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	<title>DIRE, la revue de Tiers Livre</title>
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		<title>le roman de Brigitte C&#233;l&#233;rier</title>
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		<dc:date>2020-11-07T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>brigitte celerier</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;cycle &#233;t&#233; 2020 | outils du roman&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;&#233;t&#233; 2019 | outils du roman&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/revue/IMG/logo/arton576.jpg?1593503383' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Brigitte C&#233;l&#233;rier vit &#224; Avignon. Elle est l'auteure du l&#233;gendaire blog &lt;a href=&#034;https://brigetoun.blogspot.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;paum&#233;e&lt;/a&gt;. &lt;/div&gt;&lt;h2&gt;20. Les yeux ferm&#233;s&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Les yeux ferm&#233;s, la face caress&#233;e d'air, dans le rouge des paupi&#232;res retrouver la rue, un jardin, le mur de pierre qui se souviennent et se pr&#233;cisent lentement. La pierre &#233;tait noblement, classiquement, taill&#233;e et passablement us&#233;e, plus encore depuis restauration, le jardin un peu anarchique par endroits, sagement adapt&#233; &#224; l'enfant dans un coin, productif aussi. Les yeux ferm&#233;s sont-ce les images emmagasin&#233;es qui reviennent ou l'id&#233;e du souvenir ? N'importe, en rester &#224; cela et s'enfoncer dans une absence qui n'est pas adieu. Cueillir depuis cette pr&#233;sence/absence l'ombre du platane de l'autre c&#244;t&#233; de la rue, l'ombre qui heurte de portail et saute pour venir poser, un peu flou &#8211; un nuage doit filtrer comme les cils &#8211; le dessin des plus hautes branches sur le gravier de l'all&#233;e. Les yeux ferm&#233;s, le visage maintenu dans cette image occult&#233;e, par la gr&#226;ce de l'air qui pose, en harmonie, sur la peau, le tr&#232;s l&#233;ger frissonnement de la brise et la ti&#233;deur de la fin de matin&#233;e. Savoir cela : le camion de pompier abandonn&#233; au ras de l'espace pauvrement herbu, et avec lui se demander, vaguement comme distraitement, o&#249; est la main du gamin. Se souvenir : le duo inconscient entre le contralto de la jeune-femme appelant son enfant et le grommellement du jardinier pench&#233; sur les rang&#233;es que l'on a mal d&#233;sherb&#233;es. Accueillir le petit remugle venu de la flaque souvenir de la pluie nocturne qui va s&#233;chant lentement &#224; l'ombre des buissons, accueillir une note de fleur d'ail atti&#233;die par le soleil montant, sourire au pas dansant, qui pourrait &#234;tre d'une fillette se donnant courage pour affronter son retard sur le chemin de l'&#233;cole, de l'autre c&#244;t&#233; du mur, sur la route. Retrouver dans l'assiette abandonn&#233;e sur le banc le morceau refus&#233; de la croute trop cuite et dure de la tourte, et sourire au souvenir de l'&#233;tonnante, et bizarrement go&#251;teuse, saveur de la compote ahurissante de poireaux, pommes et sauce ind&#233;terminable dont elle &#233;tait garnie. Les yeux ferm&#233;s, le nez tendu, grimacer un peu &#224; l'arriv&#233;e discr&#232;te d'une odeur de fumier. Les yeux ferm&#233;s, l'image des bouches s&#339;urs de la m&#232;re et du fils, charnues, roses, comme discr&#232;tement maquill&#233;es et de leur m&#234;me sourire un peu timide, un peu direct. Les yeux ferm&#233;s, le contact du bois &#233;rafl&#233; par les ans et les successions de pluie et soleil dard&#233;, sous la main saine sur laquelle s'appuyer pour se redresser. Les yeux ferm&#233;s, l'espace d'air qui se glisse, grandit, entre les omoplates et le mur contre lequel elles ne s'appuyaient pas tout &#224; fait. Les yeux ferm&#233;s, les muscles des jambes se tendant, se lever. Ouvrir les yeux pour s'assurer, quelques pas, le fer du portail, sortir.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : est-ce bien la peine ? Juste vouloir rester un peu avec eux, ces gens qui ne sont pas, et avec vous les amis de l'atelier, avant de s'&#233;loigner, et le faire comme pouvais.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;19. Un fragment des Pens&#233;es d'Aur&#233;lienne&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4939&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;mardi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans le trou ouvert par la moiti&#233; de ma persienne relev&#233;e, l'&#233;croulement blanc de la glycine sur le haut mur de l'autre c&#244;t&#233; de la ruelle s'invite dans mon vide matinal, et mon bol de caf&#233; &#224; la main, entre la table et ma bouche, je le regarde attendant qu'il finisse de me r&#233;veiller. J'aime bien cette phrase que je me r&#233;p&#233;tais, peaufinais, pour occuper mon esprit, &#224; l'abri des petits probl&#232;mes. Suis all&#233;e au march&#233; des remparts, revenue avec des l&#233;gumes fin de march&#233; et deux gros mulets et suis pass&#233;e chez Vincent faire des &#233;changes avec ce qu'il avait ramen&#233; des Restos du c&#339;ur.. Il nous a fait une omelette, presque aussi r&#233;ussie que celles que me faisait Andr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;mercredi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ciel bleu, rien &#224; noter... Ah si, j'ai rencontr&#233; Mahmoud sur la nouvelle piste qui longe les remparts, il m'a vue, il a frein&#233; son v&#233;lo en posant ses pieds sur le ciment, je lui ai donn&#233; quatre p&#226;querettes qui se fanaient dans ma main. M'a dit qu'il avait un engagement pour jouer de la guitare deux soirs par semaine dans un restaurant de la rue Bonneterie, juste avant les Teinturiers. Sait pas encore si ce sera correctement pay&#233;. Moi je ne sais pas ce qu'il appelle correctement pay&#233;. Ai pas os&#233; lui parler de la petite. Sait bien ce que j'en pense.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;jeudi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chance, il faisait si beau.. J'avais pr&#233;venu la boite pour qu'il me remplacent chez Madame Truffat et le vieux G&#233;rard, et j'ai pris train et car avec Marthe pour retourner au village. Le fr&#232;re nous avait convoqu&#233;es. Avait quelque chose &#224; nous dire, on se doutait bien de quoi. Et oui : il nous a propos&#233; de racheter nos parts... ma foi c'est Marthe qui a r&#233;pondu, s&#251;re de mon accord, que m&#234;me si de l'argent ne saurait nous faire du mal &#8211; elle a ajout&#233;, surtout &#224; Aur&#233;lienne, merci ma belle... une grimace en r&#233;ponse, passons &#8211; la maison, les terres &#8211; et ce n'est pas comme si elles &#233;taient consid&#233;rables &#8211; nous &#233;taient ch&#232;res, et d'ailleurs nous n'avons jamais pens&#233; &#224; intervenir dans ce qu'il faisait, le juger, &#233;mettre un avis, et comme n'avions ou n'avions plus aucune descendance... bon il semble que ce soit justement cela : il voudrait avoir les mains libres pour c&#233;der &#224; un successeur choisi par lui... Marthe a dit que nous allions r&#233;fl&#233;chir et s'est charg&#233;e de pr&#233;parer le d&#233;jeuner. Sommes rest&#233;s tous les deux &#224; nous regarder en silence.. au bout d'un moment a tapot&#233; sur sa semelle sa pipe &#233;teinte comme le faisait le p&#232;re, m'a souri avec un air de connivence et a commenc&#233; &#224; plaider, je lui ai r&#233;pondu en parlant du soleil sur ma peau. Le d&#233;jeuner sous la tonnelle a &#233;t&#233; agr&#233;able. Suis repartie avec des p&#232;ches, Marthe avec deux salades et des tomates.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;vendredi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fatigu&#233;e ce soir, et me sens d&#233;licieusement coupable : j'ai achet&#233; en rentrant une veste de toile, un peu us&#233;e c'est vrai, mais qui me va si bien je trouve, &#224; une femme qui repliait ses invendus &#224; la fin du vide-grenier du quartier des Halles.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;samdi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai mis ma veste et, puisque la ville a rendu ses mus&#233;es gratuits, suis all&#233;e au petit palais. J'&#233;tais un peu intimid&#233;e au d&#233;but, et puis j'ai cru que je marchais avec Andr&#233; et qu'il me faisait remarquer des d&#233;tails, la suavit&#233; de couleurs qui &#233;taient justement celles que j'aimais ou la tendre barbe d'un saint, comme autrefois.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : suis pas absolument certaine que cela r&#233;ponde &#224; ce qui &#233;tait demand&#233;, mais j'ai eu plaisir &#224; faire davantage connaissance avec Aur&#233;lienne et a passer un moment avec elle.
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;18. le matin du d&#233;confinement&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4939&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La porte ouverte sur la rue, la t&#234;te lev&#233;e vers le bleu, elle sentit la main du soleil pos&#233;e en caresse chaude sur son front, au dessus de son masque, elle v&#233;rifia une fois encore que l'autorisation qu'elle s'&#233;tait accord&#233;e &#233;tait bien dans son sac, elle s'en alla les yeux sur les empilements de chaises et tables fig&#233;s sur la place. Ce fut en tournant le coin, qu'elle vit une, puis trois, silhouettes devant elle ; et c'est en croisant un couple qui avan&#231;ait, main dans la main et visages nus, qu'elle r&#233;alisa que l'autorisation &#233;tait devenue inutile, que la ville entrait dans une libert&#233; fragile. Pass&#233; l'Oratoire, suivant l'arc tendu de la rue, les passants restaient rares, solitaires, plus affair&#233;s pourtant que pendant ces longs jours de paix fantomatique, et le pas ferme de l'homme qui la devan&#231;ait, la distan&#231;ait de plus en plus, disait que la rue avait rajeunie, n'&#233;tait plus, en milieu de matin&#233;e, le terrain r&#233;serv&#233; aux petits vieux qui ne se voulaient pas clo&#238;tr&#233;s et prenaient soin de se croiser de loin, changeant de trottoir au besoin. A l'entr&#233;e de la grande pharmacie un panier surmont&#233; d'un panneau triomphant indiquant &#171; arrivage &#187; contenait une pagaille de tout petits flacons de gel d'un joli bleu et elle en acheta quatre avec soulagement, testant tout de suite l'odeur, neutre, pas d&#233;sagr&#233;able du liquide visqueux... Rue de la R&#233;publique les passants se faisant plus nombreux, elle eut fugitivement l'impression d'entrer dans un monde &#233;trange, &#224; la fois irr&#233;el et familier. Il y avait tout de m&#234;me, pour rappeler le r&#233;cent monde ancien, les restaurants ferm&#233;s, quelques regards m&#233;fiants, et devant la fontaine l'habituel groupe de gar&#231;ons, masques sur le menton, bicyclettes appuy&#233;es &#224; la margelle ou &#224; la grille entourant le tronc d'arbre, scooters sur leur b&#233;quille et sacs affichant les sigles de leurs plateformes respectives pos&#233;s au sol, attendant en s'envoyant quelques bourrades, jetant quelques mots sans but, souriant un peu, r&#233;sign&#233;s. Peu &#224; peu les marcheurs se faisaient plus nombreux, plus insouciants, le trottoir prenait un air de cour de r&#233;cr&#233;ation ; honteuse, elle opposa une auto-ironie muette &#224; la petite crainte qui montait, mais elle sursauta quand un joggeur, &#233;gar&#233; &#224; l'int&#233;rieur des remparts, la fr&#244;la, bec ouvert &#224; la recherche de son souffle, au moment o&#249; elle arrivait pr&#232;s de Carrefour et ouvrait les mains en un geste navr&#233; &#233;voquant une bourse vide de monnaie d&#233;di&#233; au sourire, aux cheveux gris boucl&#233;s, aux yeux aimables, au repaire rassurant du corps assis famili&#232;rement &#224; c&#244;t&#233; des portes vitr&#233;es, tout en jetant une injure aux semelles qui s'&#233;loignaient avec une r&#233;gularit&#233; parfaite. Son camarade de confinement lui r&#233;pondit &#171; pas grave &#187; et puis, comme elle s'appr&#234;tait &#224; descendre vers les rayons en sous-sol, entama un discours rageur envers les d&#233;confin&#233;s, leur insouciance, ce type qui l'avait presque bouscul&#233;e elle, (sans doute aussi, mais cela il ne le dit pas, l'invisibilit&#233; qui le mena&#231;ait &#224; nouveau, lui qui tenait salon depuis que les pr&#233;sences, autres, se calfeutraient), elle lui avoua en se moquant d'elle-m&#234;me sa petite crainte, ils s'install&#232;rent dans leur d&#233;bat sans fond avec le plaisir de ne pas tenir compte du temps qui passait ni du mouvement de la rue &#8211; et une petite voix en elle lui reprochait de se servir de lui pour mettre un sourire dans sa solitude &#8211;, adoucissant peu &#224; peu leurs reproches jusqu'&#224; sourire avec sympathie au groupe de jeunes qui passaient d'un pas l&#233;ger, dansant, de vie lib&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;Codicille : me suis heurt&#233;e au mot vrai, en adepte du mentir-vrai, et surtout me suis tromp&#233;e au d&#233;part en cherchant dans ce qui &#233;tait &#233;crit le petit point permettant cette version &#171; r&#233;elle &#187;, ai fini par trouver ce moment sans grande importance et j'ai tent&#233; de le reconstituer, comme pouvais, en gommant ce que nous avons v&#233;cu depuis lors.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;17. Je ne voudrais pas&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4939&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;1.	Je ne voudrais pas que le livre diminue mon faible int&#233;r&#234;t pour les romans&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Je ne voudrais pas que le livre puisse &#234;tre racont&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	Je ne voudrais pas que le livre montre de la violence juste pour que l'on en pense &#171; c'est fort &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	Je ne voudrais pas que le livre soit sirupeux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.	Je ne voudrais pas que le livre se pr&#233;occupe d'&#233;viter les clich&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.	Je ne voudrais pas que le texte aille plus de deux fois &#224; la ligne, mais je voudrais qu'il le fasse ces deux fois juste pour &#233;viter l'effet pr&#233;m&#233;dit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7.	Je ne voudrais pas qu'il soit pesant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8.	Je ne voudrais pas qu'il soutienne une th&#232;se ou m&#234;me qu'il la laisse percevoir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9.	Je ne voudrais pas qu'il tombe dans la sensiblerie mais d'accord pour la sensibilit&#233; et la sensualit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10.	Je ne voudrais pas qu'il se consacre aux probl&#232;mes moraux, sentimentaux, etc... de gens bien install&#233;s mais bien pensants&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;11.	Je ne voudrais pas qu'il parle de gens &#171; int&#233;ressants &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;12.	Je ne voudrais pas qu'il soit intelligent (ou plut&#244;t brillant)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;13.	Je ne voudrais surtout pas qu'il soit mis&#233;rabiliste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;14.	Je ne voudrais pas qu'il soit un tableau de soci&#233;t&#233; quelle qu'elle soit, mais je ne voudrais pas qu'il soit sans attache&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15.	Je ne voudrais pas qu'il passe compl&#232;tement &#224; c&#244;t&#233; de tout ce que j'aimerais qu'il soit ce que je ne saurais obtenir (qu'il soit de moi ou non)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16.	Je ne voudrais pas qu'il soit sec&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17.	Je ne voudrais pas qu'il manque d'&#234;tre quasi-invisible&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18.	Je ne voudrais pas &#8230; oh tant de choses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19.	En fait je pense que je ne voudrais pas qu'il soit, ou du moins qu'il soit fini&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;16. Notes exploratoires&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4938&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;comme demand&#233; il ne peut s'agir ici que de petites notes pouvant &#233;ventuellement servir &#224; la d&#233;cision d'encourager l'auteur &#224; poursuivre ce texte s'il semble pouvoir pr&#233;senter un int&#233;r&#234;t dans l'absolu, r&#233;gionalement, et d'autre part de le traduire si ensuite cet int&#233;r&#234;t pouvait s'&#233;tendre &#224; nos lecteurs... en l'&#233;tat, les bribes de texte qui me sont parvenues en d&#233;sordre ne permettent pas de trancher, d'imaginer ce que donnerait la petite somme polyphonique, bas&#233;e sur des gens ordinaires, que l'auteur, selon des propos, assez &#233;vasifs d'ailleurs, qui m'ont &#233;t&#233; rapport&#233;s, envisage, et il m'apparait qu'il serait pr&#233;f&#233;rable d'attendre d'avoir une base moins malingre. Ceci dit le c&#244;t&#233; puzzle &#233;tait suffisamment amusant pour que je tente de r&#233;pondre &#224; votre demande (le ferai dans l'ordre dans lequel me sont parvenus les feuillets, tentant, quand cela sera possible, de leur trouver une place presque logique dans cet ensemble, m&#234;me s'il semble que les sauts de puce entre personnages et les distorsions du temps peuvent &#234;tre en partie conserv&#233;s).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce texte (o&#249; on trouve par ailleurs une indication temporelle par l'&#233;vocation du d&#233;-confinement) qui veut rendre la vie quotidienne d'un petit espace urbain me semble destin&#233; &#224; introduire l'ensemble... et en la relisant, le surgissement &#224; la fois brusque et encore impr&#233;cis de la premi&#232;re phrase pourrait &#234;tre conserv&#233;. Cr&#233;ation d'une ambiance qui n'a comme caract&#232;re que sa parfaite banalit&#233; avec une galerie de personnages ou de silhouettes &#224; exploiter ou garder en arri&#232;re fond&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;une lacune dans le texte, un peu avant la fin, entre &#171; parle de cette sacr&#233;e carte bleue &#187; et &#171; - oui pense-t-il... &#187; semble s'&#234;tre produite, il conviendrait d'interroger l'auteur&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ceci doit venir s'interposer dans le corps d'un passage bas&#233; sur l'une des trois s&#339;urs, que l'on retrouve plus loin, sans qu'il soit possible de d&#233;terminer comment cela pourrait se jointoyer... il est plus probable d'y voir une incise&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;il me semble &#233;vident que les deux &#233;l&#233;ments, &#171; en bref &#187; et &#171; en long &#187; pourrait, m&#234;me sans retouches, &#234;tre rapproch&#233;s pour faire un seul texte. Je suppose qu'il pourrait venir pr&#233;senter, ou expliquer r&#233;trospectivement, le personnage assis ouvrant le #1, nomm&#233; plus tard Vincent, et qui appara&#238;t dans les sc&#232;nes se situant dans le cabanon&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;o&#249; on retrouve un des deux personnages masculins qui, dans ce qui nous est parvenu, jouent, dans leur apparente banalit&#233;, les r&#244;les centraux... L'auteur ayant h&#233;sit&#233; entre deux &#233;clairages, on pourrait sugg&#233;rer de garder le premier, en y incorporant, pour complexifier un peu le caract&#232;re de celui qui va plus loin &#234;tre d&#233;sign&#233; comme Auguste Fustier, quelques &#233;l&#233;ments du second.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;encore un &#233;l&#233;ment qui flotte un peu avant de trouver sa place, mais qu'il me semble possible de conserver avec son c&#244;t&#233; bourgeoisie plus ou moins r&#233;cente, et les quelques fausses notes. Pourrait (juste une impression que j'ai dans mon petit jeu-puzzle) &#234;tre le cadre de la rencontre entre Auguste Fustier et sa femme Marie, m&#234;me s'ils ne sont pas cit&#233;s dans ce qui ne serait qu'une toile de fond, le d&#233;cor con&#231;u par Laurine (et voil&#224; deux des trois s&#339;urs). En ce cas il s'agit une fois encore d'un bond en arri&#232;re dans le temps, Auguste &#233;tant pr&#233;sent&#233; comme veuf dans les autres passages&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;exercice de l'auteur &#224; la recherche de noms pour ses personnages ? Hors le premier paragraphe &#8211; que j'ai eu la faiblesse d'aimer assez, ce qui n'a d'autre int&#233;r&#234;t que de me persuader que, partageant avec l'auteur, ses faiblesses de style et un certain go&#251;t pour les gens de pas grand chose (ou de peu, ce qui s'appliquerait plut&#244;t &#224; l'assis et ses amis) je serais &#224; m&#234;me de le traduire si vous d&#233;cidez d'accepter ce r&#233;cit sans queue ni t&#234;te et sans passage fort &#8211; quelques &#233;l&#233;ments, comme les listes de noms m&#234;me si une influence trop nette (et un tantinet faible) de Val&#232;re Novarina s'y manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;8&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si ce passage est conserv&#233; il viendrait se situer apr&#232;s le #4, comme une assez maladroite &#8211; comme presque toujours en ce cas &#8211; mani&#232;re de situer les liens entre Auguste, sa belle s&#339;ur Laurine, et le personnage de Marthe, l'une des deux femmes, vieilles ou plut&#244;t entre les deux &#226;ges, accompagnant-aidant-jugeant-brutalisant le cas &#233;ch&#233;ant les deux personnages masculins, Auguste et Vincent l'assis (dont le pass&#233; se trouve dans le #3... d&#233;cid&#233;ment pour que l'ensemble tienne il faudrait que cela soit tr&#232;s long, d&#233;courageant les lecteurs m&#234;me amateurs de personnages falots, comme semble le vouloir l'auteur)&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;9&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A nouveau une recherche. Le premier &#171; int&#233;rieur &#187; et l'ext&#233;rieur qui le suit peuvent &#234;tre gard&#233;s (surtout l'int&#233;rieur, avec sa pr&#233;cision, le jardin &#233;tant &#233;voqu&#233; moins directement) comme indication avant les sc&#232;nes du cabanon. Le reste &#233;tant bien entendu abandonn&#233; (sauf les deux derniers paragraphes qui se rapportent au d&#238;ner-pr&#233;sentation d'Auguste et Marie)&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;10&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but des bribes sur le cabanon (reprendre description dans le 8, ins&#233;rer &#224; la suite tels que les trois paragraphes &#8211; y compris l'homme-col&#232;re, incongru, durablement ou pour un d&#233;veloppement futur &#8211; en rempla&#231;ant le &#171; Elle &#187; qui ouvre par &#171; Aur&#233;lienne &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;11&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;visiblement texte &#233;gar&#233; dans la liasse de feuillets, n'appartenant pas &#224; cet ensemble)&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;12&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;suite du cabanon (conserver m&#234;me si la tentative pour suivre le discours int&#233;rieur de Vincent me semble un peu maladroite, lui donnant un caract&#232;re plus trivial que celui que l'auteur, me semble-t-il, voudrait lui donner dans son respect suppos&#233; pour ceux qu'on ne voit pas, mais ce n'est qu'une impression)&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;13&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;suite du pr&#233;c&#233;dent (j'aime assez le passage du bloc du 11 &#224; cette suite de notations, comme un changement de niveau et que ces petits paragraphes corrigent l'impression jargonnante du pr&#233;c&#233;dent)&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;14&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;suite toujours, la rumination int&#233;rieure de Vincent semblant, cette fois, plus conforme au personnage qui &#233;tait dessin&#233; dans le #3 (le #11 repr&#233;sentant alors la premi&#232;re r&#233;action, avec choc plus moral que physique apr&#232;s la malveillance humiliante subie)&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;15&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;retour &#224; Auguste et Marie... autre chapitre, et introduction au #15, un ensemble que je juge coh&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je vous prie de m'excuser pour le caract&#232;re &#224; la fois ind&#233;cis, impr&#233;cis et d&#233;sagr&#233;ablement s&#233;rieux de ces pages. Je vous rappelle que ce genre d'exercice n'est vraiment pas &#224; ma port&#233;e ce que je ne d&#233;sire pas vraiment... et que d'autre part, en l'&#233;tat du texte et puisque votre d&#233;cision &#233;ventuelle ne pourra intervenir que dans un d&#233;lai passablement long, l'exercice me semblait inutile. Me suis pourtant amus&#233;e, m&#234;me si me suis appliqu&#233;e (trop ?) &#224; ne pas le laisser voir, ce qui explique le d&#233;but de go&#251;t qui m'est venu peu &#224; peu pour ces fragments d'un rien.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : le paragraphe pr&#233;c&#233;dent en tiendra lieu.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;15. Laurine Cappa&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4937&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Devant son bol de caf&#233;, tenant mollement une tartine de confiture oubli&#233;e qui se courbait lentement, d&#233;tremp&#233;e par le sucre, Auguste Faustier fouillait les souvenirs de ce r&#234;ve qu'il croyait avoir travers&#233; dans la nuit, ce r&#234;ve o&#249; Marie lui parlait ; il le repoussait de toute sa raison, ne pouvait s'en d&#233;faire... pour oublier l'essentiel, il se focalisait sur les inflexions m&#234;me si, justement, elles faisaient resurgir la voix, le sourire de travers de sa femme, et revenait, notamment, &#224; l'allusion &#8211; en plein accord, avec la pointe de fiel qu'il devinait dans la louange &#8211; &#224; Laurine Cappa. Laurine, la gentille, la g&#233;n&#233;reuse, toujours admirative, toujours d&#233;vou&#233;e, l'ain&#233;e des trois soeurs Clergeot, celle qui avait suivi ce qu'elle pensait &#234;tre les ambitions de son p&#232;re, n'avait quitt&#233; la grande maison que pour &#233;pouser un autre notaire, qui aurait voulu veiller sur les deux cadettes qui lui &#233;chappaient et la faisaient parfois r&#234;ver, songeries dont elle sortait r&#233;solument en se raccrochant &#224; la certitude d'avoir eu une vie pleinement r&#233;ussie, satisfaisante. Laurine qui &#224; la longue ne jouait plus &#224; la dame qu'avec un naturel inconscient, mais qui parfois laissait son humour joliment acide se parer d'une sinc&#233;rit&#233; de jeune fille, qui se penchait avec une sollicitude grave et non sollicit&#233;e ni d&#233;sir&#233;e sur la vie de ceux qui, dans son entourage, semblaient un peu perdus ou plut&#244;t out de la soci&#233;t&#233; telle qu'elle la concevait, mais rapidement teintait ses conseils &#224; peine formul&#233;s d'un charme tendre qui rendait difficile la r&#233;sistance. Laurine qui avait jug&#233; que Marie, revenant dans la ville de ses vies qu'elle pr&#233;f&#233;rait juger myst&#233;rieuses, toujours aussi jolie mais un peu froiss&#233;e, si d&#233;sesp&#233;r&#233;ment amorphe quand il s'agissait de trouver une &#171; position &#187;, devait &#234;tre aid&#233;e, profitant de son indiff&#233;rence pour en tirer un consentement lass&#233;, avait recherch&#233;, parmi les c&#233;libataires confirm&#233;s &#224; peu pr&#232;s sortables ou les veufs &#224; bout de deuil, un &#233;poux pour cette fragile, enjou&#233;e, intelligente jeune-femme, l'avait choisi, lui, et avait fait en sorte qu'il se d&#233;couvre, &#233;berlu&#233;, en train de faire un choix qu'il n'avait jamais envisag&#233;. Laurine qui avait tant voulu que son fils soit digne de son p&#232;re qu'ils en &#233;taient arriv&#233;s &#224; une quasi-rupture que seule l'attention qu'elle portait maintenant &#224; sa petite fille adoucissait. Laurine aussi qui, se sentant ou non responsable de lui, s'&#233;tait employ&#233;e &#224; lui trouver une aide en la personne de Marthe, son amie d'enfance, qui, la pauvre, avait bien besoin d'un compl&#233;ment de ressources et qui &#233;tait capable d'assurer correctement une grande partie des t&#226;ches m&#233;nag&#232;res et, en outre, s'il le d&#233;sirait, de &#171; tenir une conversation &#187; pour lui &#233;viter de s'encrouter. Laurine qu'il avait parfois, comme d'autres, envie de vouer aux g&#233;monies mais qui &#233;tait bien trop charmante pour cela... d'autant qu'elle acceptait facilement, presque comme soulag&#233;e, que leurs rencontres se fassent rares, une fois qu'elle avait r&#233;gl&#233; leur probl&#232;me, existant ou non.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : elle m'est tout de suite venue &#224; l'esprit en &#233;coutant la vid&#233;o mais elle est rest&#233;e longtemps sur le seul, a mis un pied par une phrase s'est arr&#234;t&#233;e jusqu'&#224; ce que je lui dise, avec assez peu de politesse, mais entrez donc ! Ce qu'elle a fait avec j'esp&#232;re pas trop de brusquerie.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;14. La voix de Marie en son veuf&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3575&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je ne te vois pas, en fait je ne Vous vois pas, vous tous, c'est une des gr&#226;ces que nous accorde la mort. Une autre des gr&#226;ces qu'elle m'offre : vous ne me voyez pas telle que suis en ce jour, ou que je ne suis plus moi, Marie, en ces infernaux palus. Ne vous inqui&#233;tez pas, je ne vais pas d&#233;tailler ce que le temps a fait de ma d&#233;pouille, vous pr&#233;senter la vermine qui ne m'a pas encore abandonn&#233;e comme totalement nettoy&#233;e, je n'aurais pas non plus la coquetterie -&#8211; l'ai toujours cach&#233; ce plaisir que me donnais la certitude de ma beaut&#233;, c'&#233;tait inutile &#8211;- d'&#233;voquer la gr&#226;ce toute neuve de mon squelette. C'est ainsi que j'ai tent&#233; de parler &#224; l'int&#233;rieur des hommes de mon pass&#233; et de l'enfant que je n'ai pas eu, mais ils m'&#233;taient devenus terrains indiff&#233;rents, n'ai r&#233;colt&#233; qu'un juron et une menace machinale d'un que j'avais fui, un sourcil lev&#233; avec bonne humeur comme pour me mettre de c&#244;t&#233; avec gentillesse de Jacques qui me fut autant ami qu'amant, mais qui avait certainement mieux &#224; penser &#224; ce moment l&#224;. Mais je me repends d'avoir repris cet exergue pour tenter de me r&#233;veiller en toi... non je ne te vois pas, mais je t'imagine, te souhaite une vieillesse tranquille -&#8211; je suis certaine que Laurine, ma ch&#232;re s&#339;ur, t'as trouv&#233; une compagne, ou peut-&#234;tre seulement une gouvernante, elle qui aime tant s'entremettre et qui t'avais trouv&#233; pour me donner statut convenable, toi Auguste, qui as endur&#233; mes yeux et mon esprit absents par moment, ma froideur souriante, comme tu me l'as murmur&#233;, tr&#232;s bas en un involontaire aveu, un soir, en me lavant, me pansant, et sous le choc, devant la certitude que tu ne pouvais avoir eu autre sentiment, la prise de conscience ou la d&#233;couverte de ce qui nous avait s&#233;par&#233; d&#232;s le d&#233;but, &#224; quoi je n'avais pas fait attention, je n'ai pu te r&#233;pondre... Reste ! Je sens que ton esprit fuit.. je voulais pourtant te dire &#8211;- et puis me tairai, laisserai s'effacer les infimes traces que j'ai pu laisser, te lib&#233;rerai, me reposerai dans le merveilleux n&#233;ant qui me veut sans plus d'accroches m&#234;me minimes &#8211;- merci, je m'installe &#224; nouveau, et sois tranquille ce ne sera pas long... bien s&#251;r je n'&#233;voquerais pas pour toi, comme ai tent&#233; de le faire dans ce qui restait de place pour moi chez les passants qui t'ont pr&#233;c&#233;d&#233;, fugitivement ou non, ce qu'est maintenant ma carcasse, tu en as vu, touch&#233;, soign&#233;, l'approche, mais juste te dire ce que ne t'ai jamais dit, et sans doute pas montr&#233;, tu m'as &#233;t&#233; bon et cher, je t'ai aim&#233; davantage sans doute que ne l'avais fait auparavant, je t'ai aim&#233; je crois d&#232;s nos courtes fian&#231;ailles, pass&#233;e la surprise de cette id&#233;e de mariage qui &#233;tait si loin de moi, mais d'un amour qui se tressait indissociablement &#224; la rancoeur de t'&#234;tre apparemment redevable, m&#234;me &#224; mes yeux -&#8211; je la refoulais en m'amusant de ce que jugeais nouveaut&#233; pour moi -&#8211; &#224; mon interrogation sur ce qui t'avait pouss&#233; &#224; accepter le pari que t'avait propos&#233; ma s&#339;ur, ou le pi&#232;ge qu'elle t'avait tendu. Je t'ai aim&#233; de me l'avoir fait oublier. J'arr&#234;te, m'en retourne, lib&#233;r&#233;e, &#224; mon absence... j'esp&#232;re que tu t'es d&#233;barrass&#233; de toutes les mis&#233;rables tentatives de cr&#233;ation que j'ai laiss&#233;es, et que ta vie a retrouv&#233; l'ind&#233;pendance, la s&#233;r&#233;nit&#233; indiff&#233;rente, l'amabilit&#233; sinc&#232;re et l&#233;g&#232;re qui te vas si bien.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille, finalement de phrase en phrase venues dans les trous de ces derniers jours elle a pris un petit c&#244;t&#233; fant&#244;me que je d&#233;sirais pas vraiment (difficile de l'&#233;viter) la Marie.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;13. En attendant le soir&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4936&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le fait que le gosse est entr&#233; chez lui comme &#231;a, le fait que l'Aur&#233;lienne n'avait pas d&#251; fermer en partant, le fait qu'elle est plus toute jeune, Aur&#233;lienne, et qu'elle a certainement &#233;t&#233; &#233;tourdie toute sa vie avec sa manie de vouloir &#234;tre partout, le fait qu'il y a sa tourte aussi, le fait que sans la voiture du gosse la jeune femme &#8211; le fait qu'elle est pas bien belle mais que &#231;a n'a pas d'importance, ou peut-&#234;tre que si, que c'est bien &#8211; ne serait pas venue, le fait qu'elle est dor&#233;e, &#224; peine un peu brul&#233;e d'un c&#244;t&#233;, la tourte, sait pas ce qu'elle contient mais le fait qu'il s'en doute parce que c'est g&#233;n&#233;ralement un m&#233;lange des fruits qu'elle a sous la main et que ce n'est pas toujours bon, le fait que sous tout cela, son imm&#233;diat, son pr&#233;sent, se r&#233;veille et rode la sacr&#233;e douleur d'antan, le fait qu'il aime ce mot antan comme un bonbon d&#233;gust&#233; pour oublier, le fait que le gars le milord morveux &#233;tait un vrai con, qui l'a amoch&#233; pour le plaisir, le fait que tout le mal qu'on fait vient des jugements port&#233;s et puis de la recherche du plaisir de manier le monde selon nos jugements, le fait que d'ailleurs les imb&#233;ciles qui jugent peuvent pas le manier le monde, savent pas, sont pas de force, le fait que sont pires de ne pas savoir, le fait que pas mieux sans doute de rire un peu &#224; l'int&#233;rieur en regardant les gens qui passent les filles qui se veulent belles et puis les grosses cuisses dans les shorts courts, le fait que partager le regard d'un autre et savoir qu'on s'amuse ensemble de ceux qui passent ce n'est pas bien mais &#231;a fait un peu de chaleur gaie, le fait que ce n'est pas bien mais que c'est peut-&#234;tre un peu meilleur de n'&#234;tre pas bien, qu'il suffit que ce ne soit pas m&#233;chant, le fait qu'on peut rire des autres parce qu'ils sont un peu nous, qu'on les regarde comme si c'&#233;tait un peu nous, le fait que pourtant Mahmoud donne sa musique ne peut la vendre, le fait qu'il n'est pas consid&#233;r&#233;, le fait qu'il ne le veut pas peut-&#234;tre, le fait que &#231;a ne lui irait pas au teint comme dit l'Aur&#233;lienne, le fait que c'est bien quand ils jouent ensemble et tant mieux s'il y en a d'autres pour les &#233;couter comme la petite ce soir, le fait qu'elle est gentille et jolie la petite mais bon le fait que son p&#232;re... le fait qu'il a au moins un rival Mahmoud, le fait qu'il le sait peut-&#234;tre, le fait qu'elle riait de pr&#232;s avec ce gar&#231;on en passant devant l'endroit o&#249; il &#233;tait assis l'autre jour, et qu'ils &#233;taient beaux, le fait que la croute l&#224; &#231;a lui donne faim, le fait que l'attente &#231;a donne du go&#251;t mais tout de m&#234;me, le fait que sa main &#231;a tire un peu, le fait que &#231;a l'agace, juste un peu, le fait que tout l'agace, le fait que &lt;i&gt;arr&#234;te&lt;/i&gt;... le fait que dormir, le fait que non, les lacets avec cette main... et puis la lumi&#232;re dor&#233;e qui passe par les fenestrons, le fait que c'est l'heure du potager, sortir, tourner le coin de son cube, longer le bout de jardin de la jeune femme et du niot, les locataires &#8211; 'il y a sans doute un homme aussi, le fait qu'ils ne doivent pas avoir m&#234;mes horaires, ne se voient pas &#8211; , le fait que lui son loyer c'est la gentillesse du propri&#233;taire pour l'Aur&#233;lienne et sa s&#339;ur Marthe et puis l'aide pour le potager, le fait que l'a exig&#233; avec son air bougon le bonhomme, ou le Monsieur, arroser, d&#233;sherber un peu, sans doute pour la forme parce que pas certain que ce soit utile, le fait qu'il aime jardiner le bonhomme et que c'est un r&#233;gal de regarder la fa&#231;on dont &#231;a pousse tout cela, la vari&#233;t&#233;, et l'ordre aussi, le fait qu'il n'y connait rien, lui, mais que &#231;a change du bout de terrain l&#224;-bas au village, le fait que plus de nouvelles de l'ami d'avant qui lui avait trouv&#233; cette maison vide au village, ou &#224; c&#244;t&#233; du village o&#249; il a &#233;t&#233; bien m&#234;me si &#231;a n'a pas dur&#233;, le fait que plus de nouvelles de tous les amis d'avant, ni de sa voisine au village, le fait que pas facile de tourner le robinet, faudrait une pince et sa main elle n'a rien d'une pince, le fait que &#231;a lui donne envie de rire juste avant de l'&#233;nerver, le fait qu'elle a dit &lt;i&gt;il y en a pour quelques jours&lt;/i&gt; la femme et puis qu'elle reviendrait changer le pansement, le fait que l'est pas belle mais qu'elle a des mains douces et un joli sourire, le fait qu'il aime l'eau qui donne vie au tuyau, le fait que le soleil descend sur les rang&#233;es de salades, le fait qu'elles montent un peu trop, le fait que les feuilles sur le mur brillent dans le jour rasant, le fait que &#231;a va &#234;tre l'heure de Mahmoud, le fait que l'amiti&#233; et puis que tout le mauvais du monde on oublie, on n'y peut rien.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : Cet &#233;t&#233;, pour la premi&#232;re fois je crois, d&#232;s que j'ouvre un fichier pour l'atelier c'est le m&#234;me petit groupe de silhouettes qui s'impose et m'oriente, et surtout le m&#234;me gars, et il a un monde nettement plus limit&#233;, un arri&#232;re plan plus brumeux que la femme dans sa cuisine qui va de &#171; le fait que &#187; en &#171; le fait que &#187; pendant je ne sais plus combien de pages, le Vincent, surtout quand il ne veut pas penser, qu'il ne peut pas faire autrement que penser et, &#224; force de ne pas vouloir qu'il pense, m&#234;me un petit peu, comme tous, sans le vouloir, et de ne pas y arriver je devenais toujours plus brouillonne. Alors j'en reste l&#224;.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;12. Soign&#233;&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4931&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lancement dans les phalanges se fait pr&#233;sence assoupie la paume ignore la rugosit&#233; du bois de la table sur laquelle s'abandonne et la main retient la douceur attentive des doigts juste un peu malhabiles mais efficaces de la jeune femme qui l'a mani&#233;e soign&#233;e a ordonn&#233; au corps de ne pas bouger un temps puisqu'il se refusait &#224; un examen par un m&#233;decin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la jeune femme venue s'excuser et chercher le camion oubli&#233; par son fils qui s'est &#233;cri&#233;e en voyant la grotesque boule torchonn&#233;e qui l'enveloppait cette main qu'elle a d&#233;maillot&#233;e avec un peu de rudesse tirant sur le tissu l&#224; o&#249; le reste de sang qui continuait &#224; sourdre l'avait coll&#233; la grimace des l&#232;vres muettes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et les doigts gardent le souvenir douloureux et reconnaissant d'avoir eux hurl&#233; un peu quand elle les a forc&#233; &#224; bouger avant de supposer que oui une radio ne s'imposait pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;et le bras le corps les nerfs gardent le souvenir de la brulure remontant vers le c&#339;ur le cr&#226;ne r&#233;veillant l'enfance petite douleur brusque accompagnant l'alcool le mercurochrome qu'elle a ramen&#233;s de chez elle et de la tendresse de sa main &#224; elle de la curiosit&#233; fraternelle des yeux de l'enfant aussi&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;elle repose l&#224; sa main la paume sur la table devant laquelle est assis et il n'a int&#233;r&#234;t que pour elle juste pour repousser la boule de fureur honteuse qui dans ce calme s'&#233;veille monte de son ventre r&#233;agit malgr&#233; la s&#233;r&#233;nit&#233; fi&#232;re et humble qu'il avait plaqu&#233; sur le fait d'avoir &#233;t&#233; objet digne du traitement m&#233;prisant du gars&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;l'absurde fureur honteuse qui parcourt son corps et ce besoin de justifier ce qu'est la vie &#224; laquelle il a consenti qu'il a choisi cette s&#233;r&#233;nit&#233; mis&#233;rable qui a suivi la lutte contre la vraie douleur vrillante an&#233;antissante dont le souvenir toujours pr&#233;sent &#233;veille maintenant la torsion des muscles du ventre la crispation en &#233;cho de la nuque de l'&#233;paule un peu tordue par la position de la main sur la table&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la vraie douleur vrillante interminable et revenant par paliers adoucie alors par le compagnonnage des douleurs autour de lui par le d&#233;sir d'&#234;tre malade exemplaire d'&#233;viter autant que pouvait de g&#234;ner les soignants l'amiti&#233; de l'infirmier de nuit qui parlait de tout et de rien pour le distraire de ce qui se faisait insupportable et finissait par le convaincre de consentir &#224; la lib&#233;ration de la morphine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la crispation de la nuque et de l'&#233;paule qu'il veut effacer sous l'ironie de sa quasi insignifiance et que relaie maintenant le go&#251;t vaseux de la bouche s&#232;che la g&#234;ne des l&#232;vres coll&#233;es par la soif l'effort fait pour mettre fin &#224; son immobilit&#233; l'appui sur les jambes le dos qui rousp&#232;te mais se redresse les premiers pas vers l'&#233;vier la lumi&#232;re qui baisse la venue proche dans le soir qui tombe de l'ami musicien et de la petite&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
codicille &#8211; avais l'id&#233;e bonne ou non, ai tard&#233; parce que trouvais toujours autre chose &#224; faire ou sous le pr&#233;texte fallacieux de la fatigue, eu l'&#233;lectrochoc des publi&#233;s, b&#226;cl&#233;, mais pas tant je crois, ce matin, disons me suis lanc&#233;e et &#231;a ira comme peut&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;11. Ses, leurs mains&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4931&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le corps courb&#233; vers la serrure, la main pos&#233;e sur la pierre r&#226;peuse pour se soutenir, le contact familier et puis soudain une fulgurance qui tord le muscle en remontant depuis le doigt qui saigne &#224; nouveau, un peu, un juron au moment o&#249; la cl&#233; tourne, o&#249; le corps force l'entr&#233;e et le bras retombe inutile, pendant que la main qui tenait la cl&#233; monte, &#233;paule de travers, pour venir bercer les doigts &#233;gratign&#233;s. Le sac coule &#224; terre, quatre pas, un sourire en regardant la main abim&#233;e pos&#233;e sur la table -&#8211; le sale con, le petit idiot m&#234;me pas assez lourd ou d&#233;cid&#233; pour l'amocher vraiment en la pi&#233;tinant, presque timide &#233;tait, juste une envie de plaisir dominateur -&#8211; d'ailleurs cela ne saigne plus mais c'est vraiment pas beau et boudiou que &#231;a &#233;lance. Le robinet archa&#239;que empoign&#233;, tourn&#233; par la bonne main, la gauche, lib&#233;rant un filet d'eau glac&#233;e sur la pantelante qu'il commencerait presque &#224; prendre au s&#233;rieux n'&#233;tait la bourrade amicale du pompier tout &#224; l'heure, n'&#233;tait la danse douloureuse &#224; laquelle il oblige les phalanges &#233;corch&#233;es &#224; demi-repli&#233;es -&#8211; et que leurs bosses soient de m&#234;me taille que les petites boules du robinet lui est un petit sourire, un moment de pr&#233;ciosit&#233; et d'auto-ironie &#8211;-, n'&#233;taient le soulagement cruel de la morsure froide, l'effet du cachet aval&#233; et la vue de la rondeur de fonte noircie qu'il d&#233;couvre sur le plan &#224; c&#244;t&#233; de l'&#233;vier et ce qui se devine de dor&#233; &#224; travers les mailles incongrues du panier retourn&#233; sur le plat. Il pense &lt;i&gt;l'Aur&#233;lienne&lt;/i&gt; et c'est presque comme une main pos&#233;e sur son poignet. Il attrape, froisse maladroitement, pour s'en faire un pansement qui tient comme peut, le torchon qu'elle a abandonn&#233; &#224; c&#244;t&#233; du plat et retourne vers la table, la feuille qu'il d&#233;couvre maintenant, qu'il lit pench&#233; sur elle, d&#233;chiffrant cette &#233;criture maladroite qu'elle a, ses longs doigts ossus serr&#233;s &#8211;- il l'a vue faire souvent &#8211;- comme un bec de canard autour du crayon auquel ils impriment de brusques embard&#233;es, des volutes, des courbes insens&#233;es contre lesquelles elle grommelle, et il s'&#233;merveille une fois encore que ce soient ces m&#234;mes mains qui s'affairent avec force, pr&#233;cision, rempla&#231;ant la souplesse enfuie par l'agilit&#233;, quand il s'agit de doser, de p&#233;trir, faire monter une sauce, cuisiner, m&#234;me s'il ne faut pas compter sur elle pour enfiler une aiguille, recoudre un bouton. La tourte est, dit le mot, l'annonce de la visite de Mahmoud le sage, le jeune, et de sa guitare, qui doit passer ce soir avec la petite pour faire de la musique et puis peut-&#234;tre pour demander quelque chose. Il regarde sa pogne appuy&#233;e sur la table, le truc entortill&#233; qui pend au bout de son bras, les tendons gonfl&#233;s, le tambour pos&#233; pr&#232;s du lit, le couvercle de m&#233;tal contre le mur, il grimace et puis il sourit en pensant aux mains encore un peu grasses, douces de Mahmoud et aux ann&#233;es d'efforts qui lui manquent avant qu'elles deviennent, si cela arrive un jour, les serres puissantes, d&#233;form&#233;es, dont il r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : sais pas pourquoi une tendance &#224; la prolixit&#233; pr&#233;cieuse contre laquelle je ne suis pas arriv&#233;e &#224; lutter vraiment &#8211;- faute de le vouloir en fait &#8211; m&#234;me s'il y avait une main de femme, une main de niot qui arrivaient avec plein de gestes et contacts et que j'ai coup&#233;es r&#233;solument.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;9. Les visites infructueuses&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4925&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle a frapp&#233;, re-frapp&#233; &#224; en faire souffrir ses phalanges presque sans chair, &#224; la belle vieille porte moulur&#233;e blottie au fond du trou dans les pierres du mur.. il n'a pas r&#233;pondu ; si triste elle en fut, elle venait avec cette joie qu'elle voulait exprimer, qu'elle ne pouvait avouer, sauf &#224; lui, peut-&#234;tre, qu'&#233;tait presque son fils ; ne le lui disait pas, il le savait. A pos&#233; sur le sol le plat qu'elle portait, a compt&#233; les pots renvers&#233;s, pas de cl&#233; sous le cinqui&#232;me, des gamins avaient d&#251; passer, a bougonn&#233;, la cl&#233; &#233;tait sous le premier, ah cet idiot distrait. A scrut&#233; la pi&#232;ce, elle &#233;tait propre, aussi propre qu'elle le pouvait ; elle en a eu petite fiert&#233; comme si elle en &#233;tait responsable. A ramass&#233; une veste qui trainait au sol, l'a pendue au portant qu'elle lui avait persuad&#233; d'accepter puisque ce n'&#233;tait qu'une r&#233;cup&#233;ration. Est ressortie pour prendre le plat. A travers&#233; le rayon de lumi&#232;re qui descendait comme un spot sur le par&#233;o jet&#233; sur le matelas, s'est dirig&#233;e vers la table &#224; c&#244;t&#233; de l'&#233;vier, a pos&#233; le plat, soulev&#233; le torchon, la tourte avait l'air en bon &#233;tat, a d&#233;croch&#233; un panier, l'a pos&#233; dessus comme une cloche symbolique, a tourn&#233; le dos &#224; la douche, le coin intime, avec la retenue de celle qui ne veut surtout pas &#234;tre inquisitrice. A trouv&#233; dans sa poche une vieille enveloppe, a trottin&#233; jusqu'&#224; la table devant l'entr&#233;e, a pris un crayon dans le pot, a laiss&#233; un mot en s'appliquant pour &#234;tre compr&#233;hensible, id&#233;es et forme. Est ressortie, en mettant la cl&#233; sous le cinqui&#232;me pot, elle aimait l'ordre &#8211;- enfin quand elle y pensait &#8211;-, elle a retrouv&#233; le poids de la joie honteuse dont elle voulait se d&#233;barrasser gr&#226;ce &#224; lui, et puis, finalement, c'&#233;tait comme si elle avait parl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme-col&#232;re assis sur une borne de l'autre c&#244;t&#233; de la rue, rageant contre l'h&#233;sitation qui l'avait retenu, la veille, &#224; la tomb&#233;e du jour, d'aborder, d'injurier, de... cette silhouette qu'il avait cru reconna&#238;tre et suivie, se demandant aussi pourquoi il &#233;tait revenu et ce qu'il attendait, l'a vue arriver, franchir le portail avec son plat, trouver la cl&#233;, entrer... il imaginait, il ne le voulait pas mais il imaginait..., et quand, noy&#233; entre les branches et l'ombre d'un petit olivier, il l'a vu repartir, il a secou&#233; ses &#233;paules pour chasser le doute, il est entr&#233; dans le jardin, a pris la cl&#233;, s'est tenu sur le seuil, saisi par la s&#233;r&#233;nit&#233; que lui envoyait l'endroit, &#224; laquelle il ne s'attendait pas. Est entr&#233; d'un grand pas violent, et puis, instinctivement, c'est lentement, pr&#233;cautionneusement, comme dans un lieu qu'il r&#233;alisait maintenant interdit et &#233;tranger &#224; ce monde d'o&#249; venait sa vieille col&#232;re, qu'il a fait les quelques pas qui lui suffisaient pour d&#233;couvrir la pi&#232;ce, sentir un d&#233;but de sympathie pour celui qui demeurait l&#224;, dans cet essentiel, cette quasi pauvret&#233; qui pouvait encore s'offrir l'&#233;quilibre d'une beaut&#233;. La b&#234;che accroch&#233;e au mur parall&#232;lement au balai, comme une parodie de la panoplie de fusils qui aurait correspondu &#224; l'image que la silhouette avait r&#233;veill&#233;e, a fini de le calmer dans un sourire. Il a vu le mot sur la table, le pr&#233;nom... L'homme qui n'&#233;tait plus col&#232;re est reparti, oubliant dans sa honte et son trouble de fermer derri&#232;re lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le petit gar&#231;on &#233;tait rest&#233; la main sur son auto, immobile, en voyant l'inconnu p&#233;n&#233;trer dans le jardin, a recommenc&#233; &#224; la pousser sur les ravins de la terre apr&#232;s son d&#233;part, pensait, ne le savait pas mais pensait, et la tentation, un d&#233;but d'audace qui l'&#233;tonnait, lui venait. Il a abandonn&#233; l'auto, il s'est avanc&#233; &#224; quatre pattes jusqu'&#224; la marche qui bordait son domaine, s'est redress&#233; apr&#232;s l'avoir escalad&#233;e et a roul&#233; comme si quelque chose le tirait vers la porte entrouverte. N'a vu d'abord que le dessin vert et blanc sur le lit au sol. Est entr&#233;, a tourn&#233;, a regard&#233;, un peu d&#233;&#231;u, c'&#233;tait presque comme la maison de n'importe qui. Mais il manquait les grandes fen&#234;tres et les carreaux rouges au sol. C'&#233;tait presque comme une cabane, finalement. Ce serait bien d'&#234;tre ami de l'homme... il devait savoir des histoires ou en inventer, mieux encore que sa m&#232;re, des histoires pleines de bons, de mauvais, de d&#233;couvertes. Il &#233;tait plant&#233; devant la table pr&#232;s de l'&#233;vier, un doigt dans la bouche, perdu dans une aventure qu'il se cr&#233;ait, quand la voix de sa m&#232;re l'a appel&#233;. Elle l'a rejoint sur le seuil, elle lui a serr&#233; le bras, pas trop pour ne pas faire mal, en le grondant, elle a balay&#233; des yeux la pi&#232;ce en fermant la porte, elle a murmur&#233; &#171; le pauvre gar&#231;on &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : c'est venu un peu je ne sais d'o&#249;, il me reste &#224; conna&#238;tre mieux celui qui habite l&#224;, qui est d&#233;j&#224; intervenu dans d'autres textes de l'atelier, qui m'avait dict&#233; le premier d&#233;cor pour le #8.. J'esp&#232;re que ne serai pas trop d&#233;&#231;ue par lui.
Codicille/remords au #8 : relisant en rapide rase motte le #6 ai tent&#233; de trouver une pi&#232;ce o&#249; installer l'un ou l'autre des porteurs de noms (sauf pour le dernier int&#233;rieur/ext&#233;rieur qui vient d'un autre texte) et les ext&#233;rieurs m'ont sembl&#233; &#233;vidents.
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;8. Comme en attente&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4924&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un sol presque carr&#233; en b&#233;ton irr&#233;gulier entre quatre murs de pierres brutes en cama&#239;eu beige et rose aux joints rudement taloch&#233;s qui grimpent jusqu'&#224; de grosses poutres noy&#233;es dans la p&#233;nombre, une porte ancienne si belle qu'elle semble rapport&#233;e et la lumi&#232;re douce qui descend de deux petites fen&#234;tres carr&#233;es perc&#233;es sur deux murs en angle et pose l'attente d'une vie sur un lit, une table, quelques si&#232;ges, des objets, et heurte une cloison de bois &#224; claire-voix derri&#232;re laquelle se cache une salle d'eau spartiate en prolongement de l'&#233;vier qui appara&#238;t sur le mur du fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un espace clos o&#249; se c&#244;toient la bande de terre et d'herbes folles qui s'&#233;tend devant l'&#233;dicule carr&#233; donnant sur la rue &#224; c&#244;t&#233; du portail, un espace pour des jeux d'enfants au del&#224; d'un petit muret et au fond, devant la grande maison fatigu&#233;e une terrasse r&#233;cente en pierres roses sur la droite s&#233;par&#233;e par une haie de buis d'un petit potager soigneusement cultiv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La salle &#224; vivre d'un appartement dans un immeuble populaire des ann&#233;es 60, ouvrant sur un balcon clos en partie, &#224; c&#244;t&#233; d'une parabolepar une tenture pour filtrer le soleil. Les murs sont d'un blanc pur, avec des photos familiales pos&#233;es sans cadre, comme une mosa&#239;que, au dessus de deux canap&#233;s, c&#244;te &#224; c&#244;te, envahis de coussins, des jouets sur et sous une table basse, une t&#233;l&#233;vision discr&#232;te, la sensation d'un vide pr&#233;caire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un parking bord&#233; de lauriers &#224; la floraison effevescente bornant de petits espaces d'herbe rare, une route entre de grands platanes que le soleil bombarde en milieu de jour, un arr&#234;t de bus, seul endroit o&#249; l'on voit parfois des silhouettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une pi&#232;ce qui s'allonge entre la haute fen&#234;tre ceintr&#233;e qui occupe presque la totalit&#233; de la fa&#231;ade sur rue et la fente qui s'&#233;tire &#224; mi hauteur du mur, un peu plus large, sur un feuillage dans le jardin, un escalier en tire bouchon relie, au milieu du mur mitoyen avec la maison voisine, aux &#233;tages inf&#233;rieurs et sup&#233;rieurs. Le d&#233;corateur a cas&#233; dans ce volume quelques petits meubles, un grand lit et, au fond, une baignoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une rue &#233;troite, de minces trottoirs et des bacs en ciment plant&#233;s d'arbustes piquants entre lesquels sont gar&#233;es quelques motos ou voitures. De rares passants, des roucoulements et bruits d'ailes des pigeons qui transitent, et la sensation de toutes ces vies qui habitent, qui ont habit&#233; peut-&#234;tre, les trois &#233;tages des maisons anciennes, nobles ou humbles, renforc&#233;e par les petits bruits ou fortes musiques &#233;chapp&#233;s par les fen&#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'espace, les quatre fen&#234;tres sur la place, les souples gypseries qui dessinent des panneaux sur les murs, la chemin&#233;e de comblanchien &#224; l'&#226;tre garni de fa&#239;ence, mais la soigneuse dissonance des lattes peintes en vert doux entre les poutres enduites de peinture ciel et la pagaille authentique des objets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une grande place qui br&#251;le de soleil (le plus souvent), les platanes ou micocouliers qui la bordent et sous lesquels on h&#233;site un moment, saisi de vertige, avant de la traverser.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;3. apr&#232;s une fin&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4918&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;en bref&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il l'avait frapp&#233; cet homme, il n'avait plus rien, oui, et voil&#224; il &#233;tait dans ce train puisqu'il devait partir. Il ne pensait plus &#224; ce qui avait pr&#233;c&#233;d&#233;, heureusement il y avait la perplexit&#233; inqui&#232;te du futur, forc&#233;ment mieux, il le fallait bien, mais que serait-ce ? Et puis comme cette interrogation, qu'il voulait un peu amus&#233;e, d&#233;tach&#233;e, curieuse, se teintait d'un peu de grave parce que le toit, le lopin, bon il ne fallait pas s'&#233;tendre &#224; une merveille, le lui avait bien dit l'ami, mais il fallait qu'il en soit digne en en tirant un peu de bon. Obligation assez douce mais tr&#232;s irritante, alors pour fuir il s'est endormi... et s'est senti comme un enfant tomb&#233; du lit, douloureux, impatient, et tout yeux et envie ouverts, quand la vieille femme, sa voisine de si&#232;ge, l'a r&#233;veill&#233;. A fait tomber sur son si&#232;ge le sac de marin pr&#234;t&#233;, l'a saisi, est descendu sur les lattes de bois du quai. La lumi&#232;re qui frappait les glaces du toit arrondi l'a &#233;bloui, il y avait un parfum de neuf dans l'air et un employ&#233; lui a indiqu&#233; avec un accent chantant, teint&#233; d'italien, assez d&#233;paysant m&#234;me pour cette ville, le train r&#233;gional qu'il devait prendre. Il a eu une envie de chantonner, presque d'esquisser un pas de danse. Peut-&#234;tre l'a-t-il fait.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;en long&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il ouvrit la fen&#234;tre de sa chambre le lendemain de son arriv&#233;e sur le fr&#233;missement du jour, un carr&#233; de terre herbue, le mur de pierres s&#232;ches, au del&#224;, que la lumi&#232;re effleurait doucement, avec tendresse a-t-il voulu penser. En fait il eut largement le temps de d&#233;couvrir le matin &#233;veillant son nouvel univers, pour l'accepter ou non, pendant qu'il bataillait avec l'espagnolette indocile. Un appel, il se penche, la vieille femme qui lui avait remis la cl&#233; de la maison la veille, t&#234;te lev&#233;e depuis le chemin, l'invite &#224; boire le caf&#233; chez elle &#171; juste pour ce matin, vous attends dans dix minutes &#187;. Devant la glace de la minuscule salle d'eau, dans sa t&#234;te qui remue la nuit pour la chasser, des images s'entrechoquent pour lui &#233;viter de se voir : la place du hameau et le car qui l'y a largu&#233; dans la nuit, la petite gare sortie d'un jeu d'enfant o&#249; l'avait laiss&#233; le TER (il aime cet assemblage de lettres qu'il a d&#233;couvert, comme un bonbon), la beaut&#233; neuve, r&#233;cente plut&#244;t, de la gare aux abords de ce qui sera maintenant pour lui la Ville, et en recrachant l'eau, en posant sa brosse sur une tablette de bois rong&#233;e d'humidit&#233; il repousse ce qui a pr&#233;c&#233;d&#233;. Le caf&#233; &#233;tait bon, l&#233;g&#232;rement amer mais bon, comme la grande tranche de pain r&#233;chauff&#233;e au four qui lui parlait de l'enfance &#171; sont bons mais trop gros les pains du boulanger, si vous voulez on devrait lui commander une miche commune chaque jour, bon on en reparlera &#187;. Mais le chemin vers le village &#233;tait long, assez pour qu'au rythme des pas revienne, pour &#234;tre liquid&#233;, ou plut&#244;t mis en ordre dans un coin de son cr&#226;ne, comme un t&#233;moignage, une le&#231;on, un peu de miel aussi, parce que c'&#233;tait sa ville et qu'elle et des moments v&#233;cus, de longs moments, le rendaient toujours heureux, le souvenir de l'effondrement, ce jour o&#249; il n'a plus pu supporter le m&#233;pris, la suffisance de cet imb&#233;cile et o&#249; il l'a frapp&#233;, a-t-on dit, simplement menac&#233; &#224; vrai dire, mais c'&#233;tait suffisant. Il passe vite sur le faible soutien des camarades, sur le moment o&#249; il s'est retrouv&#233; chez lui et l'a trouv&#233; mis&#233;rable ce chez-lui, la tentation... et puis vite parce qu'il arrive au village, la main tendue, refus&#233;e, accept&#233;e et les formalit&#233;s accomplies presque avec emportement pour ne pas revenir en arri&#232;re et parce que cela emp&#234;chait de penser, le tout petit bagage, la gare de Lyon o&#249; arriv&#233; en avance il a err&#233; en se sentant hors du temps. Ce village ce n'&#233;tait pas le village que l'on voit derri&#232;re les hommes politiques sur les affiches mais il lui plaisait, d&#233;cid&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : ai longtemps but&#233; sur ce d&#233;part, faute de m'abstraire du r&#233;el, et avais d&#233;cid&#233; de sauter cette &#233;tape, et puis l'&#233;coute de la vid&#233;o pr&#233;sentant le #8 a r&#233;veill&#233; une envie d'&#233;crire, comme pouvais, mais finalement pas ces deux fois quatre lieux, non mais l'arriv&#233;e d'un des personnages qui s'&#233;taient invit&#233;s dans mes petites &#233;bauches, sans que je vois ce qu'on pourrait en tirer (une polyphonie ou quelque chose de ce genre). Bon suis pas certaine du tout que ce soit passable et que &#231;a r&#233;ponde &#224; ce qui &#233;tait demand&#233;. Mais go ?
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;7. rem&#233;morations&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4923&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Marthe referma la porte en s'appliquant &#224; la douceur, se retourna, descendit lentement l'escalier. Elle rumine &#8211;- comme distraitement, ne veut y donner d'importance &#8211;- cette visite de la petite comme dit le vieux, comme s'il n'y avait qu'une petite dont il puisse parler, juste elle la Roselyne Cappa ; vrai que c'est sa petite ni&#232;ce, ou presque &#8211;- la petite fille de Laurine surtout, en fait, pas si proche &#8211;- il l'a vue combien de fois cette Roselyne ces temps-ci Monsieur Fustier ? et c'est certainement plus rare encore pour Fr&#233;d&#233;ric Cappa son p&#232;re. Elle sourit &#224; cette belle journ&#233;e d'automne, un ciel d'un bleu naissant, ce jour o&#249; elles se rencontr&#232;rent Laurine et elle devant l'&#233;cole de Jonqui&#232;res, &#231;a il ne le sait pas le vieux. Si jolie Laurine, si bien peign&#233;e, et si gentille que ses yeux sourirent en r&#233;ponse &#224; son sourire &#224; elle qui n'&#233;tait certes pas si bien peign&#233;e, ni bien v&#234;tue... et ensuite, l'ann&#233;e scolaire avan&#231;ant, elles firent bloc, paire surprenante, la bonne &#233;l&#232;ve sauvageonne, qui n'&#233;tait pas &#224; sa place et en outre ne se laissait pas ignorer, et la fadate disaient certaines, la richarde disaient d'autres, la fille de Monsieur Clergeot, le notaire. Elle n'ose l'inviter en sortant de classe, pour ne pas se quitter si vite, et puis si... elles trouvent un coin sous un figuier en lisi&#232;re du terrain vague pour parler un peu des le&#231;ons beaucoup des tout-et-riens qui importent. Vient l'anniversaire de Laurine, la f&#234;te o&#249; elle est invit&#233;e et elle d&#233;couvre qu'elles sont trois, les filles du notaire. Laurine oui, l'ain&#233;e mais aussi Eliane qu'elle conna&#238;tra peu, la discr&#232;te qui partit faire &#233;tudes, qui choisit &#8211;- le notaire a grimac&#233; un peu -&#8211; d'&#234;tre institutrice, qui s'installa et resta dans un village des Hautes-Alpes, s'y maria, disparut semble-t-il de l'horizon familial &#8211; &#224; vrai dire Marthe aussi, malgr&#233; quelques rencontres au hasard des rues d'Avignon avec Madame Cappa, l'aimable bourgeoise qu'est devenue son amie (et c'est ainsi qu'elle fut engag&#233;e pour &#171; assister &#187; le vieux dit Laurine, pour &#234;tre sa femme de m&#233;nage en fait, sans que -&#8211; pas besoin qu'il le sache, n'est-ce pas &#8211;- soit &#233;voqu&#233;e cette ancienne amiti&#233; entre elles, &#171; mais c'est si triste Marthe, j'attendais tant de toi... que tu n'aies pas continu&#233; tes &#233;tudes &#187;). La troisi&#232;me enfin, la plus jeune, Marie, la folichonne, qui s'en alla, revint, fit causer, mais fut toujours si charmante, si aimable, prit un homme, fut prise par un autre, disparut un temps, revint un peu froiss&#233;e, rencontra Auguste Fustier lors d'un d&#238;ner organis&#233; par son beau-fr&#232;re dans son bel appartement, regarda avec lui devant une des hautes fen&#234;tres du salon, le soir tomber sur le Palais des papes et la place, l'&#233;pousa apr&#232;s un d&#233;lai raisonnable, et au bout de quelques ann&#233;es d'entente sereine avec lui tomba malade et, ici la pens&#233;e de Marthe relaie la rapide brutalit&#233; du r&#233;el, mourut et le laissa d&#233;sempar&#233;. Et continuant son chemin dans la rue vers le charcutier des halles pour acheter le jambon promis, elle continue &#224; s'interroger sur la raison de ce brusque int&#233;r&#234;t de la petite ou de son p&#232;re pour son vieux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille &#8211;- un rien laborieux, mon vieux cr&#226;ne ne savait pas tr&#232;s bien o&#249; et comment il allait, d&#233;m&#234;lait au fil du texte (enfin un fil extirp&#233;) les rapports entre le vieux, la petite et Marthe mais ne sais pourquoi s'y attachait, et ma foi cela se sent... quant &#224; l'&#233;criture, comme le puis.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;6. les eux de l'avenue&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4922&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parce que, sauf pour ceux comme moi qui depuis toujours dois faire effort pour retenir un nom et qui, quand je pense &#224; quelqu'un pense &#224; un nez ou une silhouette, des mains, un sourire, un lien avec d'autres qui portent un nom, mais ne cherche surtout pas celui qu'il porte, donc parce que g&#233;n&#233;ralement, un personnage, un qui n'est pas afflig&#233; de cette d&#233;sinvolture, lorsqu'il pense &#224; quelqu'un, l'&#233;voque dans son monologue int&#233;rieur, emploie son nom, il y a eu l'arriv&#233;e dans le doux et le dur de Marthe. Dans ce r&#244;le elle aurait pu s'appeler Gaby comme les deux qui faisaient &#233;quipe avec leur patronne, notre m&#232;re, dont elles partageaient le nom et qui avaient autorit&#233; sur nous et tendresse de notre part, mais avec le vieux la Marthe a complicit&#233;, habitude mais ni autorit&#233; ni tendresse, alors va pour Marthe et cela lui donne une petite touche d'effacement intelligent, la rapprochant de celle des deux s&#339;urs que je pr&#233;f&#232;re dans les &#233;vangiles (n'y pense que maintenant). Le vieux lui, et ses grommellements -&#8211; la chair &#231;a p&#232;se &#8211;- et ses douceurs, je vais l'appeler Auguste parce que cela le date, mais sans doute trop, et que cela lui va mal &#8211;- ce qui &#224; mes yeux donne &#224; la chose une certaine authenticit&#233; &#8211;- et Fustier parce qu'il a peut-&#234;tre eu un anc&#234;tre qui poussait le rabot par ici, en Provence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc Auguste Fustier je l'avais d'abord rencontr&#233; devant le bureau de tabac o&#249; il attendait, &#224; distances raisonnables, que ce soit son tour d'entrer, avec Cuicui Colin, dont tout le monde a oubli&#233; le pr&#233;nom depuis longtemps, avec les dames Rose Vachon et Cochonaillou et avec ce grand idiot d'Ali Demaison, et leur attente prudente se m&#234;lait &#224; la file impatiente devant l'&#233;tal de nourritures : Fabius Grosset&#234;te, sa fille Betty, M&#233;lanie Innocent, son amie Marie Cousette, trois hommes sans nom, Eddy Dupont Jean Mouton qui tient le rayon boucherie de Monoprix et les belles Dahlia et Iris de la Souche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le trottoir d'en face, un qui pourrait avoir un r&#244;le, ce serait l'assis omniscient qui s'appelle Vincent -&#8211; c'est &#233;vident et sa barbe, ses cheveux boucl&#233;s gris jasp&#233; le confirment -&#8211; Vincent Mokhani parce qu'une faute d'orthographe a &#233;t&#233; faite dans le nom de son grand-p&#232;re et celui qui le quittait apr&#232;s avoir discut&#233; un temps avec lui, qui portait veston de lin de bonne coupe froiss&#233;e mais aussi un foulard de soie digne de son p&#232;re, c'&#233;tait Florian Patricien, avec lequel il avait &#233;chang&#233; un sourire en voyant passer les belles et jeunes jambes nues de M&#233;laine et A&#239;cha, encadrant Florence devenue Asmaa. Et l&#224; maintenant, avec celle qui n'a pas de nom et qui vient de renoncer &#224; traverser en voyant la file devant le tabac, ils jouent &#224; baptiser les passants, et entre deux phrases pour ceux qui d&#233;posent dans le b&#233;ret et saluent, ils voient se croiser Jen-Bernard Lefi&#233;, B&#233;n&#233;dicte la goualeuse, Jeanne Fortecuisse, Mahmoud le sage sans nom, les gamins Franck, Freddy, Farouk et Fabian, les quatre fils de Ma&#238;tre Ferrand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis se sont quitt&#233;s, apr&#232;s le passage faussement tumultueux de Jack Simpson, Ali le Kid, Beno&#238;t Castelglio, Umberto de Mantoue et Frankie Cont&#233;, et Vincent se d&#233;place un peu vers l'ombre, attend encore un quart d'heure et puis se l&#232;ve, met le b&#233;ret dans son sac et s'en va, sa matin&#233;e est finie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille, me suis dit moi et les noms &#231;a fait deux et suis vexante avec ma fa&#231;on de les oublier, et puis en cours de bribes venues &#224; droite ou &#224; gauche dans mes petites p&#233;r&#233;grinations, ai pens&#233; &#171; jubilatoire &#187; pour in fine &#234;tre passablement d&#233;&#231;ue, ma facult&#233; d'imagination devient craintive ou ankylos&#233;e.
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;5. usages de la cuill&#232;re&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4920&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il efface son &#233;paule, pour laisser le gar&#231;on poser une assiette creuse sur la porcelaine fleurie qui attendait ; terminant sa phrase, il regarde son vis-&#224;-vis pour appeler la r&#233;ponse, pendant que sa main, comme distraitement, et sans qu'il quitte l'homme des yeux, saisit &#224; l'extr&#233;mit&#233; de la rang&#233;e de couverts la cuill&#232;re ; il jette un coup d'oeil sur l'assiette o&#249; tremble un liquide ambr&#233; &#224; l'odeur &#233;vanescente, plonge la cuill&#232;re en biais, la ram&#232;ne vers lui, retrouve le regard d'en face avec l'attention souhait&#233;e, par dessus l'argenterie qu'il a remont&#233;e avec un parfait parall&#233;lisme jusqu'&#224; sa bouche. Elle, &#224; son c&#244;t&#233;, a renou&#233; avec le rire d&#233;di&#233; &#224; son voisin de droite, apr&#232;s un coup d'oeil fugitivement pr&#233;cis, puis l&#233;g&#232;rement ennuy&#233;, sur le contenu de l'assiette, et sa main joue distraitement au dessus des couverts.. une remarque ironique &#224; son oreille, elle rit derechef, il murmure &#171; courage &#187;, ils attaquent selon toutes les r&#232;gles de la biens&#233;ance, conscients ou inconscients d'y avoir manqu&#233;, le tr&#232;s raffin&#233; consomm&#233;... et elle l&#232;ve un sourcil d'&#233;tonnement approbateur qui rencontre un sourire, et puis avec des gestes m&#233;caniquement altern&#233;s ils continuent leur conversation et leur d&#233;gustation. Une femme exub&#233;rante, mais tout le monde l'aime ainsi, pour son importance aussi et son &#226;ge qui la dispense de la discr&#233;tion et de l'esprit fin exig&#233;s des jeunes femmes, &#233;l&#232;ve la voix et agite sa cuill&#232;re en direction d'un grand dadais empes&#233; dont elle exige l'attention, faisant pleuvoir sur la blanc tissage brod&#233; quelques fines gouttes. La ma&#238;tresse de maison arr&#234;te d'un petit geste et d'un mouvement de sourcil le jeune serveur embauch&#233; pour ce soir qui allait brandir, poser sa serviette sur les traces, ou prendre on ne sait quelle initiative incongrue, repose sa cuill&#232;re pour approuver sans l'avoir &#233;cout&#233;e une phrase de son voisin, en esp&#233;rant que c'est &#224; bon escient, mais il est si inoffensif que c'est sans doute le cas ou que cela n'a pas d'importance, et pendant qu'il avale le contenu de sa cuill&#232;re d'un air satisfait, recueille doucement un peu de potage et, dans le m&#234;me geste gracieux, le monte &#224; ses l&#232;vres tout en fusillant &#8211;- le voudrait du moins &#8211; son plus jeune fils qui, sans toucher aux couverts ni s'int&#233;resser &#224; son assiette, se contente d'effriter un bout du petit pain rond pos&#233; sur une assiette pr&#232;s des verres en murmurant on ne sait quoi &#224; sa voisine, une bien charmante enfant pourtant qui est prise d'un fou-rire au moment o&#249; la cuill&#232;re touche ses l&#232;vres... il est vrai que c'est leur premier d&#238;ner et qu'ils en oublient peut-&#234;tre tout ce qu'ils ont appris. Un tr&#232;s bel homme &#8211; une t&#234;te d'empereur romain &#8211; s'est lanc&#233; dans un d&#233;bat &#233;conomique, contre tout usage, ou plut&#244;t dans une conf&#233;rence puisque les phrases qu'il ass&#232;ne &#224; son vis-&#224;-vis, entre deux ingurgitations du liquide que la pointe de sa cuill&#232;re vient glisser entre ses dents, ne rencontrent qu'une mimique de l&#233;ger effarement. Le gar&#231;on murmure quelques mots &#224; sa jeune voisine et avec un petit sourire d&#233;pose dans l'assiette un peu de son pain, plonge sa cuill&#232;re, avale, elle rit de d&#233;fi et l'imite. La ma&#238;tresse de maison, comme ils sont les derniers, fait signe de desservir. Le serveur d&#233;crit la sc&#232;ne en arrivant dans la cuisine, un murmure de r&#233;probation court &#224; la table des chauffeurs et autres &#233;trangers assis devant leurs assiettes d'odorant potage, la cuisini&#232;re affair&#233;e sourit avec une r&#233;signation tendre et son mari jardinier, qui pr&#233;side la table des d&#238;neurs, prend son assiette &#224; deux mains et en lape le contenu.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;4. dans sa marge&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4919&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avan&#231;ant lentement dans la douceur d'un filet d'ombre, longeant la lueur rose pos&#233;e sur les dalles, est revenu jusqu'&#224; l'huis de sa maison, l'a pouss&#233;e sur la p&#233;nombre presque glac&#233;e o&#249; luisaient les dessins en verts &#233;teints et les fonds beiges du sol. Sa main a gliss&#233; sur l'arrondi us&#233; de la rampe, les pieds caressaient lentement le bois des marches avant de s'y poser, il s'est hiss&#233; jusqu'&#224; son entresol. Pass&#233;e la porte c'&#233;tait l'obscurit&#233; o&#249; dansait la poussi&#232;re dans les filets de soleil filtr&#233;s par les persiennes. C'&#233;tait l'odeur de miel de la cire. C'&#233;tait le d&#233;sir de rester l&#224;, de se laisser couler les yeux clos jusqu'&#224; l'assoupissement, la joue pos&#233;e sur le rouge pass&#233; de la terre cuite. Ce fut un lourd flottement jusqu'&#224; la paille, la tendresse enveloppante des bras d'un fauteuil, un sourire malicieux en repensant aux voix &#233;changeant sur rien devant le bureau de tabac, avant que lui vienne l'absence, et que la pi&#232;ce ne vive plus que des sons qui montaient de la vie engourdie de la ville. C'est le cou qui d&#233;ploie le visage avec un petit sursaut, c'est la douceur humide qui sourd des yeux, c'est une voix qui s'excuse &lt;i&gt;&#171; oh Monsieur vous ai r&#233;veill&#233;, vous aviez l'air si bien l&#224;, il faut vous reposer vous savez... &#187;&lt;/i&gt; c'est une odeur de caf&#233;, c'est un bouillonnement qui chantonne et un parfum d'herbes, de l&#233;gumes qui prend doucement possession de la pi&#232;ce, ce sont de fortes jambes potel&#233;es, de belles fesses tendant une sombre &#233;toffe fleurie dans l'entreb&#226;illement de la porte de la cuisine, une chanson murmur&#233;e, et puis le souffle d'une pr&#233;sence proche, une main qui se pose sur son &#233;paule, qui appuie juste un peu trop, ce qu'il faut pour aider, &lt;i&gt;&#171; mais vous pleurez -&#8211; ne faites pas attention, c'est en dormant je crois, je suis fatigu&#233; &#8211;- justement il faut que vous mangiez, mais je venais vous dire, j'ai fait une soupe au pistou pour ce soir, la mangerez froide comme vous l'aimez, seulement y a plus grand chose... comprends pas &#8211; c'est la petite de Vincent, elle allait pas bien hier, alors je l'ai gard&#233;e et elle nous a fait un vrai gros souper, elle est en stage au Carr&#233; vous savez &#8211;- c'&#233;tait bon ? &#8211;- c'&#233;tait aimable -&#8211; bon des coquillettes avec le jambon ? Et on fait une liste, vous am&#232;nerais &#231;a demain matin, seulement &#234;tes trop bon &#187;&lt;/i&gt; et il sourit, elle est si gentille la petite, et la Marthe aussi.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il est parti vers son antre, grommelant, et riant int&#233;rieurement des regards rencontr&#233;s, frappant durement sa canne sur le gr&#232;s des pav&#233;s, assez pour que le bruit caoutchout&#233; marque presque bruyamment sa pr&#233;sence. La cl&#233; a grinc&#233; dans la serrure et il a pouss&#233; de tout son corps la lourde porte de la rue, s'est rattrap&#233; par un entrechat quand son effort l'a propuls&#233; dans le vestibule obscur. La lumi&#232;re du lustre l'a &#233;bloui un bref instant. Il s'est agripp&#233; &#224; la rampe m&#233;tallique et il a grimp&#233; les deux vol&#233;es d'escalier en ahanant, vers son antre, comme le disaient ses sacr&#233;s neveux, qui pouvaient rengainer leur m&#233;pris, savaient pas ce qui les attendaient, vieilliront bien, pourront pas y couper, et on verra ce qu'ils seront alors, bon lui heureusement il ne verrait pas. Canne pos&#233;e dans la p&#233;nombre fraiche, a aboy&#233; un appel, a rencontr&#233; le silence, a marmott&#233; un juron au ras des dents, a injuri&#233; int&#233;rieurement Marthe qui n'&#233;tait pas l&#224;, en retard comme toujours, ou qui ne viendrait pas, a souri en gesticulant pour saisir la poussi&#232;re dans un rayon de lumi&#232;re pour r&#233;tablir son humeur, pour jouer, s'est effondr&#233; sur son fauteuil, et il est rest&#233; l&#224;, ruminant les reproches qu'il aurait voulu faire &#224; sa vie, et puis se repentant parce que croyait que c'&#233;tait la vie qui lui faisait subir reproches, et cela enflait, et sa gorge se serrait, et il ricanait de son ridicule, de cette col&#232;re qui lui venait pour un rien. A voulu pleurer, les larmes refusaient, a d&#233;cid&#233; qu'une faim le rongeait, est parti presque rapidement et fermement -&#8211; ne surveillait pas son manque de force &#8211;- a commenc&#233; &#224; farfouiller, s'est redress&#233; parce que la porte s'ouvrait, que Marthe arrivait, qu'elle criait de le trouver l&#224; &lt;i&gt;o&#249; il n'avait &#171; pas &#224; &#234;tre &#187;&lt;/i&gt;. Et ils ont commenc&#233; une superbe dispute, trop br&#232;ve, trop vite interrompue par un rire partag&#233;. Est retourn&#233; s'asseoir, s'est pr&#233;par&#233; &#224; critiquer la nourriture, pour surtout ne pas risquer de penser &#224; ce qui pourrait &#234;tre trop grave.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : n'ai pas pu le faire trop m&#233;chant mon contemporain, mais lui et moi n'avions pas le souffle de deux pages, implorons indulgence.
&lt;/div&gt;
&lt;h2&gt;2. intime&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4917&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elles &#233;taient trois et elles &#233;taient s&#339;urs. Elles avaient &#226;ge proches, mais quand l'ain&#233;e venait en vacances et qu'elles &#233;taient invit&#233;es aux m&#234;mes surprises-parties ceux qui ne les connaissaient pas ne voulaient croire qu'elles &#233;taient s&#339;urs. Et si elles ne se ressemblaient gu&#232;re physiquement, il apparaissait aux proches que moralement aussi elles d&#233;clinaient avec quelques diff&#233;rences le cadre de pens&#233;es et de vie dans lequel elles grandissaient. Les ann&#233;es les ont s&#233;par&#233;es mais quand elles parlaient, rarement, les unes des autres c'&#233;tait avec la tendresse l&#233;g&#232;rement d&#233;tach&#233;e que l'on pouvait attendre. Pourtant, si elles faisaient front commun, uni, attentif d&#232;s qu'un drame -&#8211; et il n'en manqua pas au fil des ans, terribles pour certains -&#8211; frappait l'un ou l'autre ou les siens, si elles d&#233;samor&#231;aient en souriant, d'&#233;ventuelles critiques contre l'une ou l'autre, si elles se retrouvaient avec plaisir, revenaient assez rapidement des petites phrases plus ou moins spirituelles (souvent tr&#232;s spirituelles ce qui aggravait la tension) &#233;mergeant d'un magma de rivalit&#233;s adolescentes, n&#233;gligeables &#224; l'&#233;poque, que l'on croyait oubli&#233;es mais qui revenaient des profondeurs du silence int&#233;rieur, r&#233;veill&#233;es par les d&#233;saccords politiques, moraux, ou sociaux, qui n'avaient sans doute force si grande que d'&#234;tre tus et bien plus graves d'&#234;tre devenus si absolus par le silence, petit remugle qui restait confin&#233;, qui s'&#233;veillait &#224; travers des futilit&#233;s et lors d'un repas sur deux, environ, l'une ou l'autre pour &#233;viter que le ton monte, pour &#233;viter l'ironie sans piti&#233; de celle qui ce jour l&#224; attaquait, se levait, sortait, s'attendant &#224; &#234;tre rappel&#233;e ce qui, &#224; la longue ne se passait plus. Et c'est pourquoi lors d'un mariage o&#249; se devaient d'&#234;tre &#8211; le voulaient d'ailleurs -&#8211; en r&#233;ponse, d'une chaise &#224; l'autre dans le rang de derri&#232;re, &#224; la mimique effar&#233;e d'un des nouveaux gendres devant la violence du recul d'une &#233;paule qu'une autre approchait trop, la distance soigneusement cr&#233;&#233;e malgr&#233; l'ancrage des chaises, le soupir discret du fr&#232;re venant s'intercaler, les regards noirs dard&#233;s sur un profil qui s'appliquait &#224; une indiff&#233;rence gracieuse, le chuchotement aigre de l'une, le petit sourire dominateur de l'autre, une jeune femme a murmur&#233; avec une petite grimace r&#233;solument r&#233;sign&#233;e &#171; pas grave, mais ennuyeux, elles ne s'am&#233;liorent pas &#187;.. phrase que la suite de la journ&#233;e a heureusement d&#233;mentie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Je voulais une histoire apparemment en b&#233;mol, et elles tenaient &#224; venir ces trois s&#339;urs... j'ai h&#233;sit&#233; plusieurs fois &#224; repartir &#224; z&#233;ro parce que les traiter en les d&#233;sarmant avec leurs temp&#234;tes dans des verres d'eau, finalement pas si nulles que &#231;a et leur lien indestructible &#231;a r&#233;duisait tout &#224; n&#233;ant et c'&#233;tait, je le crains un rien hors sujet mais n'ai pu que les brutaliser un peu comme le ferait un observateur ext&#233;rieur qu'elles enquiquineraient.. &lt;/div&gt;&lt;h2&gt;1. contre le mur&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4916&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Puisque le d&#233;-confinement est l&#224;, il a rapproch&#233; un peu de ses pieds la casquette et l'assiette godronn&#233;e pos&#233;e dessus. Puisque c'est le d&#233;-confinement les passants depuis une semaine sont chaque jour un peu plus nombreux et pour la plupart ne portent pas de masque... mais lui garde le souvenir du temps o&#249; &#171; on &#187; faisait peur, alors il se rejette davantage contre le mur... pour la plupart, aussi, ils ne le voient plus et ne s'arr&#234;tent pas, m&#234;me ceux qui s'engouffrent &#224; c&#244;t&#233; de lui entre les portes vitr&#233;es du Carrefour. Il lui reste ses habitu&#233;s, m&#234;me s'il ne tient plus salon comme ils le disaient, et le jeune gars en kaki recherch&#233; qui s'&#233;loigne maintenant, remontant vers la place, rem&#226;chant ses probl&#232;mes personnels &#8211;- ne pas s'accorder de les trouver petits -&#8211; et l'ayant oubli&#233; comme une &#233;tape oblig&#233;e de la matin&#233;e maintenant d&#233;pass&#233;e, vient pendant dix bonnes minutes de tisser avec lui un tableau avec le temps qui chauffe leur visage nu, un jugement acerbe du gars sur les jambes de trois filles qui passaient, mollets et cuisses juste un peu trop fortes et foulard sage pour l'une, qui s&#233;lectionne encore ses r&#233;voltes, un article de journal, la phrase incompr&#233;hensible jet&#233;e avec un sourire par une qui descendait dans les profondeurs du magasin, phrase dont il est certain qu'elle ne correspondait &#224; rien, juste &#224; des mots trouv&#233;s pour justifier un &#233;change furtif. De l'autre c&#244;t&#233; de la b&#233;ance vitr&#233;e un grand &#233;chalas, toujours le m&#234;me, calot en t&#234;te, tire sur sa cigarette, la prolonge, m&#233;dite sans doute son accrochage du jour avec une caissi&#232;re qui use de son &#226;ge, sa rondeur bruyante et son anciennet&#233; pour tenter de le r&#233;genter, il l&#232;ve les yeux vers les arbustes de la terrasse de l'autre c&#244;t&#233; de la rue au dessus de la boutique de sandwichs, salades, macarons, et puis vers le bleu franc du ciel, il pense &#224; son ami et &#224; sa col&#232;re rentr&#233;e ce matin, il invente l'excuse qu'il voudrait pr&#233;senter ce soir, parce que rentr&#233;e ou non elle devait &#234;tre visible, et comme un groupe de coll&#233;giens le bouscule un peu pour d&#233;gringoler l'escalier vers le rayon de casse-cro&#251;tes &#224; combiner, il jette sa cigarette, il soupire &#224; fond avec hargne, il rentre. Sur le trottoir d'en face deux femmes &#8211;- permanentes boucl&#233;es et, pour l'une, chien en laisse &#8211;-, install&#233;es devant la profusion des nourritures propos&#233;es par l'&#233;tal, choisissent des macarons, lentement, entre deux phrases et la serveuse les traite int&#233;rieurement de tous les noms tout en regardant, par dessus leurs t&#234;tes, sa coll&#232;gue qui arrive, d&#233;sinvolte, avec une demi-heure de retard, elle retient les piques soigneusement souriantes qui lui viennent, pleines de ressentiment contre la fautive &#8211; et en fait tout autant contre les deux clientes lambines &#8211; et elle cherche une vengeance qui ne fasse pas trop mal, parce que elle est gentille la Rosa, et puis elle a l'air fatigu&#233;e, l'a des jolis cernes l&#224;, vaut pas la peine de chercher pourquoi, en rester &#224; une petite phrase entre ironie et interrogation et surtout ne pas l'interroger comme elle s'y attend sans doute. La file de clients post&#233;e devant les tacos, les sandwichs, les pan-bagnats, les tartelettes aux &#233;pinards et les macarons vient s'intercaler entre ceux qui attendent, respectant les distances marqu&#233;es au sol, devant le tabac/journaux d'y p&#233;n&#233;trer un par un, et ceux qui sont dehors font peser leur regard sur celui qui, s'il n'est pas venu pour chercher de quoi assouvir son vice &#8211;- ah ces fumeurs s'agace une femme qui s'est arr&#234;t&#233;e avec son chariot retour de march&#233;, parce qu'elle n'a plus de mots-crois&#233;s &#8211;-, h&#233;site un peu devant la masse des hebdomadaires et revues, puisque les journaux nationaux n'arrivent plus, et qui, ensuite, essaie de mettre en quelques mots ce qu'il faut de chaleur pour remplacer les &#233;changes aussi d&#233;nu&#233;s de fond qu'aimables qui &#233;taient de rigueur &#171; avant &#187; avec le buraliste. Une conversation s'est engag&#233;e, &#224; voix aill&#233;es ou pointues, sur le trottoir, survolant un vieux tr&#232;s digne qui se tait, craignant que viennent des opinions, des id&#233;es intol&#233;rables et qu'il se verrait contraint de laisser passer. La femme qui avait souri &#224; l'assis et son interlocuteur avant de descendre dans le super-march&#233;, ressort, &#233;carte ses mains vides, parle de cette sacr&#233;e carte bleue, &#8211;- oui pense-t-il, ou dit-il c'est tout comme, sont revenus -&#8211; ils rient et regardent avec une fausse indiff&#233;rence teint&#233;e d'attendrissement cinq ados qui arrivent de front sur le large trottoir, pr&#233;sentant un assortiment assez r&#233;ussi de coiffures color&#233;es et construites, et qui se disputent, se bousculent un peu en riant, quelques insultes volent de l'un &#224; l'autre, un peu comme entre les guerriers d'antan, mais il ne sera pas question de combat entre eux, au moins pas ici et &#224; cette heure, et dans les yeux du plus grand flotte un peu de crainte en regardant, trois cent m&#232;tres plus loin, les trois gar&#231;ons group&#233;s pr&#232;s d'une fontaine, bicyclette en main et sac portant l'un ou l'autre des sigles de plateformes pos&#233; &#224; terre, attendant fraternellement une commande, qui se font plus rares maintenant. Elle regarde la file devant le bureau de tabac, h&#233;site, hausse mentalement les &#233;paules, remonte vers la place en esp&#233;rant que l'attente y sera moins longue.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Pendant que je r&#234;vassais &#224; l'&#233;ventualit&#233; d'une aspiration suis pass&#233;e d'un quai devant un bateau d'immigrants &#224; la charni&#232;re des 19&#176; et 20&#176; si&#232;cles &#8211; bri&#232;vement &#8211;- &#224; la plaque tournante de la station Auber en changeant plusieurs fois de regardeur et puis un presque ami s'est impos&#233;, ou du moins l'un des &#171; install&#233;s &#187; comme il y en a dans tous les centre-villes... pour le r&#233;sultat il est ce qu'il peut.. j'avais plus de silhouettes en t&#234;te mais se sont &#233;vapor&#233;es, pensaient qu'elles viendraient en &#171; fatiguant &#187; le texte, mais m&#234;me si j'y suis revenue bri&#232;vement trois fois c'est lui qui m'a fatigu&#233;e, j'ai le souffle court (sourire).
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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