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intertextualité


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« La littérature est essentiellement intertextuelle. Un texte coupé de la littérature n’aurait pas de sens. Il devrait, par exemple, se couper d’abord des lettres de l’alphabet… Je suis convaincu que l’écriture naît en bonne partie de la digestion de lectures précédentes. Or, cette digestion est une appropriation des textes lus, une adaptation de ces textes à mon existence, leur transformation en un sens qui fait écho à ce que je suis, qui est compatible avec moi. Je me considère donc avant tout comme un lecteur. » Paul Kawczak, auteur de Ténèbre.

L’intertextualité [1] a déjà l’avantage de faire sauter à pieds joints le gouffre de l’inspiration absente ou de la créativité en panne, à faire l’impasse sur l’inventivité ou l’originalité qui disparaîtraient.

Comment utiliser cette machine à écrire qu’est l’intertextualité sans citation, allusion, référence, imitation ou plagiat et en plus en situant le récit dans des lieux où je n’ai jamais mis les pieds.

J’ai envie d’écrire sur le Congo par ce que j’ai lu Au cœur des ténèbres, vu Apocalypse Now et que cela a touché quelque chose de profond en moi. Par quel chemin cela m’amène-t-il à la nécessité que mon personnage rencontre Baudelaire ? Pour moi , c’est l’évidence : l’attrait-répulsion de Baudelaire pour les tropiques, c’est toute l’ambiguïté des coloniaux tels que je les ressens, pleins de nostalgie par delà l’horreur, la démesure et l’injustice. Pourquoi maintenant et comment cela me permettra-t-il de parler de moi ? En quoi le dépeçage de l’Afrique a-t-il à voir avec la folie de l’exploitation excavatrice de la nature et la dimension quasi irréelle de l’accroissement des inégalités du siècle. Comment mieux dire la fascination-répugnance qu’exerce sur moi la folie de ces aventures individuelles et collectives qui ont poussé des Européens à devenir des colons. Histoires de vie malmenées, rencontres sulfureuses, excès dangereux… Comment en parler mieux qu’en situant mes personnages dans cette aventure extrême ?

entrée proposée par Danièle Godard-Livet

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Tout texte est intertextuel. Parce qu’écrire, c’est emprunter et rendre parfois. C’est jouer avec les strates d’un puzzle dont les dimensions tiennent à l’histoire de chacun, à ses traumas comme à ses lectures, à sa culture comme à ses déchirures. L’intertextualité subie nous constitue, nous formate. L’intertextualité choisie nous libère, ouvre des pistes, impose des contraintes créatrices, inspirantes. Ma première fiction se traine en longueur, s’étire sur un nombre de jours que rien ne justifie. Rien, sauf le choix délibéré de tenir le même écoulement du temps que Le Horla de Maupassant. Pourquoi ? Ça ne vous regarde pas ! C’est moi qui décide. Du texte et du texte qui se métisse dans le texte. Et ma tisse est ma liberté.

entrée proposée par Ugo Pandolfi


page proposée par François Bon, pour Tiers Livre
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1ère mise en ligne et dernière modification le 20 mai 2021.
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[1Un bel article sur le sujet : L’intertextualité comme clé d’écriture littéraire, par Violaine Houdard-Mérot.