le roman de Valentina Viettro
Valentina Viettro, artiste uruguayenne résidant en France. Publié en 2011 Camino a la mentira par les éditions Binah de Salto, Uruguay. Un travail de poésie et de photos. En 2017, elle a fait partie de l’anthologie Balnearios et en 2018, elle a publié Sexualidades Monstruas, une compilation d’histoires érotiques illustrées par Fermín Hontou, Ombú, toutes deux avec la maison d’édition Estuario de Montevideo, en Uruguay. En 2019, a fait partie des anthologies : El Incomodario de Uebos Editores de Bogotá, Colombie, DesAmor de Estuario de Montevideo et Episodios Musicales de Wolkowicz Editores de Buenos Aires. Actuellement, membre du collectif de performance Ornic’Art et prépare la publication de Síntoma, une nouvelle qui sera publiée par L’Atinoir dans la ville de Marseille.

WEBSITE : valeviettro.com

16. Le projet


“Tu ne pourras jamais écrire en français. Il faut que tu oublies.”

Voici, l’histoire d’une pauvre femme qui deux minutes après d’avoir appris à dire bonjour, elle a eu la prétention d’écrire un roman.

Incapable de se connecter avec la raison qu’impulsaient ses mots sans scrupules. Trois ans plus tard, elle, l’agresseur, et elle, la victime, se croisent dans la rue et ne se disent plus bonjour.

Elle regarde les gens qui parlent avec l’air de… Elle touche d’oreille. En tous cas, elle prend ses décisions sans consulter personne.

Lui voudrait bien qu’elle cuisine, pas comme ça. Comme sa mère, c’est comme ça qu’elle devra cuisiner. Elle ne fait jamais le lit, lui rentre du travail et toujours la même chose. Tu as fais quoi ? J’écris...

L’autre ne prenait pas les appels, tout était écrit, il fallait regarder le site, créer un compte, payer et commencer à écrire. Lui avait rien à expliquer. Arrêter de bouger le fessier, se poser et démarrer.

Peu à peu son bureau temporaire débordait d’urgence et elle ne savait pas comme s’en sortir. L’autre, elle est universitaire et sa thèse a eu un excellente et félicitations. Applaudissement.

Elle pourrait expliquer qu’elle ne sait pas, elle tâtonne. C’est où l’entrée pour tâtonner ?

Lui, il est drôle avec ses cheveux et ses vidéos. Apparemment, il a beaucoup écrit. Ce qu’on appelle un écrivain consacré. Mais lui est un peu rocker, n’est pas ?

Elle ne voulait pas parler du sexe, toujours l’idée fixe. Elle voulait se détacher de ce texte passé. Un livre de sexe illustré. C’est facile ça. Elle en avait marre de ces mecs qui l’appelait pour se masturber au téléphone.

Tu pourras t’occuper de la laverie demain ? Lui finit sa phrase avec un soupire. Elle entend.

On chamboule, on ne les nique plus, maintenant on les mangent Oui, il y a une femme ou deux, deux femmes et un amour. No, elles s’aiment. On ne parle pas d’elles, pas encore. Il y a un mec, plutôt deux ou trois, ou un peu plus comme dans chaque voyage.

Il l’ont dit que lui ne faisait pas de retours. - Donc, à quoi ça serve ?, demande -t-elle. L’ignorance est une réserve unique, un privilège pas toujours bien apprécié.

Il va falloir les nommer, un nom, une histoire, un décor. Parer du corps, changer du narrateur. Mais pour quels politiques elles votent ? Quelle musique les fait vibrer ? Quelle philosophie guident ses pas ? Il faut penser à tout, je me fatigue. Un pétard ou deux.

Est-ce que ça serve à quoi de répéter ? J’aimerais vivre à Bruxelles, mais pas en hiver. J’aimerais vivre à Bruges avec plus des Bruxelloise et moins de touristes. Je n’aimerais pas vivre à Louvain, non plus à Ostende. De coup, je suis à Marseille encore une fois. Je n’aimerais pas vivre ici, mais pour le moment, si.
Es que vous avez compris à quoi ça serve le codicille ?

Codillice : Machine à devourer est un roman de fiction qui raconte l’histoire de Regina Bruxelloise, alter ego de Virginia Coccaro. Fatiguée de subir les ’injustices d’un monde patriarcal, un jour elle se déploie dans une deuxième femme. Pendant un voyage au Benelux, cet alter ego, version forte de Virginia Coccaro commence à engloutir ses amants par son vagin et les envoie dans une nouvelle réalité qui leur permettre de se transformer. Finalement, Regina Bruxelloise rencontre sa créatice, Virginia Coccaro et elles tombent amoureuse. Mais, la vie à deux n’est pas un chemin possible pour l’émancipation et la protagoniste est obligé de tuer pour survivre.

Ce texte a vu le jour dans l’été 2020 à Bruxelles. Aidé par les ateliers d’écriture de Tiers Livre, animés par François Bon, inspirée du roman fantastique de Marie Darrieussecq, Truismes ; je me suis décidée à faire un pas au-delà de la nouvelle et travailler pour concevoir une fiction en français. Cette langue d’adoption que j’ai appris à 33 ans par immersion, existe dans mon monde d’écrivaine comme une nouvelle matière, un monde à explorer, à interpréter, une bifurcation sémantique de mes émotions et mon imaginaire. Est-ce que j’aurai imaginé ce projet de la même façon en espagnol ? Je ne crois pas.

14. Quand Regina Bruxelloise a tué Virginia Coccaro


proposition de départ

Je l’ai tué. Il y a rien à faire. On pouvait plus, on ne tenait plus la vie ensemble. Je l’ai tué et si je m’en répète, c’est pour me rassurer, maintenant c’est fait. Elle est morte, elle est en face à moi. À vrais dire, son corps épandu sur le canapé ne se voit pas ainsi mal. En gros, on peut dire que c’est sa place et qu’elle l’occupe, que ça. C’est dans ce coin que j’ai la vue chaque soir depuis des jours, des mois, peut être des années jetée comme une merde. Je voudrais la laisser comme ça, avec la grâce de sa main pendue, imitation de Christ. Elle n’a pas l’air de souffrir, je ne dis pas ça pour me justifier. Il y a de la tranquillité sur ses joues, un timide sourire se devine sur les coins de sa bouche. Je retiens encore la miséricorde de son regard final. Elle n’a pas opposé résistance, c’était un dernier regard conscient. Une façon de me dire qu’elle savait ce qu’était en train de passer. Certes qu’elle ne pouvait rien faire. Cinq cents milligrammes de saxitoxina ne sont pas faciles à assumer. Mais c’était connu, elle était allergique aux fruits de mer. C’est dommage, n’est pas avoir le droit de la laisser comme ça, étalé comme une sculpture grecque avec sa robe de nuit. Qu’est que lui va bien sa robe de nuit. Laisser leur chair fondre sur le velours, quel poème. Même si le poison à fait son effet, telle comme je m’attendais ; avant qu’elle nous quitte, je me suis vue dans l’obligation de l’asphyxier. Je ne pouvais pas me permettre qu’elle convulsion, qui vomisse et ruiné sa robe, sa peau blanche, ses cheveux immaculés. Ay, Virgnia ! Même en dépression, elle s’occupait de sa coiffe. Quand je me suis approchée avec le cousin en main, elle avait déjà compris que c’était le meilleur. La possibilité de rester à mi-chemin, suspendu comme une plante, en perdant leur bave sans contrôle nous terrorisait. Oui, je parle pour elle aussi. Je sens sa grosse voix en disant, Regina, ne me laisse pas comme ça. Elle a eu toujours peur de mourir d’une façon idiote, de mourir sans détresse, vidée d’élégance ou honteuse. En gros, elle a eu toujours peur, et c’était la peur qui l’habitait sans compassion. Elle vivait la vie sans trop réfléchir et sans pouvoir s’expliquer pourquoi d’un moment à l’autre, une douleur lui serrait la poitrine, elle pleurait sans contrôle cachée derrière ses lunettes Rayban. Je ne pourrais pas vous dire depuis quand elle vivait avec la douleur. Je peux vous dire que ça l’arrivait dans la queu de la banque, le jour des impôts et dans chaque couloir d’hôpital. Depuis longtemps, depuis trop, c’est sure. Je voudrais la laisser telle comme elle est, comme une figure de Pompéi, vide et immortelle. Mais ça ne se fera pas comme ça. Elle commence à refroidir, la rigidité de sa main est évidente. Il y a trois heures que je suis dans la contemplation, son corps doit encore avoir trente-trois degrés. Bientôt, une série de tâches se dessineront sur leur peau jusqu’à jaunir comme quand elle buvait en excès. Ses organes commenceront à pourrir. Au moment donné, ses lèvres vont craquer, son vagin pareil. Sa peau, elle prenait tellement soin de sa peau... Je suis tranquille, elle ne me saura jamais témoins de son érosion, de sa vie en bleu, de leur puanteur de vomi. Je dirai que le choc m’a paralysée, qu’à l’entrée, je n’avais pas remarqué rien de bizarre. Qu’elle, comme elle était, comme elle est encore la, détenue dans ses pensées, inamovible. Je l’ai tué, je suis sa meurtrière, son bureau, sa justicière, son grand amour, je suis elle, je suis sa peur, son miroir, l’unique réalité.

Codillice : assassiner un personnage, se libérer de toute culpabilité, appréhension, compassion, mourir comme si de créer, on parlait.

13. Premier rendez-vous


proposition de départ

Le fait que je sois étranger ne te donne pas le droit à me faire des remarques chaque deux mots. Le fait que je sois née dans un autre pays, ne te donne pas non plus le droit à m’infantiliser. Il faut savoir qu’il y a cent quatre-vingt-quatorze pays dans le monde et qu’ils ne sont pas tous habités que par des enfants. Non, pas du tout. Le fait que tu parles avec des euphémismes ne te fait pas plus sympa, gentil ou bien élevé. Le fait que tu parles de petit accent, n’efface pas le fait que j’ai un grand accent et que je vais le garder. Le fait que tu parles des immigrés pour les arrivants et d’expatriés pour les sortisants te fais voir raciste, oui, c’est un fait. Parce que la langue charge de sens l’univers et la tienne est polluée. Le fait que je sois migrée ne me fait pas une expatriée parce que je n’ai jamais cru à l’idée de la patrie. Il faut dire qu’en tous cas personne t’a demander de venir. Tu avais démarré ta petite entreprise, ton travail à la télé, tes premières publications, tu gagnais ta vie, rien ne te manqué, mais tu voulais plus. Ode à la non-conformité, ça s’appelle capitalisme, Regina. Tu as quitté ton copain comment ce qui retire un abdomen que serve à rien. Un poids de moins. Le fait que je sois célibataire ne me fait pas forcement élargir la liste des gens en solitude, des gens qui meurs pour être en couple, qui rêve une vie à deux. Le fait que je change d’avis ne me fait pas hystérique, ça me fait plutôt humaine, je dirai. Le fait que je couche avec toi, ne me fait pas ta copine. Le fait que tu cherches une relation sérieuse ne me fait pas rêver. Le fait que je ne sois pas loin de la quarantaine ne me fait pas poser des questions, plus que : pour quoi l’inflation ? Et comme je vais faire pour faire le tour du monde tant que les frontières sont fermées ? Ou nous allons, d’où nous venons. Non, le fait que je ne sois pas loin de fêter mes quarante piges ne me fait pas penser à faire une famille. Non, ça n’est pas pour toi. Les personnes, on a trop. Comment tu vas gérer ton envie de vivre pendant les nuits de pleur, ta gueule dans les réunions à l’école, l’éternité de la routine. Tu as décidé de tout laisser tomber et partir. Tu voulais connaître le monde. Tu mourras seule, tu le sais. On va tous mourir tout seuls. Et oui, le fait que tu projetés ton futur ne te fais pas immortelle. Quelle torture vivre avec la conscience du final. Le fait que les animaux ne soient pas conscients du lendemain ne les fait pas éternelles, mais ils vivent mieux. Comme les idiots, oui, ils vivent mieux. De coup, tu manges, tu manges des livres, des hommes, de pizza. Tu avais arrêté la farine et ça t’as fait du bien. Le fait que ça me fasse du bien, ne efface pas le fait qu’elle me manque. Quelle belle drogue la farine. Je trouve que le problème de la boufe est qu’elle nous remplit. Sinon, je peux continuer à manger, bien sûr que oui. Mais aux certains moments ça fait mal. Je me demande sa place dans le podium, bouffe ou sexe ? Difficile choisir. Le fait que je sois grasse ne me fait pas gourmande, le fait que j’ai sois fat ne me fait pas insatiable. Sinon Mariana, elle mérite d’être grosse avec ses bonbons cachés en sud du lit, son sac péter des gâteaux. Mais non, elle fait quarante kilos. Le fait que je mange de la glace avec plaisir dans la rue ne te donne pas le droit à la brutalité. Quelle espèce les mecs, ils se croient tout permis. Bonjour, tu es belle.. Le fait qu’ils ne t’insultent pas, ne change rien au fait qu’ils t’envahissent. Le fait qu’ils ont eu des enfances pourris, qu’ils ne saches pas comme d’adresser à une femme ne change pas le fait qu’il te font chier. Le fait que je porte une minijupe ne me fait pas une salope. Aujourd’hui, je porte la robe décolleté, elle me va bien. J’ai une belle poitrine. Le bleu me va particulièrement bien. Le bleu, c’est une découverte de la quarantaine et de la migration. Avant, j’étais rouge, toujours rouge. Encore un commentaire. Je porte aussi les chaussures nouveau. Le fait que je porte des talons me fait flipper à l’idée de tomber, d’avoir besoin de courir, de m’échapper en courant et ne pas pouvoir. Il a dit à vingt heures au Marengo. Avant, j’étais rouge, toujours rouge. Celui-là du Notre Dame est plus sympa, ils font de la bouffe, ça parle. Je vais arriver en retard. Lui va attendre, ils est chaud depuis notre deuxième message. Le fait que je vienne prendre une bière avec lui ne savais pas dire que je vais rentrer avec lui. C’est ça la première chose que je l’ai dit. Il y a vingt-sept ans, cheveux foncés, sourcils pareils. Il porte encore de l’innocence dans son regarde. Il ne connaît pas la frustration. Je ne craindre rien, si lui fait son con, je me barre. Le fait que je n’ai pas acheté un AK47 ne change pas le fait que des fois, j’envie. Le fait que je sois cache ne me fait pas plus agressive que le fait que la terre est blindée des hypocrite.

— Bonjour, ça va ? On va chez toi ?

Codicille : je bosse, je bosse, je bosse...un peu mieux, un peu moins raté. Il faut encore bosser et bosser. Ode aux Zoom qui inspirent et nous font travailler.

12. Fountainopolis


proposition de départ

À chaque réveil un rêve se présente devant elle, elle essaie de leur mettre en mots, énoncer pour exister. Elle parle toute seule comme les folles, le coté gauche de son lit représente le vide, elle bouge une jambe et occupe la place à son aise, ses hanches la suivent. La solitude, c’est de perdre ses rêves, récupérer la matière du possible, que rien ne s’échappe, retourner vers cet objet sensible qui a décidé de rester jusqu’à l’aube. Lui, son compagnon nocturne, n’est plus là… Elle reconnaît son passage sur l’oreiller transpirée. C’est son odeur, un mélange d’ouvrier et de vin blanc. Il a pris des kilos, sa transpiration est plus abondante qu’avant, mais ça ne la dérange pas, dessous les draps sont aussi humides. On doit les changer, se dit-elle . Mettre le matelas en face de la fenêtre pour qu’il prenne le soleil, les draps à la machine, ouvrir la chambre et laisser partir les traces d’une nuit mouillée. La sécheresse d’antan pollue encore sa mémoire, le malheur de la maladresse, l’inconscience, l’ignorance et finalement l’égoïsme. Quarante ans se sont écoulés marqués par l’insatisfaction, dès son berceau au motel. Le sein maternelle refusé, élevé aux suppléments alimentaires, le liquide de la vie, lui était étranger. Elle, belle révolution vivante, détachée de son passé, s’offre le droit à jouir H 24 7/7. Elle ne prévient personne, sa méthodologie s’affine à chaque rencontre. Le romantisme de la jouissance partagée est mort, elle n’attend personne. C’est de la compensation historique, elle se dit. Elle embrasse au-delà de tout ordre. L’état n’a pas de pouvoir dans son lit. Ils s’embrassent de manière disproportionnée, la salive coule le long de son cou, il mouille ses seins, elle demande de se faire lécher. Il accepte, écarte sa chair pour arriver au clitoris, sa langue atterrit timide, il la touche qu’avec le bout de sa langue, elle sursaute sans exagérer, elle est encore loin d’y arriver. Il prolonge sa lichette, il bave sur son sexe, il se balade dès le prépuce au frein, elle se contourne et commence à émettre une série de gémissements continus. Le flux inonde l’ampleur des glandes, lui enfonce sa langue dans son vagin au même temps que sa main gauche approche du clitoris. Sa bouche est une machine sans cesse, elle saura le remercier, il attend. Elle élève son ventre du lit, avec la force de ses pieds elle enfonce le matelas. Lui rentre sa main dans son vagin, pas un doigt ou deux, sa main entière cherche le point. Son poing frotte ses lèvres. Il est ambitieux, elle est exigeante, ça colle bien. Il la masturbe avec violence, elle lui ordonne de continuer à la sucer, il obéit. Une main sur son sein gauche. Les gémissements se transforment en cris, elle explose sans contrôle, ses muscles se relâchent, son ventre tombe sur la flaque qui trempe le lit. Alchimiste du plaisir, elle peut transformer la rage en eau, un liquide digne d’être libéré. Elle rigole et lui recommence, la découverte de l’eau-de-vie ne mérite pas des pauses. Le souvenir de sa nuit l’accompagne, mêlée avec ses rêves, les sensations réveillent son désir et elle se masturbe incapable d’arrêter son bonheur.

Codillice ; Depuis avoir publié Sexualidades Monstruas, pas mal des gens m’ont identifiée avec l’écriture érotique, j’ai déclenché un approche que je n’ai pas su vraiment comment on devait le gérer. Je me suis éloignée de la thématique au même temps que mes traitements hormonaux ont affecté ma vie sexuelle et ma production littéraire. J’ai me suis mis à écrire sur la mort... J’ai fait un autre texte aussi sans pouvoir vraiment reconnecté avec cette importance qu’avant je donnais avant à parler de l’intimité. Maintenant, j’assume et je comprends pour quoi c’était tellement importante de nommer et ouvrir la parole aux gens. J’ai profité l’exercice pour continuer ma recherche.

11. Les premières


proposition de départ

Cet après-midi quand elle croisait la rue principale de la ville, l’artère du pays, on ne parle pas de la Ve avenue à New York, de la Pauliste au Brésil ou des Champs-Élysées à Paris, mais dans son univers d’enfants, « 18 de Julio » c’était tout ça, l’immensité d’une ville que l’a vue naître. Les rues de son enfance n’ont pas d’ambition. Elle traverse l’avenue et continue tout droit par Minas vers chez elle, elle est une nénette du centre-ville. Deux cents mètres plus loin, la traversée impliquait plus d’attention, face à la porte ouest de la station de pompiers les voitures ne respectent pas les piétons, les bus non plus. Mercedes, c’était la rue du bus, elle croisait Minas quarante mètres devant la porte de la maison de famille. Elle se bat pour arriver saine et sauve de l’autre côté du trottoir, lorsqu’elle sent un feu brûler son sexe. Une main, une avec des longs doigts, une main blanche sans aucune callosité sur les paumes l’a prise par surprise. Elle était apparue par derrière, s’était présentée au milieu de son entrejambes et avait marqué ses pas une fois pour de bon. Elle ne connaît pas la tête au bout du bras. Une personne qui se penche sur un corps plus petit. En regardant une fillette qui croise la rue habillée en uniforme scolaire, ce corps d’homme s’incline et faufile sa main enragée, et puis la bloc dans leur culotte, introduit le doigt d’honneur dans son vagin et tire avec force vers lui, comme si elle était une marionnette. Ses doigts d’adulte, ses mains d’homme, son poing s’imposent par derrière et renversent cet après-midi de ses onze ans. Le temps s’arrête au milieu de la rue, elle sent sa peau se déchirer, elle perd le salomé de son pied-droit en dépouillant son bas blanc. Son sac, tombé par terre, s’ouvre, le cahier rouge de maths, le vert de géographie et le bleu d’histoire roulent sur les pavés. Elle voit la scène de loin, en flottant dans l’air soutenue uniquement par la main d’un inconnu, elle ne peut rien gérer. Elle regarde les voitures qui avancent, les yeux perçants des hommes au volant se tournent vers elle. La fille dans l’air. Les bouches sifflent, les langues se promènent en forme de menace. Elle se contourne pour échapper de l’agresseur qui la domine. De genoux, elle tombe par terre, le sang coule, elle saute, s’incorpore, hurle, tourne la tête et traverse la rue avant que le transit l’avale. Personne ne s’en mêle. Elle crie et cherche une pierre, une lance, un missile. Un jour aux braises, elle pourra manger cet homme, qui se défende de ses insultes avec véhémence.

Codicille : Penser la fiction comme un nouveau tissu où nous, les femmes puissions tisser nos histoires d’abus, le monde fantastique qui essaye de soigner ce que la réalité a cassé chez les femmes. Grand merci à Madame Nay pour le texte, Dans la piscine de Marie Darrieussecq.

10. La plonge


proposition de départ

Lui avait parti depuis une demi-heure ; tu sens des aisselles, il a dit avant de s’en aller. Elle n’était pas capable de quitter la salle sans lire les crédits. Courir derrière un homme désagréable comme lui, pas question. Une tête connue entre dans la salle, elle lève la tête en cherchant l’air et plonge. Elle n’ose pas faire du bruit, les codes sont connus, communs, répétés à l’infini. Elle connaît la chanson, mais elle n’est pas sûre de l’entendre en vrai ou si ça passe uniquement dans sa tête. With your feet on the air and your head on the ground. Try this trick and spin it. De toute façon, elle n’ouvre pas les yeux, le rêve remporte la partie. Quelques minutes plus tard, son propre ronflement la réveille, ses yeux prennent un peu de temps avant de s’habituer à l’écran. Les protagonistes font l’étoile de mer dans la neige, il porte un bonnet marron, les tons de ses vêtements vont du marron au vert. Il est un arbre, enraciné dans ses préjugés. Elle a les cheveux bleu, des fois rouge, des fois orange, la couleur habite en elle. Elle est plus fragile que le blanc qui soutient leur corps. Régina Bruxelloise, comme elle se présente, pleure sans bruit, l’angoisse s’étend dans sa poitrine, elle sait qu’elle a deux petites secondes pour changer ses pensées ou rester a pleurer pendant trois quarts d’heure. Elle ne bouge pas, elle ne regarde pas l’écran non plus. Son regard se pose sur son téléphone, elle hésite un message, efface, il faut pas, elle se dit. Essayer d’écrire comme les jeunes, des idées en forme de émoticone. Impossible, elle n’est pas faite pour ça. Elle se sent sale et éteint son portable pour de bon. Sa tête pend au sol, même dans le noir, on peut sentir la saleté de la cinémathèque. La moyenne d’âge est de quatre-vingt-dix, ils sont un public fidèle. Toujours à l’heure, sa carte d’abonnement date du début soixante-dix. Philip Seymour Hoffman essaye d’établir une nouvelle relation avec une fillette too much mignon pour lui. Elle se souvient qu’il est déjà mort et ça l’irrite. Dans la scène, Seymour Hoffman se trouve ennuyeux, Régina a la même impression et imagine son boudin sur son ventre, la transpiration qui coule du gras. Le psychiatre s’endort face au loyal pote du Dude. Brandt est un invité idéal pour la maisonnette de special people. Il n’y a pas de nouveautés dans ses films, elle plonge en milieu de la salle, arrive entre les premières, souri au type de la porte, elle veut se placer entre les habitués. Le tuba pent de sa main droite pendant qu’une fiole de grappa se cache de l’autre côté dans sa poche. Une séance continue, elle a un billet qui lui permet d’entrer et sortir toutes les fois qu’elle a envie. Mais tant qu’elle est de dedans, elle ne sorte pas, son corps prostré bouge à peine, elle ne veut pas se faire taire par les vieillis en fourrure, elle ne peut se permettre, (surtout pas), de réveiller au monsieur qui est pissé dessus. S’il bouge la salle deviendra irrespirable, il ne faut pas…(surtout pas). Il n’y a pas de pop corn dans cette salle de cinéma. Régina Bruxelloise pense que ça va la détendre, voir les films, vivre la vie des autres. Mais elle ne peut pas décrocher, son ennemi vit en elle. Elle regarde autour, elle essaye que personne remarque son manque de concentration. En silence, elle mâche un chewing gums qu’elle collera plus tard en bas de son siège. Régina Bruxelloise, tombe la tête en arrière, sent un choc électrique, elle est nulle part. Elle aperçoit une caravane et une silhouette à contre-jour. Cet homme est loin...à droite la musique d’une fête foraine attire son ’attention. Aller vers le bruit, s’isoler dans un camion ? Elle, ne se décide pas si elle est Enid et Rebecca ? Tell Betty Elms, flotte dans un film à énigme néo-noir américano-français, cherche les connexions, mais l’écran ne connecte pas avec elle.

To think that only yesterday
I was cheerful, bright and gay
Looking forward to who wouldn’t do
The role I was about to play ?
But as if to knock me down
Reality came around
And without so much as a mere touch
Cut me into little pieces
Leaving me to doubt

Codillice : Les frères Cohen, David Lynch, Sofia Coppola, Jim Jarmusch, Todd Solondz, Terry Zwigoff, Wes Anderson, le cinéma universitaire d’Uruguay, les salles de la Cinématique, les trois fois que je suis allé à une salle de cinéma indépendant à Toronto, Bruxelles et Paris et elles était fermée. Cette étudiante que j’étais, ces actrices, acteurs que m’ont regardé de loin, ses aventures, ses angoisses et ces rêves qui restent avec nous, que flottent quando la lumière s’éteint et nous retrouvons le trottoir, encore une fois.

9. Encore là


proposition de départ

Tous les yeux se posent sur lui, il n’était pas prêt à les accueillir sur sa gueule. Il peut bien imaginer ce cumul de bras, jambes et têtes s’organiser en file. Il les voit avancer en ordre, un, deux, un deux... Il s’arrête, en face les tomates lui offrent la couleur et il revient sur place.

Il ne perd pas son temps à les compter. Des petits points qui bougent. Les bras comme des branches font des aller-retour, pas question de se poser dessus. Les pas vus de loin composent une machine. Moteurs, cyclistes et chariots quittent le plan en synchronie. Ses cris s’éloignent par le vent et les gens font avec.

Pas d’obligation, sa chevelure danse au rythme du dimanche. Les pas qui avancent ne touchent pas le sol. Son regard se perd dans les flaques d’eau. Personne ne se mouille, cette pluie sèche annonce un temps de changement et un nouvel ordre. Qui peut dire s’il aura toujours de l’espoir.

Codillice : Revisiter ces endroits que nous ne voulons pas abandonner. Un fois ou mille fois si c’est nécéssaire. Produire autant de point de vu que possible semble une belle faiçon de le faire.

8. Images longitudinales


proposition de départ

Le passage de l’ascenseur au métro, du métro à la navette et de là à l’aéroport, comporte une chaîne de mondes encapsulés. La couleur grise s’impose, des fois un trait au milieu coupe le paysage. La fragrance urinaire, les odeurs du corps, la présence d’un touche de parfum hareng et assainisseur d’air font un mélange uniforme d’un pays à l’autre. Au milieu, le sas de l’aéroport fait confondre la clim avec l’air des montagnes. De l’autre côté de la chaîne, les mêmes cocktails l’attendent.

Lui avait arrivé tellement tôt, se remettre au lit n’était pas une idée négligeable. Par contre, il décide de se promener. Le voyage entre Luxembourg et Bruxelles est plus lourd que ce qu’on peut imaginer, connexion à Amsterdam, attente, contrôles, se déplacer avec la masque, rien de drôle. Il arrive au marché avec les premiers visiteurs du dimanche. À l’entrée, le rituel du gel à l’alcool l’a surpris. Il faut s’adapter. Depuis le portail, les flèches jaunes indiquent le chemin d’aller et retour, des barrières divisent les passants.

L’Abattoir lui semble être le rival de l’autre côté de la chaîne grise. La couleur explose, y aller pour deux kilos de fruits, partir avec un vélo et deux coqs ne lui semblent pas bizarre. Les scènes se répètent, les gens poussent et se plaignent. Safi, baraka ! Bézef cher ! Il y en a d’autres qui rient. Nén Garef ! Les langues se confondent, l’odeur de barbaque réveille le quartier. Le sang coule et fait oublier la blanche lumière des ombres encapsulées.

Elle se perd dans une mer d’arabesques, elle aurait préféré des draps gris perlé, mais ces tissus hérités l’amusent. Elle défait son lit une dizaine de fois par nuit, le refaire n’est pas sa priorité. Un univers de plis recouvre son corps. Les oreillers par terre sont témoins de la lutte passée. À chaque nuit, une bataille. Elle étire les jambes en cherchant le bord, un morceau de bois touche sa cheville. Elle récupère l’oreiller, se remet au centre et plonge dans un nouveau sommeil.

Aux toilettes, la nuit se fondre dans ses pensées. Elle ferme les yeux en essayant de garder ses rêves vivants, en même temps pousse pour vider son ventre. Un bruit solide touche l’eau et elle redresse le corps. Le pare-baignoire lui rappelle un ascenseur. Elle se met sous la douche sans nettoyer son derrière. L’eau qui coule unit ses fluides dans un seul endroit. La démocratie des égouts la fascine.

La voiture l’attend à la porte. Mohamed ? Oui. Bonjour. Elle monte à l’arrière, un acrylique divise les espaces, chacun sa bulle. L’odeur à menthe pique ses narines. Il y a des coins de la ville qui n’existent qu’à travers ces fenêtres, vitrines minimalistes, bâtiments en verre. Ses yeux se baladent. Elle ne connaît personne dans ces quartiers déserts. Un bâtiment style Art Déco de mille neuf cent trente-trois annonce les nouvelles baignades.

Le décor de panneaux de mosaïques l’emmène aux bains de Pantins. Le hall de la piscine couvert d’une voûte, la fait voyager jusqu’au George Vallerey. Moins impressionnante, plus humaine en mesure et souris, elle reconnaît. Les murs sont percés de larges baies vitrées sous lesquelles court une galerie fermée, elle ne se décide pas entre George Hermant et Joséphine Baker. Le besoin de concaténer ses souvenirs est immense. C’est asseoir au passé pour regarder le présent. Les cabines disposées sur deux niveaux sur la galerie ouverte qui en fait le tour de Saint-Josse, définitivement elle est arrivée à Paul Valéry. Jeanne Added met la musique et elle se met à nager.

I am in danger to be the danger
The quiet anger that troubles water
Smile on my face, I’m going under
Fear radiates, lights up a fire

Codicille : J’ai essayé de placer mes personnages dans ces endroits que m’interroge. Les non-lieu que j’appelle : l’aéroport, les métros, les ascenseurs, des endroits remplis uniquement par une présence fugace. L’eau, par contre, me semble l’élixir de vie pour les corps et l’âmes. À vous de juger... Je vous conseille de lire le texte en écoutant ceci.

7. L’autre endroit


proposition de départ

Lui se réveilla des yeux, ils s’ouvrirent, puis se refermèrent. La séquence se répétera une fois et une autre jusqu’à que la conscience soit touchée par un rayon lumineux. Impossible de distinguer quoi que ce soit. Ouvrir les yeux dans le néant, il ne comprend pas ce qui l’empêcha de mourir. Son regarde se pose sur ses jambes, elles parcoururent les champs de lavande, la route qui sépare Rognes de Lauris. Aller et retour. Puis, ses pas se souvinrent des pavés carrés, des petites rues, d’errer derrière la voix d’une femme. Les yeux tombent. Il ne peut pas s’expliquer ce qui s’est passé. Il fit de grimaces sans bouger, sans souffrir, que des grimaces. Avec un profond soupire il remplit ses poumons, ses épaules montèrent et touchèrent ses oreilles. La voix de la prof de yoga revient dans ses pensées, « les épaules toujours loin des oreilles ». Il est fier de ses mouvements, un premier signe d’espoir nourrit sa nature puis, il essaya de faire revenir ses jambes sans succès, ses muscles ne répondent pas. Chaque essai l’épuise, ses prétentions descendent. S’adapter aux circonstances. Il essaya de bouger les pieds, le même résultat ; puis ses doigts se réveillèrent. Des milliers de chatouilles parcoururent ses extrémités puis, il pleurera moitié angoissé, moitié excité. Pour la première fois, il essaie de bouger un bras, du coude à la rate, il sent une électricité qui le réveille. C’est une question de temps, il va réussir à s’en sortir. Les grimaces de son visage cherchent le cou puis, ils retrouvèrent la suite de son dos. Un crac subtil résonne entre ses côtes. Orlando Joaquin Bloom Aristegui, sentit son héritage dans sa peau, blanche, argentine et européenne se manifester dès son crâne à ses talons. Les fluides qui l’entourent sentent le lait tiède. Il ne se souviendra pas d’un réveil pareil, il pensera que c’est à cause de l’alcool, les années qu’il manque au sport… Son corps battu récupère sa capacité motrice sans perdre l’étrangeté de ses premiers instants. Ses pensées reviennent au Luxembourg, aux yeux d’une femme qui le déteste. Puis il tourna la tête, le corps d’onze hommes reposent sur le terrain. Lui n’est pas dans son lit, il n’est pas seul, il peut bouger, mais s’échapper, c’est une autre question.

Codillice : Les gens ils disent parler espagnol. Face à moi se pressent des centaines de personnes qui parlent comme dans un film. Ils utilisent le passé composé. D’où je viens ça c’est l’antiquité. C’est une forme qui habite dans les livres, les films de la cinémathèque et les lettres de ma grand-mère.

6. Ce chat appelé Orlando


proposition de départ

Elle s’appelle Annie, ça, c’est sûr. Avant d’être marié, ils l’appellent Annie Duchesne, elle n’aime pas son nom. Elle aurait préféré être appelée Annie Duménil. Je ne vois pas le conflit, je vois un nom de petite fille. Annie, comme celle du film, et je chante dans ma tête : “demain, demain, ce sera un beau jour, demain…” Comme elle, je reconnais ma démarche auto référentielle. Elle nage dans l’autobiographie, la mienne est appelée :’autofiction. Tout est nommé, pas d’existence pour l’innommé. Je m’appelle Maria, mais les gens ne le sauvent pas, mon père a demandé de l’ajouter au dernier moment, dirigé par sa foi ou sa peur, on ne sait rien. Ma mère ne s’est pas opposée. J’ai choisi faire tout court ; pas Maria, pas Valentina, que Vale. J’ai, n’utilise jamais, le nom de ma mère, j’ai culpabilisé pour ça. Si j’avais été un garçon, ils m’auraient appelé Facundo. J’apprécie l’option. Ce que je déteste ce sont les gens qui m’appellent Valéria. Je le trouve ordinaire, zéro classe. Je ne suis pas Valéria, je suis une classiste des noms. Chez moi, il n’y a pas de différence entre le nom de jeune fille et le nome de marié. Les enfants chargent le deux sur sa carte d’identité. On ajoute, on ne discrimine pas. J’aurais voulu être appelée Smith, Dabrowski ou Bloom. Un nom de l’est, un nom qui sonne étranger, qui me donne de l’importance. Mes personnages gardent l’initiale du prénom de ceux ou celles qui inspirent leur création, qui l’ont doté de sa principale caractéristique. Puis un nom qui le fasse honneur, un nom clin d’œil, une blague privée qui voyage entre le texte et moi, son unique conscience. J’aurais voulu avoir les idées de Garcia Marquez, j’envie ses noms toujours magiques, fantastiques. Mais pas question, je ne suis pas née dans la jungle. Je ne la connais même pas. Amaranta et Léon, mes enfants, ont des prénoms avant leur conception. Ses enfants qui ne vont jamais voir le jour. Borges et Beatriz Viterbo, perdus dans l’enfer. Enterré par Carlos Argentino, toujours présent dans la mémoire dès mes dix-sept ans. Un personnage nommé qui nous dépasse “Denis et la bite géant”, j’ai titré. Depuis, Denis se balade tout seul dans les mains de ses lecteurs, de ses lectrices. Lui fait partie d’un spectacle. Lui a gagné son indépendance, il la mérite. Il y a des gens qui sont même capables de changer le nom d’un personnage après avoir fini de décrire sa vie. Tueurs. On ne crée pas le personnage, on le devine, on le sent, on le décrit, puis il est. Orlando Joaquin Bloom Aristegui, il a été élevé dans un collège privé de Recoleta. Lui ne connaît pas la banlieue. Lui est large des épaules grâce à ses cours de rame et son team de rugby. Dans sa jeunesse, lui était le capitaine, il portait des polos rayés et jeans Levis bleu clair. Il aurait voulu porter d’Alls Start dans son époque la plus rebelle, mais au club les tenues hippies étaient gravement mal vues. Lui conduisait la voiture de ses parents depuis ses quinze ans, pas de loi pour ceux qui détiennent le pouvoir.Si Orlando était un chat, il serait un de ces chats de race. Un siamois ou un angolais, un de ce qui portent un collier.

Codillice : Toujours des histoires avec des personnages anonymes, secrets, d’une seule lettre. D’êtres oubliés ou universels ? Il fallait réfléchir...

5. Rdv Metteko


proposition de départ

Tous les jours, à huit heures, un homme sort son appareil photo, le place en face de sa porte et prend une image. Il a recueilli quatre mille photos dans un album. Quatre mille matins qui rassemblent les successifs étés, printemps, hivers et l’automne,. Pas d’excuses possibles, pas de vacances, non plus. Son âme derrière son objectif, son projet, une seule et même action répétée jusqu’à ce que l’aube de sa vie touche la fin. Dans une rue lointaine, un homme ferme la porte derrière lui. À droite ses clés, à gauche La Nouvelle Gazette pend à sa main. On ne parle pas de lui, les livres ne parlent pas de lui, il n’est pas arrivé au cinéma, il ne le fera jamais. Un homme dans un café ; lui, Orlando Bloom, comme il se présente d’habitude, arrive tôt le matin et attend assis l’arrivée du serveur chef. Il aurait aimé avoir son siège à lui, sa place indiscutable. Mais il est un migrant, malgré sa citoyenneté européenne. Ils n’ont pas élevé les cochons ensemble. Il voit le serveur arriver, ils se checkent, un subtil mouvement de sourcils suffit. Il ne sait pas comme cet homme le méprise, avec son journal des faits divers lui représente ses matins pressés. Le voir le stresse. “Bonjour ; un expresso ? En deux minutes… ” Orlando, s’ adresse avec son sourire artificiel, le serveur hoche la tête, il cache la haine derrière ses mâchoires. Le Metteko lui fait penser aux cafés du Congrès à Buenos Aires. À l’époque, les hommes d’affaires traversaient en courant depuis le bâtiment de la Bourse par s’échapper de la folie des chiffres. En face à lui, un jeune garçon arrive, commande un thé et des madeleines. Lui sourit à peine, le serveur hoche la tête avec condescendance. Son regard perdu dans la vapeur de sa tasse. Il sort un cahier, un stylo ordinaire, ouvrent une page au hasard. Il n’a jamais lu Proust, il pense que plonger dans trois mille pages signifie perdre l’opportunité de lire au moins une décennie de romans. Il valorise encore les choses en quantité. Il sait qu’il a tort, mais ça ne change rien. Le thé refroidit, il mange la madeleine, laisse le des pièces sur la table et quitte le café. Orlando Bloom, ne remarque pas l’angoisse de son voisin de table. Il fait semblant avec son journal, allume une cigarette et commande un deuxième café avec une grimace. Le serveur finit pour comprendre et hoche la tête avec dégoût. Plus loin, au fond du café, un couple s’installe, elle, garde ses lunettes de soleil Chanel, un chignon faites à l’arrache tien ses mèches. Lui commande deux noisettes, ils ne se regardent pas. Ils échangent des commentaires superflus. Le serveur hoche la tête, il ne sent plus rien. Puis il apporte les tasses à la table. Leurs mains inquiètes jouent avec les cuillères en faisant une musique dissonante. Une bande de gens fait irruption dans la salle, leurs voix dépassent la musique d’ambiance. Ils bougent une table sans le demander au serveur, qui prépare des tartines de l’autre côté du comptoir ; il ouvre grand les yeux et hoche la tête pour rassurer la troupe. Ils discutent à propos de la commande, ils changent vite de sujet sans rien décider, ils bavardent sur leurs professeurs. Ils parlent du gouvernement, des derniers sortis, disques, livres, tout dans une unique, et même discussion sans ordre. Ils commandent deux cappuccinos, un expresso, un allongé et un Schweppes. Leurs corps étalés sur la table pour mieux parler des autres habitants du café. « Tu as remarqué le couple à lunettes au fond ? Ils ont eu une nuit pourrie ? », « ils jouent à cache-cache... ». Le café se remplit de chômeurs et touristes. Le deuxième serveur arrive vers treize heures avec l’oreiller attaché à l’oreille, il s’excuse sans négligemment, zéro sincérité. Son collègue, serre les dents et hoche la tête. Orlando Bloom, plie le journal et se prépare pour attaquer un deuxième établissement où il commandera un expresso et fera semblant de lire le journal. Il ne peut pas s’imaginer bientôt immobile nulle part, dans un non-lieu entouré des corps par terre.

Codillice : J’ai essayé de vous offrir un tableau d’un café. De la matinée du serveur et au même temps continuer à développer un des mes personnages. Pas très réussi, je pense. Pas loin, mais ne pas strictement en ligne avec l’exercice proposé.

3. La huida (à la bourre)


proposition de départ

Elle a attendu longtemps avant de reprendre la route. À Luxembourg, elle a trouvé des gens qui l’ont dépanné, en échange elle pratiquait la charité sexuelle. Cette qualité de troc lui a permis de ne rien attendre. Mais au bout de trois mois, même si la maison était vaste, la cuisine généreuse et si les gens prenaient leur tour pour lui rendre visite dans sa chambre, elle a senti l’enfermement et elle avait toujours faim. Cette faim insatiable l’a amenée à partir d’un moment à l’autre. C’était l’aube quand elle a fermé la porte derrière elle. Qu’est que ce qu’un refuge quand on se sent vide ? Il y avait tellement de questions sans réponse autour d’elle, comme s’il avait un brouillard qui l’entourait. Un brouillard nacré la faisait hésiter entre fantaisie et délire. Le jour, quand elle a réussi à l’effacer, elle s’est vue toute nue. Sans rien de plus que ses habits. Le délaissement fonctionne comme un miroir aux alouettes. L’abandon invisible et Miroir aux alouettes, lui s’installe de manière silencieuse et après, c’est trop tard. Il n’y a rien à faire. Inspirer, soupirer, essayer une fois, une autre et encore. La journée se réveillait doucement en automne. Mais d’un seul coup, tout le monde était dans la rue, comme si les gens étaient tous connectés. Elle a senti l’envie de fuir, mais elle ne savait pas où. La pollution montait et ses poumons endormis n’étaient pas encore en forme pour traverser la ville en pleine journée. Ses yeux se sont fatigués très vite, impactés pour la lumière directe. Elle avait ralenti ses réflexes pendants son enfermement. Instinctivement, elle s’est cachée dans la foule des heures de pointe. Dans les parenthèses calmes, elle a profité pour se déplacer. D’un parc à l’autre, d’un jardin à l’autre guidée par la verdure. La nuit l’a trouvée loin des grands axes. Les grondements de la ville loin de sa mémoire. Elle est incapable de dire combien de temps s’est écoulé entre son point de fuite et son nouveau point de départ. C’est une nuit comme tant d’autres, elle se décide pour un chemin peu fréquenté. Elle lève la tête vers le ciel, la voie lactée se présente splendide. Les rideaux de la civilisation tombent et elle se retrouve seule face à l’immensité.

Codicille : On peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. J’ai une dette envers vous (ou pas). Pour l’instant je vous partage la version nouvelle et je note un check dans ma liste.

2. Chapitre II


proposition de départ

Du dehors, un hôpital est toujours un hôpital, même si on insiste pour les nommer d’asiles, clinique ou hosto. De l’extérieur, tous se ressemblent, les murs peints d’un blanc dégradé ; sales comme si la maladie traversait les murs, lugubre. Un hôpital, une école, une prison… Son architecture n’est rien d’autre qu’une cité de la vieille Pologne ou un champ sibérien. Ceci n’était pas différent, dans l’hôpital rien n’était simple pour elle. Personne à qui demander son avis, si elle parlait trop, ils l’endormaient. Il n’y a pas d’options, il fallait obéir. Les premières semaines ont été les plus dures. Personne ne voulait trop s’approcher d’elle, même si elle était vraiment attachée. Les personnes masquées sont toutes les mêmes. Quelqu’un entrait dans la salle, une autre sortai. Ils prenaient des notes, mais ne donnaient pas d’explications. Une femme seule, une possible meurtrière, une folle ne mérite pas une attention particulière. Ils rentraient, ils sortaient, ils notaient des trucs. Tout au début les infirmières venaient en duo, finalement elles se sont habituées à sa présence et elles ont commencé à venir seules. Des fois, un sourire, des fois, un mot aimable. Tout au contraire des médecins, sombre histoire. Le chef, qui était en charge a demandé l’avis des autres collègues, ils venaient à trois, à cinq, à huit… Ils ont convié leurs élèves. De loin, on pourra dire qu’elle était exposée comme un mammouth au musée des sciences naturelles, mais ils lui renvoient un regard d’une grosse vache. Ils utilisaient des mots techniques, mais la scène était assez claire. Elle avait la valeur d’un cobaye pour les gens en tunique blanche. Plus elle restait attachée, plus son corps se gonflait. Elle était coincée dans un temps de souffrance éternelle. La sonde lui brûlait le sexe. "Je vis apparaître le visage d’une fillette marocaine que j’avais rencontré dans la vingtaine. Elle avait été brûlée au clito par sa mère le jour où elle a accusé son oncle de la toucher dans son lit. Elle avait sept ans." Ses déclarations ne l’ont pas aidée à quitter l’hôpital. Les trois fois où elle a quitté sa chambre, c’était pour aller à l’imagerie. Elle passait des échographies pelviennes et puis ils ne trouvaient rien de bizarre. Un utérus atrophié incapable de donner la vie. Ça les mettait en colère… Des mots vifs sortaient de leurs bouches. Il fallait lui faire un IRM, ils n’ont rien entendu. Les jours ont passé et d’ autres cas bizarres sont arrivé à la clinique, ils l’ont oubliée. Son corps a récupéré légèrement sa souplesse dès qu’ils l’ont laissé tomber. Personne ne voulait l’attacher, ça ne servait à rien. Elle était habituée à sa chambre, les piqûres et l’odeur à désinfectant. Space… De toute façon, elle n’avait nulle part où aller. Elle a commencé à dégonfler, sa peau a récupéré son élasticité de naguère. Elle se demandait si une sorte d’acide parcourait son sang. Elle a fait une petite enquête, mais personne ne la prenait au sérieux et elle n’a été jamais doué en chimique. Depuis ces jours-ci, elle n’était jamais revenu en consultation jusqu’au jour où elle s’est aperçue de les taches de rousseur placées autour de ses hanches. "J’ai jugé d’étonnant le besoin d’aspirer ce que nous devons laisser partir. Ne croyez-vous pas ?", demande-t-elle. La première tâche, la plus plate l’a fait penser à la tête d’Orlando. Elle a pris le temps de les rejoindre avec un stylo, elles forment une constellation. "Je n’ai été jamais forte en astrologie . Croyez-vous pertinent de consulter un autre spécialiste ? ", répond-elle.

1. Machine à Devourer


proposition de départ

Il y a des mecs qui oublient d’où ils viennent et les femmes sont censées de leur faire faire le chemin inverse. C’est sur cette conviction qu’elle avancée dans la vie. Elle leur masse le cou, une main de chaque côté de la tête, elle dessine des cercles autour de leurs oreilles et d’un moment à l’autre : zas ! Elle tirent et c’est leur nez qui frappe direct contre le fond de son utérus. Par être franche, elle n’avait jamais planifié quoi que ce soit...jusqu’à la première fois qu’elle a englouti un homme par son vagin. Tout au début ce n’était pas évident de charger dans son ventre un être de soixante kilos. J’avoue qu’elle avait du mal à quitter son lit. A vrais dire… des fois elle n’arrivait même pas à aller aux toilettes. Des moments honteux sont apparu dans leur intimité la plus ultime. Mais les jours se sont écoulés, son ventre à récupéré son habituelle élasticité et celui qui une fois a était son amant s’est dilué dans sa chair. Elle s’avait promis de ne jamais retomber dans ce genre de pratique. Elle était végétarienne depuis son enfance. Mais quelques mois plus tard elle a retrouvé un ancien compatriote de sa ville natale. Ils ne s’étaient pas vus depuis longtemps. Elle n’est pas forte avec les dates, mais on peut estimer qu’ils se sont croisés vite fait dans les dernières élections municipales. Peu importe… La retrouvaille a eu lieu hors de tout contexte, dans une rue de Luxembourg. Ce genre de causalités fait penser à la possibilité de l’existence d’un destin. Un destin préétabli. Dans l’existence d’un brouillon de la vie… Dans ce cadre, entre nuages et héritage celtiques une tête connu a plus de dimension que la ville en soi. Ils se sont pris dans les bras sans trop réfléchir pour rapidement s’asseoir dans un café touristique où ils ont perdu ses économies avec deux expressos dégoûtantes. Elle était habillée avec une robe rouge à pois beiges et lui portait un pull de Noël avec des jeans serrés. Ils ont parlé de tout et de rien, la vie les avaient emmenés dans des situations semblables. Lui faisait de la photo dans une boîte de prod de cinéma et elle galérait comme d’hab en essayant de s’immerger dans la vie d’artiste. Quand la liste des connaissances en commun a été bien parcouru, ils se sont retrouvés face à eux-mêmes. Ses sentiments, anecdotes et désirs exposés dans ce café de luxe, par contraste, avaient l’air d’être presque intéressants. Ils sont passé du café à l’apéro rapidement. Elle sentait la rougeur monter à ses joues par la voie rapide. Quand c’est l’alcool qui parle, on peut pas carrément dire où les discussions commencent et où elles finissent. Ils se sont touché les mains discrètement pendant qu’ils s’amusaient à parler avec la ferveur des gens du sud. Les clients du bar soupiraient profondément, il y a certains qui ont dit des mots dans l’air et d’es autres qui ont changé de place pour bien se protéger de leur joie. Ils ont cru être à Paris… Quand ils ont eu marre de se faire remarquer, elle a posé l’argent de l’addition sur la table et l’a pris par la main. Ils sont parti sans rien dire. Lui était logé dans un hôtel du centre ville, elle dans l’appartement d’un collègue. Tout roulait comment il faut. Ils se sont cognés l’un contre l’autre dans les petites rues. Elle dirigeait ses pas direct à sa maison. Le terrain de jeux joue un rôle fondamental et doit être bien choisi. La lumière de la ville était douce, le soleil accompagnait encore la journée et les voitures attendaient silencieuses la fermeture des commerces et bureaux. Dans ces conditions, les chants des gavias stellatas coupaient l’air en deux. A peine arrivés, leurs corps ont formé un tourbillon, ses fringues ne les avait même pas accompagné à la chambre. Un chemin des habits et de fluides constituait le paysage. Une sorte de cortège… Ils s’amusaient dans tous les sens. Leurs mains jouaient une symphonie que leurs bouches exprimaient de façon très sonore. Le plaisir traversait les murs. Elle déclarera devant le tribunal qu’avant de tomber endormis à cause de l’alcool, elle avait des beaux souvenirs. Mais un mot est resté fiché dans sa mémoire “dégoutant”. Rien n’est clair dans sa mémoire, sauf, sa tête à lui entre ses jambes, ses mains autour de ses oreilles et puis : zas ! L’inspecteur l’a regardé avec pitié, la bouche plissée, les paupières abaissées. Sa signature l’a envoyée direct à l’asile le plus proche. Diagnostic : femme enceinte, suspicion de schizophrénie. Elle est restée un mois pour bien finir sa digestion. Un homme de quatre vingt quinze kilos ne peut pas être intégré du jour au lendemain.

“Machine à devourer” c’est un de mes premiers essais d’écriture en français. Une langue d’Académie apprise dans la rue. Mes excuses à l’Académie, mes salutations aux courageuses et courageux lectrices et lecteurs. J’avoue que le roman Truismes de Marie Darrieussecq a beaucoup inspiré cette écriture.

 



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1ère mise en ligne 14 juillet 2020 et dernière modification le 7 octobre 2020.
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