roman-photo | dit celui qui proteste

résidence Paris en Toutes Lettres, une semaine d’immersion à la Défense


Je n’aime pas qu’il y ait un territoire pour les puissants, et le reste du pays pour ceux qu’ils asservissent. De toute façon, ça ne se passe pas comme ça. Mais le matin à 9 heures ici j’ai peur : le matin à 9 heures on a vraiment l’impression que ceux qui arrivent ici le pensent, le montrent dans leurs vêtements noirs, dans leurs cravates droites, dans la façon même dont ils s’arrangent les cheveux. On est à peine descendu de métro qu’on est déjà chef de bureau. D’ailleurs il y a des heures, dans les tours : il y a l’heure où eux s’en vont, et qu’arrivent celles et ceux qui nettoient. Même la couleur de la peau change. C’est ce pays que je n’aime pas : qui croit qu’on décide dans les tours, du prix de l’essence et du tarif du compteur électrique. Moi je n’ai pas besoin d’un cabinet d’audit pour mes affaires personnelles. Je ne dis pas qu’on devrait raser ou changer la Défense : je dis qu’on devrait mieux se dissoudre. Je regardais ce matin des photographies de 1975 : il y avait des cheminées d’usine, en brique rouge toutes fières et droites, et des toits en dents de scie, et des rues avec des boulangeries. Je ne dis pas qu’on doit y revenir : je dis que dans le rêve qu’étaient les tours, il n’y avait pas de lier la hauteur du bureau au-dessus de la terre à l’emprise qu’on a sur les autres, tous les autres – et qu’on ne s’en aperçoit pas, si on ne vient pas vivre quelques jours là, au pied même de leurs tours.

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1ère mise en ligne et dernière modification le 4 mai 2011
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