le roman de Tristan Mat

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11. Tes mains puent


proposition de départ

— Tes mains puent le foutre des autres.

— Tes mains puent sur la table. Elle oublie, elle attend, elle supporte. Tout passe pour elle et d’abord les mains qui se posent sur elle, qui donnent à son assise ce qui pèse ou peu, car elle s’appuie sur cette portion de ciel qui est au-dessus d’elle.

— Tes mains puent toujours, elle me disait, et mes mains trop grandes, trop lourdes, les doigts fondus les uns dans les autres, je ne savais qu’en faire dans l’appartement rétréci, aucun objet n’était fait pour elles, trop légers, trop de replis pour la peau durcie.

— Tes mains puent à force de me toucher, de suivre plaines crispées, champs de peur, sillons de douleur, plis de l’âge, de tourner, de pincer, de tirer.

— Tes mains puent sur mes seins durcis, ils deviennent plâtre, par des veines inconnues, la rigidité entre en moi, je me fige, il y a une seule image qui ne bougera plus.

— Tes mains puent, elles tombent au bout de tes bras, elles les tirent vers quoi, la terre, la tombe, tu ne fais que tomber, tu n’es plus qu’en bas, ton souvenir c’est ce qui pue, qui te précède quand tu entres, qui reste là après ton départ, la fuite, ce qui sera après toi, pas d’image, pas de voix revenant, tu es la seule odeur dont je me souviendrai.

— Tes mains puent d’être trop fines, trop blanches, trop froides, trop lisses, trop molles, trop lentes, trop douces.

— Tes mains puent si tu touches le bouton de la porte, tes mains puent si tu pousses la fenêtre, tes mains puent si tu donnes la lumière, tes mains puent si tu suscites l’étincelle du briquet, tes mains puent si tu écartes les pages d’un livre, tes mains puent si tu empoignes ce qui pique et coupe, tes mains puent si elles brisent le pain, tes mains puent sur le lacet dénoué, tes mains puent plongeant dans l’eau, toute eau, tes mains puent sur le plat, tes mains puent sur le drap, tes mains puent sur les coudes, tes mains puent sur ma bouche, tes mains puent sur mon cou.

— Tes mains puaient encore dans la douceur du soir.

Codicille : Il y avait cet incipit proposé par Annick Brabant : "Tes mains puent" qui était là depuis plusieurs semaines.

5. plage


proposition de départ

Il ouvre la porte : ce qui entre, c’est l’hiver.

Il ouvre la porte : il est le seuil.

Il ouvre la porte : il se retourne, il s’enfuit.

Il ouvre la porte : lentement silencieux.

Il ouvre la porte : il tombe dans le vide.

Il ouvre la porte : oui, oui, dit-elle.

Il ouvre la porte : sur le ciel.

Il ouvre la porte : il s’effondre.

Il ouvre la porte : il ouvre la fenêtre.

Il ouvre la porte : c’est à moi.

Il ouvre la porte : elle est fermée.

Il ouvre la porte : nuit.

Il ouvre la porte : un mot le frappe.

Il ouvre la porte : elle ferme la porte.

Il ouvre la porte : regard au plafond.

Il ouvre la porte : ce qui s’achève.

Il ouvre la porte : il mourra demain.

Il ouvre une porte : la porte.

Il ouvre la porte : il sort du décor.

Il ouvre la porte : bleu.

Il ouvre la porte : sur un miroir la referme.

Il ouvre la porte : serre son poing.

Il ouvre la porte : il est face à un mur.

Il ouvre la porte : est-ce que le papillon ?

Il ouvre la porte : il n’ouvre que la porte.

Il ouvre la porte : le rêve est là encore.

il ouvre la porte : il n’y a pas de porte sur la plage.

Il ouvre la porte : elle.

Codicille : Il y avait cette phrase, lue aux abords de l’enfance, sur une affiche aux couleurs passées, oubliée sur un mur, dans un bureau, une salle d’attente, un couloir, sur un mur bien entendu, dans un pays autre : Every wall is a door, et le sens arrive plus tard, c’est la phrase d’un philosophe pour Américains, qui croient, espèrent, mais l’image reste malgré tout, littérale, comme surgie du rêve : que chaque mur soit une porte, et face aux briques, aux moellons de tuf, aux plaques de marbre, que cela pourrait être une porte. Qu’elle s’ouvre, c’est le roman.

 



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1ère mise en ligne et dernière modification le 19 juillet 2020.
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