom qui n’était pas le nom. Mains en bouquet de doigts devenus fleurs ; rouges du beau rouge des fleurs de l’orée du désert. Effleurant les cheveux. Imposées. Insufflant. Soulageant le chagrin, la douleur. Blanche se souvient des gestes d’avant avant la mort. La geste d’Else : creuser, semer, rassembler. Bouchonner. Presser.
Les doigts affinés pincent l’insecte qui se débat au coin de l’œil. Ils passent le fil qui ravaudera le drap, ou, recoudra la plaie. Doigts qui s’allongent pour montrer le chemin. Battoirs cinglant le linge sur la pierre. Mains qui se tiennent en visière pour voir l’arbre, au-delà du champ, l’arbre en eau forte sur la lumière coupante. Se déposent sur le front du mourant. Abaissent la paupière sur l’œil racorni. Plongent dans le ventre de la bête en extraient une autre plus petite, toute remuante, bêlante, et chaude. Qui ne tremblent pas. Qui ne tremblent pas encore.

La frise peinte du bout des doigts avec l’herbe plongée dans le sang et la terre ; comme une dentelle de signes affluents de la main. Les pieds et les mains dans la terre. Else debout avec ses mains, tenant debout par elles. Qui montre à l’enfant comment se tenir avec le ciel au dessous de soi, et se poser sur le nuage. Quelques pas sur les mains.

Les mains reposées à plat sur la table. Ses mains comme une promesse tenue. Qui ne tremblent pas. Pas encore.

Et soudain, ailes, agitées de soubresauts. Cloniques. Qui ne répondent plus. Foudroyées. Qui refont en pagaille. Qui défont. Se défont. Comme atteintes du haut mal. Ses mains d’avant la mort.

Besoin « in-codicille » de revenir à la fiction. Renouer avec des virtualités de personnages. Regarder des mains par ce chemin à. Envie de reprendre l’exercice par un autre chemin. Dans quelques jours peut-être.

9. Le jardin de l’arrière cuisine


proposition de départ

— Vous y gagnerez, je vous assure. C’est un bois dur imputrescible. Ce mur de cyprès à l’arrière de la maison. Elle dit les pins noirs. Elle ne dit pas cyprès. Les arbres d’un vert noir. Disait noir — je vois l’ombre des arbres. Et la mare derrière la porte fenêtre de la cuisine. J’ai dit : — Les cyprès cachent la colline à présent. Le pain chaud est sur la table et la bassine avec les os. On l’attachait là. Oui là, près de la mare. Il court vers les collines. Il les suit. Il joue. On a roulé une grosse pierre sur la terre où dormait le chien. Comme une meule... Elle disait qu’elle le voyait où se tenait la pierre. Elle dit qu’il était là — où est la pierre — près des pins noirs. C’est l’autre pays. Le jardin aux têtards. Des seaux entiers. Des jours entiers dans les roseaux. La fraicheur. Les pieds nus. La boue. Libres. On rejoint la colline derrière les pins noirs. Eboulis de caillasses et de cosses. Comme des indiens jusqu’à la nuit. Il y a une pierre entre les arbres. Enorme. Une pierre montagne. Quand on se lève au milieu de la nuit. On se blottit contre la pierre pour compter les étoiles tombées dans l’eau. La montagne a roulé là où dormait le chien — Têtes — abres — pain — abres -– tout noie — où chien...

Se forcer à faire la gamme. Même si. Pas démêler tant pis. Donner en vrac. Benjy.

8. la maison des collines


proposition de départ
le salon

Une pièce vaste. Haute de plafond. On y accède par le couloir principal ou par les portes fenêtre qui ouvrent sur le jardin. Les murs cernés de frises végétales sont clairs, ils poudrent et s’écaillent. Un piano demi-queue longe le mur opposé aux fenêtres — ce clavecin qui le prolonge et semble un veau attaché à sa mère. Des tableaux sans signature, portraits ou fleurs de couleurs vives, très gais, sont posés au sol. Un grand miroir mouluré, posé lui aussi, fléchit la fresque du plafond : un ciel entouré de collines, avec des nuages pommelés brossés en trois tons comme sur les peintures des carrousels. Deux canapés fond le gros dos sous un jeté de draps piqués. Il y a des fauteuils tapissés dépareillés, avec des accoudoirs entaillés jusqu’à l’os ; des chaises cannelées, légères et presque transparentes qui ont un air de demoiselle assises. Trois tables de bridge. Des lampes en plusieurs tailles avec des abats jours de toile et des lampes à pétrole refondues en bougeoir. La cheminée cirée, grande comme une alcôve - le feu c’est dans le poêle qu’on l’allume. L’âtre est un théâtre d’enfant : une poupée aux cheveux racornis traine avec une paire d’escarpins, un casque de chevalier, des masques, un cheval de bois. Sur la tablette, il y a une pile de courrier qui n’a pas été lu ; des jumelles de théâtre ; une assiette de porcelaine en vide poche : boucles d’oreilles, visses, boutons, épingle à cheveux, bourre pipe, deux cartes à jouer : as de pique, un roi de trèfle ; un billet de loterie. Il y a, posés un peu partout, des vases de fleurs fraiches ou de fleurs desséchées figées dans leurs couleurs — lavande, bleu, rose, paille — toutes délavées. Le salon a quelque chose de russe. De cette Russie de villégiature du théâtre russe. De Gorki ou de Tchekhov. Le samovar qui trône au milieu du piano infléchit sans doute la perception. `

le jardin principal

Les portes fenêtres, elles sont trois, ouvrent sur un jardin d’hortensias, de glycine et de roses. Les massifs de pivoines fanées, mais encore verts bouillonnent. À travers ce fouillis de verdure entêtant se devine le cercle des collines. La maison est cernée par les collines. Au fond du jardin, derrière la clôture de bambou et de cordes, un chemin de terre conduit vers les collines. Oliviers, murets, buissons, se découpent en contre-jour. Il est six de l’après midi. C’est l’heure rêvée pour marcher. Un vent doux se lève. La terre a tiédi.

le vestibule

Anoraks, chandails et chapeaux de toutes tailles encombrent un perroquet. Les bottes de pluie s’alignent en ordre décroissant soulignant la perspective de ce couloir très long. L’œil de bœuf opalin perché tout au bout du couloir infuse une lumière immobile.

le jardin de l’arrière-cuisine

Des pins noirs. Une mare. C’est à l’arrière de la cuisine comme un autre pays. Humide et froid. On a roulé une grosse pierre sur la terre où dormait le chien.

la chambre du premier

On dit : — La bleue, parlant d’elle. Personne n’y dort à l’exception des invités quand la maison s’est remplie à Pacques où en juillet. Des rideaux verts, froncés. Le lit double est ancien haut sur pattes, mais court. Un édredon en indienne avec des pompons aux extrémités le recouvre. Une table de nuit avec son pot de céramique. Un tabouret. Une malle. Sur l’armoire paysagée les panneaux peints sont amovibles, une ourse danse au bout d’une corde, au revers du panneau c’est une noce à la campagne qui est représentée. Les deux rubans bleus, sous la cloche de verre, on ne les touche qu’avec les yeux, et souvent l’on pleure juste en y pensant. C’est sur le secrétaire plein de tiroirs. Elle avait, dit-on, coupé ses nattes ce matin là. — Ce matin quand ? — Le jour où tout est arrivé. Quand on ouvre la double fenêtre elle grince ; on voit le ciel par delà les collines sans avoir à se casser la nuque comme on le fait, du jardin, pour compter les étoiles.

l’ancien potager

Du côté du jardin principal, derrière un muret de pierres, en retrait de la volière où les perruches ne bougent, ni ne chantent plus — elles étaient mortes de coccidiose, trois ans plus tôt, on les avait fait empailler — il y a l’ancien potager. C’est un entrelacs de plantes aromatiques et de ronciers de mûres avec une odeur indéfinissable de parfums en décomposition. La terre se repose, dit-on.

C’est l’exercice le plus difficile (à refumer dix cigarettes à l’heure). J’ai pensé aux didascalies « maniaco-descriptives » de Feydeau, à des trucs de Perec ; j’ai cherché inventaire, dispositif froid, objectif, j’ai pas tenu. J’ai relu des textes que j’avais écrits (pas les textes de l’atelier) et recherché systématiquement les « décors », rien qu’eux : pêche maigre. Suis partie finalement d’éléments d’une nouvelle écrite il y a un an et j’ai travaillé avec le souvenir de La cerisaie de Tchekhov pour laquelle j’avais, il y a quelques années, conçu une scénographie.

7. André/Marcel


proposition de départ

Il passa. Un matin, près du port. Passe. Marche un brin. Pas soutenu. Tout en marchant mâche. Du brun. Du tabac. Un grain. Ce qu’on peut s’inventer pour : pas. (Fumer. Aimer. Penser. Mourir). Mâche quelques grains de tabac. Pour le goût. Comme chiquer. S’était arrêté de fumer, André. Mâche. Mâcha même un jour un livre entier. Pour le savoir. Voulait mourir ou vivre un peu sachant. Avala des pages. Pages sur pages. C’est au pôle une banquise avec un ours et des explorateurs. Avec la mort. Une grande banquise. Sur la couverture on voit la grande ourse. Et la lune ronde. Avala même la couverture André. Le plus dur ce n’est pas elle. Raconte-t-il. On active les mâchoires. Le titre craque. On mastique, il fond. On a l’auteur sur la langue. Tous les arômes de la gravure. C’est comme le trottoir de la tarte, plus dur et cependant plein de saveurs. André raconte. C’est au Tréport à l’écart du port. Au bar des copains, c’est le nom, du côté des frigos où on débite le poisson. Où vont les marins qui se dessalent. Qui vont au dur. A la brique. Aux pavés. Loin de l’eau noire. Fuient le meuble. Le mouvant. L’infini. Se frottent aux murs des passages. Se cognent. Turbulents, tapent le palet avec les filles. S’accoudent au zinc et lèvent le coude en causant. André raconte l’histoire du livre qu’il avait avalé. — Qui ? — André. — Ah ? C’est pas Marcel son nom ? — André c’est Marcel. Le patron avait dit Marcel, parlant d’André. Ce que dit le patron on l’encaisse. Même avec des oreilles maçonnées — il y a tant de vies dans un nom qu’on peut d’autres noms pour une vie — On ne discuta pas : on dit Marcel pour André. Marcel, comme Cerdan — serre-dents pour un boxeur c’est drôle non ? Un sacré celui-là. Un gagneur. Crashé. André devint Marcel. Quand André passa c’est Marcel qui fut mort. Marcel raconte l’histoire du livre avalé. Racontant il boit. Pintes sur pintes et fillettes. Tient le cap. Tous l’écoutent. Eberlués. Dubitatifs. — Avaler un livre entier ! Tout de même. — On peut tout avaler dit Marcel. Un paysage. Une vie. Le vent et la grand-voile. Un dictionnaire de noms propres. Ce n’était pas du chiqué. L’avala ce livre, Marcel. — N’en mourut pas ? — Voyons puisque j’y suis. Marcel passa un autre jour. Il meurt. Au Tréport près du port. Plus au nord. Il marche et tombe d’un coup. Une chute nette. S’écrase le visage contre terre, les bras en croix comme une prieure. Sans KO. Meurt d’un trait André. Fut passant. André est mort. Se passa de vie au Tréport. Malgré tout. Mourut Marcel.

Codicille : Ne fut pas d’humeur pour la sept. Rumina. Râle. Veut se débarrasser. Avait sa première phrase : il passa. La phrase reste. Immobile J’essaye une autre ; ça résiste. Je la laisse reposer. Elle lève un peu. Je la pousse à l’oreille. J’arrive à port et à Tréport (pour un trépas). Je me laisse faire. Je vais par là. Michaux — Ramuz — sont passés dans la tête. Essayé de rester d’un seul morceau comme la 6.

6. « je m’appelle Ismaël »


proposition de départ

« Je m’appelle Ismaël, mettons » C’est un début : Moby Dick. L’ombre d’un doute ? Une grâce désinvolte ? Je suis Ismaël : n’en parlons plus ou comme dans les jeux d’enfants : on dirait que je serais Ismaël et toi tu serais… Il faut bien commencer. Pourquoi ce nom plutôt qu’un autre ? Il y a des prénoms qui sont à peine plus qu’un pronom personnel, neutres, un peu quelconques et que l’on prend pour ça. Des prénoms ou des noms si communs qu’ils sont presque comme des noms communs. Familiers. Sans histoire. Simples. D’autres plus formels ; ceux là vont d’un point à un autre, ont le mérite d’être clairs, disent une chose, voire deux guère plus, et s’y tiennent. Puis, viennent ceux qui sont en puissance toute une histoire ; embrassent d’autres temps, viennent d’ailleurs, pleins de replis et de sonorité, froids ou brûlants, sonnent, tonnent chantent, disent avant de dire, sifflent, frappent, font d’emblée parler d’eux, bruissent. Je parcours des brouillons. J’y trouve des — Ils/elles— qui ont ou n’ont pas de noms. Sont, mettons : L’homme du bois, l’enfant, la femme du banc, le photographe, la mère, la toute penchée, celui ou celle qui regardait par la fenêtre, qui marche à tâtons, qui n’a plus de visage, ou l’homme du train ou bien le serveur de la charcuterie Delahousse et Paul qui a connu Laura Wiener dite Lorette, modèle vivant défenestrée du bureau de Patrick C. et Max, toujours au Max - c’est un surnom - qui débitait la pêche à l’aube et s’est pendu au bout du chenal le soir de la Saint Jean, Marianne et son chandail, Marcel et les autres dans la salle de repos où le frigo ne s’ouvre plus, Yvonne- Marguerite P. dite Caroline, Marie et Anne qui attend Marianne et Suzanne qui a tué puis cuit le lièvre des nuits de Anne et Ricardo qui sait tout sur la maladie de l’encre, ce jus noir qui suinte de l’arbre du jardin de Gaël qui porte des lunettes à double foyer et Lise dans sa robe à froufrous avec une étiquette pendue au col et le couteau de Joseph qui fend une figue de barbarie et le Giacometti de Marcel Chantain sur lequel le chat avait pissé et Blanche sur le pont, avec ce sourire plein de toutes petites dents, et Blanche dans la grange où elle peint un ciel rouge traversé d’oiseaux noirs, Blanche en Alabama, Blanche épouse Vindsøke, Blanche de France qui ne sait pas son nom de père : Blanche et Søren qui a photographié le visage sans nom et Joseph Pantrot le boiteux de Lure qui fait taxi et Adèle la retoucheuse de photographise et Danish-Red-skin, celle qui donne son nom au livre et Amy l’enfant des champs de coton et le vieux Mac Lowan qui charrie la terre des morts et Aaron Morgenstern du Mississipi avec sa mallette de juge et Aron Morgenstern de Hambourg ou de Berlin qui lave le sang des bêtes dans une ruelle de Manhattans et mourra d’une balle en pleine nuque et Suzanne et Jan Løne et Jan Thomas les Vindsøke avec leur hache et Ismael et Adam pendus à une basse branche et Zicha le fils de celui qui photographiait les gares d’ Arkansas ou d’ailleurs et Rosa/Shumani la fille aux portraits et Crifstone le précheur et Kroom Copo Queen Skat Moka les poulets dans la cage de bois de l’homme au chapeau ravaudé et la jument folâtre The Old Daisy et le cousin Samuel de Brooklyn et Hannah, Esther, Déborah, Judith, qui descendent de bateau, avec la mère qui est la femme du père qu’on a jeté par-dessus bord … Samuel. — Samuel comment ? — De Brooklyn (pas de Foxrock) — Samuel de Brooklyn. C’est son nom ? — J’allais quand même pas l’appeler, Israël, le cousin du Rabbin. Samuel de Brooklyn : l’appel d’autre vie ; il n’existait sûrement que dans le rêve du Rabbin qui était mort sur le bateau. Quand tous les cousins s’appellent Samuel, les filles du Rabbin s’appellent : Esther, Hannah ou Deborah. Trois sœurs descendent de bateau avec la mère. La mère c’est juste : la mère. Elle n’a pas d’autre nom puisque c’est la Mère. Mère c’est son nom. Et quoi encore ? Un fichu et une boite à gâteau en fer blanc : c’est aussi son nom. — Tu as lu trop de contes. Tes livres d’enfant c’est tout ce qu’il te reste ? Quelques poèmes aussi. Ils ont moins de noms propres les poèmes. — Crois-tu ? Et Margarete aux cheveux d’or et de cendre ; et Marthe qui veille ; Arthur qui part et Plume qui... Mais ce n’est pas le sujet. — Pour les filles du rabbin tu voulais des prénoms juifs d’Europe centrale, c’est ça ? Tu voulais qu’on pense : juives d’Europe centrale ? Des lieux communs tes prénoms. ? — J’allais pas les appeler Marguerite, Marie et Juliette. — C’est tendancieux, cette question des noms et des prénoms, tu ne crois pas ? Tu stigmatises ? — Je voulais des lieux communs : poncifs, clichés, comme les calques à petits trous qui diffusent le pigment pour reproduire un dessin, comme des photographies, mais de quoi ? — Tu avais lu des listes de prénoms et de noms sur un mur, as tu dit — j’ai même lu le nom de mon père à côté d’autres noms. On connait des Hannah, des Déborah ou Esther qui ne sont ni juives ni d’Europe centrale ; il existe aussi des Kevin sans petite queue tressée à l’arrière du crâne, des Cindy en Khâgne. — Et John Fergusson. Tu l’as pas débarqué avec les autres à Ellis Island – John Ferguson c’est une blague juive, tu ne crois pas ? Disaient que pour tenir il fallait savoir rire — même Samuel de Foxrock il savait rire ou faire rire. Ham et Clov ? — Ton père il s’était pas appelé Gilbert Houdon sur de faux papiers ? Il a résisté en Houdon, il a pris d’autres noms parfois. Quand on s’appelle Houdon plutôt que Holt est-ce que ça change quelque chose ? Et si tu t’appelais Houdon aujourd’hui ? Il t’arrive de porter un autre nom : Anna Seliger. Tu te déguises parfois en elle. Anna pour le palindrome et Seliger à cause de ton aïeule d’Odessa, une juive russe, blanche, immigrée d’avant la révolution d’octobre. Tatiana Seliger : ton arrière-arrière grand-mère qui mourrait quand tu aurais 5 ans. —Tu t’y crois en Seliger. Tu te fais tout un roman ? Tu entends le Kaddish sur ton lit de mort. Tu vois le samovar sur le rebord de ta fenêtre, bientôt tu rouleras les R … Mais trois prénoms descendent de bateau, c’est un début de roman, elles ne font sans doute que passer les trois filles du rabbin ; elles auraient pu rester : les trois filles. Les trois filles du rabbin et de la mère au fichu avec la boite à gâteau en fer. Toi tu les prénommes. Un prénom comme un sillage. Une trace. L’esquisse d’une singularité. Une virtualité d’histoire. Trois prénoms comme une promesse de vie. (En Afrique l’enfant qui nait reste longtemps sans nom, quand il est assez fort pour vivre, il reçoit son nom). Ce serait Blanche le personnage principal de ton une histoire qui avait déjà commencé. Blanche épouse un photographe américain, un Danois d’origine. Søren Vindsøke c’est le nom que tu lui as brodé, un faux vrai nom Danois, bricolé avec vind et avec søke – avec vent et avec hache. Ta Blanche qui arrive de France, c’est la Blanche du conte ? Blanche c’est plutôt la grand mère de Joyce carol Oates qui s’appelait Blanche Morgenstern, un nom d’Héroïne qui aurait pu se trouver chez Duras à côté de Vera Baxter, d’Anne-Marie Stretter ou de Lol V. Stein. Blanche Morgenstern j’avais lu ce nom, il m’avait foudroyée. Alors j’ai gardé Blanche et déplacé Morgenstern. Blanche : la pâleur du visage et les taches minuscules autour du nez, sur les pommettes (comme l’Aline de Ramuz). Le rougissement soudain des pommettes, l’embrasement du visage. Le soleil d’Amérique brûle sa peau. Blanche. « Qu’elles sont blanches les femmes de… ». Comme cette couche d’encollage passée en fond de toile. Un fond blanc. Une page. Blanche qui est venue de France, qui porte ce prénom qui contraste avec leurs noms. Blanche, l’étrangère parmi les étrangers. Les autres : Danish-red-Skin une danoise enlevée enfant par les Sioux et Søren Vindsøke, son fils, ce photographe qui porte la hache du père et Aron Morgenstern dont Blanche ne porterait jamais le nom …

Premier jet : un brouillon fourre tout inachevé pour cette six trop grande pour mon estomac. C’est à vif. Je sais que j’y reviendrai à cette question des noms.

5. instant décisif (mal mais vite)


proposition de départ

1/ Le pouce et le majeur glissent l’un contre l’autre. Les doigts claquent. La dame avec un col de fourrure qui a des pattes et une tête - du renard sans doute, claque des doigts. La main gauche levée à hauteur de chapeau. L ‘autre main gantée de cuir fauve est posée à plat sur la table à coté du sac, une chose molle en velours avec une anse en bois.

2/ Un mouvement d’épaules. À peine un soulèvement du buste. La bouche va pour dire, mais elle se terre. Une quarantaine d’années inexpressives. En place de geste l’ébauche d’un sourire. Ce n’est pas de l’absinthe qu’elle boit. Un verre sur son pied blanc se vide. Le cendrier où fume une cigarette à demi fumée ; trace de rose sur le papier. Le visage avec sa solitude compacte. Si elle avait seulement levé la main il l’aurait vue.

3/ Il tapote la table. La tête va et vient dans le cercle resserré du col. Un polo de marque. Bleu. La main toute rebondie fait signe. Un déplacement vertical du bas vers le haut avec retour. Bref. Sec. « Hep ! Garçon par ici ! Oui ! Deux ! Sans glace. » Et toute la rondeur qui l’enveloppe. Le bombé de la poitrine ; presque des seins. La proéminence du ventre. Attablé seul. Qui boit pour deux.

4/ — Si tu ne te redresses pas comment veux tu qu’il te voie. Et tu le dis haut et fort. Deux cafés ! S’il vous plait. Allez. Essaye. La jeune fille pâlit. Il baille. — C’est à désespérer de tout.

5/ — Vous me prenez pour votre chien ? A dit le garçon. Un serveur en tablier blanc, noir. Elle savait : c’est pas comme ça qu’on fait. Dans les films d’avant la guerre, peut-être. Elle a honte. Le claquement de la langue entre les dents et le palais ; l’émission de crécelle, le hochement de tête. Pas comme ça. Non ! Elle est vieille, mais quand même. Elle a honte pour elle.

6 /— On va attendre encore longtemps ? Dit l’homme du couple.
— Ici, il faut aller commander au bar. Dit la femme du couple de la table voisine.
— AH ?
— Tu vois ! Je te l’avais bien dit.

7/ Depuis une dizaine d’années c’est au café qu’elle écrit. A 7 heures elle descend. Elle n’a qu’à traverser la rue pour rejoindre la banquette rouge, celle du fond sur la gauche du bar. La serveuse, la grosse Alice lui apporte aussitôt son double crème. Le verre d’eau. Et l’œuf dur. — Et ce roman c’est pour quand. — Bientôt Alice. Bientôt. — C’est que je la veux moi, ma dédicace

8 / Si elle avait seulement dit quelque chose, respiré juste un peu plus fort. Si elle s’était un peu maquillée. Si elle avait porté une robe rouge. Il lui sert un troisième blanc. Avec son torchon il efface la goutte qui s’est déposée sur la table au pied du verre. Une larme. Lui, elle ne l’avait encore jamais vu. C’est un nouveau. Un remplaçant d’aout. Elle l’a entendu dire deux tables plus loin. Elle laissera un pourboire. Un gros. Les jeunes, faut les encourager. Elle a fait serveuse dans le temps. Elle était jolie. Un rien lui allait.

9/ — On peut vous emprunter la chaise ? A sept autour des deux bistrots rondes. La terrasse déborde. On se démasque. Il s’arrête plateau vide. La bouche a disparu sous une bande bleue ligaturée. L’intensité particulière du regard de couleur verte. Recadré il sue. — Vous avez choisi.

11/ — La peinture en est pleine. Et la photo ? Le cinéma ! La littérature a ouvert le champ, c’est sûr. Tout vient d’elle — C’est le sujet de ta thèse ? C’est pour ça que tu viens ici tous les jours ? — Ce qui m’intéresse le plus c’est comment s’opère le contact. Comment : elle, lui, eux, ils s’y prennent ou pas justement. J’en ai vu ! Un monde ! Arrogance. Egotisme. Abus. Séduction. Inhibition… — Je crois que le garçon aimerait prendre la commande

Pensé à Hopper - Manet – Picasso - Modiano - Simenon - Sarraute - Duras - pas à Ramuz ni Reverdy quoique pourtant si et Brassaï ou Truffaut … (Cindy Sherman indirectement ).

5 bis. la pâte à tarte


proposition de départ
Alain

Va pour ouvrir le placard et prendre la farine quand il se retourne vers la table. Il attrape un torchon - blanc, de lin blanc avec un liseré noir brodé, qui pend au mur et il passe le torchon sur le dessus de la table en bois, haute comme un étal de boucherie. Alain inspecte le torchon. D’une pichenette, il fait voler une miette pas plus grosse qu’une mouche. Doigts épais ; une bague enserre son annulaire gauche. En se retournant vers le placard Alain aperçoit furtivement son reflet dans le miroir. Le miroir du dessus de cheminée de la cuisine - c’est la cuisine de la maison de vacances. Celle où l’on ne vient qu’une fois par an. Le miroir est ancien, piqué sur les bords, il regorge d’ombres. Alain passe une main dans ses cheveux. Son crâne luit. Cette année il préparera la pâte à tarte avec moins de cheveux. Des mèches grises parsèment sa couronne rousse. C’est une tarte aux abricots qu’il prépare pour l’arrivée de Marie et de Jeanne les deux femmes qu’il aime, sa spécialité.

Marie

.
Elle n’enlève pas son manteau. Elle dépose les sacs de course un peu partout dans la cuisine. Elle sort la farine du sac de toile rose. Elle sort le sucre et le sel du caddie. Les abricots. Cherche le beurre dans le sac écossais. Cherche le beurre dans le sac rose. Dans la caddie. Le cherche dans le sac à dos accroché à son épaule. Quand elle comprend, ses joues s’embrasent. Elle se mord la lèvre inférieure. La lèvre inférieure de Marie toute sillonnée de coupures. Fendillée. Gercée. Hiver comme été. À quatre ans déjà Marie mordillait — se mordille nerveusement la lèvre inférieure quand elle se trouve dans l’embarras. L’inquiétude. Le chagrin. Ou la joie. Même la joie. Quand les choses ne vont pas droit Marie mordille. Souvent les choses vont. Mais de travers. Ça pique. Ça tire. Elle s’approche du miroir fixé sur le dessus de la cheminée. Elle inspecte sa lèvre. Enflammée. Rouge. Elle pense au sang sur la farine. Au sang sur la neige (un filtre d’amour ou une biche éviscérée). Des contes lui reviennent. Marie a des yeux noirs ardents. Un front haut. Quarante ans. Sa pâte au beurre est un régal.

Jeanne

.
Les mains de Jeanne. C’est ce qu’on remarque. C’est ce qu’on voit d’elle. En premier. Ses mains. Comme des ailes. C’est ce qu’elle voit d’elle. Ses mains. Longues, graciles. Les pouces retournés. Exagérément. Trop ? Ces mains comme une promesse tenue. Les mains de Jeanne glissent sous la farine ; un monticule déversé sur la table avec les carrés de beurre mou. La pincée de sel. La pincée de cannelle — c’était, avec Alain, un motif de querelle. « La cannelle tue le gout » disait Alain. La pâte d’Alain : farine, beurre, sel, eau. Brisée c’est le nom. Une merveille. Deux ans exactement qu’Alain était mort. Il avait traversé à l’orange. Il regardait ses pieds. Il pleuvait. Un peu. Quelques gouttes. À peine. Il était mort sur le coup. Les mains de Jeanne caressent la farine et le beurre puis elles fondent doucement le beurre à la farine avec le sel. Et la cannelle.

4. le visage de Blanche


proposition de départ
DUR

Face à la fenêtre à guillotine, droite sur le sofa hérissé de ressors Blanche ne verse pas de larmes : son visage est une tache. Derrière elle un pan de toile rouge blesse le mur. — Ne dois pas bouger. Sans quoi. Ne dois pas… Une feuille sur les genoux - deux boules d’os : l’entêtement des genoux de Blanche. Blanche, qui a marché, tant marché, est arrivée jusque là, écorchée et vaillante. Blanche contient le tremblement de son dos. Dans sa main cette trainée de mots glissés au papier de boucherie. Glissés sous la porte de son atelier comme mille pattes, ces mots de suie. « Mort. Sur le coup. Une balle ». Dans l’autre main un dessin arraché au carnet. L’homme de la passerelle est une ombre. Puis le détail. La mâchoire carrée rit et le regard tout debout, tout droit, sourit. Il a vu Blanche. Il l’avait vue. Blanche qui extirpait les visages au tumulte des langues. Blanche dans la file de migrant. Il l’avait vue.

DOUX

Le visage est une lumière. Assise face à la fenêtre il semble se reposer. Le ciel du dehors pâlit. Sur les genoux de Blanche quelques mots de poussière glissés sous la porte de l’atelier. C’est l’aube, Blanche tient droit son dos épuisé par la nuit de veille. Elle a peint un grand pan de ciel rouge. Elle peignait quand les mots sont venus jusqu’à elle. « … trouvé un corps. Disent c’est lui » Dans la main droite de Blanche une page détachée au carnet de voyage. C’est sur la passerelle du bateau. Un visage. Il sourit. C’est avant. Bien avant l’arrivée dans cette ville. Face à la fenêtre le visage de Blanche ne verse pas de larmes.

Note. Le « dur » plus doux à faire que le doux.

3. un départ précipité


proposition de départ
un départ précipité, version longue

Quand Aron Morgenstern monta dans l’automobile son corps chancela sur la banquette arrière. Après que les deux hommes qui l’accompagnaient eurent fermé les portières puis tiré des rideaux occultant tout à fait les vitres teintées, Aron pensa — sans s’attarder à cette pensée — qu’il ne verrait plus l’avenue de cette ville, ni ce quartier où cinq ans plus tôt il avait déposé son bagage : trois chemises, un dictionnaire bilingue, des gants de travail et une brosse à habit à manche d’ivoire qui lui venait de l’oncle Mordechai. La voiture démarra ; lentement elle emprunta l’avenue qui n’avait qu’un sens offert à la circulation et descendait abruptement. La pente relaya le moteur ; l’automobile sembla flotter. Aron entendit un tintement de clochettes, celles de l’épicerie où chaque matin il prenait son café. À six heures l’épicerie n’était pas ouverte. Sans doute, en manœuvrant les marchandises pour approvisionner le magasin, le commis avait-il bousculé les clochettes qui pendaient sur le seuil et qui habituellement signalaient l’arrivée de clients. Le commis d’épicerie avec son sourire invariable et son épaisse chevelure contenue dans un filet, sentait la pommade ; la mollesse de ses gestes aux ongles mal taillés avait plus d’une fois donné à Aron l’envie de le battre. Une puissante odeur de chocolat s’engouffra par la grille de ventilation de l’automobile. La pâtisserie d’opérette, avec ses moulures viennoises d’un rose poudré, s’étalait à quelques mètres de l’épicerie, à l’angle d’une rue très animée qui menait au port. Aron reconnut aussitôt la voix du patron qui houspillait son monde dans un charabia américano-yiddish. Moshe, n’était pas ce que l’on peut appeler un brave homme, pourtant il payait cash et ne jugeait personne sur la couleur de sa peau ni sur « l’exactitude » de ses papiers : qu’on fut nègre, ou jaune, indien, juif ou Turc lui importait peu pourvu que la crème fleurisse et que les bretzels, sa spécialité, dorent à point ! Toute une année Aron avait livré dès l’aube les cafés de la ville en croissants et bretzels de la Moshe and Möser Backerei. La voiture ne tourna pas vers le port, ce qui surpris et inquiéta Aron. Si on n’allait pas vers l’embarcadère où le conduisait-on ? Ce changement de cap aiguisa la douleur de ses poignets que les menottes cisaillaient ; il plissa le front, abaissa machinalement les paupières. Il se repliait dans une zone vide de sa mémoire quand la voiture freina. Le chauffeur qui n’avait pas vu le vieillard engagé sur le passage qui permettait de rejoindre les entrepôts du versant nord de la ville, pesta. — Tu aurais dû accélérer. Ils poussent comme le chiendent par ici, dit l’homme assis à la droite d’Aron. Le bêlement douloureux qu’Aron entendit alors fut-il le produit de son imagination ? Trois ans que l’abattoir qui se trouvait de l’autre côté de l’avenue au bout d’une étroite impasse, avait fermé sur ordre de la municipalité. Longtemps qu’aucune bête effarée n’avait plus été tirée jusque là. Longtemps que le sang n’avait plus déferlé des caniveaux, ni tracé des arabesques sur le pavement. « Tu te dégottes un job et tu fuis ». Les mots résonnèrent à l’oreille d’Aron. À peine descendu du bateau cinq ans plus tôt il avait trouvé ce travail : conduire les bêtes vivantes jusqu’à l’entrée de l’abattoir les jours pairs, charrier les pièces débitées jusqu’aux voitures réfrigérées qui attendaient sur l’avenue, les jours impairs. L’œil suppliant des agneaux lui retournait l’âme, l’odeur du sang : le cœur. Il n’avait pas tenu deux mois. « Je n’ai pas traversé traverser l’atlantique pour ça, avait-il hurlé un matin en se levant. — Je n’ai pas traversé l’océan, essuyé deux tempêtes, mangé mes semelles… pour me faire… me faire, bruler la cervelle, pensa Aron. Et le visage de Blanche monta dans sa pensée et elle fut une lumière à l’intérieur de sa peur qui grandissait…

un départ précipité, version short story

Quand Aron Morgenstern se trouva propulsé menotté dans l’automobile, il pensa qu’il ne reverrait plus l’avenue de cette ville ni le quartier où cinq ans plus tôt il avait déposé son bagage. Les deux hommes qui l’encadraient tirèrent des rideaux occultant tout à fait les vitres teintées. S’il arrive que la peur au ventre on puise encore l’énergie de rire ou de jouer, alors que la voiture glissait lentement au long de l’avenue, Aron entreprit de se représenter mentalement les lieux qui avaient jalonné sa vie depuis son arrivée dans le quartier. Au tintement de clochettes il reconnut l’épicerie ; il pensa combien le commis, ce garçon qui sentait la pommade lui donnait des envies de meurtre. L’odeur violente de chocolat qui s’engouffra par la grille de ventilation de l’auto dessina la devanture d’opérette de la Moshe and Möser Backerei. Une année entière Aron avait livré dès l’aube les cafés de la ville en croissants et bretzels, la spécialité du patron, un juif polonais qui débagoulait ses consignes dans un charabia américano-yiddish. Quand brusquement la voiture freina – tu aurais pu accélérer, dit au chauffeur l’homme assis à la droite d’Aron, ils poussent comme le chiendent par ici. Aron comprit qu’on était arrivé à hauteur du passage qui conduisait au versant nord de la ville. De l’autre côté de l’avenue se trouvaient les entrepôts et l’ancien abattoir où Aron avait travaillé. Un bêlement douloureux se fit entendre, était-il le produit de son imagination ? Longtemps qu’aucune bête effarée n’avait plus été tirée jusque là. Longtemps que le sang n’avait plus déferlé des caniveaux, ni tracé des arabesques sur le pavement. « Tu te dégottes un job et tu fuis ». Les mots résonnèrent à l’oreille d’Aron. À peine descendu du bateau cinq ans plus tôt il avait trouvé ce job : conduire les bêtes vivantes jusqu’à l’entrée de l’abattoir ou charrier les pièces débitées jusqu’aux voitures réfrigérées qui attendaient sur l’avenue. Il n’avait pas tenu deux mois. « Je n’ai pas traversé traverser l’atlantique pour ça avait-il crié un matin en se levant. » — Je n’ai pas traversé l’océan, essuyé deux tempêtes, mangé mes semelles pour me faire... me faire… bruler la cervelle pensa-t-il alors que la voiture redémarrait. Le visage de Blanche monta dans sa pensée et elle fut une lumière à l’intérieur de sa peur qui grandissait...

Codicille : commencé par le texte long, peiné sur cette première version. Le passage vers la nouvelle est venu « presque tout seul ». Joie de l’épure. Début de nouvelle ? Ou vrai début de roman… ? « long---court----court ! »

2. à distance


proposition de départ

À travers la vitre d’un hublot puis de dehors en retrait du canot de sauvetage ou bien d’un peu haut à 3 mètres d’une passerelle mais assez près pour entendre entre 18h la veille et 8h le matin de l’accostage presque à quai
Une bouche se meut au-dessus de l’épaule. À l’omoplate droite l’ancre sous la peau. Le dos s’écarte. Le visage extatique d’une fille. Le dos se déplie. Le corps nu de l’homme redressé. La fille sur la couchette a les cuisses ouvertes ; la robe relevée bouillonne autour du visage. Les seins deux œufs rougis dans l’échancrure du bustier délacé. Il se retourne. Il marche vers le hublot. Les lèvres de l’homme disent quelque chose. Il pousse la porte, quitte la cabine. C’est sur le pont. Soudain l’homme s’écroule. Convulsionne. La tête a basculé. Un bout de langue passe les lèvres. Il bave. Une fille, à l’autre bout du quai, une robe sale et un couteau, elle se presse titubante jusqu’au corps, se jette sur lui. — Aaaaaah ! Gémissements. Hoquets. Quand la fille se redresse il y a du sang sur sa robe. Ceux qui viennent de bâbord. Ceux qui viennent de tribord. Attroupement. « C’est elle ? « Elle quoi ? » « Tu te fais des romans, l’est pas mort, l’est Ivre. « « Quoi ? » « Des romans. Bourré, j’te dis. Saigne du nez, c’est tout ». Ceux qui tiennent quelque chose à bout de bras et rient. Un corps qu’ils tiennent par les bras et par les jambes qu’ils balancent comme on balance un enfant. Pour jouer. Hamac. Drap. Sac. Ça tangue. Rires. Ça danse. Ça swing. Ça joue. Mais le corps, ne rit pas. C’est un corps inexpressif avec une tête en bouillie. Font de grands mouvements de bras. De plus en plus. Plus haut toujours. — Oupla ! Oupla ! Oups ! À la hune. À la…—Oupla ! L’eau gicle. « Qu’il était pas mort ! Redis- le pour voir. Qu’il l’était pas quand on l’a balancé ? — C’est ce que je dis et sur ton ordre encore. » « Et tu vas crier ça partout Hein ? C’était jamais qu’une putain de charogne qu’aurait tout gangrené à bord. Une putain de vermine » « C’est ce que je dirai qu’on a fait. A terre je leur dirai. Ils me croiront. » C’est le plus petit qui porte le premier coup et le plus grand réplique violemment. La fille qui passe avec une seule chaussure. Sa bottine qui s’est prise dans une lame du pont. (Sa tête avait heurté l’aussière, ou était-ce un boulon au pied de la rambarde. S’était relevée sang au front. Avait tiré un mouchoir de sa manche, porté le mouchoir à son front. Repris sa course vers la passerelle.) Elle rattrape un petit groupe de femmes. Une au fichu de travers avec une grande douleur dans les yeux, un visage, de papier, jauni, tout froissé. La regarde. Une jupe en dessus de théière. Une boite en fer dans les mains. La regarde comme regarde une mère. Une vieille mère. Une qui a peur. Une mère. « Rien je te dis. Un peu de sang, c’est tout. Allez ! Il faut passer dans les premières, dit la fille avec une seule chaussure et elle regarde furtivement le sang sur son mouchoir.

D’abord des bouts d’images. Des vignettes, liées au fragment précédent (exercice 1). D’où voir ? D’où sans interférer ? Est-ce la distance physique qui permet l’objectivation ? Rétention de mots. Phrases courtes. Comme si aller plus avant dans l’image pouvait faire basculer le regard de l’autre côté, l’impliquer trop. Omniscient/objectif c’est quoi la différence ? Tentative de faire un seul bloc avec les vignettes

1. ils débarquent


proposition de départ

Elle s’avance claudicante ; cette chaussure perdue sur le bateau quand ils empruntaient la passerelle. C’est la troisième fille du rabbin que la fièvre a emporté : « Tu n’auras pas vu l’Amérique. ». Ciel bleu. Une mouette tournoie. Une mouette puis une autre et d’autres encore. Becs. Plumes. Chiures. Vigies batailleuses. « J’en avais jamais vu comme ça des oiseaux, je veux dire d’aussi près » Elles se bousculent, affamées. C ‘est pourtant pas un chalutier qui accoste, ce matin de mai. Il est onze heures. Le soleil brûle. On brêle les passerelles au quai. « Parait qu’en Amérique les oiseaux de mer y mangent la chair humaine. » Elle s’avance, son pied nu. « Que tu foulerais un jour la terre d’Amérique » C’était le rêve du père, rejoindre ce Samuel de Brooklyn, un vague cousin - Samuel comment déjà ? - qui avait fait fortune « Je ne peux pas aller avec une seule chaussure, ni pleurer, ni remonter le courant à la nage. » Le père il n’aura pas vu l’Amérique. « Esther ! Hannah ! Deborah ! ». La robe noire juponnée comme sur les gravures anciennes, la mère en dessus de théière. La mère avec son fichu noué de travers et sa boite de gâteaux secs - c’est son offrande à l’Amérique - pleins de cannelle et de sucre les biscuits, avec un soupçon de poivre. Les biscuits de la mère qui se conservent plus d’une année dans une boite en fer - menue monnaie qui s’émiette. Le corps plongé dans l’eau ; le fracas d’une pierre ; le chapeau qui avait tournoyé. Le chapeau qui n’avait pas suivi le corps du père lesté de chaines. Dans la file de visages froissés (des pétales, des fleurs tous ces visages) ; d’yeux écarquillés, de cils brûlés, de silhouettes amalgamées gris poussière. La peau salée. Eux tout serrés qui étirent leurs sourires — ils l’avaient appris sur le bateau ce sourire d’affiche, ce sourire d’Amérique en trois couleurs. Les enfants crayeux dans leurs langes suçotent leurs doigts. Quelques-uns étaient morts pendant la traversée, des petits anges empaquetés et jeté à la baille. Et celle qui avait sauté, une espagnole avec des grappes de boucles couleur de raisin rouge, avec sa bouche de quinze ans, Carmen ou Maria « C’est comme ça qu’elle s’appelait ? « Quand tu sais pas tu prends les noms les plus courants. ». « Même pas une fleur à lui jeter » « Tu l’imagines sa vie ? ». « Une fille des rues, qui a sauté par dessus bord, on s’en moque tu crois pas ? ». Elle avait laissé un châle, une robe, un livre, une bague, sur le pont. Rachel avait tout ramassé. « La juive en fera son petit profit. » « Disent que là bas tout se vend. » « Une juive, et, tout se vend. Même les livres du père tu verras qu’elles finiront par les vendre, même les gâteaux amères elles les vendront. » C’est le grand avec sa casquette crasse qui le dit. « Qu’on dirait une brioche qu’aurait pas levé sa casquette , et sa tête rectangulaire » Un Polonais. Il serre son nourrisson plein de cheveux né au milieu de la mer, son premier — sûr qu’il est fier. Les deux en habits verts, qu’on dirait de sortie à l’opéra, des italiens de Rome — là ! Juste devant les filles du rabbin, leurs doigts soudés. Pauvres mais d’un chics qui interloque. « Amore » leurs lèvres bleues (le froid, les baisers) « Amore », 40 ans à eux deux. Une lune de miel migrante avec des creux d’eau à vous arracher le cœur. Il y avait eu cette tempête. Combien s’étaient penché au bastingage. Combien vomissaient par dessus bord ? Blanche avait tenu bon. Blanche avec son carnet - même là dans la file qui s’égrène sur le quai elle dessine - Blanche sur le pont, qui dessine, avec le soleil à pic. Blanche qui dessine de mémoire dans l’obscurité d’une cabine de troisième classe. « La française. Elle aussi c’est sa lune de miel ». Blanche qui partait pour l’Amérique avec son mari américain. Un photographe, grand comme un arbre, venu faire la guerre en Europe. « Terre ! » « On y est ! » Blanche est enceinte. Quand elle sourit on voit ses gencives. Les dents de souris de Blanche. Premiers pas et ce léger tournis. Premiers pas « Oui j’ai le pied terrien, pas vous ? » Voilà qu’il crie qu’il est médecin, « Doctor » Il brandit le diplôme, il crie et celle qui marche à ses côtés qui sait qu’il faut sourire et qui ne sourit pas. Sa ribambelle d’enfants comme des breloques cousues à sa robe « Trop d’enfants. Trop. À vomir sa vie » Sa robe noire déchirée à l’ourlet ; sa poitrine de lait, menue. La femme du doctor qui sait recoudre les plaies et cache ses ongles rongés aux gardiennes qui regardent sous les cheveux.

Il faudrait pouvoir atteindre l’omniscience des anges dans les ailes du désir de Wenders : surplombante, contigüe… Et reprendre chair, entrer dans la matière, se froisser les os.


page proposée par Nathalie Holt
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1ère mise en ligne 19 juin 2020 et dernière modification le 14 octobre 2020.
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