fictions | hommes qui s’enfuyaient

ils en avaient repris un, l’autre courait toujours


On diffusait leurs portraits : mais ils se fondaient si vite dans la ville anonyme. C’étaient après tout des hommes comme tous les autres : pas de trait singulier ni remarquable pour se distinguer de la foule des autres.

Tout ce qu’on savait, c’est cela : ces hommes s’étaient enfuis.

Les établissements étaient pourtant surveillés, dotés de leurs propres systèmes de sécurité.
Des murs, des caméras, des pointages à heures fixes, contrôles à l’entrée et la sortie, badges électroniques. D’où venaient les défaillances ?

On les recherchait. On s’habituait à la présence des uniformes, on s’habituait soi-même à être considéré, peut-être, comme un des fuyants. On filait vite, personne ne s’attardait. On craignait, chez soi, le coup de sonnette, l’arrivée des voitures noires.

Au travail, c’est les grands couloirs, les heures réglées, les bureaux vitrés – on s’occupait pour vous de la bonne marche : mais n’était-ce pas d’établissement comme le vôtre, précisément, que provenaient les fuyants ?

La première fois, c’était un scénario prévisible : journaux, reportages télévisés. On ne les retrouvait pas, en général. Puis on avait compris – temps de menace. Catastrophe en préparation. Temps sombre sur la ville.

Les fuyants nous avertissaient.

 


responsable publication François Bon, carnets perso © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 29 décembre 2008
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