de la ville et du flou

de la difficulté d’y bien voir dans la ville


Je voyais flou depuis longtemps. Ça ne m’avait jamais tant gêné. En principe, avec les lunettes que je changeais tous les deux ans, hors les visages (et la mémoire particulière qui permet de les distinguer et reconnaître), je ne me débrouillais pas si mal.

Seulement, à mesure qu’ils parvenaient moins bien à me corriger, la ville avait changé. C’est la raison pour laquelle, le plus longtemps possible, j’avais vécu en province. Mais maintenant il fallait bien affronter ces galeries, esplanades couvertes, les signes qui se confondaient. Comment s’orienter ? Je procédais par approximations : une direction, puis recherche, puis une autre. Sauf que tout désormais se ressemblait tant.

L’autre problème, c’étaient les agités, les malades. Parfois ils criaient. Souvent, ils surgissaient devant vous, un journal ou autre marchandise à vendre, ou seulement pour réclamer de l’argent. Là, plus de protection possible.

Je n’avais pas peur, non, c’était pire : l’impression que tout cela, qui m’entourait, progressivement devenait transparent, indifférent.

Parfois je mettais longtemps, pour trouver par où sortir. Ou bien où trouver un endroit correct pour s’asseoir, réfléchir, attendre, se connecter aussi, puisqu’au moins, là, on retrouvait la voix et les visages, avec quelques certitudes.


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1ère mise en ligne et dernière modification le 5 novembre 2008
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