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	<title>DIRE, la revue de Tiers Livre</title>
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		<title>le roman de Claudine Dozoul</title>
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		<dc:date>2020-11-08T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claudine Dozoul</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;cycle &#233;t&#233; 2020 | outils du roman&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;&#233;t&#233; 2019 | outils du roman&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.tierslivre.net/revue/IMG/logo/arton551.jpg?1592840171' class='spip_logo spip_logo_right' width='127' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
J'habite &#224; Rouen. J'ai particip&#233; &#224; l'atelier &lt;a href='https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article255' class=&#034;spip_in&#034;&gt;sur la ville&lt;/a&gt;. J'anime depuis quinze ans des ateliers dans l'association &lt;a href=&#034;https://ateliersdetraverse76.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les ateliers de traverse 76&lt;/a&gt;.
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;20. La sacoche&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Cueillir, les yeux ferm&#233;s, les personnages clandestins de ses textes. Les cueillir et les ranger dans la sacoche du facteur comme on range un bouquet de fleurs, art floral japonais &#8211; Ikebana. Lui reviennent en m&#233;moire, l'odeur poudr&#233;e de la vieille femme derri&#232;re son rideau, la clart&#233; bienveillante de la lune qui m&#233;tamorphose les d&#233;sirs, le fumet de poisson qui fuit les conflits par l'entreb&#226;illement d'une porte, une couleur rouge &#8211; celle des chaussures de l'homme au labrador, celle du parapluie d'une femme au cin&#233;ma, et celle d'une perle enfil&#233;e sur le fil du temps, celle enfin du sang chaud qui relie tous les personnages. Lui reviennent aussi le regard &#233;gar&#233; de la m&#232;re assassin&#233;e, les mains ointes de libert&#233; de la femme &#233;crivaine, et toutes ces femmes dans un train, elle les voit, elle les cueille, elle les range bien soigneusement dans la sacoche. Tant d'habitants en perspective, tant de vies &#224; d&#233;ployer&#8230; Mais sa m&#233;moire se d&#233;robe, m&#234;me les yeux ferm&#233;s elle oublie. Le facteur envahit son horizon. Il s'empare avec douceur et fermet&#233; de la sacoche et lui fait signe de le suivre dans sa vie. Sa vie, une tourn&#233;e comme une autre, ou presque.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : les yeux ferm&#233;s r&#233;ellement. En relisant les textes apr&#232;s avoir &#233;crit celui-l&#224;, j'ai repris contact avec les oubli&#233;s. Ils auront leur place dans la sacoche. Les yeux ouverts, pour remercier tout le monde de ce cadeau qu'a &#233;t&#233; cet atelier pour moi&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;19. &lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4939&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;small&gt;
&#171; Qu'est-ce qu'une lettre ? Une absurdit&#233;.&lt;br/&gt; Ce sont les apothicaires qui &#233;crivent des lettres&#8230; &#187; &lt;br/&gt;
&lt;i&gt;Journal d'un fou&lt;/i&gt;, Gogol&lt;/small&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Extraits du journal du facteur Faleau, journal tenu &#224; partir de 1990 sous forme de vingt cahiers de brouillon (un par ann&#233;e) &#233;crits &#224; l'encre noire, d'une &#233;criture difficile &#224; d&#233;chiffrer, r&#233;guli&#232;re mais tr&#232;s serr&#233;e et ramass&#233;e. Cet extrait est pris dans le cahier de l'ann&#233;e 1997&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lundi 6 octobre 1997&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La semaine commence bien. Ce matin en me r&#233;veillant je tenais enfin l'Id&#233;e que je cherche depuis des mois. J'ai fait un r&#234;ve. Il y avait un ch&#226;teau de cartes, des cartes postales, de toutes celles que je transporte. Je m'en servais pour monter des murs, chaque jour je rajoutais de nouvelles cartes, les murs devenaient gigantesques, j'&#233;tais oblig&#233; de monter sur des &#233;chelles sur lesquelles j'avais le vertige et au moment de tomber&#8230; je me suis r&#233;veill&#233; et l&#224; je me suis dit qu'il y avait certainement un Signe, avec un S majuscule. Et j'ai pens&#233; au facteur Cheval. Et l'Id&#233;e a surgi, il y avait le Palais du facteur Cheval, il y aura le pav&#233; du facteur Faleau. C'est &#231;a l'Id&#233;e ! Un pav&#233; ! Un putain de pav&#233; de roman fait de ces cartes et de ces lettres que je trimballe chaque jour, un roman comme un &#233;difice sans fin qui pourra &#234;tre continu&#233; apr&#232;s ma mort&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mardi 7 octobre 1997&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette nuit a &#233;t&#233; longue. Je suis sacr&#233;ment excit&#233; par mon id&#233;e. Le probl&#232;me qui a tourn&#233; toute la nuit dans ma t&#234;te c'est comment pouvoir acc&#233;der au contenu des enveloppes. Pas r&#233;solu, il faudra que j'essaie plusieurs techniques. Apr&#232;s c'est facile, il suffira de les photographier et de les remettre en place avant la tourn&#233;e sans &#233;veiller les soup&#231;ons. Aujourd'hui j'ai rep&#233;r&#233; un studio &#224; louer pr&#232;s du centre de tri. J'ai pris le num&#233;ro de t&#233;l&#233;phone et j'ai rendez-vous demain soir.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mercredi 8 octobre (ouverture du proc&#232;s de Maurice Papon)&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je me suis encore lev&#233; en pleine nuit. J'ai eu besoin de lister tout ce dont je vais avoir besoin. J'&#233;tais un peu fatigu&#233; mais la tourn&#233;e s'est pass&#233;e sans probl&#232;me. Je suis sur le temps de l'observation. Je note tout ! Le nombre de lettres, de cartes, de recommand&#233;s, de petits colis, de journaux. Je fais des organigrammes, des tableaux, j'organise ! Je sens que &#231;a va &#234;tre grand ! J'ai aussi lou&#233; le studio. C'est fait ! Il n'est pas meubl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jeudi 9 octobre &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai fait un r&#234;ve. J'&#233;tais dans une librairie immense, petit bonhomme perdu dans un vrai labyrinthe. je marchais &#224; toute vitesse. De temps en temps j'ouvrais un livre pris au hasard, je le feuilletais et j'en absorbais le contenu, et &#224; chaque livre absorb&#233; ma t&#234;te grossissait et il fallait que j'en absorbe le maximum avant que la librairie ne disparaisse. Je me souviens m'&#234;tre arr&#234;t&#233; devant tout un rayon consacr&#233; &#224; Dosto&#239;evski en version russe et je comprenais ! J'ai tout absorb&#233; goulument, trop goulument, si goulument que ma t&#234;te a failli exploser et je me suis r&#233;veill&#233; tant elle me faisait mal. Encore un signe ! Des livres, des histoires, une &#339;uvre ! Mon Destin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai fait des courses, cahiers, crayons, enveloppes, un appareil photo dernier cri &#8212; un num&#233;rique ! Un peu cher mais &#231;a vaut le coup ! &#8212; et &lt;i&gt;le journal d'un fou&lt;/i&gt; de Gogol. J'ai aussi achet&#233; de la colle et du scotch, une loupe, un coupe papier tr&#232;s effil&#233;, des trombones et des &#233;tiquettes.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vendredi 10 octobre &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je vais commencer un autre journal, un nouveau, le journal de ma tourn&#233;e, un journal seulement factuel, pas d'&#233;tats d'&#226;mes&#8230; seulement des faits &#8212; Les &#233;tats d'&#226;me, les id&#233;es, je continuerai &#224; les coucher dans celui-l&#224; &#8212; Je crois que &#231;a peut &#234;tre int&#233;ressant de raconter tous les jours le m&#234;me parcours avec les diff&#233;rences li&#233;es seulement au courrier. D'un autre c&#244;t&#233; &#231;a me permettra d'avoir l'ordre chronologique du d&#233;p&#244;t du courrier. C'est important. &#199;a pose des rep&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Samedi 11 octobre &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec le studio la liste des choses &#224; faire s'enrichit. &#199;a sera mon bureau d'&#233;crivain. L'id&#233;e est de pouvoir y passer une demi-heure tous les matins apr&#232;s le tri et avant ma tourn&#233;e. C'est l&#224; que je vais ouvrir, photographier, classer le courrier. C'est l&#224; que je viendrai &#233;crire apr&#232;s la tourn&#233;e. Ce week-end j'emm&#233;nage. Je suis tout &#233;moustill&#233; ! Les perspectives m'enchantent !&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lundi 13 octobre &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est fait ! &#199;a me plait ! J'aurai certainement quelques ajustements &#224; faire au fil de la pratique, mais je pense avoir anticip&#233; pas trop mal les besoins. C'est encore un Signe, ce studio LIBRE &#224; l'endroit id&#233;al, au moment id&#233;al ! Je crois en mon Destin. J'y crois de plus en plus. Trop de signes&#8230; Je commence &#224; y voir clair. J'ai compris quelle est l'&#339;uvre que je dois accomplir. Elle est &#233;norme mais je me sens pr&#234;t &#224; l'accomplir. De la m&#233;thode et tout ira bien ! Je me donne une semaine pour &#234;tre op&#233;rationnel et apr&#232;s&#8230; j'ai toute la vie !&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mardi 14 octobre &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai pr&#233;par&#233; les cahiers avec le nom et l'adresse de chaque boite aux lettres. Un cahier par adresse. Il y en a une vingtaine. Je me suis longuement demand&#233; o&#249; installer tous ces cahiers sans qu'ils ne prennent trop de place. Finalement j'ai opt&#233; pour des casiers identiques &#224; ceux qu'il y a au Tri. C'est un bon rangement.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mercredi 15 octobre &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas encore au point pour ouvrir les enveloppes, mais je sens que je me rapproche de la technique id&#233;ale. Encore quelques jours et &#231;a sera bon. Dans le studio j'ai accroch&#233; au mur un grand tableau en li&#232;ge ce qui me permettra de punaiser les documents sur lesquels je vais travailler. En passant ce soir, un peu plus tard que d'habitude je me suis aper&#231;u que l'&#233;clairage n'&#233;tait pas suffisant. J'irai acheter une lampe. Par contre je suis extr&#234;mement satisfait du fauteuil de bureau. Et la touche finale sera quand j'aurai re&#231;u la chaine HiFi&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jeudi16 octobre &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je me suis r&#233;veill&#233; en sueur au milieu de la nuit. L'impression que quelqu'un &#233;tait pr&#232;s de moi. J'&#233;tais paralys&#233; par la peur, p&#233;trifi&#233;. Je voulais parler et ne le pouvais pas, bouger et ne le pouvais pas, regarder, mes yeux &#233;taient plong&#233;s dans un noir profond. Au bout d'un moment qui m'a paru une &#233;ternit&#233; il m'a sembl&#233; voir une faible lueur devant moi et comme dans un r&#234;ve j'ai cru entendre des paroles qui m'ont apais&#233;es puisque je me suis rendormi. Mais je ne me rappelle pas leur sens. J'essaie, mais rien ne me vient, la seule chose dont je suis s&#251;r c'est qu'elles m'ont apais&#233;. Ce matin je suis calme et r&#233;solu &#224; mener &#224; bien mon destin&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;18. &lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Quand Genevi&#232;ve se leva il faisait 10&#176;C dehors et 18&#176; dedans, le ressenti en de&#231;&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Frileuse, elle enfile son peignoir d'hiver en molleton polaire prune, le noue bien serr&#233; &#224; la taille et se dit que c'est aujourd'hui que la lettre doit arriver. Quand l'id&#233;e lui frappe le cerveau elle oublie un instant de respirer. Quelques secondes d'apn&#233;e avant de se ressaisir. Le facteur passe &#224; 9h00. Il est 8h10. Elle a le temps de prendre son petit d&#233;jeuner. Elle va dans la cuisine, ouvre les volets roulants &#233;lectriques, remplit le broc en verre de la cafeti&#232;re &#224; l'eau du robinet, met un filtre en papier recycl&#233; dans le c&#244;ne renvers&#233; au-dessus du broc, ajoute quatre doses de caf&#233; &#233;quitable pur arabica, appuie sur le bouton qui s'allume rouge, prend sur l'&#233;tag&#232;re pr&#232;s de la porte un bol en c&#233;ramique framboise d&#233;cor&#233;e d'arabesques noires sign&#233; par un artisan de Safi au Maroc, le pose sur la table de la cuisine avec une petite assiette assortie, un couteau &#224; beurre au manche en plastique jaune et une petite cuill&#232;re en inox. Elle sort deux tranches de pain de campagne du cong&#233;lateur, les glisse dans le grille-pain Moulinex subito noir tandis que l'odeur du caf&#233; commence &#224; se r&#233;pandre dans la pi&#232;ce et que la cafeti&#232;re qui n'est plus toute jeune crache bruyamment ses derni&#232;res gouttes d'eau. 8h20. Sortir le beurre du frigo table top. Elle commence &#224; se r&#233;chauffer. C'est jeudi, elle r&#233;cup&#232;re la Gazette du quartier qui traine sur le buffet, et les tartines qui sont bien grill&#233;es. Elle les pose dans l'assiette, saisit le broc de la cafeti&#232;re, remplit le bol de caf&#233; bien noir, repose le broc, s'assoit, beurre une tartine et ouvre la gazette &#224; la page sorties. 8h25. Elle a une petite demi-heure devant elle pour d&#233;cortiquer le journal et programmer les activit&#233;s des jours &#224; venir. &#199;a fait trois fois qu'elle lit la m&#234;me phrase. En fait, elle ne lit pas, elle a juste le regard qui glisse sur les mots. Mais ils n'ont aucune r&#233;sonnance en elle. Elle ne savoure pas ce moment privil&#233;gi&#233; qu'est le petit-d&#233;jeuner, quand la nuit n'est pas compl&#232;tement termin&#233;e et la journ&#233;e pas tout &#224; fait commenc&#233;e. Elle pense &#224; la lettre. Ce qu'elle contient. Ce que pourraient &#234;tre les cons&#233;quences. Est-ce qu'elle l'ouvre tout de suite, tant que le facteur est l&#224; ? Est-ce qu'elle attend la visite de son fils dans deux jours ? La tartine reste dans le caf&#233; et son regard flotte &#224; la surface du liquide noir. Quand elle la porte &#224; la bouche, une partie se d&#233;tache et tombe dans le bol en &#233;claboussant nappe et peignoir. &#171; Merde ! Merde ! Merde ! &#187; Elle recule avec la chaise, les yeux fix&#233;s sur les grosses taches brunes sur le peignoir tandis qu'une partie de la nappe glisse emport&#233;e par sa maladresse. Tout se fracasse sur les pav&#233;s froids. 8h55. C'est la chienlit ! Le facteur va arriver.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;17. &lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4939&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Faire en sorte que &#231;a ne soit pas la r&#233;alit&#233;, ce qui n'en exclut pas les bribes, grumeaux doux au palais d'une p&#226;te faite de fictions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que &#231;a ne se r&#233;duise pas au r&#233;cit d'une vie, ni &#224; l'histoire d'un trajet, mais plut&#244;t &#224; celle d'une r&#233;&#233;criture de vies sugg&#233;r&#233;es&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le plaisir de produire de l'&#233;criture ne se tarisse pas, il y a tant de lettres, tant de r&#233;cits possibles&#8230; un livre sans fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire en sorte de ne pas se perdre dans la foule des mots, ceux traduits et les autres, ceux &#233;crits d'une main s&#251;re ou ceux trembl&#233;s dans la pr&#233;cipitation &#224; les &#233;crire, ceux imprim&#233;s sur du papier rose ou ceux &#224; demi effac&#233;s par l'eau d'une main mal essuy&#233;e. Ne pas se noyer. Ne pas oublier la respiration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire en sorte que &#231;a ne soit pas tragique, ni glauque non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'imagination ne soit ni timor&#233;e ni exalt&#233;e&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire en sorte d'&#233;viter les pi&#232;ges de la caricature, croquer comme un dessin croque les nus en laissant le geste glisser, fluide et rapide sur la feuille de Canson. Ne pas h&#233;siter &#224; raturer, barrer, repasser sur le texte&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire en sorte que &#231;a ne soit pas un bloc, que &#231;a ne soit ni un monologue ni des r&#233;cits &#224; la premi&#232;re personne du singulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire en sorte que ce ne soit pas mi&#232;vre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire en sorte de ne pas se d&#233;courager, et qu'advienne du roman&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;16. &lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4938&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans les enveloppes, des mots&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai &#224; d&#233;crypter et parfois &#224; traduire des lettres manuscrites et des documents scann&#233;.e.s sur une cl&#233; USB que m'a remise la famille de Monsieur Faleau. Leur intention est de voir s'ils peuvent &#233;diter un livre &#224; partir de ce travail. Il a fallu d'abord que je comprenne le rangement de ces lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux dossiers. Un intitul&#233; &lt;i&gt;lettres&lt;/i&gt;, l'autre &lt;i&gt;des vies&lt;/i&gt;. Dans chacun d'eux les m&#234;mes lettres rang&#233;es dans deux autres dossiers. Un, intitul&#233; &lt;i&gt;chronologie&lt;/i&gt; et l'autre &lt;i&gt;destinataires&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai d'abord ouvert le dossier&lt;i&gt;lettres&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la s&#233;rie &lt;i&gt;destinataires&lt;/i&gt;, les lettres sont rang&#233;es dans un ordre qui s'av&#232;re &#234;tre, apr&#232;s recherches, celui de la tourn&#233;e du facteur&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;chronologie&lt;/i&gt; ainsi que son nom l'indique elles sont rang&#233;es en fonction des dates, de la plus r&#233;cente &#224; la plus lointaine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque lettre de &lt;i&gt;destinataires&lt;/i&gt; est annot&#233;e au stylo vert, ce sont plut&#244;t des remarques sur le ton de la lettre ou des questions, tandis que dans &lt;i&gt;chronologie&lt;/i&gt; des phrases sont soulign&#233;es &#224; la r&#232;gle et num&#233;rot&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le dossier &lt;i&gt;des vies&lt;/i&gt; deux fichiers PDF de feuilles manuscrites scann&#233;es : &lt;i&gt;destins&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;journal de bord d'un facteur&lt;/i&gt;. Il semblerait que le premier soit une compilation de biographies des habitants de la tourn&#233;e du facteur imagin&#233;es depuis les lettres, tandis que le second est &#233;crit sous forme d'un journal de bord, et semble s'appuyer sur les phrases soulign&#233;es dans les lettres. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les lettres sont plus ou moins faciles &#224; lire. Certaines sont en arabe et ce qui est &#233;trange c'est qu'elles sont annot&#233;es de la m&#234;me fa&#231;on que les autres. Monsieur Faleau savait-il lire l'arabe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les lettres il y a aussi des documents administratifs - comme des demandes de d&#233;clarations d'imp&#244;ts, des r&#233;sultats d'analyse, des contraventions et chacune de ces pi&#232;ces est class&#233;e et annot&#233;e de la m&#234;me fa&#231;on que les autres,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rel&#232;ve ici quelques annotations qui reviennent souvent, sur plusieurs lettres diff&#233;rentes
&lt;br /&gt;&#8212; pas convaincant
&lt;br /&gt;&#8212; blablabla !
&lt;br /&gt;&#8212; incroyable !
&lt;br /&gt;&#8212; manque pas de culot !
&lt;br /&gt;&#8212; wouahou !
&lt;br /&gt;&#8212; c'est pas possible, pas cr&#233;dible !
&lt;br /&gt;&#8212; je comprends pas !
&lt;br /&gt;&#8212; et alors ?
&lt;br /&gt;&#8212; &#224; d'autres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien, autres tons
&lt;br /&gt;&#8212; quelle chance !
&lt;br /&gt;&#8212; int&#233;ressant
&lt;br /&gt;&#8212; Tr&#232;s int&#233;ressant
&lt;br /&gt;&#8212; important
&lt;br /&gt;&#8212; chercher o&#249; &#231;a se trouve&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etc&#8230; Le travail va &#234;tre long &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : bloqu&#233;e&#8230; je suis rest&#233;e bloqu&#233;e malgr&#233; ce que j'ai pu lire et entendre, je n'y suis pas arriv&#233;e&#8230; alors j'ai contourn&#233; la consigne et n'ai gard&#233; que l'id&#233;e d'annotations&#8230; Je suis retourn&#233;e vers mon personnage qui n'inspire aucune empathie et &#8230; la structure d'un livre a commenc&#233; &#224; &#233;merger, qui est &#224; creuser.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;15. L'oeil&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4936&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au centre de tri d&#232;s sept heures du matin. Mr Faleau se met au travail sans prendre le temps de saluer tout le monde. Il est facteur. Il va chercher la caisse orange num&#233;ro vingt-et-un et il commence &#224; trier. Il pr&#233;pare sa tourn&#233;e. Il a l'&#339;il. Depuis le temps ! &#199;a fait vingt-cinq ans qu'il travaille &#224; la poste. Le m&#233;tier a bien chang&#233; et &#231;a le chagrine. Lui, ce qui lui plait, ce sont les lettres et maintenant les colis. Il a une v&#233;ritable passion pour les lettres. Mais petit &#224; petit elles disparaissent, concurrenc&#233;es par les mails et les textos. Heureusement les colis ont le vent en poupe et il reporte sa passion sur eux. &#199;a fait vingt-cinq ans qu'il travaille dans le m&#234;me quartier. Il connait toutes les boites aux lettres. Il sait qui se cache derri&#232;re chacune d'entre elles, qui re&#231;oit du courrier, qui n'en a jamais hormis les d&#233;clarations d'imp&#244;ts et les prospectus pour les &#233;lections, qui a des recommand&#233;s d'huissier, des convocations de justice, des r&#233;sultats d'analyse et autres traces d'une vie dont l'intimit&#233; lui est famili&#232;re. Il a l'&#339;il. Il ne paye pas de mine comme &#231;a, mais il a l'&#339;il et le bon ! Il voit tout ce qui passe entre ses mains. Il connait maintenant l'art de s'introduire incognito dans l'intimit&#233; des autres. Il sait ouvrir et refermer une lettre sans que personne ne s'en aper&#231;oive. Il est presque au point avec les colis, c'est plus d&#233;licat mais il apprend vite. Il est m&#233;ticuleux, presque maniaque. Ses doigts sont agiles. Quand il a commenc&#233; il n'avait pas d'amis. Il vivait seul dans un grand appartement dont il avait h&#233;rit&#233;. Il avait aussi h&#233;rit&#233; d'une coquette somme qui lui permettait de faire entretenir cet appartement par une entreprise comme il en fleurit tant par ces temps de ch&#244;mage continu. Pas d'amis, pas de liens privil&#233;gi&#233;s, pas m&#234;me avec un animal de compagnie. Il a horreur des animaux. Maintenant il connait tant de gens ! Il a l'&#339;il ! Des gens qui ne le connaissent pas, qui ne le voient pas, pour qui il est une fonction, celle de facteur, il ne manque &#224; personne, c'est la fonction qui peut faire d&#233;faut, pas lui, et c'est l&#224; que r&#233;side sa jouissance. Personne ne sait. Pendant ses temps libres il met &#224; jour des cahiers, ses cahiers, un pour chaque personne de sa tourn&#233;e. Il engrange tous les renseignements dont il dispose seulement par l'interm&#233;diaire du courrier et de sa tourn&#233;e. Il ne fouille pas sur internet. Non ! Ce n'est pas pour lui. Aucun int&#233;r&#234;t. Ce qu'il veut c'est extirper depuis son m&#233;tier toute la substantifique moelle enfouie dans ce fatras de lettres et de colis de la boite orange num&#233;ro vingt-et-un. Il a l'&#339;il ! Il sait rapidement si la journ&#233;e &#224; venir va &#234;tre riche ou pas. Ce matin par exemple il est heureux. Dans les recommand&#233;s il y en a un pour Mme Q. qui n'en a jamais eu. C'est une vieille dame qui ne sort pas de chez elle et qui n'ouvre pas facilement sa porte. Elle habite l&#224; depuis peu. Il ne la connait gu&#232;re. Aujourd'hui est un grand jour, il va lui remettre un pli. Il va enregistrer sa signature. Une signature &#231;a dit beaucoup de choses sur le signataire. Peut-&#234;tre va-t-il rentrer chez elle&#8230; Il caresse le recommand&#233;. Le tourne et le retourne. Le renifle de son nez en lame de rasoir. Il a pr&#233;par&#233; un nouveau cahier.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : A partir de la relecture des textes j'ai relev&#233; (#2) un moment o&#249; quelqu'un qui n'est pas nomm&#233; est t&#233;moin d'une sc&#232;ne qu'il n'aurait pas d&#251; voir. &lt;i&gt;Par l'entreb&#226;illement de la porte. Ils n'ont pas entendu frapper. Ils n'ont pas entendu la porte s'ouvrir lentement et se figer pour laisser passer cette image d'eux&lt;/i&gt; Et j'ai pens&#233; &#224; un facteur qui fait partie des personnes qui peuvent &#224; la fois disparaitre derri&#232;re leur fonction et appara&#238;tre n'importe o&#249;, qui peut &#234;tre un fil tendu derri&#232;re le r&#233;cit.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;14. Mots des morts&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il m'a regard&#233;e dans les yeux :
&lt;br /&gt;&#8212; Cette lumi&#232;re ? Les feu-follets. Cette poussi&#232;re l&#224;-bas ? Le jardin du souvenir. Cette rumeur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'amphigouri des mots des morts. Je ne suis&#8230; o&#249; ? Sous le marbre. Il y a comme un go&#251;t d'ombre. Une femme, ce qu'il en reste, l'absence d'une m&#232;re, l'absence d'une amante, l'absence. L&#224; o&#249; je donnais &#224; vivre&#8230; je creuse le vide. Je n'aime pas &#234;tre morte ! J'ai tant attendu le moment o&#249; je n'aurais plus &#224; m'occuper d'un quotidien domestique, o&#249; la liste des commissions serait remplac&#233;e par la liste des projets. Ils &#233;taient modestes mes projets ! Mais ils &#233;taient ! &#8230; Elabor&#233;s autour de la vie ! Et soudain&#8230; Je ne voyais pas les choses comme &#231;a ! Je voulais du temps, du temps pour, et non une &#233;ternit&#233; de pacotille dans laquelle tout est brid&#233;. Il y a eu une erreur&#8230;. Sinon je ne comprends pas&#8230; Il m'a regard&#233;e dans les yeux et il a tir&#233;&#8230; qu'est-ce qu'il croyait ? Que j'allais partir ? Parce que j'avais sorti les valises ? Oui certainement qu'un jour je serais partie&#8230; c'&#233;tait dans mes projets, dans mes projets lointains&#8230; mais d'abord&#8230; le retour de l'enfant, son retour. Lui &#233;tait parti, lui nous avait plant&#233;s l&#224; pour faire son tour du monde &lt;strong&gt;au lieu de s'embourgeoiser b&#234;tement comme vous&lt;/strong&gt;, qu'il disait. Il disait aussi qu'il reviendrait dans un an &lt;strong&gt;t'en fais pas !&lt;/strong&gt; et moi je l'attendais, je ne bougeais plus, je voulais &#234;tre l&#224; &#224; son retour et c'est apr&#232;s, seulement apr&#232;s, que les projets pourraient prendre vie. Et maintenant ils ne sont qu'une liste couch&#233;e, &#224; jamais endormie sur du papier, je ne les ai m&#234;me pas emport&#233;s dans la tombe. Il est revenu au bout d'un an et un jour, comme promis. Il m'a dit pourquoi tu m'as laiss&#233; partir ? Et il a tir&#233;. C'est une erreur&#8230; je ne l'ai m&#234;me pas embrass&#233; et je ne lui ai pas dit que j'avais encore des choses &#224; faire, que maintenant qu'il &#233;tait l&#224; j'allais pouvoir recommencer &#224; bouger. Il &#233;tait tout maigre, les yeux rougis, les pupilles dilat&#233;es, il tremblait, il avait un petit sourire tout contrit&#8230; il n'est pas m&#233;chant&#8230; il n'&#233;tait pas m&#233;chant&#8230; il n'a jamais &#233;t&#233; m&#233;chant&#8230; c'est une erreur&#8230; il ne m'a pas reconnue&#8230; c'est vrai que j'ai vieilli&#8230; trop de chagrin blanchit les cheveux &#8230;. c'est pour &#231;a qu'il a tir&#233;&#8230; s'il me voyait maintenant&#8230; je ne me sens pas&#8230; utile ni inutile&#8230; je ne me sens pas !&#8230; quelques fois je le vois qui vient sur la tombe&#8230; quand la nuit fait signe il arrive, il s'installe juste au-dessus, sur la st&#232;le, il se pique &#224; l'h&#233;ro&#239;ne, s'allonge et reste l&#224; plusieurs heures&#8230; enfin je crois que c'est lui&#8230; mais peut-&#234;tre pas&#8230; ma vue n'est pas tr&#232;s nette&#8230; et puis lui il est en prison pour avoir tir&#233; sur sa m&#232;re&#8230; il m'a tir&#233; dessus&#8230; peut-&#234;tre qu'il est sorti de prison&#8230; je ne sais pas&#8230; depuis combien de temps je suis ici ?&#8230; aucun rep&#232;re&#8230; je crois que je perds la t&#234;te ! &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : je suis partie d'une chanson (&lt;i&gt;La rumba des &#238;les&lt;/i&gt; -&#8211; Marguerite Duras et Jeanne Moreau) que j'ai plagi&#233;e. Elle m'a &#233;loign&#233;e de mes morts et m'a permis de cr&#233;er une morte de fiction. Un personnage, a resurgit du premier texte et devient le fils.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;13. Act&#233;&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4936&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le fait que r&#233;tr&#233;cissent les heures, les minutes, les secondes, plus le temps d'un battement d'ailes, plus le temps d'ouvrir les yeux, le fait que c'est douloureux ces paupi&#232;res qui se rel&#232;vent, les pupilles dilat&#233;es par l'ombre qui tombe sans pr&#233;avis, le fait que le spectacle n'est plus le m&#234;me, plus le temps de voir ton corps, offrande &#224; la musique d'un tango &#224; deux, le fait que r&#233;tr&#233;cissent les gestes, l'amplitude apeur&#233;e, la fluidit&#233; bris&#233;e, rap, reggae, reviens, le fait que tout est press&#233;, pressur&#233;, &#233;cras&#233;, &#233;crabouill&#233;, pur&#233;e aux senteurs de madeleine, le fait que, le fait que tu, ne pas dire tu en m'adressant &#224; toi, le fait que tu, que toi, des mots plus faits pour toi, le fait que toi tu n'es plus, plus de corps, le fait que le soleil se couche allong&#233; sur la mer que tu as parcourue, avec moi, le fait que les heures, les minutes, les secondes, les nanosecondes, tout ce temps, tout ce temps, le fait que la pierre est de marbre rose et la terre d'argile, le fait que le tricot n'est pas fini, il fait froid, une maille &#224; l'endroit, une maille &#224; l'envers, le fait qu'il n'y a pas d'envers, pile ou face, &#231;a n'est pas un jeu, le fait que de l'autre c&#244;t&#233; du globe une femme se rel&#232;ve, le fait que tout se brise sous la temp&#234;te, dans les entrailles, au fond des mots, tout se noie sous le tsunami, les bouches, les nez, les poumons, les cerveaux, d&#233;lires, ires des d&#233;s, ha&#239;r le hasard, le fait qu'elle ne croit plus en Dieu, Dieu est un homme qui blesse les femmes, coups, l&#233;sions, mutilations, entailles, morsures, br&#251;lures, viols, vexations, le fait qu'elle se redresse, fuir, manger, dormir, fuir, la peur partout, la peur comme moteur des soci&#233;t&#233;s, la peur je n'ai plus peur, le fait que r&#233;tr&#233;cisse la place du dernier acte, le rideau se l&#232;ve, tu as tir&#233; la r&#233;v&#233;rence &#224; la premi&#232;re sc&#232;ne, les trois coups, j'en ai pris un en pleine gueule, c'est fini, les paupi&#232;res ferm&#233;es, le corps immobile qui n'attend plus, plus dans le canap&#233;, plus dans le lit, plus dans le nid, fant&#244;me de mes &#233;motions, le fait que quelque part une femme &#233;crit, lettres d'amour, lettres de d&#233;sespoir, depuis la prison, depuis la maison, depuis le bateau, lettre &#224; la mer, jet&#233;e dans un oc&#233;an plastifi&#233;, lettres sans r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;12. Du corps&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4934&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but est un corps&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a y est il le tient il tient son personnage ne pas bouger ne pas l'effrayer l'asseoir le coucher sur le papier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son sang se d&#233;colore se fluidifie se dilate se laisse envahir par du sang neuf rouge bien &#233;pais d'une histoire &#224; d&#233;couvrir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des fourmis dans le cerveau des fourmis au bout des doigts tout fourmille respirer lentement profond&#233;ment arr&#234;ter les images les laisser d&#233;filer lentement en retenir chaque d&#233;tail derri&#232;re les paupi&#232;res&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son personnage s'infiltre il se sent r&#233;tr&#233;cir de petits pieds menus des mains fines aux doigts courts le nez aussi se retrousse tout commence par les extr&#233;mit&#233;s les cheveux noircissent jusqu'&#224; devenir nuit profonde des souvenirs&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les yeux il voit trouble elle est myope de si beaux yeux clairs il se sent l&#233;ger il vole il lui vole la vie elle ne donne pas gratuitement il doit venir la chercher&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il perd le contr&#244;le son sexe diminue disparait dans le ventre qui enfle les seins aussi enflent il n'a plus froid elle est en place elle prend la place il a disparu ne pas bouger &#233;couter ce qu'il n'a jamais entendu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur au rythme des secondes qui coulent qui roulent qui s'embrument ne pas s'endormir juste la retenir scruter sa bouche leur bouche qui ne dit mot muette et si bavarde il n'entend pas elle n'est personne elle n'a pas de nom pas de pays son ventre enfle il le sent il sent un autre c&#339;ur il sent la peau qui se tend se tend vers elle vers ce qu'elle va faire naitre il veut accoucher l&#224; maintenant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle prend naissance&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : partir dans tous les sens (&lt;i&gt;Les fourmis&lt;/i&gt; de Boris Vian, &lt;i&gt;Le moindre des mondes&lt;/i&gt; de Sjon, &lt;i&gt;Pas moi&lt;/i&gt; de Beckett) et ensuite arr&#234;ter les sens. En garder un seul et immobile &#233;couter ce qu'il advient. &lt;/div&gt;&lt;h2&gt;11. La vie comme un mouvement des mains&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4931&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle est n&#233;e les poings ferm&#233;s, elle est morte le poing dress&#233;. La vie dans le creux d'une main. Ligne claire, &#233;paisse, faite de labeurs, d'amour et de luttes. Les petits-enfants &#233;taient fascin&#233;s par les veines apparentes sur le dos de ses mains. Le plus jeune aimait les suivre du doigt, les faire appara&#238;tre et dispara&#238;tre, les pincer, les caresser. Elle lui disait que l&#224; coule son sang, l'histoire de sa famille, celle des Hommes. &lt;i&gt;Mets la paume de ta main au-dessus de la mienne, sans la toucher ! Ferme les yeux. Est-ce que tu sens la chaleur ? Est-ce que tu sens l'&#233;nergie qui circule ?&lt;/i&gt; Ils connaissaient tous cette &#233;nergie. Elle n'en &#233;tait pas avare. Prudemment elle avait d&#233;pli&#233; ses poings. L'un apr&#232;s l'autre. Il y avait des chapelets d'illusions nich&#233;es en leur sein. Elle les avait vu s'&#233;chapper une &#224; une, au fur et &#224; mesure que ses mains s'ouvraient. Elle avait vu ses doigts s'allonger, se saisir d'un crayon puis d'un porteplume, d'un stylo, se d&#233;placer maladroitement sur le clavier d'une machine &#224; &#233;crire et maintenant elle pianotait sur un ordinateur. &lt;i&gt;Qu'importe l'outil, pourvu que la trace soit rebelle.&lt;/i&gt; La main &#233;tait l&#233;g&#232;re, le propos percutant et le dessin maitris&#233;. Mais quand elle posait les mains sur un piano, ou sur tout autre instrument de musique, elles b&#233;gayaient, hoquetaient, avant de se taire tant elles se trouvaient b&#234;tes. C'&#233;tait son grand regret. &#192; quarante ans, les paumes &#233;taient tourn&#233;es vers le ciel, tendues. Elle demandait des comptes. Plus aucune illusion. Elle avait us&#233; son quota. Elle refusait la pri&#232;re. Il fallait se battre pour donner un sens &#224; ce chaos. Elle le fit. En regardant attentivement sa ligne de vie on peut voir qu'elle se s&#233;pare en deux branches parall&#232;les tr&#232;s proche l'une de l'autre. &lt;i&gt;Celle-l&#224;, tu vois, c'est celle de l'&#233;criture, et celle-l&#224;, celle de la vie, et l'une ne va pas sans l'autre.&lt;/i&gt; La veille de sa mort elle avait manifest&#233; pour la libert&#233; de la presse. Elle n'a pas eu le temps de finir l'article qui devait accompagner la photo. Les mains avaient fini de se refermer, le c&#339;ur s'&#233;tait mis sur off.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : j'ai regard&#233; mes mains s'ouvrir et se fermer lentement ce sont celles d'un personnage qui se sont manifest&#233;es.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;9. le mur c&#244;t&#233; escalier&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4925&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle avance. Une marche, une autre, une encore, et un sol fait de grandes dalles tristes et in&#233;gales us&#233;es par le passage de tant de g&#233;n&#233;rations. Elle voit. Pas de plafond, juste une verri&#232;re impossible &#224; nettoyer &#233;tant donn&#233;e la hauteur. Elle ne voit pas, le ciel bleu. Elle enregistre, &#224; gauche une cuisine sombre et mal ventil&#233;e lors des fortes chaleurs, et un salon d&#233;suet aux couleurs pass&#233;es. En face, un jardin rebelle dont la beaut&#233; n'a d'&#233;gale que sa sauvagerie rassurante. Un &#238;lot de plantes exotiques perdues au centre de la pi&#232;ce, deux petits fauteuils rabougris, une chaise longue aux bras vermoulus peu accueillants, une table vraiment tr&#232;s basse, kilims et tentures d&#233;lav&#233;s sur le mur c&#244;t&#233; escalier, rien qui ne console vraiment son regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il descend d'un pas l&#233;ger les quelques marches en contrebas de l'entr&#233;e et foule les grandes dalles grises in&#233;gales, patin&#233;es par les ans. Il l&#232;ve la t&#234;te et laisse le regard s'&#233;loigner dans le ciel au-del&#224; de la pyramide de verre &#224; hauteur du premier &#233;tage. L'air est bleu. Il ne voit ni la peinture &#233;caill&#233;e des montants m&#233;talliques ni la poussi&#232;re accumul&#233;e sur les vitres. Il voit le ciel. Son regard parcourt la pi&#232;ce. La cuisine et le salon &#224; gauche ont le charme d&#233;suet des int&#233;rieurs d'antan. Le jardin, en face, est &#233;pris de libert&#233;. Seules quelques simples dans un carr&#233; de terre mise &#224; nue sont disciplin&#233;es. Flotte une odeur de citronniers, de jasmin et autres plantes exotiques, toutes regroup&#233;es au centre de la pi&#232;ce. Deux jolis petits fauteuils bigarr&#233;s et une chaise longue &#233;crue qui a su accueillir plusieurs g&#233;n&#233;rations sont distribu&#233;s autour d'une table basse en bambou. Kilims et tentures habillent chaleureusement le mur c&#244;t&#233; escalier. Il s'installe sur la chaise longue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il regarde par une des fen&#234;tres du couloir situ&#233; au premier &#233;tage. Elle donne directement dans la verri&#232;re. Le sol parait si lointain qu'il n'en distingue que la couleur grise. Les vitres de la pyramide lui renvoient un reflet de la fen&#234;tre, pix&#233;lis&#233; par une fine poussi&#232;re de sable jaune. De son poste d'observation il ne voit pas grand-chose, les branches d'un arbre exotique dont il ignore le nom font &#233;cran. Il devine, par la lumi&#232;re qui s'engouffre sur la droite, une ouverture sur le jardin qu'il ne peut qu'imaginer, &#224; l'image de cet &#233;trange appartement. A gauche il aper&#231;oit une porte en verre poli, celle du petit hall d'entr&#233;e par lequel il est arriv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt; Codicille : j'ai choisi La Verri&#232;re pour toutes ses ouvertures aussi bien topographiques qu'all&#233;goriques, &#224;, peut-&#234;tre, exploiter plus tard. Ensuite j'ai fait trois fois un copi&#233;/coll&#233; du texte et j'ai travaill&#233; la description &#224; partir de trois points de vue diff&#233;rents. Deux li&#233;s &#224; des &#233;tats d'&#226;me oppos&#233;s, le troisi&#232;me li&#233; &#224; une position en plong&#233;e. Je voulais essayer de travailler comme quand on passe une photo du noir et blanc au s&#233;pia ; rien n'a chang&#233;, ou presque, mais l'ambiance est diff&#233;rente, qui dit quelque chose des personnages.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;8. Ceci n'est pas un lieu&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4922&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;la rue&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans une rue quelconque, d'un village au nom &#233;nigmatique, un haut mur en cr&#233;pis d'une banalit&#233; affligeante, sans m&#234;me le moindre tag, d'un beige uniforme, avec &#231;a et l&#224; une porte ferm&#233;e gris anthracite. Il prend pied le long d'un trottoir &#233;troit, aux petits pav&#233;s carr&#233;s de silex arras&#233;, aplani, dessinant un damier sans bordure. Aucune ombre ne d&#233;borde sur la chauss&#233;e r&#233;cemment goudronn&#233;e, chauss&#233;e rectiligne bord&#233;e de voitures bien rang&#233;es dans des compartiments d&#233;limit&#233;es par des bordures en granit. Tout respire le propre et le net. Tout est fig&#233;, suspendu.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;l'entr&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une odeur de cannelle diffus&#233;e par un flacon de cristal finement cisel&#233; pos&#233; sur une petite table basse oblongue en entrant &#224; gauche, surprend le visiteur. Un grand miroir biseaut&#233; sur chacun des murs lat&#233;raux prolonge l'espace avec une mise en ab&#238;me &#233;tourdissante d&#233;clinant &#224; l'infini une pat&#232;re en bois portant chapeau et ch&#226;le noirs, la table basse et une grande jarre &#233;maill&#233;e bleu turquoise remplie de pivoines pourpres. A deux grands pas de loup de la porte d'entr&#233;e, le mur d'en face avec une grande photo de famille nombreuse s&#233;pia accroch&#233;e entre deux ouvertures. A gauche une porte en verre d&#233;poli donnant acc&#232;s &#224; une verri&#232;re ancienne, &#224; droite un rideau de velours grenat tenu par un galon ouvrant sur un escalier&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;l'escalier&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un escalier en bois, sombre et raide, aux marches hautes et irr&#233;guli&#232;res acc&#232;de rapidement &#224; l&#8216;&#233;tage. On dit qu'il a &#233;t&#233; ainsi fait, pour que les voleurs potentiels ne puissent fuir ais&#233;ment. Une rampe en laiton patin&#233;e par les ans, courb&#233;e &#224; ses extr&#233;mit&#233;s, court le long du mur de gauche, soulignant quelques vanit&#233;s accroch&#233;es parmi les l&#233;zardes du pl&#226;tre. A droite, juste un hublot &#224; mi-parcours de l'escalier permet de mesurer l'&#233;paisseur impressionnante du mur. Il donne sur un terrain vague.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;le terrain vague&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est une large bande de terrain en terre battue ocre jaune au milieu de laquelle serpente un ruisseau encadr&#233; par deux haies de roseaux. Des ragondins fr&#233;quentent le coin ainsi que des chiens parfois accompagn&#233;s. Le panneau &#171; interdit de d&#233;poser des ordures sous peine d'amende &#187; est cribl&#233; de trous de chevrotine. Ce terrain prend ses lettres de noblesse au cr&#233;puscule quand le soleil plonge derri&#232;re les peupliers qui tapissent le fond.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;le couloir&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le plancher aux lattes larges et &#233;paisses, craque et grince sous les chaussures. Le mur qui le s&#233;pare du terrain vague est aveugle. Pas muet, couvert de photos de famille de plusieurs g&#233;n&#233;rations. En face, deux fen&#234;tres hautes et &#233;troites aux huisseries r&#233;cemment repeintes en vert anglais ouvrent sur la grande verri&#232;re. Au plafond des moulures et une rosace au milieu de laquelle est suspendue une vasque en p&#226;te de verre aux couleurs chaudes. L'odeur, m&#233;lange subtil entre celle d'une encaustique &#224; la cire d'abeille et celle d'un potpourri de plantes odorif&#232;res accroch&#233; &#224; la clenche de chaque fen&#234;tre&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;la verri&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quelques marches en contre bas de l'entr&#233;e, un sol couvert de grandes dalles grises in&#233;gales, une hauteur de plafond qui couvre le rez-de-chauss&#233;e et l'&#233;tage. Verri&#232;re aux montants m&#233;talliques gris anthracite, au toit en forme de pyramide &#224; trois pans peu inclin&#233;s. Verri&#232;re donnant sur la cuisine et le salon &#224; gauche, sur un grand jardin en face. Verri&#232;re comme une serre pour plantes exotiques avec un bananier, des citronniers, un jasmin et autres plantes exotiques regroup&#233;es en son centre tandis que deux petits fauteuils bigarr&#233;s et une chaise longue &#233;crue sont distribu&#233;s autour d'une table basse en bambou. Kilims et tentures sur le mur c&#244;t&#233; escalier.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;l'atelier&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A l'&#233;tage, au fond du couloir, derri&#232;re une porte, l'atelier. Etonnante &#233;criture contemporaine du mobilier. Une grande pi&#232;ce, haute de plafond, murs blanc mat, sol en lino gris mouchet&#233;. Un plan de travail noir mat qui court sur trois murs, devant lequel trois chaises hautes de bar en inox et cuir grenat. Au-dessus une &#233;tag&#232;re avec des pots en terre &#233;maill&#233;e de couleurs vives remplis de crayons et de pinceaux. Au-dessous des cadres, des cartons &#224; dessins, de grandes feuilles &#224; dessin de toutes les couleurs pos&#233;es sur des &#233;tag&#232;res ad&#233;quates, des tiroirs transparents dans lesquels on peut apercevoir des tubes de peinture, des bouteilles de produits vari&#233;s, des ciseaux et autres outils li&#233;s &#224; la cr&#233;ation. En face, une grande baie vitr&#233;e style loft surplombant un jardin de cur&#233;. Dans le coin un &#233;vier double bacs ronds en inox surmont&#233; d'une robinetterie fine et &#233;l&#233;gante. Des chevalets en bois de plusieurs tailles, plus ou moins occup&#233;s par des toiles en devenir. Des tabourets et des chaises &#233;parpill&#233;s, ainsi que des spots de lumi&#232;re et une odeur de t&#233;r&#233;benthine.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;le jardin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un jardin de cur&#233;. Clos par des murs assez hauts en pierres &#233;crues parcourues de fourmis, et accroch&#233;s en espaliers, des poiriers. Il n'est pas particuli&#232;rement entretenu mais a le charme des lieux hant&#233;s par l'agencement d'anciens propri&#233;taires inconnus. L'herbe enserre les graviers asphyxi&#233;s qui se laissent couler dans la terre argileuse des all&#233;es trac&#233;es au cordeau. Le buis cerne des carr&#233;s align&#233;s dont les sp&#233;cialit&#233;s disparaissent au profit de la folle avoine et des liserons. Seul le carr&#233; proche de la verri&#232;re est &#233;pargn&#233;. Une main gourmande y cultive des plantes aromatiques.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : Ces lieux n'existent que dans mon imagination et sont faits de bric et broc, souvenirs de d&#233;tails ou pure invention. J'ai d&#251; faire un plan pour qu'il y ait une certaine coh&#233;rence. L'&#233;criture s'est faite &#224; partir des images qui se formaient au fur et &#224; mesure. Tendance &#224; la liste.
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;7. rouge sang&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4923&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle enfila la premi&#232;re perle. Rouge sang. Le regard perdu dans les brumes d'une mangrove d'op&#233;ra. Il l'appelle sa P&#233;n&#233;lope parce qu'elle suspend le temps l&#224; o&#249; loge son adolescence. Quand il lui caresse les cheveux elle baisse les paupi&#232;res et ouvre ses art&#232;res. Son sang est &#233;pais et chaud, encore bien vivant&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle enfila une deuxi&#232;me perle. Nacr&#233;e rose. La m&#232;re la berce, un peu, beaucoup, &#224; la folie. Dans le berceau les draps sont bleus, et la couverture, et la layette. Une odeur de myosotis. Une peur bleue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle enfila une autre perle. Blanche. Ses doigts l'accompagnent le long du fil de soie. Elle se balance au-dessus de la voie lact&#233;e. Tant d'&#233;toiles ! Aucune pour elle. Elle attend le passage de la com&#232;te Neowise, nouvelle sagesse, nouveaux refuges. Une longue solitude en perspective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ferma les yeux et &#233;couta. Elle aime cette voix de contre alto quand il lui chante la vie. Tout devient calme. Elle se fond dans la profondeur du silence qui s'installe. Les mots effacent les bruits du dehors. Elle flotte dans leur bulle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Elle enfila une perle couleur d'ambre. Il l'emm&#232;ne sur son bateau, jonque ou felouque, caravelle ou p&#233;niche, pirogue ou gal&#232;re, elle vogue avec lui. Tous les deux, tout seuls. Ils laissent sur les rivages les n&#339;uds gordiens de son existence. Il lui demande si elle veut un enfant. C'est l&#224; l'erreur. C'est si douloureux d'&#234;tre un enfant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle choisit alors une perle de cristal qu'elle roula lentement entre le pouce et l'index, en explorant du regard la surface parfaite. Elle court, elle fuit, s'&#233;vade, quitte l'enfermement. Elle traverse des torrents, longe des champs de foug&#232;res, d&#233;vale des chemins rocailleux. Elle ne veut pas, elle ne veut pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle l&#226;cha la perle de cristal pour une perle noire. Elle ne sera pas sa reine.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : &#224; partir d'une vision, celle d'une femme ayant perdu la raison, qui enfile des perles. Enfiler des perles comme on d&#233;cline le temps. Pas de chronologie, les perles n'ont pas de place d&#233;finie. On peut d&#233;faire et refaire. &lt;/div&gt;&lt;h2&gt;6. Mino&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4922&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Juste besoin que les noms aient une utilit&#233; dans le texte : s&#233;mantique (exemples 1 et 3), musicale (exemple 2). Je peux aussi ne mentionner que la premi&#232;re lettre ce qui laisse planer soit un certain myst&#232;re autour du personnage, soit de l'indiff&#233;rence par rapport &#224; son patronyme (exemple 4).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1 &#8212; &lt;a href=&#034;https://clauddoz.wordpress.com/lelude/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Avant, il s'appelait Paavali&lt;/a&gt; F. Paavali signifie &#171; l'homme au b&#226;ton, celui qui frappe &#187; en finlandais. Et il a frapp&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant Paavali s'appelle Trausti&#8230; Trausti Kjartanson. C'est &#233;crit sur le passeport que lui a procur&#233; Evrard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2 &#8212; La premi&#232;re fois qu'il l'avait appel&#233;e Mino, elle eut juste, pas envie de le quitter. Il y avait quelque chose d'&#233;nigmatique dans la fa&#231;on dont il avait prononc&#233; ce nom. &#171; Je t'appellerai Mino ! &#187; lui avait-il dit. Elle avait souri. Elle trouvait &#231;a dr&#244;le, Mino ! Et comment &#231;a s'&#233;crit ? Il l'avait longuement regard&#233;e et dans un murmure avait r&#233;p&#233;t&#233; &#171; Miiiinoooo ! &#187;. Sa voix s'&#233;tait envol&#233;e dans la for&#234;t. Elle &#233;tait s&#251;re que les oiseaux l'avaient entendue. Maintenant, pour eux, elle avait un nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 &#8212; &lt;a href=&#034;https://clauddoz.wordpress.com/le-crepuscule-des-chiens/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le cr&#233;puscule des chiens&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4 &#8211; &lt;a href=&#034;https://clauddoz.wordpress.com/cest-un-homme/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;C'est un homme&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : &#233;tant en pleine transhumance estivale, je n'ai pas eu beaucoup de disponibilit&#233; pour &#233;crire. J'ai donc fait la fain&#233;ante et ai repris des textes anciens sur lesquels je me suis pos&#233;e rapidement la question du pourquoi, pourquoi ces noms ? Et je renvoie &#224; ces textes par des liens sur mon blog perso.
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;5. place 24 wagon 4&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4920&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une jeune fille. Elle laisse les sangles de son sac &#224; dos glisser lentement le long des bras tandis qu'elle tape nerveusement sur les touches de son t&#233;l&#233;phone. Elle plie les genoux, penche le dos en arri&#232;re et laisse tomber le sac sur le si&#232;ge bleu marine c&#244;t&#233; couloir. Elle ne quitte &#224; aucun moment le t&#233;l&#233;phone des yeux. Elle se d&#233;place jusqu'&#224; la fen&#234;tre &#224; pas chass&#233;s, l'attention riv&#233;e &#224; l'&#233;cran et s'assoit lentement &#224; sa place tout en d&#233;couvrant des dents d'une blancheur de cygne accentu&#233;e par un teint mat qui sent bon la m&#233;diterran&#233;e. Elle ne voit pas vraiment o&#249; elle se trouve, elle a juste rep&#233;r&#233; le num&#233;ro de la place qu'elle avait r&#233;serv&#233;e. Ses doigts s'animent r&#233;guli&#232;rement sur le t&#233;l&#233;phone et son visage agit comme miroir, v&#233;ritable r&#233;v&#233;lateur de la conversation, du tchat, qu'elle entretient. Elle s'enfonce dans le si&#232;ge et croise les jambes. Son jean est trou&#233; aux genoux. Ses baskets rouges sont assorties &#224; la chemise qu'elle porte ouverte au-dessus d'un tee-shirt &#233;cru. Elle &#233;clate de rire, les yeux toujours fix&#233;s sur le t&#233;l&#233;phone. Le train d&#233;marre. Elle ne l'entend pas.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une vieille femme. Elle fixe le num&#233;ro au-dessus du si&#232;ge et le compare avec celui sur le billet. Plusieurs fois. Elle acquiesce de la t&#234;te, se penche, rel&#232;ve les accoudoirs qui sont autant d'&#233;cueils sur le parcours jusqu'&#224; sa place. Elle d&#233;fait son imperm&#233;able beige et mouill&#233;, le secoue, le plie et le pose avec son sac &#224; mains sur le si&#232;ge c&#244;t&#233;-couloir. Elle regarde autour d'elle et sourit en direction des passagers pr&#233;sents d&#233;couvrant ainsi le travail impeccable fait par un orthodontiste sur une dentition en voie de disparition. Elle s'agrippe aux dossiers &#224; l'aide de doigts pleins d'os et de bagues et avance de guingois jusqu'&#224; se coincer contre la vitre. Commence alors une chor&#233;graphie qui rappelle celle des chats quand ils cherchent la position la plus confortable au milieu d'un fatras d'objets inconfortables. Enfin elle est assise. Non sans douleurs. Elle attrape son sac, sort une paire de lunettes &#224; la monture m&#233;tallique et une &#233;tole aux arabesques color&#233;es dont elle se couvre les &#233;paules. Elle parait petite fille perdue dans un grand fauteuil, ses pieds touchant &#224; peine le sol. Le train d&#233;marre. Elle se tourne vers le quai et fait un geste de la main inutile car il n'y a plus personne pour le recevoir.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;tudiante. Elle pose avec mille pr&#233;cautions un cartable en cuir noir mat sur le si&#232;ge en velours bleu devant elle. Elle sort de la poche un t&#233;l&#233;phone portable et des &#233;couteurs qu'elle introduit dans le conduit de chacune de ses oreilles cach&#233;es par des cheveux mi-longs teint&#233;s en roux. Elle enl&#232;ve la veste et la met en boule bien ordonn&#233;e pour en faire un coussin. Puis elle va s'installer sans aucune difficult&#233; &#224; la place pr&#232;s de la fen&#234;tre. Elle r&#233;cup&#232;re son cartable. Elle rel&#232;ve l'accoudoir central et se met en travers pour donner de l'aisance &#224; ses jambes, pose le coussin derri&#232;re la nuque, le cartable derri&#232;re son dos et se cale dans l'encoignure de la fen&#234;tre et du fauteuil. Elle porte un pantalon l&#233;ger vert anis et des mules &#224; talon ocre. Quand le train d&#233;marre elle est pr&#234;te pour faire un somme.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une femme enceinte. Grossesse bien avanc&#233;e. Le ventre en avant, les reins cambr&#233;s, une main pos&#233;e sur la hanche, un peu en arri&#232;re, et l'autre qui caresse le ventre. Elle a mis le cabas plein de victuailles entre les si&#232;ges. Elle attend l'annonce de d&#233;part du train pour s'asseoir. Elle prom&#232;ne le regard sur les autres passagers puis le glisse sur le quai o&#249; un homme essaie d'attirer son attention. Il lui fait signe de s'approcher de la fen&#234;tre. Elle fait celle qui ne comprend pas et lui envoie un baiser du bout des l&#232;vres accompagn&#233; d'un sourire plein de charme. Elle entend le haut-parleur puis le claquement des portes automatiques. Elle s'assoit sur le bord du si&#232;ge, les pieds cot&#233; couloir et &#224; l'aide des bras se tire en arri&#232;re jusqu'&#224; ce qu'elle atteigne la vitre. Alors elle pivote en tenant son ventre. Le train d&#233;marre. il lui faut trouver une position plus confortable.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une femme noire de peau. Du grand sac de tissus bariol&#233; en bandouli&#232;re, elle tire un portefeuille. Elle l'ouvre et cherche le billet de train parmi maints papiers qu'elle doit ranger, qu'elle rangera en rentrant si elle n'oublie pas, entre temps, qu'elle doit le faire. Elle regarde dans tous les compartiments du portefeuille, rien ! Elle fouille dans le grand sac en retournant toutes les choses plus ou moins utiles qu'elle y a entass&#233;es. Elle s'&#233;nerve. Sort une partie du contenu du sac sur le si&#232;ge, secoue les revues, secoue un livre, d&#233;plie un ch&#226;le, extirpe un parapluie pliant, examine la trousse de maquillage, rien ! Exasp&#233;r&#233;e elle remet tout en vrac dans le sac et machinalement t&#226;te les poches de son jean, plus par acquis de conscience que par conviction. Elle y trouve le billet. Elle rel&#232;ve la t&#234;te qu'elle avait jusqu'alors maintenue baiss&#233;e comme une p&#233;nitente de couvent. Ses yeux se plissent de contentement. Les cheveux cr&#233;pus savamment relev&#233;s en une touffe vaporeuse au-dessus d'une t&#234;te port&#233;e par un long cou gracile, des l&#232;vres charnues et bien dessin&#233;es, un large front lisse couleur d'&#233;b&#232;ne, un nez court et l&#233;g&#232;rement &#233;pat&#233;, elle a tout du clich&#233; de la belle africaine. Et elle est vraiment belle ! Elle se glisse rapidement &#224; sa place, s'affale presque, regarde autour d'elle. Le train d&#233;marre. Elle sort une revue de son sac&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une femme ob&#232;se. L&#233;g&#232;rement maquill&#233;e, les cheveux courts teint&#233;s de reflets l&#233;g&#232;rement roux, une robe ocre jaune de toile l&#233;g&#232;re, un sourire aux coins des l&#232;vres aussi l&#233;ger que celui de la Joconde&#8230; tout est l&#233;ger en elle. Tout sauf son poids. Elle est grande et elle est atteinte d'ob&#233;sit&#233;. Elle regarde le num&#233;ro des places puis l'espace qui lui est allou&#233;. Elle semble d&#233;sol&#233;e. Pas beaucoup d'espace. Elle tient un petit sac &#224; main qu'elle lance sur le si&#232;ge c&#244;t&#233; fen&#234;tre. Elle remonte l'accoudoir et se retourne pour &#234;tre dos aux si&#232;ges. Elle se tient aux dossiers de part et d'autre et plie lentement les genoux en freinant du mieux possible la descente vers l'assise du si&#232;ge. Quand elle sent qu'il n'y a plus aucune crainte &#224; avoir sur un &#233;crasement trop violent, elle l&#226;che les dossiers. Elle est assise. Elle entreprend de pivoter. Des gestes familiers. Une longue habitude de ce corps encombrant. Elle s'installe c&#244;t&#233; couloir. Elle r&#233;cup&#232;re son sac. Le train d&#233;marre. Le voyage va &#234;tre long&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une femme voil&#233;e int&#233;gralement. Seuls points de rep&#232;re, la silhouette et les lunettes. Elle est donc myope, ou astigmate ou bien cache-t-elle aussi ses yeux derri&#232;re les verres neutres de lunettes &#224; monture &#233;paisse et noire. La silhouette d'un fant&#244;me noir de geai. Pas tr&#232;s grande, plut&#244;t menue. Agile. Elle se glisse rapidement &#224; sa place accompagn&#233;e par les regards interrogatifs des passagers pr&#233;sents. Bien adoss&#233;e au fond du si&#232;ge, raide dans sa posture, les mains gant&#233;es de noir pos&#233;es sur les genoux, la t&#234;te tourn&#233;e vers le quai, elle ne bouge plus. Le train d&#233;marre. Vers quels horizons ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;8&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une femme d'&#226;ge mur. Elle balance son sac &#224; main en cuir violine sur le fauteuil pr&#232;s de la fen&#234;tre et y laisse, avec une certaine &#233;l&#233;gance, tomber son corps &#233;reint&#233; et un soupir de soulagement. Tous ses muscles se d&#233;tendent laissant apparaitre une douceur naturelle sur le visage. Puis elle jette un coup d'&#339;il sur le quai sans vraiment chercher &#224; voir ce qui s'y trame. Son regard est ailleurs. Elle ferme les paupi&#232;res. Au fond de ses yeux sombres se dessine peut-&#234;tre l'espoir d'une &#238;le, d'un port o&#249; d&#233;poser la fatigue que des cernes bleut&#233;s l&#233;g&#232;rement nacr&#233;s trahissent. Derri&#232;re la vitre une ville qui va la quitter. Une ville amie des nuages, une ville ruisselante de conformit&#233;. Y &#233;tait-elle la bienvenue ? Elle &#233;tend ses jambes sous le si&#232;ge avant, pr&#234;te &#224; plonger dans les m&#233;andres de son imagination. De belles jambes fines et bien galb&#233;es, mises en valeur par une jupe serr&#233;e au-dessus des genoux. Elle frissonne, appuie la t&#234;te contre la vitre, une main pos&#233;e sur le sac &#224; mains, l'autre sur le bord de fen&#234;tre. Le train d&#233;marre. Elle ouvre les yeux et se redresse.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;9&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une femme agit&#233;e. Elle se retourne constamment et tient son sac coll&#233; au ventre. Elle a rep&#233;r&#233; la place mais elle s'int&#233;resse tout d'abord aux passagers d&#233;j&#224; install&#233;s. Elle les d&#233;visage un par un avec ses petits yeux de myope, en toute indiscr&#233;tion. Elle jette un coup d'&#339;il sous la banquette, sur l'&#233;tag&#232;re qui court le long du wagon, dans la poubelle. Elle a un corps maigre, secou&#233; par des tremblements non maitris&#233;s. Elle regarde une derni&#232;re fois derri&#232;re elle avant de se glisser rapidement vers sa place. Assise, elle est comme un ressort. Elle se l&#232;ve pour enlever la veste. Se rassoit, se rel&#232;ve pour couvrir ses &#233;paules avec la veste et se rassoit. Elle se rel&#232;ve pour savoir qui vient de rentrer dans le wagon. Se rassoit. Le train d&#233;marre. Elle se ratatine sur le si&#232;ge comme si elle ne voulait pas qu'on l'aper&#231;oive depuis le quai qui d&#233;file. La peur ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;10&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Androgyne. Elle, ou peut-&#234;tre il, range son cartable sur l'&#233;tag&#232;re au-dessus des si&#232;ges. Se glisse jusqu'&#224; la place c&#244;t&#233;-fen&#234;tre, passe une main plut&#244;t &#233;paisse, une main de travailleur manuel, sur l'assise pour enlever quelques miettes, baisse le rideau et se laisse aller au fond du fauteuil, le regard dans le vague. Elle, ou peut-&#234;tre il, a des cheveux bruns tr&#232;s courts, d'&#233;pais sourcils noirs, une peau lisse et m&#226;te, des l&#232;vres &#233;paisses bien ourl&#233;es, un nez assez imposant. Ses yeux noirs sont soulign&#233;s au kh&#244;l, poudre min&#233;rale faisant &#233;chos &#224; une petite perle noire plant&#233;e sur le lobe de son oreille gauche. Elle, ou peut-&#234;tre il, porte un costume veste pantalon en lin naturel et une chemise blanche au col Mao largement ouvert sur une petite chaine en or et une m&#233;daille repr&#233;sentant une mante religieuse. Elle, ou peut-&#234;tre il ferme les yeux tandis que le train d&#233;marre.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : J'ai d'abord recherch&#233; dans les textes d&#233;j&#224; produits pour l'atelier les phrases susceptibles d'&#234;tre int&#233;ressantes. Puis j'en ai choisi une dans &#171; Eclipse de lune &#8211; roman &#187; : [Elle s'installa c&#244;t&#233; fen&#234;tre]. Dans un premier temps j'ai commenc&#233; &#224; chercher dans ma biblioth&#232;que des livres dans lesquels je pouvais retrouver cette situation, en me disant que j'allais faire un cut-up de 10 occurrences. Je suis tomb&#233;e sur la Modification de Michel Butor dont j'ai relu le premier chapitre. Bonne impr&#233;gnation, changement de cap. Je me suis alors demand&#233; qui pourrait &#234;tre &#171; elle &#187; dans la phrase. Qui je voyais en lisant &#171; elle &#187; et qui j'aurais pu voir. J'ai list&#233; les images qui me venaient et je les ai d&#233;clin&#233;es. C'est tr&#232;s descriptif.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;4. le carnet&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4919&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vieille. Vieille et seule. La trivialit&#233; de la vie frappe aux carreaux des tristes fen&#234;tres du balcon. La vieille se retire dans son chagrin. Refuge. Vibrations douloureuses. Elle se rabougrit dans le ruban de Moebius de ses ruminations. Prostr&#233;e. Perdue dans le monde &#233;troit de ceux qui restent, cro&#251;tons d'une vie bien entam&#233;e. Brutalement vieillie. La mort a assassin&#233; son mari. Ses rides crient maintenant l'injustice, l'escroquerie, la cruaut&#233; de la grande faucheuse. Sa tignasse sel et poivre ramass&#233;e trop rapidement sur une nuque soumise donne &#224; voir le renoncement. Son corps lui fait horreur. Sa carcasse grince aux articulations. Tous les matins elle arrose les soucis sur le balcon. C'est tout ce qu'elle peut encore donner. De l'eau aux soucis &#224; l'heure o&#249; les chiens prom&#232;nent leurs maitres avec condescendance. Seule. Elle mange de petits repas bien &#233;quilibr&#233;s, seule. Elle dort d'un sommeil &#224; &#233;craser les plus grandes arm&#233;es, seule. Elle chante, seule. Non ! En fait elle ne chante plus. Elle &#233;coute de la musique seule, &#224; fleur de peau. Elle se prom&#232;ne sur des voies ferr&#233;es d&#233;sert&#233;es, seule. De son regard noir elle repousse toute intrusion. Elle prend son verre de Porto au go&#251;t amer, seule. Le dimanche c'est un Americano. Elle y gagne en ivresse, tristesse solitaire. Les caresses aussi sont en solitaire. Elle croit sa vie derri&#232;re elle. Pas d'&#233;nergie pour faire autrement. A l'abri des rideaux jaunis par la mis&#232;re, elle guette, seule. Elle esp&#232;re ramasser des miettes d'histoires. Les gober, les ruminer, les transcrire sur le gros carnet marron, celui qu'elle n'a pas termin&#233; avant qu'il ne meure. Celui qu'elle avait commenc&#233; lors de leur voyage en Islande. Son obsession, finir ce carnet. Elle n'a plus rien &#224; &#233;crire d'eux. Eux, n'existe plus. Mais un carnet, &#231;a se termine !&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette femme n'a plus vingt ans depuis longtemps. La vie coule, harmonie insouciante du monde. Il y a, en la femme, une douleur infinie, une m&#233;lancolie profonde qui appelle l'estime. Elle semble absente au moment pr&#233;sent, noy&#233;e dans une r&#234;verie sombre o&#249; flottent les fant&#244;mes de son pass&#233;. Quand leur histoire s'est invit&#233;e au mausol&#233;e de leur amour elle a &#233;pous&#233; l'&#226;ge d'airain. De tendres sillons parcheminent maintenant son visage us&#233; par les pleurs. Elle se fond dans la nostalgie, dans la houle morose de ses regrets. Son ample chevelure blanchit dans le d&#233;sordre de ses pens&#233;es. Elle a mal &#224; ses membres, &#224; son &#226;me. Elle pleut sur les fleurs comme il pleut en son c&#339;ur. Elle se fane lentement tandis que se pavanent la gente canine en bonne compagnie. Sola, &#232; sola. Mangia da sola. Dorme da sola. Canta da sola. Non ! non canta pi&#249; ! Les notes de la gamme d&#233;goulinent dans le caniveau de sa m&#233;moire. D&#233;gouline l'alcool, d&#233;gouline l'amour. Tout s'&#233;vanouit. Le lendemain, p&#226;le destin, s'&#233;loigne dans la brume. O ! comme elle est seule ! Enroul&#233;e dans le lin du voilage, elle espionne la vie qui se d&#233;roule loin de son &#226;ge, sur la pelouse de l'esplanade. Elle en demande les romances de celles-l&#224; m&#234;me qui se baladent sans tourments, fl&#226;nant entre les tilleuls en fleurs. Elle voudrait les d&#233;poser sur les feuilles ivoirines de son journal d'Islande. Elle voudrait que ce carnet ne soit pas celui du deuil. Une belle histoire est finie. D'autres continuent. Mouvement perp&#233;tuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;div class=&lt;mini&#034;&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai commenc&#233; par le ton dur. Le rythme me correspond davantage. J'ai beaucoup utilis&#233; sur word la fonction &#171; dictionnaire des synonymes &#187; qui m'a permis de choisir des mots en fonction de leur sonorit&#233;. Le son &#171; r &#187; sonne dur pour moi. En fran&#231;ais il n'est pas roul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis j'ai repris le texte pour l'adoucir par les mots et par l'approche s&#233;mantique sans en enlever le tragique. J'ai utilis&#233; un peu d'italien dont la chanson me parait douce. Les sons &#171; l &#187; , &#171; m &#187; et &#171; n &#187; me sont doux &#224; l'oreille. J'ai aussi un peu jou&#233; avec des poncifs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;3. incipits&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4918&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Eclipse de lune (roman)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Elle traversa le d&#233;sert du grand hall d'un pas l&#233;ger. Le train entrait en gare. Ils n'&#233;taient pas nombreux &#224; patienter sur le quai. Elle n'y pr&#234;ta pas attention, attendit l'arr&#234;t complet de la locomotive et se dirigea vers le wagon num&#233;ro trois. Personne n'en descendit. Elle ouvrit la porte et monta. Elle se dit alors&#8230; c'est pas si dur que &#231;a &#8230; je comprends pas pourquoi je m'en faisais tout un patacaisse&#8230; partir&#8230; Elle sourit. Yesss ! &#8230; foutre le camp&#8230; quitter cette putain de ville ! Ouais ! j'en ai mis du temps avant de me d&#233;cider&#8230; quelle conne ! Mais quelle conne ! Je suis vraiment nulle de chez nulle ! Elle s'avan&#231;a dans l'all&#233;e &#224; la recherche de la place r&#233;serv&#233;e le matin m&#234;me alors que le soleil n'avait pas encore franchi l'horizon. Elle fredonna dans sa t&#234;te Pars ! Et surtout ne te retourne pas ! Mais elle savait que la fin ne serait pas comme dans la chanson d'Higelin. Elle ne reviendrait pas. Elle voulait&#8230; elle ne savait pas vraiment quoi mais elle le voulait. C'est comme vouloir na&#238;tre une seconde fois&#8230;C'est dr&#244;le&#8230; cette homophonie n'&#234;tre&#8230; na&#238;tre. C'est comme&#8230; je me casse&#8230; et je me casse&#8230; deux moments, deux sens&#8230; Elle trouva enfin la place. Elle s'installa c&#244;t&#233; fen&#234;tres. Sans voisin imm&#233;diat. Elle regarda sa montre. Deux minutes encore et s'en &#233;tait fini de cette ville. J'en reviens pas ! Je -vais-quitter- d&#233;-fi-ni-ti-ve-ment ce trou du cul du monde ! Sont pas pr&#232;s de me revoir ! Quand le train d&#233;marra elle n'eut m&#234;me pas un regard vers ce paysage d'une urbanit&#233; lugubre. Elle sortit un carnet et un crayon et se mit &#224; &#233;crire tandis que le train prenait de la vitesse. Quand elle leva les yeux, son regard &#233;tait vide. Vide sa t&#234;te, vide son c&#339;ur. Elle avait tout laiss&#233; sur le quai. Il n'y avait personne pour les r&#233;cup&#233;rer. Elle vivait seule, elle n'aimait pas la permanence de quelqu'un &#224; ses c&#244;t&#233;s. Elle avait eu des amours. Pas beaucoup d'amis. Elle ne les avait pas pr&#233;venus. Elle n'avait pr&#233;venu personne pour la simple et bonne raison que la veille encore elle ne savait pas qu'elle allait partir. Ce qui l'avait d&#233;cid&#233;e &#233;tait &#233;trange. La nuit pr&#233;c&#233;dente, la lune &#233;tait apparue immense au-dessus des immeubles. Elle &#233;mettait un rayonnement d'une intense beaut&#233;. Elle aimait la lune. Elles passaient du temps ensemble lors de ses insomnies. Cette nuit-l&#224;, tandis qu'elles se souriaient avec beaucoup de tendresse, elle avait ressenti une &#233;nergie nouvelle se diffuser dans tout son corps. Une impression d'ivresse, de douce euphorie qui se distillait dans les veines. Autour d'elle tout avait paru autre, tout avait dit la laideur. Les immeubles, les rues &#233;troites encombr&#233;es de poubelles, les rideaux m&#233;talliques tout rouill&#233;s baiss&#233;s sur les boutiques, les r&#233;verb&#232;res dont un sur deux n'&#233;clairait plus, les panneaux tordus, les portes tagu&#233;es, tout ce pour quoi elle avait &#233;prouv&#233; une certaine indulgence parce que c'&#233;tait son enfance, c'&#233;tait sa vie, tout lui avait saut&#233; aux yeux dans son &#233;vidente laideur ! Elle avait alors ressenti comme une urgence. Il fallait qu'elle parte. Elle &#233;tait partie. Dans l'heure qui avait suivi cette m&#233;tamorphose elle avait r&#233;serv&#233; un billet dans le premier train du matin sans se soucier de la destination, fait une petite valise dans laquelle elle n'avait mis que le strict n&#233;cessaire, &#8230;le reste je l'ach&#232;terai au fur et &#224; mesure&#8230;, &#233;crit deux mots au propri&#233;taire et laiss&#233; un ch&#232;que sur la table de la cuisine qui couvrait les trois mois de pr&#233;avis. Elle n'avait pas de destination pr&#233;cise, juste le terminal du train, et pas de projet. Son seul d&#233;sir, partir, quitter cette ville. Dans le taxi qui l'avait conduite &#224; la gare elle s'&#233;tait retourn&#233;e quand le balcon de son appartement avait disparu au coin d'une rue. Aucun remord. Juste un sentiment du devoir accompli. Voil&#224; ! C'est fait ! Ya plus qu'&#224;&#8230; Dans le train elle &#233;tait &#233;tonn&#233;e de ne ressentir aucune inqui&#233;tude. Il lui semblait qu'elle avait une confiance absolue en un hasard bienveillant. Il serait son fil conducteur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Eclipse de lune (nouvelle)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout a bascul&#233; un soir de pleine lune. Avant, l'id&#233;e de partir ne faisait que l'effleurer. Mais ce soir-l&#224; c'&#233;tait une &#233;vidence, une n&#233;cessit&#233; absolue. Pas besoin de raisons. Elle devait partir, quitter cette ville, se d&#233;faire de ses attaches, se d&#233;barrasser de ses carcans. Elle devait suivre la lune. Appara&#238;tre, dispara&#238;tre, un peu, beaucoup, pleinement. Quand le propri&#233;taire de son appartement, un ancien amant, d&#233;couvrit la lettre qu'elle lui avait adress&#233;e, il fut sid&#233;r&#233; et prit peur. Il fouilla l'appartement &#224; la recherche d'un indice qui lui indiquerait quelque chose de sa fuite. Si tant est que ce soit une fuite !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Pour le roman j'avais dans mes souvenirs une fuite programm&#233;e dans Kafka sur le rivage de Murakami. J'ai eu envie de prendre le contre-pied avec un d&#233;part inattendu sans motif raisonnable
&lt;p&gt;Pour la nouvelle j'ai voulu travailler sur la m&#234;me id&#233;e, la m&#234;me histoire mais le r&#233;sultat ressemble davantage &#224; une 4&#232;me de couv'.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;2. la tentation&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4917&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Par l'entreb&#226;illement de la porte. Ils n'ont pas entendu frapper. Ils n'ont pas entendu la porte s'ouvrir lentement et se figer en laissant passer cette image d'eux, prise dans un cadre tout en hauteur. Ils apparaissent dans la partie haute du cadre, au bout d'un couloir sombre, anim&#233;s dans la lumi&#232;re diffuse de ce jour d&#233;sesp&#233;r&#233;ment terne. Ils sont assis face &#224; face. Lui devant une assiette vide. Il &#233;miette nerveusement une tranche de pain qu'il ne quitte pas des yeux, les &#233;paules et la t&#234;te en avant, comme celles d'un taureau pr&#234;t &#224; foncer. Elle, elle se l&#232;ve sans cesse et disparait du cadre. Elle ne revient jamais les mains vides. Elle met le couvert, tout en parlant aux murs qui semblent las de ce verbiage incessant. Un long moment d'absence. Il l&#232;ve la t&#234;te et fixe un point devant lui&#8230; Elle ? Une odeur de poisson se r&#233;pand jusqu'&#224; l'embrasure de la porte. Il baisse la t&#234;te et ramasse les miettes dans l'assiette pour les transformer en boulettes. Elle revient. Pose un plat fumant entre eux le sert, se sert, et s'assoit. Il prend les couverts, le couteau, le regarde longuement, la regarde, regarde son assiette. Il pose les couverts, repousse l'assiette, se l&#232;ve et disparait. Elle jette violemment le torchon par terre, se prend la t&#234;te entre les mains, coudes appuy&#233;s sur la table, et se met &#224; sangloter. Il r&#233;apparait un paquet enrubann&#233; de lettres &#224; la main. Il les pose devant elle, l'observe. Elle se d&#233;compose devant son regard insistant. Il recule, hors-champ, avance, dans le cadre, il se penche comme pour lui murmurer quelque chose &#224; l'oreille, une main agripp&#233;e au dossier de la chaise. Mais il se rel&#232;ve brutalement et fout le camp. Elle se l&#232;ve, tourne lentement autour de la table et sort du cadre. Dans l'entreb&#226;illement de la porte, au bout d'un couloir sombre, sur une table embarrass&#233;e, un paquet de lettres.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
M'est venue d'abord l'id&#233;e de la porte entrouverte, de la place du voyeur involontaire (?). Puis des images &#8230; celles de tableaux d'Edward Hopper et du film &#171; Le chat &#187; avec Gabin et Signoret.
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;1. l'esplanade&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4916&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas tout &#224; fait 9h du matin un dimanche de printemps. Il fait beau. Les rues sont d&#233;sertes. La fontaine dort encore. Les tilleuls align&#233;s en fer &#224; cheval autour de la pelouse commencent tout juste &#224; distiller dans l'air ti&#232;de du matin un parfum doucereux. Ici et maintenant c'est l'heure des chiens. La vieille dame sort sur son balcon. Elle sait qu'ils vont arriver, conduits par leurs maitres. Aujourd'hui elle parierait bien sur le jeune homme aux chaussures rouges. Il arrivera le premier, du moins c'est ce qu'elle souhaite. Le voir tout seul avec son chien. Il s'approchera peut-&#234;tre davantage de l'immeuble. La vieille dame n'y connait rien en chiens mais elle dirait que celui-l&#224; c'est plut&#244;t un labrador, un labrador chocolat. Elle le dirait, parce que le mot sonne bien dans sa t&#234;te et que sans doute un jour, elle ne sait pas vraiment quand, mais un jour quelqu'un lui a dit que les chiens comme celui-l&#224; s'appelaient des labradors... Et puis que &#231;a va bien avec le jeune homme aux chaussures rouges. C'est un homme athl&#233;tique, cheveux bruns boucl&#233;s autour d'un visage p&#226;le, chemise grenat ouverte sur un tee-shirt gris. Ce matin il est ras&#233; de pr&#232;s. Il a pris son temps avant de quitter la maison. Il n'aime pas arriver le premier. Il ne sait que dire. S'il arrive quand les filles sont d&#233;j&#224; l&#224; avec leurs chiens, il se sent moins emprunt&#233;&#8230; Les chiens se font la f&#234;te, les filles bavardent entre elles et l'invitent &#224; participer &#224; la conversation par des rires bruyants. La vieille dame ne les appr&#233;cie gu&#232;re. Elle les trouve trop exub&#233;rantes. En fait, elles sont &#171; nature &#187;, sans complexe affich&#233;, &#224; l'aise&#8230; tout ce dont est d&#233;pourvu le gar&#231;on&#8230; qui les envie. Il tra&#238;ne sa timidit&#233; au bout de son regard. Il a souvent pens&#233; &#224; consulter mais il pense avoir trouv&#233; mieux&#8230; un chien. Cette chienne ! Ce labrador qu'il a appel&#233;e Freyja, comme la d&#233;esse nordique de l'amour. Freyja, elle est jeune. Elle est affectueuse. Elle est joueuse aussi, et quand elle sort avec lui elle tire sur la laisse pour arriver plus vite pr&#232;s de ses compagnons de jeux. Elle jappe de temps en temps quelques mots d'impatience. Son ma&#238;tre lui sourit. Lui aussi est impatient. De loin il voit sur le balcon du premier &#233;tage la vieille dame en kimono couleur abricot. Elle arrose ses plantes et rentre. Il comprend que les filles sont d&#233;j&#224; l&#224; avant de les voir. Quand il est tout seul, elle reste sur le balcon. Sinon elle disparait une fois l'arrosage termin&#233;. La vieille dame est d&#233;&#231;ue. Elle rentre et ferme les rideaux mais reste discr&#232;tement au coin de la fen&#234;tre. C'est plus fort qu'elle. Il faut qu'elle sache. Freyja est l&#226;ch&#233;e. Elle se pr&#233;cipite vers les filles et leurs chiens qui sont encore en laisse. Une des filles, petite et blonde, fait un signe de la main en direction du nouveau venu et lui lance un au revoir plein de rires. L'autre l&#226;che son chien et se tourne vers Freyja. Commence alors une &#233;trange chor&#233;graphie entre elle et la chienne. Et tout en sautillant elle se rapproche du gar&#231;on. C'est ce qu'elle veut. Lui parler. Elle a per&#231;u sa timidit&#233;. Depuis plusieurs jours ils se c&#244;toient. Gr&#226;ce aux chiens. Mais ils ne se parlent pas. Ou si peu. Et chaque fois il rougit. Elle y a r&#233;fl&#233;chi&#8230; &#231;a sera plus simple sans sa copine. Elles sont d'accord. Voil&#224;, elle est &#224; c&#244;t&#233; de lui ! Elle lance une balle. Freyja et le chien jaune partent en courant. La vieille dame derri&#232;re le rideau se dit que cette petite, elle est maline ! La fontaine s'est mise en route. Le bruit des jets d'eau couvre les paroles et en partie les aboiements. Alors, elle abandonne son poste d'observation. Demain sera un autre jour. Pendant ce temps ils ont &#233;chang&#233; leur pr&#233;nom. Il est un peu d&#233;&#231;u, elle s'appelle Sabrina, il n'aime pas du tout&#8230; il r&#234;vait d'un nom plus&#8230; mais non, c'est idiot, on ne choisit pas son pr&#233;nom ! Elle, elle est ravie de pouvoir le nommer, Laurent ou Lorent, elle a oubli&#233; de lui demander comment il l'&#233;crit&#8230; Trois jeunes gens, gros sacs &#224; dos, chiens en laisse et bi&#232;res &#224; la main viennent s'installer sur l'un des bancs prot&#233;g&#233;s par des rosiers pourpres. Ils parlent fort. Ils semblent d&#233;j&#224; sous l'emprise de l'alcool. Laurent et Sabrina rappellent leurs chiens et s'&#233;loignent. Freyja traine en se retournant vers les nouveaux venus. Des compagnons de jeu ? Les jeunes sortent d'autres bi&#232;res de leurs sacs, et une gamelle que l'un d'eux va remplir dans l'eau de la fontaine. Il la trouve fra&#238;che. Il se rince le visage. Il r&#234;ve d'un bain dans les eaux d'un lac en montagne. Quand il est parti sur les routes, c'est l&#224; qu'il voulait aller, en montagne ! Puis les rencontres en ont d&#233;cid&#233; autrement. Il est bien plus faible que ce qu'il pensait. Et influen&#231;able. Il s'est donn&#233; un an pour aller jusqu'au bout de cette exp&#233;rience. Il se dit qu'il faut qu'il fasse attention de pouvoir en revenir. Sa vie n'est pas l&#224;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
J'ai d'abord pens&#233; &#224; l'&#233;puisement d'un lieu (l'esplanade) fa&#231;on Perec, en imaginant ce qui peut bien se dire dans la t&#234;te des personnages de passage sous forme de petits monologues int&#233;rieurs. Mais c'est venu autrement alors j'ai laiss&#233; faire&#8230; l'essentiel &#233;tait pour moi de mettre le pied &#224; l'&#233;trier
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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