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jeu


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Le mot jeu. Les jeux de mots. Les jeux sur le mot jeu. Jeu est un autre, un Rimbaud qui ne serait pas pris au sérieux. J’aime quand les mots jouent, quand on devine entre eux un jeu qui laisse passer le jour, l’ombre, l’absurde. Le grincement d’un gond qui joue. Une charnière visible. Les harmonies, les rythmes : le musicien joue. L’écrivain, moins. Il devrait. C’est là que tout se joue, dans une forme de dextérité dont l’écrivain pourrait faire l’économie, pas le peintre, pas le sculpteur. Il n’y aurait pas à apprendre à placer les doigts, pas de matière à maîtriser, rien avec quoi jouer ? Que les mots. Et c’est déjà beaucoup. Le musicien joue : il fait des gammes, il se délie les doigts, il s’entraîne, il affine son jeu. Mais, lorsqu’il joue, c’est sérieux : pas de fausse note, et suivre le rythme, et trouver le vibrato. Je ne suis pas musicien. Mais je vois dans le temps de l’apprentissage, dans la répétition, tant de choses qui manquent parfois à l’écrivain. Et sans doute pourrait-on parler de ce que jouer ensemble veut dire. L’auteur serait condamné au solo ? On a quelques exemples, dont un très beau Pavé improvisé à plusieurs sur une trame bien posée. Il faut aussi, pour jouer un texte, des accords, une portée commune. C’est du jazz, sans doute, ou quelque chose qui s’en approche. Le jeu de l’écrivain n’est ni celui des enfants, ni celui des acteurs, ni celui des musiciens. Il lui est propre et il doit l’assumer comme tel, acquérir les techniques, maîtriser son instrument, en jouer, s’en jouer, s’enjouer.

entrée proposée par Sébastien Bailly

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Des grandes définitions qui ont été données du jeu (par Johann Huizinger par exemple), ma propre pratique a retenu l’idée de règles librement consenties mais indispensables (ce qu’on appelle parfois contraintes lorsqu’elles sont posées d’avance, voire codicille lorsque l’on récapitule après coup tous les petits coups de gouvernail qui ont fait évoluer la direction prise...), le fait d’une action qui a sa fin en soi (écrire pour écrire ?) et qui s’accompagne d’un sentiment de tension et de joie, de conscience d’être « autre » que dans la vie quotidienne (la joie vient peut-être de là mais aussi du fait que tout cela s’est nourri d’éléments du quotidien qui, en se prêtant à l’enchantement, nous donnent la jubilation d’être promus enchanteurs...). Le jeu va à l’encontre de l’ordre, des « mots d’ordre » (tels qu’en a parléGilles Deleuze), voire de « l’ordre établi » (tel qu’en a parlé Jean Duvignaud, repris ensuite par Jean-Bernard Bonange et Bertil Sylvander, deux des fondateurs de la clownanalyse).

entrée proposée par Philippe Sahuc Saüc


page proposée par François Bon, pour Tiers Livre
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1ère mise en ligne 12 avril 2021 et dernière modification le 20 juin 2021.
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Messages

  • #1
    Ma conception des ateliers d’écriture animés pendant plus de dix, c’était venir faire des gammes ensemble, pour casser la solitude de l’écrivain, davantage que mener chaque participant à l’autonomie. Venir jouer ensemble et écrire. Pendant trois heures jouer à écrire. Une toute petite ambition. Merci de ce texte, Sebastien.