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	<title>DIRE, la revue de Tiers Livre</title>
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		<title>le roman de Cm Le Guellaff</title>
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		<dc:date>2020-07-22T08:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Cm Le Guellaff</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;cycle &#233;t&#233; 2020 | outils du roman&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?rubrique18" rel="directory"&gt;&#233;t&#233; 2019 | outils du roman&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; bio &amp; liens
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;4. Emma ou Marthe&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4919&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sous la douceur d'Emma&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Par l'entreb&#226;illement de la large baie vitr&#233;e, Emma s'offre au jour qui s'ensommeille avec mollesse. Son regard s'alanguit, se perd au loin, chemine &#224; travers champs et for&#234;ts pour rejoindre cette ligne d'horizon, l&#224; o&#249; le ciel rougeoie de chaleur. Une bluette de fantaisie caresse son visage, &#224; peine perceptible, l&#233;g&#232;re comme un cil. Ces paupi&#232;res papillonnent sous la pens&#233;e invit&#233;e ; un sourire s'&#233;tire, dessine &#224; ses l&#232;vres une onde calme, propice &#224; la r&#234;verie, telle l'allure paisible d'une rivi&#232;re limpide et sans entrave. Elle s'embarque et suit son flot feutr&#233;. Sa faible profondeur la rassure ; ses tendres rives bercent son humeur. Les minutes s'&#233;gr&#232;nent et accompagnent l'assoupissement naissant ; tel un ch&#226;le souple et soyeux, ses paumes s'arrondissent en un &#233;lan de tendresse et assouplissent sa nuque avec d&#233;licatesse. D'un b&#226;illement elle s'&#233;tire, regagne sa couche o&#249; la fra&#238;cheur promise de l'&#233;toffe l'accueille avec douceur.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#192; la duret&#233; de Marthe&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le jour s'enfuit ; le ciel s'enflamme &#224; ses c&#244;t&#233;s : la nuit, bient&#244;t. L'horizon s'&#233;crase sous la moiteur ; son rouge se noircit. Au seuil de la porte-fen&#234;tre ouverte, le regard de Marthe se heurte au spectacle des champs min&#233;s et des for&#234;ts d&#233;vast&#233;s. L'eau manque ! La derni&#232;re flamme du jour br&#251;le ses paupi&#232;res. Ses l&#232;vres s&#232;ches, endolories par la soif, &#233;chappent un rictus. Des pens&#233;es am&#232;res se succ&#232;dent, s'encha&#238;nent et la portent sur les rives escarp&#233;es de l'aigreur. La ranc&#339;ur raidit sa nuque ; t&#233;tanisent ses &#233;paules. Ses mains se crispent et tentent avec difficult&#233; un geste d'accalmie. Sans succ&#232;s. Cette nuit encore, elle veillera.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt;
Essais successifs des deux tons selon diff&#233;rents narrateurs : omniscient, interne du point de vue du personnage ou d'un autre personnage t&#233;moin de la sc&#232;ne. Je suis revenue &#224; l'omniscient avec un m&#234;me personnage mais porteur de deux pr&#233;noms, peut-&#234;tre aussi &#224; des &#233;poques et des &#226;ges diff&#233;rents tout en gardant la m&#234;me non-action.
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;3. Pour l'honneur de M&#233;m&#233;&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4918&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;rythme roman&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Il y avait dans cette ville de Province, au num&#233;ro 9 de cette rue commer&#231;ante, une excellente boulangerie : la boulangerie Fournier tenue par la m&#234;me famille depuis quatre g&#233;n&#233;rations. La patronne actuelle, Marinette Lebel &#8211;- n&#233;e Grospied &#8211;- pr&#233;sentait de nombreuses qualit&#233;s dont celle d'offrir en sourire d'accueil une poitrine avenante. Alors qu'elle tr&#244;nait &#224; la caisse de son commerce, entour&#233;e de croissants pur beurre, de chouquettes aux perles sucr&#233;es et autres viennoiseries, elle chassait ses mauvaises pens&#233;es en comptant et recomptant sa caisse. Enfin quoi ! Qui pouvait lui en vouloir, &#224; la harceler &#224; ce point ? &#171; Tenir le coup, pensait-elle, comme M&#233;m&#233; ! &#187; Sa fiert&#233;, et son honneur, &#8211;- elle le r&#233;p&#233;tait &#224; qui voulait l'entendre -&#8211; tenait en son honn&#234;tet&#233; au-dessus de tout soup&#231;on et transmise de grand-m&#232;re &#224; petite fille. Le poids du pain, comme celui des croissants, &#233;tait calibr&#233;, la monnaie se rendait au centime pr&#232;s, et jamais moins. Les imp&#244;ts se payaient sans d&#233;lai ; l'URSSAF, pr&#233;cisait-elle &#224; sa client&#232;le, la citait m&#234;me en exemple aupr&#232;s des autres boulangers pour ses d&#233;clarations ponctuelles et rigoureuses : &#171; Si madame Marinette Lebel respecte les d&#233;lais, vous le pouvez &#233;galement ! &#187; Marinette approchait des soixante ans et vouait une passion &#224; sa grand-m&#232;re Sidonie qu'elle n'avait jamais connue, car partie trop t&#244;t. Depuis sa toute petite enfance, on lui parlait d'elle, on l'&#233;voquait &#224; chaque repas de famille, &#224; chaque d&#233;cision professionnelle comme priv&#233;e. Sa photo, agrandie et transform&#233;e en tableau accroch&#233; au-dessus de la chemin&#233;e du salon, confirmait l'entretien du culte familial. La rue o&#249; Marinette Lebel et son &#233;poux travaillaient et r&#233;sidaient portait le nom de l'anc&#234;tre : rue Sidonie Fournier. La boulangerie Fournier et son habitation occupant les &#233;tages sup&#233;rieurs se situaient donc au 9 rue Sidonie Fournier. Marinette regrettait de s'appeler Grospied de naissance, puis Lebel par alliance. Elle souffrait aussi en silence de ne pas lui ressembler physiquement ; les g&#232;nes de son p&#232;re ne lui avaient pas transmis ceux de sa grand-m&#232;re. Ce qui la pr&#233;occupait ces jours-ci tenait en quelques courriers qui remettaient en doute et en cause la probit&#233; familiale du c&#244;t&#233; f&#233;minin. Des missives sans timbre gliss&#233;es &#224; l'aube &#8211; en tout cas le pensait-elle &#8211; sous la grille de la boulangerie. Elle se levait t&#244;t pour les r&#233;cup&#233;rer, &#224; l'heure o&#249; son &#233;poux se couchait. Elle tenta plusieurs nuits de veille afin de surprendre l'auteur du m&#233;fait. Peine perdue. Le premier courrier lui &#233;tait parvenu le trois septembre 2015 dans une enveloppe de papier kraft sans aucune mention. Elle crut &#224; une publicit&#233; mais, sentant un objet &#224; l'int&#233;rieur, elle s'aventura &#224; l'ouvrir. Elle d&#233;couvrit une cl&#233; en m&#233;tal qui aurait pu convenir &#224; la serrure d'une porte int&#233;rieure. Pensant qu'il s'agissait de cela, elle v&#233;rifia s'il en manquait &#224; leur maison. Ce ne fut pas le cas ; elle la remisa et n'y songea plus. Deux jours plus tard, le cinq septembre : une autre missive dans le m&#234;me type d'enveloppe. Cette fois-ci, un papier s'y trouvait et portait l'inscription suivante en lettres d&#233;coup&#233;es et coll&#233;es : &#171; Marinette Grospied, on sait tout ! &#187; De temp&#233;rament positif, elle conclut &#224; une plaisanterie de mauvais go&#251;t. Cependant, la mention &#171; Grospied &#187; l'intrigua. Tous la connaissaient depuis plus de quarante ans sous son nom marital de Lebel. &#192; la troisi&#232;me, elle entama une enqu&#234;te de proximit&#233; avec discr&#233;tion ; elle questionna son &#233;poux, quelques clients et rendit visite aux commer&#231;ants les plus proches sans d&#233;voiler l'objet de ses recherches. Le suivant l'aga&#231;a davantage ; il indiquait que Sidonie Fournier ne m&#233;ritait pas les titres et distinctions honorifiques re&#231;ues, des preuves l'attesteraient. &#171; Toucher &#224; M&#233;m&#233;, &#231;a jamais ! &#187; ruminait-elle depuis ce jour. &#192; force de ressasser le pourquoi du comment, elle en perdit son premier sommeil. Elle ne parvenait &#224; s'endormir qu'&#224; minuit, voire &#224; deux heures du matin alors que son mari se levait pour la premi&#232;re fourn&#233;e. Son regard alerte se fatigua, son d&#233;bit de paroles ralentit. Apr&#232;s dix courriers de la m&#234;me teneur, Marinette perdit son entrain. Ce fut au onzi&#232;me qu'elle en perdit l'app&#233;tit. &#192; son irritation succ&#233;da l'effroi quand elle d&#233;couvrit La photo envoy&#233;e et son &#233;pouvantable message : &#171; Quitte la ville au plus vite, sinon&#8230; &#187; Elle s'&#233;croula &#224; m&#234;me le sol, en sueur, et pour la premi&#232;re fois de sa vie, demanda de l'aide : &#171; Robert, viens vite, je fais un malaise ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;rythme nouvelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt; Quand elle d&#233;couvrit le contenu de la onzi&#232;me lettre anonyme, Marinette s'&#233;croula &#224; m&#234;me le sol, en sueur, et pour la premi&#232;re fois de sa vie, demanda de l'aide : &#171; Robert, viens vite, je fais un malaise ! &#187; Pour Marinette Lebel, boulang&#232;re de son &#233;tat, c'en &#233;tait trop. Offens&#233;e au plus profond d'elle-m&#234;me parce qu'on touchait &#224; M&#233;m&#233;, son anc&#234;tre trop t&#244;t disparue, elle en avait perdu le sommeil, puis l'app&#233;tit pour se retrouver &#224; terre en ce 27 septembre 2015. Lorsque son &#233;poux l'aida &#224; s'allonger sur leur lit, elle repensa aux &#233;v&#232;nements qui l'avaient conduite &#224; ce malaise et qui, tous, remettaient en cause la probit&#233; familiale du c&#244;t&#233; f&#233;minin, en particulier celle de M&#233;m&#233;, la pr&#233;nomm&#233;e Sidonie Fournier. Sa vie s'&#233;tait construite sur le culte de l'anc&#234;tre. Alors qu'elle appartenait &#224; la quatri&#232;me g&#233;n&#233;ration de boulangers, elle regrettait &#234;tre n&#233;e Grospied puis nomm&#233;e Lebel par alliance. Par ces courriers &#224; l'origine inconnue, on venait d&#233;ranger le puissant &#233;quilibre de toute sa vie, voire de la lign&#233;e familiale. La photo re&#231;ue et l'&#233;pouvantable message qui lui intimait l'ordre de quitter la ville au plus vite avait port&#233; le coup de gr&#226;ce. Sa r&#233;sistance l&#233;gendaire &#224; toutes contrari&#233;t&#233;s chavira. &#192; bient&#244;t soixante ans, conna&#238;tre l'humiliation et le d&#233;shonneur, devoir tout abandonner&#8230; &#199;a, jamais ! Voil&#224; la promesse qu'elle se fit alors que le m&#233;decin s'activait &#224; lui prendre la tension et lui d&#233;clarer enfin que tout allait pour le mieux, un petit repos de quelques jours tout au plus. Il ajouta : &#171; Avec votre sant&#233; de jeune fille, vous nous enterrerez tous ! &#187; &#192; ces mots, Marinette Lebel se sentit plus combative que jamais, se promit d'&#233;lucider ce myst&#232;re et, surtout, d'en faire payer l'auteur quoi qu'il lui en co&#251;te. Elle, si &#233;conome au sens propre comme au figur&#233;, d&#232;s cet instant, partait en guerre pour sauver l'honneur de M&#233;m&#233;, et accessoirement le sien.&lt;/p&gt;
&lt;div class:&#034;mini&#034;&gt;
&lt;p&gt; Pour &#171; Quitter la ville &#187;, je suis partie du personnage de Marinette na&#238;t dans la P#2. Son profil s'est impos&#233;, avec un parcours de vie, quelques grands traits, une lign&#233;e familiale de boulangers avec &#224; sa t&#234;te M&#233;m&#233; Sidonie Fournier, et pour lequel tout abandonner constituerait un &#233;norme d&#233;fi. J'ai commenc&#233; par le long en posant une situation initiale qui pr&#233;sentait Marinette dans son environnement jusqu'au point de d&#233;part d'un d&#233;s&#233;quilibre. En appui : &#171; Alice au pays des merveilles &#187; de Lewis Carroll.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans la version br&#232;ve, j'ai souhait&#233; commencer &lt;i&gt;in media res&lt;/i&gt; pour d&#233;cliner ensuite bri&#232;vement son environnement et un &#224; deux traits de caract&#232;re de Marinette. En appui, un de mes auteurs privil&#233;gi&#233;s : Guy de Maupassant avec &#171; Bel-Ami &#187; et &#171; Au soleil &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;2. changer de ton&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4917&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le samedi 27 ao&#251;t 1977 dans un quartier commer&#231;ant de Lyon, un homme d'une soixantaine d'ann&#233;es chargeait une Ford Granada ; il empilait des boites de chaussures &#224; l'arri&#232;re du break. Plut&#244;t que les empiler, il les jetait. Un attroupement se forma. Certains commentaient, d'autres riaient du spectacle ; une jeune femme pleurait. L'homme s'activait, hochait de la t&#234;te et moulinait des bras tout en assurant des allers et retours entre son v&#233;hicule et l'int&#233;rieur d'un commerce devant lequel il stationnait. Cheveux grisonnants et moustache cuivr&#233;e, il portait des lunettes &#233;paisses cercl&#233;es d'&#233;caille. Le cuir de ses chaussures brillait. Un costume beige lui serrait les flancs. Sa cravate se balan&#231;ait et rebondissait sur son ventre rond. Une cravate &#224; carreaux sur une chemise couleur saumon. Comme le cran de sa ceinture s'&#233;chappait de sa boucle &#224; chacun de ses mouvements, il l'enleva et la jeta sur le si&#232;ge passager. D'un geste &#233;nergique, il remonta son pantalon et le cala au-dessus du nombril qu'il portait haut. Des chaussettes assorties &#224; sa chemise se d&#233;voil&#232;rent. Il poursuivit son chargement. Quelqu'un &#224; ses c&#244;t&#233;s lui fit une remarque ; il s'arr&#234;ta net, prit un trousseau de cl&#233;s dans la poche de sa veste et le lui lan&#231;a. Il parla distinctement : &#171; Vois-tu, je pars. Je quitte cette folie&#8230; Je suis fatigu&#233; de tout &#231;a. &#187; Une voiture de police ralentit puis se gara. Deux policiers s'approch&#232;rent de l'homme, le questionn&#232;rent et l'invit&#232;rent &#224; se calmer. Il s'&#233;nerva et les apostropha. La jeune fille en pleurs s'interposa ; l'homme gesticula de plus belle. Des commer&#231;ants post&#233;s sur le trottoir d'en face observaient et critiquaient la sc&#232;ne : &#171; Si c'est pas malheureux de se mettre dans des &#233;tats pareils ! &#187; L'un d'eux l'interpela : &#171; Henri, t'as besoin d'un coup de mains ? &#187; L'homme lui r&#233;pondit : &#171; t'es content ? J'me casse. Que ce soit &#224; cause de toi tout ce qui m'arrive que &#231;a m'&#233;tonnerait pas. Salaud ! &#187; La jeune femme pleurait toujours : &#171; Papa, s'il te pla&#238;t, calme-toi. Moi, je t'aiderai. &#187; Il la toisa : &#171; Tais-toi mis&#233;rable, tu n'es plus ma fille apr&#232;s tout le mal que tu m'as fait ! &#187; Encadr&#233; par les deux policiers, il lan&#231;a un regard circulaire en hochant de la t&#234;te et pointant son index &#224; l'attention de chaque personne pr&#233;sente, il ajouta : &#171; Je sais maintenant ce que vaut votre compassion. Voisins, coll&#232;gues : tous dans le m&#234;me sac ! M&#234;me toi Marinette avec tes sourires mielleux , bien cal&#233;e derri&#232;re ta caisse enregistreuse et tes croissants. Vous cherchiez du croustillant, du licencieux &#224; vous mettre sous la dent. Une rumeur, et hop, &#231;a devient la v&#233;rit&#233;. Vous&#8230; Vous&#8230; Vous&#8230; &#187; &#192; force d'&#233;nervement et de col&#232;re, le visage de l'homme rougissait, il suait et son cou enflait. Une veine sur sa tempe viola&#231;ait ; il chancela. On entendit des &#171; Oh mon Dieu. &#187; Des &#171; Vite, appelez un m&#233;decin ! &#187;. On l'allongea sur la banquette arri&#232;re de sa voiture. Une femme &#226;g&#233;e partit chercher un coussin dans l'un des magasins de la rue. De retour, elle lui sur&#233;leva les jambes. L'homme soufflait, de plus en plus p&#226;le. Il marmonnait : &#171; &#8230; pourtant dit&#8230; r&#233;p&#233;t&#233;&#8230; Une rumeur&#8230; Une rumeur&#8230; Rien qu'une rumeur. Trop grand pour moi&#8230; Tout &#231;a &#8211; Il pleurait &#8211; ma vie vol&#233;e. J'ai rien compris. &#187; Les pompiers arriv&#232;rent et pratiqu&#232;rent les premiers secours. Ils emmen&#232;rent l'homme. Les policiers s'en all&#232;rent et l'attroupement se dissipa en quelques minutes. Restaient la boulang&#232;re et la femme au coussin. Celle-ci demanda : &#171; Dites Marinette, c'est dans quelle boutique que &#231;a a commenc&#233; ? &#187; Marinette lui r&#233;pondit, en se grattant le gras du bras : &#171; M'en parlez pas, &#224; deux pas d'ici, rue [inaudible], y a trois mois. Comme quoi, on peut se trouver l&#224; &#8211; elle leva son bras en haut &#8211; et se retrouver l&#224; &#8211; elle le baissa tr&#232;s bas &#8211; en un rien de temps. Et pour moi, y a pas d'fum&#233;e sans feu. Ah &#231;a, pour s&#251;r, c'est une bien sombre histoire ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;mini&#034;&gt; Une envie forte de changer de ton par rapport &#224; la marche d'approche en P#1. Plusieurs sources d'inspiration : l'huile sur toile de Pere Borrell del Caso &#171; Fuyant la critique &#187; (1874), celle de F&#233;lix Vallotton &#171; La loge de th&#233;&#226;tre, le monsieur et la dame &#187; (1909) pour le point de vue externe et la difficult&#233; &#224; garder l'objectivit&#233; demand&#233;e. Puis, cet extrait tir&#233; de &#171; Les soupirs de Cyprien Morus &#187; de F&#233;lix Vallotton &#224; nouveau : &#171; Quant aux voyageurs, nous les abandonnerons, d'ailleurs ils ne sont plus nulle part, ils roulent, ils sont suspendus et transitoires. &#187; Et enfin, cette citation de Jean Cocteau : &#171; Combien d'hommes profond&#233;ment distraits p&#233;n&#232;trent dans des trompe-l'&#339;il et ne sont pas revenus&#8230; &#187; Cela a constitu&#233; un m&#233;li-m&#233;lo d'id&#233;es et une trame de fond concernant la rumeur et ses effets vus de loin.
&lt;/div&gt;&lt;h2&gt;1. la flaque&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;a href=&#034;http://www.tierslivre.net/spip/spip.php?article4916&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;proposition de d&#233;part&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; sa nuque, la crispation des pens&#233;es contradictoires ; &#224; son torse, le poids de la peine en &#233;charpe vert-de-gris. Des larmes s'accrochent aux rives de ses paupi&#232;res. Le gu&#233;ridon de la Brasserie, telle une fronti&#232;re entre les espaces intimes, ne le prot&#233;gera pas cette fois-ci. Lui chanter un &#171; Au revoir &#187; ou lui murmurer un &#171; Adieu &#187; ? Ce sera l'adieu, il ne le sait pas encore. Le lacet de sa chaussure gauche se d&#233;noue sous l'agitation qu'il tente de contenir. Les regards indiff&#233;rents des passants le traversent, nombreux en cette veille de d&#233;claration de guerre imminente. Chacun s'affaire au d&#233;part, h&#233;sitant entre &#233;loignement et non-retour. Tous se projettent dans l'&#233;loignement. La victoire s'annonce et se vit &#224; port&#233;e de mains, de ba&#239;onnettes Rosalie, et d'espoirs conjugu&#233;s. Les autorit&#233;s l'affirment ; il ne reste qu'&#224; les croire. Elle tarde. Sa chaise l'esp&#232;re, le dossier arrondi, presque alangui dans son rotin tress&#233;, les pieds assur&#233;s, chantourn&#233;s avec &#233;l&#233;gance, pour l'assise gracile promise. Lui chanter un &#171; Au revoir &#187; ou lui murmurer un &#171; Adieu &#187; ? Esp&#233;rer la force de son parfum pour le courage, s'enivrer de Patchouli pour l'inconscience. La tasse de caf&#233; s'esseule &#224; se refroidir sous l'attente. Les pi&#232;ces de monnaie jet&#233;es avec d&#233;pit ternissent l'&#233;clat de la porcelaine. De cette absence, invit&#233;e de ce rendez-vous manqu&#233;, naissent la solitude de l'homme et la trahison de ses croyances d'enfant. Qu'il s'agisse d'une seconde ou de d&#233;cennies, les espaces s'ench&#226;ssent. Parfois, un d&#233;tail fixe l'attention jusqu'&#224; l'&#233;puisement, ou son remplacement. Ce gu&#233;ridon-l&#224; aura travers&#233; les drames comme les bonheurs, ces chaises-l&#224;, au cannage fatigu&#233; d&#233;sormais, auront accueilli des dos, des &#233;paules et des fessiers, du menu &#224; l'imposant. L'une &#233;prouve encore cette jeune femme &#224; la peau moelleuse, surprise de se retrouver ici, face &#224; ce boulevard bond&#233; d'&#233;tudiants qui se pressent et s'agitent. En mini-jupe, guerri&#232;re involontaire d'une nouvelle &#232;re, elle se promet libert&#233;s et choix. Viendra-t-il ? Bien qu'elle se refuse &#224; la d&#233;pendance, pire &#224; la soumission, elle s'interroge sur le comment de son objectif. En pleine confusion d'affranchissements, elle serre avec f&#233;brilit&#233; le Vichy-Fraise entre ses doigts aux ongles peints de rose poudr&#233;. Il est trop t&#244;t pour un &#171; Alexandra &#187;. Peut-&#234;tre quand il sera l&#224;. Les hommes des tables d'&#224; c&#244;t&#233; rient de ses cuisses, de coups d'&#339;il furtifs en coups d'&#339;il appuy&#233;s. &#192; cet instant, elle se vit comme un d&#233;fi &#224; l'ordre convenu, en oublie celui qui s'appr&#234;te &#224; la rejoindre. Celui-l&#224; qui court et gravit quatre &#224; quatre les marches &#224; la sortie de la bouche de M&#233;tro. Alors qu'il s'offre &#224; son attention, le souffle court, elle l'ignore tant elle se concentre sur son devoir de combattante. Le carr&#233; de la table a remplac&#233; les courbes du gu&#233;ridon et d&#233;forme sa perspective. Il lui appara&#238;t si loin, si petit, perdu dans un coin de ciel, &#224; en oublier le bleu. Son essoufflement la d&#233;range, elle l&#226;che un &#171; J'ai failli attendre ! &#187; Ses cuisses offertes lui intiment l'ordre de guerroyer. Il h&#233;site, se d&#233;tourne ; il ne reconna&#238;t pas la charmante jeune femme de la veille. La terrasse ouverte aux quatre vents l'invite au repli, voire &#224; la fuite. Ses pas le portent ailleurs. Sans un mot. Seuls deux haussements d'&#233;paules partag&#233;s. Nul besoin de lui, elle d&#233;cide d'occuper la place au centre d'enjeux qui la d&#233;passent. Un p&#232;re et son fils lui volent la chaise face &#224; elle. Sans un mot. Le temps la fige alors en un tableau d'&#233;poque jusqu'&#224; la malmener, malgr&#233; sa r&#233;sistance. Se lever avec dignit&#233;. Penser &#224; autre chose, vite un objectif simple : r&#234;ver de ce pantalon, celui de la page vingt-cinq de &#171; Marie-Claire &#187; ! Le rouge chasse le rose et s'affiche sous le gris du ciel. Un rouge pass&#233;. La b&#226;che d'ombrage s'&#233;lime ; la brasserie a perdu son allure et ses clients. Les pots d'&#233;chappement rejettent leur gaz concentr&#233;. L'air se poisse autant que les surfaces. Le synth&#233;tique remplace le cannage de Rotin. En toile de fond, tout est gris du sol au ciel. Le rouge persiste en touches : la b&#226;che &#8211; omnipr&#233;sente- les cendriers devenus publicitaires, quelques cravates incongrues, et surtout le creux des yeux. Un petit gar&#231;on s'&#233;corche l'arri&#232;re du genou contre le rebord us&#233; de la chaise. Il s'agrippe &#224; la table qui tangue sous la pression, fatigu&#233;e en son centre de gravit&#233; par la rouille. De la brasserie flamboyante, il ne reste qu'un bistrot &#224; la terrasse appauvrie et clairsem&#233;e. Tout est vieux et ab&#238;m&#233;&#8230; m&#234;me son p&#232;re assis en face de lui. Il cherche &#224; comprendre ce qu'il vient de vivre du haut de ses cinq ans. Il n'ose pas questionner de peur d'ajouter &#8211; il ne saurait dire quoi &#8212; &#224; la tristesse de son papa. Il ne saisit pas l'importance du &#171; Boire un coup &#187;, surtout apr&#232;s. Surtout ici. Il pr&#233;f&#233;rerait &#234;tre dans sa chambre &#224; jouer aux voitures. Rejoindre Nounours qu'il a laiss&#233; tout seul ; il n'a pas obtenu l'autorisation de l'emporter avec lui. &#171; Ce n'est pas un lieu pour un nounours &#187; lui a-t-on dit. Il se demande si c'&#233;tait bien un lieu pour lui aussi. Il d&#233;teste cet endroit : &#171; C'est moche, sale, et &#231;a pue ! &#187; Ses doigts se collent de gras abandonn&#233; &#231;&#224; et l&#224;. Des miettes de sandwichs se trouvent encore sur le faux marbre. Il comble le vide de ce moment en les attrapant de ses paumes poisseuses. Trois tas ! Il a r&#233;ussi trois petites montagnes, sous le regard absent de cet autre qui l'oublie. Des images l'assaillent. L'accident d'abord, les bruits ensuite, puis les odeurs. Surtout celle de l'essence. Son petit nez se pince ; la naus&#233;e serre sa gorge. &#171; Et pourquoi l'habit du dimanche alors qu'on est mardi ? &#187; Il n'y a que des hommes autour de lui. Il a mal &#224; la jambe, il a envie de vomir, il a envie de dormir, il pense &#224; Nounours. L'homme en face de lui s'engouffre dans le tunnel sombre et p&#233;rilleux du d&#233;sespoir. De ses yeux jaunes, la vie s'enfuit. Des fant&#244;mes se refl&#232;tent sur les vitres du bistrot &#224; l'&#233;clat d&#233;natur&#233;. Le petit gar&#231;on craint de dispara&#238;tre, emport&#233; par l'un, et par ces autres. Alors, dans un effort o&#249; le courage rassemble toute son &#233;nergie du haut de ses cinq ans de vie, il ose demander : &#171; Papa, t'es mort toi aussi ? &#187; Le silence. Il ne peut plus retenir cette peur &#233;trange qui le submerge : un liquide chaud traverse les tresses de plastique. Le rouge cogne &#224; ses tempes ; le gris l'envahit, des nuages encerclent son petit c&#339;ur. Dans un effort de compr&#233;hension, il conclut : &#171; Tout &#231;a qui arrive, c'est &#224; cause de moi. &#187; Reste la flaque. Une flaque intemporelle. Et la honte.&lt;/p&gt;
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Apr&#232;s avoir pos&#233; plusieurs id&#233;es, plus ou moins proches de projets en cours, je les ai abandonn&#233;es pour le laisser-venir, le laisser-&#233;crire. L'envie d'un lieu unique, d'un espace concentr&#233; au sein duquel les &#233;poques se superposeraient. Des histoires, des sc&#232;nes, des actions, toutes &#224; ces instants d'avant la bascule. Je suis partie d'une table et de deux chaises &#224; la terrasse d'une brasserie. Les personnages ont pris place.
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