il refuse le Goncourt : Gracq est un vendu

vente Gracq, deux témoignages


Comptes rendus de la vente, voir les blogs perso de Daniel Morvan (journaliste à Ouest-France) et d’Olivier Tacheau (BU Angers) - merci aux deux pour l’exigence, et bienvenue au petit appareil-photo de Gracq à la BU d’Angers.. Nécessaire aussi : la réaction de Jean-Claude Bourdais. On peut télécharger les résultats de la vente avec cette belle phrase : Tous les lecteurs de GRACQ ont pu repartir avec un souvenir du Maître, comme par exemple le lampadaire de la rue de Grenelle adjugé 20 €. Paix aux cendres dispersées de Gracq.

Et suite : voir encore chez Daniel Morvan Le viol de l’armoire, et à propos de la ficelle et du carton chez Eric Chevillard, ce billet et les suivants en mode feuilleton eût-il fallu vendre séparément la ficelle et le carton ?.

Toute une vie déballée, lui qui avait toujours tenu à discrétion et dignité.

Ce qu’on met à vendre : non pas les manuscrits, à l’abri à la BNF, et leur copie numérique à l’université d’Angers. Non pas l’oeuvre, à l’abri dans sa Pléiade, et chez les Corti.

Ce qu’on met à vendre, c’est rien. Relire le billet de Pierre Assouline : un gramophone La Voix de son maître, son poste TSF, un jeu d’échec en plastique, les photos familiales.

C’est du crachat, c’est exhiber, c’est salir.

À part ça, lui qui souhaitait confier sa maison à la Fondation de France pour en faire un lieu vivant, une résidence d’écrivain, ladite Fondation l’a refusée, et passée à la mairie. La mairie l’a refusée, et le dossier doit être arrivé à la Région : en attendant, maison vide, volets clos. Et dépêchons-nous de tout brader, ça ne peut pas attendre...

Quand on rouvrira les volets, ce sera trop tard. Des marchands vont, ce mercredi 12 novembre, s’approprier morceau par morceau ce qui pourrait être l’encan d’une maison ordinaire de personnes de cette génération (tiens, ces descriptions d’intérieur de maison, poussées à l’inventaire, qu’on trouve dans Histoire de Claude Simon, ou ses Géorgiques, ces 2 hommes qui à la fin se ressemblaient tellement, même si aucun des deux ne l’aurait avoué). Seulement ce qu’on met en vente, ce n’est pas Louis Poirier, c’est bien l’estampille Julien Gracq qui en confère la valeur marchande.

Merci à Jacques André (Grapheus) d’être allé photographier ce fauteuil, mise en vente 150 euros. C’est bien ce fauteuil qui était près du poêle, sous la lampe, pour lire le journal. C’est dans ce fauteuil qu’il m’avait fait asseoir. Je suis lourd, Gracq il y a deux ans était déjà diaphane (nous avions cependant partagé le déjeuner et un verre solide de Muscadet). Quand je me suis enfoncé dans le fauteuil, j’ai cru que j’allais passer au travers et me retrouver sur le plancher. Lui, il était devant moi sur un fauteuil bridge (il y avait les mêmes, le club, les bridges, chez mes propres grands-parents), à vendre aussi. On avait parlé science et astronomie, Proust et Saint-John Perse, mécanique et deux-chevaux.

Pour moi, ce fauteuil, ce sont ces paroles, cet échange dans la lumière qui déclinait doucement d’un après-midi de décembre, il y a 2 ans. Et sa casquette, qu’il s’était excusé de garder parce qu’on était l’hiver, ils la vendent aussi ? Mettez m’en une !

En 1951, Julien Gracq refuse le prix Goncourt. Un demi siècle plus tard, on attribue toujours le Goncourt, et on fait sur Gracq. Mercredi je serai dans une humeur à vomir.

LES MOTS-CLÉS :

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1ère mise en ligne et dernière modification le 14 novembre 2008
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