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note (d’intention)


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La note d’intention est une amorce, un produit jeté dans l’eau pour appâter le poisson. Dans le cadre d’un film documentaire, elle doit déplier le pourquoi à la source, les origines, les enjeux à et ouvrir sur le comment qui sera développé juste après, dans ce qu’on appelle parfois traitement et qui ne sera sans doute pas lu. Elle doit être courte, pas plus de deux pages, aérée, limpide, sincère. En un éclair, le destinataire y saisira la texture et la dynamique singulière de son auteur autant que celles de son projet. Pour toutes ces raisons, et parce qu’elle doit réveiller le désir de cet étranger, la note d’intention est une montagne. On sait qu’il faut la franchir et pourtant, à chaque fois, on rechigne à répondre au pourquoi. Car tout le monde sait que si on se met en mouvement, c’est précisément parce qu’on ne sait pas pourquoi. Seule la joie de cette ignorance pousse à la mise en forme. On s’énerve, Victor Hugo surgit : « la forme, c’est le fond qui remonte à la surface »... On a envie de n’écrire que ça, pour voir. On se trouve idiote. Et pourtant nous voilà lancée. En amont de l’écriture, un tournage imaginaire. Y dénicher un pourquoi satisfaisant. Avec un peu de chance, des repérages ont lieu, supports à cette rêverie. Passage obligé par les références, les citations : d’autres univers émergent, gnagnagna, j’ai été marquée par... On trouve ça lourd et désolant. Mais le destinataire peut désormais nous caler quelque part dans l’histoire du cinéma. À ces filiations, on articule laborieusement nos propres noeuds, on essaye d’expliquer pourquoi on désire ce qu’on désire, tout en soutenant que le désir doit demeurer désir sous peine de s’éteindre. On cite René Char, donc, pour justifier un flou auquel on ne peut renoncer. Tout au long de ce travail, on envie Raymond Depardon, le seul à pouvoir se passer de cet exercice. Respect. Il aura le droit, lui, de ne pas répondre au pourquoi et de chercher à se donner la liberté de chercher directement dans la mise en forme... Et soudain, burn out. Après une centaine de notes d’intention, on est prête à bifurquer, aller voir comment ça fait de changer de posture, de dégager un tout petit peu l’écriture de cette soumission, de cette recherche de légitimité, de cette volonté de convaincre, de cette croyance qu’il faut expliquer l’inexplicable. Au lieu de se plier à un désir inconnu, tenter de déplier, pour une fois, le désir de l’écriture. Car au fond, écrire une note d’intention, c’est d’abord écrire. La soupape est là, et peut-être le soulagement. À suivre.

entrée proposée par Lisa Diez

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1ère mise en ligne et dernière modification le 8 mai 2021.
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