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vocabulaire


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J’ai beaucoup utilisé autrefois, découvrant un pays étranger, ces petits dictionnaires Berlitz où 3 000 mots permettaient de déchiffrer ou émettre de quoi nous dépêtrer des situations quotidiennes élémentaires — et réciproquement dans les mini-dictionnaires de Français Langue Étrangère. Désormais il y a sur les téléphones des applications dédiées à ces usages. 3000 mots donc suffisaient ? Mais il y en avait combien alors dans le Petit Larousse (45 000), dans le Petit Robert (60 000), dans le Littré (90 000), dans le Grand Robert (120 000) ? Y avait-il aux mots une limite dénombrable ? Je crois que le déclic m’est venu dans un texte de Gérard Genette : que 12 000 mots avaient suffi à Balzac, que 14 000 ou 16 000 avaient suffi à Flaubert, et 18 000 ou 22 000 à Marcel Proust (à vérifier !), mais qu’à Samuel Beckett 4 000 ou 5 000 mots avaient suffi. La question, de mon côté, devenait moins : combien de mots personnellement j’utilisais, par rapport à ceux que je comprenais, mais plutôt comment, dans le temps même où on écrit, ou bien l’image un peu Épinal du stylo relevé avant le mot suivant, le mental extrait des différents bassins de vocabulaire accessibles ce qui lui convient, ou tout au moins une liste restreinte où écrire sera de trancher et choisir, et le faire non par la raison mais par l’écart, l’assonance, la musique, le décalage, la rupture. C’est pour cela que le livre de Christophe Tarkos, Anachronisme est devenu pour moi aussi fondamental : ce sont ces mécanismes qu’on peut explorer en tant que tels. Faire texte, ou poème, de cette activité même du mental, « tâche d’arrière-plan » comme nous le signalent nos logiciels. Avoir conscience de cette activité décisive du mental, la préparer (les listes préalables de Baudelaire pour son Élégie des chapeaux restée inachevée — et c’est probablement pour cela qu’il n’en a pas détruit la genèse par ces listes), savoir qu’elle restera dans le non-perceptible tout le temps de l’écriture, mais qu’on peut l’examiner en tant que telle : cette étudiante chinoise, à Cergy, qui avait répondu à cet exercice en retrouvant dans les répertoires Unix de son Mac (ne me demandez pas comment faire) l’archive de toutes les requêtes de vocabulaire qu’elle avait effectuée depuis son arrivée en France quelques mois plus tôt, et les réponses fournies par la machine.

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1ère mise en ligne et dernière modification le 7 avril 2021.
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