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z (la lettre)


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Même si Pascal Quignard ne prenait pas une place de plus en plus fraternelle et intime dans mes heures de lire, les sept pages du XVème Petit traité (Folio, 1, p 291), sur la lettre z, en ferait un compagnon définitif. Jamais il ne sa cache moins de produire, sous le masque d’un essai, une fiction dont le seul objet est la la langue. « « Le z parce qu’en le prononçant on imite les dents d’un mort », et que pour cette raison il devait être exclu de l’alphabet. Que ce serait la raison pour laquelle, au temps de cet Appius (et je n’irai pas vérifier, je ne suis jamais remonté à aucune des sources évoqués par Quignard, les ai tout toujours considérées comme le monde réel de sa fiction), on l’aurait relégué au terme de l’alphabet. Mais, à le relire ce matin, c’est cette autre idée, sous-jacente, et qui m’avait échappé, qui revient avec encore plus d’insistance : ce que changerait, pour nous, mais pour la langue indépendamment de nous, de s’établir sur un alphabet qui garderait une échappée ouverte, un alphabet à jamais incomplet ?

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Dans Littré, z est présentée comme « la vingt-cinquième lettre de l’alphabet ». C’est moins choquant pour le x (vingt-troisième) et pour le y (vingt-quatrième) que pour le z, parce qu’on comprend tout d’un coup que, dans ce dictionnaire en lequel on a mis tant de confiance, il n’y a que vingt-cinq lettres et pas vingt-six. Tout tient à son explication laborieuse : le refus de considérer le « double v » comme une lettre à part entière. En principe, quand on ouvre le dictionnaire, ce n’est pas pour chercher ce renseignement-là, qui ouvre chaque section, pour chacune des lettres successives. Mais quand on s’en aperçoit, justement parce que, pour la première fois, on enquête sur le z, c’est troublant — vraiment troublant.

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Pour être la dernière de l’alphabet français, la lettre Z ne compte pas moins d’occurrences quand on la passe à la moulinette du plus puissant des moteurs de recherche : plus de 56 millions de résultats en 35 secondes. Mais ce que Google ne sait pas mettre en évidence, c’est que la lettre Z s’inscrit dans un geste. Lettre dessin, lettre griffure, lettre marque, lettre trace, lettre affirmation, lettre résistance.Le Z, affirmant « il est vivant », que les opposants inscrivaient sur les murs de Grèce pour protester contre l’assassinat de Grigóris Lambrákis. La signature au fil de l’épée du renard, Zorro, inventé par Johnston McCulley en 1919, inscrivant sa marque ineffaçable sur le petit écran de la mémoire des plus de cinquante ans. Plus qu’une lettre, Z est un geste qui s’écrit d’un trait.

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Z si net.
Si graphiquement impeccable qui zoome aussi sur le bizarre.
Qui semble défier l’arbitraire de la langue ? Blitz. Jazz.
Zézaye. Avec Z on risque de zozoter.
Dans nazi en ersatz de croix gammée.
Dans zone au soleil cou coupé il jazz avec la ville
Z que vous cherchez dans gazon, vous l’avez sur le bout du nez.
Z qui fait l’interjection des mouches et du sommeil — à chercher du côté de la mouche tsétsé (qui aurait pu porter deux ZZ plutôt que deux T et deux S) : zzz, elle pique, zzz, vous ronflez : Zombie pour zyeuter l’innommable ?
Osez prendre au A le noir corset velu des mouches éclatantes pour en parer le Z il lui ira comme le noir et blanc va au zèbre.

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1ère mise en ligne et dernière modification le 22 avril 2021.
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