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	<title>DIRE, la revue de Tiers Livre</title>
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		<title>le roman d'Anne Dejardin</title>
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		<dc:date>2020-11-10T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Anne</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;cycle &#233;t&#233; 2020 | outils du roman&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;&#233;t&#233; 2019 | outils du roman&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/revue/IMG/logo/arton539.jpg?1595826105' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
R&#234;ve... la plus grande partie de son temps, vit lentement, la t&#234;te ailleurs, lit, brode et c'est souvent les mots des autres, hume, renifle, sent, ressent et simultan&#233;ment &#233;crit en pens&#233;es ou sur papier.
&lt;p&gt;Abouti(s)... formation Aleph Lyon, atelier d'&#233;criture chez elle ou ailleurs depuis plus de 10 ans, 3 livres papiers dont 2 num&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour preuve... des extraits &#224; lire ou plus... &lt;a href=&#034;http://annetadame.over-blog.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://annetadame.over-blog.com/&lt;/a&gt; ou sur sa &lt;a href=&#034;https://www.facebook.com/lavieenfacenevousdeplaise/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;page Facebook&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;20. &lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;La gargouille les a vus d&#233;filer, tous ces personnages, sans pouvoir les suivre depuis son corps prisonnier et couch&#233; dans un &#233;quilibre pr&#233;caire et est-ce de cette position incertaine, qui ne tient qu'&#224; un fil, qu'elle tient sa capacit&#233; &#224; s'immiscer si parfaitement au centre de leur esprit, jusqu'&#224; savoir avant eux comment ils vont bouger, agir ou m&#234;me ce qu'ils vont dire ? Le nez au vent &#224; humer d'o&#249; il vient et avec lui sentir par leurs narines &#224; eux, qui pourrait l'imaginer ? Comme sa peau &#233;caill&#233;e et froide &#224; ressentir dans leur chair leurs pires d&#233;sirs avant leur &#233;piderme, qui voudrait le croire ? Et les oreilles si proches des cloches tout l&#224;-haut et si pleines d'un bourdonnement incessant maintenant que rien d'autre ne devrait pouvoir encore s'y infiltrer, n'est-ce pas invraisemblable et pourtant les mots de Rapha&#235;l &#224; Nathalie comme les frissons de leur peau, les crevasses que Renaud imagine que les larmes ont dessin&#233;es &#224; m&#234;me la chair de ses joues, celles qu'il n'a jamais vers&#233;es depuis le d&#233;part d'Agathe, elle, la gargouille autant que moi les voit, les entend, les sent. Nous en sommes capables. Je sais que pour tout humain qui se respecte, c'est inenvisageable. Pourtant je vous l'affirme, depuis le ventre que les vers ont rong&#233;s, je peux r&#233;ellement ressentir depuis le vide qu'ils ont laiss&#233; l&#224; et tout autour de mes os, et c'est tout ce qui reste de moi, et m&#234;me si maintenant que j'ai retrouv&#233; la position couch&#233;e, quelque chose a chang&#233;, s'est comme d&#233;coinc&#233;. Ces quelques os jet&#233;s en vrac au cimeti&#232;re hors le dur d'un caveau, d'eux s'enfon&#231;ant toujours plus profond, l'eau qu'il a fallu suer pour en arriver l&#224;, et cet abandon auquel il a bien fallu me r&#233;soudre dans la bonne odeur de l'humus &#224; cette p&#233;riode de l'ann&#233;e depuis qu'elle a retrouv&#233; mon corps d'homme mort, ficel&#233; et debout, pour lui donner s&#233;pulture, et qu'importe que Nathalie finisse avec Renaud et je voudrais juste d&#233;sormais me reposer, m'endormir... je sens que...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quelle diff&#233;rence entre elle et moi qui connaissons tout d'eux l&#224;-bas qui d&#233;filent, elle, la gargouille, moi, le mort, dont on connait &#224; pr&#233;sent le pr&#233;nom, Jean, et inverser les syllabes, on entend Ange, et c'est Jeanne qui m'avait dit cela, avant qu'elle me croie parti de mon plein gr&#233;. Quelle diff&#233;rence entre la gargouille et moi, &#224; part notre position surtout maintenant que nos corps allong&#233;s tout pareil, elle, la gargouille, avec sa peau de pierre aux &#233;cailles repoussantes &#224; la gueule monstrueuse qui sourit comme on prof&#232;re une mal&#233;diction, et moi sans chair chaude pour envelopper les os ? Tant que mon corps sur pieds d&#233;charn&#233;s aux m&#233;tatarses disjoints qui n'auraient plus pu &#224; eux seul retenir quoi que ce soit, j'avais ce don d'influencer les vivants. Modestement, je l'avoue, je parvenais &#224; leur souffler des pens&#233;es ou des r&#234;ves, parce que quelque chose me tenait lieu d'envie, de force, comme un dedans qui existerait encore, aurait perdur&#233; par-del&#224; la mort. R&#233;clamer, demander justice &#224; d&#233;faut de r&#233;paration, voil&#224; ce qui m'avait occup&#233; toutes ces ann&#233;es, depuis que j'avais &#233;t&#233; assassin&#233; et que ce crime &#233;tait rest&#233; impuni, mais maintenant que mon corps a &#233;t&#233; allong&#233;, comme la gargouille, quelque chose s'est brouill&#233; de ma perception, une garde qu'on baisse, est-ce que cela lui avait fait pareil &#224; la gargouille une fois qu'elle avait &#233;t&#233; ciment&#233;e, les pieds ou la queue, allez savoir ce qui avait germ&#233; dans la t&#234;te de l'artiste devant son bloc de pierre, avec ses instruments &#224; le cogner sans rel&#226;che depuis ses mains pour qu'elle soit conforme &#224; son r&#234;ve d'elle, et frapper depuis ses phalanges malmen&#233;es aux articulations enflamm&#233;es de tels chocs de trop d'engelures sur la peau qui ne prot&#232;ge plus &#224; force, une envie de les laisser en plan avec leurs histoires qui ne s'ach&#232;veront pas, parce que Renaud et Nathalie, &#233;tait-ce vraiment une bonne id&#233;e, m&#234;me s'ils s'&#233;taient rencontr&#233;s, si Renaud &#233;tait all&#233; jusqu'&#224; lui offrir ce petit tableau sans valeur d'un auteur inconnu et mort sans doute lui aussi, comme elle avait eu les larmes aux yeux, Nathalie, la surprise de recevoir un cadeau et pas n'importe lequel, celui qui lui rappelait les tableaux de sa grand-m&#232;re, ceux qu'elle avait peint durant les quatre ann&#233;es o&#249; elle n'attendait pas d'enfant, malgr&#233; les tentatives maladroites d'un mari empot&#233;, si respectueux, mais pas assez pour ne pas l'&#233;pouser, et la laisser attendre encore celui qui &#233;tait parti et pour lequel son corps avait tant br&#251;l&#233; et br&#251;lerait encore s'il n'&#233;tait pas mort &#224; pr&#233;sent, les os &#224; s'enfoncer dans la terre de plus en plus profond et ce serait l'heure de leurs &#233;pousailles, absorb&#233;s par la terre, unis dans le tout qu'ils allaient form&#233; avec elle, le sol de la plan&#232;te, il &#233;tait pass&#233; de l'autre c&#244;t&#233; d&#233;sormais, fini l'int&#233;r&#234;t qu'il avait eu pour eux tous, et pour Nathalie en particulier, &#224; vouloir qu'elle le trouve et allonge sa d&#233;pouille en terre, &#224; la vouloir heureuse aussi, mais peut-&#234;tre n'&#233;tait-elle pas faite pour &#231;a, le bonheur, ce truc un peu vulgaire, &#224; la port&#233;e du premier imb&#233;cile venu, alors que mener une vie d'artiste en proie aux affres de la cr&#233;ation, voil&#224; qui avait plus de gueule, et pour cela il faudrait bien que Nathalie &#233;crive autre chose que ces fictions convenues, semblables les unes aux autres et aux milliers d'autres qu'on trouvait sur Print on demand , maintenant que pour &#233;crire et vendre des livres, on pouvait se passer d'&#233;diteur, qu'elle retourne &#224; ses premi&#232;res amours, Nathalie, non pas &#224; Rapha&#235;l, mais &#224; la peinture, l&#224; o&#249; elle mettait ses tripes, parce que c'est bien connu, ce qui ne vient pas du ventre en art n'est que poussi&#232;re, je sais de quoi je parle, moi qui n'en ai plus, o&#249; qu'elle s'att&#232;le &#224; l'histoire de ses origines, retourne au ventre premier, avec ou sans Renaud, plut&#244;t avec car ne sont-ils pas fait pour se comprendre ces deux-l&#224;, chacun serait la rose de l'autre et d'&#234;tre &#224; deux ils auraient moins peur, ce besoin d'apprivoiser comme l'&#233;prouvait la dame pass&#233;e sous la gargouille pour aller marcher sur la plage avec cette galga au pass&#233; de martyr qui court droit devant et revient comme un balancier, qui rythme l'&#233;lan et le retour, et chacun apprivoisant l'autre, Nathalie et Renaud, pourquoi pas. Et on a fait le tour, une boucle qui se referme sur elle-m&#234;me et le n&#233;ant va m'engloutir, sans odeur d&#233;sormais, le pourrissement est pass&#233; depuis longtemps et m&#234;me si alors je n'avais plus de nez, le premier a s'&#234;tre fait la malle, il m'&#233;tait d'un r&#233;confort certain, la sensation vivante qu'il restait encore quelque chose de moi. Et maintenant c'est fini.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;19. &lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Lundi 7 novembre 1919&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pr&#233;f&#232;re laisser mon journal au pensionnat. Les s&#339;urs ont beau &#234;tre s&#233;v&#232;res et fouineuses, je crains moins leurs remontrances et leurs punitions que les r&#233;actions de mon p&#232;re. La peur d'&#234;tre surprise m'oblige &#224; &#233;crire vite et &#224; r&#233;duire la longueur de mon texte au n&#233;cessaire. Mon &#233;criture est hideuse, mais il me faut profiter des heures d'&#233;tude pour glisser mon journal dans un autre de mes cahiers o&#249; je fais semblant d'&#233;crire pour faire mes devoirs. Mais j'&#233;cris surtout mes r&#233;ponses aux lettres de Jean. Il me reste peu de temps ensuite pour &#233;crire mon journal. Je suis sur le qui-vive et &#233;viter taches et ratures requiert toute ma vigilance. Pour l'&#233;criture du journal, je peux me rel&#226;cher. Son contenu est sommaire d'habitude et se r&#233;sume &#224; j'ai vu Jean ou &#224; je n'ai pas vu Jean, suivi dans le meilleur des cas, par je suis contente ou je suis triste. Mais ce lundi c'est diff&#233;rent. Parce que je n'ai pas de lettre &#224; &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Week-end triste. La pluie m'a emp&#234;ch&#233;e de multiplier mes sorties dans le jardin de devant. Me poster contre le mur comme je le faisais durant les vacances scolaires &#224; l'ombre du cytise sous pr&#233;texte d'admirer sa floraison luxuriante ou juste de me r&#233;chauffer au soleil n'est plus possible. Toutes ses grappes sont tomb&#233;es, ont s&#233;ch&#233;. Elles pourrissent maintenant par terre avec toutes ces averses. J'ignore si Jean est pass&#233;. Peut-&#234;tre l'ai-je rat&#233; ? Et avec cette pluie, impossible pour lui de balancer une lettre par-dessus le mur comme il peut le faire en &#233;t&#233;. Ce fut un week-end &#233;prouvant. A rester f&#233;brile tout le temps que je l'esp&#232;re et au fur et &#224; mesure que le temps restant diminue et que s'achemine l'id&#233;e que je l'ai rat&#233;, que je ne le verrai pas ce week-end, une humeur maussade m'envahit. Tout s'assombrit. Sur mon visage qui d&#233;ment ce que je r&#233;ponds &#224; ma m&#232;re pour calmer son inqui&#233;tude, que tout va bien, que c'est juste un peu de d&#233;prime de devoir les quitter, peut-&#234;tre aussi un peu d'ennui. Le dimanche en fin d'apr&#232;s-midi est particuli&#232;rement d&#233;primant. Le retour au pensionnat semble &#234;tre une &#233;ch&#233;ance redoutable, mon &#339;il revient mille fois &#224; la pendule, l'heure du d&#233;part approche, ma m&#232;re s'agite, me recommande de rassembler mes affaires d'&#233;cole, les v&#234;tements, c'est toujours elle qui s'en charge. Pourtant d&#232;s que je suis renferm&#233;e &#224; nouveau rue Hors Ch&#226;teau, je retrouve instantan&#233;ment ma joie de vivre, mon humeur a chang&#233; du tout au tout. Je peux parler de lui, de notre derni&#232;re rencontre. Je peux enfin parler de lui, Jean, et c'est grande consolation. Dire son pr&#233;nom &#224; voix haute. Jean. Odile m'&#233;coute inlassablement, m&#234;me quand je ne l'ai pas vu et que je me r&#233;p&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;25 juin&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Continuer ici le journal, ici ou ailleurs. Je l'ai retrouv&#233; ce matin tout en dessous d'une pile de linge. Plus aucun souvenir de l'y avoir gliss&#233;. Je l'ouvre et &#224; me relire, j'ai l'impression bizarre de faire &#339;uvre d'indiscr&#233;tion comme lire le journal d'une &#233;trang&#232;re. Tant d'ann&#233;es se sont &#233;coul&#233;es depuis les lettres de Jean que je n'ai jamais relues ou plut&#244;t que je n'ai pas relues depuis longtemps. L'endroit o&#249; je les cache est rest&#233; le m&#234;me. Personne ne risque de tomber dessus. Sous la col&#232;re, je crois que le chagrin couve encore. Alors je pr&#233;f&#232;re les laisser l&#224; o&#249; elles sont. Devant Odile je feins l'indiff&#233;rence, lorsqu'il lui arrive de me questionner. Elle le fait de moins en moins maintenant. Nous nous retrouvons une fois par mois en ville, dans la meilleure p&#226;tisserie de Li&#232;ge, Odile y tient, entend rester fid&#232;le &#224; un certain art de vie, une vie de privil&#233;gi&#233;e depuis le pensionnat, elle ne changerait nos habitudes pour rien au monde. Le m&#234;me tram pour la rejoindre depuis toutes ces ann&#233;es &#224; la m&#234;me heure 16h et toujours le jeudi. Et pourtant la guerre est venue saccager toutes mes croyances et avant elle c'est Jean qui s'en est charg&#233;. J'ai &#233;pous&#233; Leon, lui ou un autre, puisque ce ne serait pas Jean. On peut dire que nous avons fait un mariage heureux. Je n'ai pas eu &#224; me plaindre. Mon p&#232;re cachait mal sa joie de voir les deux familles unies et l'entreprise qui ne risquait plus de lui &#233;chapper. Quatre ans sans enfants, &#224; peindre toutes les vari&#233;t&#233;s de fleurs qui s'&#233;panouissaient au jardin, selon les saisons, en bouquet dans tous les vases dont on disposait. Je passais aux paysages de campagne, rivi&#232;re bordant un parc, le reflet d'un bosquet dans l'eau, une technique que je ma&#238;trisais, apprise au pensionnat, et sur la berge une petite ruine en briques avec une fen&#234;tre &#224; meneaux. Jusqu'&#224; ce que revienne le printemps et les premi&#232;res fleurs. La premi&#232;re est n&#233;e quand on ne l'attendait plus. On esp&#233;rait un gar&#231;on, moi davantage que L&#233;on, plus vite il na&#238;trait, plus vite il me laisserait tranquille. M&#234;me s'il n'a jamais &#233;t&#233; bien insistant. Mais j'avais h&#226;te de lui donner un h&#233;ritier m&#226;le, pour pouvoir retourner &#224; mes lectures et &#224; mes pinceaux. A mes r&#234;veries aussi. Je pensais que c'est ce qui arriverait, s'il nous naissait un gar&#231;on, mais d'avoir eu une fille lui fit redoubler d'ardeur et moins d'un an plus tard j'accouchais d'une seconde fille. Je pris pr&#233;texte de ces deux grossesses rapproch&#233;es pour demander un r&#233;pit. Puis le premier gar&#231;on naquit trois ans apr&#232;s et un autre encore. J'&#233;tais surprise de cette ardeur qui ne le quittait plus et se manifestait sur le tard. Les quatre premi&#232;res ann&#233;es de mariage ne m'avaient pas laiss&#233;e soup&#231;onner de tels besoins. Mais avec quatre enfants, j'avais toujours &#224; faire apr&#232;s que L&#233;on s'&#233;tait couch&#233;, et ce n'&#233;tait pas lui mentir, sans compter la messe du matin chaque jour &#224; 6 heures qui m'obligeait &#224; me lever aux aurores. C'&#233;tait comme si les ann&#233;es de douceur entre filles du pensionnat ne m'avaient mise en app&#233;tit que pour le premier amour. Pour Jean j'ai le souvenir que tout mon corps me br&#251;lait d&#232;s que je pensais &#224; lui, c'est-&#224;-dire &#224; peu pr&#232;s tout le temps. Son d&#233;part avait &#233;teint le feu d&#233;finitivement. Le corps d'Odile gliss&#233; contre le mien dans la fra&#238;cheur du dortoir donnait au mien des frissons d&#233;licieux que j'imaginais un jour &#233;prouver dans les bras de Jean. Je lui r&#233;p&#233;tais &#224; l'oreille les mots d&#233;licieux et fort inusit&#233;s qu'il employait dans les fins de ses lettres. Et avant celui d'Odile qui jouait &#224; &#234;tre moi, tandis que j'&#233;tais Jean, il y avait eu en imagination le corps de Marie-Jos&#232;phe, auquel je pr&#234;tais existence par le mouvement de mes mains que j'imaginais pos&#233;es sur la superposition des &#233;toffes, plaqu&#233;es contre ses formes pour en d&#233;finir les contours tout en courbes harmonieuses et d&#233;licieuses, &#231;a va sans dire, et comme mon c&#339;ur tapait fort dans ma poitrine que parfois je craignais que la surveillante ne l'entende lorsqu'elle passait entre nos lits, puis de mes mains sur sa peau je r&#234;vais que je le lib&#233;rais du carcan o&#249; ses v&#339;ux l'avaient annihil&#233;. Le d&#233;part de Jean a glac&#233; quelque chose au-dedans qui ne s'est plus jamais &#233;chauff&#233;. Au point de douter aujourd'hui encore d'avoir pu &#233;prouver de tels transports amoureux. Alors L&#233;on ou un autre. Autant L&#233;on, puisque &#231;a faisait plaisir &#224; mon p&#232;re. Je ne suis pas du genre &#224; avoir des regrets, enfin je n'en ai pas eu tant que maman a v&#233;cu. Ensuite avec chacun des miens &#224; avoir besoin de moi, de ma volont&#233;, de mon sens pratique, quand L&#233;on en &#233;tait totalement d&#233;pourvu, de mon accueil, je n'ai pas eu &#224; me plaindre, il faut du temps pour se plaindre, pour regretter, je n'en avais pas, toute une maison &#224; faire tourner, puis il y a eu la guerre, l'exode, les bombardements et installer tout le monde &#224; la cave, puis l'officier allemand qui logeait chez nous, on n'a pas eu le choix, la d&#233;pression de l'a&#238;n&#233;e qu'on a mise sur le compte de la guerre, le traumatisme qu'elle aurait subi, pourquoi elle seule sur les quatre, allez savoir, et le fils a&#238;n&#233; qui depuis sa m&#233;ningite ne faisait plus rien &#224; l'&#233;cole, lui trouver un m&#233;tier, &#231;a n'a pas &#233;t&#233; simple, alors de quelques heures par semaine au d&#233;but comme professeur de religion &#224; l'&#233;cole communale, j'y allais &#224; v&#233;lo, avec Pat, qui me suivait, comme le g&#233;n&#233;ral Paterson, il me suivait partout, je l'adorais, m&#234;me &#224; l'&#233;glise, et comme j'arrivais en retard, &#224; cause de tout ce que je devais r&#233;gler &#224; la maison, et depuis sa chair le cur&#233; s'interrompait et fron&#231;ait les sourcils, mais Pat se glissait sous le banc, ce n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus des prie-Dieu avec chacun le sien, enfin pour ceux qui pouvaient se le permettre, je faisais signe au cur&#233; qu'il pouvait continuer, de ces quelques heures &#224; donner religion, j'ai d&#251; reprendre &#224; temps plein une classe de grands comme institutrice, tant d'ann&#233;es apr&#232;s avoir quitt&#233; les Filles de la Croix, mais j'aimais cela enseigner, mes enfants avaient grandi, et on m'en donnait d'autres &#224; guider, tirer de chacun le meilleur, le pousser le plus loin qu'il en avait les capacit&#233;s, on peut dire que j'&#233;tais faite pour &#231;a. Pourquoi est-ce que j'&#233;cris tout cela ? Je ne suis pas du genre &#224; m'&#233;pancher, un journal, je n'ai jamais pu m'y tenir, ou on y &#233;crit des fadaises ou on y cache des choses trop intimes, qui ferait trop de mal &#224; ceux qui le trouveraient, qui on ne sait pas, quand on l'ignore aussi. Tant d'incertitudes, ce n'est pas pour moi. La prochaine fois que je l'ouvre, ce sera pour le d&#233;truire, br&#251;ler par le feu ces aveux honteux. Il y a quelque chose de veule &#224; se raconter par &#233;crit. Ce n'est pas ainsi que les s&#339;urs m'ont &#233;duqu&#233;e. Mais la vie nous change, on n'y peut pas grand-chose, on lutte, on r&#233;siste et finalement on capitule. Repousser ce moment le plus longtemps possible, tenir jusqu'&#224; la mort, ce serait l'id&#233;al. Si on me le demandait, je dirais que j'ai eu une vie heureuse. Une grande satisfaction.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;16. Au lieu de&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4938&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de notes de traducteur pour ce roman d'Anne Dejardin qui n'existe pas, &#224; la place de petits po&#232;mes comme les codicilles que nous avons &#233;crits, j'avais eu ce besoin d'un texte compact un de ces pav&#233;s un de ces fameux blocs qu'il nous demande toujours d'&#233;crire et contre lesquels on bute on r&#233;clame de l'espace on veut aller &#224; la ligne plus souvent pour reposer le lecteur pour se reposer nous qui &#233;crivons pour reprendre son souffle comme apr&#232;s un point mais avec une pause plus longue que apr&#232;s le point et on pourrait inspirer et expirer et inspirer et expirer encore plusieurs fois avant de reprendre parce qu'on serait all&#233; &#224; la ligne et l&#224; comme mue par un esprit de contradiction je voudrais un texte continu o&#249; les personnages appara&#238;traient et dispara&#238;traient et comme au th&#233;&#226;tre lui il entre il dit sa r&#233;plique et il sort et on ne sait jamais quand il va revenir rentrer &#224; nouveau je voudrais un texte avec des personnages qui entrent et qui sortent et on ne sait jamais quand on va les revoir et on ne sait pas ce qu'il va leur arriver si on conna&#238;tra la fin de leur histoire et m&#234;me s'il y a une fin et Agathe ne reviendrait que dans les pens&#233;es de Renaud Agathe qui est sortie d'une sortie fracassante et &#231;a a donn&#233; un texte long Agathe qui sortait et s'engouffrait dans le taxi Agathe qui descendait avec ses valises et son corps press&#233; contre celui de Renaud dans l'exigu&#239;t&#233; de la cage m&#233;tallique de l'immeuble parisien ancien o&#249; il vivait en plein c&#339;ur de Paris et le malaise n&#233; de cette proximit&#233; forc&#233;e qui n'est plus de mise puisqu'Agathe quitte Renaud et on ne sait ce que Agathe est devenue ou alors sommairement et alors Agathe ne revient plus &#224; part dans les pens&#233;es de Renaud quand il enl&#232;ve sa montre la montre ch&#232;re le dernier cadeau qu'elle lui avait fait et pareil pour le roman Trouer l'oubli avec les notes de bas de page tellement int&#233;ressante cette disposition que Blanche elle-m&#234;me &#233;tait r&#233;apparue avait r&#233;clam&#233; pr&#233;sence que j'avais eu besoin d'aller la rechercher de l&#224; o&#249; elle &#233;tait Blanche Blanche avec sa m&#232;re Blanche qui renonce &#224; Pietro ou quelque chose comme &#231;a et il aurait fallu r&#233;&#233;crire le texte compl&#232;tement parce que mon &#233;criture a chang&#233; et que pour parler de Blanche je n'utiliserais pas les m&#234;mes phrases aujourd'hui le m&#234;me rythme je voudrais quelque chose de plus hard de plus saccad&#233; dans la continuit&#233; je voudrais &#233;crire comme j'&#233;cris maintenant pour servir Blanche au mieux et que &#231;a pourrait &#234;tre le dernier texte de bas de page du roman Trouer l'oubli et que dans celui-ci le roman d'Anne Dejardin &#224; la place de notes de traducteur il y aurait ce d&#233;fil&#233; comme commence le livre par le d&#233;fil&#233; des personnages qui sont des artistes dont on consulte les postes ou les profils depuis le t&#233;l&#233;phone portable avec le doigt qui chasse les visages les uns apr&#232;s les autres et les projets artistiques les uns apr&#232;s les autres et Marl&#232;ne et Nathalie et Marion et la gargouille en narrateur omniscient qui voit d&#233;filer sous sa gueule b&#233;ante qu'elle tend tant qu'elle peut au-dessus de l'ab&#238;me le sommet de ces cr&#226;nes chacun courant dans sa direction de vie elle ne devrait pas savoir ce que chacun va devenir ce que chacun a v&#233;cu mais comme elle est omnisciente la gargouille elle sait depuis son corps &#233;tir&#233; tant qu'elle peut tout de la suite de l'avant de l'apr&#232;s et le livre serait pareil d&#233;fil&#233; de personnes et alors on se demande bien ce que vient faire le mort dans tout &#231;a celui qui voudrait tant &#234;tre couch&#233; pour reposer son corps ou qui s'imagine seulement que &#231;a lui ferait du repos dans son corps mort d'&#234;tre allong&#233; &#224; m&#234;me le sol ou dans la terre mais allong&#233; il y tient il semble y tenir et le personnage de la grand-m&#232;re et qui elle a &#233;pous&#233; et de qui elle &#233;tait amoureuse ce serait le fil conducteur une &#233;nigme non r&#233;solue bien connue de ce mort debout et aussi de comment il en est arriv&#233; l&#224; et voil&#224; qu'il r&#233;clame la parole demande voix voudrait lui le mort debout comme la gargouille couch&#233;e sur le ventre &#234;tre le narrateur omniscient et pas vraiment sympathique comme le sugg&#232;re Nathalie qui per&#231;oit souvent au-del&#224; des apparences qui lit entre les lignes qui conna&#238;t le roman qui n'existe pas et &#231;a ne fait pas du tout un po&#232;me ce que je suis en train d'&#233;crire &#231;a ne tiendra pas sur plusieurs post-it avec le personnage de Madeleine qu'on a exfiltr&#233; du texte Madeleine exfiltr&#233;e de chaque texte qui a &#233;t&#233; &#233;crit pour la replacer l&#224; d'o&#249; elle n'aurait pas d&#251; sortir c'est-&#224;-dire dans le roman Earth qui est le projet actuel avec lui en lui une id&#233;e pr&#233;cise de ce qu'on veut montrer et cette revendication de l'&#233;criture qui earth le sujet choisi earth justement et bien s&#251;r que &#231;a earth et pourquoi ce besoin l'accepter et le revendiquer Earth et Blanche revenue comme si Blanche rempla&#231;ait Madeleine et d'ailleurs n'ont-elles pas toujours m&#234;me probl&#233;matique les h&#233;ro&#239;nes de mes livres des corps de femmes qui marchent qu'on regarde marcher des corps sous tutelle et &#231;a se voit si on regarde bien et pour ceux qui ne le voient pas l'&#233;crire il faudrait. Et ne pas oublier Ninnie &#224; la suite de Blanche. Et toujours un n ou deux &#224; Ninnie, on ne sait pas ! Il faudrait demander &#224; Nathalie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;15. sans empathie&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4937&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#233;crire sans empathie, choisir qui parmi tous mes personnages permettrait d'&#233;crire ainsi, depuis lui et pas d'empathie. Mais pour aucun d'eux ce ne sera possible, m&#234;me Agathe, la d&#233;crire ainsi, pourtant toute sans c&#339;ur et incons&#233;quente qu'elle est, ce ne sera pas envisageable, depuis son beau pr&#233;nom et son corps amoureux impatient vibrant et tendu vers les retrouvailles anticip&#233;es avec l'amant dont elle a tu le nom &#224; Renaud ce ne se peut pas et Renaud si solitaire et perdu &#224; force d'&#233;crire la vie des autres qu'avancer dans la sienne ce ne semble plus possible, comme s'il avait perdu le mode d'emploi ou alors seulement comme machine avec des engrenages bloqu&#233;s de n'avoir pas &#233;t&#233; mis en mouvement r&#233;guli&#232;rement et de rajouter de l'huile r&#233;guli&#232;rement on aurait oubli&#233;, et alors il ne se meut plus dans la m&#234;me vie o&#249; bouge son corps en mouvement comme machine abandonn&#233;e, mise au rebut dans un cimeti&#232;re ou une casse, oui c'est un peu cela Renaud, une machine trop t&#244;t mise &#224; la casse d'avoir trop peu tourn&#233;, il faudrait que son parcours t&#233;lescope celui d'une autre qui ferait travail double, bougerait plus qu'il n'est n&#233;cessaire pour une toute seule, remettrait en mouvement quelque chose chez Renaud, un cul adorable par exemple il faudrait, selon son expression favorite, mais au lieu de l'&#233;crire il se contenterait de la penser tr&#232;s fort cul adorable et se la r&#233;p&#233;terait pareil cul adorable &#224; chaque fois que son &#339;il se poserait dessus, un cul qui devrait donc passer et repasser, adorable obligatoirement, qui arr&#234;terait quelque chose qui tourne en boucle en sourdine dans l'id&#233;e comme obsession que s'il devient c&#233;l&#232;bre elle viendra avec son livre &#224; la main pour qu'il le lui d&#233;dicace, Agathe. Nathalie &#233;touffante de trop d'empathie et qui refuse d'aller explorer du c&#244;t&#233; de l'autobiographie, du c&#244;t&#233; de sa grand-m&#232;re, Jeanne, qui peignait. Jeanne qui racontait des histoires, mais ne parlait pas de lui, son mari mort trop t&#244;t et peut-&#234;tre s'&#233;tait-il pendu dans le grand garage &#224; c&#244;t&#233; de la maison qui servait d'atelier &#224; lui le grand-p&#232;re violent qui pourrait &#234;tre d&#233;crit sans la moindre empathie, lui, violent disait sa petite-fille, la m&#232;re de Nathalie, qui ne s'&#233;tendait pas, se contentant de raconter comme anecdote amusante de l'enfance le sabot qu'elle avait re&#231;u comme erreur dans le lancer, pas &#224; elle destin&#233;, qui &#233;tait toujours sage, mais aux gar&#231;ons bien s&#251;r, ses deux fr&#232;res, et que pour se faire pardonner il lui avait donn&#233; belle pi&#232;ce, et comme pour contrebalancer ce qui venait d'&#234;tre d&#233;voil&#233; du comportement de l'homme aussit&#244;t conter &#224; la suite le repas et sa main de serre empoignant le bras fin de sa fille, Jeanne, devenue m&#232;re &#224; plusieurs reprises et comme le fils a&#238;n&#233; avait d&#251; se lever de table pour dire haut et fort comme bravache et montrer &#224; tous pr&#233;sents et assis qu'il &#233;tait devenu chef assez fort pour s'opposer au patriarche, quand le p&#232;re mort ou parti ou d&#233;pressif, et un jour depuis son lit depuis pourtant un corps paralys&#233; comment il faisait pour continuer &#224; mener la maisonn&#233;e de la pointe de sa canne frapp&#233;e sur le plancher de sa chambre faire encore r&#233;gner la terreur dans la cuisine en dessous o&#249; chacun dans l'effroi imm&#233;diat s'activerait pour savoir quoi faire, quoi lui porter, trouver ce qu'il fallait pour le calmer. Barbe longue et blanche et une force de la nature quand sa femme menue, fragile blonde aux yeux bleus, et malgr&#233; elle &#224; travers Jeanne une descendance de peaux basan&#233;es aux yeux fonc&#233;s, comme si elle avait compt&#233; pour du beurre dans la g&#233;n&#233;tique, mais lui dans l'atelier son corps de molosse pench&#233; en deux &#224; raboter, &#224; porter des planches pour en faire des armoires, des portes, des ch&#226;ssis, remporter des march&#233;s de plus en plus gros pour construire ou reb&#226;tir et un jour associ&#233; &#224; qui il fallait et devenir leader d'un mat&#233;riau n&#233;cessaire pour reconstruire la France de l'apr&#232;s-guerre dans une r&#233;gion o&#249; la proximit&#233; d'un fort avait attir&#233; les bombes et tant de maisons &#233;taient &#224; reconstruire dans le village, mais aussi &#224; la ville avec tous ces ponts qu'on avait fait sauter pour emp&#234;cher l'ennemi d'avancer. Et le mari de sa fille, Jeanne, quatre ans sans lui faire d'enfants, &#224; se demander ce qu'elle lui avait trouv&#233;, se disait le vieux, &#224; part peut-&#234;tre justement qu'elle ne l'avait pas choisi, et peut-&#234;tre que pour cela aussi qu'&#224; Nathalie elle n'en parlait pas, comme de quelqu'un de passage qui ne laisse pas de trace, &#224; part quatre enfants, puisqu'elle &#233;tait amoureuse d'un autre aim&#233; longtemps dans le secret, parce qu'il avait promis celui-l&#224; comme ses fr&#232;res &#224; sa m&#232;re de ne jamais se marier par un pacte sordide et tous &#224; sept &#224; le respecter longtemps et certains plus que d'autres et les filles mari&#233;es &#224; la fin, mais aucune &#224; oser pousser la d&#233;sob&#233;issance jusqu'&#224; la maternit&#233;, mais lui son amour pour Jeanne trop fort et &#224; la fin il avait d&#233;cid&#233; de rompre le pacte. Il avait &#233;crit &#224; Jeanne qu'il allait demander en mariage cette fille avec sa longue natte couleur jais plut&#244;t grande pour une fille puisque de m&#234;me taille que lui, mais &#231;a il ne l'avait su que plus tard parce que longtemps &#224; la voir depuis le jardin en hauteur par rapport &#224; la rue o&#249; il passait et subrepticement lever les yeux vers elle accoud&#233;e au mur de briques, avec ses yeux enfonc&#233;s derri&#232;re sourcils &#233;pais comme assombrissant encore le regard d&#233;sabus&#233; qu'il jetait sur la vie et elle toujours souriante comme si ses yeux &#224; elle filtrant le monde pour ne garder des gens et des paysages que le beau, le d&#233;nichant m&#234;me l&#224; o&#249; il n'&#233;tait pas, tandis que lui m&#233;fiant envers tous avan&#231;ait vers le tram qui l'emm&#232;nerait &#224; l'usine dans le fond de la vall&#233;e. Et un jour il avait disparu. Les gens avaient dit qu'il &#233;tait de ceux qui partent un jour loin pour ne jamais revenir. Une histoire de fille l&#224;-dessous, c'est ce qui s'&#233;tait dit, on aurait retrouv&#233; des lettres. Elles n'&#233;taient pas sign&#233;es. Personne n'avait cherch&#233; plus loin et Jeanne avait fini par &#233;pouser le mari que son p&#232;re lui avait choisi.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : J'ai &#233;crit sans id&#233;e pr&#233;con&#231;ue, mais avec toujours la pr&#233;occupation de donner identit&#233; &#224; ce mort qui a parl&#233; pr&#233;c&#233;demment. Voici ce que j'ai cru comprendre : la grand-m&#232;re de Nathalie a eu un amoureux que son p&#232;re ne voulait pas pour elle et qu'il a tu&#233; dans un acc&#232;s de col&#232;re, quand il a d&#233;couvert qu'il voyait sa fille alors qu'il la destinait &#224; un autre, le fils de son associ&#233;. Enfin je crois...&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;14. Si longtemps que parfois&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3575&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je parle, mais personne ne m'entend et &#231;a dure depuis des ann&#233;es, depuis si longtemps que parfois je ne sais plus &#224; quelle &#233;poque on est. Je parle tout seul comme si j'&#233;tais atteint de s&#233;nilit&#233;. S&#251;r que je ne suis plus de premi&#232;re jeunesse, mais quand m&#234;me. Quelle injustice ! Ne revenons pas l&#224;-dessus, j'ai pass&#233; assez de temps &#224; ressasser. Ce qui me p&#232;se le plus c'est la station debout. Il me semble toujours que si j'&#233;tais allong&#233;, quelque chose s'apaiserait, j'allais &#233;crire dans mon corps, un vieux r&#233;flexe dont je ne me d&#233;fais pas, parler de mon corps comme s'il &#233;tait vivant, comme s'il ressentait encore quelque chose. Mon esprit occupe d&#233;sormais toute la place et c'est d'un fatigant. Il me laisse peu de r&#233;pit et le temps semble si long. Si les vivants pouvaient m'entendre, j'en aurais des choses &#224; leur apprendre. Mais ils s'agitent, ils perdent ce temps de vie si pr&#233;cieux et pleurnichent sur leur lit de mort, c'est d&#233;j&#224; la fin, si j'avais su, disent-ils. Su quoi ? Ils vivent la t&#234;te dans le sac, ne cherchent pas &#224; savoir, alors que des indices, dieu sait que j'ai essay&#233; de leur en semer. C'est que je n'ai que peu de moyens. J'ai pens&#233; influencer les r&#234;ves de Nathalie, mais je n'excelle pas dans la mati&#232;re. J'aurais pu pers&#233;v&#233;rer malgr&#233; mes rat&#233;s comme lorsque je manque ma cible et que l'endormi se r&#233;veille avec un r&#234;ve sur les bras qui lui semble sorti de nulle part, qu'il le trouve loufoque, qu'il le raconte pour le moquer &#224; plusieurs au petit-d&#233;jeuner. Il s'&#233;tonne du sujet, on &#233;tait dans une maison au bord de l'eau, il raconte et tu ne sais pas ce qui m'arrivait. Les autres autour &#233;coutent poliment avec une distraction &#233;tudi&#233;e, car quoi de plus ennuyeux que les r&#234;ves racont&#233;s au matin, ils ressortent de la nuit comme du linge en soie qui aurait &#233;t&#233; bouilli dans les grandes lessiveuses en alu qui cuisent sur le feu, plus rien ne tient debout, tout est mou et chiffonn&#233;, sans parfum, sans couleurs, gris jusqu'au plus profond. Le r&#234;ve ne veut rien dire, et pour cause, je me suis tromp&#233; de destinataire. Rien d'autre. Et eux cherchent la signification... J'ai fini par cesser d'influencer les r&#234;ves de Nathalie. C'&#233;tait peine perdue, car elle ne se souvient jamais d'eux. Elle a beau essayer, son &#233;cran reste noir comme lorsqu'on s'endort pendant le film. Beaucoup d'&#233;nergie d&#233;pens&#233;e pour rien. Alors j'ai eu une autre id&#233;e, surtout depuis qu'elle ne peint plus et qu'elle s'est mise &#224; l'&#233;criture. Murmurer &#224; son oreille semblait dans mes cordes. Mauvais jeu de mot que personne &#224; l'heure actuelle ne peut comprendre. Passons. Il a fallu que je m'entra&#238;ne. Je lui ai souffl&#233; un texte &#224; propos de sa grand-m&#232;re, mais elle l'a oubli&#233; dans son cahier. Elle ne l'a m&#234;me pas recopi&#233; sur l'ordinateur. Le sujet ne semblait pas l'accrocher, pourtant j'avais esp&#233;r&#233; que ce serait facile. Tant d'autres &#233;crivains se sentent investis d'une mission, comme donner une autre chance &#224; tous ceux qui ont v&#233;cu pour rien une vie march&#233; de dupes, et alors &#233;crire &#224; leur propos &#231;a leur tord chacun des mots qu'ils posent sur la feuille, leur laisser la parole &#224; ceux-l&#224; morts, leur rendre petit temps de vie dans les pages d'un livre, mais elle non, elle &#233;crit des fictions, du vent, du consommable. Ok, il en faut pour aider &#224; vivre d'autres qui vont aussi se retrouver au dernier jour &#224; chialer que c'est pass&#233; si vite, qu'ils auraient mieux fait de... et ainsi de suite comme un &#233;ternel recommencement. Le texte que j'avais inspir&#233; &#224; Nathalie, j'ai bien peur qu'il pourrisse l&#224; &lt;i&gt;ad vitam aeternam&lt;/i&gt;. Elle n'en fera rien. Elle a m&#234;me oubli&#233; qu'elle l'avait &#233;crit. Cette fille n'a aucune m&#233;moire. Dans son esprit &#224; elle, quelque chose se passe mal, elle n'imprime pas comme on dit dans le langage d'aujourd'hui. Il faut aussi que je veille &#224; faire &#233;voluer ma fa&#231;on de parler, surtout si mon &#233;tat actuel doit perdurer. Le hasard semble avoir eu piti&#233; de moi et il m'a donn&#233; un coup de pouce. Encore une r&#233;f&#233;rence &#224; mon corps, c'est plus fort que moi. Nathalie et Rapha&#235;l devant le tableau. Une rencontre de hasard, je n'y crois pas ! Une rencontre arrang&#233;e par une quelconque divinit&#233;, oui. Alors il faudrait juste qu'ils entendent ce qu'ils se disent, les mots qu'ils ont prononc&#233;s devant la toile avec la petite maison au bord de l'eau. C'&#233;tait pr&#233;cis pourtant. Je n'ai pas le droit de faire plus. Apr&#232;s il faudra qu'ils se d&#233;brouillent, c'est mon seul espoir de leur mettre la puce &#224; l'oreille.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;13. pas n&#233;cessairement de subjonctif&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4936&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le fait que j'ai appris que apr&#232;s &#171; le fait que &#187; il ne fallait pas n&#233;cessairement de subjonctif, le fait que du coup &#231;a ouvre des perspectives comme &#233;criture en &#233;toiles, le fait que je n'&#233;crive d&#233;j&#224; qu'en &#233;toiles, le fait que &#231;a donnera une &#233;criture d'&#233;toiles en &#233;toiles et depuis la branche d'une &#233;toile jusqu'&#224; une nouvelle &#233;toile et le fait que je ne pense pas que &#231;a fasse pourtant feu d'artifice, artifice, explosion, le fait que je ne sais pas depuis quel corps partir, le fait qu'il serait plus simple de partir &#224; partir du mien, du corps de la narratrice, le fait que &#171; le fait que &#187; le corps &#233;cartel&#233; le fait que le fait que le fait que corps tiraill&#233;, explosion, par trop de personnages, le fait que chacun veuille prendre sa part dans la proposition 13, le fait que c'est depuis le corps de Nathalie que je parle le mieux, le fait que le corps de Renault mais aussi le corps d'Agathe demandent voix demandent permission pour eux aussi le fait que, le fait que Agathe revienne et pourtant Agathe est partie, elle a quitt&#233; Renaud, est sortie de l'histoire, on ne la reverra plus, le fait qu'elle revienne sans cesse pourtant avec son dr&#244;le de nom Agathe, a-gate, une gate c'est une ch&#232;vre disait ma grand-m&#232;re, le fait que j'ignore si c'&#233;tait du wallon et que j'ai d&#251; aller v&#233;rifier, le fait qu'on se traitait de gatte entre filles, tu me prends pour une gate on disait et c'&#233;tait comme une insulte gentille, mais Agathe obligatoirement jeune et jolie, le fait que ce pr&#233;nom exerce sur moi attraction, le fait que j'ai l'impression que si je partais du corps de Madeleine ce serait plus facile, le fait que je connais le corps de Madeleine que je peux le faire parler que je peux parler de tout ce qui lui passerait par la t&#234;te depuis l'immobilit&#233; de son corps et de quand elle le remet en mouvement dans ses pantoufles qu'elle frotte sur la moquette verte et m&#234;me je peux le faire parler depuis ses pieds sans bas sans chaussettes &#233;t&#233; comme hiver et d'une main elle se tient au bord du vieux bahut qu'on a gard&#233; apr&#232;s la nouvelle cuisine et qu'on a juste pouss&#233; dans l'arri&#232;re-cuisine neuve o&#249; elle change de pantoufles en rentrant du jardin o&#249; elle est all&#233;e nourrir la derni&#232;re poule et les marches sans rampe pour remonter du jardin avec sa hanche qui la fait souffrir et pour chaque marche tout le corps &#224; se propulser d'un coup pour att&#233;nuer la douleur ou le faire parler depuis ses pieds que l'arthrose a d&#233;form&#233;s apr&#232;s son op&#233;ration de la hanche qui n'a rien arrang&#233; et &#224; la regarder on se demande comment elle peut encore tenir debout et aussi avancer, le fait que le corps mien tiraill&#233;, le fait que le corps tiraill&#233; par chacun des personnages qui r&#233;clame pr&#233;sence demande parole se bouscule pour venir moi aussi moi aussi apr&#232;s le fait que, le fait que Renault tire d'un c&#244;t&#233; et de l'autre encore Nathalie et Madeleine et le corps douloureux du supplice de la roue &#224; ne plus savoir qui faire avancer, le fait que je ne sache pas ce qui va arriver &#224; chacun o&#249; je vais les pousser o&#249; ils vont m'entra&#238;ner, le fait que l'&#233;paule droite et la gauche douloureuses d'une douleur lancinante, le fait qu'une douleur douloureuse &#231;a fait beaucoup de douleur mais quand &#231;a fait mal &#231;a fait mal et c'est tout, le fait que il n'y a pas de raison d'avoir mal, le fait que je ne sache pas o&#249; aller dans le roman d'Anne Dejardin qui tourne en rond comme un serpentin en arceaux bien serr&#233;s d'un monde clos, le poids de l'ordinateur tablette que je soutiens des deux mains, le fait que tous ces textes &#224; &#233;crire et dans quelle direction, le fait que les personnages m'&#233;chappent et me harc&#232;lent &#224; la fois et c'est contradiction, le fait de ne plus savoir &#224; qui accorder mon temps, le fait qu'il ne leur arrive rien fig&#233;s dans une immobilit&#233; d'action des personnages qui pensent beaucoup mais qui n'agissent pas, le fait qu'il ne leur arrive rien est comme une porte ferm&#233;e toujours je viens buter dessus, le fait qu'ils vont cesser de m'int&#233;resser, le fait qu'une nouvelle tentative de fiction et finalement rien, le fait que c'&#233;tait passager l'enthousiasme qu'ils ont &#233;veill&#233; dans mon corps fatigu&#233;, le fait qu'il faut que je passe au vide maison aujourd'hui ou demain, le fait que j'ai peur d'oublier, le fait qu'il faut que je trouve un moment, le fait que &#231;a fera plaisir &#224; Christian, le fait qu'il faut s'int&#233;resser aux amis, le fait de ce chien &#224; adopter est-ce une bonne id&#233;e, le fait que apprivoiser et le temps que &#231;a prend et ne jamais le compter et toujours certitude d'y arriver et c'est bien le seul domaine o&#249; je ne doute pas de moi, le fait qu'apprivoiser un animal r&#233;pare quelque chose au-dedans, calme toutes les angoisses comme la peur de ne pas y arriver, &#224; r&#233;ussir la tarte, &#224; donner de son temps aux enfants aux petits aux amis sans le regretter sans la sensation d'&#234;tre d&#233;poss&#233;d&#233;e, &#224; remettre de l'ordre dans Madeleine et son livre et pour cela il faudrait arr&#234;ter d'&#233;crire &#224; c&#244;t&#233; arr&#234;ter d'&#233;crire proposition sur proposition mais toujours &#234;tre emport&#233;e emball&#233;e mais dans l'envie et l'enthousiasme sentir le reste aussi comme la peur de rester en dehors sur la route surtout se maintenir dans le flux ne pas abandonner, le fait qu'alors ce soit Madeleine qui soit abandonn&#233;e et le fait qu'il faudrait du temps beaucoup de temps pour remettre les textes en ordre ordonner tout ce texte sur Madeleine sur sa vie g&#226;ch&#233;e ne faire que &#231;a pendant trois jours, le fait qu'il faudrait que je m'enferme trois jours pour ne faire que &#231;a et ne plus &#233;couter les propositions, le fait que ma m&#233;moire capricieuse, le fait que mon cerveau bugge, n'aident pas et qu'il suffit de trois jours sans y penser et j'ai tout oubli&#233; de l'ordre que j'avais choisi de l'id&#233;e qui m'&#233;tait venue et presque m&#234;me de ce qui a &#233;t&#233; &#233;crit, le fait que parfois j'&#233;crive une deuxi&#232;me fois le m&#234;me texte qui n'est jamais le m&#234;me qui n'est que la m&#234;me sc&#232;ne tandis que ma m&#233;moire n'en a rien gard&#233;, que j'ai oubli&#233; l'avoir d&#233;j&#224; &#233;crit, et autre chose s'est &#233;crit, le fait que je ne sache jamais si c'est meilleur ou pire mais c'est faire deux fois le boulot et &#231;a ne sert &#224; rien, le fait que le ciel soit devenu rose le matin de noir qu'il &#233;tait quand je me suis lev&#233;e, le fait que c'est d&#233;j&#224; bient&#244;t l'obscurit&#233; &#224; 7h du matin, le fait que l'&#233;t&#233; s'ach&#232;ve que les jours raccourcissent et moi comme un hamster dans sa cage qui &#233;cris qui &#233;cris qui &#233;cris, le fait que je n'en ai rien vu passer et pourtant Madeleine toujours sur le feu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait que Nathalie ait &#233;t&#233; invit&#233;e &#224; ce festival du court-m&#233;trage, le fait qu'elle ne conna&#238;t pas la ville o&#249; elle est invit&#233;e, le fait qu'elle pi&#233;tine dans l'&#233;criture de sa fiction comme elle pi&#233;tine dans cette ville plut&#244;t que d'abandonner son corps aux rayons du soleil sur la vaste plage de sable fin enfin lorsqu'on est &#224; mar&#233;e basse, le fait qu'elle se laisse habiter par la fiction &#224; &#233;crire et l'urgence que dans son corps elle ressent si fort que l'immobilit&#233; sur la plage pour juste un peu de repos ce serait comme violence au dedans le fait qu'elle veuille avancer son r&#233;cit, le fait qu'elle bute sans cesse sur cette cabane dans le fond du jardin de la maison au bord de l'eau, le fait qu'elle en r&#234;ve la nuit qu'elle s'&#233;veille avec dans la main encore l'impression du m&#233;tal froid de la cl&#233; pour ouvrir la cabane et de quelle cabane s'agit-il et de quelle maison au bord de l'eau car personne dans sa famille non elle en est s&#251;re n'a jamais poss&#233;d&#233; une maison au bord de l'eau alors une cabane vous pensez et le fait que la maison au bord de l'eau sur le tableau dans le hall bric-&#224;-brac d'une exposition de toutes sortes d'&#339;uvres dont apr&#232;s avoir quitt&#233; cet endroit elle s'est demand&#233; encore longtemps quel &#233;tait le lien entre tous ces objets et quel avait &#233;t&#233; le fil conducteur du propri&#233;taire pour disposer ainsi les &#339;uvres ou si simplement il n'avait pas de fil conducteur et c'&#233;tait comme salle des ventes ou vide-maison ou vide-greniers &#224; poser les objets o&#249; il y a place, le fait qu'elle avait recrois&#233; cet homme par hasard dans cette galerie elle aussi pas vraiment adapt&#233;e trop mal &#233;clair&#233;e et leur dialogue qui avait continu&#233; ce que &#231;a nourrissait en elle de la fiction &#224; venir ou ce que &#231;a emp&#234;chait, le fait qu'elle devait se choisir une tenue pour ce soir, le fait que son corps il fallait le nourrir que bient&#244;t il aurait faim, le fait que le forcer &#224; entrer dans cette sup&#233;rette bond&#233;e de cette station baln&#233;aire, le fait que le vide dans sa t&#234;te &#224; ne pas savoir quoi choisir et passer devant le rayon des yaourts des l&#233;gumes des fromage et guider son corps comme objet &#233;tranger pour juste lui &#233;viter de se cogner aux autres corps qui eux semblent avoir une id&#233;e de ce qu'ils veulent acheter, le fait que quelque chose la force &#224; sortir sans avoir rien achet&#233;, le fait que son corps bute contre une pancarte et demain elle aura un bleu annon&#231;ant une brocante avec une date, le fait qu'elle ne sache plus si c'est une date qui est d&#233;j&#224; pass&#233;e, le fait qu'elle ne sache plus quel jour on est, ah si puisque la date du festival du court-m&#233;trage auquel elle est invit&#233;e elle s'en souvient bien, c'est le 14 ao&#251;t, c'est demain, et toute la journ&#233;e &#224; visionner les courts-m&#233;trages et le soir elle avait &#233;t&#233; sollicit&#233;e pour la remise des prix, le fait qu'il faisait chaud aujourd'hui est-ce que &#231;a obligerait si pareil chaleur demain de pr&#233;voir une tenue qui la prot&#232;ge du soleil ou mettre de l'&#233;cran total mais serait-on dehors, le fait qu'elle ne savait rien, qu'elle imaginait, le fait qu'elle appr&#233;hendait, aurait-elle &#224; parler &#224; tenir le micro &#224; dire Bonsoir &#224; saluer les personnalit&#233;s pr&#233;sentes les nommer, le fait qu'elle avait accept&#233; en se disant que &#231;a lui ferait des vacances, le fait que maintenant elle se disait que c'&#233;tait un mauvais choix une erreur de jugement, de vacances elle n'en avait pas besoin, elle voulait juste finir cette fiction trouver le pourquoi de cette cabane dans le fond du jardin avec l'escalier qui descend jusqu'au bord de l'eau et les pierres mal scell&#233;s et descendre cet escalier elle se demandait o&#249; il pourrait bien l'amener, le fait qu'elle ne savait plus dans quelle poche &#233;taient ses cl&#233;s, le fait qu'elle pi&#233;tine et que la voiture attendant la place derri&#232;re elle &#231;a la rend plus nerveuse encore et finalement les doigts se resserrent sur le porte-clef et triomphalement les arrachent &#224; la poche. Le fait que le monde ne transpirait pas dans celui o&#249; elle &#233;crivait qui &#233;tait dieu merci un univers clos, une bulle qui se referme totalement sur elle-m&#234;me comme un retour au ventre maternel au moins durant plusieurs mois toute p&#233;n&#233;tration du dehors y serait impossible et pareil tant que son livre n'&#233;tait pas fini, mais rajouter des &#233;l&#233;ments du dehors, ce serait forc&#233;ment artificiel, comme l'odeur de la barbe &#224; papa pendant qu'elle regagnait sa voiture et qui perdrait existence d&#232;s qu'elle &#233;crirait. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait que &#231;a faisait toujours mal au d&#233;but les nu-pieds et qu'il fallait que Renaud s'y habitue, le fait que ses pieds toujours enferm&#233;s avaient la peau fragile et &#231;a frottait quand il marchait avec ce clou entre le gros orteil et son voisin, le fait que demain d&#233;j&#224; il faudrait les remballer &#224; peine d&#233;voil&#233;s au soleil &#224; la mer &#224; la plage, le fait qu'il &#233;tait venu en train parce que depuis Paris c'est le plus simple, le fait qu'il avait demand&#233; &#224; pouvoir &#234;tre &#224; deux pas de la plage, alors le seul h&#244;tel ici n'avait que deux &#233;toiles et de toutes petites chambres mais pour trois jours &#231;a lui irait tr&#232;s bien, le fait qu'il portait sa serviette sous le bras avec dans l'autre main le livre en cours et pour les vacances il n'avait pas fait le bon choix &#224; cause des mille pages de The fact that, le fait que depuis qu'il l'avait commenc&#233; il s'&#233;tait mis &#224; vivre sous sa dictature et toutes les phrases dans sa t&#234;te commen&#231;aient ainsi, le fait qu'il craignait demain de ne plus pouvoir s'adresser aux gens autrement et ce serait plut&#244;t marrant que g&#234;nant finalement, le fait que c'&#233;tait mar&#233;e haute et r&#233;duite l'&#233;tendue de sable o&#249; installer sa serviette, le fait qu'il s'&#233;tonnait d'avoir &#233;t&#233; sollicit&#233; pour ce festival du courts-m&#233;trages, le fait qu'il n'avait pas trop compris non plus qui organisait, le fait qu'il s'en foutait voulait un pr&#233;texte pour quitter Paris, le fait que son texte sur le cin&#233;ma qu'il avait mis en ligne avait &#233;t&#233; rep&#233;r&#233; par un gars qui lui avait demand&#233; de le lire en ouverture et puisqu'il serait l&#224; de faire partie du jury, le fait qu'il aimait la plage, le fait qu'il ne venait plus ici sur ces plages de Normandie, le fait que ce n'&#233;tait pas Cabourg et qu'il n'&#233;tait pas h&#233;berg&#233; au Grand H&#244;tel mais les pieds qui retrouvent la sensation du sable s'infiltrant entre les orteils et rarement sa br&#251;lure pour &#231;a il faut les plages de M&#233;diterran&#233;e, le fait qu'ici le soleil ne vienne jamais qu'en ami &#231;a lui pla&#238;t, le fait que tout lui plaise dans cette r&#233;gion ce n'est pas nouveau, quel con de s'en &#234;tre priv&#233; pour &#233;viter de repenser &#224; Agathe, le fait qu'il y pense o&#249; qu'il soit et ce n'est pas normal de rester bloqu&#233; l&#224;-dessus, le fait qu'il irait bien en parler &#224; un psy mais lequel choisir, le fait qu'il faille poser le livre dans le sable pour d&#233;plier sa serviette, les grains qui s'en &#233;chapperont bien longtemps apr&#232;s son retour sur Paris le feront pester &#224; chaque fois, le fait qu'on est toujours mal pour lire sur la plage mais que c'est l'endroit o&#249; les Fran&#231;ais lisent le plus ( 37%) apr&#232;s le lit (47%) qui reste leur endroit pr&#233;f&#233;r&#233;, le fait qu'il va aller se baigner de suite, le fait qu'il est content de n'&#234;tre pas trop &#233;loign&#233; de la famille avec les gosses bruyants finalement et tant pis s'ils souffrent du syndrome Cathrine appel&#233; ainsi parce qu'il est le premier &#224; l'avoir d&#233;couvert car il va laisser sa montre sous son livre et qu'on risque moins de la lui faucher &#224; cause de sa serviette &#224; proximit&#233; de la famille &#224; enfants, le fait que ce soit le dernier cadeau d'Agathe, savait-elle d&#233;j&#224; au moment o&#249; elle la lui a offerte choisie sur internet qu'elle le quitterait et pourquoi avoir choisi une si ch&#232;re qui &#233;tait &#233;tanche &#224; 100 m&#232;tres alors qu'il ne mettait que rarement la t&#234;te dans l'eau &#224; cause des douleurs &#224; l'oreille que &#231;a lui d&#233;clenchait, le fait qu'elle soit &#233;tanche l'obligeait quand la pile &#233;tait us&#233;e &#224; la renvoyer &#224; l'usine et il devait rester sans montre et comme le monde en perdait quelque chose une pagaille contre laquelle il ne pouvait rien, le fait que de petits insectes &#233;tranges sautaient sur les tas d'algues que la mer avait confectionn&#233;s juste deux m&#232;tres devant ses pieds, le fait qu'il n'y avait pas de filles &#224; mater &#224; r&#234;ver &#224; d&#233;pouiller &#224; &#233;crire, le fait qu'il n'&#233;tait pas du genre &#224; engager la conversation, le fait que juste donner la r&#233;plique lui convenait mieux, comme le dialogue &#233;trange qu'il avait eu avec la personne qui s'&#233;tait arr&#234;t&#233;e devant le tableau &#224; la galerie fouillis.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;12. &#201;tat second&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4934&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;cr&#233;ation finie, il faut regagner le bureau. C'est le sien, celui de la directrice. Elle devrait &#234;tre fi&#232;re, ne l'est pas. Tant d'autres avant elle y ont eu droit, qui n'&#233;taient l&#224; que pour les vacances scolaires, c'est pratique avec des enfants, pas la vocation, pas comme elle, qui &#233;crivaient Wallonie avec deux N, qui &#233;taient nulles en math&#233;matique, pas comme elle, qui chaque ann&#233;e r&#233;p&#233;taient les m&#234;mes le&#231;ons au mot pr&#232;s, qui ne pr&#233;paraient rien, &#233;taient toujours en retard sur le programme, pas comme elle, qui d&#232;s que la cloche sonnait, comme une nu&#233;e de moineaux &#224; l'approche du chat et l'&#233;cole redevenait coquille vide, abandonn&#233;e aux femmes de m&#233;nage parfois bien plus courageuses. C'est elle la directrice maintenant. C'est venu trop tard, avoir cela comme perspective longtemps, comme reconnaissance promise pour toute une carri&#232;re, mais le contentement qu'elle en attendait, la satisfaction comme apaisement dans le corps, elle ne les a pas &#233;prouv&#233;s. Et maintenant elle est enferm&#233;e dans ce bureau. Assise seule sans estrade sans tableau sans cahiers &#224; corriger, juste de l'administratif et le t&#233;l&#233;phone noir pour elle seule mais quand il sonne, tout son corps sursaute. Un nouveau probl&#232;me &#224; r&#233;gler et la peur de ne pas y arriver. Face &#224; la porte, ouverte ou pas, &#231;a ne change rien. Elle a essay&#233;. Une armoire m&#233;tallique lourde de dossiers, de fournitures, de ce qu'on ne met pas &#224; disposition, elles sont oblig&#233;es de venir demander. Elle est coll&#233;e au mur et ferm&#233;e &#224; cl&#233;, &#233;cras&#233;e par son inutilit&#233; dans tout le terne de sa couleur grise. Devant le bureau deux chaises vides trop &#233;loign&#233;es l'une de l'autre pour faire la paire &#224; attendre des parents qui travaillent &#224; cette heure et qui ne viendront pas. Quelque chose se d&#233;traque une fois son corps lourd immobilis&#233;. Elle attrape chaud &#224; peine assise. Il faudrait entrouvrir la fen&#234;tre. Elle est trop haute. Il lui faudrait monter sur une des trois chaises et peur de tomber. Ou que la chaise ne tienne pas sous son poids. Elle a demand&#233; aux femmes de m&#233;nage de tourner son bureau. Face &#224; la fen&#234;tre plut&#244;t que face &#224; la porte, elle pensait que &#231;a changerait quelque chose. Mais la fen&#234;tre ne d&#233;voile que le gris du ciel et toujours l'inconnu dans son dos et il gagne quelle que soit l'orientation du bureau. Ce qu'il y a derri&#232;re, depuis le sol, qui rampe sur le mur ou surgit par la porte, la fen&#234;tre, par l&#224; o&#249; elle ne surveille pas, o&#249; les yeux ne peuvent se poser. Une peur grandissante s'installe, lui mord le dedans, elle est en apn&#233;e, une musique int&#233;rieur lugubre qu'elle ne peut baisser, le regard comme un ascenseur s'&#233;l&#232;ve vers la fen&#234;tre pour trouver de l'aide, la gorge nou&#233;e et &#231;a ronfle &#224; faire exploser le cartilage de la trach&#233;e, il faudrait casser le dur pour donner passage &#224; l'air, et le long des quatre murs maintenant &#231;a rampe et c'est certitude, elle va devenir folle. Un jour elle entendra des voix, &#231;a arrivera &#224; force de rester dans cette pi&#232;ce emprisonn&#233;e de solitude, elle entendra des voix. Alors ils la d&#233;clareront folle et toute son intelligence ne lui aura servi &#224; rien. Elle finira par lui en parler. Jusque-l&#224; elle s'est content&#233;e de dire que ce bureau lui donnait le cafard. Apr&#232;s le mot cafard elle a os&#233; le mot angoisse. &#192; Georges elle a dit j'ai des angoisses dans ce bureau. Elle finira par le supplier de venir avec elle &#224; l'&#233;cole, tant pis pour ce qu'on dira d'elle, elle trouvera une explication. Et &#224; lui elles n'oseront rien dire, parce que c'est un homme et qu'il &#233;tait professeur &#224; l'&#233;cole normale, l&#224; o&#249; sont form&#233;es les institutrices. C'est ce qu'elle se dit.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : j'ai commenc&#233; par &#233;crire le codicille par esprit de contradiction ou alors parce que quitte &#224; devoir &#233;crire comment nous est venue l'id&#233;e de ce texte, j'ai eu envie d'exp&#233;rimenter l'inversion du processus. J'ai commenc&#233; par &#233;crire ceci : reprendre un &#224; un les personnages et les trouver chacun dans un &#233;tat d'immobilit&#233; et pour chacun &#233;crire un seul paragraphe. Il y aurait le corps de Madeleine enferm&#233;e dans son bureau r&#233;duit de directrice d'&#233;cole avec l'angoisse qui monte comme &#224; l'assaut de cette immobilit&#233; forc&#233;e, Renaud au lit le matin et toujours l'envie d&#232;s que le sommeil se fait moins lourd de jeter son corps engourdi hors du lit, l'extraire au plus t&#244;t d'une immobilit&#233; qu'il ne supporte pas, son corps dans le lit et la conscience de ne pas l'habiter, un corps qui lui semble vide comme s'il l'avait d&#233;sert&#233;, pour l'habiter, il lui faut d'urgence le mettre en action, les pieds seront maladroits sur le parquet et parfois la jambe droite accrochera le pied du lit et la poign&#233;e de la porte refusera sa main t&#226;tonnante mais bouger, ne pas rester allong&#233; et du temps d'Agathe bien s&#251;r c'&#233;tait diff&#233;rent, il pouvait se forcer un peu comme on s'&#233;merveille d'entendre un b&#233;b&#233; respirer et la sensation de magie, et parfois m&#234;me le ronflement d'Agathe comme un sifflement &#224; l'expire l'&#233;mouvait et la main partait sous le drap &#224; la recherche du contact de sa peau, mais c'&#233;tait du temps d'Agathe, et Nathalie qui repense &#224; sa rencontre sans rencontre avec l'homme devant le tableau de la maison au bord de l'eau, leurs deux corps immobiles et &#224; force r&#233;fl&#233;chit au sien propre toujours immobilis&#233; devant un ordinateur maintenant qu'elle ne peint plus, qu'elle invente des fictions, et comme elle s'absente du sien, au point que lorsqu'elle se l&#232;ve de son bureau, leur rencontre c'est d'abord par la douleur, ils se sont absent&#233;s l'un de l'autre et quand elle le r&#233;cup&#232;re, c'est d'abord violent car c'est par la douleur qu'il se rappelle &#224; elle, apr&#232;s ces heures d'immobilit&#233;, il se venge, il rousp&#232;te, il fait mal et c'est bien fait pour elle, la nuque est raide, les genoux douloureux, la t&#234;te lui tourne, comme d'avoir &#233;t&#233; pour son corps le Willy de Colette qui l'enfermait pour qu'elle &#233;crive les Claudine. Le corps de Nathalie comme sous occupation &#233;trang&#232;re, &#233;prouvant, ressentant, et diff&#233;rent pour chacun de ses personnages de fictions, tandis que le sien s'ankylose et souffre sans qu'elle ressente rien, parce qu'elle a pris possession d'autres corps, les habitent, &#224; eux seuls attentive, tandis que coup&#233;e du sien comme un bernard l'hermite. Et Agathe qui voudrait pouvoir m&#233;diter, mais le corps qui se r&#233;volte d&#232;s qu'il faut tout arr&#234;ter, de penser, de bouger, parce que son corps toujours en mouvement, alternant sport, activit&#233;s, travail, sorties et les mots qu'elle lui avait jet&#233;s un peu en dernier recours il faut bien le dire devant tant d'incompr&#233;hension et face &#224; elle la t&#234;te de Renaud pench&#233;e l&#233;g&#232;rement sur le c&#244;t&#233; comme un Golden retriever avec lequel on ne veut plus jouer son incompr&#233;hension son corps &#224; lui d&#233;sempar&#233; ses questions qu'il garde pour lui parce qu'il ne veut pas la harceler mais qu'elle entend hurler plus fort entre eux que s'il les formulait un corps devenu mou comme priv&#233; d'ossature un corps liquide et sous l'eau il n'y aurait plus rien elle avait dit comme on tue une mouche d'un coup avec la culpabilit&#233; et la honte dans le geste qui d&#233;cuple la force du poing pour l'&#233;craser elle avait dit avec toi j'ai envie de me suicider et aussit&#244;t lui &#233;tait venu &#224; l'esprit la sc&#232;ne familiale racont&#233;e &#224; chaque occasion leurs corps &#224; tous assis dans la salle &#224; mansion de la maison de vacances leurs visages fig&#233;s et les couverts suspendus en l'air bloqu&#233;s dans le mouvement &#224; part la sienne la fourchette qu'elle venait de planter dans la cuisse de son fr&#232;re &#224; dix centim&#232;tres de l&#224; o&#249; s'arr&#234;tait le short parce qu'il n'arr&#234;tait pas de l'emb&#234;ter et mille fois elle lui avait dit d'arr&#234;ter et crier de plus en plus fort parce que lui continuait parce que prot&#233;g&#233; par maman toujours parce qu'il &#233;tait le plus petit et patati patata mais surtout qu'il savait y faire et m&#234;me pleurer sur commande il savait et maintenant la fourchette tenait toute droite toute seule sans sa main qu'elle avait aussit&#244;t retir&#233; les doigts fuyant le manche en inox plus vite que lorsqu'on se br&#251;le et vraiment elle tenait toute seule et tous la regardaient et &#224; &#231;a elle avait compris combien elle avait d&#251; &#234;tre en col&#232;re qu'il ne comprenne pas plus t&#244;t qu'il fallait arr&#234;ter et pour Renaud c'&#233;tait pareil et alors elle avait dit &#231;a vivre avec toi &#231;a me donne envie de me suicider.
&lt;p&gt;En &#233;criture j'ai toujours proc&#233;d&#233; comme cela, besoin de commencer par appr&#233;hender les corps comme installer personnages dans le d&#233;cor. Je proc&#232;de ainsi, puis je me glisse dedans. De l&#224; j'&#233;cris. Et va et vient depuis mon corps de narratrice aux leurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte de Madeleine a &#233;t&#233; &#233;crit apr&#232;s le codicille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;11. &#201;crire sans les mains&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4931&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ses mains ont perdu la couleur l'odeur aussi. Ecrire sans les mains sans les doigts tapant sur les touches et &#233;crire juste en dictant et &#233;crire le corps droit avec juste la voix &#233;crire sans la main qui frotte et glisse sur la feuille &#233;crire sans que l'&#339;il ait dans son champ de vision la main qui avance et frotte le papier c'est possible maintenant et qu'est-ce que &#231;a change dans l'&#233;criture, le corps qui ne participe pas. Elle ne peint plus elle ne danse plus devant la toile. Les doigts qui pressent la betterave cuite pour que jaillisse la boule hors de l'&#233;pluchure hors de l'enveloppe d'un coup le poids de la boule qui tombe dans le r&#233;cipient et la chair de sa main devenue rouge et la main droite color&#233;e de rouge, la main droite et bient&#244;t la gauche aussi lorsqu'il faut couper en petits morceaux, les mains sous le jet d'eau et devenu rose le filet d'eau qui file jusqu'au trou sur la blancheur de l'&#233;vier. Elle retrouve des mains color&#233;es et &#231;a lui rappelle le temps de la peinture et le temps des pas de danse, les pieds nus sur le parquet devant la grande toile et dans son dos Rapha&#235;l qui peint qui crie qui pleure ou qui vient la prendre dans ses bras, son corps qui se fait corbeille comme une invitation oh, fleur, laisse-toi cueillir et toujours pr&#234;te &#224; laisser tout abandonner et o&#249; &#231;a l'a men&#233;e. Ses mains ont perdu la couleur, elles ont perdu l'odeur. Son sexe &#224; sentir le savon maintenant juste &#231;a. Ses mains ne consolent plus ses mains ne rassurent plus. Elle n'a plus d'amant, pas d'enfant. Elle a l'&#226;ge encore pour quelque temps. Elle n'a pas d'enfant mais &#231;a ne lui manque pas. Elle a l'impression que la peau de ses mains se dess&#232;che devient r&#234;che comme couverte d'&#233;cailles de tortue. Elle ne se dit pas que c'est d'avoir &#233;t&#233; lav&#233;e avec ces produits qui effacent les t&#226;ches tenaces de peinture. Elle se compare &#224; un arbre dans une terre que la pluie n'a plus arros&#233;e, regarde ses mains comme feuilles au bout de branches, qui se racornissent jaunissent et un jour tombent d'inutilit&#233; plus que de s&#233;cheresse. C'est son regard sur ses mains depuis qu'elle ne peint plus depuis qu'elle n'aime plus des mains qui perdent peu &#224; peu leur usage leur utilit&#233; leurs fonctions puisque bient&#244;t m&#234;me &#233;crire se fait sans l'usage de la main. Ce qu'elle fait maintenant lui garde les mains propres m&#234;me l'encre ne les colore plus. Elle les respire encore souvent dans un geste r&#233;flexe porte ses doigts sous son nez. Un parfum banal, c'est tout ce que captent ses narines. L'odeur de t&#233;r&#233;benthine encore parfois ce n'est plus que dans sa t&#234;te, les mains macul&#233;es de pigments de couleur parfois dans ses r&#234;ves avec la peinture qui d&#233;borde outrepasse ses droits se joue des limites impos&#233;es par les tubes m&#233;talliques les palettes l'&#233;tendue de la grande toile, la narguant jusque sur la peau de son visage et pourtant elle fait attention, non, proteste-t-elle, r&#233;pondant &#224; Rapha&#235;l qui se moque, tu as une t&#226;che l&#224; au milieu du front sur la joue sur le pied, quand lui toujours impeccable m&#234;me sans tablier tenant son pinceau nez en l'air comme baguette de chef d'orchestre avant de d&#233;marrer le concert, lui repassant constamment par cette position, ce statuquo, avant la prochaine attaque de la toile comme portant l'estocade duel &#224; l'&#233;p&#233;e combat au fleuret rejetant son corps en arri&#232;re et reprenant immobilit&#233; dans l'attente et &#233;tudiant la derni&#232;re touche port&#233;e et &#233;valuant le b&#233;n&#233;fice qu'elle avait amen&#233; &#224; l'ensemble presque comme en discussion avec l'un ou l'autre invisible ou avec le chevalet. Ses mains qui ne touchent plus la peau des hommes ne pressent plus les tubes crasseux et barbouill&#233;s, des mains sans odeur aux ongles rong&#233;s parce que &#224; quoi bon tant d'efforts de r&#233;solution pour ne pas les ronger car enfin longs il faudrait les couper pour qu'ils ne d&#233;rapent pas sur les touches de l'ordinateur. Des mains qu'elle ne se mettait plus sous le nez pour trouver le sommeil comme doudou dont l'odeur apaise avec toutes les nuances d'avant surpass&#233;es par celles de la peinture et de la t&#233;r&#233;benthine et qui la faisaient rapidement basculer dans le sommeil, tandis que ses mains invisibles de n'&#234;tre plus constell&#233;es de t&#226;ches, inexistantes et inutiles de n'avoir plus d'odeur, juste parfaites pour s'adapter aux touches de l'ordinateur, une main que personne ne chercherait dans le noir lorsque s'&#233;teignent les lumi&#232;res de la salle de cin&#233;ma veux-tu sortir avec moi comme lorsqu'elle avait 15 ans. Elle devrait peut-&#234;tre se faire un carr&#233; potager pour lutter contre la blancheur fade de ses mains, les doigts &#233;crasant la chair des mottes de terre contre leur chair. Et le marron en fine couche s'&#233;talerait comment on impr&#232;gne ce serait quand m&#234;me une couleur mieux que pas de couleur. Quelque chose s'est cass&#233; dans le mouvement de son corps depuis lui et c'est la peinture qui en a fait les frais. De la violence du d&#233;sir de l'envie des corps d&#233;passant leurs personnes et l'humidit&#233; &#224; m&#234;me les peaux et les sexes et l'odeur d'apr&#232;s et ce qui en reste sur les mains les renifler aspirer l'odeur de son sperme les t&#226;ches sur le plaid du canap&#233; de cuir et son corps &#224; elle l&#226;chant bien apr&#232;s l'offrande de lui entre ses jambes hors de contr&#244;le ce moment et les t&#226;ches de couleurs, tout cela c'&#233;tait appartenance au monde d'avant et celui de maintenant parfaitement ma&#238;tris&#233; propre et nette sans couleur sans odeur et &#224; la place l'ordonnance rassurante des mots servant pure fiction sous une ma&#238;trise totale.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : Les mains de Nathalie... Partie du fait que j'ai dict&#233; ce texte &#224; l'ordinateur qui note automatiquement. Et c'&#233;tait &#233;crire sans les mains pour la premi&#232;re fois.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;9. leurs corps&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4925&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dehors c'est en plein jour les n&#233;ons des baraques &#224; cochonnerie churros, cr&#234;pes ou gaufres pourvu qu'il y ait du nutella, spots clignotants du man&#232;ge pour enfants trop grands bras tendus vers le pompon et les encouragements d&#233;mesur&#233;s des parents et &#231;a tourne et tout &#231;a bien dans les rayes comme petites voitures qui n'en sortiront pas malgr&#233; le &#171; Lib&#233;r&#233;e &#187; &#224; r&#233;p&#233;titions que chante la Reine de Neiges, un passage pi&#233;ton et de l'autre c&#244;t&#233; une agence immobili&#232;re avec photos de vielles maisons de pierres, hortensias et roses tr&#233;mi&#232;res pour faire r&#234;ver les vacanciers du camping derri&#232;re, une maison de la presse qui ne vend pas de livres mais fait son chiffre du mois en vendant des tickets d'euro million et des articles de plage, une boucherie avec sur la devanture une affiche pour s&#233;ance de cin&#233;ma sur la plage et un traiteur qui jouxte la baraque &#224; hamburger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et au milieu de tout cela une grande salle d'exposition avec dedans m&#234;me bric &#224; brac annonc&#233; d&#232;s la vitrine avec un christ d'un m&#232;tre vingt avec des coulures de peinture orange qui semblent d&#233;gouliner sans fin. Deux m&#232;tres plus loin trois chiens et &#231;a d&#233;gouline bleu cette fois depuis le sommet de leur t&#234;te et le titre annonce une mouette absente. Nathalie se demande s'il faut comprendre que l'oiseau est &#224; l'origine des d&#233;goulinements. Elle h&#233;site &#224; entrer. Un grand canap&#233; avec l'artiste et le propri&#233;taire du lieu comme accueil engageant qui lui fait plut&#244;t l'effet d'un barrage. Elle choisit de le forcer, simple signe de t&#234;te vague dans leur direction. Des toiles, des antiquit&#233;s, des meubles anciens, des objets en ferraille, des dessins du photographe du coin. Se frayer un chemin pour faire le tour de la salle. Elle pense chemin de croix, peut-&#234;tre &#224; cause du christ de la vitrine. C'est ce qu'elle se dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne se connaissent pas. Leurs corps se sont crois&#233;s et arr&#234;t&#233;s devant cette toile intitul&#233;e Maison au bord de l'eau d'auteur inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Des marches qui descendent, glissantes, moussues et tra&#238;tres, &#233;croul&#233;e la derni&#232;re.
&lt;br /&gt;&#8212; Des marches qui montent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui a parl&#233; en premier ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Des marches irr&#233;guli&#232;res, la derni&#232;re pierre descell&#233;e, qui descendent. Le gouffre que forme la vall&#233;e, une cuvette avec un versant abrupt quand l'autre s'&#233;tire doucement et dans ce lointain-l&#224; le bruit d'un train comme un espoir d&#233;&#231;u, pas d'&#233;chapp&#233;e possible.
&lt;br /&gt;&#8212; Vers le haut la lumi&#232;re, monter les marches larges pour l'assise du pied, l'assurer, d&#233;marche all&#233;g&#233;e. Celle de l'an pass&#233; qui bougeait sous le poids du corps a &#233;t&#233; rejointoy&#233;e. Un travail soign&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; Sommier rouill&#233; dans la cabane.
&lt;br /&gt;&#8212; Sommier pour nuits douces d'&#233;t&#233;, baisers vol&#233;s &#224; l'abri des autres rassembl&#233;s hilares, s'isoler d'eux.
&lt;br /&gt;&#8212; Sommier pouss&#233; contre le mur, dress&#233; vertical au rebut, grincement lancinant muet depuis longtemps
&lt;br /&gt;&#8212; Soupirs rythm&#233;s de sommier comme pouss&#233;es de reins et c'est bien.
&lt;br /&gt;&#8212; Des reins, d'airain, entrailles de Thanatos, cadenas interdiction d'entrer, il faudra escalader la fen&#234;tre pour fouiller.
&lt;br /&gt;&#8212; La cl&#233; lourde dans une des poches de la robe marine &#224; pois blancs tire sur le tissu et d&#233;forme la silhouette, son ombre et la sienne, leurs reflets dans l'eau au clair de lune. L'introduire dans la serrure.
&lt;br /&gt;&#8212; L'eau aux relents d'algues putrides d&#233;voil&#233;es qui ne s&#232;cheront pas dans l'humidit&#233; de la nuit. Un rat se jette &#224; l'eau effray&#233;.
&lt;br /&gt;&#8212; &#199;a gigotte de vie, &#224; cause du clair de lune, les animaux en confiance.
&lt;br /&gt;&#8212; Le saule pleureur lac&#232;re leurs reflets dans l'eau, coups de fouet du vent, l'eau noire ne se laisse pas d&#233;chiffrer.
&lt;br /&gt;&#8212; Promesses et baisers d'&#233;t&#233; promis au m&#234;me destin que cette eau : filer de droite &#224; gauche et c'est ainsi depuis la nuit des temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne se connaissent pas. Elle parle et il r&#233;pond, &#224; moins que ce ne soit l'inverse. Ils sont debout c&#244;te &#224; c&#244;te face &#224; cette petite toile seule &#224; &#234;tre &#233;clair&#233;e au milieu d'une majorit&#233; de grands formats aux couleurs agressives qui n'en ont pas besoin. Maison au bord de l'eau ne d&#233;voile ni marches ni sommier ni cabane mais aucun des deux pour en faire la remarque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ne se pr&#233;sent&#232;rent pas. Chacun poursuivit son cheminement en sens oppos&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salle de cin&#233;ma d&#233;saffect&#233;e. Tout un mandat on a parl&#233; de lui rendre sa fonction, mandat&#233; des &#233;tudes vot&#233;es en conseil municipal. Les avis partag&#233;s. La r&#233;novation serait trop on&#233;reuse. On a encore vot&#233;. Seule la fa&#231;ade a &#233;t&#233; r&#233;habilit&#233;e avec un trompe-l'&#339;il et le nom qu'on lui a conserv&#233; L'estival pour une coquille vide &#224; jamais. Les projections ont lieu sur la plage. Le film de cet &#233;t&#233; c'est Pauline &#224; la plage. On attend la venue d'Arielle Dombasle. Approcher une c&#233;l&#233;brit&#233;, c'est ce qui pla&#238;t aux gens. Rohmer n'a pas &#233;t&#233; oubli&#233;. Il a sa plaque avenue des Corsaires, la rue de la villa o&#249; fut tourn&#233; le film. La fen&#234;tre de la salle de bains, Nathalie s'est amus&#233;e &#224; la rep&#233;rer. Le jardin est immense, peupl&#233; de pins cercl&#233;s de sacs pour pi&#233;ger les chenilles processionnaires. Un arbre centenaire par-dessus le haut mur qui retient les terres et rend le terrain plat pour que la villa puisse vieillir sous sa protection. Les racines n'ont pas encore pouss&#233; ses blocs de granit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arielle Dombasle se d&#233;commanda au dernier moment.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : Influenc&#233;e par la vid&#233;o 10. &lt;/div&gt;&lt;h2&gt;8. p&#233;riode Honfleur&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4924&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'odeur de t&#233;r&#233;benthine d&#232;s l'entr&#233;e. La pi&#232;ce est carr&#233;e. Tout un c&#244;t&#233; vitr&#233; dont la porte d'entr&#233;e, sans que &#231;a am&#232;ne un surplus de lumi&#232;re naturelle. D&#232;s l'entr&#233;e il fait sombre. A gauche en face et &#224; droite des toiles sont accroch&#233;es aux murs assoupies parmi quelques tiges termin&#233;es par une ampoule halog&#232;ne qui peine &#224; les sortir de l'obscurit&#233;. Les toiles de la p&#233;riode Honfleur pas m&#234;me plus tristes que celles peintes dans la lumi&#232;re de sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une avanc&#233;e de toit pour prot&#233;ger la terrasse des intemp&#233;ries et limit&#233;e par un muret de briques qui touche l'asphalte de la route. La musique du Bambou en face d&#233;borde jusqu'ici en juillet. Une toile sur un chevalet, celle qui est reproduite sur l'affiche annon&#231;ant l'expo Boussard et sur un paravent peint en gris fonc&#233; des tirages papier des autres &#339;uvres pour attirer le visiteur. Lumineuse, joyeuse et simple comme un dessin d'enfant, la toile du dehors pr&#233;sente trois arbres stylis&#233;s. Une &#339;uvre si s&#233;duisante peut-elle &#234;tre de qualit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vitrine un christ d'un m&#232;tre vingt clou&#233; avec des coulures de peintures orange qui semblent devoir d&#233;gouliner sans fin comme une vie d'humain peut-&#234;tre. De m&#233;cr&#233;ants. Trois chiens et &#231;a d&#233;gouline bleu cette fois sur eux depuis le sommet de leur t&#234;te. Des toiles aux murs dans un bric &#224; brac d'antiquit&#233;s ou d'objets insolites, des meubles anciens m&#233;lang&#233;s &#224; d'autres en ferraille, des &#339;uvres de photographes du coin. Se frayer un chemin pour faire le tour de la salle est presque impossible. L'artiste dans un canap&#233; &#224; l'entr&#233;e avec le propri&#233;taire du lieu, comme repoussoir quand on veut juste entrer et voir ce que &#231;a a dans le ventre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les n&#233;ons des baraques &#224; cochonnerie, churros, cr&#234;pes et gaufres au nutella, glaces aux colorants et la musique de la reine des neiges par-del&#224; le man&#232;ge o&#249; des enfants trop grands sont coinc&#233;s dans de petites voitures bras tendus pour attraper le pompon. De l'autre c&#244;t&#233; du passage pi&#233;tons une agence immobili&#232;re vend du r&#234;ve &#224; ceux qui sont au camping et la maison de la presse fait le chiffre du mois avec des bulletin d'Euro million, de tac au tac et d'articles de plage, une boucherie, un traiteur et une baraque &#224; frites et hamburgers. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le charme de l'ancien avec ses inconv&#233;nients aussi. Une villa bord de plage d&#233;coup&#233;e en appartements il y a longtemps, &#224; la mort d'un propri&#233;taire qui avait plusieurs enfants sans doute ou des enfants de moins en moins fortun&#233;s. Au fil des ans, chacun a revendu sa part. A eux r&#233;unis en copropri&#233;t&#233;. Elle veut y vivre &#224; l'ann&#233;e, lui loue &#224; n'importe qui, lui a ferm&#233; l'appartement dont il ne sait que faire tant il en poss&#232;de et des bien plus rentables que celui-l&#224; et s'il ne le vend pas, c'est juste parce que sa m&#232;re y venait enfant, lorsque sa famille a d&#251; rentrer d'Alg&#233;rie et que l'&#233;t&#233; il fallait proximit&#233; de la mer comme un minimum &#224; assurer aux enfants, elle est &#226;g&#233;e, clou&#233;e au lit, elle a donn&#233; procuration, lui ne s'en sert que pour louer &#224; un maximum de gens en juillet et ao&#251;t. En haut de l'escalier apr&#232;s la porte, plafonds hauts, murs &#233;pais, l'air de la mer jusqu'au-dedans, deux arcades sur les branches du pin et dans les interstices elles laissent passer le bleu de la mer. Peu de meubles. Le carrelage ancien comme d&#233;coration. S'imaginer en Orient ici, c'est facile dans cette partie de villa que le mauvais sort a tron&#231;onn&#233;e en appartements. Dans celui d'&#224; c&#244;t&#233;, on a recouvert avec du nouveau carrelage blanc brillant, il y avait une offre &#224; Leroy Merlin. On a b&#233;tonn&#233; les balcons ajour&#233;s &#224; cause des infiltrations et on les a ferm&#233;s aussi pour gagner des m&#232;tres carr&#233;s. Son nom d'origine, on le lui a laiss&#233;. &lt;i&gt;Tendre Amie&lt;/i&gt; est encore lisible au-dessus du portail et c'est comme hypocrisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'espace r&#233;duit pr&#233;vu pour les voitures, en &#233;t&#233;, c'est coll&#233;es les unes aux autres et alors beaucoup d'engueulades sur fond de chaleur et de pastis. Ils ne sont pas faits pour cohabiter. Les locataires &#224; la semaine et ceux qui habitent &#224; l'ann&#233;e. La porte du bas constamment ouverte et le vent y amoncelle poussi&#232;res, sable et feuilles. Les bateaux gonflables et les transats sont abandonn&#233;s dans l'entr&#233;e malgr&#233; les panneaux d'interdiction affich&#233;s. Il laisse son chien faire ses besoins dans tout le jardin et on ne lui dit rien. C'est qu'il a un air bizarre. Derri&#232;re dans le jardin c'est plus calme sous le vieux pin parasol qui se tord se laisse amputer mais r&#233;siste encore pour le garder &#224; l'ombre. La fontaine centrale et circulaire a perdu depuis longtemps son robinet d'arriv&#233;e d'eau comme le jet. Ils ont vot&#233; &#224; la r&#233;union du syndic. Elle sera remplie de terre, c'est plus prudent, vous imaginez si un enfant s'y noyait. Ils ont vot&#233; &#224; l'unanimit&#233;. Le petit portail pour l'acc&#232;s &#224; la plage s'ouvre encore malgr&#233; son piteux &#233;tat et les deux rang&#233;es de colonnes en b&#233;ton d'une treille morte depuis longtemps se gorgent d'eau sous la violence des orages. Il faudrait faire quelque chose. Chaque ann&#233;e &#224; la r&#233;union le probl&#232;me est soulev&#233;, on vote pour le reporter &#224; l'ann&#233;e prochaine. Ils sont d'accord &#224; l'unanimit&#233;. Personne &#224; vouloir engager des frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer le libraire enferm&#233; dans son armure de livres conseill&#233;s, perch&#233; sur un tabouret haut comme cerb&#232;re ou vigile dans sa tour de garde, ou alors il est juste grand, &#224; gauche de l'escalier qui monte &#224; l'&#233;tage et o&#249; sont annonc&#233;es les BD par une affichette, une table avec ses coups de coeur. Les jours o&#249; il ne travaille pas, la libraire aux cheveux joyeux est dehors les mains autour d'une tasse de caf&#233; en hiver ou &#224; fumer mais toujours &#224; sourire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dehors une rue en pente avec devant la devanture sur l'emplacement de deux places de stationnement une barque. En journ&#233;e trois pr&#233;sentoirs &#224; cartes postales, artisanales ou originales, occultent plusieurs vitrines s&#251;rement fort int&#233;ressantes. Les vendredis soirs de juillet et ao&#251;t on peut s'y asseoir pour discuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Location d'&#233;t&#233; qu'on ne veut plus quitter. Y rester et juste &#233;crire, juste &#231;a &#233;crire, &#233;crire, &#233;crire. Les bottes des Allemands ont laiss&#233; des &#233;clats sur le carrelage d'origine l&#224; et l&#224; depuis le temps o&#249; la grand-m&#232;re faisait &#233;picerie-caf&#233; mais &#231;a a &#233;t&#233; enti&#232;rement r&#233;nov&#233; &#224; part le carrelage ancien. De part et d'autre de la porte qui s&#233;pare le salon de la cuisine salle &#224; manger aux superficies r&#233;duites qui ne semblent pas avoir h&#233;berg&#233; un tel pass&#233;, deux biblioth&#232;ques vitrines ferm&#233;es qui sont d'anciennes fen&#234;tres &#224; ogives r&#233;cup&#233;r&#233;es. Au milieu de la pi&#232;ce une grande malle en osier comme table de salon et un canap&#233; lit pour location d'&#233;t&#233; annoncer capacit&#233; de 4 &#224; 5 personnes et un fauteuil &#224; la fen&#234;tre qui donne sur le jardin pour y &#233;crire &#233;crire &#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Un jardin sur deux pans de la maison comme une &#233;troite bande de terrain bord&#233; d'une haie haute pour que la rue ne soit pr&#233;sente que par le bruit des voitures et &#224; l'angle des deux haies une porte barri&#232;re avec une pancarte suspendue au-dessus avec un poisson peint en bleu. Trois marches pour acc&#233;der au salon mais sur toute la longueur de la fa&#231;ade, salon et chambre. Et juste au bout de la rue la mer. Chaque jour on va voir la mer comme on rend visite quotidienne. Et elle jamais la m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maisons bord de rivi&#232;re comme paquebot amarr&#233;. Elles ont toutes cela en commun, cette illusion d'&#234;tre sur le point de partir, comme fausse immobilit&#233;. Il suffirait d'un rien. Largu&#233;es elles pourraient l'&#234;tre et alors suivre le cours de l'eau comme petit bouchon &#224; se laisser d&#233;vier, emmener. Pos&#233;es en bordure de route de l'autre c&#244;t&#233;, &#224; m&#234;me le bitume, &#224; fleur d'accident sans la protection d'un trottoir. Elles fr&#244;lent le danger c&#244;t&#233; rue et c&#244;t&#233; jardin. Elles ont leur vocabulaire, d&#233;barcad&#232;re, courant, mont&#233;e deux eaux, ragondins ou rats musqu&#233;s... Leurs accessoires aussi : p&#233;rissoire, barque et certaines baptis&#233;es d'un nom, kayac, cannes &#224; p&#234;ches, amor&#231;age, &#233;puisette, hame&#231;on, &#231;a mord, &#231;a n'a pas mordu...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Trop long. Il faudrait ne garder que les phrases essentielles. Je le ferai peut-&#234;tre. Des lectures une phrase qui reste : le corps &#224; rejeter l'eau. Cette phrase revient, se laisse &#233;crire. L'odeur de chlore de la piscine dont la description sera courte : du bleu en fa&#239;ence ou en liquide, c'est bleu et &#231;a sent le chlore et sa peau et ses cheveux c'est pareil, c'est son odeur &#224; elle, une fille sans bact&#233;ries, bien d&#233;sinfect&#233;e quand bon nombre des piscines o&#249; elle a nag&#233;, d&#233;saffect&#233;es.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;7. d&#233;fil&#233; sous la gargouille&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4923&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Harponner le pr&#233;sent dans le pass&#233;, repousser ce futur qui r&#244;de s'impose veut prendre la place&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une main qui s'empare du t&#233;l&#233;phone pos&#233; dans la proximit&#233; de son corps o&#249; qu'il soit, Nathalie est aussit&#244;t sur Facebook, compte les like, lit les commentaires &#224; propos de sa publication adress&#233;e &#224; Marion qui ne la lira pas. La reconnaissance qu'elle &#233;prouve pour celle qu'elle ne conna&#238;t pas personnellement, pas en vrai, en chair et en os, et qui a aim&#233; et c'est comme un voile lev&#233; sur sa solitude, exister pour quelqu'un depuis que Rapha&#235;l... Elle serait surprise, Marion, le lui laisserait-elle voir, elle si soucieuse de ne pas rajouter du malheur au malheur et &#224; chacun trouver des excuses et ne jugeant pas ou si peu et comme c'est sur elle, Marion, qu'elle s'&#233;tait appuy&#233;e pour y croire, Marion si confiante en leur amour et alors s'appuyer l&#224;-dessus, &#224; son &#226;ge et tout ce qu'elle avait connu, travers&#233;, s'appuyer sur sa certitude pour accorder sa confiance, il faisait un beau couple, s&#251;re que &#231;a allait marcher, alors Nathalie l'avait cru aussi qu'il &#233;tait son &#226;me s&#339;ur, lui pour elle, elle pour lui, et comme elle avait pleur&#233; un soir de ce qu'il avait dit, le b&#233;mol qu'il avait apport&#233; lorsqu'elle avait dit que sur la terre personne d'autre n'existait pour elle que lui et la r&#233;ciproque aussi mais lui pas d'accord avec son quand m&#234;me que peut-&#234;tre pas dans le monde entier et comme elle &#233;tait tomb&#233;e dans un chagrin sans fond et lui n'en d&#233;mordant pas, en rajoutant m&#234;me, malgr&#233; ses larmes, comme honn&#234;tet&#233; vis-&#224;-vis de lui-m&#234;me cherchant appui du c&#244;t&#233; des statistiques argumentant et comme elle avait eu si mal en-dedans que pr&#234;te &#224; faire ses valises le soir-m&#234;me et fuir avant qu'il ne soit trop tard car elle ne voulait pas se r&#233;veiller un jour lointain et se dire qu'elle s'&#233;tait tromp&#233;e d'histoire d'amour et elle ne savait plus comment ils avaient &#233;vit&#233; que ce soir-l&#224; soit leur derni&#232;re soir&#233;e d'amoureux parce qu'elle &#233;tait s&#251;re qu'il n'avait jamais accept&#233; de se d&#233;dire et comment en fin de comptes elle avait accept&#233; que oui, peut-&#234;tre qu'il existait une autre femme en Chine ou en Alaska qui aurait pu &#234;tre ton &#226;me s&#339;ur &#8212; et prononcer ces mots c'&#233;tait un peu comme s'arracher le c&#339;ur, un peu comme aujourd'hui depuis qu'il &#233;tait parti &#8212; alors une ou deux de par le monde mais pas plus et que le chagrin ne desserre son emprise peu &#224; peu et qu'il ne la force pas &#224; faire ses bagages dans l'heure et maintenant elle &#233;tait bien oblig&#233;e d'accepter qu'il avait raison et que cette femme qu'ils avaient imagin&#233;e vivant loin et donc ne risquant pas de croiser sa trajectoire par un malheureux hasard avait t&#233;lescop&#233; avec perte et fracas le chemin de vie de Rapha&#235;l. Nathalie se demande ce que lui dirait Marion aujourd'hui. Si elle ferait mieux que ses amies d&#233;munies avec leur sempiternel &#171; un de perdu, dix... &#187; et blablabla car ce n'&#233;tait pas n'importe quel un, c'&#233;tait le un qui allait qui allait de pair avec son un &#224; elle pour former le sacro saint deux qui n'&#233;tait sacr&#233; que s'il perdurait, non ? Son deux &#224; elle venait d'exploser. Est-ce Marion qui lui souffle la suite ? Qu'alors il n'&#233;tait pas son &#226;me s&#339;ur. Ne l'avait jamais &#233;t&#233;. Puisque c'est l'enfant qu'il avait fait &#224; une autre qui l'appellerait papa et merveilleux il le serait avec lui. Et chaque fois qu'elle y pense, c'est un peu comme si tout ce qu'il faisait maintenant &#224; cette autre griffonnait sur leur histoire pass&#233;e la transformait en brouillon, signant la preuve qu'il y avait eu usurpation d'identit&#233; : il n'&#233;tait pas son &#226;me s&#339;ur, Rapha&#235;l, c'est ce que lui murmure Marion, il est temps que tu t'en rendes comptes. Ce fut la voix aim&#233;e dans le visage lumineux, sage et r&#233;sign&#233; de Marion qui donna &#224; Nathalie la force de croire que son &#226;me s&#339;ur &#233;tait &#224; venir. A la sagesse de Marion, elle ass&#233;cha un chagrin rest&#233; tenace durant plus de cinq ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Renaud apr&#232;s l'Allemagne quitta d'autres lieux, d'autres filles qu'il n'aimait que dans le souvenir d'Agathe, m&#234;me s'il savait qu'elle ne reviendrait jamais. Contrairement &#224; lui, Agathe savait tirer des traits comme on passe &#224; autre chose. Il ne se faisait pas beaucoup d'illusions. Il pr&#233;senta son doctorat sur Georg Weber. On en parla un peu dans les revues universitaires et litt&#233;raires, ce qui lui permit de publier son premier roman. Il &#233;crivit d'autres livres, r&#234;va de devenir un &#233;crivain adul&#233;, imagina qu'Agathe entendrait parler de lui, qu'&#224; force d'&#234;tre invit&#233; &#224; toutes les &#233;missions populaires, elle se souviendrait de lui, peut-&#234;tre m&#234;me qu'elle viendrait &#224; une de ses s&#233;ances de d&#233;dicaces ou de spectacles lectures, parce que c'&#233;tait l&#224; qu'il avait l'impression de juguler sa timidit&#233;, de donner le meilleur de lui-m&#234;me, parce que la seule chose qui r&#233;parerait ce creux qui s'&#233;tait d&#233;chir&#233; en lui, depuis qu'elle &#233;tait partie, serait qu'elle reviennent, qu'elle reconnaisse qu'elle s'&#233;tait tromp&#233;e, qu'elle n'avait jamais aim&#233; que lui. Elle ne vint jamais. Il apprit qu'elle n'avait pas &#233;pous&#233; l'homme dont elle avait eu un enfant, un peintre vaguement connu que Renaud ne connaissait pas, qu'elle l'avait quitt&#233; pour un autre, qui travaillait comme nez chez Dior, &#233;pous&#233; celui-l&#224; et suivi &#224; Singapour. Elle avait eu deux enfants de plus et ne revenait jamais en France. Et c'est quand il fut certain que quel que soit la notori&#233;t&#233; qu'il atteigne, elle n'en entendrait jamais parler qu'il publia ce livre qui lui amena la c&#233;l&#233;brit&#233; r&#234;v&#233;e. Parti d'une id&#233;e un peu simple Dire je t'aime et &#224; la suite de ce titre des personnages diff&#233;rents &#224; des moments diff&#233;rents qui prononcent ces mots galvaud&#233;s et ce que &#231;a raconte d'eux. Tout &#231;a parce qu'il ne supportait plus d'&#233;crire des histoires o&#249; le h&#233;ros est nomm&#233;, affubl&#233; de nom et pr&#233;nom comme redingote dat&#233;e qui entrave les mouvements de celui qui les porte comme de celui qui &#233;crit &#224; son propos, et alors &#233;crire revient &#224; suivre un parcours balis&#233; comme pas &#224; pas d'&#233;tapes de sa vie dans un ordre chronologique ou invers&#233; pour faire moins convenu, alors il avait d&#233;cid&#233; d'&#233;crire enfin ce livre &#224; propos de l'amour comme ils l'avaient d&#233;cid&#233; avec son ami Dean, il y a bien longtemps, oui, on &#233;crira ensemble un jour, et oppos&#233;es leurs id&#233;es sur l'amour et &#224; eux deux le panel serait complet, Dean qui ne s'appelait pas Dean, et parlant de lui dans un livre, il lui avait demand&#233; la permission de donner son vrai pr&#233;nom qui &#233;tait beau avec ses quatre syllabes et sa premi&#232;re lettre de l'alphabet et le h si difficile &#224; placer au bon endroit, mais Renaud jamais pris en d&#233;faut veillant &#224; tracer le h apr&#232;s le a et avant le m parce qu'il pensait que c'est &#224; de tels d&#233;tails qu'on peut lire l'amiti&#233; de quelqu'un a pour vous et que lui &#224; porter ce pr&#233;nom dans les gens que Renaud connaissait et r&#233;v&#233;lant de suite l'origine de sa famille, ou alors utiliser plut&#244;t le nom par lequel sa m&#232;re l'appelait et qui n'&#233;tait pas celui-l&#224; et peu de gens &#224; le conna&#238;tre, et pour finir respecter son choix, Dean, il s'appellerait Dean et on s'en &#233;tait tenu l&#224;. Mais le livre, il l'avait &#233;crit seul, parce que Dean avait quitt&#233; la sc&#232;ne trop t&#244;t, d'un feu dans Paris qui &#233;tait pass&#233; au rouge quand il fixait ses pieds sur le beau blanc brillant des larges bandes sous l'effet de la pluie et de l&#224; o&#249; il &#233;tait Renaud savait qu'il ne reviendrait pas. Pas comme Agathe. Et le livre avait &#233;tait un grand succ&#232;s commercial. Il n'apprit qu'apr&#232;s pour Agathe. La c&#233;l&#233;brit&#233; venait trop tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle peint en grand format, des toiles parfois si grandes qu'elles occupent tout le mur. Dans une profusion v&#233;g&#233;tale proche des croquis pour tissus de d&#233;coration de luxe des femmes sont esquiss&#233;es, leurs corps fondus dans fleurs et feuilles foisonnantes. Elles sont allong&#233;es ou de dos. Leur peau en tenue de camouflage dans une nature luxuriante comme des tatouages en couleurs. L'atelier est partag&#233; en deux parties et la plus avantageuse avec lumi&#232;re du soleil levant elle l'a laiss&#233;e &#224; Rapha&#235;l bien s&#251;r. Le silence entre eux et chacun immerg&#233; dans son travail. Le corps de Nathalie bouge sans cesse et c'est danser avec un pinceau &#224; la main. Une transparence malgr&#233; une succession d'aplats qui surprend. Aucun blanc ne subsistera. Pieds nus sur le vieux plancher et les &#233;chardes parfois. Et alors tout s'arr&#234;te au cri qui lui &#233;chappe. Il demande si &#231;a va et parfois c'est une fausse alerte. L'aiguille de bois n'a pas entam&#233; la chair du pied. Elle reprend ses mouvements. Il se remet &#224; ses tubes et c'est jeu de massacre car il les &#233;crase dans le milieu du ventre, press&#233;, insoucieux de les faire durer. Elle dit que c'est g&#226;cher. Il ne veut que de gros tubes, les plus grands formats, toujours &#224; cours de mati&#232;re, il travaille dans l'urgence &#233;paisseur sur &#233;paisseur, une peinture en relief qui n'en finit pas de sentir et semble de jamais &#234;tre s&#232;che. Parfois il quitte l'atelier, part travailler sur site. Il balance tout dans son break et il sera dehors tant qu'il pourra y voir. Ces jours-l&#224; elle travaille moins bien. Une &#233;nergie amput&#233;e lui semble-t-il. Quand elle jure, c'est que l'&#233;charde a entam&#233; le derme. Il vole &#224; son secours, d'abord des doigts, puis des l&#232;vres il tente l'extraction avant d'aller br&#251;ler l'aiguille qui tra&#238;ne sur l'appui-de-fen&#234;tre au bec Bunzen et avec une infinie d&#233;licatesse il progresse son pied entre les mains il op&#232;re jusqu'&#224; lib&#233;rer le corps intrus. Avec des gestes d'amoureux, il soigne et repose le pied sur le parquet. Ils peuvent chacun reprendre l&#224; o&#249; ils se sont interrompus ou alors ils se tra&#238;nent jusqu'au canap&#233;. Il conserva les empreintes de leurs &#233;treintes comme une histoire en creux et pour lui ce fut d&#233;finitif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il jette ses pinceaux contre le mur. Ils s'&#233;crasent &#224; terre. &#199;a fait de nouvelles taches sur le plancher. Il bouscule le chevalet comme rivalit&#233; entre homme. Il n'y arrivera jamais. C'est ce qu'il cire. &#199;a ou qu'il est nul. Qu'il n'en a rien &#224; foutre d'&#234;tre connu apr&#232;s sa mort. Il hurle je suis vivant et je veux que ce soit maintenant. Nul, je suis nul, un rat&#233;. Il finit par se calmer, laisse son corps tomber dans le mou du canap&#233;, met sa t&#234;te dans les mains. Apr&#232;s la rage, le corps agit&#233; de sanglots et une litanie d'insanit&#233;s qu'il s'adresse en marmonnant. Si souvent elle lui fit l'amour comme consoler un enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il casse une fois de plus son pinceau et renverse le gobelet o&#249; trempent les autres et il se traite de salaud, de l&#226;che, dit qu'il n'y arrive plus. Elle se tourne vers lui. Le d&#233;sespoir de Rapha&#235;l, Nathalie sait de tout son corps comment le juguler. Elle le prendra sans ses bras, son corps paratonnerre, sur lui sa violence d&#233;tourner, leurs deux corps &#224; lutter avant de basculer dans le canap&#233;, p&#233;trir et exiger, lutter encore un peu et se rendre ouverte et m&#234;me pas ab&#238;m&#233;e de tant se donner &#224; lui, y trouver sa raison d'exister, anticiper ses coups de boutoir en lan&#231;ant son sexe vers lui, tr&#232;s vite y trouver son plaisir mais cette fois il ne la prend pas, il pleure et tout lui semble exsangue depuis ses fesses dans le mou du canap&#233; d&#233;fonc&#233; dont le plaid a gliss&#233; &#224; terre et lui a fini par se taire assis le corps cass&#233; en deux avec toujours sa t&#234;te dans les mains. Elle est d&#233;sorient&#233;e. En face le corps de la femme n'offre qu'un dos blafard comme une for&#234;t vierge qui aurait stopp&#233; son envahissement &#224; la lisi&#232;re. Elle aussi pourrait avoir pris sa t&#234;te dans les mains. C'est &#224; &#231;a que pense Nathalie quand il dit : &#171; Je n'y arrive plus. Je ne peux plus te mentir. J'ai rencontr&#233; quelqu'un. &#187; Il dit &#231;a ou des phrases qui y ressemblent. Il n'y en a pas dix mille pour annoncer &#224; quelqu'un qu'on le quitte, qu'on ne l'aime plus. Rapha&#235;l quitta Nathalie. Il fut quitt&#233; par la suivante. Apr&#232;s le d&#233;part d'Agathe, il pensa un temps &#224; revoir Nathalie. Ce fut le moment o&#249; elle lui redemanda les cl&#233;s de l'atelier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a tendu un grand drap blanc, un peu piqu&#233;, avec les initiales des deux familles brod&#233;es en rouge sur l'&#233;tiquette pour occulter le tableau de la femme de dos. Elle a achet&#233; des toiles petits format et assis son corps sur le tabouret face &#224; la table pouss&#233;e devant la fen&#234;tre. Elle a apport&#233; une caisse de vieux tissus, de la colle et sorti les vieux ciseaux. Tu ne peins plus ? Tu t'es remise &#224; peindre ? Tu devrais essayer de peindre. Elle n'entend plus que cela et c'est comme du sable que le vent soufflerait dans ses oreilles, comme le crissement que &#231;a fait d'en m&#226;cher un peu, le frotter sur la peau l&#224; o&#249; d&#233;j&#224; tout est irrit&#233;. Par lassitude, d&#233;s&#339;uvrement, passivit&#233;, bonne volont&#233;, elle tente cela aussi. Peindre. Ou plut&#244;t elle vient &#224; l &#8216;atelier. L'ennui &#224; peine la cl&#233; dans la serrure. Le souvenir de l'envie d'avant, quand dans son dos, Rapha&#235;l peignait, bougeait, fumait, pleurait, g&#233;missait, maudissait... Elle se souvient que &#231;a pulsait du dedans vers son poignet, son corps en mouvement pour servir l'image qu'elle avait dans la t&#234;te. Elle fait des gestes qu'elle conna&#238;t comme un parapl&#233;gique r&#233;apprend &#224; marcher... Elle n'a pas perdu la motricit&#233;. Elle ignore ce qu'elle a perdu. C'est peut-&#234;tre le sens. Ces coups de ciseaux, tra&#238;n&#233;es de colle, mouvements de pinceaux n'ont plus de sens. Elle revient chaque jour. Elle veut montrer de la bonne volont&#233;. Ecouter les conseils de ses amies et tenter leurs m&#233;thodes, tester d'autres techniques comme jeu de d&#233;couvert, juste jouer sans enjeu elles disent, faire des exercices. Elle s'ennuie. Elle commence autre chose. Pas grave de g&#226;cher du papier, des toiles, elles disent. C'est facile &#224; dire. Tout son corps rechigne. Elle commence malgr&#233; l'ennui et c'est comme cuisiner et se mettre &#224; table lorsqu'on n'a pas faim. L'ennui grandit. Il gagne du terrain et bient&#244;t la partie. Elle range son mat&#233;riel et s'en va. Elle reviendra demain. C'est ce qu'elle se dit en donnant le tour de cl&#233;. Pour peindre il faut quelque chose qui porte, qui agit en, dehors de vous. Chez elle, c'est comme vide. M&#234;me le mal-&#234;tre avant que tout se mette en place, avant le basculement dans peindre, a disparu. L'ennui a tout recouvert. Elle arrache le drap blanc, se tient devant la toile inachev&#233;e, l'homme dans la savane au corps immobilis&#233; &#224; l'aff&#251;t, elle attend que se passe quelque chose dans son corps dans sa t&#234;te. Elle a trente ans demain. Comment harponner l'envie, tuer l'ennui ? Elle buta sur cette question &#224; r&#233;p&#233;tition, harcela le pr&#233;sent et ce fut comme cogner son corps douloureux &#224; un coin de meuble et rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu restes longtemps obnubil&#233;e par ce tableau au point de t'identifier &#224; elle qui tourne le dos. Il t'arrive de te r&#233;veiller la nuit parce qu'elle a boug&#233;, elle au corps de femme, elle est sortie du tableau. Son visage te reste inconnu. Quoi qu'elle fasse ou dise, il reste dans l'ombre. Ses mots, tu ne les entends qu'en r&#234;ve. Eveill&#233;e, il ne t'en reste aucun en m&#233;moire. Tu en perds le sommeil &#224; force de vigilance. Tu veux voir son visage et savoir ce qu'elle te dit. Il te semble aussi que ses mains s'agitent. Est-ce qu'elle tient un pinceau ? Tu lui parles. Tu voudrais qu'elle te r&#233;ponde. Tu commences &#224; te parler en tu. Elle est devenue ton obsession. Un combat o&#249; l'une de vous deux ne se rel&#232;vera pas. Tu la menaces de tes pinceaux, tu vas l'achever, la barbouiller, l'opacifier de noir et pas de ce gris sombre dont tu es pass&#233; ma&#238;tre de varier les nuances, non, de ce noir pur, de chez Windsor et Newton, un gros tube pr&#234;t &#224; l'emploi, de ceux qu'utilisait Rapha&#235;l. Tu es debout, face &#224; son dos, tu viens de traverser Paris en chemise de nuit sous ton imper pour mettre ton plan &#224; ex&#233;cution, tu titubes de fatigue inassouvie, la p&#226;te noire &#233;cras&#233;e sur la palette tu tiens ton pinceau comme un poignard... Quel ennui, quelle lassitude soudain ? Ton bras peine &#224; soulever ce que tu tiens &#224; la main. Il retombe le long de ton corps. Hagarde, tu titubes jusqu'au canap&#233;. La toile est rest&#233;e inachev&#233;e. L'&#233;lan bris&#233;. Ton regard brusquement tomb&#233; dans l'indiff&#233;rence, se cogne au vide o&#249; qu'il se pose et dans le coin inf&#233;rieur gauche, morte la peau de la femme qui resterait blancheur cadav&#233;rique &#224; cause de l'ennui qui &#233;tait la seule chose que tu &#233;prouves encore. Tu dormis 48heures d'affil&#233;e. Le jour se leva. Il se coucha sans effleurer ta conscience. En ouvrant les yeux deux jours plus tard, tu sus qu'il fallait vendre l'atelier. Tu n'y peignis plus ni l&#224; ni ailleurs. Tu d&#233;cidas de vendre l'atelier avec tout ce qu'il y avait dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu attends Rapha&#235;l. Il a promis de passer ce matin. Tu as d&#233;cid&#233; de vendre l'atelier, lui as demand&#233; de venir r&#233;cup&#233;rer ses toiles, son mat&#233;riel et lui rendre la cl&#233;. Le vieux canap&#233; en cuir plus d&#233;form&#233; que jamais, tu lui tournes le dos, tu devras te r&#233;soudre &#224; le jeter. Il emportera &#224; la benne tous les creux qu'y ont laiss&#233;s vos deux corps imbriqu&#233;s. Tu tournes le dos &#224; la sc&#232;ne. Tu ne veux pas revoir Rapha&#235;l ici mais tu n'as pas su comment dire non. Sur la toile c'est le dos comme touche d'inachev&#233; qui le crie. Il te rend la cl&#233; de l'atelier. Vous &#233;changez quelques phrases banales comme meubles dans une location d'&#233;t&#233;, juste le n&#233;cessaire. Tu as h&#226;te qu'il s'en aille. Tu le pr&#233;c&#232;des jusqu'&#224; la porte et d&#233;j&#224; la cl&#233; est dans la vieille serrure. Sans le regarder tu sais qu'il est debout face &#224; la femme qui tourne le dos. Tu entends ce qu'il dit, je voudrais et tu ne conna&#238;tras jamais la suite. Ton corps a cri&#233; non comme quelque chose qu'il fallait expulser ou brandir en protection. Il n'insiste pas. Il te laissa sur le seuil de l'atelier comme une porte qu'on lui aurait claqu&#233;e &#224; la figure. Il ne comprit pas. N'essaya m&#234;me pas. Soucieux aussit&#244;t de qui mettre &#224; ta place. Tu dis non souvent par la suite. A la peinture, &#224; l'amour, &#224; tort et &#224; travers. Tu arr&#234;tas de te parler comme si tu &#233;tais elle. Tu appris &#224; parler en je. Nathalie exploita la fiction qui n'est que le pr&#233;sent des autres, elle ne fit plus confiance au pass&#233;. Rapha&#235;l connut un petit succ&#232;s gr&#226;ce &#224; un type qui se disait marchand d'art, qui avait &#233;t&#233; galeriste &#224; Marseille, qui avait d&#251; vendre sa galerie parce qu'il &#233;tait ruin&#233; mais avait repris son business via une galerie en ligne. Certains des tableaux de Rapha&#235;l furent vendus aux ench&#232;res au d&#233;c&#232;s de quelques propri&#233;taires et cela fit monter sa cote. C'est ce qu'il raconta &#224; Nathalie lorsque l'atelier fut vendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nathalie ne retrouva jamais son lien &#224; la peinture. Elle vendit l'atelier avec ses derni&#232;res toiles et aussi le canap&#233;. Elle passa &#224; l'&#233;criture de romans sentimentaux qui trouv&#232;rent leur public. L'&#226;me s&#339;ur, elle trouvait l'id&#233;e pu&#233;rile, mais comme c'&#233;tait le pilier de ses romans &#224; succ&#232;s, elle ne l'avoua pas, par respect pour ses lectrices. Puis David arriva.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Je voulais reprendre chaque personnage du d&#233;fil&#233; sous la gargouille et je croyais avoir &#233;crit un moment de leur vie au pr&#233;sent, ce qui m'aurait permis de passer au pass&#233; simple pour &#171; ils v&#233;curent heureux et eurent beaucoup d'enfants &#187; et ainsi finir au plus vite et me d&#233;barrasser de la fin. Sauf que rien en fait n'&#233;tait au pr&#233;sent, d'o&#249; l'obligation de les &#233;crire, ces textes au pr&#233;sent ! Et &#231;a ne marchait pas. J'&#233;crivais, j'&#233;crivais, je reprenais &#224; z&#233;ro et finalement je me retrouve avec un tas de morceaux comme des fragments qui sont en d&#233;sordre, redondants, mais pas non plus &#224; jeter. Avec en plus un texte en &#171; tu &#187; qui m'a sauv&#233; la mise lorsque j'&#233;tais bloqu&#233;e. Et le &#171; harponner le pr&#233;sent &#187; qui reviendrait pour chaque personnage diff&#233;rent, harponner le pr&#233;sent, se m&#233;fier du pass&#233; pour Nathalie, s'accrocher au pass&#233; pour Renaud parce qu'il n'avait pas appris &#224; finir, harponner le pr&#233;sent dans le pass&#233; et toujours repousser ce futur qui r&#244;de s'impose veut prendre la place pour la narratrice, harponner l'envie et tuer l'ennui pour Nathalie...
&lt;p&gt;Et j'ai pr&#233;lev&#233; ces deux extraits avant de commencer &#224; &#233;crire Nathalie #7 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Elle avait toujours pens&#233;, m&#234;me enfant, &#224; l'heure o&#249; les princes se rencontrent partout dans les livres, qu'elle &#233;tait faite, non pas pour un grand amour, mais pour une relation durable. Elle ne se voyait pas vivre une passion, poursuivre ce genre de chim&#232;res, mais croyait malgr&#233; tout qu'un lien puissant, peut-&#234;tre m&#234;me indestructible, pouvait na&#238;tre et rapprocher deux &#234;tres. &#187;
&lt;br/&gt;
Isabelle Carr&#233;, L&lt;i&gt;es r&#234;veurs&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si vous ressentez de la douleur face &#224; la mort de Naoko, alors, continuez &#224; l'&#233;prouver le reste de votre vie. Si &#231;a doit vous apprendre quelque chose, apprenez. Mais ind&#233;pendamment de cela, soyez heureux avec Midori. &#187;
&lt;br/&gt;Haruki Murakami, &lt;i&gt;La balade de l'impossible&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et finalement j'ai tent&#233; un ordre !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;6. elle&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4922&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nathalie et Rapha&#235;l&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je crois que cette histoire de nommer ces personnages est d&#233;j&#224; dans chacun de mes codicilles jusqu'ici, depuis mon habitude de changer le pr&#233;nom de mes personnages r&#233;els en conservant juste l'initial authentique, mais dans les personnages nombreux de la premi&#232;re proposition il y a des associations de pr&#233;noms comme Nathalie et Rapha&#235;l et ce qu'ensemble il forme comme couple d&#233;j&#224; fort et constitu&#233; dans mon imaginaire comme si on me les servait sur un plateau et qu'ils s'animeraient et que je n'aurais plus qu'&#224; les suivre et bien plus fort que si j'avais d&#251; les inventer, les nommer, choisir des pr&#233;noms pour eux avec cette impression de construire sur du sable.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Madeleine&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;nom de Madeleine situe un personnage dans une &#233;poque et presque jusque dans un lieu et c'est obligatoirement son vrai pr&#233;nom qu'il faut pour &#233;crire son histoire, celui re&#231;u de sa m&#232;re et donn&#233; &#224; l'h&#244;tel de ville de Forchies-la-Marche par le p&#232;re. Et Madeleine aussi le pr&#233;nom de la s&#339;ur de celui qui la choisit pour &#233;pouse, ce que &#231;a dit, &#233;pouser quelqu'un qui porte pr&#233;nom identique &#224; celui de sa s&#339;ur a&#238;n&#233;e et la crainte que cet homme avait avou&#233; comme une mise en garde pour ses petits-enfants, et il faudrait veiller &#224; cela disait-il, lui qui avait repris des &#233;tudes de psychologie, que son petit-fils de 4 ans plus jeune que sa s&#339;ur ne reste sous la coupe de l'a&#238;n&#233;e, ce que &#231;a raconte de lui, de l'emprise de sa s&#339;ur Madeleine sur lui et l'emprise qu'&#224; son tour il exercera sur elle, Madeleine, celle qu'il choisit d'&#233;pouser et qui porte m&#234;me pr&#233;nom. Et Georges, identit&#233; des pr&#233;noms aussi pour p&#232;re et pour mari, ce que &#231;a r&#233;v&#232;le de ce huis-clos familial.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Agathe&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et Agathe surgie d'un livre d'Arnaud Catherine et avec ce pr&#233;nom arrive &#224; sa suite tout ce qui s'est construit dans ma t&#234;te alors que ce personnage est peu &#233;voqu&#233; sauf cela, qu'elle part, Agathe. Agathe qui est pour moi un pr&#233;nom vierge, puisque je n'en connais personnellement aucune, un pr&#233;nom d'une &#233;poque, d'un milieu et presque d'une r&#233;gion aussi...&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Roger, Ahmed, Rosa et Singe&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nommer les poup&#233;es, Roger, Ahmed, Rosa et les animaux en peluche, Judith, Singe. Elle n'a pas six ans et retrouve chez sa grand-m&#232;re des poup&#233;es et des peluches des enfants d'avant. Avant de commencer &#224; jouer, l'enfant r&#233;fl&#233;chit aux noms. Elle veut nommer chacun. Pour celle-ci, ce sera Rosa. Est-ce le pyjama rose qui l'a influenc&#233;e ? Le b&#233;b&#233; au pyjama bleu, elle veut l'appeler Roger. Etonnement de la grand-m&#232;re. Choisis un nom de maintenant plut&#244;t. Comment s'appellent les gar&#231;ons de ta classe ? Ahmed, r&#233;pond-elle apr&#232;s r&#233;flexion. Est-ce l'h&#233;sitation de la grand-m&#232;re face au poupon blond ? Elle choisit Nolan. Regret de la grand-m&#232;re mais elle a rat&#233; le coche, il est trop tard pour Ahmed. Le petit fr&#232;re veut jouer aussi. Le singe de la grand-m&#232;re enfant est rest&#233; tout beau. Il s'appelait Judith comme le chimpanz&#233; dans le feuilleton Daktari. Au d&#233;but du jeu on l'appelle Singe. Singe est dr&#244;le, il fait parfois des b&#234;tises, mais pas trop. Il faut le faire parler. Il peut croiser les bras, mettre sa patte sur l'&#233;paule de Rosa. Il est si agile qu'on peut m&#234;me l'accrocher &#224; l'arbre dans le jardin, avec ses membres souples, il fait bien plus de trucs que les autres. Quand les vacances chez la grand-m&#232;re sont achev&#233;es, le petit gar&#231;on de trois ans enlace Singe, il veut le ramener &#224; sa maison. Il ne retrouvera jamais son pr&#233;nom d'origine, celui de la guenon dans Daktari. Il restera Singe, c'est forc&#233;, pour que le petit gar&#231;on puisse le retrouver aux prochaines vacances. &lt;br class='autobr' /&gt;
Roger, Ahmed, Rosa et Singe&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clarisse, Hortense, Julia, Agathe, Claire et Aude&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nommer ses personnages, c'est un peu comme choisir le pr&#233;nom d'un enfant que l'on porte d&#233;j&#224; ou m&#234;me avant de le porter. D'o&#249; qu'on le r&#234;ve, le b&#233;b&#233; qui viendra, il y a le pr&#233;nom qu'on lui choisira. Hortense, Clarisse, Julia... Hortense comme la fleur avec son h muet comme un artifice suppl&#233;mentaire pas trop voyant et m&#234;me avec ce petit parfum de secret qui augmente son attrait. Clarisse ou Agathe qui signent un milieu privil&#233;gi&#233;, vivent &#224; Paris, prennent des cours d'&#233;quitation, ont un petit fr&#232;re qui se pr&#233;nomme Malo ou Gustave ou Oren. Julia, m&#232;re ador&#233;e de Virginia. Trouver un nom et un pr&#233;nom pour le personnage qui se dessine mais qui n'est pas encore d&#233;fini totalement, c'est de l'ordre de nommer ses enfants. Il faut que le nom colle au r&#234;ve de la m&#232;re. Celle-ci devra oublier l'enfant r&#234;v&#233;, seul restera le pr&#233;nom. C'est de l'ordre du d&#233;finitif, comme de nommer son personnage.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Elle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La magie du &#171; elle &#187; en &#233;criture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; que donne le Elle et rien d'autre que lui, ce elle, sans pr&#233;nom ni nom, cet infix&#233; qu'il rec&#232;le, mouvant, mobile depuis le &#171; je &#187; d&#233;guis&#233;, &#224; l'&#226;ge variable, jusqu'&#224; d&#233;signer carr&#233;ment l'autre, diff&#233;rent de soi, bien distant. Le Elle qu'on &#233;crit et aussit&#244;t le regard se modifie, m&#234;me pour parler de soi et c'est soulagement, confort de sortir de l'enfermement de la fusion. Elle est forc&#233;ment autre que je. Alors oui, &#233;crire en elle, c'est jouir d'une imm&#233;diate libert&#233;. Longtemps &#224; vouloir en profiter. Et ce livre jamais publi&#233; et intitul&#233; Elles avec des elle diff&#233;rents, m&#232;re, grand-m&#232;re et je en chapitres distincts mais sur un m&#234;me th&#232;me pour chacune d'elle &#224; des &#233;poques diff&#233;rentes, l'argent, la propret&#233;, l'amour...&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;5. chacun des dix &#224; fermer une porte&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4920&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Renaud connaissait bien chacune des cl&#233;s. Elles aussi lui &#233;taient devenues famili&#232;res. La plus grande trompeuse par sa taille puisqu'elle n'ouvrait que la bo&#238;te aux lettres o&#249; chaque jour une enveloppe avec l'&#233;criture de sa m&#232;re d&#233;tourn&#233;e de ses carnets habituels sous le pr&#233;texte de l'&#233;loignement de son fils ch&#233;ri mais qui continuait &#224; s'adonner &#224; son passe-temps favori en lui envoyant des portraits en mots de tous ceux qu'elle croisait dans Paris, afin de lui faire parvenir un peu d'air d'ici, &#233;crivait-elle, pour qu'il ne soit pas d&#233;pays&#233; au retour, toute heureuse d'avoir un lecteur pour une fois et pas n'importe lequel puisqu'il &#233;tait &#233;crivain. La cl&#233; &#224; la t&#234;te hexagonale &#233;tait celle de la cave o&#249; il n'avait jamais mis que le carton de la machine &#224; caf&#233; qu'il s'&#233;tait offerte et enfin par &#233;limination il restait la cl&#233; de l'appartement, celle qu'il serrait entre les doigts pr&#234;ts &#224; l'action, puisqu'il quittait les lieux. Un instant d'h&#233;sitation et s'il avait oubli&#233; quelque chose, la cl&#233; qu'il tenait lui permettrait de faire marche arri&#232;re, revenir. Mais non, il ne restait plus rien de lui. Il laissait cet endroit comme s'il n'y &#233;tait jamais venu. Son corps d&#233;j&#224; dehors et la cl&#233; serr&#233;e entre l'index et le pouce pr&#234;te &#224; s'enfoncer dans la serrure quand il bloqua le mouvement. Comment avait-il pu l'oublier ? Ce tour de cl&#233; pour signer le caract&#232;re d&#233;finitif de quitter l'appartement et tant de fois l'avoir imagin&#233;, anticip&#233;, s'&#234;tre vu en train de le faire, il ne le donnerait pas ! Il n'en aurait pas besoin. Il en aurait presque souri comme d'une farce du destin. Et c'&#233;tait presque mieux de partir ainsi sur un sourire. Comment n'y avait-il pas pens&#233; ? La cl&#233; &#233;tait superflue : il n'avait qu'&#224; claquer la porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agathe partait. Renaud autour d'elle ne sachant comment se rendre utile et le man&#232;ge de leurs deux corps dans le couloir &#233;troit de l'appartement encombr&#233; encore par la valise. Deux corps qui avaient &#233;t&#233; intimes et n'avaient pas appris nouvelle fa&#231;on de se mouvoir ensemble dans un espace restreint avec entre eux le souvenir des gestes usuels qui n'&#233;taient plus de mise, puisqu'Agathe avait cess&#233; d'aimer Renaud. Pr&#233;venant il offrait de porter la valise &#224; roulettes qui ne demandait qu'&#224; &#234;tre pouss&#233;e. Des morceaux de phrases tronqu&#233;es comme leur histoire, sur un fond sonore de silence &#224; part les bruits de la ville depuis la fen&#234;tre rest&#233;e ouverte et cela ferait courant d'air d&#232;s qu'on ouvrirait la porte, Agathe le savait, et le ronronnement de l'ascenseur, c'&#233;tait toujours Madame Michaud &#224; cette heure qui sortait son chien, plus pr&#233;cise que les cloches de St Vincent, et il faudrait attendre que l'ascenseur remonte jusqu'&#224; leur &#233;tage. Elle sortit les clefs de sa poche et remarqua au moment de les tendre &#224; Renaud qu'elle n'avait pas enlev&#233; le porte-cl&#233;. Le faire maintenant ralentirait son d&#233;part, surtout avec la f&#233;brilit&#233; de ses doigts ce matin. Elle pr&#233;f&#233;ra lui dire qu'elle le lui laissait comme porte-bonheur, avant de regretter sa phrase qu'apr&#232;s coup elle trouvait maladroite, une phrase qu'elle aurait d&#251; retenir, une phrase qu'on ne dit pas quand on est sur le point de franchir une porte pour la derni&#232;re fois. Elle le regarda mettre le tout dans la poche de sa veste sans rien dire. Elle le regarda encore une fois s'effacer devant elle pour la laisser entrer dans la cage de l'ascenseur, malgr&#233; son corps &#224; lui encombr&#233; avec la valise &#224; roulettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande cl&#233; avec un cordon orange visible de loin pour quelqu'un qui ne pose jamais ses cl&#233;s deux fois au m&#234;me endroit, les pose aux endroits les plus insolites. Elle est trop ancienne, non, Madame, je ne peux plus vous faire un double, alors le cordon orange pour ne pas la perdre, et non, elle ne la laissera pas aux nouveaux propri&#233;taires, celle au cordon orange elle la gardera, puisqu'il vont tout faire r&#233;nover. Non, laisse, je vais fermer moi-m&#234;me et c'est comme une mise en bi&#232;re. La porte se referme et il faut avant que les pieds quittent le seuil rainur&#233; de la pierre de taille avec rainures comme une indication du sens de la marche pour entrer, ces parall&#232;les aux murs du couloir &#233;troit, le hall, disait-elle, comme elle disait living et jamais salon ou salle &#224; manger mais c'&#233;tait dans la maison d'avant, quand ils travaillaient tous les deux et vivaient au-dessus de la pharmacie et ensuite dans celle-ci toute petite et le corps en arri&#232;re, laisser vacant le seuil pour refermer la porte en bois blanc vermoulu avec verre poli en haut et tourner la cl&#233; apr&#232;s avoir trouv&#233; vite le degr&#233; d'enfoncement pour actionner le verrou du fermer &#224; cl&#233;, qui ne sert plus qu'&#224; emp&#234;cher que la porte reste grande ouverte, &#224; cause du chambranle &#224; moiti&#233; arrach&#233; depuis qu'ils sont venus cambrioler &#224; l'heure pr&#233;cise de l'enterrement la petite maison minable avec bo&#238;te aux lettres sur la route en forme de maisonnette avec le toit &#224; deux pentes qu'il fallait soulever comme celui de chalet suisse bo&#238;te &#224; musique pour r&#233;cup&#233;rer le journal quotidien et qui n'est plus repeint depuis longtemps et toujours plus d&#233;vor&#233; par la rouille d'ann&#233;e en ann&#233;e. La main tourne la cl&#233; et au bruit familier, elle sait que c'est fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Press&#233;e, elle est en retard comme tous les matins. Furieuse aussi contre elle-m&#234;me, sa manie d'&#234;tre toujours en retard. Ce retard quotidien, c'est plus fort qu'elle. Dans sa t&#234;te elle r&#233;capitule son sac, ses cl&#233;s de voiture, sa mallette, le montage en carton pour l'&#233;veil des petits. Son portable sonne. Son corps se h&#233;risse de ce contre-temps. Le temps de sortir le t&#233;l&#233;phone et la sonnerie s'arr&#234;te. Elle n'a pos&#233; ses cl&#233;s qu'un instant et c'&#233;tait &#231;a o&#249; laisser le carton si fragile et les gestes m&#233;caniques. Elle est en retard. Elle tire la porte et c'est le claquement que &#231;a fait dans le couloir sombre qui affole et instantan&#233;ment elle sait. Elle est sortie sans ses cl&#233;s. La voil&#224; enferm&#233;e dehors et c'est lassitude dans le corps puis col&#232;re car elle sait bien ce que cela implique, comment se terminera sa journ&#233;e, aller chez le serrurier ou lui laisser un message s'il est en intervention et attendre, devant sa boutique ou dans sa voiture si elle a de la chance et qu'elle trouve une place juste devant chez lui et guetter tous les hommes qui passent, essayer de savoir si c'est lui ou pas. Et payer 120&#8364; pour 3 minutes que lui prend l'intervention. Encore une journ&#233;e qui commence bien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;canisme d&#233;fectueux et besoin de tirer la porte d'une main tandis que l'autre donne le tour de cl&#233; et l'exasp&#233;ration que &#231;a fait na&#238;tre dans le corps press&#233;, en retard, encombr&#233; avec l'&#233;paule tir&#233;e vers le bas par le sac en bandouli&#232;re lourd d&#8216;une accumulation sans fin d'une &#233;ternelle anxieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La main dans la poche de sa veste d&#233;form&#233;e pour trouver la bonne cl&#233;, t&#226;tonne, repousse les cl&#233;s de voiture, les pi&#232;ces, le jeton du caddie, avant de refermer les doigts sur elle et tirer la porte. Fermer &#224; cl&#233;, c'est recommand&#233; &#224; l'institut et Renaud s'en &#233;tonne chaque fin de journ&#233;e en donnant ce tour de cl&#233; et avec ce petit clic il esp&#233;rait que ce bruit suffise pour qu'aussit&#244;t le corps int&#232;gre qu'il a droit au repos, comme obligation de laisser derri&#232;re cette porte l'objet de ses pens&#233;es, de ses recherches mais savoir que &#231;a ne marche pas comme &#231;a, que quelque chose de l&#224;-dedans s'est gliss&#233; dehors, faufil&#233; avec lui par la porte et ne le quittera pas m&#234;me de retour chez lui &#224; l'appartement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re des surveillantes est charg&#233;e de fermer &#224; cl&#233; l'aquarium et ce soir c'est son tour. Elle gardera posture jusqu'&#224; la voiture. Pass&#233;e la porte et pendant le tour de cl&#233;, les oreilles heurt&#233;es par le calme et le vide. Toutes ces surfaces vitr&#233;es et aucun corps devant. Les lumi&#232;res allum&#233;es, ce n'est pas son probl&#232;me. Elle tourne le dos et glisse la cl&#233; dans sa poche en se disant que demain matin elle ne saura plus o&#249; la chercher mais demain ne la concerne plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La carte, tu as la carte ? Avant de laisser la porte se refermer automatiquement dans son dos. C'est plus simple &#224; glisser dans la poche que les cl&#233;s d'avant accroch&#233;es &#224; un gros embout en cuivre entour&#233; d'un boudin de caoutchouc noir pour que les tours de cl&#233;s nocturnes ne r&#233;veillent pas tout l'&#233;tage de l'h&#244;tel, le tout volumineux &#224; l'exc&#232;s pour qu'il soit improbable de l'oublier dans la poche comme cette carte magn&#233;tique qu'il peut aussit&#244;t glisser dans son porte-feuille et plus besoin de la d&#233;poser au comptoir de la r&#233;ception avant de quitter l'h&#244;tel pour la journ&#233;e. Elle imagine le geste qu'il aurait eu derri&#232;re son comptoir &#224; la r&#233;ception une fois qu'elle y aurait pos&#233; la cl&#233;, salu&#233; et remerci&#233;, il aurait tourn&#233; le dos, il aurait pivot&#233; sur ses talons, chaussures noires impeccablement cir&#233;es pour l'accrocher au tableau &#224; l'emplacement pr&#233;vu par le num&#233;ro de la chambre correspondante. Elle regrette ce panneau de bois devenu obsol&#232;te comme lieu d'organisation limit&#233; et r&#233;duit comme un ordre dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'a offert une voiture mais a l&#233;sin&#233; sur le verrouillage automatique. C'est toujours la m&#234;me boutade pour te faire patienter &#224; c&#244;t&#233; de la porti&#232;re du passager, tandis qu'elle c&#244;t&#233; conducteur introduit la cl&#233; dans la serrure. Une fois assise au volant elle penchera son corps vers le petit bouton &#224; soulever pour d&#233;verrouiller ta porti&#232;re pour que tu puisses t'asseoir &#224; c&#244;t&#233; d'elle. Son mari ne lui a pas choisi une voiture bas de gamme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les portes du 89 et du 112 ne sont pas des portes que l'on claque comme la maison du docteur avec en son plein milieu comme un nombril mal rentr&#233; un bouton de cuivre de la grosseur d'un poing qui remplit toute la main quand on la tire. Madeleine aimerait bien une porte comme celle-l&#224;. Pour le 89 et plus tard pour le 112. Une porte &#224; claquer derri&#232;re soi. La sienne n'est qu'une porte &#224; tirer derri&#232;re soi et pour la fermer la main doit faire pivoter la poign&#233;e noire en forme de papillon et c'est face &#224; elle et dans son dos la rue. Elle aimerait bien une porte &#224; claquer derri&#232;re soi, le dos d&#233;j&#224; tourn&#233; projet&#233; vers dehors vers ailleurs et le bruit de la porte qui claque dans le dos c'est comme dire advienne que pourra puisque je ne suis plus l&#224;, comme le bruit d'un ballon de baudruche qui &#233;clate et pouvoir dire sa col&#232;re, sa r&#233;volte. La porte du 89 comme celle du 112 n'est pas de celles-l&#224;. C'est une porte &#224; partir sur la pointe des pieds, partir sans faire de bruit pour ne pas r&#233;veiller l'enfant dans son berceau et que ses cris suffisent &#224; faire monter le lait et la douleur que &#231;a fait dans le corps et partir alors qu'il serait si simple de soulager la tension dans eux deux sur la poitrine et &#224; l'&#233;cole le cours de gymnastique qu'il a fallu reprendre alors que Madeleine allaite encore, un, les bras &#233;cart&#233;s, deux, les bras en l'air, trois les bras le long du corps, avec eux debout devant elle, montrer et compter un, deux, trois, un, deux, trois, et aussit&#244;t douleur et finalement les seins qui l&#226;chent ce surplus dans l'ouate dont elle a bourr&#233; les deux bonnets de son soutien-gorge. Son corps qui lui rappelle qu'un petit corps l'attend ailleurs, &#224; la maison, et la douleur dans les seins qui prend fin c'est bien le seul soulagement quand le petit boit car le r&#233;pit de si courte dur&#233;e et les pleurs reprendront bient&#244;t d&#232;s qu'elle voudra qu'il dorme, d&#232;s qu'elle le posera, et pour le faire t&#233;ter il a fallu rentrer sur le temps de midi d'un pas rapide sur les petits pav&#233;s in&#233;gaux, tourner la poign&#233;e noire et vite vite ouvrir son chemisier et par-del&#224; le soutien-gorge lib&#233;rer le sein blanc veinur&#233; de vert et le mamelon si gros que pour la bouche du nourrisson au poids qui restera longtemps en-dessous de la moyenne c'est &#233;nervement et les hurlements qui redoublent d'impatience d'elle pas assez habile pour que le b&#233;b&#233; gobe le t&#233;ton et lui tournant la t&#234;te de gauche &#224; droite comme on se d&#233;bat, et l'&#339;il de Madeleine quand enfin il t&#234;tera constamment fix&#233; sur la montre et il faudra l'arracher du sein pour le tendre &#224; sa m&#232;re et se presser &#224; travers le village jusqu'au portail de l'&#233;cole et continuer &#224; entendre les cris de l'enfant dans son dos comme coups de couteau mais &#224; mesure qu'elle s'&#233;loigne les entendre de moins en moins et c'est un soulagement. Et au 112 vingt ans plus tard c'est pareil regret qu'il n'y ait pas, lorsqu'elle a fini sa visite du matin &#224; sa m&#232;re, Z&#233;nobie, une porte &#224; claquer derri&#232;re soi, comme pousser un soupir de soulagement, une porte &#224; claquer &#224; la bouche de Z&#233;nobie un peu comme on dit merde mais sans avoir besoin de le dire, elle ne se le permettrait pas, le bruit dans son dos comme pour lui fermer son clapet qui toujours trouve &#224; dire quelque chose qui la blessera, qui lui donnera envie de crier &#224; l'injustice. Au lieu de cela, quand elle quitte le 112, il faut tourner la poign&#233;e noire avec d&#233;licatesse.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : Partie tr&#232;s loin de mon projet d'&#233;criture en cours pour faire les exercices, juste cela et me servir des personnages &#233;bauch&#233;s de Renaud et d'Agathe &#8211; Agathe dont le nom a &#233;t&#233; donn&#233; par Arnaud Catherine pour un de ses personnages &#8212; et la force d'un pr&#233;nom que je n'aurais pas choisi et ce que cela ouvre comme champ. Puis un texte sur fermer la maison de ma m&#232;re. Pour arriver &#224; dix, l'obligation d'&#233;puiser quelque chose et donc &#233;crire du sans int&#233;r&#234;t autre que le respect de la consigne, quand, par on ne sait quel processus, surprise de retomber sur Madeleine (dernier texte) de mon projet en cours et mis en stand by pour suivre l'atelier d'&#233;t&#233;. Juste &#224; se demander ce que c'est &#171; fermer une porte &#187; pour Madeleine, ce que fait ce geste banal dans le corps de Madeleine. Merci pour ces exp&#233;rimentations surprenantes.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;4. oeil de star&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4919&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;ton dur&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec son look de dominatrice, sur sc&#232;ne, avec en face des murs de gradins et son public hurlant, gu&#234;pi&#232;re noire avec seins dans ogives rigides agressives, quadrillage des bas r&#233;sille comme grillage autour de camp militaire, blondeur trompeuse pour perdre l'ennemi, elle le remarque lui r&#233;duit, sur papier glac&#233; perdu dans milieu d'un magazine, quand elle que la une, pas pour lui l&#224; pour faire vendre une marque de jean's d&#233;j&#224; pass&#233;e. Son &#339;il de star sur pectoraux publicitaires et son doigt sur l'image comme tirer pointer &#224; la p&#233;tanque et &#231;a suffit pour qu'on le lui trouve comme index sur carte de restaurant rend les mots superflus. Elle veut lui. Et c'est comme inverser la course de la roulette russe, elle le fera chanteur et il r&#233;coltera c&#233;l&#233;brit&#233; temporaire et qui peut dire qui se servir de l'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;ton doux&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Midinette dans le fond et elle ne change pas. Mondialement connue, acclam&#233;e et noy&#233;e dans des flots de solitude allant en t&#234;te d'une nu&#233;e de suivants elle devant. Elle est seule et elle a faim. Au-dedans c'est m&#234;me sensation : affam&#233;e. Les baisers ne comptent pas, ils glissent comme commandit&#233;s et c'est comme achet&#233;s et pay&#233;s. Il y a quelque chose &lt;i&gt;inside&lt;/i&gt; qui fuit. Matin lendemain de spectacle encore couch&#233;e vid&#233;e &#224; feuilleter un magazine. Envie de lui glac&#233; dans le noir et blanc de la publicit&#233;, c'est nu au-dessus du Levi's, dans une pose alanguie, jean's d&#233;boutonn&#233; juste un peu comme appel pour sa main. Elle veut lui comme sauver l'enfant qu'on emm&#232;ne en exil sur le chemin. Elle veut sa peau toucher la sienne. Elle n'a qu'&#224; demander qu'on le lui pr&#233;sente. Moins seule &#224; deux elle imagine comme imaginer aimer.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : Bloqu&#233;e longtemps par le texte id&#233;al que j'avais en t&#234;te &#224; cause de cet accent li&#233;geois qui pour une fois pourrait me servir &#224; quelque chose avec tra&#238;ner sur certaines voyelles, avec les r prononc&#233;s fort comme roulement de tambour et affirmation d'une proximit&#233; avec l'Allemagne &#8211;- Li&#232;ge Verviers La Calamine -&#8211; avec les cantons r&#233;dim&#233;s comme on disait sans que je m'inqui&#232;te du sens, savoir o&#249; &#231;a se trouvait suffisait &#224; l'enfant que j'&#233;tais, et je vais me renseigner. Mais trop difficile d'autant que je voulais continuer le texte du roman ou de la nouvelle, reprendre le personnage masculin et au moment de quitter l'appartement, est-il situ&#233; en Allemagne, je n'ai pas encore d&#233;cid&#233;, j'avais imagin&#233; qu'il jetterait un coup d'&#339;il au miroir et en se regardant (ton doux) il aurait repens&#233; &#224; la fa&#231;on dont Agathe le voyait au d&#233;but de leur relation (ton doux) et du changement qui s'&#233;tait op&#233;r&#233; (ton dur). Commenc&#233; mais abandonn&#233;. Heureusement Arnaud m'a sauv&#233;e, p 123, Madonna et Nick Kamen.
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;3. quitter la ville&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4918&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;format roman&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors voil&#224; il y &#233;tait. A ce moment redout&#233; o&#249; il lui faudrait quitter ce lieu. Il allait y avoir une fin et c'&#233;tait maintenant. Quand le 17 juin 2020 &#233;tait-il devenu un jour funeste ? Une fois qu'il avait su qu'il devrait rendre son appartement au plus tard le 17 juin. A partir de cet instant ce vendredi lointain &#233;tait devenu un jour auquel il faudrait bien arriver mais le plus tard possible. Un jour qui n'avait plus cess&#233; de se dresser comme une date fatidique qui arrivait &#224; le surprendre d&#232;s qu'il feuilletait son agenda, qu'il faisait un projet, comme quand on joue au monstre tapi derri&#232;re la porte pour faire Bouh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s l'instant o&#249; il &#233;tait entr&#233; dans cet appartement meubl&#233; que l'institut avait mis &#224; disposition, il s'y &#233;tait senti chez lui et peu &#224; peu l'envie d'y rester comme n&#233;cessit&#233;. &#201;tait-ce venu peu &#224; peu ? Ou bien l'envie &#233;tait-elle pr&#233;sente d&#232;s le d&#233;part ? Il s'interrogeait comme les amoureux analysent leur rencontre, recherchent quand exactement le d&#233;but, la naissance de leurs sentiments, &#233;valuent coup de foudre ou bien plut&#244;t sentiment qui prend de l'intensit&#233; au fur et &#224; mesure qu'ils apprennent &#224; se conna&#238;tre... A son arriv&#233;e tout lui &#233;tait &#233;tranger pourtant, depuis la blancheur des murs &#8211; il devrait tout rependre en blanc pour l'&#233;tat des lieux de sortie, la jeune fille avait insist&#233; l&#224;-dessus &#8211; la couette avec housse et serviettes blanches, blanc aussi le service Ikea, vivre en appartement pour la premi&#232;re fois, laisser ses chaussures dehors sur le paillasson comme faisaient les voisins et par la fen&#234;tre la fontaine qui crachait son eau tout le jour et ne s'arr&#234;tait de bruisser que la nuit tomb&#233;e. La langue dont il n'avait pas appris un mot, qu'il ne comprenait pas et le pire avait &#233;t&#233; &#224; son arriv&#233;e : apr&#232;s quarante le&#231;ons qu'il avait apprises de son manuel collection poche &#171; Apprendre l'allemand en 90 le&#231;ons &#187;, quand il avait demand&#233; un renseignement &#224; un passant pour la premi&#232;re fois, il avait d&#251; se rendre &#224; l'&#233;vidence devant l'air ahuri de son interlocuteur, on ne le comprenait pas non plus. Et pourtant il avait d&#251; se forcer, se r&#233;soudre &#224; projeter son corps rigidifi&#233; vers l'autre, tourner dans sa t&#234;te les mots nouveaux, les malaxer dans sa bouche pour les amadouer, pour finalement les laisser prendre place dans l'espace public tout sonores qu'ils &#233;taient. Et l&#224; l'horreur et la honte l'avaient mortifi&#233; devant les yeux ronds et &#233;carquill&#233;s de l'autre en face qui ne le comprenait pas. Et malgr&#233; tous ces incidents, ces d&#233;sagr&#233;ments, il se sentait chez lui sans comprendre pourquoi, d'o&#249; cela pouvait bien venir, il n'avait cess&#233; de se le demander. Il avait tout tent&#233; pour obtenir une deuxi&#232;me ann&#233;e. Son travail n'&#233;tait pas achev&#233;. Il avait rempli tous les formulaires, adress&#233; des demandes, solliciter des rendez-vous pour obtenir une prolongation de son contrat, arguant de ses avanc&#233;es bien r&#233;elles. Il progressait en effet. Il &#233;tait certain d'&#234;tre sur le point de d&#233;couvrir des choses importantes sur cet auteur m&#233;connu, Georg Weber, et dont il avait obtenu l'autorisation d'&#233;tudier le journal. Consid&#233;r&#233; comme petit fonctionnaire durant la seconde guerre, davantage que comme &#233;crivain dont le seul &#233;crit avait &#233;t&#233; un &#233;loge du F&#252;hrer sous le r&#233;gime nazi, ce qui lui avait valu de ne pas &#234;tre envoy&#233; au front mais charg&#233; d'une mission diff&#233;rente, mais qu'on avait pr&#233;f&#233;r&#233; laisser dans l'oubli o&#249; sa mort pr&#233;matur&#233;e et pourtant suspecte semblait avoir arrang&#233; tout le monde. Durant toute la guerre il avait r&#233;ceptionn&#233; tous les livres confisqu&#233;s et avait l'ordre de d&#233;truire tout ceux qui n'&#233;taient pas pro Hitler. Il avait un quota &#224; respecter et &#224; cause de cela il avait invent&#233; des livres auxquels il trouvait des titres qui &#233;taient en fran&#231;ais et d'en dresser un inventaire et ainsi justifier son travail, un nombre cons&#233;quent de livres d&#233;truits, pour preuve ces cahiers de listes et quand les noms venaient &#224; manquer il en rajoutait aux grands classiques comme &#224; Victor Hugo et &#224; Balzac dont il avait br&#251;l&#233; de faux livres comme le stipulaient ses cahiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jours pr&#233;c&#233;dents il avait pris plaisir &#224; nettoyer l'appartement et la fille qui &#233;tait venue pour l'&#233;tat des lieux de sortie avait &#233;t&#233; surprise, qu'un gar&#231;on, enfin un homme, s'&#233;tait-elle reprise en rougissant, rende un appartement aussi propre apr&#232;s un an d'occupation. Et il s'&#233;tait dit qu'elle ne connaissait pas la s&#339;ur d'Agathe qui vivait dans un chao perp&#233;tuel et ne s'en cachait pas. Mais &#224; pr&#233;sent il ne lui restait plus qu'&#224; quitter les lieux, prendre ses cl&#233;s de voiture et claquer la porte. Et quelque chose l'en emp&#234;chait. Son corps n'enclenchait pas le mouvement. Sa voiture l'attendait en bas, en bordure de la zone pi&#233;tonne. Il avait fini de la charger. Il faut dire qu'il voyageait l&#233;ger. Ses effets personnels et quelques v&#234;tements &#8211; jean's, polos, chemises &#8211;- les affaires d'hiver, plus volumineuses, il les avait d&#233;j&#224; rapatri&#233;es chez ses parents, quelques livres mais peu puisqu'il ne lisait plus que sur tablette, encore plus depuis qu'il vivait ici et son ordinateur. Rien d'autre. Comme un &#233;tudiant attard&#233;. Et m&#234;me pas de chien qui l'attendait dans l'auto et qui l'obligerait &#224; d&#233;coller ses pieds chauss&#233;s et c'&#233;tait exception sur la moquette qu'il n'avait pas tach&#233;e, rendue comme il l'avait re&#231;ue, claire, soyeuse et douce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne restait plus rien de lui &#224; part son t&#233;l&#233;phone et ses cl&#233;s de voiture &#224; c&#244;t&#233; de l'&#233;vier de la cuisine et le dernier verre qu'il avait conserv&#233; pour boire et il allait falloir le rincer et avec un essuie-tout l'essuyer et le ranger devant les cinq autres semblables sur l'&#233;tag&#232;re avec les mugs blancs Ik&#233;a. Il pensa &#224; celui ou &#224; celle qui viendrait apr&#232;s. Prendrait-elle son caf&#233; dans un bol ou un mug ou pr&#233;f&#232;rerait-elle le th&#233; ? Elle serait anglaise peut-&#234;tre. Ils sont nombreux les &#233;tudiants anglophones &#224; demander un stage d'&#233;t&#233;. Tournant le dos &#224; l'&#233;vier, &#224; ses cl&#233;s pos&#233;es &#224; c&#244;t&#233;, d'un geste instinctif il s'assura que son portefeuille &#233;tait bien dans la poche arri&#232;re de son jean's et c'&#233;tait devenu un geste automatique comme de r&#233;assurance. Il entra &#224; nouveau dans le salon mais non, il ne s'approcherait pas des fen&#234;tres, tout le travail d'engrangement d'images avait &#233;t&#233; effectu&#233;, il n'y avait plus qu'&#224; esp&#233;rer que la m&#233;moire prodigieuse qu'il avait en ferait bon usage. Il eut envie de photographier le salon puis se moqua de son sentimentalisme. Depuis le d&#233;part d'Agathe, ses exc&#232;s de sensiblerie n'avaient fait qu'augmenter. Il lui restait le miroir pour d&#233;tourner son regard de la fen&#234;tre et le fixer. Il s'approcha. Quel visage apr&#232;s le sien dans l'encadrement de bois clair ? Il se trouva mauvaise mine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il regarda autour du lui. Tout &#233;tait redevenu impersonnel comme le jour o&#249; il avait pouss&#233; la porte apr&#232;s avoir gal&#233;r&#233; avec le trousseau que la secr&#233;taire de l'institut lui avait remis dans l'apr&#232;s-midi, cl&#233; de l'appartement, cl&#233; de la cave, cl&#233; de la bo&#238;te aux lettres, quand la minuterie avaient command&#233; l'extinction de la lumi&#232;re du hall et qu'alors il s'&#233;tait retrouv&#233; dans le noir &#224; essayer &#224; t&#226;tons chaque cl&#233;. Maintenant elles lui &#233;taient famili&#232;res. Il rep&#233;ra d'embl&#233;e celle qui lui permettrait de donner le dernier tour de cl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;format nouvelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quitter la ville, l'institut o&#249; il a travaill&#233; un an, c'est l&#224; qu'il en est ! Pourtant en passant l'aspirateur, en frottant le sol de la cuisine, en r&#233;curant baignoire, lavabo, toilettes, le seul mot qui retient son attention, c'est quitter. Il va quitter. Agathe l'a quitt&#233;. Il quitte l'institut, le pays, les amis. Il quitte. Il ne part pas. Quitter et buter sur le mot. Quitter, c'est partir et pas de retour. Quitter, prononcer le mot, le dire et quelque chose se d&#233;chire en lui. Quelque chose se passe dans son corps qu'il ne comprend pas. Et combien de nuits &#224; s'interroger ? A se relever pour pieds nus marcher jusqu'&#224; la fen&#234;tre du salon et fixer le d&#244;me cloche d'or dans le ciel &#233;toil&#233; et pleurer. Parfois il compte les coups pour savoir s'il est temps encore de se recoucher. Un mois que &#231;a dure. Depuis qu'il est s&#251;r de devoir quitter. D'abord il ne l'avait pas cru. Un an, c'est long. Il trouverait un moyen de rester. Mais quand il lui avait &#233;t&#233; &#233;vident que &#231;a n'arriverait pas, son corps s'&#233;tait d&#233;solidaris&#233;. L'effroi s'&#233;tait greff&#233; l&#224;-dessus, celui de ne rien comprendre et sa t&#234;te de chercher sans r&#233;pit pourquoi. Pourquoi ce d&#233;sastre dedans, ce chagrin, le corps encha&#238;n&#233; comme pieuvre &#224; multiples tentacules enserr&#233;es &#224; ici, agripp&#233;es &#224; rester, comme autant de petits cadenas d'amoureux aux rambardes m&#233;talliques des ponts de Paris et pareil dans sa t&#234;te, tout bloqu&#233;, ses yeux &#224; fixer &#224; travers les larmes tout ce qu'aimer avant : fontaines, &#233;glise, clocher... Se boucher les oreilles aussi, volont&#233; de ne plus entendre sonner les heures dans la nuit et s'obliger &#224; perdre la sensation rassurante derri&#232;re ses yeux ferm&#233;s, de pouvoir se situer dans le temps malgr&#233; le corps &#224; moiti&#233; endormi, allong&#233; et confiant, sous le bomb&#233; de la couette immacul&#233;e comme literie de chalet de montagne autrichien, quand avant il pouvait s'abandonner. Quitter la langue aussi, une langue qu'il ne parlait pas, eine Sprache die klingelt wie...&lt;br class='autobr' /&gt;
Et &#224; l'arriv&#233;e, apr&#232;s huit heures de conduite &#224; rouler vers son nouveau lieu de vie, jamais habit&#233;, choisi par d&#233;faut, par d&#233;pit, puisque rester n'avait pas &#233;t&#233; possible, un d&#233;sastre pire encore et en porter la responsabilit&#233; longtemps et ce sera comme pour se faire payer davantage, comme pleurer pour quelque chose quand avant il avait cherch&#233; sans trouver la cause de telle tristesse, pourquoi juste &#224; cause de quitter, mais &#224; cause de cette perte pire, il pleurait d&#233;sormais pour quelque chose comme on dit &#224; l'enfant, tu vas pleurer pour quelque chose, apr&#232;s que la gifle partie toute seule tant est grande l'exasp&#233;ration mais que lui, l'enfant, il n'a plus que &#231;a, redoubler les hurlements, pour faire payer en retour &#224; l'adulte la br&#251;lure sur sa joue et la honte aussi de t&#233;moins &#224; c&#244;t&#233; qui regardent sans rien dire, pour au moins avoir l'apaisement dans son petit corps de ma&#238;triser &#224; son tour quelque chose dans le corps de l'autre, adulte &#224; c&#244;t&#233; qui a faut&#233;, a d&#233;bord&#233;, tant pis si ce n'est que son &#233;nervement, et c'est un bien mauvais d&#233;but pour habiter un lieu, un pays, m&#234;me si c'est retrouver m&#234;me langue, et pouvoir dire tout ce qui vient dans la t&#234;te et l'autre en face tout comprendre. Vivre longtemps avec ce mauvais go&#251;t dans la bouche, comme d'avoir trop pleur&#233;, m&#234;me au-dedans, m&#234;me sans larmes, d'une perte suppl&#233;mentaire qui se rajoutait &#224; la peine initiale, quitter, d'une perte qu'il aurait tellement pu &#233;viter, s'il avait &#233;t&#233; moins pr&#233;occup&#233; par le d&#233;m&#233;nagement, l'emm&#233;nagement, le d&#233;part, la route, l'arriv&#233;e, le nouveau boulot, qu'il avait &#233;t&#233; moins distrait, avec la t&#234;te ailleurs, comme Agathe le lui reprochait &#224; la fin de plus en plus souvent, qu'elle ne l'appelait plus jamais son po&#232;te fou, et &#231;a aussi s'il avait &#233;t&#233; moins distrait, il s'en serait aper&#231;u, et il aurait encore pu peut-&#234;tre r&#233;agir, aurait pu emp&#234;cher quelque chose, la retenir, la faire changer d'avis, il ne le saurait jamais, alors que cette perte-ci &#233;tait si facilement &#233;vitable et il allait rester des ann&#233;es effar&#233; d'avoir ainsi rajout&#233; du malheur au malheur avec juste la t&#234;te ailleurs, la t&#234;te tout enti&#232;re comme t&#234;te dans le sac, &#224; cause d'elle toute au chagrin de quitter. Avec le corps qui avait pris le relai, juste lui &#224; bouger, rouler, tourner le volant, acc&#233;l&#233;rer, freiner, s'arr&#234;ter, manger, rouler et seul lui &#224; bord comme automate consciencieux il avait encha&#238;n&#233; les mouvements tandis que t&#234;te ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : L'impression de devoir planter le d&#233;cor avant de zoomer et d'arriver au centre &#224; l'essentiel et d&#232;s le d&#233;part j'avais l'id&#233;e de quitter que je ressens comme essentiel, c'est &#224; &#231;a que je voulais arriver (version courte), &#224; ce que quitter fait dans le corps, et la version roman m'a permis de cerner le probl&#232;me comme un atterrissage en douceur.
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;2. tenir ensemble&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4917&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand on vient d'ailleurs par la route, c'est le nom sur le panneau qu'on re&#231;oit en premier de ce lieu. Il r&#233;veille votre &#226;me d'enfant qui n'est jamais qu'en sommeil. Aux contes avec la petite en capuchon qui n'a pas peur de se promener dans les bois et la grand-m&#232;re malade et le chasseur aussi, une sombre histoire en fait. C'est un nom qui rappelle qu'ici il y a eu des loups, tout comme il y a eu des bois, mais tout cela disparu depuis bien longtemps. N'en subsiste qu'un vaste puzzle de pr&#233;s d&#233;limit&#233;s par des haies naturelles et des rubans blancs &#233;lectrifi&#233;s pour que ruminants, vaches et purs sangs, restent sagement l&#224; o&#249; on les a parqu&#233;s. Ces derniers arrivant en van pour la saison estivale, deux mois &#224; vivre une vie de cheval &#224; sentir la bonne odeur de l'air et &#224; arracher avec les dents toute cette verdure sous les sabots, oubliant les tours de man&#232;ge et des concours de sauts esp&#233;rant gu&#233;rir leurs jambes bless&#233;es par un retour &#224; la nature, une sombre histoire de sous, de mises et de paris. &#199;&#224; et l&#224; d'anciennes demeures en granit surmont&#233;es de chemin&#233;es disproportionn&#233;es qui semblent maintenir tout le dessous de l'&#233;difice sous leur joug comme si l'architecte les avait dessin&#233;es et con&#231;ues elles en premier. Au milieu de tout cela plic-ploc des habitations modernes et m&#234;mes quelques-unes &#224; toit plat (l'universalit&#233; de la mode) dont les cr&#233;pis r&#233;sistent mal au ruissellement pluvieux inh&#233;rents au climat d'ici. Tous avaient r&#234;v&#233; pareil, grand terrain qui ferait un beau jardin sans penser qu'en prenant de l'&#226;ge maintenir tout cet esth&#233;tique verdoyant tournerait au tour de force, mais personne n'en pipait mot. Cette g&#233;n&#233;ration tenait bon, n'achetait que le n&#233;cessaire, utilisait tout ce que donnaient potager, arbres fruitiers avec en bonus la r&#233;colte de saison, champignons, m&#251;res et coquillages ramen&#233;s de la p&#234;che &#224; pied selon les mar&#233;es. Le maire avait du mal &#224; faire tenir ensemble le haut du village avec le bas. Les terres &#233;taient en haut, la population plut&#244;t en bas. Le mot de &#171; tout venant &#187; pour d&#233;signer les habitants des hauteurs o&#249; il devrait se r&#233;soudre &#224; implanter des logements sociaux lui avait co&#251;t&#233; sa r&#233;&#233;lection. Renvoy&#233; dans les cordes parce qu'il avait oubli&#233; &#224; qui il avait &#224; faire, &#233;tranger &#224; des phrases telles qu'on a sa fiert&#233; quand m&#234;me. Pour cette raison et d'autres peut-&#234;tre, quelque sombre histoire dont on ne parlait pas devant un &#233;tranger, quelqu'un qui n'&#233;tait pas n&#233; l&#224; et avant lui parents et grands-parents. Sa m&#232;re &#233;tait du pays pourtant, mais lui habitait une villa de bord de mer ou plut&#244;t n'y revenait que le w-e &#224; cause du gros poste &#224; Paris dont il n'avait pas d&#233;missionn&#233; contrairement &#224; ce qu'il avait promis pour se faire &#233;lire. Il avait tent&#233; de faire tenir ensemble les propri&#233;taires de ces villas aux volets clos toute l'ann&#233;e et contre lesquels se d&#233;cha&#238;naient le vent et les embruns perp&#233;tuels abrasant sans r&#233;pit tout ce qui pr&#233;sentait obstacle comme pour gommer au plus vite le lustre de la derni&#232;re r&#233;novation du toit, des fa&#231;ades et des boiseries, qui rouvraient portes et fen&#234;tres durant juillet et ao&#251;t pour accueillir sous leur toit pentu malmen&#233; par les temp&#234;tes toutes les g&#233;n&#233;rations, faire tenir avec ceux-ci les autres qui vivaient &#224; l'ann&#233;e en haut de la falaise, fermiers, &#233;leveurs et artisans. Pourtant les haines les plus f&#233;roces, c'&#233;tait entre les familles d'en haut. Des histoires de terre on imagine. M&#234;me pas. Pas forc&#233;ment. Les Lef&#232;vre ne parlaient plus aux Maillard et impossible de savoir pourquoi. Une bourde malencontreuse que de les avoir invit&#233;s &#224; la m&#234;me soir&#233;e de trente convives. De part et d'autre un non cat&#233;gorique. Et personne &#224; expliquer pourquoi d'un c&#244;t&#233; comme de l'autre. Une rivalit&#233; d'homme ? Des forts en gueule et chasseurs tous les deux. C'est un con ou c'est un cr&#233;tin et on n'en saura pas plus. &#199;a c'est pour la jeune g&#233;n&#233;ration. Alors imaginez quand la brouille remonte &#224; loin, les motifs on se demande si eux-m&#234;mes s'en souviennent encore. Quelle promesse non tenue d'&#233;pousailles ou d'&#233;change de terrain ? Qui s'est estim&#233; l&#233;s&#233; ? Qui endosse la responsabilit&#233; du pr&#233;judice subi ? Mais apr&#232;s les autres autour devront ent&#233;riner cette querelle. Par loyaut&#233; il faudra veiller &#224; la faire perdurer. Il faut &#234;tre &#233;tranger au coin pour demander pourquoi. Pourquoi quoi ? Pourquoi ils ne se parlent plus ? Chacun a ses raisons. On n'a pas &#224; revenir l&#224;-dessus. Le nom sur le panneau, c'est juste pour faire joli, parce que maintenant il n'y a plus qu'un seul nom pour toute la commune et c'est le nom d'en bas bien s&#251;r avec son code postal. Ceux d'en haut n'ont plus eu qu'&#224; accepter ce qu'ils ont pris comme un affront, une perte d'identit&#233;. Mais le m&#234;me nom pour la commune, il n'est plus qu'&#224; moiti&#233; vrai parce que la seconde partie en fait, les chenilles processionnaires sont en train d'en venir &#224; bout. Tous les pins de la commune sont touch&#233;s. On finira par la d&#233;baptiser. Encore une sombre histoire entre pins et chenilles.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
D'abord chercher un conflit, puis dans ma t&#234;te l'&#233;crire selon Mauvignier (atelier &#8211; ce que j'appelle oubli) avec chacun des personnages ramenant des phrases toutes faites depuis sa vision. Ensuite me forcer &#224; rester EN DEHORS et un th&#232;me lancinant et pas encore explor&#233; dans long projet se dessine alors que je trouve le titre ou apr&#232;s, je ne sais plus : ce fameux &#171; faire tenir ensemble &#187;.
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;1. sans se croiser jamais...&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4916&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sans se croiser jamais l'une apr&#232;s l'autre elles glissent de gauche &#224; droite comme venant du pass&#233; et promises &#224; l'avenir d'un code cin&#233;matographique ou du haut vers le bas mais jamais elles ne sont en sc&#232;ne en m&#234;me temps d'une succession de plans dans une simultan&#233;it&#233; qui leur est refus&#233;e. Il faut que l'une disparaisse pour que l'autre prenne place. Elles ou ce qu'elles ont cr&#233;&#233;, livre, vid&#233;o, sculpture... Elles ne se connaissent pas. Ne se reconna&#238;traient pas. Le doigt tra&#231;ant une virgule ou plut&#244;t un accent grave sur le cadran fait dispara&#238;tre un visage et appara&#238;tre un autre pris au hasard c'est celui de Marion. Elle livre d'elle peu &#224; peu tout ce qu'on ne saura pas, l'impact de ses yeux clairs et tout trop clair comme peau amenuis&#233;e d&#233;j&#224; se r&#233;tracte pour faire travail minimum et bien vivante, Marion, malgr&#233; son grand &#226;ge, prochain geste virgule du doigt et non, en fait morte &#224; 103 ans alors qu'il y a une minute elle bougeait encore dans le film vid&#233;o et parlait si bien m&#234;me si l'arthrose a d&#233;form&#233; ses deux pouces, le droit davantage que le gauche. Marl&#232;ne arrive apr&#232;s dans l'insouciance de ses trente ans, sans peur de s'enlaidir tant certitude que c'est &#233;ph&#233;m&#232;re et r&#233;versible, et offre bouche grima&#231;ante pour imiter la gargouille &#224; qui elle pr&#234;te vie et sentiment, jalouse des gr&#226;ces des statues de l'&#233;glise, elles se retrouveront pour messe noire, les gargouilles, elle dit, une fois que le vieux pr&#234;tre aura ferm&#233; d'un tour de cl&#233; la petite porte d&#233;coup&#233;e dans le grand portique sculpt&#233; de la basilique, c'est qu'il faut prot&#233;ger la maison du seigneur d'&#233;ventuels d&#233;pr&#233;dations, c'est qu'il ne semble pas capable de s'en occuper lui-m&#234;me, il faut tout faire &#224; sa place. Gargouille compar&#233;e &#224; un b&#233;b&#233; &#224; moiti&#233; sorti qui serait rest&#233; coinc&#233; comme inspiration stopp&#233;e net et &#339;uvre &#224; moiti&#233; d&#233;voil&#233;e, &#231;a n'a jamais d&#251; lui arriver, les fesses et les jambes effac&#233;es et rien pour tenir debout et &#231;a resterait latent et qui porte bien son nom de latent on entend on l'attend. Marl&#232;ne les entend parler d'inspiration en panne &#224; cause du covid et elle n'ose pas leur avouer l'effervescence dans sa t&#234;te et tant &#224; dire encore et &#224; &#233;crire et &#224; filmer. Au milieu de ce d&#233;fil&#233; l'&#233;crivain voleur de m&#232;re en fils et lui voler &#224; lui ses personnages pour les faire parler, avec sa ma&#238;trise du portrait en creux qu'il dessine &#224; partir d'eux et il arrive qu'il ne se prot&#232;ge plus et c'est comme soulever le drap de lui endormi nu pour apercevoir sur son corps des reflets d'obscurit&#233;. Il faudrait le faire parler maintenant comme son masque arracher et dire parle maintenant. Alors il y aurait la fille qui va prendre un taxi et l'homme sorti trop vite du bistrot d'avoir cru la reconna&#238;tre dans le r&#233;flexe du corps d'aller arracher quelque chose d'elle aim&#233;e il y a plusieurs ann&#233;es et qui d&#233;j&#224; sort du champ, il y aurait Agathe, celle de l'&#233;crivain, elle aussi dans le taxi qui l'emm&#232;ne, pense-t-elle &#224; se demander si elle a de la monnaie pour le pourboire car toujours tout payer par carte bancaire et les pourboires c'est difficile calculer combien exactement ni trop ni trop peu &#231;a lui prend la t&#234;te tout le temps de la course &#224; calculer un pourcentage sur un tarif imagin&#233; et en calcul mental elle n'a jamais &#233;t&#233; bonne &#224; cause des chiffres qui dansent la sarabande dans son cerveau ou alors c'est juste dans son corps vivre l'exaltation de la lib&#233;ration enfin survenue de pouvoir penser &#224; celui pour qui elle part, pour qui elle le quitte lui, l'&#233;crivain, et garder son nom secret et jusqu'&#224; son existence &#231;a avait &#233;t&#233; un travail de titan, une surveillance permanente, tant de fois l'envie de se laisser aller et lui dire oui, je pars pour Valentin, non tu ne le connais pas, et elle avait tenu bon et d'un coup dans le taxi elle rel&#226;chait la pression et pouvait se permettre de ne plus penser qu'&#224; lui, son pr&#233;nom, son corps et sa fa&#231;on de la faire rire, une fois la porte du taxi referm&#233;e un dernier regard &#224; lui sur le trottoir qui semblait encore surpris alors que depuis 15 jours il savait, &#224; partir de maintenant elle &#233;tait libre de penser &#224; l'autre et le monde reprenait sa dimension d'espace infini. Ou alors elle ne le quitte pour personne, elle le quitte parce qu'il n'a besoin de personne, parce que toujours ailleurs, &#224; la table voisine ou amoureux d'une fille imaginaire. Pr&#233;sent de corps trop souvent et absent d'esprit tout le temps. Puis venait Nathalie qui &#233;crivait &#224; Marion par-del&#224; la mort pour la tenir au courant, lui donner des nouvelles comme apr&#232;s un moment o&#249; on ne s'est plus vu, plus parl&#233; au t&#233;l&#233;phone, et lui annon&#231;ait que Rapha&#235;l l'avait quitt&#233;e, oui, elle se dit qu'elle serait surprise, Marion, qu'il avait refait sa vie avec une autre et qu'il venait de lui faire un enfant n&#233; il y a deux mois, elle aurait du mal &#224; la croire, Marion, elle qui les avait connus si amoureux, certains d'avoir rencontr&#233; l'&#226;me s&#339;ur, que c'&#233;tait &#224; la vie &#224; la mort, mais Marion ne pouvait plus &#234;tre surprise de rien l&#224; o&#249; elle &#233;tait, mais elle &#233;tait d&#233;j&#224; ainsi les derni&#232;res ann&#233;es, peut-&#234;tre que &#231;a se passe comme cela quand on a plus de cent ans. C'est ce que se dit Nathalie en &#233;crivant son message sur Facebook. Ou alors c'est la gargouille de la basilique suspendue dans le vide et qui est retenue de tomber par les pieds qu'elle n'a pas, par on ne sait quoi, elle se penche, elle aspire au vide et &#224; la chute si fort que ses yeux exorbit&#233;s pour mieux distinguer ce qui se passe en bas au contact d'un monde qui lui est refus&#233; et la bouche grima&#231;ante dans la r&#233;volte et le refus du silence de son cri et &#224; cause de lui muet qui ne d&#233;chire rien dans leur cr&#226;ne, ne les pousse pas &#224; lever les yeux, alors qu'elle sait tout d'eux en bas qui s'agitent et passent comme visages d&#233;filant sur &#233;cran que le doigt chassera vers le haut vers la droite, eux sont pris dans des trajectoires savantes dont ils ne peuvent s'&#233;carter, mais ils ne le savent pas, croient &#224; leur libert&#233; de se mouvoir et se d&#233;placer comme bon leur semble, enfin jusqu'au nouveau r&#232;glement de distanciation et c'est amusant de voir leur nouvelle chor&#233;graphie &#224; se laisser passer reculer faire un pas de c&#244;t&#233; pour toujours entre eux garder un m&#232;tre de distance, alors qu'avant ils allaient &#224; peine soucieux de ne pas se t&#233;lescoper. Ils passent en-dessous d'elle qui connait tout de leurs pens&#233;es comme si leur cr&#226;ne d&#233;capsul&#233; comme ouverture d'une canette de coca. Lui parti pour aller boire un caf&#233; en terrasse du bistrot &#224; Bastille l&#224; o&#249; il a ses habitudes avec l'intention de faire main basse sur ce que ses voisins des tables alentours laisseront transpirer d'eux dans leur sillage comme elle qu'il avait appel&#233;e B&#233;r&#233;nice d'une chevelure longue et boucl&#233;e et le geste qu'elle avait pour ramener leur masse d'un seul c&#244;t&#233; et le livre pos&#233; sur la table devant elle et d'avoir &#233;t&#233; pos&#233; retourn&#233; ouvert en deux il ne se refermerait plu jamais compl&#232;tement et la fluidit&#233; qu'il en garderait &#224; vie et le vent y trouverait opportunit&#233; pour le feuilleter lui aussi. B&#233;r&#233;nice qui fumait en regardant droit devant elle et pourtant personne jamais n'&#233;tait entr&#233; pour venir &#224; sa table et qui avait fini par partir r&#233;v&#233;lant &#224; sa fa&#231;on de marcher tr&#232;s droite et le buste en arri&#232;re des jambes en mouvement comme si elle voulait prendre du recul avant de patauger dans la vraie vie &#224; pas m&#234;me 25 ans. Elle ne voulait pas finir comme sa m&#232;re qui vivait seule avec un de ces chiens qui servent aux courses et aux paris en Espagne et qui finissent battus &#224; mort ou jet&#233;s au fond d'un puits mais pas Brouette qui avait eu de la chance dans son malheur d'&#234;tre tomb&#233; sur sa m&#232;re qui marche du lever au coucher avec lui qui court devant elle et revient comme un balancier. Et une fois de plus pour la f&#234;te des m&#232;res elle avait oubli&#233; de l'appeler et du coup ne pourrait plus l'appeler avant un moment parce qu'elle ne voulait pas entendre la petite remarque que sa m&#232;re ne pourrait s'emp&#234;cher de l&#226;cher &#224; propos de ce dont elles &#233;taient bien conscientes toutes les deux qu'elle avait encore oubli&#233; la f&#234;te des m&#232;res et pourtant elle y avait pens&#233; tous les jours pr&#233;c&#233;dents et m&#234;me un coup au c&#339;ur en croyant que c'&#233;tait pass&#233; mais non, soulagement imm&#233;diat, il restait tant de jours et le jour j elle avait pens&#233; &#224; tout sauf &#224; cela et lendemain en regardant l'heure sur son t&#233;l&#233;phone portable elle avait aussi vu la date et le coup au c&#339;ur et merde c'&#233;tait encore foutu pour cette ann&#233;e et elle s'en voulait et aussi en voulait &#224; sa m&#232;re d'attacher de l'importance &#224; ce truc d&#233;bile invent&#233; par les commer&#231;ants pour les commer&#231;ants et l'amour filial n'avait rien &#224; voir l&#224;-dedans, elles le savaient toutes les deux, mais l'une attendait et l'autre oubliait et chaque ann&#233;e pareil. Et cela la gargouille elle le savait ! Avant de revenir &#224; Renaud qui marchait en pensant &#224; ce qu'il pourrait d&#233;pouiller les gens assis aux tables voisines parfois m&#234;me il les d&#233;pouillait de quelque chose qu'ils ignoraient poss&#233;der, aussi perspicace que la gargouille qui le suivait des ses yeux globuleux, tandis qu'il marchait d'un pas moyen, parce qu'il a tout son temps devant lui, d'un pas &#233;nergique aussi de sa stature &#233;lanc&#233;e et d'un corps vigoureux d'une trentaine d'ann&#233;es et la d&#233;marche de celle qui marche devant lui lui ram&#232;ne en pens&#233;es celle qu'il ne cesse d'essayer d'oublier tous les matins et il se dit que &#231;a lui prend beaucoup d'&#233;nergie, mine de rien, d'essayer de ne plus penser &#224; Agathe qu'il avait accompagn&#233;e jusqu'au taxi en bas de l'appartement et depuis ce jour tous les taxis toutes les femmes qui l&#232;vent le bras pour en appeler ram&#232;ne Agathe et ses jambes nues sous la robe d'un printemps d&#233;j&#224; chaud parce que cette ann&#233;e-l&#224; il avait fait chaud d&#232;s le mois d'avril et &#224; nouveau il compte les ann&#233;es depuis la derni&#232;re vision de ses cuisses, la robe qui remonte un peu haut sous le choc du corps qu'elle avait laiss&#233; tomber sur le si&#232;ge, &#233;tait-ce l&#224; signe de soulagement ou s'&#233;tait-il fait des id&#233;es, et le d&#233;couragement devant le total, on en &#233;tait &#224; 5ans, et derri&#232;re cette fille &#224; marcher dans Paris, il se demande encore combien de temps pour &#234;tre gu&#233;ri et la gargouille qui s'en fout et on dirait m&#234;me qu'elle se marre bouche ouverte l&#224;-haut. D&#233;j&#224; elle est prise ailleurs, par elle masqu&#233;e qui sort de sa voiture et jette &#224; la rue un regard ind&#233;cis. C'est qu'elle suffoque sous son masque en tissu qu'elle a cousu main. Elle a choisi le rose avec petites &#233;toiles blanches dans ce qui lui reste d'optimisme. Elle marche avec l'impression d'une main qu'on aurait plaqu&#233; sur sa bouche, je ne peux plus respirer et elle revoit la pancarte &lt;i&gt;Black lives matter&lt;/i&gt; et elle avance quand m&#234;me avec l'impression que le monde des humains est foutu, je ne peux plus respirer, elle a d&#251; chercher la traduction de la phrase alors qu'elle connaissait tous les mots s&#233;par&#233;ment, eux trac&#233;s ensemble en noir dans le cadre brandi &#224; bout de bras elle n'en trouvait pas le sens dans la sid&#233;ration des images au JT. En respirant &#224; toutes petites inspirations derri&#232;re son masque rose, elle pense qu'elle a rejoint ses s&#339;urs qui l&#224;-bas de l'autre c&#244;t&#233; portent le voile pour ne pas risquer leur vie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Les codicilles sont directement dans le texte avec Mil&#232;ne devenue Marlen, Nathalie et Rapha&#235;l rest&#233;s Nathalie et Rapha&#235;l, Marion du film et Arnaud devenu Renaud...&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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