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tiroir


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C’est l’expression consacrée, ce qu’on a dans ses tiroirs c’est le manuscrit en échec, le manuscrit mort. Même si ce n’est pas dans un tiroir qu’on le garde. Est-ce qu’on y échappe ? À cause de ce dictionnaire, et pour avoir installé le mot tiroir dans la liste, hier j’ai ressorti ce gros pavé de 380 pages, écrit à Marseille l’année 1983-1984, et que Jérôme Lindon avait refusé. Raison ou pas, ça ne se pose plus : l’intro de ce texte c’est devenu mon Enterrement, qu’il a refusé 3 fois les 6 années à venir, jusqu’à ce que Pierre Michon m’embarque chez Verdier où il serait publié, et Jérôme très vexé (À votre place, je n’écrirais plus..., c’était quasi opération survie que lui échapper). Alors, depuis bientôt 3 ans et que j’ai entrepris cette collection Tiers Livre, le pavé un peu sale et déformé, gribouillé, est effectivement dans mon tiroir, donc juste là sous mon ordi, à cette même table où en gros, réclusion depuis un an oblige, je suis bien dix heures au minimum. Donc, quand je parle, quand j’écris, c’est sur la tombe de ce livre jamais paru. Des passages de Limite et de Décor ciment aussi, et ce genre d’auto-cannibalisation il y a d’autres exemples. Donc, dans mon tiroir mais jamais scanné et transformé en fichier, ce qui demanderait une grosse après-midi pas plus. Je crois que c’est bien qu’il reste là comme ça, parce que justement il fait exister l’idée de tiroir. Pourquoi jamais détruit, comme pas mal des cahiers de l’époque ? Pourtant, je serais mal à l’idée que, même posthume, il émerge. La vraie question est ailleurs : dans mon ordi aussi, il y a des projets avortés, pas des projets aboutis et refusés (ça ne m’est plus arrivé depuis, en tout cas, depuis que j’ai décidé d’éditer et publier moi-même ce qu’on me renvoyait à la figure, comme le Keith Richards. Je sais où, dans l’arborescence des fichiers qui migrent de mon ordi au suivant, se reproduit à l’identique le dossier incluant ces fonds de tiroir — mais je ne les appelle pas comme ça, plutôt une zone grise, opaque. Non la cannibalisation, mais le besoin de ce terreau, ces dépôts qui, désignant une possibilité de livre, autorisent qu’on s’en aille dans les projets neufs. Qu’avez-vous, dans vos tiroirs ? Pourquoi l’autre il a gardé son Jean Santeuil dans ses tiroirs ? Ils vivent comment, ceux qui accumulent l’ensemble de leurs textes dans leurs tiroirs ? Je repense à la Maison des feuilles et son pitch de départ, une maison qui se révèle plus grande à l’intérieur qu’elle n’est à l’extérieur, et qui précisément va se déployer via des superpositions de manuscrits.

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page proposée par François Bon, pour Tiers Livre
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1ère mise en ligne et dernière modification le 12 avril 2021.
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