le roman de Juliette Derimay
Juliette Derimay, lit avidement et écrit timidement, tout au bout d’un petit chemin dans la montagne en Savoie. Travaille dans un labo photo de tirages d’art. Construit doucement des liens entre les images des autres et ses propres textes. Entre autres.

17. Contraposée


proposition de départ

Toi, si les petits cochons ne te mangent pas, tu ne seras pas ...

Un livre en noir et en blanc. Tu seras contrasté, mais tu laisseras aussi une place à la nuance.

Un livre rempli de bonnes résolutions. Depuis le temps que j’en aligne des listes infinies j’ai fini par le comprendre, c’est du temps perdu.

Un livre de développement personnel officiellement estampillé et classé comme tel. Entre les pages, ça viendra bien tout seul.

Un livre de la rentrée littéraire. D’ailleurs, tu ne seras sûrement pas prêt à temps.

Un livre théorique

Un livre rose avec des cœurs.

Un livre avec des violons. Même si je n’exclus pas les trucs qui grincent.

Un livre rempli de pigeons. Plutôt des oiseaux de mer : des fous, des sternes, des macareux. Des buses et des hulottes, des sittelles torchepots aussi, pour peupler les forêts. Mais pas de manchots.

Un livre sucré. Plutôt du salé, de l’acide, de l’amer, de l’iodé et du tourbé.

Un livre stable. Dans quelques années ou même avant j’aurai changé. Il faudra que tu t’adaptes et que tu changes aussi.

Un livre de printemps. Tu seras plutôt un livre d’automne quand les feuilles tombent et meurent. Pour que naissent les champignons.

Un livre tout cuit, de la bouillie préfabriquée. Tu auras du cru, du trop cuit, peut-être du grillé, du revenu, du mijoté, mais pas du tout cuit encore moins du précuit.

Un livre avec des fleurs. Ou juste celles que l’on plante dans les trous du nez de la camarde sur la plage de Sète.

Un livre compact, j’aime quand le vent peut souffler entre les lignes, les chapitres et les paragraphes, quand les idées du lecteur peuvent s’entortiller en lianes, s’agripper aux textes et s’y installer pour le faire sien. Tout sauf asséner et assommer.

Un livre dogmatique ou moralisateur. Mais là je l’ai déjà dit, non ? Retour à la case départ donc : j’ai dû faire le tour....

Proposition d’une immense richesse, qui peut se dérouler à l’infini suivant le niveau de détail qu’on lui accorde. J’ai beaucoup aimé ce renversement de situation, le passage en mode négatif. Un raisonnement par contraposée en quelque sorte, quand la méthode directe résiste, elle donne d’élégantes démonstrations mathématiques.

16. notes de la traductrice


proposition de départ


- Main, le titre du livre est en français. Il fait référence à cet organe situé au bout des avant-bras, et relié au corps par le poignet. Ne pas confondre avec son homonyme allemand Main, qui désigne la rivière qui traverse la ville de Francfort ou l’anglais main, qui signifie principal. Même si dans cet ouvrage, la main perdue de Blaise joue effectivement le rôle principal.

- Épissure et surliure sont des mots du vocabulaire technique maritime. L’épissure désigne un assemblage de deux bouts de cordes ou de câbles par entrelacement de leurs torons. La surliure est une ligature faite avec du fil épais sur l’extrémité d’un cordage afin d’éviter que les torons ne se séparent. Ici utilisés dans leur sens technique, et métaphorique.

- Les midges également appelés moustiques des Highlands sévissent en été dans cette région du monde, ils sont particulièrement voraces et se déplacent en nuages. Leur piqure crée des démangeaisons et des allergies chez certaines personnes sensibles. Ne se déplaçant pas rapidement, ils ont pour alliée, l’immobilité et pour ennemi, le mouvement.

- Riflards, varlope, Guillaume, tarabiscote et feuillant sont des rabots de menuiserie. Ils font partie des outils utilisés par Jeanne, l’amie savoyarde de Blaise. Elle réalise pour lui des objets adaptés qui l’aident dans son quotidien de manchot.

- Le mot manchot a deux sens différents en français. Il désigne aussi bien une personne privée d’un ou de ses deux mains, bras ou avant-bras, qu’un oiseau palmipède des régions antarctiques à moignon d’aile, incapable de voler mais qui nage très bien. Utilisé dans un sens familier, voire péjoratif, manchot désigne quelqu’un de maladroit.

- L’aspect physique (stature, couleur des cheveux, couleur des yeux, forme du visage, corpulence... ) de Blaise, le personnage principal, n’est jamais clairement énoncé. On peut néanmoins se faire une idée de son apparence en fonction de ses activités, de ses habitudes de vie et de ses goûts en termes de boisson et de nourriture, …

- Le mot van n’a pas été traduit. Camping-car serait le mot qui se rapprocherait le plus, mais le van dispose généralement de moins d’aménagements que ce dernier. Dans le cas de Blaise, il s’agit simplement une camionnette d’artisan aménagée pour pouvoir y dormir, y manger et faire chauffer des aliments.

- Tout le vocabulaire technique concernant le whisky est regroupé dans le lexique présenté en fin d’ouvrage.

- Les noms de lieux n’ont pas été traduits, ils sont dans leur langue d’origine. Sauf pour le gaélique dont la traduction usuelle en anglais est donnée entre parenthèses afin de faciliter la localisation des lieux.

Exosquelette du texte qui existe déjà, les notes me font ici l’effet d’une armature sur laquelle viendront se fixer les textes encore épars, voire à écrire…

15. Station-service


proposition de départ

J’étais arrêté à la station-service, la première sur la route en sortant du ferry après la douane. J’avais réussi à tenir jusque-là en roulant tranquille les derniers kilomètres sans pour autant me retrouver dans le rouge. J’étais content. L’essence est nettement moins chère en Espagne qu’en Grande-Bretagne et de meilleure qualité qu’au Maroc. J’étais donc arrêté à cette station Total d’Algesiras, c’était enfin mon tour après les deux voitures qui étaient avant moi. J’avais prévu le chiffon jetable pour ne pas avoir à toucher la poignée de la pompe que tout le monde tripote avec des mains plus ou moins propres, j’avais laissé la fenêtre ouverte malgré cette odeur d’essence qui me répugne toujours et monté un peu le son de l’autoradio pour ne rien manquer de mon émission, quand il s’est approché de moi pour me parler.

Assez grand, mince mais pas maigre, habillé correctement, jean propre et tee-shirt bleu uni, veste imperméable légère, cheveux cours et noirs. Marocain, sûrement. Des mains fines aux doigts longs, ongles soignés, pas un saisonnier venu pour les fraises et les tomates. Je n’avais aucune intention de l’écouter, portant il s’est accroché, même quand je lui ai quasiment tourné le dos. Il m’a dit qu’il avait vu ma plaque française avec le département 62 du Pas de Calais, qu’il allait en Ecosse et que c’était une chance de m’avoir rencontré et qu’il serait très heureux si je pouvais le rapprocher un peu de sa destination finale. Qu’il ne pouvait pas partager les frais (évidemment !) mais qu’il était dessinateur et qu’il pouvait faire mon portrait… bla bla bla. Qu’est-ce que j’en avais à faire de ses problèmes ? Tout le monde a les siens après tout ! Je l’ai donc rapidement envoyé voir ailleurs en lui disant que je ne prenais jamais de passagers, avec un ton qui se voulait explicite, même si je n’ai pas osé dire la suite de mes pensées à haute voix : encore moins sur une telle distance que du sud de l’Espagne jusqu’au Nord de la France ! Je sais, ce serait bien de réduire la pollution, de ne pas rouler tout seul dans une voiture comme la mienne, mais bon, même s’il avait l’air plutôt correct, je ne le connaissais pas et si ça se trouve, c’était un pénible, voire un malhonnête ! Ça s’est vu des conducteurs agressés par un autostoppeur…

Il est allé voir la voiture de derrière. C’était une sorte de camionnette aménagée pour dormir à l’intérieur, je voyais un matelas et un duvet roulé en boule par la fenêtre de derrière et le toit devait pouvoir s’ouvrir. Il était aussi immatriculé en France, 73, la Savoie. Je m’en souviens parce que le conducteur n’avait pas de main droite. Je me suis demandé comment il pouvait bien faire pour changer les vitesses sans main droite, alors que finalement, je n’en avais rien à faire, moi, de ses problèmes au gars de derrière ! Enfin, ils ont dû faire affaire car lorsque j’ai démarré, il se serraient la main, la gauche pour le manchot, le tout avec un grand sourire. Le Marocain est ensuite allé chercher un gros sac à dos, caché derrière la pompe. Ensuite j’ai tourné et je ne les ai plus vus. J’avais autre chose en tête, il fallait que je reprenne la bonne direction, au rond-point après la station-service. Heureusement, maintenant avec les GPS, c’est quand même bien plus pratique qu’avant avec les cartes en papier !

Encore plus d’admiration pour Melville après cette 15. Faire de Bartleby le personnage principal, auquel on ne s’attache pas, avec qui il ne viendrait à personne l’idée de démarrer amitié ou inimitié, on ne l’aime pas, on ne le déteste pas, mais il est au centre de l’histoire, pilier, pivot, sans lui pas de livre et pas de livre. Mais envers lui, comme personnage, aucun « sentiment », juste de la rationalité. Bartleby et moi, c’est une question de cervelle, pas de cœur. Quant à faire la même chose …. Pas persuadée que j’ai réussi à ne pas tomber dans la caricature, mais la magie des propositions de François a une fois de plus opéré et l’histoire de Blaise se construit petit à petit, ça évolue, gagne de la densité : je me prends à rêver de lui construire une maison en pages imprimées.

14. Blaise en particulier


proposition de départ

Je suis mort. J’en suis persuadé maintenant. Ça fait trois jours que je suis là avec un bras dans le dos, les jambes qui font un angle étrange avec le reste du corps et le crane plus vraiment rond. Personne n’est venu me chercher, ou personne ne m’a trouvé. Et c’est mieux comme ça. Je ne me suis pas vraiment suicidé, je n’avais rien planifié à l’avance. Cette balade, ça devait être juste une balade. Simplement, quand le mont Pourri a voulu rouler des mécaniques, montrer qu’il était le plus fort, j’ai laissé faire, je ne me suis pas débattu, je ne me suis pas accroché aux racines et aux pierres à m’en arracher les ongles comme j’aurais pu le faire avant. J’ai renoncé. C’est mieux comme ça. La vie à l’intérieur de ma tête était devenue trop compliquée, je ne savais plus quoi faire, comment me comporter, quoi dire avec Blaise, avec sa mère.

Ça fait longtemps que Blaise se doute de quelque chose sans savoir vraiment quoi. Quand il est parti il m’a dit qu’il ne voulait plus que je finance sa vie, que c’était de l’argent sale, qu’il sentait le sang et le renfermé, la décision lâche, le compromis de marécage… Après les incidents des rapports avec des dates oubliées pour les contrats avec l’Égypte, il m’a même dit que c’était déjà suffisamment difficile comme ça pour lui de porter mon nom, qu’il ne voulait plus être obligé de me voir, de me devoir quoi que ce soit de plus. Les mots qu’il a prononcés ce jour-là ont été plus violents qu’un claquement de porte. C’était comme un coup, comme un bleu qui ne vire jamais au jaune. C’est là qu’il est parti et qu’il a tout inversé dans sa vie, de la montagne à la mer, des études artistiques universitaires au métier de matelot, du confortable cocon familial à la vie en solitaire.

Je pense qu’il n’a jamais rien su de précis, mais qu’il a bien senti que je n’y étais pas pour rien dans tout ça, dans cette affaire de blindés tombés « par hasard » entre de mauvaises mains. Avec son accident, quand il a perdu sa main, il a dû avoir du temps pour réfléchir, à l’hôpital et après. Il n’est revenu voir sa mère et sa sœur que lorsque j’étais en déplacement.

Maintenant que je suis mort, il va apprendre beaucoup plus de détails dans la presse, dans mes papiers. Ils vont ranger mon bureau. Il n’est pas bête, il va faire des recoupements. Et tout comprendre. Un vendeur d’armes mort reste un vendeur d’armes. Je ne suis plus très sûr de mon attitude vis-à-vis de mon métier, actes manqués, convictions, ordres d’en haut, ce qu’on pense que les autres veulent de vous, griserie du succès, argent, carrière, pouvoir… Quand j’ai emmené la famille vivre à la montagne et que je faisais les allers-retours à Paris, finalement, dans cette décision, je me dis que les raisons n’étaient pas claires, et pas toutes avouables… Officiellement c’était pour les protéger, pour les éloigner des retombées toujours possibles de mon métier, mais aussi pour éviter que Blaise, qui grandissait, ne mette trop son nez dans mes affaires. Et puis il y avait Dorothée… Même si ça n’a pas duré bien longtemps notre relation, je serais malhonnête si je le niais. Ce n’est plus le moment d’être malhonnête, quand on est mort. J’ai même parlé de la pollution, de l’air de la montagne, des vraies valeurs… Quel hypocrite !

Et maintenant je suis là, j’hésite, même si mon avis ne changera pas grand-chose à quoi que ce soit. Puisque je n’ai plus la main sur rien, je peux me permettre un peu d’humour noir. Je ne sais pas si je préfère rester disparu, ou qu’on me retrouve, qu’on m’enterre, qu’on me fasse une jolie cérémonie avec drapeau et discours émouvants du ministère, des autorités reconnaissantes de mon dévouement si discret au cœur du marché des armes. Finalement, je crois que je préférerais presque la cérémonie aux animaux de la forêt, aux bestioles de toutes tailles, qui ont déjà commencé à me consommer d’ailleurs. Même si le retour aux sources, l’écologie, le circulaire, c’est plutôt bien vu en ce moment et que j’y suis parfois sensible puisque je fais mes courses bio... Non, malgré tout, je préférerais la cérémonie. Juste pour savoir qui viendrait, et comment ils se comporteraient. Blaise en particulier. Mais ce serait simplement de la curiosité…

Si j’ai bien compris, il y avait deux choses dans cette proposition : faire parler le mort, et donc choisir le mort, un mort qui ne fait pas mal… donc pas un vrai, un mort de cinéma presque, un qui se relève à la fin du texte ou quand l’auteur change d’avis…

Le deuxième point m’a un peu plus chiffonnée : François avait dit : « il faut trouver la voie-x ». J’en ai profité pour retourner à mes BD, mais surtout, j’ai l’impression d’avoir une voie pas encore très affirmée, qui hésite encore souvent et surtout, je pense que j’ai plusieurs voies, en fonction des destinations du texte (blog des copines, magazine local, atelier…). Donc je me suis rattrapée au fond plutôt qu’à la forme et j’ai repris mon manchot habituel. Sans pour autant en faire le mort en question, pour pouvoir faire vivre et évoluer encore un peu ce personnage qui ne me semble pas avoir tout dit.

13. Le fait que


proposition de départ

le fait que la nuit tu rêves que tu es ambidextre, le fait que sans main droite tu ne puisses plus te couper les ongles de la main gauche, le fait que ton moignon ne rentre pas dans ta narine quand tu essaies de te curer le nez, le fait que tu dois poser la brosse à dents sur le bord du lavabo pour y mettre le dentifrice, le fait que tu dois poser le livre pour pouvoir le feuilleter, le fait que tu ne peux plus ouvrir la porte du local poubelles puisqu’il faut tourner la clé et tourner la poignée en même temps, le fait que tu ne tapes plus aussi vite sur le clavier de ton ordinateur, le fait que tu ne peux plus tenir l’oignon pour l’émincer finement, le fait que tu es désormais inutile sur un bateau de pêche, le fait que les gens te trouvent impoli quand tu tends la main gauche et pas la droite, le fait que les appareils photos sont tous faits pour les droitiers, le fait que tu ne peux plus attraper correctement les emmerdeurs par le col pour leur expliquer comme il faut qu’ils sont des emmerdeurs, le fait que ta mère te propose de couper ta viande, le fait que ta mère ne te propose pas de couper ta viande, le fait que les douleurs fantômes existent plus souvent que les fantômes, le fait que tu ne peux plus faire de soudure ni d’épissure, le fait que tu ne peux plus applaudir quand c’est beau, le fait que tu ne peux plus jouer de la guitare, le fait que tu peux encore t’abrutir de lecture, le fait que tu peux encore te prendre une bonne biture, le fait que tu ne pouvais plus lui prendre la main quand elle était assise à ta droite, le fait qu’elle avait deux seins et toi une seule main, le fait que tu n’as plus qu’un demi-avenir, le fait que tu ne t’aimes plus qu’à moitié. Et parfois plus du tout.

 

12. Charlie écho


proposition de départ

Tout ce qui ne se fait pas tout seul ne se fait plus.

Respirer, avaler sa salive, cligner des yeux pour éclaircir sa vue.

Assise ? Sûrement. Couchée elle ne verrait pas l’écran. Debout, elle serait tombée.

Sur l’écran, amis devenus corps, bientôt dépouilles. Victimes. Ceux qui s’en sortent moins mal sont blessés, touchés ici ou là. Touchée elle aussi.

Yeux, oreilles, elle n’est plus rien d’autre dans le présent, rien d’autre. Plus de bras, plus de jambes, même plus de ventre. Un ascenseur est monté jusqu’à ses souvenirs, bloqué au dernier étage, pour effacer tout sauf ça. Écran elle l’est aussi, pour projeter des images d’avant.

Elle imagine avec les mots de l’écran qu’elle plaque sur ses souvenirs de corps, d’attitudes, de membres, de visages, de mains, de jambes. De sourires. De rires. Des mains qui choquent des verres, des mains qui dessinent, des mains qui gribouillent, des mains qui écrivent, des mains qui caressent, des mains qui prennent d’autres mains dans les leurs, des bouches qui mangent, qui rient, qui parlent, qui embrassent, des jambes qui marchent, qui courent, qui se plient, qui s’étirent devant la chaise quand les bras se rejoignent au-dessus de la tête. Des corps qui bougent.

Et elle voit avec ses yeux liquides des secouristes debout qui poussent leurs corps allongés, des corps où rien ne se fait plus tout seul. Des corps immobiles.

Elle inspire, ils expirent.

Codicille :

Le procès des attentats de Charlie Hebdo en 2015 vient de commencer.

Le sujet s’est imposé. Le texte aussi.

11. Symétrie, symétrie chérie


proposition de départ

Si on replie un humain, de Vitruve ou d’ailleurs, selon l’axe nez, bouche, sternum, nombril, sexe, il se rabat sur lui-même. Œil sur œil, dent sur dent. Et main sur main. Serions-nous symétriques ? Du dehors, il semble bien. En dessin, il suffit de se concentrer sur une moitié du corps, sur un de nos deux bras, puis de reconstruire l’autre, par symétrie. Pas de papier calque ici, nos mains ne sont pas superposables, elles ne se correspondent que dos à dos ou ventre à ventre. Pour dessiner la main on commence par un croquis rapide, un carré pour la paume, rectangles et trapèzes pour les doigts. Puis on détaille les deux phalanges du pouce, ensuite la paume qui porte ses tendons sur son dos, les doigts avec des traits courbes pour le dessus des articulations, l’arrondi pour les ongles avec la petite lune qui lie la peau et la corne. Parfois on peut rajouter veines, ligaments, os, muscles, poils… Parfois les ongles sont longs, ils sont lisses, bombés, voluptueux, peints. Alors on ne voit plus la petite lune blanche entre la corne et la peau. Parfois les ongles sont ras, propres, sales, très sales, cassés, abimés, déformés, ou toutes les combinaisons possibles de ces adjectifs-là. Parfois il y a des bleus qui sont rouges, violets ou qui tirent vers le jaune, des cicatrices blanches et des blessures vermeilles, des traits de griffes et de coupures ou des points de déchirures et de coups, des catastrophes en morse. Parfois la peau peut être élastique et douce, ridée, épaisse, tannée, flétrie, fanée, fine, tachée. Ça a à voir avec l’âge. Ça a à voir aussi avec les jours où il faut se lever le matin. Parfois les histoires de mains sont plus tragiques. Parfois les blessures sont profondes, des doigts sont amputés, parfois ils ont disparu, en partie ou en entier. Parfois il n’y a plus de main. Alors le bras se termine en bordure de falaise sans plage en contrebas. Et l’humain, de Vitruve ou d’ailleurs, n’est plus symétrique. À l’œil nu on sait qu’il sera singulier, l’incomplétude de son corps parle pour lui sans qu’il ait besoin de parler. Parfois on est mal à l’aise devant ce moignon-patte, devant ce bras-sabot qui gifle avec une violence animale le mépris que l’on a de nos dextérités, dans le confort insouciant et oublieux de nos symétries quotidiennes.

Le soucis de la main me vient depuis de nombreux mois (voire année ! ) de Blaise Cendras et d’un personnage manchot qui se cherche une histoire dans les recoins de mes textes. Le souci de la symétrie est un souvenir de ma jeunesse mathématique récemment interpellée par un ami poseur de carrelage et enfin la conclusion vient de mon activité professionnelle, désormais manuelle.

7. La main


proposition de départ

Il s’évanouit. Anéanti par le vide, par sa main qui n’était plus au bout de son bras, par cette absence qui se grava en lui bien avant que la douleur ne s’installe. Entre la lisse et le support du treuil, doucement, comme au ralenti, Dédé, l’autre matelot, le vit disparaitre. De retour au port, pendant que des collègues prévenus par la capitainerie aidaient à amarrer, les pompiers montèrent les premiers à bord pour venir s’occuper du blessé. Et pendant que deux d’entre eux déballaient leur matériel dans le carré, le troisième commença à poser des questions. Ce matin, à la fin du premier trait de chalut, quand Fred appelle, je sors avec Blaise sur le pont arrière. Fred, c’est le capitaine. Comme d’habitude, on prépare tout pour remonter le filet, les bacs à poisson, je nettoie la table pour le tri et Blaise s’occupe du treuil. Quasiment pas de mer, juste quelques petites vagues, temps nuageux, mais seulement des cumulus isolés, rien de violent ni d’agressif comme la tempête de la semaine dernière. Je n’entends pas bien à cause du moteur, des oiseaux qui nous suivent et qui font un vacarme pas possible. Quand on doit se parler, on crie, mais ça, c’est toujours pareil. Tout se passe normalement, on bosse tous les deux comme d’habitude jusqu’à ce que j’entende un grincement bizarre, puis ce bruit sec de câble qui se tend comme une note de guitare basse qui s’étire et quand je me retourne je vois Blaise tomber. Sans sa main. Une fois dans le carré, il reprit connaissance. Fred et Dédé lui tinrent le bras en l’air tout en essayant de faire un semblant de pansement du mieux possible avec ce qu’ils trouvèrent dans la trousse de secours, en suivant les conseils du médecin du CROSS qui crachotait dans la radio sur haut-parleur, volume à fond. Ils larguèrent le chalut pour pouvoir filer le plus vite possible vers le port le plus proche où ils rencontrèrent les pompiers qui attendaient sur la cale avec la sirène et le brancard. Sur le coup, je gueule comme un fou pour que Fred vienne m’aider, qu’on stoppe tout pour s’occuper de Blaise. Pour arrêter le treuil, je mets un grand coup de botte dans le bouton d’urgence et une fois que Fred est là, je cherche partout pour retrouver la main. C’est coupé net, ça ne saigne presque pas, je pense qu’on va pouvoir lui remettre, le recoudre, je sais pas moi, je suis pas médecin, mais un gars sans main, c’est pas possible ça, un gars sans main. Et surtout pas Blaise, pas lui, il faisait les plus belles épissures que j’ai jamais vues, il dessinait des oiseaux… Alors je cherche partout, dans tous les coins du pont même où c’est pas possible, mais on sait jamais si le câble l’a envoyée d’un autre côté, alors je cherche, je retourne tout. Tout. Et je trouve rien. Rien. Elle est sûrement tombée à l’eau, sa main. J’ai rien trouvé. Pourtant j’ai vraiment cherché, vous savez. Ensuite Fred se met à gueuler pour que je vienne l’aider pour emmener Blaise dans la cabine et appeler les secours. On le porte sans le secouer et ensuite le médecin nous guide pour faire un pansement, pour l’installer, pour vérifier s’il va bien, à cause du choc, tout ça. Mais vous savez mieux que moi. Voila. Ça s’est passé comme ça. Ce jour-là, fût son dernier jour de mer. Il débarquât sur une civière. Couché, sanglé, porté, emporté, il ne pût même pas se retourner pour saluer la « Fleur des Ondes » une dernière fois. De toutes façons, saluer sans main ? À bord, il serait désormais inutile. Alors que les pompiers chargeaient la civière dans le fourgon, une goutte d’eau salée s’arrêta au coin de son œil, roula sur la civière avant d’avoir pu rejoindre toutes les autres larmes de l’eau de mer.

Encore sous l’effet du zoom, je me lance… C’est un test, un essai de texte en continu, sans l’aide de la mise en page ou de la typographie pour signaler les changements de narrateur ou les monologues, juste le temps du récit et le pronom « il » dans un cas et le prénom « Blaise », dans l’autre. En espérant que la différence passé simple/présent sera suffisamment forte pour que le texte reste compréhensible. Parfois, il m’arrive de m’extasier, quand je trouve que la conjugaison fait drôlement bien les choses et ensuite, je trouve ça quand même bien confus… En résumé, j’ai du mal à me faire une idée… Dites-moi… et d’avance merci pour vos commentaires !

7.


9. Technique gestionnaire sentier.


proposition de départ

Il regarde si loin derrière ses paupières que tout est en noir et blanc, les couleurs ont disparu. Mais même son noir et blanc n’a pas de contraste, ce n’est qu’un gris, plus ou moins sombre. À peine des formes, pas de contours, faillite de l’autofocus. Il perçoit ce qui l’entoure avec un filtre négatif. Le refuge est fermé, en été, quelle blague ! Le téléphérique ne marche plus, mais ils ont laissé trainer toute la ferraille, les poteaux, même le câble. Les moutons sont crasseux, l’herbe est tachée de vératre, cette plante qui n’intéresse ni homme ni bête.
Il fait humide avec ces nuages ou cette brume, on ne sait plus trop, il va sûrement attraper froid. Sans oublier les oiseaux qui font un boucan pas possible. Le seul moment où ils se calment, c’est quand la pluie vous tambourine sur la capuche. Ils me font bien rire ceux qui parlent du calme de la nature, du silence, c’est tout le contraire. Tout le contraire. Une fois de plus, ils n’ont rien compris.

Il inspire jusqu’au fond du bout de ses poumons pour ne pas rater une miette de cet air de montagne. Parfois, il ferme les yeux pour se laisser le temps d’enregistrer toutes les images, les formes, les contours, les couleurs. Pour tout garder. Précieusement. Par chance, le refuge est fermé, inespéré en été. Les nuages couleur de lune, la brume, le brouillard et l’humidité, le bruit de bottes de l’orage en approche ont chassé les promeneurs, il ne va rencontrer personne et pouvoir se concentrer sans avoir à faire la conversation, craindre qu’un gros lourdaud fasse s’égailler les chamois ou ne vienne écorner un paysage.
La brume est là qui le prends dans ses bras, le câline, il attend chaque éclaircie, chaque rayon qui passe entre les nuages comme une caresse.
Si ses yeux sont aux anges, ses oreilles aussi. Pour ses amoureux, la Nature susurre des chants d’oiseaux, les ponctue du majestueux sifflement d’un vautour ou pianote des gouttes de pluie sur sa capuche en caisse claire. Ils sont bien à plaindre ceux qui parlent du calme de la nature, du silence, c’est tout le contraire. Pour quelques gouttes d’attention on est récompensés en ruisseaux de musiques. Ceux qui s’en privent n’ont rien compris au luxe, au calme et à la volupté.

Il prend des notes sur son téléphone, nouveau document avec la localisation précise et la date du jour. Dans la montée un peu raide sur l’arête de gauche, le chemin s’abime à chaque orage, transformé en rigole. Les promeneurs détériorent les abords en évitant les ornières et en multipliant les sentiers alternatifs. Même si aujourd’hui il ne rencontre personne à cause de la météo peu favorable à la randonnée, il sait que l’endroit est très fréquenté pendant les deux mois d’été. La colonie de choucas se porte bien, il fera un comptage en descendant. Les moutons remplissent parfaitement leur fonction d’entretien. Herbe mi-haute, pas de ronces, peu de vératres, beaucoup moins avec les moutons qu’avec les vaches.
Refuge fermé, téléphérique à l’arrêt, la flore va pouvoir se régénérer au calme cet été. Il trouve un endroit dégagé, sort son calepin et son livre d’identification, et les jumelles pour passer au volet ornithologique. Ensuite, il redescendra avant la pluie.
Technique gestionnaire sentier.

Trouver l’endroit n’a pas été compliqué : j’en revenais quand il a fallu choisir. Par contre changer de lunettes pour le décrire a été plus délicat. L’usage des filtres en photographie m’y a aidé, restait juste à transformer le petit bout de verre en un état d’esprit. Évidemment, de tous ces états d’esprit du narrateur, l’un a ma préférence. J’espère avoir quand même réussi à donner suffisamment aux autres…

8. Dans le décor


proposition de départ
1

Des plaques de métal épais calfeutrent les portes et les fenêtres du refuge. Volets rouges, herbe verte, cailloux clairs tachés de lichen, moutons blancs et sales, oiseaux petits et grands, taiseux ou volubiles. Bâtiment trapu, sans auvent, sans extension, sans rien qui puisse être arraché du sommet de la falaise où l’homme a décidé de s’imposer. Câbles et poutres en métal, un ancien téléphérique permettait d’éviter la montée en lacets, pour gagner du temps et de la fatigue, sûrement. Pour ne pas déranger les choucas qui nichent au-dessus du sentier ? moins sûrement… Les nuages ont mangé la ville, le lac et le reste du monde, sur le replat entre les deux falaises, celle de dessous et celle de dessus, juste la tente, ouverte, derrière le bâtiment, fermé.

Le zip de la tente forme une arche. Facile à ouvrir en partant du bas mais passé le sommet, il faut les deux mains pour assurer la descente. À l’intérieur un matelas gonflable orange, un sac de couchage froissé sombre, lampe frontale, veste, un livre de poche effeuillé, écorné, élimé et accompagné d’un carnet de notes et d’un bout de crayon. Bouteille d’eau cabossée et c’est tout, les chaussures resteront dehors, le sac à dos aussi, juste abrité par le double toit. Ça sent la transpiration, l’humide de l’averse de la veille et le fromage de midi. La lumière est bleuie par la toile de tente, elle en fait un intérieur.

2

Quand il est échoué sur ses béquilles, le bateau a la coque rayée. En bas, peinture anti-algues, ensuite, du rouge et plus haut, blanc pour que ça aille avec le blanc de tout ce qui dépasse sur le pont, ou presque. Pour la forme, c’est compact : trapèze pour la coque, cube pour la cabine et deux mats qui pointent vers l’arrière pour le treuil du chalut. Sur le pont, juste de quoi travailler : mettre à l’eau le filet, le remonter, trier le poisson, nettoyer, réparer et assurer les manœuvres de port. Parfois quand il fait beau on y est pour profiter. Un peu. Allongés sur la ferraille du pont peinte en vert foncé pour voir les étoiles et s’échanger leurs noms ou appuyés sur la rambarde, pour regarder la terre qui s’éloigne, se rapproche ou disparait. Souvent, pour regarder la mer, les vagues qui montent et puis descendent.

Dans la cabine il fait chaud, et sec. Quand on rentre on enlève les bottes, le ciré, les gants, le bonnet et un des deux pulls au moins. Le porte-manteau a cédé plusieurs fois, revissé plus haut à chaque fois. Ça sent le poisson, le café, les bottes mal séchées et c’est éclairé par les écrans. Des écrans, mais c’est pas la Nasa pour autant. C’est calé avec de la chambre à air, recollé avec du scotch, les câbles font des nœuds, les vis dépassent des caisses en contreplaqué ou est niché le matériel. Taches de café, cahier sans forme couvert de dessins, de noms et de chiffres, la météo du jour gribouillée en abrégé, miettes, assiette sale dans un coin. Fred est dans son siège qui tourne, vissé au plancher. En chaussettes. Parfois il somnole, mais jamais vraiment, réveillé par un grincement ou la moindre vague prise de travers. Quand on est en mer, il vit dans la cabine comme un poisson dans son bocal.

3

À l’extérieur, il vit sur son chantier. Sa camionnette est garée juste devant la porte avec la galerie sur le toit, l’échelle, et sur les côtés, le nom de la boite, adresse, téléphone, charpente, rénovation. Pas besoin de plus, les gens n’ont pas le temps de lire. Un tas de planches attend sous une bâche, comme une remorque remplie de gravats, par contre, les morceaux du vieux pressoir à pommes démonté dans une grange sont bien au sec sous un auvent. L’encadrement de la fenêtre est en béton, ça tranche sur l’enduit jaune des murs qui a beaucoup pâlit depuis sa jeunesse. Mais il finira bientôt, après le prochain chantier. Il l’a promis à ses filles qui vivent avec leur mère.

À l’intérieur, il vit dans son chantier. Scie circulaire, ponceuse, défonceuse, les caisses s’empilent dans l’entrée, à l’abri de la pluie, prêtes à repartir, demain matin. Cartons par terre pour protéger le plancher posé l’an dernier pendant les vacances. Sur les murs, le placo vert avec les raccords blancs, des calculs, des flèches pour penser à faire passer les câbles électriques, à poser des prises. Le poêle marche doucement, un tas de buches est posé à côté, une grosse boite d’allumettes, une moitié de cageot pour faire du petit bois, une boite à œuf pour allumer. Cuisine et salle de bain, tout marche mais rien n’est terminé, fixé, scellé. Il dort dans le canapé, devant le poêle. Mais il finira bientôt, après le prochain chantier. Il l’a promis à ses filles qui vivent avec leur mère.

4

La vue et la lumière. Pardon, les lumières, pluriel obligé quand il y en a dix, cent par minute au gré du vent et des nuages. C’est pour elles qu’il est là. Le van est garé sur une hauteur, fin octobre, pas grand monde ne passe sur la petite route en « single track » qui va de distillerie en distillerie. En face, Jura, ses Paps, deux montagnes en miroir qui se regardent, la tête dans les nuages. La maison de Georges Orwell est derrière, on ne la voit pas mais on la pressent. Tout comme les cerfs cachés dans bois. Entre les deux îles, le sound of Islay, avec des marmites de courant et des vaguelettes hargneuses, frustrées de ne pas pouvoir grossir comme les vagues du large, coincées qu’elles sont entre les deux îles. Plus bas dans les bruyères, il y a l’arbre tout seul qui lui sert de premier plan depuis deux jours. Le trépied est installé devant la porte, il n’a plus qu’à y poser l’appareil photo quand la lumière lui plait. Les couleurs sont à l’automne. C’est beau.

En-dessous de la crasse, de la boue et des coulures de pluie dans la poussière de la route, le van est blanc. La porte du côté droit coulisse, c’est par là qu’il rentre et sort, sauf pour conduire. En entrant, en face, la cuisine. Deux feux, un bac en plastique avec de la vaisselle sale et même un robinet avec une pompe électrique. Le luxe… quand on a pensé à remplir le réservoir. Sur la tablette d’à côté, brosse à dent, dentifrice sans bouchon, un morceau de serviette et un bout de savon. À gauche le siège est rabattu en position lit. Comme il est tout seul, il le laisse toujours comme ça. Le duvet est tassé dans le fond, pour dormir il devra pousser les chargeurs, les deux trépieds, les flashes, des câbles, le gros sac avec les objectifs, et l’ordinateur portable pour développer les images. Pas les fignoler, l’écran est trop petit, mais au moins faire le plus gros du boulot : le tri, et un petit traitement de base, celui qui fait son style, sa signature. Dans la journée il fait tout sur le lit, en caleçon et chaussettes. Par terre, des bottes et de grosses chaussures de randonnée essayent de sécher, une veste, un pantalon, un pull et d’autres vêtement non reconnaissables jetés en boule un peu partout. Bouteilles d’eau, paquets de gâteaux, emballages de fish’n chips, barquettes de nourriture à emporter. Le van est une tanière à roulettes. Il rangera plus tard, quand le temps sera pourri : quand il y aura du ciel bleu.

J’ai peut-être trop tourné du côté de Conrad, Stevenson et du Victor Hugo des Travailleurs de la mer. Ou alors j’ai trop fréquenté de photographes de nature ou c’est parce que j’habite dans la montagne mais quand on me dit « paysages », ceux qui me viennent en tête sont rarement urbains. La nature m’est plus familière que la ville, alors quitte à choisir j’ai poussé encore vers la solitude, je me suis concentrée sur des lieux nomades, temporaires ou en devenir… Envie de vacances peut-être...

7. La main


proposition de départ

Il s’évanouit. Anéanti par le vide, par sa main qui n’était plus au bout de son bras, par cette absence qui se grava en lui bien avant que la douleur ne s’installe. Entre la lisse et le support du treuil, doucement, comme au ralenti, Dédé, l’autre matelot, le vit disparaitre. De retour au port, pendant que des collègues prévenus par la capitainerie aidaient à amarrer, les pompiers montèrent les premiers à bord pour venir s’occuper du blessé. Et pendant que deux d’entre eux déballaient leur matériel dans le carré, le troisième commença à poser des questions. Ce matin, à la fin du premier trait de chalut, quand Fred appelle, je sors avec Blaise sur le pont arrière. Fred, c’est le capitaine. Comme d’habitude, on prépare tout pour remonter le filet, les bacs à poisson, je nettoie la table pour le tri et Blaise s’occupe du treuil. Quasiment pas de mer, juste quelques petites vagues, temps nuageux, mais seulement des cumulus isolés, rien de violent ni d’agressif comme la tempête de la semaine dernière. Je n’entends pas bien à cause du moteur, des oiseaux qui nous suivent et qui font un vacarme pas possible. Quand on doit se parler, on crie, mais ça, c’est toujours pareil. Tout se passe normalement, on bosse tous les deux comme d’habitude jusqu’à ce que j’entende un grincement bizarre, puis ce bruit sec de câble qui se tend comme une note de guitare basse qui s’étire et quand je me retourne je vois Blaise tomber. Sans sa main. Une fois dans le carré, il reprit connaissance. Fred et Dédé lui tinrent le bras en l’air tout en essayant de faire un semblant de pansement du mieux possible avec ce qu’ils trouvèrent dans la trousse de secours, en suivant les conseils du médecin du CROSS qui crachotait dans la radio sur haut-parleur, volume à fond. Ils larguèrent le chalut pour pouvoir filer le plus vite possible vers le port le plus proche où ils rencontrèrent les pompiers qui attendaient sur la cale avec la sirène et le brancard. Sur le coup, je gueule comme un fou pour que Fred vienne m’aider, qu’on stoppe tout pour s’occuper de Blaise. Pour arrêter le treuil, je mets un grand coup de botte dans le bouton d’urgence et une fois que Fred est là, je cherche partout pour retrouver la main. C’est coupé net, ça ne saigne presque pas, je pense qu’on va pouvoir lui remettre, le recoudre, je sais pas moi, je suis pas médecin, mais un gars sans main, c’est pas possible ça, un gars sans main. Et surtout pas Blaise, pas lui, il faisait les plus belles épissures que j’ai jamais vues, il dessinait des oiseaux… Alors je cherche partout, dans tous les coins du pont même où c’est pas possible, mais on sait jamais si le câble l’a envoyée d’un autre côté, alors je cherche, je retourne tout. Tout. Et je trouve rien. Rien. Elle est sûrement tombée à l’eau, sa main. J’ai rien trouvé. Pourtant j’ai vraiment cherché, vous savez. Ensuite Fred se met à gueuler pour que je vienne l’aider pour emmener Blaise dans la cabine et appeler les secours. On le porte sans le secouer et ensuite le médecin nous guide pour faire un pansement, pour l’installer, pour vérifier s’il va bien, à cause du choc, tout ça. Mais vous savez mieux que moi. Voila. Ça s’est passé comme ça. Ce jour-là, fût son dernier jour de mer. Il débarquât sur une civière. Couché, sanglé, porté, emporté, il ne pût même pas se retourner pour saluer la « Fleur des Ondes » une dernière fois. De toutes façons, saluer sans main ? À bord, il serait désormais inutile. Alors que les pompiers chargeaient la civière dans le fourgon, une goutte d’eau salée s’arrêta au coin de son œil, roula sur la civière avant d’avoir pu rejoindre toutes les autres larmes de l’eau de mer.

Encore sous l’effet du zoom, je me lance… C’est un test, un essai de texte en continu, sans l’aide de la mise en page ou de la typographie pour signaler les changements de narrateur ou les monologues, juste le temps du récit et le pronom « il » dans un cas et le prénom « Blaise », dans l’autre. En espérant que la différence passé simple/présent sera suffisamment forte pour que le texte reste compréhensible. Parfois, il m’arrive de m’extasier, quand je trouve que la conjugaison fait drôlement bien les choses et ensuite, je trouve ça quand même bien confus… En résumé, j’ai du mal à me faire une idée… Dites-moi… et d’avance merci pour vos commentaires !

6. sinon ce serait trop facile


proposition de départ

James Deville habite à la campagne et ne parle pas anglais. Sinon ce serait trop facile.

Ben est un surnom. Un diminutif. C’est pratique parce qu’on pense d’abord à un prénom courant, Benjamin, Benoit, Benito, Benali… Mais lui c’est Benedict. Sa mère a voulu lui donner un prénom anglais parce que son père était anglais. Enfin, il est peut-être toujours anglais, mais ni Ben, ni sa mère n’en savent rien. Pourtant, elle est toujours persuadée qu’un jour il reviendra, que c’est juste un malentendu et qu’il va reprendre dans leur vie une place qu’il n’a jamais eue, un rôle qu’il n’a jamais joué. Elle n’a jamais déménagé, jamais changé de numéro de téléphone ni d’adresse mail, parce qu’elle garde confiance. Et espoir. Benedict, lui, n’a jamais aimé son prénom. Benedict, ça fait Oxford, tasse de thé, uniforme avec la cravate à lignes et le pantalon qui gratte, études sans fin dans un vieux bâtiment en pierres froides, fantômes et brasseurs de vide, précieux, pédants et ridicules. Dès qu’il a eu dix-huit ans il est parti de la maison, s’est fait tatouer des symboles maoris sur les bras et les mollets, a décidé de devenir artiste et de ne pas être riche. Pour le dernier point, ça n’a pas été trop difficile. Et il continue à respecter sa résolution à la lettre. Il ne boit pas de thé non plus, jamais, et c’est non négociable. Pour la bière, aucun scrupule : c’est universel, et pour la langue anglaise, même chose, c’est universellement parlé, alors… Ben a des principes, mais il n’est pas borné pour autant !

Jeanne pourrait être un personnage de dessin animé, celui qui pose les rails au fur et à mesure devant les roues de la locomotive lancée à pleine vitesse. C’est une héroïne, la déesse de l’audace et de la ténacité. Il faut toujours qu’elle soit à la hauteur de son homonyme, Jeanne Barret, assistant(e) de Philibert Commerson sur le tour du monde de Bougainville.

Mes personnages n’ont souvent qu’un prénom, solution de facilité… Pour les trouver tout est bon, noms de rues, articles de journaux, noms de gens connus dont la vie se rapproche, avec un point commun ou au contraire à l’opposé de ce que va vivre le personnage… Les statistiques sur internet aident aussi. Ils changent parfois de nom au cours de l’histoire. Certains ont commencé leur vie avec un numéro ou une lettre de l’alphabet grec, comme les variables mathématiques, mais c’est réservé aux personnages secondaires.

Et puis il y a les cas particuliers, comme Jeanne, prénom de la petite fille d’une amie qui n’a vécu que dix jours. À Jeanne, je confie toujours les vrais combats, ceux qu’il fait bon gagner.

4. séance photo ou shooting, 2


proposition de départ

L’appareil est sur son trépied, tout est réglé, tout est prêt, il est serein, celle-là sera la bonne. Il y a longtemps qu’il a repéré ce coin, mais la météo n’avait encore jamais voulu jouer le jeu. Aujourd’hui tout va bien. Il est arrivé en avance pour avoir le temps de s’installer, de reculer, de se déplacer un peu à gauche, d’avoir la petite maison presque centrée et la montagne sur la gauche. À droite il y a la colline qui monte en pente douce pour servir d’édredon au soleil qui va s’endormir, la rivière qui ondule et en premier plan, l’eau, la tourbière tranquille qui laisse sortir quelques herbes inclinées vers leur reflet. Pas de vent, pas de vagues, rien pour troubler la réflexion. Les nuages sont bien là sur la gauche, clairs, rondouillards jusqu’à en devenir débonnaires. Les midges ne vont pas tarder à arriver, mais là aussi, tout a été anticipé, il a déjà le chapeau avec le filet protecteur qui lui caresse la joue. Le soleil descend sur l’horizon, il étend les ombres, les allonge, va bientôt les laisser se reposer. Les couleurs deviennent plus chaudes, jaune, oranger, rouge, il utilise la télécommande pour ne pas risquer de faire bouger l’appareil. La pause sera longue, il devrait même pouvoir boire quelques gorgées de thé à la bergamote, le temps pour tous les détails de se déposer doucement dans le fichier.

L’appareil est enfin calé sur son trépied. Ça devrait tenir, cette fois. Un pied qui s’enfonce, la rotule grippée, ça coince, ça craque, ça tombe. Il y a longtemps qu’il a repéré ce coin, mais à chaque fois la météo était horrible. Pluie, brouillard ou grand ciel bleu, vide, sans aucun intérêt. Là, ça va. Pourvu que ça tienne. Il est arrivé en catastrophe, une chaussure remplie d’eau. Pas possible, il y a de la flotte partout dans ce pays ! Et maintenant, le pied qui commence à geler à force de ne pas pouvoir bouger en attendant que la lumière se décide enfin. Le cadrage, ça va à peu près, il faut juste que les gros nuages d’orage tiennent leur gauche pendant toute la prise de vue. La rivière brille comme une lame un peu sur la droite, ça accroche l’œil. De temps en temps le vent se calme. Bien pour l’image, l’eau au premier plan arrête de s’agiter. Mais du coup les midges passent à l’offensive. Sales bêtes. De quoi devenir dingue à les entendre attaquer en piquet, malgré le filet censé lui protéger le visage. En plus il a faim, pas eu le temps de manger avant de partir. Heureusement, ça commence. Le soleil met le feu à tout ça pour bien montrer qui est le patron. Le jaune et l’orange écrasent toutes les autres couleurs. La lumière aveugle et l’arrondi du soleil fait penser à un champignon atomique ou à ces whiskys bon marchés, remplis d’alcool et vides de goût. Cette fois, il tient le titre de la photo avant même de déclencher : apocalypse…

J’ai attrapé au vol le mot « attente » dans la vidéo de François pour me trouver un thème, voici donc deux façons d’attendre la bonne lumière pour un photographe.

Ensuite douceur et rudesse, ça a été plus compliqué… Je ne m’étais jamais posé vraiment la question de la tonalité du texte, encore moins des moyens pour la faire apparaitre. Jusqu’à maintenant, ça venait « tout seul « … pas simple de savoir sur quel levier jouer pour donner telle ou telle tonalité ! J’ai donc essayé tous les outils qui pouvaient me tomber sous la main : le rythme des phrases, plus hachées, plus courtes, plus rapides pour la rudesse. Mais on peut aussi peindre des tableaux très doux avec de petites touches, des points, des taches… Ensuite le vocabulaire, les mots, leur sens dans le dictionnaire, leur connotation, ce à quoi ils peuvent se rattacher (shooting pour les armes), une utilisation célèbre dans un autre contexte (coucher de soleil romantique…). Les sonorités également, pour le niveau de langue : j’ai hésité, un peu moins soutenu pour la rudesse, mais sans aller trop loin non plus. Super exercice, même si j’ai l’impression d’avoir à peine effleuré l’emballage de cette vaste question…

4. séance photo ou shooting


proposition de départ
version 1

L’appareil est sur son trépied, tout est réglé, prêt, il est serein, celle-là sera la bonne. Il y a longtemps qu’il a repéré ce coin, mais la météo n’avait encore jamais voulu jouer le jeu. Aujourd’hui tout va bien. Il est arrivé en avance pour avoir le temps de s’installer, de reculer, de se déplacer un peu à gauche, d’avoir la petite maison presque centrée et la montagne sur la gauche. À droite il y a la colline qui monte en pente douce, la rivière qui ondule et en premier plan, l’eau, la tourbière tranquille qui laisse sortir quelques herbes cambrées vers leur reflet dans l’eau. Pas de vent, pas de vagues, rien pour troubler la réflexion. Les nuages sont bien là sur la gauche, gris clairs, rondouillards jusqu’à en devenir débonnaires. Les midges ne vont pas tarder à arriver, mais là aussi, tout a été anticipé, il a déjà le chapeau avec le filet qui lui caresse la joue. Le soleil descend sur l’horizon, il étend les ombres, les allonge, va bientôt les laisser se reposer. Les couleurs deviennent plus chaudes, jaune, oranger, rouge, il utilise la télécommande pour ne pas risquer de faire bouger l’appareil. La pause sera longue, il devrait même pouvoir boire un peu de thé, le temps pour tous les détails de se déposer dans le fichier.

version 2

L’appareil est enfin calé sur son trépied. Ça devrait tenir, cette fois. Un pied qui s’enfonce, la rotule grippée, tout serait foutu. Il y a longtemps qu’il a repéré ce coin, mais à chaque fois la météo était horrible. Pluie, brouillard ou grand ciel bleu sans aucun intérêt. Là, ça va. Pourvu que ça tienne. Il est arrivé en catastrophe, une chaussure remplie d’eau, pas possible, il y a de la flotte partout dans ce pays ! Et maintenant, le pied qui commence à geler à ne pas pouvoir bouger en attendant que la lumière se décide enfin. Le cadrage, ça va à peu près, il faut juste que les gros nuages d’orage tiennent leur gauche pendant toute la prise de vue. De temps en temps le vent se calme. Bien pour l’image, mais du coup les midges attaquent, sales bêtes, de quoi devenir fou à les entendre attaquer en piquet malgré le filet qui essaye de lui protéger le visage. En plus il a faim, pas eu le temps de manger avant de partir. Heureusement, ça commence. Le soleil met le feu à tout ça pour bien montrer qui est le patron. Le jaune et l’orange écrasent toutes les autres couleurs. La lumière l’aveugle et l’arrondi du soleil le fait penser à un champignon atomique ou à ces whiskys bon marchés, remplis d’alcool et vides de goût. Cette fois, il tient le titre de la photo avant même de déclencher : apocalypse…

J’ai attrapé au vol le mot « attente » dans la vidéo de François, voici donc deux façons d’attendre la bonne lumière pour un photographe. J’ai essayé de jouer sur le rythme des phrases et le vocabulaire, reste à peaufiner …

3. la grande pêche


proposition de départ
court...

Delphine n’est pas montée sur la passerelle pour le départ. Pour dire au revoir à qui ? Elle s’est installée tranquillement à la machine, au chaud. Le départ, ça sollicite les moteurs, les commandes et toutes les pièces mécaniques qui n’ont pas tourné pour de bon depuis plus de deux mois. Pour le moment tout est propre et pas trop mal rangé, elle en profite. Quitter Saint-Malo, elle l’a déjà fait tant de fois et sur toutes sortes de bateaux, pas besoin de rester sous la pluie pour savoir comment ça se passe. Elle aura bien le temps d’être trempée et de se geler quand il faudra vraiment qu’elle soit sur le pont ou sur la passerelle, quand ils seront sur zone, en mer de Norvège. Pour cette nuit, ils vont quitter le quai de Terre-Neuve et les bureaux de la Comapèche, demi-tour dans le bassin avec les mains qui s’agiteront encore un peu et l’équipage qui courra d’un bord à l’autre, passage du pont à bascule avec les voitures arrêtées qui nous éblouiront avec leurs phares, coup d’œil aux remparts et pensée pour les soirées entre copains dans les ruelles de la vieille ville en traversant le bassin Vauban tout doucement pendant que les feux de l’écluse passeront au vert. Le sas, ce sera le moment pour les retardataires de monter ou de descendre en catastrophe, avec les doigts qui essayeront de garder le goût de l’autre main le plus longtemps possible… À ce moment-là, Delphine regardera ailleurs.

... et long

L’ambiance est au film noir. Imperméables, reflets dans les flaques d’eau irisées de gasoil et cigarettes dont la fumée s’oublie une fois passée la digue du chapeau mou. La date du départ est toujours fixée à l’avance. Qu’importe pour l’armateur les horaires de marées et ceux des écluses qui font lever les enfants au milieu de la nuit pour aller dire au revoir à papa. En plus aujourd’hui, il pleut. Une pluie de Saint-Malo en automne, une petite pluie fine et humide qui s’insinue et finirait par diluer tout, absolument tout jusqu’aux bonnes résolutions. Pourtant, elles sont toutes là sur le quai. Épouses, sœurs, mères, copines, avec les mains dans les poches ou sur le manche du parapluie, les poussettes ou toujours cet œil attentif quand un petit pied intrépide s’approche trop de l’eau noire du bassin. À bord il y a les hommes, avec cigarettes mais plutôt bonnet que chapeau mou. Finalement, c’est pratique la pluie, ça permet de masquer si nécessaire, les émotions qui débordent au coin des yeux. Les amarres sont larguées, ravalées par le bateau qui redevient un monde à lui, détaché de la terre. Dédé, La Dose, Trois-tours, le Gamin, ils sont tous sur le pont à se remplir d’une silhouette vague dans un grand manteau et sous un parapluie, en trouvant que le froid, ça pique drôlement les yeux cette nuit… Delphine, elle, est restée en bas, à la machine. Il fait chaud, c’est presque rangé, à part cette fuite sur le circuit de refroidissement réparée en catastrophe dans l’après-midi et qui a laissé quelques outils sur l’établi et une poubelle remplie de chiffons sales. Cric, son second a laissé sa veste au porte-manteau avec son vrai nom, Christophe, écrit bien propre au marqueur sur le col. Delphine n’a pas besoin d’être dehors pour savoir comment ça se passe, la sortie du port. Plus personne à qui dire au revoir et comme ça, elle n’aura pas à saluer le représentant de l’armateur avec qui elle s’est encore accrochée hier sur les tonnages et les horaires d’astreinte. Quitté le quai de Terre-Neuve, ils feront demi-tour dans le bassin avec encore quelques gamins qui courront sur le quai en agitant la main, passage du pont à bascule avec les voitures arrêtées et les conducteurs excédés par l’attente avant qu’elle ne commence, et ils seront dans le bassin Vauban. Une gorgée de café tiède en pensant à tous ceux qu’elle a bu à la capitainerie ou dans des verres au goût salé sur son bateau à elle, quand il fallait se lever le lundi matin pour aller en cours à l’école de la Marine Marchande, la course dans les escaliers de la vieille ville et quand même un petit coup d’œil à la mer et au grand Bé de Chateaubriand avant de rentrer dans le bâtiment en laissant la porte se refermer en claquant derrière elle. Cette nuit, la Grande Hermine traversera le bassin à petite vitesse, en attendant que les trois feux rouges de l’écluse basculent au vert. Ils prendront le premier sas, celui de 3h14. À ce moment-là quand même, il faudra bien qu’elle passe la tête dehors, pour vérifier que l’amarrage se passe bien et que tout est prêt pour sortir par le chenal qui passe si près du phare du Grand Jardin. Dans l’écluse il y aura toujours les retardataires qui quitteront le bateau ou qui embarqueront, les clés de voiture emmenées par erreur lancées du pont au quai et la cartouche de cigarettes qui fait le trajet inverse. Il y a toujours des mains qui se caressent puis s’agrippent le plus longtemps possible. À ce moment-là, Delphine regardera ailleurs.

Quitter la ville, … pour moi c’est le mot « quitter » qui a raisonné le plus fort. Ici en l’occurrence, à partir d’une photo, j’ai pensé à une amie marin(e ?) qui a travaillé sur les bateaux de grande pêche (navire-usines qui pêchent la morue, avant au large de saint-Pierre et Miquelon, maintenant en mer de Norvège). Aussi pour ne pas oublier, l’été à la plage, que certains vont à la mer comme d’autres vont au cimetière (ça c’est pour la suite éventuelle de l’histoire …). Évolution après le Zoom du vendredi 3 juillet : j’ai mis plus de « ville » dans mon « quitter », et quelques petites allusions à la suite, parce que c’est vrai, j’y ai aussi pensé avant d’écrire : mettre en place une situation où on sent la bascule possible… Du coup, ça fait peut-être un peu plus fouillis… Pour la question de la différence entre roman et nouvelle, j’ai beaucoup cherché et j’ai décidé de mettre l’accent sur le nombre de personnages : dans ma tête il y en aura davantage dans un roman… Il fallait bien avancer, alors je me suis raccrochée aux chiffres. Je pense que cette question de différence entre roman et nouvelle va me rester dans la tête un bon moment…

2. poules, renard, vipère


proposition de départ

Du dehors, c’est une histoire de jalousie, une histoire de cours de récré. Un truc de gamins. Poules, renards, vipères. Pour jouer il faut trois équipes, les renards attrapent les poules, les poules attrapent les vipères et les vipères attrapent les renards. Le jeu s’arrête à l’extinction de l’une des trois espèces. C’est un jeu d’enfants.

Dans l’histoire des deux frères, il faut ajouter quelques subtilités dans la distribution des rôles. Le cadet élevait des poules. Pour les œufs, pour la chair et pour l’esthétique. Tandis que l’ainé, lui, qui avait hérité des meilleures terres, ne cultivait pas grand-chose d’autre que son talent pour la chasse et une grande connaissance des animaux de la forêt, en particulier le renard. Leurs deux fermes abritaient les deux morceaux de cette famille séparés d’à peine une dizaine d’années et de quelques centaines de mètres. Juste un peu plus que la portée du fusil du grand-père. À côté les champs et au-dessus la forêt, loin, le village. Les poules pondaient et prospéraient, si bien que le cadet pu bientôt se marier avec une Euzébie qui avait la critique facile, systématique et assassine : une vraie langue de vipère… Un jour, le plus beau coq n’est pas rentré dormir sur sa barre. Un vrai Marans pure race, sorti d’un œuf chocolat des plus foncés, cou cuivré, plumes de soirée avec des reflets verts, une queue courte avec de fines plumes qui retombent en pluie d’un noir brillant après un arrondi parfait, la crête fière… Une bête de concours qui aurait pu gagner de nombreux prix dans les foires et les comices agricoles. Ce jour-là, tout le village a accusé le renard. Mais pas la femme du cadet, qui entre insinuations et commérages, a fini par semer le doute dans plus d’une oreille, chuchotant en regardant ailleurs que le renard avait bon dos, que le poulailler était pourtant bien fermé ce soir-là, pas de trous dans la clôture, rien, aucun bruit de leur côté. Mais pas de lumière chez son beau-frère malgré l’heure tardive, il était encore à traîner dans les bois comme il le fait souvent. D’ailleurs, le renard, lui, ça le connait… Finalement, du renard ou du beau-frère, on a jamais bien su, du coq, on n’a jamais retrouvé une plume, mais pour sûr c’est bien là que la brouille a commencé entre les deux branches de la même famille… Une bien sombre histoire !

J’ai suivi les conseils de François : on reste dans le petit, une brouille entre voisins… Pas difficile à trouver par ici, puisque les coups de fusils entre voisins et parents, ce n’est pas une invention… Et puis entre poules et renards, j’ai rajouté le côté gamin du jeu, qui a ça de commun avec notre exercice qu’il semble aussi futile du dehors, que sombre et tragique du dedans.

1. ça coûte rien d’essayer


proposition de départ

La mairie du village sert aussi de bureau de poste. Royaume du formulaire et de la paperasse. Ici notre vie rentre tout entière dans de petites cases à cocher ou à remplir en lettres capitales. La secrétaire à l’accueil vient juste d’ouvrir la porte, la première personne ne vient pas pour discuter, sa voiture est arrêtée mais pas garée, le moteur tourne. Dans sa tête il y a déjà le reste de la journée, la liste bien trop longue de tout ce qu’il y a à faire, il anticipe déjà ce qui sera en retard, fait en parallèle la liste des sacrifices à faire sur l’autel des 24 heures. Mais il prend quand même le temps de s’arrêter à la mairie pour signaler ce qui le gêne suffisamment pour qu’il décide de rajouter une ligne dans sa liste de choses à faire. Deux grosses mains se posent sur le comptoir, il manque un doigt de la droite, ceux qui restent sont épais, les ongles coupés très courts, coupures, griffes, peau épaisse en cuirasse avec une vilaine blessure qui est là, entre le pouce et le poignet depuis longtemps, qui s’est installée. Dehors la peau est tannée, une limite rose en épiderme de bébé tout neuf protège une croute grisâtre et usée qui rappelle l’arbre plus que l’humain. Dans sa tête le premier point, celui du dessus, celui qui l’a amené à la mairie, il faut qu’il le dise, plutôt qu’il le signale, parce que c’est pas normal, ça perturbe son paysage, la routine de son paysage, ses lois. Il y a un chevreuil mort dans le fossé en bas de son chemin, sur la route départementale. Un cadavre, une charogne qui pue, qui agresse ses narines, le fait penser à la mort. Vaguement, inconsciemment, mais quand même. La mort de ses parents c’était il y a quelques années, eux aussi ne bougeaient plus, au bord d’une route départementale. Peut-être que ça le fait penser à sa propre mort à lui. Alors cette odeur qui sera la sienne quand il sera mort, il ne veut pas y penser. Mort, décès, trépas, ces mots ils les connait mais ils ne sont pas siens, il a toujours du mal à les utiliser, il faut qu’il les entoure, qu’il les enrobe, pour éviter leur piqure comme il mets des gants pour ramasser les ronces. D’ailleurs il n’y pense pas, mais signaler ce corps qui ne bougera plus au bord de la route, c’était quand même la première chose à faire ce matin. La secrétaire dit merci, elle note l’endroit sur un papier, dit qu’elle va demander aux services techniques de faire le nécessaire. Les services techniques viendront enlever la mort de ce coin de la départementale et de ce coin de tête trop rempli de choses à faire de l’homme aux neuf doigts qui sera, un moment encore, débarrassé par les services techniques de la commune, de la pensée de la mort. La mort des autres, et la sienne. Moment de répit pour la secrétaire de mairie qui en profite pour envoyer cette lettre qui aurait dû partir hier au sujet d’un permis de construire dont la pente du toit est non conforme. Les angles pour les toits c’est pas seulement pour faire beau, il faut que les gens comprennent, c’est aussi pour la neige, pour éviter que le ciel leur tombe sur la tête. Que le ciel leur tombe sur la tête, Astérix, c’est ça, elle a trouvé, elle va acheter un Astérix à son petit neveu pour son anniversaire, il a l’âge de pouvoir lire tout seul et Astérix, elle adorait ça quand elle était petite. En plus, pas trop de danger qu’il ne l’ai déjà, il ne lit que des mangas. Mais les mangas, elle n’y connait rien, et puis c’est aussi des dessins avec des histoires, ça ira sûrement. Et surtout c’est un classique, c’est de la culture, Astérix. Elle est soulagée, ses pensées sont allégées d’un souci, une question de moins, une réponse de plus. Il ne restera plus qu’à passer à la librairie, en allant au marché jeudi prochain, c’est son jour de congé. Pas le temps de finir sa lettre pour le permis de construire, une dame vient pour la poste. Un paquet. Du fromage à son petit-fils qui fait ses études en ville, à Lyon. Elle a pris de la tome, parce que ça se garde mieux, même si elle sait bien que son fromage préféré, c’est le beaufort, mais elle a peur qu’il n’arrive pas en état, ce serait dommage, et puis elle aime pas gâcher, le gaspillage, c’est quelque chose qui la mets mal à l’aise, elle ne comprends pas qu’on puisse se comporter comme ça. Encore quelque chose qu’elle ne comprends pas, comme son petit-fils d’ailleurs. Quand il était petit, elle s’est beaucoup occupée de lui, il venait aux vaches avec elle, donnait un petit coup de main dans le jardin ou l’accompagnait dans ses promenades, essayait de retenir le nom des plantes. Et puis il s’est éloigné, les visites étaient plus courtes, il s’occupait tout seul quand il venait, entre papier et écran, mais plus dans la nature du dehors, celle qu’elle aime, la seule qu’elle connait. Son savoir à elle est dans ses mains, dans son nez, dans ses oreilles et dans ses pieds. Lui son savoir est dans sa tête. Elle ne sait pas s’ils vont encore se comprendre, ils manquent de choses en commun. Il n’y a plus de coups de téléphone, juste pour son anniversaire et encore cette année, juste un message, même pas sa voix. Quand ils se parlent, elle a toujours l’impression qu’il choisit ses mots avec trop d’attention, qu’il entrebâille sa porte mais qu’il ne l’ouvre plus toute grande comme quand il était petit au temps des fous-rires, des pêches qui dégoulinent dans les manches, des cerises qui vont par paire et qu’on se pose sur les oreilles, des jeux tout simples, des câlins et des bisous qui réparent les piqures d’orties. Mais pas question de le perdre, son petit-fils, ça non. Il lui manque les mots pour lui expliquer, elle regrette l’école, il y a sûrement des mots qui pourraient lui expliquer qu’elle l’aime, même si lui n’aime plus sa nature à elle, sa vie à elle, dans son village perdu. Alors elle envoie du fromage à Lyon. Pour entretenir le fils qui les relie encore un peu. Après, elle ira à la bibliothèque, c’est ouvert le jeudi après-midi. Dans les livres, elle trouvera sûrement les mots. Ça coûte rien d’essayer…

Marche d’approche, à la montagne on connait, mais pas tout à fait comme ça… Des personnages… Rentrer dans leur tête … Oui, mais, ici, pas si simple d’approcher des humains, personnages potentiels, encore moins de savoir ce qu’ils ont dans la tête ! Dans le village, un des endroits stratégiques et le seul commerce, c’est le café- épicerie, mais tout le monde n’y va pas. Par contre, tout le monde passe régulièrement à la mairie qui fait aussi bureau de poste. On y va pour tout, et souvent. Pour une coupure d’eau, pour mettre ses piles usées dans le container de recyclage, pour un arbre tombé sur la route, signer la convention sur le déneigement, couper la route pour monter les vaches, ou les descendre, inscrire les enfants à l’école et les ados au transport scolaire, louer la salle des fêtes pour les 70 ans de la grand-mère, acheter des timbres, déposer un permis de construire, se renseigner pour le marché du vendredi, se plaindre du voisin qui épands son lisier trop près de la source ou sur la neige, venir proposer un projet de cabanes dans les arbres, demander une campagne d’abattage des blaireaux qui mangent les fraises du jardin, refaire une carte d’identité, ou simplement aller discuter un moment quand on voit que la voiture du maire est garée devant.

J’habite dans un endroit où la culture est surtout physique, ou la nature commande, décide et s’insinue partout dans la vie des gens. La place des mots n’est souvent pas bien grande, encore moins quand ils sont écrits, mais ils ont une épaisseur que je découvre, qui me plait et que j’apprécie de plus en plus chez ceux qui ont la beauté du geste. Il y a là quelque chose qu’il m’intéresse d’aller gratouiller, même pour ensuite écrire sur la ville, la mer, ou tous ces autres lieux qu’on visite en atelier d’écriture.

 



page proposée par Juliette Derimay
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1ère mise en ligne 24 juin 2020 et dernière modification le 17 octobre 2020.
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Messages

  • C’est quoi les midges ?
    J’aime bien tes textes ; il y a quelque chose de terrien qui me parle.
    Je t’ai vu au zoom de vendredi dernier et j’ai bien aimé tes propos simples et concrets sur la photo. Une sorte de vent de fraîcheur sur l’écriture.
    Danièle

  • Bonjour Danièle et merci pour votre message, et pour le "vent de fraicheur", ça fait plaisir, bien contente d’apporter mon petit caillou !
    Pour les midges, ce sont de petits moustiques agressifs qu’on rencontre en été en Ecosse, qui attaquent en meute et font des soirées sans vent et sans pluie un enfer... En plus, les piqures grattent horriblement, d’où l’intérêt es filets de protection qui ressemblent un peu à des voilettes... Une petite idée de l’ambiance avec la photo qui m’a servie de point de départ pour la 4, elle est visible sur le site du photographe Nicolas Orillard-Demaire, lien ci-dessous.
    À bientôt en lecture ou en écriture ;-)
    Juliette

    Voir en ligne : http://www.nod-photography.com/bien...

  • le texte 2 portrait plus ou moins de ces deux frères m’a fait penser à une séquence du Chagrin et la Pitié (Marcel Ophüls, 1969) (ils sont en Auvergne - ça se passe vers Clermont Ferrand) (on y voit Anthony Eden - je pose son image - j’aime bien les images : elles parlent bien, aussi) (sans doute le coq, la France, quelque chose de ce genre : des histoires et de l’histoire) (les autres textes aussi : ils parlent, alors merci) (dans le premier,j’ai trouvé que les mentions du codicille étaient à intégrer au texte lui-même - mais un peu comme souvent - on aime bien le type à neuf doigts, là, mais il pourrait quand même couper son moteur... ) (bonne continuation)

  • Merci PdB, pas impossible que j’aille faire un tour du côté de Clermont-Ferrand en 1969... Quant au type à 9 doigts, j’aimerai aussi qu’il coupe le moteur ;-) mais il me semble que le personnage y aurait perdu son côté bourru...

  • Je ne connais pas ce jeu "poules, renards, vipères", mais c’est un beau départ pour l’imaginaire... Merci.

  • Merci Henri,
    Poules, renards, vipères est sûrement un nom pour la montagne d’un jeu qu’on doit pouvoir décliner en ville ou au bord de la mer, resterait juste à trouver les trois sommets du triangle pour qu’il s’adapte à un autre environnement !

  • (une autre image pour remercier de l’œuf de la salle) (il n’est pas complètement avéré - cependant - que l’effigie y soit de la marianne en question - la prochaine fois, vérifie qu’il s’agit d’elle - on a l’impression de l’un des douze Césars, non ? ) (illusions, illusions, tout ne serait donc qu’illusions ?) :°))

  • Ton texte 7 est superbe ! Tu écris comme si tu nous confiais quelque chose, comme si tu nous parlais à nous, sans mâcher tes mots, sans enjoliver. C’est droit. Brut. Et on voit, ce qui se passe sur le bateau, la main qui n’est plus là, les pompiers. Et la phrase finale, très jolie.

  • Deux réponses en unes aujourd’hui : merci pour vos commentaires ! Pour le cinéma, je regarderai, mais même si ce n’est pas elle, je me cacherai derrière l’étiquette "roman" pour garder l’idée de Marianne qui me parait plus symbolique, la même que sur les écoles, les mairies.. Et au fait, à qui réponds-je ?

    Pour ma 7, merci Annick de ta lecture et de ton commentaire, j’avais des doutes à cause de la composition, mais apparemment ça reste compréhensible, ça me rassure et ça m’encourage à essayer de nouvelles idées. À bientôt pour une lecture en retour ?

  • Bonjour Juliette, quel effet sur le texte de vous être ainsi lancée après le Zoom ! l’enchevêtrement de la narration et du témoignage - sans modification de la typographie ni passage à la ligne, nous maintient en constant va-et-vient entre le coeur de l’action et le recul dû au passé, j’ai beaucoup aimé cette façon de maintenir ma lecture active - il était bien nécessaire ce recul tant les images sont fortes !

  • PS. : ... oublié de préciser qu’il s’agissait de ma lecture du texte de la #7 bien sur !

  • ... et tout naturellement, suis passée de la lecture de la #7 à celle de Quitter la ville - roman, nouvelle -peu m’importe en fait, les deux fonctionnent, cet instant où l’on est ni tout fait en mer et déjà plus à terre ; envie d’en savoir davantage sur cette Delphine et ce qui la motive - et puis, dans le codicille, une drôle de promesse de roman ce certains vont à la mer comme d’autres vont au cimetière !

  • #1, je reprends dès le début - ici, une surprise dans chaque phrase, des émotions qui me parlent... j’aime beaucoup, le fond, la forme, le rythme... !

  • Ouahhh merci Christiane ! Il ne me reste plus qu’à bosser pour être à la hauteur dans les prochains textes ! en tout cas, des commentaires qui motivent, ça aide. Bien contente d’avoir transformé l’essai en plaisir. Ce personnage de marin avec une main en moins me trotte dans la tête depuis un moment, de même que Delphine (pas encore parfaitement convaincue du prénom) ou d’autres, plus proches de la montagne que de la mer. Un photographe aussi (déformation professionnelle). J’ai du mal à trier, à ordonner, à figer les histoires : ça ira surement mieux à la fin de l’atelier !

  • bien entendu nous ne sommes pas symétriques même au début, nous serions effrayants... mas-is que c’est bien cette main dessinée qui débouche sur les mains vivantes, leurs différences, leurs souffrances, leurs plaisirs et leurs blessures possibles

  • ... absente et cependant si présente cette main de l’hors-symétrie qui s’inscrit dans l’espace comme une géographie, dans les têtes comme une mise en garde - une gifle, contre les insouciantes dextérités des symétries quotidiennes ; elle est ce personnage déjà, qui parle pour le reste du corps et en aurait probablement plus à dire de l’homme de Vitruve, que l’homme de Vitruve et son insouciante symétrie n’aurait à en dire d’elle... et j’imagine l’homme de Vitruve avec cette main fantôme, augmenté de quelque chose en moins ! Si belles les quatre dernières lignes, Juliette !

  • Bonjour Juliette, # 12, que de résonnances tant l’expérience décuple parfois la perception - la forme trouvée pour le dire est superbe !

  • chère Juliette
    suis venue rôder du côté de chez vous et j’ai beaucoup aimé cette #14, tonique, drôle et terrible à la fois
    merci infiniment et à vous retrouver pour davantage...

  • Merci Christiane, pour la lecture comme pour le mot ! Par contre, pour la forme, je n’y suis pas pour grand chose : c’est la faute à François ;-)

  • Chère Françoise,

    un grand merci pour cette rare marque de confiance : la 14 vous plait déjà avant d’être publiée et même écrite !
    Bon, j’arrête les plaisanteries, merci pour la lecture comme pour les remarques. Je pense pourtant être légèrement hors sujet, si j’ai bien compris, dans "les lionnes", il n’y a pas de progression, tandis que j’ai besoin de cette "béquille formelle" de l’histoire avec un début et une fin pour écrire ...
    A bientôt côté lecture j’espère ...

  • le fait que dure (et oui drôle, comme il se doit pour être dure) la 13

  • Bonjour Juliette, surprise à chaque fois de constater comment cette main droite impose ce qu’elle est et devient familière - avec ses mots simples, ses humeurs et ses réalités... Si je trouve à zoomer cet après-midi, j’aimerais bien les lire ces faits que, c’est encore possible ? sinon, pas de souci, plaisir à lire autrement...

  • Aucun problème pour lire, Christiane, au contraire ! Permission de lire en retour ? Un échange en quelque sorte, la réflexion sur l’écriture me plait beaucoup !

  • Bonjour Juliette, l’introduction de ce personnage offre assurément une perspective nouvelle, elle donne du recul, de l’épaisseur, un contexte que nous ignorions (je ne me souviens pas l’avoir rencontré ailleurs ce mort) - comme si l’objectif se focalisait sur l’arrière plan plutôt que sur le sujet principal ; au résultat on en apprend sur le mort bien sur (trafic louche, fréquentations, ses peurs inavouées...) mais tout autant, sans qu’il ait à intervenir, sur des épisodes de vie, des facettes du tempérament de Blaise qui n’ont pas forcément à voir avec sa main, la vision s’élargit !

  • Bonjour Christiane, en effet, j’essaie de raconter l’histoire de Blaise sans le laisser parler, lui. Par ricochet en quelque sorte. J’ai dans l’idée (pour l’instant) de varier ainsi les points de vue, les angles, les façons de voir les choses et de les exprimer. On verra bien si ça marche ! Apparemment, pour ce texte là, pari gagné... Mais il y a encore pas mal de trous dans la bio de mon Blaise....

  • zut à l’ordinateur je suis sûre que j’avais tapé "tarabiscote" (m’y suis reprise à trois fois et j’ai gagné, là !)

  • Epissure et surliure. C’est formidablement prêt à naviguer.
    J’aime beaucoup que Blaise, soit corps d’activités, d’habitudes de vie et de goûts

  • Merci Brigitte, ça motive une telle confiance ! Reste donc à faire en sorte qu les petits cochons ne le mangent pas...

  • Salut Juliette, une petite visite chez toi et un petit tour frais et drôle avec ta #17... sans compter ton sourire en prime...
    A tout bientôt te retrouver en zoom

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