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	<title>DIRE, la revue de Tiers Livre</title>
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		<title>le roman d'Am&#233;lie Navarro</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article577</link>
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		<dc:date>2020-10-14T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Amelie Navarro</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;cycle &#233;t&#233; 2020 | outils du roman&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;&#233;t&#233; 2019 | outils du roman&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/revue/IMG/logo/arton577.jpg?1595529896' class='spip_logo spip_logo_right' width='113' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2&gt;16. Tentative de connexion&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;https://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4938&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;1. La premi&#232;re traduction &#233;voque une rengaine de fado, apr&#232;s plusieurs v&#233;rifications l'auteur n'en a jamais fait mention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Un long travelling ponctu&#233; d'ast&#233;risques supprim&#233;s au troisi&#232;me passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Ce paragraphe, &#224; premi&#232;re vue d&#233;tach&#233; du reste du r&#233;cit, trouve un semblant de r&#233;ponse dans un post-it de l'auteur trouv&#233; dans le manuscrit original, reprenant une note du &lt;i&gt;Journal&lt;/i&gt; d'Andre&#239; Tarkovski datant du 19 avril 1980 &#224; propos d'&lt;i&gt;Apocalypse Now&lt;/i&gt; de Coppola.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Le terme &#171; acupuncture &#187; est pr&#233;f&#233;rable mais il sonne moins bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Le personnage semble livr&#233; &#224; lui-m&#234;me, la traductrice a voulu lui donner un coup de pouce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. &#226;pre combat concernant la police de caract&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Changement de traductrice, r&#233;duction des marges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8. &#171; Merisier &#224; grappes &#187;, en fran&#231;ais dans le texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9. Photographe non identifi&#233;. Tirage argentique d'&#233;poque, 12 X 7,9 cm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10. Le Nova est une salle de cin&#233;ma et un lieu de convivialit&#233; bruxellois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11. Le jeu de mots original ne marche dans aucune autre langue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12. Une strat&#233;gie de l'&#233;vitement, c'est bien &#231;a le probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13. Le fait que l'auteur a laiss&#233; un blanc &#224; cet endroit, il est reproduit tel quel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14. &lt;i&gt;Wachet auf, ruft uns die Stimme, BWV 140&lt;/i&gt;, Premier mouvement, Jean-S&#233;bastien Bach.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15. Ce passage fait r&#233;f&#233;rence au monologue de Jean-Louis Trintignant dans &lt;i&gt;Amour&lt;/i&gt; de M. Haneke &#171; Rien de tout cela ne m&#233;rite d'&#234;tre montr&#233;. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : la traductrice semble encore plus concise que l'auteur.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;15. Pas tout &#224; fait quelqu'un&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4938&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tous les matins, un groupe d'oiseaux vient se percher sur le rebord de sa fen&#234;tre. Elle les ignore, elle n'a besoin de personne pour s'habiller. Elle veille &#224; d&#233;saccorder un peu l'ensemble, l&#233;g&#232;re disharmonie entre le haut et le bas, v&#234;tue comme une enfant livr&#233;e &#224; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son animal de compagnie est mort il y a peu. Il ne lui aura pas tenu compagnie tr&#232;s longtemps. Ils l'enterrent dans un coin du jardin, elle &#233;prouve un sentiment de malaise mais pas de tristesse, elle trouve &#231;a glauque sans &#234;tre capable de l'exprimer clairement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moyens de locomotion : la plupart du temps, trimball&#233;e, ma&#238;tresse de rien. D&#232;s que possible, &#224; pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autres enfants, torches ambulantes, brillent de mille LED. Elle sautille en se contorsionnant pour observer le dos de ses semelles, peur de br&#251;ler vive. Ses baskets &#224; elle sont tout ce qu'il y a de plus simple. Soulag&#233;e, elle continue &#224; avancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En classe, elle re&#231;oit une feuille enroul&#233;e et tenue par un &#233;lastique qui, une fois d&#233;pli&#233;e, r&#233;v&#232;le un arbre g&#233;n&#233;alogique. Elle inscrit son nom et son pr&#233;nom tout en bas, au niveau du tronc. Au-dessus d'elle, une arborescence de cases vides qu'il lui faudra remplir. Poser des questions, mener l'enqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#238;ner, plusieurs fois par semaine, impossible d'y &#233;chapper. Son p&#232;re veut en savoir toujours plus que ce qu'elle est pr&#234;te &#224; raconter mais ses questions ne sont jamais assez pr&#233;cises, et alors ta journ&#233;e ? Elle n'ouvre pas la bouche devant les adultes qui essayent de lui venir en aide &#8212; bien intentionn&#233;s mais toujours &#224; c&#244;t&#233;. Quelque chose en elle semble vouloir attirer l'attention et, en m&#234;me temps, d&#232;s que les regards se posent sur elle, elle dispara&#238;t. C'est quand, le bon moment pour amener sur la table l'arbre, les morts, ceux qui &#233;taient l&#224; avant eux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lui offre une trottinette sachant qu'elle n'aime pas tout ce qui poss&#232;de des roulettes, qu'elle n'est pas &#224; l'aise l&#224;-dessus mais on lui dit qu'elle s'y fera. Elle roule en attendant que &#231;a passe &#8212; &#231;a, l'enfance qui n'en finit pas. Elle n'entend m&#234;me plus le cri qui la rappelle &#224; l'ordre, c'est inscrit quelque part en interne, elle sait quand elle doit faire demi-tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'autres heures o&#249; on ne peut rien en tirer, elle reste prostr&#233;e sur la chaise haute de sa petite soeur &#8212; elle n'y entre qu'un tiers de son corps, un jour elle va vraiment finir par la casser &#8212;, observant &#224; travers la fen&#234;tre les passants. Elle suit des yeux un groupe d'amis &#8212; ils ont quoi, quinze, seize ans ? &#8212; et se demande si c'est &#224; cet &#226;ge-l&#224; qu'on commence &#224; vivre.&lt;br class='autobr' /&gt;
La nuit, souvent, le sommeil ne vient pas. Elle se l&#232;ve, sait qu'elle ne doit pas. Elle ne demande plus de laisser la lumi&#232;re du couloir allum&#233;e, elle ne sait pas &#224; quel &#226;ge ce genre de demande doit cesser. Elle se prom&#232;ne dans la maison comme si tout lui appartenait, comme si ses mains avaient b&#226;ti ces murs, elle se sent alors l&#233;gitime lorsqu'elle se demande parfois si elle ne mettrait pas le feu &#224; tout &#231;a. Elle extrait du frigo un b&#226;ton de p&#226;te feuillet&#233;e industrielle, le plastique qui l'entoure la fait suer, elle saisit un couteau pour le fendre, fait glisser le rouleau de p&#226;te dans le creux de sa main. C'est doux, elle mord dedans et contemple le r&#233;sultat puis dissimule l'empreinte de ses m&#226;choires en malaxant fr&#233;n&#233;tiquement la p&#226;te. Elle se fait prendre et se force &#224; pleurer pour qu'on la laisse tranquille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle finit par s'endormir, ses pens&#233;es se transforment en r&#234;ves agit&#233;s. Agenouill&#233;e dans l'herbe, elle creuse, elle ne sait d&#233;j&#224; plus o&#249; se trouve la tombe de l'animal. Il lui faut des noms et des m&#233;tiers mais pas besoin de s'&#233;tendre sur leurs vies. Ses ongles se gorgent de terre humide, elle saisit tout ce qui passe entre ses mains. Il lui suffira d'inventer, trouver de jolis pr&#233;noms, des m&#233;tiers pas trop ennuyeux. Elle enfonce ses avant-bras de plus en plus loin dans le sol. Et puis deux dates au hasard, naissance et mort. Elle arrache tout, bulbes et racines. Il suffit juste de remplir des cases. Personne ne lui demande de ressentir quoi que ce soit pour ces gens.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : construire le personnage en essayant d'avoir le moins d'empathie possible &#224; son &#233;gard m'a fait prendre moins de pr&#233;cautions avec elle et m'a permis d'exploiter une autre forme d'intimit&#233;.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;14. Pr&#233;sences&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3575&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si j'avais su que le lieu du d&#233;c&#232;s aurait un impact sur la suite, je serais mort ailleurs. Au bas des escaliers ou m&#234;me &#224; l'entr&#233;e du salon, pour sentir la puissance du courant d'air &#224; chacun de tes passages. Ton pas rapide et d&#233;cid&#233;, qui me fatiguait il y a peu, maintenant il me semble &#8212; tout est un peu flou, je dois avouer &#8212; que je pourrais l'appr&#233;cier. Au jeu des pr&#233;f&#233;rences, mourir dans son lit arrive dans le haut du classement des meilleures morts. Le confort du vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis brouillon comme ivre mort, effet gueule de bois, il me faut le temps de m'acclimater &#224; cette nouvelle dynamique, moi habitu&#233; &#224; un timing toujours trop serr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je patiente des heures pour que tu y viennes, dans ce lit, le n&#244;tre, et je passe la nuit &#224; te regarder. Peut-&#234;tre qu'&#224; force d'&#233;ternit&#233;, les journ&#233;es me para&#238;tront moins longues. Ai-je l'air pervers ? J'attends une claque qui ne vient jamais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Silence lourd, regret du triple vitrage. Je te suis reconnaissant lorsque tu laisses la fen&#234;tre ouverte. Besoin que l'air s'engouffre partout en toi. J'entends la rue, tour &#224; tour son calme et son effervescence. Jusqu'au soir o&#249; je te vois revenir. Fig&#233;e au pied du lit, tu fixes le vide, pour moi nos regards se croisent. Tu te laisses tomber de tout ton poids, le matelas convulse sous ton corps l&#233;ger mais lourd. Tu tentes de te reprendre et t'installes, ton dos douloureux cal&#233; contre l'oreiller, aussi droit que possible. J'absorbe tes tensions et ne peux agir ni pour ni contre toi. Tes gestes, &#224; l'inverse de tes pas, mesur&#233;s, caressent le creux o&#249; la forme de mon corps marque encore le matelas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tes doigts se raidissent &#224; mesure qu'ils parcourent ce trac&#233; aberrant, est-ce que c'est &#224; &#231;a que tu penses, me faire dispara&#238;tre, quand ton geste se fait moins souple, quand ton regard se durcit et que tu frappes sans plus t'arr&#234;ter ? Tes lombaires se d&#233;collent de l'oreiller, tu me roues de coups. Pas moi, ma forme. Pas ma forme, mon creux. Un simple creux sur le matelas c&#244;t&#233; droit. Je ne t'ai jamais vue dans une telle col&#232;re, tu ne ressembles plus &#224; rien. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et puis, &#233;puis&#233;e, tu te laisses rouler d'une extr&#233;mit&#233; &#224; l'autre du lit, ton corps &#233;pouse mes contours fragiles. Des m&#232;ches de cheveux mouill&#233;s plaqu&#233;es sur ton visage, tu renifles, les larmes s&#232;chent, tu tombes dans un demi sommeil agit&#233;. Je p&#232;se sur toi. Tu vas me faire porter le chapeau pendant longtemps alors que de toi &#224; moi, si j'avais eu le choix&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je devine que bient&#244;t, dans l'espoir de passer &#224; autre chose, tu balanceras ce lit ou tu le revendras sur le bon coin, et moi avec, fant&#244;me de deuxi&#232;me main. &lt;br class='autobr' /&gt;
En attendant, je profite de cet instant o&#249; tu te fonds dans les draps et o&#249; moi je vois dans ton ventre un l&#233;ger mouvement que tu ne soup&#231;onnes pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Codicille : Trop de &#171; tu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;12. Zombies&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4934&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des gouttes suintent le long des mollets s'arr&#234;tent en chemin comme des reliefs de cire sur deux bougies bien entam&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis que les souvenirs surgissent la marque de naissance au bas du dos grandit s'&#233;tale et remonte jusqu'aux &#233;paules&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'asseoir sur un rocher anguleux pointu supporter l'inconfort se fondre en lui s'user sous l'action des vagues vieillissement d&#233;gradation quasi imperceptible et puis regarder au loin puisqu'il n'y a que &#231;a &#224; faire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Photo de classe pas &#224; son avantage pas g&#226;t&#233; presque n&#233;glig&#233; bouboule sur les bords corps imprim&#233; papier mat peau brillante humili&#233; &#224; jamais&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corps p&#233;trifi&#233; sourire forc&#233; veut bien faire essaie de faire un effort bordel c'est pas compliqu&#233; de rester sans bouger pendant cinq minutes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mains plaqu&#233;es contre la pierre humide dos aux autres en attente d'une balle ou d'un jeu de cache-cache&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les globes oculaires s'agitent tandis que le reste tronc poignet bras restent fig&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lignes se dessinent entre deux veines une main tient l'avant-bras tendu l'encre p&#233;n&#232;tre la peau trop tard pour foutre le camp le corps f&#233;brile en attente d'une vue d'ensemble&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deux trois soleil l'ombre a fr&#233;mit un noeud s'est form&#233; dans le ventre c'est pass&#233; inaper&#231;u&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seize prises pour parvenir &#224; faire le mort corps contract&#233; respiration contenue mais impossible de retenir la transpiration la peau luisante ros&#233;e suante et la moustache fr&#233;missante avaient tout de vivant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se laissant porter par la cadence du rocking-chair mains grattant les accoudoirs depuis des lustres yeux pliss&#233;s &#224; la Clint Eastwood riv&#233;s sur un chemin o&#249; personne ne vient la voix l&#224;-dedans qui ne veut plus sortir vie pass&#233;e &#224; attendre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les plis de la joue plaqu&#233;e contre le sol envahit l'oeil qui per&#231;oit le scintillement des flaques d'eau sur les pav&#233;s la perspective du trottoir avec des silhouettes qui s'approchent deviennent pieds qui le contournent visage &#233;cras&#233; contre le bitume muscles essayant de se rappeler la chute la m&#233;moire fait d&#233;faut mais les c&#244;tes fractur&#233;es la disent brutale go&#251;t de fer bouche en sang peine &#224; appeler &#224; l'aide&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux monticules imitation d'une poitrine d&#233;mesur&#233;e corps de sir&#232;ne &#231;a a commenc&#233; par les orteils adoration de formes une t&#234;te d&#233;passe air enthousiaste cache la peur d'&#234;tre en partie enterr&#233; vivant au milieu de la plage un corps de sable bien tass&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corps contraint &#224; l'&#233;treinte reste p&#233;trifi&#233; attendant que &#231;a passe s'oblige &#224; une marque d'attention l&#233;g&#232;re tape dans le dos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hoche la t&#234;te croise les bras encaisse le bouclier est &#233;pais certes le mental est d'acier la loyaut&#233; exemplaire mais &#224; force ce qui est dissimul&#233; et pas seulement l'ulc&#232;re &#231;a grandit et &#231;a risque d'exploser&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pression sur la voute plantaire fait r&#233;agir un point br&#251;lant entre le pouce et le majeur il en est ainsi de tout le corps oscillement d'un muscle inconnu du c&#244;t&#233; de l'omoplate ce ne sont pas les membres qu'on croirait a priori amis qui communiquent le plus entre eux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corps en renfermant d'autres poup&#233;es russes pr&#232;s des trois singes de la sagesse tout aussi poussi&#233;reux pos&#233;s voire m&#234;me fix&#233;s sur meuble en acajou le d&#233;cor veut qu'il y ait au moins un cadavre &#224; l'&#233;tage mais aucune histoire ne devrait encore avoir le droit de commencer par un cadavre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Simple raideur et puis tr&#232;s vite la crampe en m&#234;me temps il y a comme une pluie de grains de caf&#233; qui s'&#233;coule &#224; l'int&#233;rieur du ventre c'est &#224; ce moment-l&#224; que les pens&#233;es s'accordent sur le fait que c'est foutu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord des taches au loin sur le bas-c&#244;t&#233; d'une route deviennent corps ensuite se d&#233;tachent de l'herbe se cramponnent au regard p&#232;sent sur la conscience le reste de la journ&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jambes veulent mais il ne suffit pas de vouloir en deux temps trois mouvements &#231;a ne voulait d&#233;j&#224; pas dire grand chose avant l'aiguille entre dans la cuisse et transperce peut-&#234;tre m&#234;me le matelas mais &#231;a impossible &#224; savoir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Neige &#224; mi-mollet moufles enfonc&#233;es dans les poches d'une veste doubl&#233;e cr&#226;ne luisant envelopp&#233; dans un bonnet inspecte sto&#239;que et quelque peu perplexe l'empreinte encore fra&#238;che&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Doigts crisp&#233;s parcourant la peau caressant plusieurs fois la m&#234;me zone essayant de distinguer une &#233;ventuelle grosseur d'une simple courbure&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous-v&#234;tements en boule pr&#232;s du panier de linge sale &#233;voquent un corps nu et fatigu&#233; sous les draps d&#233;faits&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : peut-&#234;tre suis-je un peu trop rest&#233;e en surface, peut-&#234;tre n'est-ce pas assez visc&#233;ral&#8230;Jeu sur le corps et sur le genre mais quel genre je ne sais pas &#231;a manque d'indices et je suis &#233;ventuellement parfois un peu &#224; c&#244;t&#233; de la plaque.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;11. Une seule paire de mains du d&#233;but &#224; la fin&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4931&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Premier souvenir d'une main qui jette et qui attend que &#231;a revienne. Une enfance pass&#233;e &#224; frotter son pouce et son majeur en esp&#233;rant produire un claquement de doigts. Les dix agripp&#233;s remontant le drap, pour encore quelques minutes de r&#233;pit. Plus tard, tentatives d'une main d&#233;gourdie : combien de fois triche-t-elle avant de se faire prendre ? Elle imite sans le vouloir la main devant la bouche en o d'un film muet. En deux mille treize, elle a d&#233;ploy&#233; une frise sur le mur et, en allongeant simplement le pouce, est pass&#233;e d'un si&#232;cle &#224; l'autre. Elle ach&#232;te un marteau, &#224; la caisse elle compte les pi&#232;ces, une bague s'&#233;chappe de son index et continue sur le tapis roulant, sa main galope comme sur un tapis de course, rattrape l'anneau de justesse. Elle range le marteau dans la bo&#238;te &#224; gants, n'y pense plus ensuite, ses mains pas d&#233;brouillardes m&#234;me pour les menues r&#233;parations. La main d'une amie chasse la sienne port&#233;e &#224; la bouche trop souvent, ses ongles rong&#233;s parsemant le sol, &#231;a &#233;nerve tout le monde. Universit&#233; : main salivant devant un champion de pen spinning. Sur un divan, main en l'air, les doigts se r&#233;unissent pour former un bec d'ombre chinoise et r&#232;glent la fr&#233;quence, dosent la col&#232;re entre un et dix, &#224; l'aide d'un bouton qu'elle imagine les yeux ferm&#233;s. Elle ne compte pas les fois o&#249; elle a tendu le bras, d&#233;ploy&#233; la main puis l'index en direction des toilettes. Elle essore l'&#233;ponge tous les jours et tous les jours une goutte coule jusqu'au pli du coude. Elle s'ennuie souvent, sa main tourne en boucle autour d'une m&#232;che de cheveux. Un moucheron traverse les poils de sa main, plus tard le souffle d'un autre &#234;tre humain en son creux rend sa main moite qui se cramponne &#224; un &#233;cran de six virgule un pouces trop grand pour elle, vu son prix l'objet dure quelques ann&#233;es, voit la main vieillir mais l'empreinte reste identique malgr&#233; les papiers froiss&#233;s dans la col&#232;re par des mains impatientes qu'un jour elle plaque sur son assiette en refusant les plats, portant sans cesse ses mains sur ses hanches pour sentir les os. Main bless&#233;e devient misanthrope et ne sort pas de sa poche pendant plusieurs semaines, au bout d'un certain temps ouvrira &#224; nouveau la porte, les doigts jaunis de ses exc&#232;s. C'est une main classique, de forme traditionnelle, sans surprise, pas assez large pour dissimuler le soleil lorsqu'elle la met en visi&#232;re, pourtant elle est bourr&#233;e de r&#233;flexes mais pas toujours capable de supporter ses chutes, le poignet se tord, la main contrainte au repos. Elle ne s'en sert plus et, au bout de quelques semaines, la gauche lui para&#238;t plus famili&#232;re. Ses mains, essayant d'acqu&#233;rir un savoir-faire, ins&#232;rent une paire de doigts dans une paire de ciseaux, se d&#233;m&#232;nent avec les techniques d'antan, coupent la pellicule, annotent au marqueur de la taille de trois doigts, scotche, s'y reprend plusieurs fois jusqu'&#224; lever l'index pour demander &#224; revenir &#224; maintenant, prendre le clavier, pianoter les touches pour rallonger le film de trois images. Crise d'angoisse, le visage plong&#233; dans le creux de ses mains, attendant que &#231;a passe. &#192; trente ans, on ne peut plus &#234;tre en qu&#234;te de mains forteresses, il faut se d&#233;brouiller avec ses propres outils. Sur la pointe des doigts, travailler la souplesse jusqu'&#224; ce que les mains se retrouvent enfin plaqu&#233;es au sol. De cette soir&#233;e, elle n'a retenu que ces mains-l&#224;, celles qui n'ont pas applaudi. Les mains souvent d&#233;sesp&#233;r&#233;es, reli&#233;es &#224; rien, suspendues par un pouce, &#224; penser que les mains sont si nombreuses, il y a forc&#233;ment d&#233;j&#224; quelqu'un qui&#8230;alors &#224; quoi bon ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : proposition tr&#232;s stimulante &#224; partir de laquelle il y a tant &#224; dire et &#224; chercher, de petites choses qui font le personnage.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;9. Avant le soir&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La surface vitr&#233;e des photographies encadr&#233;es renvoie les reflets mouvants d'un serveur au loin. Une femme s'y arr&#234;te, cherche son visage. Un rayon de soleil irradie son sourire barr&#233; par la coul&#233;e noire d'un autographe. L'espace d'un instant, elle essaie de lire sur les l&#232;vres de l'homme qui gesticule derri&#232;re le rideau. Son attention se concentre sur une table, elle s'en approche, retourne une chaise et s'asseoit. Elle se balance, l'air de rien, et plaque ses doigts contre le dessous de la table. Sans quitter des yeux la sc&#232;ne vide, elle t&#226;te la planche de bois, saisit le relief de chatterton et l'arrache d'un coup sec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tige des verres entre chacun de ses doigts, leur tintement agit comme un rappel aux mille soir&#233;es d&#233;j&#224; pass&#233;es. Depuis le comptoir, il laisse son regard d&#233;vier d'un point &#224; l'autre de la salle, savourant les derniers instants de qui&#233;tude de cette heure flottante. Une lumi&#232;re blanche rase les murs, accentue la v&#233;tust&#233; de l'ensemble. Pleins feux sur les traces de doigts. Il enroule la pointe du torchon autour de son index et l'enfonce dans un verre &#224; pied. Son corps est tendu vers l'avant, attir&#233; par la sc&#232;ne vide &#8212; apr&#232;s tout, pourquoi pas lui ? Le torchon grince contre la paroi du verre, son geste est vif, en quelques secondes il se brise, le pied se d&#233;solidarise. Au loin, un l&#233;ger mouvement agite le rideau noir. Consid&#232;rant ces br&#232;ves fluctuations comme des avertissements, il revient &#224; sa tache, examine le pied du verre aux allures de pieu, de la pulpe de l'index caresse la pointe tout en se demandant si dans un cas pareil mieux vaut tout jeter ou tenter de recoller les morceaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier arriv&#233;, premier servi. Il longe le bar, sent le poids du regard en coin du serveur. En attendant son verre, il s'agenouille entre deux tables, d&#233;ploie une main devant ses yeux, cadre plusieurs endroits, imagine la pi&#232;ce comme un champ vide. &#192; premi&#232;re vue, la pi&#232;ce est &#233;troite mais une fois la sc&#232;ne retir&#233;e et les lourdes tables d&#233;gag&#233;es, l'espace para&#238;tra plus vaste. Tant d'&#233;paisseurs inutiles l&#224; o&#249; il suffit de supporter quelques bras accoud&#233;s et verres vite vid&#233;s. Viser l'&#233;pure. Il se rel&#232;ve, saisit son cocktail, enfonce la touillette dans le verre, l'agite dans le breuvage comme un poignard cent fois remu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;8. dedans &amp; dehors&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4924&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Int. 1&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les chaises sont renvers&#233;es sur les tables, la pi&#232;ce est en partie plong&#233;e dans l'obscurit&#233;, sur les murs des photos de c&#233;l&#233;brit&#233;s encadr&#233;es, rien dans les traits ne les distingue des gens de passage. Un rai de lumi&#232;re traverse la rang&#233;e de verres suspendus au-dessus du comptoir. Deux marches &#233;troites m&#232;nent vers une sc&#232;ne, un tabouret tr&#244;ne, se d&#233;tache d'un rideau noir, porte d'entr&#233;e vers de probables coulisses. Ici, lorsque les lumi&#232;res sont allum&#233;es, les gens install&#233;s, il s'agit pour un seul d'entre eux de faire rire l'assembl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Int. 2&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La maison de plain pied ouvre sur une enfilade de pi&#232;ces aux murs blancs, une lumi&#232;re dor&#233;e perce &#224; travers les ouvertures, de minces fen&#234;tres laissent passer un l&#233;ger courant d'air. Les rideaux fr&#233;missent, le vent, l'effet d'un geste, le passage rapide d'une silhouette. La porte entrouverte laisse appara&#238;tre les courbes d'un cerisier c&#244;t&#233; jardin, insensible aux bruits qui agitent c&#244;t&#233; rue. Une baie vitr&#233;e permet de contempler le reflet d'un int&#233;rieur dont on ne fait que r&#234;ver.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Int. 3&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, il faut prendre garde aux deux marches &#224; l'entr&#233;e, composer avec les bruits d'&#224; c&#244;t&#233;, les murs sont si minces, ils ne pr&#233;servent de rien. Le carr&#233; blanc d'une lumi&#232;re &#233;crasante se fige entre deux meubles et se d&#233;place &#224; travers la pi&#232;ce tout au long de la journ&#233;e, on en vient &#224; esp&#233;rer l'obscurit&#233;. Ce qui saute aux yeux : d&#233;grad&#233; de taches grasses et moisissures, relief d'un crouton de pain, ciel emp&#234;ch&#233; par un pan de mur, deux petites fen&#234;tres, lucarnes ou fragments d'un horizon nuageux.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Int. 4&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur la table, d'un jeu de dames ne reste que le plateau. Des coussins d&#233;fra&#238;chis tentent de faire oublier la raideur des chaises. &#192; d&#233;faut de fen&#234;tres, la lumi&#232;re reste allum&#233;e toute la journ&#233;e. Les corps composent avec les poutres qui obligent &#224; s'incliner, la pi&#232;ce se traverse en mode courb&#233;. Le robinet goutte, dans un endroit pareil le robinet ne peut que goutter. Le lieu n&#233;cessite qu'on s'efface pour mieux s'y incorporer, c'est-&#224;-dire se laisser tomber sur une chaise, ne plus chercher &#224; recomposer un lointain pass&#233;, s'en tenir &#224; l'usure ambiante, promener ses yeux au hasard, tomber sur les ombres au mur, ces silhouettes &#224; angles droits, figures des absents. Les travaux seront nombreux avant de pouvoir mettre la maison en vente.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ext. 1&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des galets forment un cercle o&#249; des branches pas encore devenues poussi&#232;re &#233;voquent les restes d'un feu, p&#233;rim&#232;tre blanchi par le froid autour duquel des corps transis se courbent sous plusieurs couches, tournant le dos aux arbres qui dirigent vers le ciel leur plafond touffu. Une brise l&#233;g&#232;re et deux tiges forment une parenth&#232;se. Amass&#233;es en tas, des herbes arrach&#233;es par des mains qu'il faut occuper. Apr&#232;s &#231;a, les plantes se r&#233;tractent &#224; la premi&#232;re approche. Juste l&#224;, sous les corps enfonc&#233;s, la terre s'affaisse. Le lierre grimpant menotte les chevilles, les poignets. Les corps creusent la terre puis inversent, les doigts gel&#233;s les joues en feu, bient&#244;t cadavres sous un tas de feuilles.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ext. 2&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs versions de cette rue, situ&#233;e &#224; un carrefour elle constitue un espace o&#249; tous les d&#233;sordres semblent possibles. Les gens s'y croisent, d&#233;marrent au quart de tour, font preuve de mauvais r&#233;flexes. Une de ses d&#233;clinaisons, c'est ce jour sans vie o&#249; l'intersection compose avec un ensemble de rues inanim&#233;es, acqu&#233;rant une forme d'unit&#233; dans ce vide. Les chaises sont entass&#233;es au coin de terrasses d&#233;sertes, un pneu roule et traverse la route. Est-ce que depuis les balcons tout para&#238;t plus vivant ? La ville en br&#232;ve suspension. Presque humiliant pour ceux qui restent.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ext. 3&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Devant une maison en pierre, sur le paillasson, un bouquet de fleurs fan&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ext. 4&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le plan du parc n'indique pas quel est le meilleur coin &#224; l'ombre mais les toilettes sont l&#224; et vous &#234;tes ici. Un labyrinthe de chemins &#233;troits fait se croiser poussettes et museaux de chiens. Cette eau stagnante et verd&#226;tre par endroits est bien le cercle bleu lagon repr&#233;sent&#233; sur le plan. L'aire de jeux ne d&#233;joue aucune attente, les enfants s'y relaient tout au long de la journ&#233;e, l'&#233;cho de leurs cris se fait entendre &#224; plusieurs rues d'ici. Pr&#232;s de l'entr&#233;e principale, la sculpture en bronze d'une femme debout invite &#224; s'avancer. Chaque matin &#224; la m&#234;me heure, une pie fait halte au sommet de son cr&#226;ne.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille &#8212; Pour les int&#233;rieurs, je pense &#224; Dolores Prato qui, &#224; la premi&#232;re page de &lt;i&gt;Bas la place y'a personne&lt;/i&gt; d&#233;crit un de ses premiers souvenirs, avec la description de l'espace &#171; sous la table &#187; o&#249; elle s'&#233;tait r&#233;fugi&#233;e. Pour les ext&#233;rieurs, je pense &#224; Harvey Keitel dans &lt;i&gt;Smoke&lt;/i&gt; (Wayne Wang et Paul Auster, 1995) interpr&#233;tant Auggie, qui tient un tabac &#224; l'angle de Third Street et Seventh Avenue, &#224; Brooklyn, et qui chaque matin &#224; huit heures prend la m&#234;me photo, du m&#234;me point de vue, jour apr&#232;s jour. M&#234;me si tout &#231;a n'a pas grand chose &#224; voir avec mes 4x2 qui eux-m&#234;mes n'ont pas grand chose &#224; voir les uns avec les autres.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;7. il y eut il y a toujours mati&#232;re &#224; vivre&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4923&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle mentit. Elles d&#233;vorent une tablette de chocolat devant un film d&#233;j&#224; vu cent fois, attendent que les parents disparaissent, font l'impasse sur la fin, se retrouvent dans la salle de bains, crachent dans l'&#233;vier le chocolat. L'une r&#233;agence les produits du quotidien afin de d&#233;gager le p&#233;rim&#232;tre, elle saute sur le rebord de la baignoire, ouvre la fen&#234;tre, montre le chemin. L'autre suit, le passage est &#233;troit, elle s'agrippe au pommeau de douche, des gouttes froides tombent sur son visage, elle est &#224; deux doigts de tout foutre en l'air. Enfin, elles sont dehors, courent vers un moteur qui grogne au loin. Ce soir, elle dort chez une amie. Elle se perdit. Elle observe le quai, il lui faut descendre, tout en sachant cela elle ne bouge pas, ce n'est pas une question d'audace, elle s'enfonce un peu plus dans son fauteuil. L'engin red&#233;marre, elle se raidit &#224; chaque virage. Elle va trop loin, descend quatre arr&#234;ts plus tard, d&#233;sireuse de revenir sur ses pas elle s'engouffre dans un d&#233;dale de places et de rue inconnues. Elle recula. Elle a entre trois et cinq ans, se tient pr&#232;s de ses parents, la main de sa m&#232;re plaqu&#233;e dans son dos l'encourageant &#224; avancer, au loin des bandes de gamins, ils semblent d&#233;j&#224; tous copains. Elle fit demi tour. Elle jette un oeil dans le r&#233;troviseur int&#233;rieur, la pluie frappe le pare-brise arri&#232;re, elle rentre. Elle n'a de compte &#224; rendre &#224; personne, pas besoin d'avouer qu'elle ne s'en sent pas capable. Elle se gare vite, sans veiller &#224; remettre les roues droites, fa&#231;on de dire c'est temporaire je suis sur le point de repartir. Elle pr&#233;texta. Qu'ils continuent sans elle, elle prend place sur un rectangle de velours rouge au milieu de la pi&#232;ce, une pancarte indique que ceci n'est pas une banquette pourtant &#231;a en a tout l'air. Elle masse son genou douloureux, son regard se pose sur le tableau qui lui fait face, &#224; ses c&#244;t&#233;s un gamin soupire, un homme lui bouche la vue. La mer est agit&#233;e, son estomac se noue, elle tente de contenir sa naus&#233;e en fixant l'horizon dor&#233;, pense que &#231;a rend quand m&#234;me bien mieux en vrai. Un homme d'&#233;quipage se tourne, elle reconna&#238;t le regard blas&#233; de l'enfant. Ils trinqu&#232;rent. Elle surveille l'heure, autre minute, autre si&#232;cle. Elle ne se retourna pas. Elle bo&#238;te, tente de faire bonne figure. Les lignes blanches parall&#232;les loin les unes des autres, elle essaie de les relier, elle sent le souffle des moteurs qui ronronnent dans son cou. Elle pourrait s'abstenir, rester chez elle, n'emb&#234;ter personne, les laisser aller &#224; leur rythme, abandonner l'id&#233;e de pouvoir encore les rattraper. Elle augmenta le volume de la radio. Combien de gens sont morts ? O&#249; est-ce ? Que peut-elle faire ? Elle allume une cigarette, ouvre la vitre, change de station de radio. Elle d&#233;m&#233;nagea. Les ann&#233;es passent, difficile de savoir combien, le temps file &#224; toute allure, elle descend des litres de caf&#233;, ne tient pas de comptabilit&#233; pr&#233;cise mais se mod&#232;re sur le nombre d'enfants, pas plus de deux. La maison n'est pas assez grande, il faut d&#233;m&#233;nager une seconde fois. Elle pleura. Des larmes de plusieurs jours, de diff&#233;rentes formes, un abattement qu'elle parvient &#224; dissimuler depuis quelque temps face aux autres mais qui, lorsqu'elle se retrouve seule, lui d&#233;forme le corps, les membres, la d&#233;figure. Elle fut moineau. C'est un spectacle o&#249; les parents sont fiers de leurs enfants, o&#249; les enfants se d&#233;guisent en oiseaux et r&#233;citent une histoire apprise par coeur, elle ne sait pas ce que &#231;a raconte, elle s'est concentr&#233;e sur son passage, n'a pas tout saisi quant &#224; la coh&#233;rence d'ensemble. Elle sait juste que celui qui lui donne la r&#233;plique est un &#233;tourneau. Elle souffla. Elle ne supporte pas leurs histoires, ne comprend pas leurs vies, elles sont les m&#234;mes, pareille &#224; la sienne, sans aventure. Sous les encouragements, elle s'incline et prom&#232;ne son visage au-dessus du g&#226;teau, ils savent pourtant qu'elle n'aime pas &#231;a. Elle se penche quand m&#234;me, le scandale c'est pas son truc, elle souffle les bougies, met le feu &#224; la nappe, la tabl&#233;e s'embrase. Elle s'ennuya. Elle cherche quelque chose &#224; dire mais rien ne vient. Les mots s'encha&#238;nent tr&#232;s bien dans la bouche de son interlocuteur, elle n'a aucune id&#233;e de ce qu'elle fait l&#224;. Elle se pr&#233;cipita. Elle refuse toute forme de communication, crie qu'elle n'a pas faim, fonce dans sa chambre. Elle ouvre un carton, sort ses vieux cahiers d'&#233;cole, prend leur place, se recroqueville, referme le carton. Elle se blessa. Elle d&#233;barrasse la table, r&#233;unit les couverts, rassemble les assiettes pleines, sales, &#233;caill&#233;es, rarement bris&#233;es, elle n'est pas maladroite, pourtant dans sa main un verre &#224; pied se casse &#8212; en deux morceaux, elle porte son index &#224; sa bouche, une goutte de sang s'&#233;chappe et s'effondre sur la nappe. Elle fut vernie. Elle ponce, troisi&#232;me &#233;tape, elle projette de fines pellicules de poussi&#232;re tout autour d'elle, peu concentr&#233;e sur sa t&#226;che, elle se trouve un peu gonfl&#233;e de s'approprier ce meuble, en trois g&#233;n&#233;rations il n'a jamais chang&#233; de couleur et voil&#224; qu'elle superpose trois couches de peinture bleue. S'ensuit un compromis avec les fant&#244;mes, elle promet de conserver un &#233;l&#233;ment intact, la poign&#233;e, elle la vernit, tout simplement. Elle chuta. Dans les premi&#232;res minutes, il y a une douleur diffuse qui, tr&#232;s vite, s'intensifie, elle ne parvient pas &#224; la localiser, son corps entier semble bris&#233;. Des bouts d'os et de verre pars&#232;ment la chauss&#233;e, un m&#233;got de cigarette fume encore pr&#232;s de son visage, elle d&#233;ploie ses narines, ne parvient pas &#224; en saisir l'odeur. Elle tartina. &#224; d&#233;faut de pouvoir l'&#233;taler, elle en fait des tranches, c'est s&#251;rement la derni&#232;re fois qu'elle mange de la p&#226;te de coings, une consistance pareille, &#231;a ne devrait pas se mettre en bouche. Elle regarde l'&#233;tiquette sur le couvercle, &#231;a remonte &#224; si loin &#8212; elle voyait tous ces pots s'accumuler sur les &#233;tag&#232;res en se demandant si on les mangerait jamais &#8212; les mains qui l'ont pr&#233;par&#233;e ne font plus rien maintenant. Elle croque dans la biscotte. Des miettes, partout. Elle freina. Les branches du saule pleureur caressent le pare-brise tandis qu'elle entre dans le garage. Elle lista. Elle fait le bilan, trouve l'exercice inint&#233;ressant, mi litt&#233;rature mi liste de courses, ce qui a &#233;t&#233; accompli ne la rassure pas, ce qu'il reste &#224; faire elle le laisse de c&#244;t&#233;, tourne en rond, se demande si la cl&#233;, ce n'est pas plut&#244;t de s'inventer un pass&#233;. Elle escalada. Elle s'&#233;tonne elle-m&#234;me d'&#234;tre parvenue au sommet elle prend un instant pour visualiser le lieu, son antre pour les prochaines semaines. Vieille maison en travaux, jardin potager, vue sur les massifs. L'endroit est inaccessible l'hiver. C'est ainsi qu'&#224; mille six cents m&#232;tres d'altitude, elle tend l'oreille, le silence la saisit. Elle vieillit. Ou alors elle grandit, o&#249; en sommes-nous ? Quoiqu'il en soit, elle n'aime toujours pas les f&#234;tes. Elle d&#233;m&#233;nagea. Elle prend une route caillouteuse, elle se tend, esp&#232;re ne pas devoir freiner au milieu d'une pente si abrupte, elle ne pourra pas red&#233;marrer, son genou lui fait mal, sa jambe tremble, elle part en arri&#232;re, pas elle la voiture, bute contre un arbre, le coffre se fait accord&#233;on mais elle n'a rien, elle sort, retrouve enfin le go&#251;t d'une vie au grand air. Elle mourut. Elle revient &#224; la case d&#233;part, se compromet dans des encha&#238;nements maladroits, fonce en ligne droite, d&#233;vore les obstacles, lance le d&#233; trois fois d'affil&#233;e, d&#233;nu&#233;e de tout esprit d'&#233;quipe. Qu'est-ce qu'une revanche si ce n'est pas tenter le tout pour le tout ? Elle mourut une seconde fois.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : Se concentrer sur autre chose que sur les points pivots, ici pas de grands &#233;v&#233;nements, du moins en apparence. Pass&#233; simple qui met en avant des gestes et actions d'une banalit&#233; d&#233;sesp&#233;rante mais qui une fois qu'on les p&#233;n&#232;tre dans le pr&#233;sent permettent d'exprimer la singularit&#233; du personnage, la fa&#231;on qu'elle a d'appr&#233;hender le monde qui l'entoure.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;6. Noms et ce que l'on sait d'eux&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4922&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je r&#233;fl&#233;chis &#224; un pr&#233;nom qui ne soit pas trop lourd &#224; porter. Pourtant je lui offre Jos&#233;phine. En lui donnant ce pr&#233;nom, j'inocule en elle une forme de col&#232;re. Je la laisse ensuite le triturer, en effacer les trois quarts. Partout o&#249; il sera inscrit, elle barrera la quasi totalit&#233; des lettres. &#231;a donnera Jo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la m&#234;me chose avec Juliet, pareillement raccourcie, hach&#233;e, &#231;a la rend tout de suite moins docile. Elles se passeront de ces syllabes qui rendent leurs pr&#233;noms d&#233;suets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi pas changer en cours de route, si on se lasse ? On ne peut pas prendre et puis jeter ? C&#233;cile devient bien Lola dans le film du m&#234;me nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lola, Cl&#233;o, C&#233;line et Julie, que penser de ces cin&#233;astes dont les muses s'appelaient Agn&#232;s et Bulle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iris et Garance reviennent souvent, deux pr&#233;noms polis qui nous &#233;tonnent une fois qu'on conna&#238;t ces femmes. Cela dit, elles ne sont pas faciles d'acc&#232;s, il faudra y revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai choisi pour un personnage le pr&#233;nom d'Emily Jane, un nom qui encourage &#224; devenir quelqu'un. C'&#233;tait un nom temporaire, pour l'aider &#224; passer un cap, l'adolescence, &#224; se distinguer de cette masse de pr&#233;noms uniformes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me semble plus facile de trouver le nom d'un personnage qu'une typographie supportable. Peut-&#234;tre que Georgia est un bon compromis, la musique vient ensuite toute seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui avais donn&#233; un nom sans penser que, sa vie durant, il le prononcerait en b&#233;gayant. C'&#233;tait un nom en G ou en B, je ne me souviens plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un nom qui perd ses majuscules devient-il soudain plus petit aux yeux de tous ? jeffbezos p&#232;se toujours cent quatre-vingts millards.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai travaill&#233; avec un auteur-cr&#233;ateur de contenus, &#231;a n'a dur&#233; que quelques heures, il &#233;tait &#224; cheval sur les courbes, les pr&#233;noms en vogue, m'a propos&#233; une suite de noms fades et sans l'ombre d'une contradiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au deuxi&#232;me pr&#233;nom et &#224; ceux qui viennent apr&#232;s, je n'y vois que lourdeur. Nous sommes nombreux &#224; porter les pr&#233;noms de nos anc&#234;tres. Chantal Caroline Ang&#232;le Christine Fran&#231;oise B&#233;n&#233;dicte Marie. Je n'infligerai jamais un tel poids &#224; un personnage. Pourtant, il y en a, des potentialit&#233;s narratives avec chacune prise &#224; part.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : Peut-&#234;tre mon texte manque-t-il de densit&#233;. Je m'en tiens &#224; des pr&#233;noms pour les personnages mais j'ai envie de r&#233;fl&#233;chir &#224; ce que je pourrai leur accoler qui d&#233;passe le seul patronyme, qui donnerait corps et rythme. Je pense au travail de Gabriel Gauthier dans &lt;i&gt;Speed&lt;/i&gt; et &#224; son personnage, Olivia Speed. Je pense aussi &#224; &lt;i&gt;d&#233;finitif bob&lt;/i&gt; chez Anne Portugal et &#224; &lt;i&gt;Pigeon Garay&lt;/i&gt; chez Juan Jos&#233; Saer. Voil&#224; des noms qui donnent envie de passer d'une ligne &#224; la suivante.&lt;/div&gt;
&lt;h2&gt;5. Dans le noir y voit encore&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4920&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;teint la lumi&#232;re, ne ferme pas ses yeux pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;teint la lumi&#232;re, d&#233;visse l'ampoule par pr&#233;caution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;teint la lumi&#232;re, se retrouve sur une presqu'&#238;le, contemple l'obscurit&#233; avec fascination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;teint la lumi&#232;re, se tourne dans le lit, sa colonne vert&#233;brale s'affaisse au creux du matelas, il faut le changer, elle &#244;te ses chaussettes &#224; l'aide de ses orteils et se r&#233;veille plusieurs fois la nuit pour penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;teint la lumi&#232;re. L'id&#233;e des doigts des autres avant elle la d&#233;go&#251;te, elle presse l'interrupteur avec son coude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;teint la lumi&#232;re impatiente se cache derri&#232;re la porte pr&#234;te &#224; surgir lorsqu'il arrivera il la prendra pour quelqu'un d'autre &#231;a finira mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#224; peine a-t-elle &#233;teint la lumi&#232;re que l'enfant lui demande de laisser celle du couloir allum&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt; Elle &#233;teint la lumi&#232;re, se rep&#232;re gr&#226;ce &#224; la fen&#234;tre qui, vitres et volets ouverts, lui renvoie la lumi&#232;re des lampadaires, un m&#233;lange de voix et de musique, une odeur de cigarettes, la f&#234;te tire sur sa fin mais dure encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;teint la lumi&#232;re, sent sa dent de lait qui bouge, a peur de l'avaler si elle tombe pendant son sommeil, elle ne peut pas dormir, pourtant elle finira bien par les fermer, ses yeux, sa dent ne tombera que trois jours plus tard comme quoi tout ne tient qu'&#224; un fil et plus robuste qu'elle ne croit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;teint la lumi&#232;re, son pouce tremble, reste accroch&#233; &#224; l'interrupteur, ses doigts s'emm&#234;lent dans le cordon, la lampe de chevet tombe, des pas se pr&#233;cipitent pour l'aider. Elle s'en savait incapable mais elle voulait &#233;teindre seule cette fichue lumi&#232;re comme elle l'a fait toute sa vie, en gestes &#233;l&#233;gants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle &#233;teint la lumi&#232;re, elle entend un moustique, flemme de rallumer, de le chercher, d'essayer de le tuer avec son livre de chevet qui ne sert plus qu'&#224; &#231;a, quatri&#232;me de couverture qui vaut son pesant de sang de moustique il n'aura pas le sien elle a rallum&#233; la lumi&#232;re, arr&#234;t&#233; de respirer, a vu l'ombre d'un lion, c'&#233;tait sa crini&#232;re &#224; elle a frapp&#233; un coup un seul, franc, elle l'a eu.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : beaucoup aim&#233; l'exercice, je me suis sentie tr&#232;s libre, je me demande si je vais parfois assez loin pour ce qui est d'entrer dans le geste lui-m&#234;me, je suis peut-&#234;tre plus dans ce que le geste, en lui-m&#234;me, implique &#8212; &#233;teindre la lumi&#232;re, dans ce que ce geste, en interrompant, ouvre.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;4. punition / r&#233;cr&#233;ation&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4919&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;version douce, punition&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Son index suit les lignes color&#233;es qui traversent les motifs floraux de sa robe, h&#233;site, contourne sa poitrine, pudique. Elle baisse la t&#234;te vers son torse, se cr&#233;e un double menton, le jaune fluo remonte jusqu'&#224; son cou. Elle lance un regard coupable vers le surligneur sur le rebord de la fen&#234;tre. Une timide ouverture laisse passer les voix des enfants au loin. Pas si loin, sous ses yeux. Dans la cour, le vent d&#233;coiffe les t&#234;tes sans bonnets, soul&#232;ve les jupes de celles qui en portent encore, envoient valser les feuilles aux teintes dor&#233;es. Elle reste &#224; l'&#233;cart de l'automne et de ses camarades qui s'amusent ou se disputent, quoiqu'il en soit se d&#233;foulent. Elle absorbe le silence de la salle de classe qui, vid&#233;e d'&#233;l&#232;ves, appara&#238;t comme un tout autre lieu, o&#249; une ambiance y aurait &#233;t&#233; associ&#233;e par erreur, un silence comme un autre mais qui ne convient pas &#224; un tel espace. Cet environnement solennel ne la d&#233;range pas, au contraire. Elle se r&#233;p&#232;te des mots interdits pour justifier son comportement et esp&#232;re que les vitres sont assez &#233;paisses pour que l'institutrice n'entende pas ses pens&#233;es. Par pr&#233;caution, elle se d&#233;cale de quelques centim&#232;tres, ses trois pas chass&#233;s ne suffisent pas, l'institutrice ne quitte pas son champ de vision, en une chor&#233;graphie synchrone au mouvement de ses yeux, la femme se d&#233;place et, entre deux disputes qu'il faut calmer, court vers un nez qui saigne. Elle est mieux ici, loin du caprice des autres, eux qui maintenant qu'elle attend lui paraissent plus enfants qu'elle-m&#234;me. Elle se conforte en observant d'autres solitudes, telle la pr&#233;sence rassurante, &#224; quelques m&#232;tres de l&#224;, d'une petite reine sur son banc, la pointe de ses pieds touchant difficilement le sol, le regard vague, perdu, ennuy&#233;. Elle sent un l&#233;ger souffle, c'est que le vent doit &#234;tre fort &#224; l'ext&#233;rieur pour parvenir jusqu'&#224; elle. Un gar&#231;on, genou &#224; terre, subit la loi du plus fort, d&#233;fend comme il peut son territoire &#8212; l'arme, un bout de bois &#8212;, tout se joue dans le bref espace entre le perron et la balan&#231;oire. Le combat s'arr&#234;te au moment o&#249; celui que tout le monde prenait pour le roi se met &#224; pleurer. Ils sont seuls dans leurs m&#233;taphores, ces jeux, s'ils en sont, ne l'amusent pas, papa maman commer&#231;ants, elle pr&#233;f&#232;re encore la punition. Elle leur sort la langue, la laisse pendante, l'approche d'un carreau, remarque la salet&#233; accentu&#233;e par la lumi&#232;re d'un soleil particuli&#232;rement orang&#233;, elle ne va pas jusqu'au bout et d&#233;tourne les yeux de ces relations forc&#233;es &#8212; s'ils n'avaient pas tous le m&#234;me &#226;ge, est-ce qu'ils se fr&#233;quenteraient ? Ses yeux s'&#233;garent sur les dessins punais&#233;s, elle ne sait quoi en penser, ne se sent pas concern&#233;e, &#224; trop les regarder ils font resurgir en elle une sourde col&#232;re n&#233;e du fait que dans sa chambre, elle ne peut rien accrocher. Elle a bien fait de souligner au jaune fluo cette robe qui, si &#231;a ne tenait qu'&#224; elle, serait rest&#233;e dans le placard. Isol&#233;e au fond de la salle de classe, elle susurre une nouvelle s&#233;rie d'insultes aux sonorit&#233;s s&#233;v&#232;res mais dont la maladresse &#8212; les syllabes, d&#233;bit&#233;es trop vite, s'entrem&#234;lent &#8212; ne lui permettent pas de supplanter le bruit de fond &#8212; les voix des autres. Alors elle se raconte le mur, se sert de tout ce qui se trouve devant elle mais l'ennui vient quand m&#234;me. Les dix minutes touchent &#224; leur fin, la sonnerie se d&#233;clenche, les portes s'ouvrent, elle les sent surgir dans son dos. Ils retrouvent difficilement leurs chaises, un semblant d'immobilit&#233; et leurs murmures &#8212; elle les entend &#8212;, leurs gesticulations &#8212; elle les devine &#8212; cherchent encore sur quoi se d&#233;fouler. Elle continue &#224; regarder en direction de la cour, reste le vent, les feuilles et l'ambiance, celle qui n'avait pas sa place dans la salle de classe quelques minutes plus t&#244;t s'est d&#233;plac&#233;e dans la cour de r&#233;cr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille douce : un lien avec le film documentaire de Claire Simon, &lt;i&gt;R&#233;cr&#233;ations&lt;/i&gt;, avec l'id&#233;e de me mettre &#224; la place d'un enfant qui serait rest&#233; seul en salle de classe pendant que les autres sont &#224; l'ext&#233;rieur.
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;version dure, r&#233;cr&#233;ation&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pas bouger. Elle observe sa robe souill&#233;e par des traces jaune fluo grossi&#232;res, les motifs floraux semblent vomir leurs propres tiges. Les autres ne sont pas l&#224;. Il n'y a qu'elle, &#224; l'&#233;cart, en int&#233;rieur jour salle de classe o&#249; pas un mot ne sera prononc&#233;, rien que le silence frappant et les mots interdits qu'elle r&#233;p&#232;te &#224; demi voix. La fen&#234;tre entrouverte en position oscillo-battante laisse passer leurs voix aig&#252;es et chouinardes. Ils sont dans la cour, courent, crient, rejoignent leurs territoires respectifs, tentent d'en acqu&#233;rir de nouveaux en combattant arm&#233;s de bouts de bois qu'ils imaginent tranchants. P&#233;rim&#232;tre carr&#233; comprenant un ensemble de territoires, mal r&#233;partis, acquis par caprices et coups de pieds, g&#233;opolitique de cour de r&#233;cr&#233;. Il semblerait qu'il n'y ait que des drames qui se jouent l&#224;-bas, elle est mieux ici, m&#234;me punie. Les feuilles s'emballent en un tourbillon automne-hiver, elle se voit les &#233;craser, entend le scrountch sous sa semelle. Elle tape du pied, fait g&#233;mir le plancher. Br&#232;ve d&#233;lectation &#224; la vue de l'institutrice, celle qui l'a punie et qu'elle devrait d&#233;tester, submerg&#233;e par les &#233;motions de tous ces enfants qui pleurent sans savoir pourquoi. Elle pense que ces larmes-l&#224;, &#231;a s'appelle chialer et que ceux-l&#224;, vus d'ici, de l'immense solitude o&#249; elle se trouve, ont l'air plus enfants qu'elle-m&#234;me. Elle lance un regard de d&#233;fi &#224; ses camarades. Camarades, tu parles. Tous tra&#238;tres un jour &#224; leur mani&#232;re. Seul le crit&#232;re de l'&#226;ge justifie le fait de les fr&#233;quenter. Elle se d&#233;cale de quelques centim&#232;tres, deux pas de c&#244;t&#233;, son corps trop raide pour une enfant. Elle sort la langue, l'approche du carreau, la perspective lui permet de saliver sur la t&#234;te d'un groupe de gar&#231;ons qu'elle n'aime pas mais une t&#226;che couleur rouille la fait reculer. Sa langue, elle la remballe. Elle surveille l'angle de la cour o&#249; elle se r&#233;fugie souvent d&#233;sormais pris d'assaut par deux gar&#231;ons qu'elle n'appr&#233;cie pas vraiment mais avec lesquels elle a r&#233;cemment r&#233;fl&#233;chi &#224; la meilleure mani&#232;re de tricher. Ins&#233;parables, c'&#233;tait eux deux ou rien. Le surligneur jaune fluo tra&#238;ne par terre, elle ne le ramasse pas. Pas un pas de travers. Pas bouger. Elle devine que ceux-l&#224; jouent &#224; la prison, elle y a d&#233;j&#224; particip&#233;, les mains attach&#233;es dans le dos pour de faux, n'importe quel objet vertical, bout de bois, morceau de goutti&#232;re, faisant office de barreau. Des arbres, partout. Enfants adoss&#233;s aux troncs, vert&#232;bres sur bois, tant de g&#233;n&#233;rations ne font plus qu'une. Et comme ils ne savent pas lire ce que les plus grands ont grav&#233; sur les troncs, ils s'amusent &#224; gratter l'&#233;corce. Des mains aux ongles sales et rong&#233;s n&#233;gocient un tas de feuilles mortes qui dans leurs yeux repr&#233;sentent un sacr&#233; pactole. Deux copains salivent dans un coin, elle d&#233;tourne les yeux pour ne pas les voir mesurer leurs crachats. Toujours les m&#234;mes jeux. Pas bouger. Le bruit de sa chaussure sur une feuille morte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle plaque ses mains contre le mur, il n'y a que lui qu'elle puisse affronter dans l'imm&#233;diat. Elle froisse les dessins des autres, s'arr&#234;te sur un, en d&#233;chire un coin, saisit la punaise entre son pouce et son index, l'enfonce dans la paume de sa main jusqu'&#224; voir poindre une goutte de sang, une fois qu'elle s'en sait capable, ne touche plus &#224; rien. Consciente de son impuissance, elle r&#233;p&#232;te plus haut les mots interdits putainputainputainputainputainputainputainputainputainputainputainputainputain, ne s'arr&#234;te qu'au moment o&#249; la sonnerie retentit, mettant un terme aux dix minutes de solitude. Voil&#224; ce qu'elle en fait, de cette punition, elle l'appr&#233;cie. Les portes claquent, les enfants d&#233;boulent et prennent place &#233;nerv&#233;s, pas repos&#233;s, jamais totalement immobiles sur leurs chaises, cherchant encore sur quoi se d&#233;fouler, toujours pr&#234;ts &#224; en venir aux mains. Toute cette &#233;nergie juste l&#224;, dans son dos. L'institutrice coup&#233;e aux hanches, debout derri&#232;re son bureau, entame une dict&#233;e. Grincent les cahiers &#224; spirale. Tout le monde semble l'avoir oubli&#233;e. Pas bouger.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille dure : j'ai pens&#233; au personnage de Flora dans &lt;i&gt;The Piano&lt;/i&gt; et &#224; la col&#232;re qu'elle d&#233;veloppe en se retrouvant mise de c&#244;t&#233;, ce que sa solitude impos&#233;e d&#233;clenche en elle.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;3. quai d'agrumes&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4916&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;en long&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#234;tre venus tous ensemble, repartir seule. Dispers&#233;s. Certains, d&#233;j&#224; partis. D'autres sont rest&#233;s. Iris cherche ce qu'il reste d'entrain, il semblerait qu'il n'y en ait plus. Tandis qu'elle arpente les rues tout en sachant tr&#232;s bien o&#249; elle va (gare &#8212; quitter la ville), elle essaie de reconstruire mentalement les derni&#232;res heures &#8212; sa vie enti&#232;re lui semblerait moins difficile &#224; retracer &#8212;, rien &#224; faire, rien de pr&#233;cis ne vient, rien qu'un m&#233;lange confus. Elle n'a aucune raison de rester puisque la seule raison pour laquelle elle a mis les pieds ici est pass&#233;e, consomm&#233;e, g&#226;ch&#233;e. Pas utile de prolonger, il n'a jamais &#233;t&#233; question de rester, l'espace s'est simplement un peu trop &#233;tir&#233; entre l'aller et son retour. Pieds, poings, cheveux li&#233;s, tout le reste anesth&#233;si&#233;, tu parles d'un s&#233;jour. Iris laisse passer un vieil homme au corps flottant, elle ne distingue plus marches avant et arri&#232;re. Il ne se passera plus rien d&#233;sormais, qu'elle se d&#233;brouille avec &#231;a. Une larme coule, traverse son visage, fend sa joue en diagonale, arrive jusqu'&#224; ses l&#232;vres. Iris absorbe la goutte du bout de sa langue, le jus de sa blessure, le go&#251;t du pamplemousse. C'est ce qu'elle se r&#233;p&#232;te, imagine-toi un pamplemousse, juteux et amer. Imagine &#231;a et tu en voudras moins au monde entier. Elle ne voit pas la ville comme d'autres la regardent. N'y a-t-elle jamais trouv&#233; aucun charme ? Y &#234;tre venue avec son corps miniature pour envahir les rues de ses bras lev&#233;s sans retenue, tendus au maximum, en portant sa voix toujours plus haut, avoir sillonn&#233; les grands art&#232;res, rempli la ville. Tout l'anecdotique de la ville qui maintenant lui saute aux yeux. Elle ne prenait pas garde aux d&#233;tails, voyait tout en grand. De l'effusion au visage en pamplemousse, qu'y a-t-il ? Le trou noir, le trop bref. D&#233;sormais, il lui faut faire preuve de vigilance &#224; chaque pas. Les trottoirs d&#233;bordent de leurs propres pav&#233;s, plus saillants que jamais, Iris tr&#233;buche, se reprend, conna&#238;t le chemin, le cherche quand m&#234;me. Ce n'est pas le noir total mais une sorte de flou, d'obscurit&#233; en pointill&#233;s qui fait dispara&#238;tre quelques m&#232;tres, assure les suivants. Iris, ne sachant plus vraiment o&#249; mettre les pieds, comprend mieux l'&#233;tonnement de l'infirmi&#232;re lorsqu'elle lui a r&#233;pondu que non, personne n'&#233;tait l&#224; pour venir la chercher et la raccompagner. Partie pour quelques heures comme on se rendrait au travail ou faire des courses, revenir des jours apr&#232;s, avoir menti, n'avoir rien dit, &#233;viter les questions, pour n'avoir jamais &#224; s'expliquer, &#224; expliquer ce qu'elle-m&#234;me ne comprend pas. Revoir l'ordre des priorit&#233;s. M&#234;me les grands boulevards paraissent plus &#233;troits. Iris balaie de la main l'espace devant elle &#8212; la rue, les pare-brises aux reflets aveuglants &#8212;, les mouches qui d&#233;filent devant ses yeux se font plus nombreuses, en se superposant &#224; leurs silhouettes elles donnent aux passants des allures mystiques. Iris gesticule &#8212; mod&#233;r&#233;ment, elle ne veut pas passer pour une folle &#8212; mais ne parvient pas &#224; les chasser, des amas de mouches noires et de visages d&#233;tach&#233;s se forment &#224; diff&#233;rents endroits de son champ de vision. Iris parvient &#224; rep&#233;rer un panneau d'indication affichant en majuscules italiques la direction de la gare et du centre historique. Une route tout juste goudronn&#233;e &#8212; l'odeur, cette odeur &#8212; oblige les gens &#224; d&#233;vier leur trajectoire, Iris ne s'en rend compte qu'une fois en son milieu &#8212; l'odeur, c'est l'odeur qui la fait sortir de sa torpeur &#8212;, les pieds enfonc&#233;s dans le goudron chaud. Se d&#233;sembourber, quitter la ville dont elle n'a vu que de larges avenues reliant &#224; la m&#234;me place, terreau de luttes, et puis un h&#244;pital &#8212; pas m&#234;me entier, seulement une chambre et l'ascenseur menant au rez-de-chauss&#233;e &#8212;, la gare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gare. Une rang&#233;e de bornes en libre-service, devant chacune une file de gens. Iris fait du sur place, tourne sur elle-m&#234;me, patiente derri&#232;re ceux qui lui tournent le dos et &#233;vite le regard des autres, lat&#233;raux. C'est toujours le son qui vient en premier. Comme si ensuite il n'y avait rien, rien d'autre que le bruit &#224; chaque fois plus fort, plus aigu, plus pr&#232;s. Dans sa poche, le t&#233;l&#233;phone vibre depuis plusieurs heures, pas susceptible, pas vex&#233; tandis qu'elle continue &#224; l'ignorer. Iris &#244;te le casque de ses oreilles, s'il se passait quelque chose elle ne l'entendrait pas. Les haut-parleurs crachent des annonces sans int&#233;r&#234;t, du moins rien qui ne la concerne. Une femme et un homme se quittent sur un quai, classique. Une cam&#233;ra se tient &#224; quelques m&#232;tres d'eux, l'&#233;quipe est ramass&#233;e sur un bout de quai, le tournage ne bloque qu'une partie de la gare, il y a toute la place ailleurs pour les autres all&#233;es et venues. Elle pourrait s'asseoir sur un banc en attendant. Il y en a un l&#224;, tout pr&#232;s. Elle ne bouge pas, droite, raide, immobile. S'asseoir, ce serait d&#233;j&#224; amorcer l'&#233;ventualit&#233; de rester. Une l&#233;g&#232;re houle floue et mouchet&#233;e file devant ses yeux, les groupes de gens, rassembl&#233;s un peu partout, la rendent nerveuse, ils se croisent juste l&#224;, au niveau de ses cervicales, la pi&#233;tinent entre la C4 et la C5, lui communiquent un d&#233;but de migraine. Le temps de se retourner, la file s'est r&#233;duite de moiti&#233;. N'y aurait-il soudain plus personne d&#233;sireux de partir ? Iris avance, ne remarque pas la femme et l'enfant qui passent pr&#232;s d'elle. L'enfant l&#232;ve les yeux vers Iris, subtilise le visage de la jeune femme pour l'associer &#224; celui d'un pirate, interroge la femme qui lui tient la main, peut-&#234;tre sa m&#232;re, peut-&#234;tre pas, et qui n'en sait rien, qui n'a pas vu Iris, qui regarde droit devant elle, l&#224; o&#249; se trouve l'urgence, ce n'est pas le moment de discuter, ils sont &#224; deux pas de le rater. Iris ignore la grogne &#224; l'int&#233;rieur de son visage, au-dessus de sa pommette droite, se plaque contre la borne. &#224; son tour, rien qu'&#224; elle. Apr&#232;s &#231;a, il lui faut composer avec les touches, options et choix &#224; faire, superposer ses traces de doigts &#224; celles laiss&#233;es par les autres, avec l'espoir de trouver un train au d&#233;part imminent et dans ses moyens mais elle ne compte pas trop sur ce dernier point. Cocher l'option retour &#224; la case d&#233;part, payer, billet en main constater que le train accuse d&#233;j&#224; trente-cinq minutes de retard. Le vibreur secoue sa poche, Iris, au hasard, choisit un num&#233;ro de voie, se plante sur le quai 6A. Et puis tant pis, s'assoit quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La femme monte dans le train, sans v&#233;rifier son num&#233;ro de voiture ou sa destination, confiante. Iris jette un oeil sur son t&#233;l&#233;phone, ne sait pas quoi faire de l'objet, l'a sorti de sa poche pour s'occuper les mains. Elle efface d'une caresse les seize appels en absence, ferme les onglets, formation du nouveau gouvernement, trafic en temps r&#233;el, m&#233;t&#233;o sur quatorze jours, erreur lors du chargement de la page. Iris se demande si la cam&#233;ra va tourner jusqu'au d&#233;part du train. Si ce n'est pas film&#233;, on pourra toujours se demander si la femme a v&#233;ritablement quitt&#233; la ville, s'il ne lui est pas soudain venu &#224; l'id&#233;e de descendre du train et de rejoindre l'homme, pour ne plus jamais le quitter. Le visage coulant de pamplemousse, Iris se dit qu'il ne faut pas couper. Si elle ne voit pas le train partir, elle pourra toujours douter. Une demi-heure, sept prises, un changement de lumi&#232;re, une retouche maquillage, la femme monte les marches du train avec toujours autant d'allure. Parmi les annonces, le train d'Iris. Il lui faut se d&#233;p&#234;cher, courir trois voies plus loin. Elle se l&#232;ve du banc, se d&#233;colle difficilement, ses semelles au goudron chaud emportent un bout de quai, ainsi la ville qu'elle fuit elle ne la quitte pas vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;en bref&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des traces noires sillonnent le sol de la gare, serpentent sur quelques m&#232;tres, t&#233;moignent de pas h&#233;sitants. Rep&#232;res &#233;ph&#233;m&#232;res &#8212; les agents d'entretien passent plusieurs fois par jour &#8212; menant &#224; Iris, le visage inclin&#233; sur une borne en libre-service, doutant non pas de la destination &#224; choisir mais de sa capacit&#233; &#224; rester debout. En lui transmettant le papier l'autorisant &#224; sortir, par l&#224; m&#234;me &#224; quitter la ville, l'infirmi&#232;re s'&#233;tait inqui&#233;t&#233;e de la voir quitter l'h&#244;pital seule, s'&#233;tait retenue de lui faire la morale. Un oeil en moins, Iris n'irait pas bien loin. Il s'agissait simplement de rentrer. Elle avait fait le chemin &#224; pied jusqu'&#224; la gare, persuad&#233;e que les passants dans la rue, emport&#233;s par leurs chass&#233;s-crois&#233;s, auraient moins de temps pour la d&#233;visager que les passagers d'un bus, avec rien d'autre &#224; faire que la regarder. Iris r&#233;cup&#232;re son billet, caresse le relief de son bandage, se dissimule sur un banc en retrait au bout de la voie 6A. C'est ici m&#234;me qu'elle avait d&#233;barqu&#233;, au sein d'un groupe dont elle ne connaissait que quelques membres et qui lui-m&#234;me s'&#233;tait joint &#224; d'autres groupes en une marche bien organis&#233;e : place, grandes art&#232;res, bras lev&#233;s. Le t&#233;l&#233;phone vibre contre sa cuisse, Iris laisse faire, range son casque dans son sac, elle ne peut plus &#233;couter de musique, les autres bruits sont trop pr&#233;sents. Forts, aigus, prenants. Ceux de la foule. Celui des semelles qui d&#233;rapent sur le gravier. Celui qui claque sur son visage. Voie 6B, une femme et un homme se quittent sur un quai, suivis par une cam&#233;ra qui en travelling rend le d&#233;part plus harmonieux, peut-&#234;tre moins difficile pour eux. L'&#233;quipe de tournage est ramass&#233;e sur un bout du quai, en-dehors du monde tout autant qu'Iris qui ne sait plus ce qu'elle fait l&#224; et qui, &#233;tirant sa nuque, tente de reconstruire un espace entre ses cervicales. Elle se demande si la cam&#233;ra va tourner jusqu'au d&#233;part du train. Si ce n'est pas film&#233;, on pourra toujours se demander si la femme a v&#233;ritablement quitt&#233; la ville. Si elle ne voit pas le train partir, elle pourra toujours douter. Le train d'Iris s'annonce trois voies plus loin. Elle se l&#232;ve du banc, presse le pas, ses semelles laissent une tra&#238;n&#233;e noire sur le quai, tout au long des escaliers, le parcours d'Iris peut ainsi &#234;tre facilement retrac&#233; jusqu'&#224; ce qu'elle monte les marches de son train et soit emport&#233;e loin de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;Codicille : Volont&#233; d'&#233;tirer le temps, de rendre tout flottant. Un texte sur lequel il faudra revenir, peut-&#234;tre creuser l'&#233;tat de d&#233;figuration. Le roman permet une autre installation, du surr&#233;alisme. Moondog dans les oreilles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;2. al dente&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4917&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lola glisse sur le rebord de la fen&#234;tre, passe ses jambes au-dessus de l'encadrement et saute &#224; l'int&#233;rieur. Elle se penche, accroche un volet, le vent secoue son visage, des gouttes de pluie tombent sur sa main qu'elle ram&#232;ne &#224; elle. Lorsqu'elle ouvre sa paume et l'examine, la pluie ruisselle encore entre les lignes de sa main. De son c&#244;t&#233;, Iris prom&#232;ne son regard au-dessus des plaques, fait remarquer d'un ton peu am&#232;ne que celle en haut &#224; gauche chauffe alors que rien n'est pos&#233; dessus. Lola s'approche, s'empare de la casserole remplie aux trois quarts d'eau, la d&#233;place avec pr&#233;caution, heurte malgr&#233; tout le rebord du plan de travail, des gouttes rebondissent et s'&#233;vanouissent contre la plaque chaude, elle aime ce bruit, sifflote un pschit en serrant les m&#226;choires. Iris se penche au-dessus de son &#233;paule, &#8212; Laisse-moi t'aider. Elle pose un couvercle sur la casserole, prom&#232;ne sa main au-dessus de sa t&#234;te jusqu'&#224; trouver le bouton de la hotte, elle l'enclenche, le bruit de la ventilation compose avec le son de la pluie qui tombe. Lola soupire, cherche quelque chose &#224; faire. Elle s'abaisse, sort les assiettes propres du lave-vaisselle, les empile, non sans remarquer l'agacement que ses gestes provoquent chez Iris. Lola accentue le choc entre chaque assiette puis retourne &#224; la fen&#234;tre, fixe les nuages, joue de l'&#233;cart entre son pouce et son index, prenant la mesure des gouttes de pluie qui s'&#233;paississent, d&#233;place prudemment une plante aux feuilles trou&#233;es, la met &#224; l'abri. Iris soul&#232;ve le couvercle de la casserole et plonge son regard dans l'eau, de petites bulles se forment &#224; la surface. Lola, tra&#238;nant les pieds, revient &#224; ses assiettes, les pose une par une sur la table &#8212; des gestes rapides, secs &#8212;, sans se soucier d'une table bien mise. Iris prend les couverts, les fait pivoter devant ses yeux, louche un peu, v&#233;rifie la propret&#233; de chaque couteau, de chaque fourchette. L'espace entre la table et le plan de travail est &#233;troit, elles se croisent difficilement, aucune ne laisse passer l'autre. Lola s'assoit, croise les bras, avec ses coudes &#233;carte les couverts, elle pianote la table du bout de ses ongles sans quitter des yeux l'ext&#233;rieur. Iris plonge la main dans un paquet de p&#226;tes, encha&#238;ne quatre poign&#233;es, h&#233;site, demande &#224; Lola &#8212; T'as faim ? Lola hoche la t&#234;te, Iris ajoute une cinqui&#232;me poign&#233;e et referme le paquet. &#8212; Encore des p&#226;tes ?, ajoute Lola. Iris fait comme si de rien n'&#233;tait, d'un coup de hanche referme le tiroir, &#224; l'aide d'une cuill&#232;re en bois, remue les p&#226;tes. Elle ne disent pas un mot, &#233;changent un sourire g&#234;n&#233;, au bout de quelques secondes Lola rompt le silence &#8212; Est-ce qu'il manque quelque chose &#224; table ? Le sourire, m&#234;me forc&#233;, dispara&#238;t, Iris s'emporte &#8212; Oui, tu vois bien, l'eau, le pain, les verres. Une porte claque, Lola ferme la fen&#234;tre, le son des lourdes gouttes qui frappent le toit dispara&#238;t, ne reste que le bruit de l'eau en &#233;bullition. Elle plaque son visage contre la vitre, scrute le ciel, articule un d&#233;but de phrase mais n'ose pas exprimer le fond de sa pens&#233;e. Des gouttes de condensation coulent le long du mur. Lola saisit un manche dans le bloc &#224; couteaux, titille la lame avec la pulpe de ses doigts. Elle coupe trois tranches &#233;paisses, &#8212; &#231;a suffit, on ne va pas manger tout ce pain avec des p&#226;tes, fait remarquer Iris. Lola souffle, dispersant les m&#232;ches de cheveux qui viennent devant ses yeux, tranche la quatri&#232;me et met le pain de c&#244;t&#233;. Si en passant pr&#232;s d'elle, Lola ne se sent m&#234;me pas fr&#244;ler Iris, la laine &#233;paisse du gilet de Lola qui fr&#244;le sa nuque h&#233;risse Iris qui s'&#233;carte tout en ne quittant pas des yeux l'eau pr&#234;te &#224; d&#233;border. Leurs mains se croisent, Lola go&#251;te une p&#226;te, s'appr&#234;te &#224; couper le feu, Iris l'arr&#234;te &#8212; Encore une minute. Iris applaudit, ne parvient pas &#224; attraper un moustique, d'un coup de torchon Lola l'assomme, fi&#232;re. Iris ne se r&#233;jouit pas, tourne &#224; peine la t&#234;te et lance &#224; Lola &#8212; Et le sel ? Et le fromage ? Lola s'approche, ouvre le placard d'un geste brusque, manque de peu le cr&#226;ne d'Iris, dans le placard attrape le sel, le lui passe sous le nez. Iris renverse le contenu de la casserole dans la passoire, en une vague br&#251;lante l'eau s'&#233;coule dans l'&#233;vier, elle d&#233;clenche un jet d'eau froide sur les p&#226;tes, des coquillettes. Iris regarde Lola s'&#233;loigner, ne la quitte pas des yeux, examine sa d&#233;marche. Elles sont &#224; des kilom&#232;tres l'une de l'autre. Lola s'immobilise au bas d'un escalier en bois massif, se penche sur la rampe, crie &#8212; &#224; table ! Des pas descendent &#224; toute allure, l'enfant appara&#238;t, s'assoit entre sa m&#232;re et sa tante, frissonne en sentant l'angoisse diffuse qui circule entre les deux soeurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
D&#233;sir de travailler la relation entre deux femmes, deux soeurs, leur ambivalence, la fronti&#232;re d&#233;licate entre intimit&#233; et distance. J'ai essay&#233; quelque chose de subtil, peut-&#234;tre un peu trop. Pour l'ambiance, le vague souvenir d'une sc&#232;ne de petit-d&#233;jeuner du film &lt;i&gt;Take Shelter&lt;/i&gt; de Jeff Nichols, le m&#233;lange entre petites choses et ph&#233;nom&#232;ne de plus grande ampleur, quelque chose de mystique.
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;1. chez elle&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4916&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chez elle, tout l&#224;-haut. Elle attaque l'ascension de sa rue, c'est la sienne puisqu'elle y habite, ligne droite en pente, mieux vaut en partir qu'y revenir. Un homme serre les abdos, soul&#232;ve une caisse, dispara&#238;t &#224; l'arri&#232;re d'un camion, pas le temps de saisir ses pens&#233;es. Une jeune femme visualise le planning de sa semaine, s'inqui&#232;te de son surplus de soir&#233;es libres, jette un oeil &#224; la programmation d'une salle de spectacles mais rien ne la tente. Un homme arrache l'extr&#233;mit&#233; d'une baguette de pain, la tend &#224; son gamin, ses dents de lait peinent &#224; percer la cro&#251;te, il m&#226;chonne jusqu'&#224; la ramollir et comme il n'a plus de place dans sa bouche pour s'exclamer, il gesticule en direction d'un chien, il veut le m&#234;me mais &#231;a, il n'arrive pas &#224; l'articuler et quand bien m&#234;me, son p&#232;re aurait fait comme s'il n'entendait pas. Des yeux baiss&#233;s fixent l'&#233;cran d'un t&#233;l&#233;phone, il s'en passe quand m&#234;me des choses l&#224;-dedans, il faudrait appeler les parents, il ne voit pas le type qu'il manque de bousculer, continue son chemin tandis que le type, lui, s'est retourn&#233;, nuque tendue, visage crisp&#233;, regarde o&#249; tu marches mais lui-m&#234;me ne voit pas devant lui cette femme qui l'&#233;vite, pour sa part elle s'en moque, elle a l'habitude de slalomer entre les gens, en un d&#233;hanch&#233; qu'elle exag&#232;re &#224; peine, en la croisant un jeune homme la remarque et s'emp&#234;che de se retourner car &#231;a ne se fait pas, &#231;a ne se fait plus. Un homme prend la derni&#232;re bouch&#233;e de son sandwich poulet-estragon, d'un revers de main &#233;poussette les miettes sur son torse, du bout de la langue titille la cro&#251;te de pain entre ses dents, ne s'entend pas mastiquer, pourtant il en fait du bruit pense son coll&#232;gue &#224; c&#244;t&#233;. Un jeune homme tente de contenir son peu d'assurance, cherche du r&#233;confort dans le regard des gens qu'il croise, n'en trouve pas, en tout cas pas chez cet homme qui n'a rien d'autre en t&#234;te que de tourner &#224; droite dans deux cents m&#232;tres. Une femme d&#233;pose sur le cr&#226;ne de sa fille une casquette, &#233;vite de penser aux noms inscrits &#224; l'int&#233;rieur, au marqueur ind&#233;l&#233;bile, &#224; ces Agathe, Sophie, G&#233;raldine, Manon, L&#233;a, toutes barr&#233;es d'un trait noir par d'autres parents qui n'ont rien &#224; voir avec elles mais qui comme elle pr&#244;nent les achats de seconde main, &#231;a lui fait froid dans le dos, elle ne peut pas s'emp&#234;cher de se demander o&#249; sont pass&#233;es les t&#234;tes nues des autres petites filles. Une trottinette fuse, emb&#234;te tout le monde, bute contre un pav&#233; saillant, l'homme se rattrape de justesse, h&#233;site &#224; continuer &#224; pieds. Une femme affam&#233;e croque une pomme, le p&#233;pin tombe entre deux pav&#233;s, croise un lacet d&#233;fait qui tra&#238;ne mais l'homme continue &#224; marcher sans s'en soucier, lance un coup d'oeil rapide vers la fen&#234;tre ouverte d'un rez-de-chauss&#233;e, des enfants crient, l'un sort sur le palier, sa col&#232;re s'apaise &#224; la vue d'une femme au pas press&#233; v&#234;tue d'un imper vert qui s'&#233;loigne d&#233;j&#224; mais le vert, lui, reste l&#224;. Elle qui n'a rien &#224; faire ici, qui devrait d&#233;j&#224; &#234;tre ailleurs. Il lui reste encore une moiti&#233; de chemin &#224; faire, et comme elle s'essouffle, elle se concentre d'autant plus sur les gens qu'elle croise. Un homme fait des squats sur le bord d'un trottoir, elle le regarde et r&#233;cup&#232;re ses pens&#233;es, c'est vrai que c'est pas malin de faire &#231;a avec des pots d'&#233;chappement sous le nez. Une conduite accompagn&#233;e entame une marche arri&#232;re, la nuque du jeune conducteur s'&#233;tire, sa vitre ouverte laisse &#233;chapper un peu de sa nervosit&#233;, son cr&#233;neau rase le trottoir, dans son r&#233;troviseur il voit les gens comme des quilles et se retient d'aller trop loin. Au niveau de la terrasse d'un caf&#233;, le trottoir se fait &#233;troit, il faut se serrer, fr&#244;ler les chaises et le regard des autres, elle d&#233;teste traverser les terrasses pleines de gens assis qui, dans l'impassibilit&#233; du bon moment, regardent sans regarder. Elle n'aurait pas d&#251; s'habiller en rouge. Un jeune homme tente de capturer son reflet dans une flaque mais peine &#224; trouver le bon cadre, la lumi&#232;re est changeante et les gens qu'il croise n'ont rien &#224; voir avec les silhouettes authentiques et fascinantes de ces photos de rue qu'il aime tant, pourtant ce ne sont pas non plus des mod&#232;les, juste des gens crois&#233;s comme ici, au hasard. Un enfant en regarde d'autres s'amuser sans oser y aller. Un homme, appareil photo en &#233;quilibre sur le ventre, d&#233;tend la lani&#232;re qui lui cisaille le cou, heureusement qu'il ne fait pas plus chaud. Sa femme cherche o&#249; prendre la pose puis s'&#233;loigne, ce n'est pas sa femme, elle cherche son chemin, le demande &#224; une autre femme qui lui r&#233;pond qu'elle n'en sait rien, sur un ton tout juste aimable parce que coup&#233;e en plein &#233;lan, &#233;num&#233;rant un tas de choses &#224; ne pas oublier et voil&#224; qu'elle est perdue. Un homme entend, se permet, c'est la troisi&#232;me &#224; droite puis, g&#234;n&#233;, d&#233;tourne le regard vers une statue figurant un inconnu dont la m&#226;choire lui &#233;voque Jacques Brel. Un homme gratte son avant-bras, fr&#244;le un moustique visant entre deux grains de beaut&#233;. Cet homme-l&#224;, encore plus confus que celui qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;. Un enfant dans les bras, un autre accroupi &#224; quelques m&#232;tres de l&#224;, une femme se retourne, perd patience, si tu ne viens pas on part sans toi, commence &#224; se dire que si tout &#233;tait &#224; refaire mais est interrompue par le vibreur dans sa poche, elle laisse faire, pas assez de bras pour l'atteindre, culpabilise &#224; peine. Une femme s'extrait d'une voiture, l'estomac retourn&#233;, se retient de dire &#224; son fils qu'il conduit mal, ce fils qui sort pour aider sa m&#232;re autant que pour exhiber ses tatouages. Rams&#232;s Filou Caramel Moustache Frimousse Pacha Duchesse. Noms de chats crois&#233;s. Les autres, des sauvages. Une femme se dit que cet endroit lui dit quelque chose, ses souvenirs s'&#233;charpent les uns les autres pour parvenir &#224; se situer. La vitrine d'un magasin renvoie le reflet des passants qui une fois sur deux se contemplent, un homme tente de distinguer sa moustache, il lui semble l'avoir trop taill&#233;e. Une femme toque &#224; la porte de son voisin et lui demande pour la troisi&#232;me fois s'il n'aurait pas vu sa ni&#232;ce, en attendant la r&#233;ponse elle ne sait d&#233;j&#224; plus ce qu'elle fait l&#224;, se remet en marche, il lui faut des abricots, c'est la pleine saison, il faut en profiter. Il n'a vu personne, pourtant elle le fait douter. L'homme la regarde s'&#233;loigner, si elle revient une quatri&#232;me fois, il lui proposera de boire un th&#233; et d'&#233;tablir ensemble un portrait-robot de ladite ni&#232;ce. Un enfant tient une gaufre dans sa main, il sait qu'il va se br&#251;ler la langue mais il go&#251;te quand m&#234;me. Un smartphone glisse entre des mains distraites, rebondit entre deux pav&#233;s, finit sa route contre une goutti&#232;re, un homme se pr&#233;cipite, constate les d&#233;g&#226;ts, pense &#224; l'article qu'il &#233;tait en train de lire, se demande o&#249; a eu lieu ce tsunami, un groupe d'amis passe &#224; c&#244;t&#233;, compatissant, chacun serrant dans sa poche son propre t&#233;l&#233;phone, pensant qu'en effet &#231;a n'arrive pas qu'aux autres. Elle passe devant le num&#233;ro trente-huit, hume l'odeur d'un repas. Les carottes sont cuites. Un couple &#224; peine form&#233;, le gar&#231;on parle trop, haletant, sans articuler, la fille en a la naus&#233;e, du m&#234;me vertige que celui que lui provoquent les zigzags des routes de campagne. Une jeune femme glisse un test de grossesse dans la poche arri&#232;re de son jean, ses ongles longs, soign&#233;s, vernis, sans bavures, seul l'index est nu et impeccablement rong&#233;. Un homme passe l'aspirateur &#224; l'int&#233;rieur de sa voiture, tourne le dos &#224; tous, se dit qu'aujourd'hui, tant pis pour les recoins. Enfin au bout. Elle atteint le haut de la rue, se sent rouge, transpirante, essouffl&#233;e, se d&#233;go&#251;te, &#233;touffe l'ext&#233;rieur d'un claquement de porte, se presse dans l'escalier, met le poulet au four, rejoint son fils. Et recommence tout. Un morceau de rue manque, elle rattrape le coup en scotchant un bout de carton, &#231;a tient la route. Le docteur ne pense qu'&#224; une seule chose, soigner ses malades. Le primeur, &#224; ranger ses l&#233;gumes dans des bacs. Le pompier, &#224; rouler en imitant le son des sir&#232;nes. Au moment o&#249; elle s'inqui&#232;te de la place de ces hommes et femmes r&#233;duits &#224; leur seule fonction, une ballerine traverse la route, sans se soucier des autres, suivie de pr&#232;s par un pirate, sabre en l'air. Des va-et-vient, des courants en sens contraires, la main de la m&#232;re destin&#233;e &#224; rencontrer celle de l'enfant. Du bout de l'index, elle fait tourner les p&#226;les d'un ventilateur minuscule. C'est vrai qu'il fait chaud. Son attention se rel&#226;che au moment o&#249; le torero fend la foule. Elle ne l'aime pas mais c'est un cadeau. Ses pens&#233;es se transforment peu &#224; peu en b&#233;gaiements, elle laisse la place &#224; l'enfant qui saura mieux qu'elle que faire de toutes ces figurines sans expressions. Elle se d&#233;cale, un facteur s'enfonce dans la plante de son pied, elle r&#226;le, pose une caisse sur la table, range-moi tout &#231;a l&#224;, l'enfant sort des pens&#233;es du torero sur le point de demander l'infirmi&#232;re en mariage. Dans le four, le poulet g&#233;mit mais personne ne l'entend.&lt;/p&gt;
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Quand il a fallu prendre l'&#233;lan, j'ai pens&#233; aux mots de Gilles Deleuze sur Jean-Luc Godard &#224; propos de solitude. Une solitude absolue, certes, mais pas n'importe laquelle : une solitude extr&#234;mement peupl&#233;e.
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