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	<title>DIRE, la revue de Tiers Livre</title>
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<item xml:lang="fr">
		<title>le roman de C&#233;line Bernard</title>
		<link>https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article590</link>
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		<dc:date>2020-11-11T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Celine Bernard</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;cycle &#233;t&#233; 2020 | outils du roman&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;&#233;t&#233; 2019 | outils du roman&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.celine-bernard.blogspot.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;celine-bernard.blogspot.fr/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;a href=&#034;http://www.collectif-turbulences.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;collectif-turbulences.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;20. traverser les yeux ferm&#233;s&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Fermer les yeux. Fermer les yeux les oreilles la bouche pour ne plus retenir le saut. Fermer les yeux pour ne pas voir le blanc le vide le trou qui s'&#233;largit, enfin on pense qu'il s'&#233;largit, &#224; force de ne pas regarder, de ne pas vouloir se pencher, &#224; force de reculer pour ne pas &#234;tre trop pr&#232;s, on sait jamais si un coup de vent nous retournait l&#224;, nous pr&#233;cipitant tout au fond, on aurait rien vu, rien de rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fermer les yeux pour laisser s'&#233;chapper ce blanc, cette brume qui enveloppe tout, cette vitre &#224; travers laquelle le monde se regarde, le monde se met en mouvement depuis le d&#233;but, depuis les d&#233;buts dans la chambre papier fleurs roses, chien ventre vide, travailleuse o&#249; l'on ne range plus depuis longtemps les fils par couleurs et les boutons par taille ni m&#234;me les aiguilles par ordre mais bijoux ornements tr&#233;sors et lettres oubli&#233;es dont la texture r&#234;che s'effrite sous le doigt &#224; force de temps et d'humidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ferme les yeux et j'entends le silence, le bruit que fait le silence dans les oreilles, ces petits bourdonnements, abeilles invisibles qui butinent le papier peint qui butinent mes cheveux ma peau. Je ferme les yeux et par la fen&#234;tre grande ouverte s'engouffrent air des sapins, meuglement des vaches, frais de la pluie et brume de novembre qui pique le matin les extr&#233;mit&#233;s, doigts engourdis sur le chemin jusqu'&#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regarde le chemin qui descend, le chemin broussailles et ronces qu'il faudrait bien nettoyer un peu, ne pas laisser tout envahir, ne pas laisser l'entr&#233;e se refermer. Je suis le chemin, et se pr&#233;cipitent en moi l'odeur des m&#251;res, les for&#234;ts qui p&#233;pient et mart&#232;lent &#224; rythmes r&#233;guliers la mort qui s'approche. Je continue &#224; avancer, je descends plus profond, l'air devient plus rare, la clart&#233; plus lumineuse. Je vois la steppe d&#233;serte, les buissons courts et les plateaux ronds balay&#233;s par les vents, malmen&#233;s par l'air puissant qui s'engouffre, &#233;galise, ne laisse rien pousser, libert&#233; sauvage des plateaux recul&#233;s, odeurs piquantes des fleurs rares, parfum des herbes br&#251;l&#233;es. J'arpente chaque centim&#232;tre carr&#233;, je veux conna&#238;tre la saveur de la terre, de la poussi&#232;re, son go&#251;t d'argile &#224; tel endroit, son odeur de musc &#224; tel autre, je veux que s'imprime sous mes ongles la mati&#232;re du chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait nuit maintenant. Tout est recouvert de cette &#233;paisse obscurit&#233; qui laisse les mouvements de la nuit se d&#233;ployer plus lentement. Plus j'avance dans le noir, plus le chemin serpente et descend, plus j'avance, plus je sais qu'il ne faut pas se retourner, ne pas revenir en arri&#232;re, continuer d'avancer et ne pas regarder &#224; qui sont ces pas derri&#232;re moi qui m'accompagnent, au risque de ne jamais revoir la lumi&#232;re, au risque de le voir dispara&#238;tre, de voir s'envoler en fum&#233;e celui &#224; qui j'ai confi&#233; mes r&#234;ves.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;h2&gt;14. Li, monologue du condamn&#233;&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article3575&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; je suis mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'&#233;tait que &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le ventre et la gorge qui s'affolent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Comme quand on descend un ascenseur trop vite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui se gonflent d'un souffle qui frissonne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Puis s'envole.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ballon dans le ciel &#224; l'approche du Nouvel An.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon souffle s'&#233;l&#232;ve l&#224;-haut dans les ciels que j'ai aim&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mon corps, lui, n'est que chair flasque aux c&#244;t&#233;s d'autres.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis mort, oui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais il faut le temps que je m'habitue.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je vois pas bien la diff&#233;rence pour l'instant.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ou plut&#244;t si.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai plus le ventre qui crie.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui hurle &#224; la faim quignon de pain jet&#233; par l'ouverture noire de la cellule.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai plus gorge en grains de sable &#224; l'attente d'une goutte d'eau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelques gouttes pour soulager la craie de la bouche.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nombreux ici.&lt;br class='autobr' /&gt;
Combien de moi de nous en m&#234;me temps sont morts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cocktail dans mes veines coule encore le poison.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de dernier repas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pas de derni&#232;re visite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai plus que mon &#226;me maintenant qui flotte au dessus de mon corps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je me regarde depuis l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Blanc et noueux.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai envie de me parler.&lt;br class='autobr' /&gt;
De me pencher et de me murmurer &#224; l'oreille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis encore l&#224;. Tu m'entends ? Je ne suis pas mort. Pas tout &#224; fait. je suis l&#224;. Tu me vois ? Que vont-ils faire de toi. De moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Est-ce que les autres aussi sont l&#224; ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Sous le m&#234;me drap ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Je suis peut-&#234;tre mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais je ne tiens pas a partager le m&#234;me lit que ces cr&#233;tins.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parce que je ne suis qu'un corps alors voil&#224;. Apr&#232;s la faim. Apres la soif. Voil&#224; qu'ils nous accouplent. Vivants nous n'avions d&#233;j&#224; plus de dignit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis longtemps il n'y avait plus rien. Ni fiert&#233; ni vengeance ni orgueil. Qu'y a t-il de possible quand la gorge br&#251;le au point de cracher sang de tordre ventre en attendant une goutte d'eau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vivants nous &#233;tions entass&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Morts nous ne le sommes pas moins. Partageant le m&#234;me lit. Nos jambes se chevauchant. Nos corps se superposant comme paquets &#224; empiler.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que &#231;a prenne le moins de place possible.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; je suis mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce n'est que &#231;a.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est &#231;a alors.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette attente.&lt;br class='autobr' /&gt;
Combien de temps faudra t-il pour que mon souffle s'envole vers la mer. Ne voit plus ce corps qui ne me ressemble plus. Tas de chair dont les traits s'estompent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'aurais pas d&#251; mourir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux ans de bonne conduite.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'aurais pas d&#251;.&lt;br class='autobr' /&gt;
J'aurais du sortir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Purger la peine pour ce couteau rip&#233; dans le ventre d'un homme, l&#224;-bas au port. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment ont-ils d&#233;cid&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nombre de visites.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nombre d'enfants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Age. Poids. Taille. Pass&#233; m&#233;dical.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nombre d'op&#233;rations.&lt;br class='autobr' /&gt;
Groupe sanguin.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout le monde est pass&#233; le mois dernier.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mains du m&#233;decins brusques et r&#234;ches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des visites j'en ai jamais eu.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qui aurait pu venir.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des ann&#233;es parti l&#224;-bas.&lt;br class='autobr' /&gt;
Parti avec les premiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
Manutention sur les chantiers.&lt;br class='autobr' /&gt;
L&#224;-bas sur les cotes d'Afrique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peau jaune sous le soleil dur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Eclat rouge de la terre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cabane l&#224;-bas bord de la mer.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et sa voix &#224; elle qui monte dans mes oreilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une heure &#224; peine que je suis mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et ils sont entr&#233;s dans la pi&#232;ce. Ont demand&#233; l'heure pr&#233;cise.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand est-il mort ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ont soulev&#233; le bras. Impudiques ont d&#233;taill&#233; mon corps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel &#226;ge avait-il ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Parfait. Nous recherchons ce type de profil.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et lui ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Ont-ils demand&#233; en pointant du doigt mon voisin.&lt;br class='autobr' /&gt;
On vous envoie une voiture.&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;parez-vous. Il faut faire vite.&lt;br class='autobr' /&gt;
En sortant j'ai vu le plus grand.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'homme &#224; la cravate.&lt;br class='autobr' /&gt;
Glisser liasses de billets dans la main servile du directeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le remercier de son offrande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi je suis mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
La chance d'&#234;tre en bonne sant&#233;. D'&#234;tre encore jeune.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici quand vous atterrissez &#224; l'int&#233;rieur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si vous n'avez pas de visites comme moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous &#234;tes un corps en sursis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous &#234;tes dans un tunnel, un couloir qui conduit jusqu'&#224; cette pi&#232;ce.&lt;br class='autobr' /&gt;
Empilement de corps fraichement d&#233;c&#233;d&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Injections l&#233;tales r&#233;glement&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vous ne le savez pas encore. Mais vous &#234;tes d&#233;j&#224; pass&#233; de l'autre c&#244;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Votre nom ne vous sert plus &#224; rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne ne pronon&#231;ait mon nom.&lt;br class='autobr' /&gt;
Personne n'a prononc&#233; mon pr&#233;nom depuis des ann&#233;es.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ici on ne vous appelle pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ne vous demande pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
On ordonne. On oublie. On vous laisse vous &#233;triper pour un quignon de pain. On vous laisse en sursis pour un sexe dress&#233;, un sexe dont on vous oblige &#224; prendre soin, &#224; satisfaire. Et vous avez beau hurler. Aboyer comme un chien. Vous n'avez plus de mots. Vous n'avez plus de nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A peine un quart d'heure apr&#232;s la liasse de billets dans la peau moite du directeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
La porte s'ouvre &#224; nouveau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne sais pas si les autres peuvent l'entendre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je n'ai aucune envie de leur demander. De leur parler.&lt;br class='autobr' /&gt;
De rencontrer leurs &#226;mes qui m'ont salies le corps quelques heures avant.&lt;br class='autobr' /&gt;
La porte s'ouvre et des hommes &#224; blouse blanche s'activent autour de nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Brancards &#224; la main, ils enl&#232;vent &#224; nouveau le drap, d&#233;voilent mon corps nu et froid.&lt;br class='autobr' /&gt;
Commencent &#224; me soulever.&lt;br class='autobr' /&gt;
A me pousser sur le brancard. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'ai le temps d'observer celui qui pousse le brancard, de regarder une derni&#232;re fois le couloir sombre o&#249; ils sont venus nous chercher.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous acheter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je regarde la porti&#232;re se refermer sur mon corps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur les corps de ceux qui &#233;taient &#224; mes c&#244;t&#233;s sous le drap.&lt;br class='autobr' /&gt;
Maintenant que je suis mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Que mon souffle s'&#233;l&#232;ve vers le ciel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sais.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu ne devrais pas &#234;tre l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Inerte sous ce drap.&lt;br class='autobr' /&gt;
Je sais ce qu'ils veulent de toi, mon corps.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toi qui m'a port&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ils veulent ton coeur et ta peau.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tes cheveux et tes yeux.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tes reins et tes poumons.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu ne leur sers &#224; rien ici.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tu manges, tu bois et tu ne leur sers &#224; rien.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une fois mort tu auras contribu&#233; &#224; l'&#233;conomie du pays.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fait augmenter un peu le PIB.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quelqu'un &#224; l'autre bout de la plan&#232;te aura pris un avion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un billet pour lui.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un autre pour celui ou celle qui l'accompagne.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il aura pris un h&#244;tel tout confort pour sa convalescence.&lt;br class='autobr' /&gt;
Autant joindre l'utile a l'agr&#233;able.&lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis le temps quand m&#234;me qu'on lui parle de la grande muraille de chine.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne va pas passer a c&#244;t&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
C'est pas demain la veille qu'il y retournera en chine. enfin c'est ce qu'il croit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qu'il esp&#232;re.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il croise les doigts.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a pris une bonne assurance.&lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;serv&#233; le meilleur chauffeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
Profit&#233; des meilleurs restaurants.&lt;br class='autobr' /&gt;
Fait un emprunt pour payer l'op&#233;ration.&lt;br class='autobr' /&gt;
Tout un syst&#232;me. Une organisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et toi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Hier encore tordu par la faim.&lt;br class='autobr' /&gt;
Par la soif.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un corps pourtant qui continuait &#224; livrer bataille.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le jour o&#249; cet homme, sur un autre continent, a pris son billet d'avion.&lt;br class='autobr' /&gt;
Compar&#233; les prix.&lt;br class='autobr' /&gt;
Demand&#233; des devis.&lt;br class='autobr' /&gt;
Opt&#233; finalement pour le plus cher.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le confort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Vu le but du voyage on va pas m&#233;goter.&lt;br class='autobr' /&gt;
La vie ou la mort.&lt;br class='autobr' /&gt;
Justement ce jour l&#224;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Corps fourbu et ass&#233;ch&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Corps qui lutte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Moi.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand il a tap&#233; les chiffres de sa carte de cr&#233;dit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Inscrit le code secret au dos de la carte.&lt;br class='autobr' /&gt;
Quand l'&#233;cran a affiche paiement valid&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il a sign&#233; ton arr&#234;t de mort. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il a mis fin &#224; ma vie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : un mort qui sort d'un projet en cours, que j'avais d&#233;j&#224; en t&#234;te de faire parler, et voici que la proposition 14 est arriv&#233;e. Un projet qui a premi&#232;re vue peut sembler avoir tourn&#233; le dos &#224; Alma et les textes du d&#233;but, mais qui est pourtant reli&#233; par des liens th&#233;matiques - m&#234;me si ce n'est peut-&#234;tre pas le m&#234;me texte - une composition &#224; trouver, et voici qu'arrive la proposition 16, dont je ne sais pas encore que faire, mais qui vient pr&#233;cis&#233;ment faire &#233;cho &#224; mes questionnements sur la composition, la dramaturgie, le plan ou pas, la fa&#231;on dont appara&#238;t le texte, comme les polaroids, les photos dans le liquide de r&#233;v&#233;lation etc.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;13. le fait que&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4936&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le fait qu'elle n'a pas d'enfant, qu'&#224; son &#226;ge elle n'en aura pas, qu'elle n'en aura plus, le fait que certains trouvent &#231;a &#233;trange, parce que c'est bien connu y'a rien de mieux que les enfants, parce que ceux-l&#224; qui trouvent &#231;a &#233;trange se disent que quand m&#234;me qu'est-ce qu'il pourrait y avoir de mieux dans la vie, le fait que la vie se r&#233;duit parfois &#224; un instantan&#233; de boites, de cadres &#224; remplir, le fait qu'il y en a pour penser la vie en terme de boites, le fait que les boites elle a toujours aim&#233; &#231;a, mais pour d'autres raisons, pour y planquer des secrets, des phrases qu'elle voulait garder, des mots dont il fallait se souvenir, le fait que les souvenirs il y en a plein cette maison, le fait que cette maison elle n'y est pas retourn&#233;e depuis des ann&#233;es, le fait qu'elle n'a pas vu le temps passer, parce que la vie des fois elle tourbillonne, parce que la vie s'acc&#233;l&#232;re comme spirales et temp&#234;tes dans le ciel, le fait que plus le temps passe plus il s'acc&#233;l&#232;re, c'est bien connu &#231;a, que plus on est vieux plus &#231;a passe vite, le fait qu'elle commence peut-&#234;tre &#224; &#234;tre vieille, le fait que personne ne lui dit plus mademoiselle depuis longtemps, le fait que tout le monde semble pr&#233;f&#233;rer les jeunes, que les vieux ici font peur et que leur corps font fuir, le fait que les vieux deviennent invisibles avec le temps, le fait que personne n'aime les peaux frip&#233;es, que tout le monde tente de cacher ses fragilit&#233;s, le fait qu'elle se surprend parfois dans un miroir &#224; regretter le temps de sa jeunesse, alors que sa jeunesse n'est pas si loin, le fait qu'elle se surprend &#224; regarder les hommes et leurs corps s'arrondir avec le temps, le fait qu'elle r&#234;ve encore de flirts et de premiers regards, le fait qu'elle ne sait pas ce qu'elle va faire de cette maison, qu'elle est trop loin de la ville o&#249; elle vit, le fait qu'elle aime les villes, qu'elle aime marcher seule dans les villes, arpenter les trottoirs, et sentir la libert&#233; la traverser, le fait que les trottoirs dans son quartier sont encombr&#233;s de v&#233;los et couverts de crotte, le fait qu'elle aime ce quartier o&#249; tout se m&#233;lange, le fait qu'elle a vot&#233; vert aux derni&#232;res &#233;lections, le fait qu'elle ne croit plus aux &#233;lections, le fait qu'elle a vot&#233; sans grand espoir, le fait qu'elle pr&#233;f&#232;re chercher les herbes sauvages au bord des chemins, le fait que l'herbe sauvage qui affronte les trottoirs crott&#233;s lui semble de meilleure augure, le fait qu'elle est bien contente de vivre dans ce quartier, le fait que certains diraient que c'est un quartier populaire, que d'autres diraient m&#234;me un quartier d&#233;favoris&#233;, le fait que certains trouveraient &#224; redire sur tous ces jeunes coll&#233;s l'un &#224; l'autre dans la nuit qui descend, que d'autres n'aimeraient pas les &#233;choppes d'o&#249; s'&#233;chappent des odeurs de curry, de morue, et de dhal aux lentilles, que d'autres encore trouveraient &#231;a exotiques, le fait que tous ces mots la font chier, exotique, d&#233;favoris&#233;, ins&#233;curit&#233;, mixte, monoparentale, vivre ensemble, le fait qu'elle n'aime pas les quartiers bourgeois tout propres et les lotissements pavillonnaires, le fait qu'elle n'a jamais r&#234;v&#233; d'&#234;tre propri&#233;taire, que &#231;a aussi, &#231;a para&#238;t bizarre, &#231;a et l'enfant, que pourquoi elle n'ach&#232;te pas, c'est vrai &#224; son &#226;ge, est-ce qu'elle a pens&#233; &#224; plus tard, retraite, cotisations, annuit&#233;s, pas d'enfant elle pour lui payer l'hospice, faut-il lui rappeler, elle ferait bien d'y penser, le vieux sch&#233;ma, le parcours tout trac&#233;, les &#233;tapes, quels sont vos projets, comme lui r&#233;p&#232;te son banquier, chaque fois qu'il l'oblige &#224; le voir, renouvellement de carte, qu'est ce qu'il vous faut aujourd'hui, &#231;a fait longtemps, un point sur vos projets, le fait que la plupart des banquiers sont des vieux, le fait que certains sont jeunes et que c'est encore pire, le fait qu'ils voudraient nous faire croire que la vie n'est qu'une liste de projets, un QCM &#224; remplir, une simple m&#233;canique, le fait qu'ils mettent toujours des gens souriants dans des voitures ou des maisons sur leurs prospectus, le fait qu'ils soignent plus les voitures que les gens, le fait qu'elle n'a jamais compris l'admiration de certains pour les voitures, le fait que les voitures lui font penser aux pubs pour les voitures, et les pubs pour les voitures &#224; la musique d'Enio Morricone, le fait que la publicit&#233; a neutralis&#233; la musique d'Enio Morricone, le fait que la musique d'Enio Morricone est li&#233;e &#224; cette marque de voiture, le fait qu'il existe des centaines de pubs pour les marques de voitures, alors que la voiture existe depuis plus d'un si&#232;cle, le fait qu'il est tout &#224; fait incroyable qu'il existe toujours autant de pubs pour les voitures, le fait qu'elle n'a jamais eu de voiture, qu'elle n'a pas son permis, m&#234;me si elle a d&#233;j&#224; conduit, le fait qu'elle n'a jamais associ&#233; la voiture &#224; la libert&#233;, le fait que certains l'associent et qu'elle ne comprenne vraiment pas pourquoi, le fait que l'arbre en face de chez elle s'est fait tailler de fa&#231;on s&#233;v&#232;re, le fait que cet arbre en face de chez elle a toujours abrit&#233; des oiseaux, qu'elle est habitu&#233;e &#224; entendre les oiseaux, que le jour o&#249; il n'y aura plus d'oiseaux elle s'en ira, comme les oiseaux elle s'envolera, elle ira chercher ailleurs, quoi, elle ne sait pas, le fait que la mort lui fait peur, qu'elle est comme tout le monde, elle a peur, elle compte les ann&#233;es, elle voit les chiffres s'&#233;grener, elle ne sait plus comment tenir &#224; distance sa peur de la mort, elle qui, toujours, s'est dit que la peur de la mort et la peur de la vie c'&#233;tait la m&#234;me chose, le fait que cette maison l&#224;, celle-l&#224; o&#249; elle est retourn&#233;e ce dimanche de printemps, l'a fait se rapprocher de sa mort, ou de la conscience de sa mort, de la conscience de la mort dans sa vie, dans toutes les vies, le fait que cette maison a eu ce pouvoir l&#224;, comme des peurs resurgies, des souvenirs qu'elle ne pensait m&#234;me pas avoir, elle qui ne se souvient jamais des fins de films ou de romans, m&#234;me ceux qu'elle a aim&#233;s, le fait qu'elle a toujours du mal &#224; citer un film, un livre pr&#233;f&#233;r&#233; quand on lui demande au d&#233;tour d'une conversation entre amis, pour la jauger, la taquiner, savoir ce qu'elle a dans le ventre et le fond de ses yeux, ce qu'elle abrite d'admiration et d'oubli, le fait qu'elle adore les films de Chabrol, qu'elle aime aussi ceux de Xavier Dolan, le fait que pourtant elle ne pourrait plus les raconter, qu'elle se demande comment font les gens qui racontent en d&#233;tail les films qu'ils ont vus, comment ils font pour retranscrire, reparcourir le sc&#233;nario, quand elle, seule des images, des sensations subsistent dans sa m&#233;moire, flottant &#224; la surface, comme des taches de couleur, des fulgurances de douleur, des &#233;motions fugaces, le fait que l'autre jour dans le bus elle a entendu une femme parler du dernier film de Clint Eastwood qu'elle a vu au cin&#233;ma, le fait que &#231;a ne lui a pas du tout donn&#233; envie d'aller le voir, le fait qu'elle aime regarder les gens dans les bus, en particulier ceux en train de lire, le fait qu'elle essaie de deviner la couverture du livre, d'imaginer dans quelles &#233;poques et quelles histoires ils s'absorbent, le fait qu'elle aime les transports en communs, bus, tram, trains, les stations qui s'&#233;gr&#232;nent, le fait qu'elle lit beaucoup dans les transports en commun, le fait qu'elle aime aussi lire en terrasse, un caf&#233; allong&#233; s'il vous plait, un peu de lait, non pas de sucre, le fait qu'elle ne prend pas assez le temps, le fait qu'elle manque de temps, il est quelle heure, la sonnerie du r&#233;veil dans l'oreille d&#232;s le matin, le fait qu'il faudrait parfois oublier tous les rendez-vous, &#233;gorger le t&#233;l&#233;phone qui crie, le fait qu'elle aimerait parfois tout recommencer, parce que recommencer ce serait comment, parce qu'elle se plait dans cette id&#233;e de recommencer qui n'est pas possible, le fait qu'elle a toujours r&#234;v&#233; de remonter le temps, le fait qu'elle a vu dix fois Retour vers le futur, le fait que le futur elle ne sait pas si c'est la m&#234;me chose que l'avenir, le fait qu'il faut chaque matin sortir des r&#234;ves de la nuit et essayer de vivre sa vie, le fait qu'elle aime se regarder de loin, dans ses r&#234;ves, et se prendre pour un personnage de roman, une h&#233;ro&#239;ne de film, une aventuri&#232;re solitaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;12. Immobile ne sait pas&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4934&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;genoux qui tremblent c'est comme &#231;a tous les matins genoux qui claquent et l'escalier n'entend rien de ce qui claque grince les genoux ont des dents elles se serrent attendre encore serrer les dents encore calmer les clacs des escaliers les dents ont fait des marques&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;arriv&#233;es l&#224;-haut mes jambes elles ont le vertige l'&#233;quilibre pr&#233;caire mes jambes attir&#233;es l'horizontalit&#233; ce qui les tient la nuit quand elles s'agitent profiter de &#231;a l'horizontalit&#233; alors que l&#224;-haut debout l'&#233;quilibre pr&#233;caire qui doit s'agiter jambes autour du lit courir marcher pi&#233;tiner jambes qui avancent portent dos qui fait mal bras tendus et mains &#224; l'attaque&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;d&#233;calcomanie de corps celui-ci qui s'agite autour du lit change draps lisse oreiller celui-l&#224; empreinte encore fraiche dos muscl&#233; qui s'enfonce jambes lourdes sur lesquelles se glisser moule de corps en attente d'un autre le mien un autre qui cherche repos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;immobile corps ne sait pas jambes agit&#233;es mains crisp&#233;es immobile attendre le silence dans la peau qui s'installe infusion de silence qui bourdonne dans les oreilles juste une main les doigts comme des araign&#233;es tapotent une patte apr&#232;s l'autre se d&#233;plie tisse sa toile la main reconna&#238;t le terrain d'un coup calme plat perfusion de sommeil&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : un corps en mouvement qui tend &#224; l'immobilit&#233;...&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;11. Miroir de mains&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4931&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tes mains. Regarde-les. Longues et fines. Presque blanches. Les ongles courts et carr&#233;s. Sans une souillure. Contraste avec la pilosit&#233; noire de tes bras. Tes mains si blanches qu'on pourrait les penser innocentes. Tu sais. Comme celles des enfants &#224; qui l'on demande de tirer les rois. Ou de piocher dans un chapeau rempli de papiers froiss&#233;s. A ce jeu-l&#224; c'est toi qui a gagn&#233;. Tes mains si habiles. Virtuoses. Tes mains qui n'ignorent rien de ce qu'elles &#233;crasent. De ce qu'elles accomplissent. Tes mains ont appris les gestes, r&#233;p&#233;t&#233;, imprim&#233;, reconnu chaque mouvement. Elles ont choisi les ustensiles, se sont couvertes de gants, ont palp&#233; la peau blanche &#224; inciser, ont dessin&#233; lentement le trac&#233;, ont entaill&#233; la peau. Pr&#233;cises. Regarde-les ces mains blanches. Aux dessins de veines bleues. Si fines. Tes mains ont-elles caress&#233;. Ont-elles donn&#233; du plaisir. Quels corps se languissent de ces mains et de la douceur fra&#238;che de leur paume. Tes mains ont-elles envelopp&#233; la main d'un enfant, essuy&#233; les larmes d'une joue, effleur&#233; une chevelure. Comment des mains si fines ont-elle pu. Est-ce que tu as eu peur les premi&#232;res fois. Quand la chair tremblotante ne rendait pas son d&#251; dans les temps. R&#233;sistait. Ou est-ce que tu t'en es lav&#233; les mains. Tourn&#233; le dos. Oubli&#233;. Pass&#233; aux suivants. Tes mains si propres sont-elles simplement pass&#233;es d'un corps &#224; l'autre, ont-elles rev&#234;tu d'autres gants, d'autres gestes. As-tu oubli&#233; le trac&#233; de ces corps, la chaleur de leur peau, l'odeur de leur frayeur. Tes mains ont-elles tout oubli&#233; de ce qu'elles ont fait ces ann&#233;es-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses mains sont devenues &#233;paisses. Autour de ses pouces s'est form&#233;e une corne que les semaines renforcent. Que les produits blanchissent. Ses mains autrefois si douces ressemblent &#224; des mains de vieille femme. Quand elle nettoie les lavabos de toutes ces chambres d'h&#244;tel, elle a beau les recouvrir de larges gants, les produits la mordent jusque dans ses chairs. Et souvent, il n'y en a plus. La semaine derni&#232;re, le patron leur a m&#234;me dit qu'il faudrait d&#233;sormais pr&#233;voir d'amener ses propres gants. Ses mains sont &#224; l'image de sa vie ici. Elles sont arriv&#233;es pleine de promesses, douces et souples, avec l'envie de caresser, d'enlacer cette ville et l'homme qui l'y avait conduite. Comme les fruits secs, elles se sont racornies au fil des ann&#233;es, ass&#233;ch&#233;es, perdant leur souplesse et leur &#233;lasticit&#233;, ne conservant que leur structure, envelopp&#233;e d'une peau rugueuse, que personne ne vient plus toucher. L'hiver, c'est pire. Elle a la peau irrit&#233;e d&#232;s les premiers froids, et les produits nettoyants qu'elle doit utiliser n'arrangent rien. Souvent, de larges crevasses couvrent ses phalanges, ouvrent ses chairs, qu'elle cache sous des gants ou de larges pansements, pour &#233;viter que le patron ne vienne la trouver et ne lui dise, Nanda, vos mains, ce n'est pas tr&#232;s hygi&#233;nique, vous faites quelque chose pour demain, hein ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : un exercice sur les mains que j'ai choisi d'inscrire dans la fiction, avec d'autres personnages que celui d'Alma. L'envie de m'int&#233;resser &#224; eux pour cette deuxi&#232;me salve de propositions et voir un peu o&#249; &#231;a me m&#232;ne.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;9. Vestiaires&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4925&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pulls. Baskets. Jeans. Doudounes d'hiver. M&#234;me les sous-v&#234;tements. Bouts de tissu, coton lourd et tee-shirts emm&#234;l&#233;s accroch&#233;s aux pat&#232;res. Chacun forme drapeau. A leur fa&#231;on chacun forme &#233;tendard. Tee-shirts jeans slips peu importe. Tous sont l&#224; pour brandir les couleurs. Recouvrir les murs et toutes les ouvertures. Colorer de rouge les bancs, le sol, d&#233;rouler le tapis, grimper les marches. T&#226;ches de sueur deviennent des aur&#233;oles, carrelage fendu des nervures o&#249; pulse le sang. Des chemins entre serviettes, doudounes, une cha&#238;ne, repeindre tout en rouge, unissez-les, collez-les, soudez-les, &#233;changez-les, et br&#251;ler les anciens, br&#251;ler tout ce qui n'est pas aux couleurs, br&#251;lez ceux de l'autre camp, pas de piti&#233;, soyez fiers, soyez fiers de vous, sautez, pi&#233;tinez, faites un tas, faites un tas, l&#224;, juste au milieu. Tas de bleus, bleus &#224; l'&#226;me, tas de bleus qu'on a bien observ&#233;, aff&#251;t&#233;, provoqu&#233;. Se r&#233;jouir ici, les peaux, les murs, le monde devient rouge. Les flammes sont vives. Le monde br&#251;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les jeans sont jet&#233;s en boule sur les bancs, pantins d&#233;sarticul&#233;s, jambes coup&#233;es. Au mur tee-shirts, doudounes d'hivers, et m&#234;me des sous-v&#234;tements pendent comme des rivi&#232;res ass&#233;ch&#233;es, des lits qu'on aurait quitt&#233;s trop vite, et dont le froid vient griffer les peaux. Tee-shirts rouge de sueur, odeurs de la vie qui s'&#233;coule, odeurs laiss&#233;es l&#224; quand le corps n'avance plus, quand les paupi&#232;res se referment. Odeurs volatiles qui s'ent&#234;tent les premiers jours, et puis plus rien. Carrelage fendu, failles b&#233;antes, un monde noir qui s'ouvre sous les pieds, engloutit traces de peaux, miettes tomb&#233;es au sol, derniers soupirs. Tee-shirts rouge sang, boule douleur, impacts sur le chemin, trous dans le coeur. Plier un &#224; un les habits tomb&#233;s &#224; terre comme des corps qu'il faut soigner. Plier. Replier. Lisser du plat de la main pour apaiser les larmes, calmer les spasmes des corps perdus, agonisants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Odeurs fortes qui bondissent comme des griffes. Qui labourent veulent rentrer s'imposer le nez les oreilles la peau. Sueur qui se colle qui s'agrippe qui se frotte. Les bancs aux mains immenses. Se penchent se pr&#233;parent s'approchent. Les jeans et les doudounes murmurent entre elles ricanent tu vois leur bras leurs jambes tu sens leurs rires t'&#233;clabousser. Le jean l&#224; retourn&#233; d&#233;chir&#233; comme une menace pointe de la jambe dans ta direction. Tee-shirt rouge en boule partout l&#224; rouge comme les z&#233;brures l&#224; les griffes sueur qui bondit les griffes les mains l&#224; vomir vomir vomir.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : J'ai refait deux fois la proposition, pour m'approcher de ce que proposait Fran&#231;ois, trois points de vue d'&#233;nonciation, trois personnages diff&#233;rents qui regardent le m&#234;me lieu. J'ai trouv&#233; vraiment int&#233;ressant cet exercice et ce que &#231;a produit dans l'&#233;criture, ce que &#231;a permet de d&#233;velopper de l'int&#233;riorit&#233; de celui qui regarde.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;8. Dedans dehors&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4924&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;int&#233;rieurs&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est une chambre qui h&#233;site entre l'enfance et l'adolescence. Sur le lit, couvre-lit vieux rose, chien &#224; poche &#224; fermeture &#233;clair, ventre vide, pyjama en boule au pied du lit. Commode &#224; gauche dont les tiroirs lourds s'ouvrent peu, enfermant loin des rayons du soleil archives d'une vie scolaire soigneuse et besogneuse. Table de nuit &#224; vierge noire et tiroir o&#249; &#233;claboussent dents aux racines longues arrach&#233;es au creux de l'enfance, troph&#233;es pour l'avenir. Au mur s'affolent posters moiti&#233; d&#233;chir&#233;s de chanteuses &#224; la voix cass&#233;e et d&#233;bordent parfois grosses fleurs roses du papier peint venues mordre leur cou et aspirer leur souffle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une cuisine d&#233;pareill&#233;e. Ce n'est pas l'une de ces cuisines &#233;quip&#233;es &#224; plan de travail large, meuble uniforme, et frigo assorti. C'est une cuisine qui bricole, qui est de travers, qui accumule pot en verre, sachets de th&#233;, flacons d'&#233;pices, pommes &#224; moiti&#233; pourries, noix creuses, packs de lait et &#233;claboussures dor&#233;es sur le mur granuleux. Ce n'est pas l'une de ces cuisines ouvertes avec carrelage et &#238;lot central o&#249; l'on re&#231;oit les amis en s'appliquant &#224; trancher finement le saucisson et en go&#251;tant le vin rouge du bout des l&#232;vres. C'est un bric &#224; brac, meubles chin&#233;s, &#233;tag&#232;res en bois, assiettes d&#233;pareill&#233;es, nappe us&#233;e et th&#233;i&#232;re abandonn&#233;e, th&#233; froid au fond des bols. Et juste &#224; l'entr&#233;e, une chaise blanche. La seule qui ne soit pas install&#233;e autour de la table. Une chaise en plus. Une chaise &#224; rayures grises et au rev&#234;tement lisse de Formica. Une chaise sur laquelle certains plus tard s'extasieront, trouvant l'objet hyper authentique, carr&#233;ment vintage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une chambre identique &#224; toutes les chambres de cet h&#244;tel trois &#233;toiles situ&#233; sur le port. On y acc&#232;de par un ascenseur dont les garde-corps sont chrom&#233;s. Ou par l'escalier de service, raide et froid. Dans chaque chambre, ce sont les m&#234;mes draps blancs qu'il faut enlever et remettre, les m&#234;mes lavabos qu'il faut frotter, d&#233;sinfecter, les m&#234;mes rideaux gris qu'il faut ouvrir pour laisser les odeurs des corps se dissiper et pr&#233;parer la place pour les suivants, la m&#234;me moquette beige boucl&#233;e qu'il faut aspirer, dos courb&#233; et reins douloureux. Une chambre dont on ne peut savoir quels secrets se sont murmur&#233;s, quels complots se sont imagin&#233;s. A peine quelques affaissements enregistr&#233;s par le matelas robuste et d&#233;vou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a sent les pieds et la sueur. La moiteur des locaux mal a&#233;r&#233;s et le bois humide. Celui des bancs sur lesquels s'entassent jeans et tee shirts, doudounes d'hiver et pull en laine. Sur le carrelage blanc, baskets, bottines, chaussures &#224; lacets, bottes en caoutchouc. C'est silencieux. Il n'y a personne et pourtant &#231;a murmure. &#199;a bruisse sous les couches de v&#234;tements abandonn&#233;s. &#199;a papote, &#231;a chipote, &#231;a se moque. &#199;a soul&#232;ve un bras, une manche, une basket esseul&#233;e. &#199;a prend l'obscurit&#233; dans laquelle on les laisse comme un d&#233;fi &#224; la gravit&#233;. &#199;a transpire &#231;a s'affole les voici les voil&#224; vroum sous la douche ca perle c'est chaud c'est froid &#231;a fait du bien &#231;a se rel&#226;che.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;ext&#233;rieurs&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est une cour immense et plut&#244;t banale. Du b&#233;ton, quelques arbres, des bancs clairsem&#233;s, des rebords de fen&#234;tre encombr&#233;s. Son coeur est une mar&#233;e. Montante d'excitation, de sueur, de ph&#233;romones, de fum&#233;e de cigarette, d'&#233;clats de rires et de coeurs qui chavirent, montante d'envie, d&#233;bordante de d&#233;sespoir, de larmes, et de lettres &#224; petit coeur, les grandes mar&#233;es &#224; certaines heures. D&#233;serte &#224; d'autres, comme un reflux, un recroquevillement, une peau qui se resserre, un fruit dess&#233;ch&#233;, dont on enl&#232;ve tous les p&#233;pins, un &#224; un, arrach&#233;s, crach&#233;s au loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;t Montagne Verte. Une plateforme de bus. Un noeud d'interconnexions. C'est ce qu'on dit. Pistes cyclables. Tram. Bus. Direction Elsau. Lingolsheim Tiergaertel. Poussettes &#224; l'arri&#232;re. V&#233;los interdits aux heures de pointe. Direction Place d'Islande. Hoenheim. Laissez les gens descendre. Heure de bureau. Entass&#233;s. Au loin des jardins. Point de montagne. Jardins familiaux. Jardins ouvriers. Jardins de la montagne verte. Produisent en agriculture biologique des fruits de saison. Abonnement panier ou demi-panier possible. Permanence le jeudi entre 16h et 19h &#224; la gare de Strasbourg. Possibilit&#233; d'ajouter des oeufs ou du pain bio bien s&#251;r de cette boulangerie de Schiltigheim qui fait vraiment un pain d&#233;licieux vous verrez. Piste cyclable de la Bruche. Croisement L1 et pont de la Bruche. Cygnes. Poussettes. V&#233;los. V&#233;los. V&#233;los. Micro quartier r&#233;sidentiel jardins partag&#233;s, enclave verte &#224; deux pas de la route de Schirmeck et de ses kebabs qui s'alignent les uns derri&#232;re les autres. Point de montagne, non, mais un vieux bouc au jardin ouvrier le long de la piste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pi&#232;ce est sombre. Noire de crasse. La lumi&#232;re n'y p&#233;n&#232;tre que rarement. Une &#233;troite ouverture sur le mur laisse &#224; voir un ciel baveux. De chaque c&#244;t&#233; de la pi&#232;ce, des lits superpos&#233;s. Matelas crasseux. D'autres sous les lits, au sol. Pas d'affaires personnelles. A peine un pull roul&#233; en boule au pied de l'un des lits. Des bassines pr&#232;s de la fen&#234;tre &#233;troite. Traces rouille. Au mur rien que la peau grise du b&#233;ton suintant, irr&#233;gulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un genre de cabane. Un abri mobile. Nomade. Ici, en plein milieu de la ville, &#224; deux pas du carrefour, juste devant l'h&#244;tel, &#224; deux pas du port. Il y a d'abord eu des bancs install&#233;s en carr&#233;s pour tenir les assembl&#233;es, d&#233;cider de la suite. Et puis une vieille tonnelle a fait son apparition pour les jours de pluie, r&#233;cup&#233;r&#233;e au quartier, noire de suie. Est ensuite venue s'installer une machine &#224; caf&#233; pour les matins bleus. Des thermos, des tasses, et puis finalement une gazini&#232;re, donn&#233;e par un voisin, bien pratique pour faire r&#233;chauffer une soupe, patienter, se r&#233;chauffer et tenir le coup les soirs d'hiver. Au milieu de tout &#231;a, &#233;videmment, banderoles, tracts, p&#233;titions et porte-voix. Chaque soir, tard, il faut replier la tonnelle pour quelques heures, personne ne peut dormir ici, les enfants, le mari, et remonter le lendemain. D&#233;monter, remonter, d&#233;monter, remonter. Comme un coucou. Un coeur battant.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : Lieux du quotidien, de l'enfance, lieux o&#249; j'imagine certaines sc&#232;nes d'histoires en cours, lieux invisibles...
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;7. sous l'eau&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4923&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tu me fis perdre l'app&#233;tit. Je ne sais pas comment tu fais. Mais le r&#233;sultat est l&#224;. Je mange de moins en moins. J'&#233;coute les conversations &#224; table. Mon fr&#232;re. Ma soeur. Ma m&#232;re hurlant. Mon p&#232;re r&#226;lant ils sont affam&#233;s ces gosses o&#249; c'est qu'ils mettent tout &#231;a. Et eux de tendre leur assiette, j'ai faim, je veux &#234;tre le premier servi, je peux avoir du rab. Tu es fier de toi. Car d&#233;j&#224; je chipote, je fais des huit dans mon assiette. Rien ne descend, rien ne veut rester plus longtemps dans l'estomac que le temps du repas. Tu me chuchotes &#224; l'oreille que ce n'est pas bien grave, qu'on a l'esprit plus clair comme &#231;a. Tu murmures des bruits doux qui coulent comme du sucre dans mes oreilles, remplissent toute la place dans l'estomac. Tu me dis que c'est mieux comme &#231;a. Tu me dis de te suivre, et moi, &#224; triturer les morceaux de viande, je patauge, j'attends, je fais des boules &#224; m&#226;cher qui grossissent, se dess&#232;chent, &#231;a ne descend pas, &#231;a ne veut pas descendre, et &#231;a gonfle mes joues, comme celles d'un hamster, ou celles de mon fr&#232;re apr&#232;s son op&#233;ration des dents de sagesse, &#231;a n'en finit pas, et si &#231;a finit, &#231;a finit boulettes aux toilettes et gorge qui se contracte, tu as gagn&#233;, je n'arrive plus rien &#224; avaler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu mangeas mon sourire. &#199;a aussi c'est de ta faute. Tu veux tout contr&#244;ler. Tout savoir de moi. Tout deviner. Comme ce jour-l&#224; &#224; l'arr&#234;t de bus. Tristan vient s'installer. Tous les deux au m&#234;me arr&#234;t de bus. Les &#233;couteurs sur les oreilles. T'&#233;coutes quoi comme musique ? C'est l&#224;. C'est l&#224; que t'entres en sc&#232;ne. Que tu fais ton show. Que tu me casses la baraque. Que tu mets les pieds dans le plat. Que tu me casses le coup. Face &#224; ses yeux transparents. Face &#224; sa question. Tu me fais &#233;couter ? Voil&#224; que tu d&#233;barques et que tu avales mon sourire. Tu le croques. Tu le d&#233;vores. Sans plus d'explication. Et mon sourire va mourir tout seul dans un coin. Tristan remet son casque sur les oreilles. Les minutes passent. Le bus n'arrive pas. Il fait froid et j'ai envie de pleurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu me fis hospitaliser pendant six mois. Apr&#232;s c'est l'engrenage. Les bureaux des m&#233;decins. Les bureaux des psys. Ma m&#232;re qui pleure. Qui ne comprend pas. Ma fille unique. J'ai toujours voulu avoir une fille. Les gar&#231;ons c'est pas pareil. Mais une fille. Mon p&#232;re qui s'impatiente. Elle a pas de volont&#233;, c'est de ta faute &#231;a ! Dans ma chambre il y a une belle vue. Je suis avec une autre fille. Une comme moi. On sait pas trop comment nous appeler. Toi tu es toujours l&#224;. Tu me l&#226;ches pas. Tu m'accompagnes partout. Sous la douche. Au r&#233;fectoire. Chez le psy. Sur la balance. Tu fais tout pour que je ne t'oublies pas. Des fois tu te caches sous le lit. Tu me laisses tranquille pendant quelques heures. Mais &#231;a dure jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu me fis croire que tu avais chang&#233;. Tu fais &#231;a souvent. Tu es dou&#233; pour &#231;a. Tu m'amadoues. Tu me baratines. Tu me laisses reprendre un peu de poids. Et moi je me fais avoir. Je tombe dans le panneau. Je commence &#224; y croire. Je commence &#224; oublier le dessin de mes os dans le canap&#233; mou du salon. Je recommence &#224; piquer un tee-shirt &#224; Alice. Je regarde les yeux bleus de Lucas. Ses cheveux boucl&#233;s qui ont l'air si doux. Et c'est l&#224; que tu t'en m&#234;les. Tu reprends le contr&#244;le. Tu recommences. Tu m'affames. Tu m'enterres. Tu m'obliges &#224; mourir seule dans un coin du canap&#233;. A regarder de loin la vie se faire sans moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu me fis fr&#244;ler la mort. Tu ne te ne sens m&#234;me pas coupable. Tu ne t'excuses pas. Tu crois que je suis d'accord. Tu crois que je suis trop faible. Tu veux me faire plier. Tu veux me voir &#224; terre. Juste avant la fin. Juste avant que tout s'arr&#234;te. Pour que tu puisses continuer. A me faire plonger la t&#234;te dans le seau. La ressortir pour que j'avale juste quelques goul&#233;es d'air frais. D'air neuf. Et c'est reparti. Tu me fais replonger. Mais sous l'eau je te vois. J'ai les yeux grands ouverts. J'&#233;coute le monde l&#224;-haut qui continue sans moi. Je regarde &#224; quoi ressemble celui d'ici. Sous l'eau. Les mondes qui s'y d&#233;ploient. Les combats &#224; mener. Je regarde sous l'eau comment font les autres. Comment je peux nager en apn&#233;e. Faire semblant de t'ob&#233;ir. Et pr&#233;parer la revanche. Pr&#233;parer l'assaut. Tu vois rien venir. Tu comprends pas ce qui se passe. Tu connais pas le monde &#233;touff&#233; qui grouille l&#224;-dessous. Tu sais pas quel son &#231;a fait sous l'eau les vibrations de col&#232;re. Tu sais rien de ma vie dans les fonds marins. Tu sais rien des ab&#238;mes et des monstres qui s'y blottissent. Tu sais rien des guerriers qui s'y entra&#238;nent. Tu vas voir. Je suis presque pr&#234;te. La prochaine fois o&#249; tu soul&#232;ves le couvercle. Je suis pr&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : moi qui n'aime pas le pass&#233; simple, j'ai finalement bien accroch&#233;, bien aim&#233; ce d&#233;crochage du pass&#233; au pr&#233;sent, qui m'a permis de d&#233;rouler d'autres moments de la vie de mon personnage, avec cette adresse au &#171; tu &#187; qui s'est impos&#233;e tout de suite.
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;6. Alma Mater&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4922&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alma. &lt;i&gt;Station de m&#233;tro &#224; Bruxelles, h&#233;ro&#239;ne d'un film de Bergman, ville qu&#233;b&#233;coise au bord du lac Saint Jean, ville am&#233;ricaine du Colorado, rivi&#232;re de Nouvelle-Z&#233;lande, directrice de l'orchestre des femmes d'Auschwitz, ville am&#233;ricaine du Texas, handballeuse norv&#233;gienne, &#233;crivaine autrichienne, actrice am&#233;ricaine de cin&#233;ma muet.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Wikipedia nous en apprend beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alma, elle, s'est souvent demand&#233; ce qui &#233;tait pass&#233; par la t&#234;te de ses parents. Dr&#244;le de pr&#233;nom. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quand ses fr&#232;res et soeurs s'appellent L&#233;o, Alice, Liam. Ils auraient pu faire un effort. Lui trouver un pr&#233;nom passe-partout comme tout le monde. A chaque rentr&#233;e elle a droit aux questions. Alma, c'est joli, &#231;a vient d'o&#249; ? &#199;a vient de nulle part. C'est bizarre comme pr&#233;nom. Et toi t'es pas bizarre ? Elle le pense mais elle dit rien. Pourquoi &#231;a devrait venir de quelque part d'abord. Bon c'est vrai. Faut bien l'avouer. &#199;a lui plait quand m&#234;me un peu. Son &#233;tranget&#233;. Qu'on chuchote &#224; son passage. C'est pas un peu espagnol ? Ou portugais ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alma. &lt;i&gt;Pr&#233;nom mixte dont les origines sont multiples. Ah bon. Existe dans de nombreuses langues de par ses origines latines. Alma. &#194;me en espagnol et en portugais. La savante en arabe. La jeune fille en h&#233;breu. &#194;me noble en italien.&lt;/i&gt; Pas mal tout &#231;a. Et elle se met &#224; imaginer la surface grise &#233;lectrique du Tange, le quartier Alfama, les chuintements doux de la langue portugaise. Elle imagine ses parents amoureux en voyage de noces. Alors ils se sont aim&#233;s. Ils se sont donc aim&#233;s. Alma. Une enfant sauvage au d&#233;tour d'un quartier. Un chant dans un restaurant enfum&#233;. Une sauvageonne noy&#233;e dans un march&#233; de Tanger. Lisant &#233;crivant noircissant des cahiers &#224; l'&#233;criture serr&#233;e. Saisissant un fruit, rendant la monnaie. Volant une nouvelle ligne. une nouvelle pens&#233;e. Voyageant sur les mots. Alma la jeune mari&#233;e. Le matin de son union. Attendant l'homme qu'elle aime. Celui chez qui elle ira vivre d&#232;s ce soir. Alma. La r&#233;volt&#233;e sur les bords du fleuve, pr&#232;s du village de Brianske, face aux soldats conqu&#233;rants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alma. &lt;i&gt;L'origine exacte du pr&#233;nom Alma correspond vraisemblablement &#224; la forme f&#233;minine de l'adjectif latin almus d&#233;riv&#233; du verbe alo, alere. Nourrir, &#233;lever, alimenter. Alma mater. M&#232;re nourrici&#232;re&#8212;&lt;/i&gt;. Sursaut. Quitter la page. Fermer l'ordinateur. Adieu Wikipedia. Sursaut de tout son corps. Tressaillements sous sa peau. Crissement de ses dents. C'est donc &#231;a. C'est pour &#231;a qu'ils l'ont appel&#233; ainsi. Alma. C'est &#231;a qu'ils ont fait peser sur elle. Ce pr&#233;nom. Ce poids. Nourrir. Nourrir toute la famille. Le ciment. Le trait d'union. Elle les entend encore plaisanter. Une crevette. Un petit pois. Celle qui pourtant fait tenir tout l'&#233;difice. Fait tourner toute la machine. Et ils rient. Et ils s'exclament. C'est donc pour &#231;a. Nourrir. C'est &#231;a qu'ils veulent. Qu'elle les nourrisse. Les abreuve. Les maintienne en vie. Jusqu'&#224; ce qu'elle soit vid&#233;e. Epuis&#233;e. Jusqu'&#224; ce qu'ils aient aval&#233; toutes ses ressources. Suc&#233; son sang. Go&#251;t&#233; sa moelle. Jusqu'&#224; ce qu'il ne reste plus rien. Plus rien de son corps. Un simple corps d&#233;charn&#233;. Bouff&#233; par une nu&#233;e de vautours. C'est donc &#231;a. Alma. Qu'elle leur soit offerte. D&#233;di&#233;e. Une offrande.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : A la d&#233;couverte d'un pr&#233;nom qui s'est impos&#233; &#224; moi d&#232;s le d&#233;but. Et je remonte le fil, notamment de cette Alma Mater, qui vient vraiment faire r&#233;sonance avec l'histoire en cours d'&#233;laboration, et d&#233;ploie ainsi des possibles &#224; &#233;crire.
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;5. faims&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4920&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Elle ouvre le frigo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plein la saisit. Le trop plein des odeurs face &#224; elle. S'empilent et s'emm&#234;lent les restes de la veille et les chairs inertes dans leur paquet rose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A chaque fois qu'elle accroche cette poign&#233;e et voit appara&#238;tre la lumi&#232;re, elle cherche des yeux ce qu'elle a pu d&#233;poser d'elle dans les rangements sales de la porte ou entre deux paquets de fromage. Quelque chose d'elle qui lui dirait qu'elle est l&#224;. Ramass&#233;e dans un paquet r&#233;frig&#233;r&#233; qu'elle pourrait mettre des heures &#224; r&#233;chauffer. Comme une vie qui s'animerait sous son souffle. Sa propre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Machinalement ouvre, saisit, arrache, avale, referme, jette les cro&#251;tes de fromage, les emballages roses, engloutit, m&#226;che &#224; peine, avale, recrache, referme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On mange quoi ce soir ? Y'a plus rien dans ce frigo. Faut aller faire les courses. M&#234;me pas un cro&#251;ton de fromage. La d&#232;che. Qu'est-ce que tu veux que je fasse avec une courgette presque moisie. Un bout de jambon rance. Un yaourt p&#233;rim&#233;. &#199;a fait combien de temps que tu l'as pas ouvert ce frigo ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit. Festin clandestin. La nuit le frigo ouvert &#233;claire la cuisine comme les soirs de pleine lune. Elle ouvre d'un geste sec, s'accroupit, fouille les tiroirs, go&#251;te les sauces, grignote un saucisson qui tra&#238;ne, une carotte fl&#233;trie, l&#232;che des grains de sel &#233;gar&#233;s, plonge les doigts dans un pot jaun&#226;tre qui attaque les coupures de sa peau. L&#232;che. L&#232;che jusqu'&#224; ce qu'il ne reste rien. A peine un grain de sel sur le carrelage blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Liste de courses. Acheter jambon. Plaquette de beurre 250 grammes. Poulet. Sauce barbecue. Tomates. Lardons. Salade verte. Steak hach&#233;. P&#226;tes. P&#226;te &#224; tarte. Ketchup. Saumon. Poulet encore. Avocat. Fromage. Il manque le fromage. Fromage de ch&#232;vre. Fromage r&#226;p&#233;. Moutarde et cornichons. Chocolat. Ne pas oublier le chocolat. On tient combien de temps avec &#231;a ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle regarde la porte ouverte se refl&#233;ter dans la fen&#234;tre. Les ombres de la nuit se pr&#233;cipitent et s'installent conqu&#233;rantes entre les rayons. Dessinent des bouches b&#233;antes. Des crat&#232;res &#224; ciel ouvert. Des d&#233;charges clignotantes ouvertes sur le noir de la nuit. Traversent des oc&#233;ans. Des continents. Y voient presque courir des jambes brunes, chercher refuge, chercher tr&#233;sor, revenir au matin, br&#251;l&#233;s par le mercure et autres composants, peau grise et sourire &#233;dent&#233;. S'effraient une fois enferm&#233;es dans le froid blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;T'as d&#233;j&#224; mis ta t&#234;te dans le cong&#233;lo ? Vas-y approche. J'ouvre et tu mets ta t&#234;te. En entier. Je compte jusqu'&#224; combien tu restes. T'es pr&#234;t ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La main sur la poign&#233;e, elle contemple les visages souriants qui recouvrent chaque surface blanche du frigo. Se perd dans leurs regards. Glissent sur les photomatons. Qui c&#244;toient les cartes postales par ordre alphab&#233;tique de destination. La tante &#224; Cuba. Les parents au Qu&#233;bec. L'oncle en Corse. Les copains au Portugal. Les coll&#232;gues en Gr&#232;ce. Tiens la Gr&#232;ce pourquoi pas, on pourrait essayer la Gr&#232;ce cet &#233;t&#233;, para&#238;t qu'on mange bien en Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que je pourrais &#233;liminer ? Le fromage &#231;a c'est s&#251;r. Le ch&#232;vre frais je jette. Le cantal du march&#233; fini. Le saucisson. C'est dommage quand m&#234;me. Non, non pas d'&#233;tats d'&#226;me faut faire les choses en grand. Couper dans le lard. Ne pas y aller avec le dos de la cuill&#232;re. Jambon cru, pas bon. Tomates je garde. Betteraves rouges je d&#233;teste mais parait que faut en manger. Ah les oeufs je fais quoi avec les oeufs. Bon je garde momentan&#233;ment. Yaourts. Pourquoi pas. Concombres. Oui ok. Beurre. Ah &#231;a non. Plus de beurre. Fini les tartines du matin. Et &#231;a c'est quoi ? Un reste de p&#226;tes. Moisi en plus. Poubelle. Dentifrice. Mais qu'est-ce que &#231;a fout l&#224; le dentifrice ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : Un geste quotidien. Ouvrir le frigo. Et cela ouvre sur tous les rapports qu'on a chacun &#224; ce geste, &#224; la nourriture, &#224; cet objet qu'est le frigo, &#224; l'imaginaire autour de la nourriture, &#224; son rapport au quotidien, aux r&#233;p&#233;titions. J'ai aim&#233; cette question de la r&#233;p&#233;tition aussi, que proposait la consigne, et qui peut aller jusqu'&#224; l'obsession...&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;4. arr&#234;t de bus&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4919&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;version douce&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;A l'arr&#234;t de bus, elle s'installe sur le banc et enfonce ses &#233;couteurs dans les oreilles. V&#233;rifie le tableau d'affichage. Cinq minutes. Elle aime ce temps suspendu o&#249; elle peut s'installer, &#233;couter de la musique, o&#249; elle se perd dans ses pens&#233;es. Elle a toujours aim&#233; les moments de latence, de pause, &#224; l'inverse de tous ces temps sociaux, ces temps d'obligation o&#249; elle balbutie, bute sur les mots, cherche les bons, essaie de participer. Combien de fois on lui a dit, on lui dit encore, participer, il faut participer. Quand elle &#233;tait petite et qu'elle partait en colo, ce qu'elle pr&#233;f&#233;rait c'&#233;tait &#231;a aussi, les temps suspendus, les temps calmes comme les appelaient les monos de la colo, ces temps o&#249; on ne vous demande rien, o&#249; elle pouvait, allong&#233;e sur son lit, se laisser aller aux r&#234;veries, aux dessins qui couvraient de noir ses cahiers, aux mots qu'elle tra&#231;ait, m&#233;moire fragile des premiers &#233;t&#233;s d'enfance. Aujourd'hui, entre l'emploi du temps serr&#233; des cours, elle retrouve ces moments-l&#224; aux arr&#234;ts de bus, aux vestiaires avant les entra&#238;nements. Comme un sas de d&#233;compression, un espace o&#249; elle peut se laisser aller &#224; n'&#234;tre qu'elle, rien de plus. Et quand le monde revient, quand le monde r&#233;appara&#238;t, qu'il choisit ces moments justement pour l'envahir, la presser de questions, la p&#233;trir d'angoisses, c'est l&#224; qu'elle serre les poings, qu'elle crispe les m&#226;choires, qu'elle avale sa rage et se remet au combat.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;version dure&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Arr&#234;t de bus. Banc d&#233;fonc&#233;. La vitre a pris un coup aussi on dirait. S'installe sur l'extr&#233;mit&#233; qui tient encore debout. Enfonce ses &#233;couteurs. Monte le volume. S'extraire le plus vite possible de cet endroit pourri. Enfourcher les nappes de musique qui lui vrillent le cerveau. Fermer les yeux et laisser les images venir. Des coups. Des accidents. Elle rouvre les yeux. Consulte le panneau d'affichage des horaires. On y voit rien. Cinq minutes peut-&#234;tre. Pas un chat par ici. Si personne vient la faire chier c'est parfait. Qu'on lui foute la paix c'est tout ce qu'elle demande. Pourtant c'est pas facile. Toujours un truc pour l'emmerder. Alors qu'elle veut juste un peu de r&#233;pit. Se laisser aller. Penser &#224; rien. Penser &#224; rien c'est d&#233;j&#224; penser &#224; plein de trucs chez elle. Impossible de penser &#224; rien. Juste pause. Elle veut faire pause. Que personne lui dise comment parler. Quels mots dire. Quelles r&#233;actions avoir. Ou pas avoir. Que personne l'oblige &#224; participer. Participer &#224; tous ces trucs oblig&#233;s o&#249; faut sourire et avoir l'air de s'amuser. Participer. Y'a que &#231;a qui compte. Faut &#234;tre l&#224;. Avoir sa place sur la photo. &#202;tre sur tous les r&#233;seaux. Rien &#224; foutre de ces conneries. De toute &lt;br class='autobr' /&gt;
fa&#231;on elle a jamais aim&#233; &#231;a. D&#233;j&#224; quand elle &#233;tait gosse. En colo. Le meilleur c'&#233;tait quand elle pouvait rester sur son lit. Rester l&#224; &#224; ne rien faire. Dessiner parfois. Ou tracer quelques mots. Temps calme qu'ils appelaient &#231;a. Aujourd'hui y'a plus de place. Plus de temps. Tous les jours la m&#234;me histoire. Se lever. Aller en cours. Faire les devoirs. Heureusement qu'il y a les arr&#234;ts de bus. Les vestiaires. Tous ces endroits moches o&#249; il se passe pas grand chose. Enfin &#231;a d&#233;pend. Elle, elle aime ces endroits-l&#224;. Des sas de d&#233;compression. Des endroits o&#249; personne lui demande rien. O&#249; elle peut juste &#234;tre elle et envoyer tous les autres se faire voir. Evidemment y en a toujours un qui r&#233;ussit &#224; l'atteindre. A se faufiler. A se glisser. A lui emm&#234;ler le cerveau. Alors c'est l&#224; qu'elle serre les poings. Elle a envie de tout cogner dans ces moments-l&#224;. Elle mange sa rage. Ravale ses angoisses. Et repart au combat.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : L'id&#233;e de l'arr&#234;t de bus est venue rapidement, apr&#232;s le reste a suivi, toujours en essayant de suivre le fil de mon personnage. Dur ou doux, pas &#233;vident de bien sp&#233;cifier, diff&#233;rencier &#224; certains moments. Mais j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; &#233;crire la version dure &#224; la douce.
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;3. rien que le murmure des arbres&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4918&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;version br&#232;ve&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;17h44. Si je ralentis je fous tout en l'air. Doivent d&#233;j&#224; &#234;tre en train de se dire. De se demander. Encore en retard Alma. Tu l'as pas vu devant le lyc&#233;e ? 17h54. J'avance pas vite. Pas assez vite. Voudrais que mes pieds courent. Volent. Survolent le bitume. Reviendrai pas. Jamais. Peuvent toujours attendre. 18h02. Et si &#231;a marchait pas. &#199;a va marcher. Lucas a dit tout droit. Puis &#224; droite. Bitume devient graviers. Gravillons. Chemin de terre. Pas avoir peur des orties. Me piquent les jambes. &#199;a fait mal mais j'aime bien. &#199;a pique. Premi&#232;re sensation depuis longtemps. 18h14. Je trouve pas le chalet. La cabane. L'abri &#224; oiseaux. &#192; je sais pas quoi. Me suis endormie au bord du chemin. R&#234;v&#233; qu'une loutre passait par l&#224;. Venait me renifler. Une loutre. Bizarre. Ou un renard. C'&#233;tait peut-&#234;tre un renard. Avec une longue queue rousse. Et ses petits. 18h22. Dans mon r&#234;ve la loutre-renard ressemblait un peu &#224; un phoque. Que ferait un phoque par ici. Perdu. &#201;gar&#233;. Comme moi. 18h35. J'ai tellement march&#233; que mes jambes sont pleines de terre. Poussi&#232;re s&#232;che du chemin. La nuit est pas encore tomb&#233;e mais on n'y voit d&#233;j&#224; plus tr&#232;s clair ici. Pas une lumi&#232;re. Plus un seul klaxon. Rien que le murmure des arbres l&#224;-haut.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;version longue&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je suis partie apr&#232;s les derniers cours. A la sortie du lyc&#233;e, je suis pass&#233;e par derri&#232;re et j'ai fil&#233; en douce. Personne m'a vu, personne fait attention &#224; moi de toute fa&#231;on. A part L&#233;o. L&#233;o m'attend parfois &#224; la sortie. Mais il patiente jamais longtemps. Au bout de cinq minutes, s'il me voit pas, il rentre. Il dira &#224; maman que je suis &#224; la tra&#238;ne. Comme d'habitude. Oh tu sais elle doit encore tra&#238;ner dans les couloirs, discuter avec une copine, chercher un livre au CDI. Moi, &#224; ce moment-l&#224;, je serai d&#233;j&#224; loin. Un quart d'heure apr&#232;s la fin du dernier cours, apr&#232;s que L&#233;o soit rentr&#233; &#224; la maison en ricanant, apr&#232;s que les filles de la classe se soient &#233;chang&#233;es quinze selfies en pouffant, moi, je serai d&#233;j&#224; loin. Le long du canal c'est d&#233;j&#224; loin. A ce moment-l&#224;, maman dira qui met la table ce soir ? Et Liam &#233;videmment fera son fayot, d&#233;boulera dans la cuisine, sortira les assiettes, les couverts, mettra bien les fourchettes &#224; droite, les couteaux &#224; gauche , les cuillers au centre. &#199;a commencera &#224; sentir bon dans la cuisine. L&#233;o tournera autour du frigo, chipera un morceau de fromage et maman commencera &#224; s'inqui&#233;ter, peut-&#234;tre elle s'inqui&#233;tera un peu, lui demandera, t'as pas vu Alma ? Elle est &#224; la musique ce soir, ses horaires ont chang&#233; ? Et L&#233;o r&#233;pondra qu'il n'en sait rien, parce que c'est vrai il n'en sait rien, c'est mon fr&#232;re, mais on se connait pas, pas vraiment, si peu. Alors il dira qu'il n'en sait rien, qu'il m'a pas vu, qu'il s'en fout, qu'il est pas ma m&#232;re. Il r&#226;lera un peu, vaguement inquiet, son r&#244;le de grand fr&#232;re quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a fait combien de temps maintenant. Que je marche. Que j'avance. &#199;a fait au mois trois kilom&#232;tres. La nuit peut bien commencer &#224; tomber, je vais pas me d&#233;gonfler. J'ai tout ce qu'il faut. Lampe de poche, opinel, sifflet. Alors je continue, j'avance, je marche vite pour pas entendre ces bruits tout autour de moi, les craquements, les branches qui s'affolent, le vent qui siffle. Je voudrais aller plus vite, voler, glisser le long du canal, parce que les ombres noircissent trop vite autour de moi. Mais je pr&#233;f&#232;re avoir peur. Je pr&#233;f&#232;re &#231;a plut&#244;t que d'y retourner. Jamais. Ne pas revenir en arri&#232;re. Rentrer &#224; la maison, faire semblant, continuer &#224; mentir. J'y retournerai pas. Pas dans ces conditions. Pas tant qu'ils n'auront pas compris. Pas tant qu'ils ne voudront pas me regarder autrement. Autrement que la petite Alma. Alma et sa clarinette. La petite si petite. Suis pas petite. Plus petite. M&#234;me si. C'est pas la m&#234;me chose. Rien &#224; voir. Rien &#224; voir avec l'&#226;ge. Et si &#231;a marchait pas. Arr&#234;te tout de suite avec &#231;a. Arr&#234;te tout de suite. J'ai tout pr&#233;vu t'entends. Arr&#234;te de me d&#233;courager. &#199;a fait des semaines que j'en parle. A Lucas et &#224; Sandrine. C'est Lucas qu'a trouv&#233; l'id&#233;e. La solution. Il m'a fait un plan. L'a dessin&#233; pour moi. J'adore les dessins de Lucas. C'est comme des cartes aux tr&#233;sors. Avec des r&#233;bus. Des indices. Comme dans les livres dont vous &#234;tes le h&#233;ros. C'est toute une enqu&#234;te ses cartes. Lucas adore les enqu&#234;tes. Il veut devenir arch&#233;ologue. D&#233;couvreur de nouveaux continents. J'ai beau lui dire qu'il s'y prend un peu tard, il y croit. J'aime bien Lucas et ses r&#234;ves plus grand que lui. Et ses cartes c'est comme son r&#234;ve. Plus grand que lui. Une carte. Un r&#234;ve dans lequel je peux me glisser, me mettre &#224; l'abri. Avec sa carte peut rien m'arriver. Suivre les instructions. Se plonger dans les dessins. Tout droit. A droite. Tout simple. Et je vais la trouver. La cabane au fond des bois. L'abri &#224; oiseaux. Le garde manger. La cabane de son enfance. L&#224; ou il a pass&#233; des journ&#233;es enti&#232;res. A scier. Clouer. D&#233;corer. Un peu comme mon p&#232;re finalement. Toujours en train de bricoler. Planter un clou pour un cadre. Ratiboiser un arbuste d&#233;j&#224; ch&#233;tif. Planter un rosier. S'emmerde quand il a rien &#224; faire. Non non n'importe quoi. Tu dis vraiment n'importe quoi. Rien &#224; voir. Lucas c'est une cabane pleine de r&#234;ves. Pas juste une cabane. Un maison banale. C'est une cabane nourrie aux r&#234;ves. Rien &#224; voir. Et sa cabane pleine de r&#234;ves c'est &#224; moi qu'il l'a offert. Pour la nuit. Bien plus qu'une nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des heures. Je marche depuis des heures. Fatigu&#233;e. Les jambes pleine de terre. Mon portable a presque plus de batterie. S'&#233;puise &#224; force de recevoir les appels de maman. De papa. De L&#233;o. Douze appels en absence. Peut mieux faire. Le bitume est devenu graviers. Gravillons. Nids de poules. Terre et orni&#232;res. Sur les bords du chemins, orties et ronces. Je me suis fait piquer en essayant de cueillir quelques m&#251;res. Aie. &#199;a fait mal mais j'aime bien. Je me souviens des piq&#251;res de l'enfance. Des jambes couvertes de piq&#251;res d'orties quand Liam, maladroit, effray&#233; par une vache venue renifler la sueur de son cou, l'avait fait se pr&#233;cipiter contre moi. Et moi de reculer dans un buisson d'orties. Aie. &#199;a pique. Ici, sur le chemin en terre, parmi les ombres qui s'&#233;paississent. Comme une sensation de vie. C'est &#231;a. Me sens vivante depuis longtemps. &#199;a pique et &#231;a fait du bien. Couch&#233;e dans l'herbe du bord du chemin, je mate le ciel. Vous l&#224;-haut les &#233;toiles je vous vois. Je vous regarde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle heure il est. Aucune id&#233;e. Plus de batterie. A force de fixer les &#233;toiles, le noir devenir noir, les &#233;toiles commencer &#224; briller, j'ai d&#251; m'endormir. Dans mes r&#234;ves, des visites &#233;tranges. Une loutre est pass&#233;e me voir, venue l&#233;cher ma joue, fouiller mon sac. Elle est repartie tranquille, persuad&#233;e que je n'&#233;tais pas son ennemie. Une loutre. Bizarre. Plut&#244;t un renard. Une renarde m&#234;me. En ballade sous la lune avec ses petits. Partis chasser les rongeurs qui bruissent dans les herbes. Partis jouer avec la souplesse des oiseaux. S'approcher de leur cou et les fr&#244;ler de leurs pattes, les griffes &#224; peine form&#233;es. Dans mes r&#234;ves, dansent sous la lune des loutres, des renards et m&#234;me des phoques. Partageant leur territoire. Sans plus de g&#234;ne ou d'&#233;tonnement. R&#233;unis par magie sous le m&#234;me ciel de printemps. Je les regarde majestueux au bord du chemin. Je me cache dans les herbes hautes pour regarder leur marche, leur ballet nocturne, leurs politesses muettes. Sous la frondaison des arbres, je n'entends plus rien. Plus un seul klaxon. La ville est loin. Plus de lumi&#232;res. Rien que le murmure des arbres l&#224;-haut.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : je suis repartie du personnage d'Alma apparu dans les marches d'approche, et j'ai imagin&#233; sa fuite. La forme br&#232;ve est celle que j'appr&#233;cie le plus, vers laquelle je me tourne plus spontan&#233;ment. Elle a dessin&#233; cette trajectoire de fuite, et j'ai retravaill&#233; ensuite en d&#233;veloppant, et en conservant je crois un rythme de langue un peu similaire, sans pour autant me donner cette contrainte au d&#233;part. Les d&#233;tours de cette fuite, &#224; travers les pens&#233;es et les sensations d'Alma, me permettent de continuer &#224; dessiner cette histoire...
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;2. du dehors&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4917&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Du dehors c'est une maison normale. Vous savez, de celles que l'on croise dans les lotissements. Un r&#234;ve pavillonnaire pour famille &#224; enfants nombreux. Du dehors, elle ressemble &#224; toutes les maisons. Deux voitures bien propres. Une pelouse bien tondue. Une balan&#231;oire bien repeinte. Une cour gravillonn&#233;e. Un barbecue abandonn&#233;. Une bo&#238;te aux lettres avec. Combien d&#233;j&#224; ? Quatre noms de famille diff&#233;rents. Rien de vraiment &#233;tonnant. Du dehors c'est une famille normale. On croise le p&#232;re &#224; la boulangerie, toujours press&#233;. Caf&#233; croissant dans une main. T&#233;l&#233;phone portable dans l'autre. On voit la m&#232;re foncer dans sa twingo rouge &#224; l'heure de la sortie d'&#233;cole. On regarde les enfants pousser dans tous les sens. Les deux gar&#231;ons. Les fils de la m&#232;re. Leur p&#232;re &#224; eux s'est envol&#233;. Parti rejoindre d'autres h&#233;misph&#232;res. Pilote de ligne m'a dit le plus jeune. Astronaute m'a dit le grand. Plongeur en haute mer a rectifi&#233; le cadet. Entra&#238;neur de foot a ajout&#233; le plus grand. Ensuite il y a la fille. La fille du p&#232;re. Celle qui fait la navette. La semaine chez sa m&#232;re. Le weekend chez son p&#232;re. Une fille devenue soeur sans le vouloir. Affubl&#233;e de fr&#232;res un peu trop grands. Mal ajust&#233;s. Et puis la derni&#232;re n&#233;e. N&#233;e ici. Celle qui les a r&#233;unis. Le ciment du couple. Le dernier morceau du puzzle. On &#233;tait l&#224; quand un soir d'hiver ils se sont pr&#233;cipit&#233;s dans la voiture. On &#233;tait toujours l&#224; quand ils sont rentr&#233;s les joues rosies. On &#233;tait l&#224; &#224; ses premiers pas sur la pelouse. Du dehors on a rien vu. On ne s'est aper&#231;u de rien. Une famille normale. Banale. On ne voit pas derri&#232;re les portes closes. On ne sait pas ce qui pousse dans la chaleur des ventres. Dans la sueur moite du linge tout juste pendu. La crevette. La petite. Si petite. On l'a vu grandir. Pousser. Comme une plante sans soleil. S'allonger vers le ciel. Filer tout droit. Trop vite. Un soir on a entendu les cris. On a entendu le p&#232;re et son cri rauque. On a eu peur. De ces peurs sorties tout droit de l'enfance. De ces ombres gargantuesques venues l&#233;cher la maison. On a eu peur pour eux. On a voulu faire quelque chose. Mais qu'est-ce qu'on pouvait faire. On &#233;tait s&#251;rs de rien. On peut jamais savoir. Ce qu'il se passe dans le douillet des maisons. Une maison banale pourtant. Une famille comme il en existe tant aujourd'hui. Alors on a rien fait. Et puis un soir. On les a vus se pr&#233;cipiter. Claquer porti&#232;res. Allumer phares. Faire hurler les moteurs. Les fr&#232;res sur la banquette arri&#232;re tenir dans leur bras leur soeur crevette. Si petite. C'est plus tard qu'on a appris. A la boulangerie. On aurait jamais pens&#233;. Jamais devin&#233;. Sombre histoire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : Je continue avec mon id&#233;e du choeur, qui regarde, commente, s'approche un peu, recule&#8230; Avec toujours en t&#234;te la m&#234;me histoire, &#224; approcher de diff&#233;rentes mani&#232;res, &#224; regarder sous diff&#233;rents angles.&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;1. Alma&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4916&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je vous pr&#233;sente Alma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alma et sa clarinette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas que la clarinette soit l'objet premier qui d&#233;finisse cette fille. Pas du tout. On pourrait m&#234;me dire que c'est l'inverse. C'est un soir de novembre. T'es s&#251;r ? Je m'en souviens. Un soir o&#249; la lune est d&#233;j&#224; haute dans le ciel. Oui c'est &#231;a. Il est pourtant pas tard. Six heures ? Sept heures ? Elle passe devant le gymnase. Elle glisse sur l'esplanade. Le complexe socio-culturel de la ville. Lentement. S'arr&#234;te devant la lucarne du gymnase. Couverte de bu&#233;e. Essaye d'imaginer. A peine sortie des cours. Un soir de novembre gris et froid. Un genre de mallette &#224; la main. De l'argent vous croyez ? Vous pensez vraiment que ? Bien s&#251;r que non. Un peu plus loin on l'attend. &#199;a s'impatiente. Entre fausses notes et raclements de gorge. Entre le premier mouvement et le crescendo de la fin. Une clarinette. Oui c'est &#231;a. Comment tu peux en &#234;tre s&#251;r ? Je te dis que c'est une clarinette. Dans sa main gauche. La petite mallette noire. Comme un poids. Qui fait l&#233;g&#232;rement pencher son corps. Sac &#224; dos de lyc&#233;enne de l'autre. Un &#233;quilibre pr&#233;caire. De la clarinette, pourquoi tu ferais pas de la clarinette ? &#199;a on lui a r&#233;p&#233;t&#233;. On lui a dit et redit. Ce serait parfait la clarinette ! Et l'orchestre tu vas adorer. Nous y voil&#224;. L'orchestre. Alma doit rejoindre l'orchestre. Qui attend. Qui s'impatiente. Qui s'&#233;poumone. La-bas. Un peu plus loin dans une pi&#232;ce trop petite et surchauff&#233;e du centre socio-culturel. Il se passe beaucoup de choses les soirs de novembre gris et pluvieux. Beaucoup de choses derri&#232;re les lucarnes embu&#233;es. Qui ne laissent pas bien voir les choses. Alors il faut frotter. Grimper sur la fen&#234;tre. Essuyer de sa manche la vitre embu&#233;e. Coller son visage &#224; la vitre. Et oublier dans un coin la clarinette. Quand je pense qu'on t'a achet&#233; une clarinette toute neuve ! Tu l'a fait expr&#232;s c'est &#231;a ? Tu sais combien c'est important pour moi quand m&#234;me ! Bon &#231;a c'est pour plus tard. Restons concentr&#233;s. Donc derri&#232;re la vitre. Les yeux agrandis. Le corps en &#233;quilibre. Les genoux qui raclent au b&#233;ton sale. On n'y voit rien. Rien d'int&#233;ressant en tout cas. Des vestiaires. Des chaussures l&#226;ch&#233;es sur le carrelage. Des habits d&#233;pos&#233;s ici &#224; la h&#226;te. C'est l&#224; qu'il faut faire un choix. Alma a toujours eu du mal &#224; faire des choix. On y reviendra. Reprendre la clarinette abandonn&#233;e dans un coin ou pousser la porte du gymnase ? Rejoindre l'orchestre ou rentrer &#224; la maison ? Embrasser Nicolas ou Samuel ? Faire un r&#233;gime sans gluten ou un r&#233;gime prot&#233;in&#233; ? Ressembler &#224; maman ou &#224; Beyonc&#233; ? &#199;a fait beaucoup de questions. Des questions qui s'enroulent dans la t&#234;te et qui finissent par faire de gros n&#339;uds. Bien serr&#233;s. Impossible &#224; d&#233;m&#234;ler. C'est de l&#224; que vient le syst&#232;me du ou. Un truc vraiment pratique. Mais attention. Pour que &#231;a marche, faut vraiment jouer le jeu. Que les choix soient de plus en plus &#233;normes. Eloign&#233;s. Antinomiques. Alors Alma, pousser la porte du gymnase ou l&#233;cher la clarinette d'Antoine ? Pousser la porte du gymnase ou s'habiller en taille 38 ? Pousser la porte du gymnase ou avaler trois choux &#224; la cr&#232;me ? Alors &#224; votre avis ? Un soir de novembre. Un soir o&#249; la lune faisait soupirer tous les chats du quartier. Un soir o&#249; la bu&#233;e s'accrochait aux cils. Formait gouttelettes et rivi&#232;res sur les peaux. Ce soir-l&#224;. Elle a pouss&#233; la porte.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Codicille : une histoire qui me trotte d&#233;j&#224; dans la t&#234;te et pour laquelle j'ai envie de tester des fa&#231;ons de raconter. De quel point de vue, de quel endroit. Et cette question du narrateur omniscient se transforme plut&#244;t ici en narrateurs omniscients, et rejoint l'id&#233;e d'un choeur qui raconterait l'histoire.&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		
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