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adjectif


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Le mot qualificatif accolé à adjectif, quand adjectif est un nom, est un adjectif. Manière de dire que l’adjectif n’aide pas vraiment le mot à échapper au geste de nommer et le confronter au réel qui l’a fait convoquer. L’adjectif est la plaque glissante de l’écriture. Quand Flaubert parle de la phrase canaille de Montesquieu, c’est la rareté de l’adjectif qui le transporte. Donc détournements obligés : il y a des mots savants (hypallage ?) pour désigner une des adaptations possibles, l’adjectif accolé à un mot qui n’est pas celui qu’il devrait compléter. En atelier, toujours un moment où je demande à l’auteur de relire son texte à voix haute, sans préparation, en supprimant tous les adjectifs — en général, cette médecine brutale suffit à comprendre, je propose de relire une troisième fois en ne conservant que ceux qui sont nécessaires et ça marche déjà mieux. Comment le contexte a en soi valeur qualificative, vite redondante avec le besoin d’adjectif : une instabilité de syntaxe fera toujours mieux l’affaire. Voir l’exemple pris au Madrigal triste de Baudelaire dans la page Hypalage de Wikipedia : le troisième vers, Tous les sanglots de ta poitrine ne pourrait pas supporter d’adjectif, quand ils sont le travail syntaxique même des deux vers précédents. Dans la Recherche, Proust pendant tout un passage décrit le tic de la vieille marquise de Cambremer (en grand respect, puisque son personnage est censé être le dernier élève vivant de Chopin) qui ne parle qu’en alignant les adjectifs par quatre : et ça aussi est une des figures du détournement. Dans les fiches d’extraits (ici dans les ressources fixes de l’espace Patreon) voir l’extrait du Livre des ciels de Leslie Kaplan : une technique d’écriture (non qu’elle ne la cherche pour elle-même, c’est juste sa manière de peindre) où la simplicité même de la prose rend syntaxiquement équivalents, au moins dans l’apparence, verbe et adjectif. Alors oui, dans cette rigueur, et parce qu’alors traités comme matière, l’adjectif entre dans la langue. Je n’ai jamais conçu de cycle d’atelier sans qu’on consacre une séance à ce point précis de la langue, pareil qu’écrire sans ponctuation aidera à en comprendre l’énergie propre, ou qu’écrire sans verbe augmentera la sensation de présence du réel sous la phrase.

entrée proposée par FB

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Adjectif : un mot qu’enfant, j’aimais bien, une explosion de syllabes, un mélange de voyelles qui piquent posées sur le a en ouverture, et puis comme une combinaison de cartes, les ceci, les cela, un jeu de sept familles avec frères et grand-mères, sœurs et pères, les reconnaître et les mettre en ordre, une bande mot toujours à s’amuser.

Plus tard, la présence à traquer, à compter, à démêler des effets pour repérer ceux qui ajoutent et ceux qui minorent. Alors qu’oralement on n’y fait pas trop attention — sauf à tomber sur un de ces locuteurs au langage fleuri, mais ils tendent à disparaître — dès que le mot se pose avec but, sa présence est contrainte, délavé d’avoir trop servi, ami pétri de roublardise confirmant le cliché, amoindrissant le sens par trop de précisions. Apprendre à les effacer — deux ou trois ans sans eux, même le plus petit – régime sans gras, texte sans fioritures. Y revenir, avec lenteur, avec précautions, en poser un, ici et là, éclat, reflet, accentuation, ils font leur retour et s’installent à la table, ils ont muri, intégré la discrétion et ne crient plus à tue-tête les couleurs, les tailles, les émotions, les matières, la nature des choses.

entrée proposée par Catherine Serre

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M’en passer ? Je ne saurais, peut-être par cette hésitation, ce petit dialogue intérieur éternel qui veut que chaque formulation, idée, expression appelle instantanément un doute ou à tout le moins un besoin de nuance... ne pas nier ce que dit le mot mais l’infléchir ou le préciser pour le voir, le sentir réellement –- mais ne pas se plier, ou involontairement, à l’ancienne règle ou manie des trois adjectifs (sourire).

entrée proposée par Brigitte Célérier


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1ère mise en ligne et dernière modification le 9 avril 2021.
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