dictionnaire | intime


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intime


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intime : ne pas oser le livrer, sans transposition, ou maquillage, ou re-rêvé, sauf à avoir la force, la puissance, la fragilité assumée de quelques grands

entrée proposée par Brigitte Célérier

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S’agit-il ici de dévoiler l’intime ? Certes, mais une fois dévoilé, l’intime n’est plus l’intime. Comment alors écrire l’intime sans détruire l’intime ? Comment rendre public ce qui par définition doit rester enfoui ? Je de mots, jeu de mots, dictionnaire intime, jeu de l’intime et de l’extime, on voile, on dévoile, on lève un coin du voile, on montre, on démontre, on monte, on démonte, l’intime écrit ne peut que se transformer en fiction de l’intime et l’intime écrit ne peut ainsi devenir que mensonge de l’intime. Tout ceci ne serait-il que jeu de dupe ? Je de dupe. Je me dupe. L’intime me ment, il me fait croire que ces mots qui surgissent de moi sont en même temps le surgissement de mon moi intime, alors que ces mots restent des mots, toujours des mots, les mêmes mots, des mots-masques sur nos visages bâillonnés, les seuls mots possibles, les seuls mots vrais. Dévoiler l’intime, ce serait mentir vrai parce que ce serait mentir sans le faire exprès, et ce serait admettre qu’aucun mot ne saurait dire quoi que ce soit de véritablement intime mais dire quand même les mots qui demandent à être dits, mots de l’enfance, mots que l’on cogne au monde, mots qui me cognent au cœur, mots qui me cognent au ventre, mots qui me cognent au cerveau, mots des morts qui renaissent sans arrêt dans ma gorge nouée, mots du flux incessant qui m’obsède, mots du tâtonnement, mots de moi qui ne sont déjà plus moi, mots intimes qui n’existent pas. (Extrait de mon livre Je de mots, dictionnaire intime).

entrée proposée par Vincent Francey

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L’intime c’est pas mon truc (je préfère la pomme à ma pomme). Si j’ai peint de nombreux autoportraits c’est que je n’avais pas de modèle sous la main des yeux. D’ailleurs j’ai très vite peint des pommes qui ont pourri ou des mulets qui se sont couverts de vermine (c’est fou comme ça grouillait) — est-ce intime d’écrire ça ?

L’intime — enfin le mien relève du cabinet d’aisance ou de psy, même pas du cabinet de curiosité.

Quand on photographie un inconnu on croit bêtement faire un vrai portrait et souvent même une bonne photo. On s’y croit. C’est inédit on se dit. Ce n’est pas de l’intime. Ce n’est pas pour l’album de famille. Face au connu on voit toujours trop le connu avant de voir l’art en jeu. Un jour j’ai photographié mon ex (un grand bloc d’intime) et j’ai vu surgir l’inconnu. C’était surtout une bonne photo, un vrai coup de chance. Ombre. Lumière. Tension. Expression… dans l’instant d’un visage. C’était au-delà de l’intime. C’était une photographie avant tout. Il s’est d’ailleurs trouvé très moche.

Je photographie beaucoup mon lit ce qui est très intime. Trop. Terriblement. Honteusement. Ma cousine m’a même écrit à ce propos : Les arbres oui ! Ton lit tout de même ? Je ne suis pas à une contradiction près.

J’aime l’intime de Vivian Maier, de Nan Goldin (celui de Sylvia Plath)…

L’intime des autres. Je l’aime à la racine ou tout décomposé. En images ? En mots et phrases pommelées ou hérissées de pics. Les histoires intimes des autres font parfois de bonnes photos. Comme les faits divers des histoires à dormir debout. On peut s’y retrouver ou pas…

Ernaux c’est parfait et c’est du tout mon truc, Angot non plus je préfère de très loin les ciels de Leslie Kaplan pleins de blancs et d’espace ou le journal d’Alice Cléo Roubaud, En bas de Léonora Carrington.

J’ai lu le cœur retourné des livres récits atroces : ceux de Forest, Le lambeau de Lançon… j’ai lu D’autres vies que la mienne de Carrère et tant de témoignages de rescapés ( à ne pas mettre sur le même plan bien entendu)…
Les Confessions de Rousseau, le Journal de Delacroix ( je me souviens à l’instant de leurs marches. les montagnes suisses pour l’un les traversées de Paris la nuit pour l’autre — de l’espace qui s’ouvrait) Le Journal de Nijinski le Journal de Strindberg : fascination adolescente, lectures cathartiques. Oh Kafka et Oh Van Gogh (le grand affleurement de la vie)... J’aime l’intime en creux de Marcel Cohen et Bonnard en nuages et soleil, les carnets de Jaccottet, une lettre blessée de Dickinson une autre de Stvetaïeva. La mouche de Duras est-ce que c’est de l’intime ?

J’ai essayé de tenir un journal je savais pas quoi faire de l’intime. Il est probable que je n’aie pas dépassé le stade conte et légendes de l’enfance. C’est un genre très éloigné de l’intime. J’ai sûrement besoin d’inventer des histoires quand j’écris. Dès que c’est trop rapproché de l’intime du vécu vrai ça « me » sonne faux. Ce qui me réjouit au bout du conte c’est que l’intime, y soit en sourdine. C’est travailler avec l’oubli qui me plait. Et partir d’une lumière, d’un mot, d’une imadictionnaire | imagege laisser grandir en toute candeur (ça ne tiendra pas longtemps cette affaire-là).

entrée proposée par Nathalie Holt

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Si écrire est un jeu, y compris un jeu de rôle où celui qui écrit peut faire croire qu’il parle de lui ou, au contraire, affubler un autre d’une parole qui n’appartient qu’à lui,la part du je est toujours trouble dans ce jeu double. Du subtil intime aveu jusqu’au déballage grossier, le catalogue des possibles offre des collections infinies : de la très chrétienne confession jusqu’aux lives de la télé-réalité, le marché de l’intime n’a pas fini d’abreuver les voyeurs qui sommeillent en nous. Mais justement parce qu’écrire est un je(u), il y a aussi un usage de l’intime qui en fait toute la valeur, quand, par exemple, il se mêle à la fiction et donne à celle-ci un air de mensonge si vrai qu’elle en devient crédible. Cette intimité là est rare parce qu’elle exige cette déloyauté à l’aune de laquelle Graham Greene mesurait le véritable écrivain. Trahir les siens, trahir sa caste, sa classe, sa famille, son milieu et soi-même au passage suppose l’intime conviction que le mentir-vrai contre s’impose, qu’il n’est plus temps d’attendre, que le moment est venu d’entendre, pour comprendre peut être.

entrée proposée par Ugo Pandolfi

 



page proposée par François Bon, pour Tiers Livre
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1ère mise en ligne 9 avril 2021 et dernière modification le 20 mai 2021.
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