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personnage.s


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Personnage : Élément moteur d’un récit. Les personnages sont des êtres de chair et de sang, singulier, comme nous tous. On commence souvent par avoir une intrigue, une situation, une question. On a le carburant, mais maintenant il faut créer les êtres qui vont le brûler. Il faut commencer pas faire une liste de noms, leur associer des visages d’êtres connus ou inconnus. Puis leur donner une voix, une identité, un caractère. On joue à être Dieu. Quand on est prêt, on dispose dans chacun d’eux une goutte de carburant. Ils s’animent dans leur décor, il ne reste plus qu’à les suivre. Quelquefois on pense pouvoir les diriger. Mais nous ne sommes pas Dieu, ils ont l’intelligence de ne pas obéir. On a des devoirs vis-à-vis de nos personnages. Le devoir de les respecter, monstre ou ange, on les a créés, on en est responsable, on doit aussi les aimer, comme une mère aime tous ses enfants. Ils sont un cocktail d’humanité, créé d’après nos souvenirs, nos rêves, nos lectures, alors ils nous engagent. Ne trahissez pas vos personnages, leur vengeance sera cruelle, ils deviendront des personnages de papier.

entrée proposée par Laurent Stratos

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Georges Simenon : « Car un personnage de roman, c’est n’importe qui dans la rue, c’est un homme, une femme quelconque. Nous avons tous, tant que nous sommes, tous les instincts de l’humanité en nous. Mais ces instincts, nous en réfrénons tout au moins une partie, par honnêteté, par prudence, par éducation, parfois simplement parce que nous n’avons pas l’occasion d’agir autrement. Le personnage de roman, lui, ira jusqu’au maximum de lui-même et mon rôle à moi, romancier, est de le mettre dans une situation telle qu’il y soit forcé. C’est facile, vous voyez. Et il n’est pas besoin de trouver une histoire. Simplement, des hommes, des êtres humains dans leur cadre, dans leur ambiance. Le petit coup de pouce qui les met en marche. »

entrée proposée par Laurent Stratos

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Question que posait un personnage : Est-ce que tout personnage n’est pas d’abord un mort ?

entrée proposée par Nathalie Holt

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S’attacher à rendre attachant son principal personnage et le faire mourir. C’est prendre un risque. Mais quel savoureux plaisir si par chance, un jour, une lectrice ( le lecteur mâle s’exprime rarement) vient vous reprocher un tel homicide.

entrée proposée par Ugo Pandolfi

5

Personnage : chez moi, l’envie du « je » est toujours première. Il m’est du coup arrivé de parler de fiction greffée pour indiquer un mode d’écriture qui part d’une souche de travail sur l’expérience vécue, avec un travail spécifique de remontée de ce que l’expérience a laissé en moi, parfois de tri. Les autres personnages que ce je (incluant parfois du jeu avec le je bien sûr) viennent toujours après mais il peut arriver qu’ils prennent plus d’importance que le je de départ. Ils se présentent comme la part imaginée, la part greffée. Toutefois, leur première existence est le plus souvent partie d’un premier contact avec le « je ». Même dans des textes où le « je » ne s’est pas du tout inscrit, où des personnages se sont laissés imaginer entre eux, un codicille a pu venir, après, tenter de trouver, voire de creuser le rapport qu’ils avaient avec moi, avec ce moi d’avant l’écrivain...

entrée proposée par Philippe Sahuc Saüc

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Est-ce qu’il y a des écrivains à personnage et d’autres non, comme on dirait peintre de paysage en opposition à peintre de portrait ? En ce cas je n’appartiens certainement pas à la catégorie. Cela ne veut pas dire que je n’en ai pas convoqué : mais ils sont cette sorte de projection sourde dans les questions du corps, du mental et du monde, représentant un certain point d’énonciation, et pas leur réunification en personnage. C’est ce qui me permet d’assumer encore les monologues de Limite, mon deuxième livre devenu Terrain glissant, avec remplacement des prénoms par la fonction, alors que je suis moins à l’aise avec l’identification personnages de Décor ciment. J’ai été plus apte à traiter de personnages quand le cadre narratif m’était imposé, par exemple dans Dans la villes invisible (fiction jeunesse) ou Daewoo (théâtre). C’est ce qui justifiait pour moi l’ensemble des textes (avec prestidigitateur comme personnage à la frontière, non allégorique, ou faire jouer Michaux lui-même dans le livre) de Description des hommes : travailler corps et rapport au monde ou projection de soi dans le monde, qui ne se constitue pas pour autant en personnage. Ce n’est pas le personnage qui me gêne, c’est son utilisation normée dans les fictions consensuelles : qu’on leur enlève ce rouage et elles sont nues, mais ne tiennent plus. Dans les cycles d’atelier comment ne pas travailler sur la notion de personnage : pour s’en libérer, la maîtriser, on a même ébauché un cycle là-dessus, mais c’est un travail permanent, infini. C’est la pré-éminence du mot comme d’une évidence, comme matière non réfléchie du roman qui me gêne chez les industriels de la création littéraire : pour moi, le personnage est un aboutissement, une construction rétrospective, ce qui émerge dans le visible parce qu’on a brassé tout au long, avec soi dedans, cette matière de la phrase brassant le monde. Dans Dostoievski, hors la Maison des morts, son premier livre, mais d’abord témoignage, est-ce qu’on sortirait jamais de l’impossibilité des personnages à se voir eux-mêmes ?

entrée proposée par FB

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D’où naît un personnage ? Ce qu’on voit d’un personnage, où l’a-t-on pris ? C’est ça le travail du personnage, une marche arrière. Ce qui fait agir le personnage dans le monde, est-ce que c’est nous à l’intérieur qui sommes les yeux, le ventre, la main ? Alors émergent, au fond de nous ou par derrière nous, les morts ou les sources, personnages intimement connus ou justement qui échappent, et parce qu’ils échappent. Cela fait fiction, certainement : le personnage est légitime dans le récit. Et puis on le confronte, dans un autre texte, à ces personnages-source, ou à ces morts : et cela donne Duras, cela vaut aussi en partie pour la diffraction de certains personnages-monde chez Proust, comme son Charlus, ou plus étrangement Rachel.

entrée proposée par FB


page proposée par François Bon, pour Tiers Livre
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1ère mise en ligne 11 avril 2021 et dernière modification le 19 mai 2021.
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